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>^> zayo d 21^ s
ib. IhtZ
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REVUE
BRITANNIQUE,
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PARIS. — IMPRIMERIE DE M»» V» DOXDEY-DUPRÉ,
RUE SAINT-LOUIS, V^ 46, AU MARAIS.
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REVUE
BRITANNIQUE.
CHOIX D'ARTICLES
TRADUITS DES MEILLEURS ÉCRITS PÉRIODIQUES
DE LA GRANDE-BRETAGNE.
SOUSLA DIRECTION DE M. AM É D É E P I G H O T.
CINQUIEME SERIE.
TOME OlfZIÈMS.
PARIS,
AU BUREAU DE LA REVUE, RUE DE LA VICTOIRE, 6;
CHEZ MADAME V« DONDEY-DUPRÉ , LIBRAIRE, RUE DES PYRAMIDES;
CHEZ JULES RENOUARDy LIBRAIRE » RUE DE TOURNOI! , 6.
18^2
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SEPTEMBRE 18^2.
REVUE
BRITANNIQUE.
LIS STEPPES DE LA RUSSIE lÉRIDIONALE (1).
SOL. — T^fTATIOll. — TUIP0L0TSH8. — AITliaBS. — UMAN. — STITOKS. —
CLIMAT.— BlTUi.— TEMPÊTE DE NEIGE.— PRINTEMPS- "-ÉTÉ —SÉCHERESSE
DB 1833. — AUTOMNE. — RURIAN. — WIND-WITCH. — DÉFRICHEMENT. — LE
FRC DANS LES STEPPES. —RÈGNE ANIMAL. —LE S0U8LICK.— LA 800RIS. —
RACE CANINE. — OISEAUX. — L'OUTARDB. — REPTILES. — LA SAUTERELLE*
— TffiABAWNS. — CBEVAOX 8AUTAGES. — DOMAINES DES SElGNSrRS RUSSES.
— VERGERS. — LA VIE DU TABUNTSHIK. — TABOON. — ÉTALONS. — BA-
TAILLES DES CHETAUX ET DES LOUPS. — BÈTES A CORNES. — COLONIES AL-
LEMANDES. — STEPPES DU PONT-EUXIN.
Les steppes de la Russie méridionale s'étendent des fron-
tières de la Hongrie jusqu'à celles de la Chine. Ce sont des
plaines immenses et non interrompues, tapissées, au printemps
(1) Note du rédacteur. Les diverses circonstances de climat, de ter-
ram et de position géographique particulières aui provinces inéridio-
nales de la Russie, contribueront pour beaucoup au futur développement
de ce vaste empire. L'article suivant est riche de notions curieuses sur
une r^oD généralement peu connue. Ceux qui délireraient plus de dé-
tMls peuvent consulter un ouvrage en deui volumes publié récemment
(LefpEîg, 1841) par un Allemand, M. Von J, Kohi, qui a séjourné plu-»
sieon années dans les contrées qu'il décrit.
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6 LES STEPPES DE LA EUSSIE MÉEIBIONALE.
et en automne, d'une herbe abondante, couvertes en hiver de
neiges que le vent chasse et amoncelé en certaines places ,
et obscurcies en été par des nuages d'une poussière extrê-
mement fine, constamment suspendue au-dessus du sol.
A peine si les légères ondulations du terrain des steppes mé-
ritent le nom de collines. On y rencontre fréquemment des
terriers, des éminences artificielles ou tumuli^ dont on. ne sait
ni la date ni Torigine. Le caractère le plus remarquable de
ces plaines, c'est le manque absolu d'arbres. Cependant la
végétation est riche et vigoureuse, l'herbe y devient magni-
fique. VouBr pouvez marcher devant vous en droite ligne pen-
dant des centaines de lieues sans apercevoir une touffe de
buissons. Il existe quelques fourrés, mais ils ne sont connus
que des chasseurs tartares. A travers ces pâturages que rien
ne limite, errent incessamment d'innombrables -troupeaux.
Tel bétail a vu le jour au pied de la grande muraille de la
Chine, qui est conduit par ses courses vagabondes jusqu'aux
rives du Dnieper, et vient figurer sur le marché d'Odessa.
Pendant l'été, ces pauvre» animaux ont beaucoup à souffirir de
la chaleur et de la sécheresse, car il n'est pas rare que chaque
brio d^berbe soit brûlé jusqu'à la racine. II faut alors que les
bergers aient soin de s'approvisionner de fourrage, afin de
pouvoir nourrir leurs bètes, en attendant le retour de l'au-
tomne et les nouvelles pousses.
Partout où s'élève une rangée de montagnes assez hautes
pour abriter contre les vents du nord, qui arrivent des bords
de l'Océan Arctique, à travers un pays plat et découvert, la
contrée change de caractère. Dans la Ôrimée, par exempk »
quoique la partie septentrionale ait quelque chose de l'ari-
dité des steppes, la côte sud, que protègent les montagnes du
centre, jouit d'une température semblable à celle de l'Italie.
On y cultive la vigne et l'olivier avec autant de succès qu'en
Provence. Ces montagnes du centre sont à la partie méridio-
nale de la Crimée ce que lesHimalayas sontà l'Inde. Sicett^
vaste contrée était ouverte au soufiSe .puissant des vcmts du*
nord, si la haute barrière qui la détod n'existait ^s, elle^
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LES NEP^mS BE LA KV9SIE MÉUDIONALB. T
ne larderait point à être conrertie en slefipes^ La bise^aeée,
pénétrant dans l'intérieur de» tropiques, efhoerait de la terre
ks pagodes, et dessécherait la vigoureuse ▼égétation dm
jongles; les fécondes rizières de llndoslsA seraient enyahie»
par les troupeaux des Tartares, et n'exciteraient plus la cupi-
dité des conquérants étrangersv •
La nature d^slÎAaévidenneat les steppesde la l^ussiei un
peuple pasteur et Aemade, plutôt qu'à me population d'agri*
Cttlteurs. £a effet, dans ces plainetd'ime monelottie eingnHère,
rien n'attache Tbommeàtelle ou telle localité. Cependant le
^eweinementruase parait s'ètce imposé la t&eke de con^i^ir
les- tribus nomades ea colonies agricoles ayant une demeure
fas^ et la steppe elle-ttène en terres de labour. On a ciienAé
໫lthrer des fiunîUes allenandes et bulgares en leuroffirant
ds glands avantages, dans l'eapoir que leur exemple ramè^
noEait les indigènes à des mœurs plus sédentaires. Cet essai a
rénasi en partie, notmnment dans le voisinage des vUles; mais
las fomiUes ainsi transplantées distinguent bien vite quelte
savte de r^aourees la nature du sk>1 meta leur disposition;
et é mesure que leurs moyens pécuniaires augmentent, elles
ntg^âgenl la «uUuie des terres pour s'occuper de l'élève des
treupeaus. C'est là, en effet, ce qui constitue- la richesse Téri-
tahledupays; c'esfcpsrlè que. les individus sont réputés pau-
WBs ou opulents.
JKous avons dit que les steppes formaient une plaine im-
Cette plaine est généralement très^levèe; elle se ter*
i à la mer Noire par une terrasse taillée a pic, laquelle n*»
pas moins de eant vingtà cent quatre-vingts pieds angtaia
aiHdessas delamer . Les rivièfes dont'Ies steppeasont coupées, .
eliquii deviennent au printemps. très-foEtes:ettrè&*rapides par
SBÎÉsde la fcnte des nettes, les sillewient profondément, et
comme elles changent fréquemment de lit, elles laissent à sec
desonavins qui «varient Jiunifarmiié du paysage. Partout ail-
kns eesUgsrs aemdeolsideterrainseraientooinptéspaorpeu
deadmae; imândanB les^steppcs, le moindre ohangement qcii
aCepèceLà:la aui^SKe du sol estiun événement de grande impor-
rîks^dîressesiparties dm territoire prennent leur nom
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8 LES STEPPES BE LA BUSSIE MÉRIDIONALE.
d'après la manièFe dont l'action des eaux les divise entre elles.
Dans les steppes, les eaux pluviales s'écoulent lentement;
quelquefois le sol demeure des semaines entières enseveli sous
des mares et des étangs qui ont plusieurs pouces de profon-
deur. Une portion de cette eau est absorbée par la terre; le
reste filtre par des conduits secrets jusqu'aux fleuves et aux
rivières, entraînant dans son cours une quantité considérable
de limon, qui rend ceux-ci troubles et boueux. La plupart de
ces rivières et de ces fleuves n'étant alimentés que par les
pluies et la fonte des neiges , demeurent à sec pendant l'été.
Chaque ravin aboutit à une chute probablement formée dans
l'origine par la terrasse qui borde la mer; mais à mesure que
l'eau s'est frayé un lit, la chute a reculé d'âge en âge vers
l'intérieur des terres. En certains endroits, ce travail de l'eau
est assez rapide pour que les riverains en notent les progrès.
Comme le niveau du sol est à peu près le même sur tonte
l'étendue des steppes, les ravins creusés par les pluies ont
aussi une profondeur à peu près égale : cette profondeur est
rarement moindre de cent pieds ; souvent elle dépasse cent
cinquante pieds. Il résulte de cette circonstance et de l'escar-
pement des deux côtés, que les vuipolotshs ou ravins opposent
aux voyageurs, aussi bien qu'aux bergers et aux troupeaux,
un obstacle infranchissable. Pour les éviter, on fait au be-
soin des détours immenses. L'endroit où un vuipolotsh com-
mence est un point où viennent toujours aboutir plusieurs
routes ou chemins, ce qui lui assure une importance marquée
dans la contrée environnante. Pendant l'hiver, le lit du ravin
est pour l'ordinaire comblé par des amas de neige que le vent
y a poussés. Malheur aux voyageurs égarés qui s'approchent
de ces abîmes I hommes et animaux y restent ensevelis ; on ne
connaît leur sort que lorscpie la neige entièrement fondue
laisse leurs cadavres à découvert.
Ces détails ne s'appliquent point aux principales rivières, à
celles qui sont alimentées par des sources pendant toute l'an-
née. Les bords de celles-là sont moins escarpés; mais quoi-
qu'ils s'élèvent plus graduellement, ils sont aussi hauts, c'est-
à-dire qu'ils ont de cent à cent cinquante pieds au-dessus du
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LES STEPPES DE LA BUSSIE MÉHIBIONALE. 9
niveau de Tean. En général, le lit de ces grandes riTières est
extrêmement large, et garni de roseaux qui ont six à huit pieds
de longueur : on y trouve en quantité toutes sortes d'oiseaux
aquatiques.
Si dans l'intérieur des steppes l'eflèt des pluies est si sen-
sible, à l'extérieur la mer n'agit pas avec moins de puis-
sance. Une particularité remarquable de la mer Noire, c'est
qu'un grand lac ne manque jamais de se creuser à côté de
rembouchnre de chaque fleuve. Quelques-uns de ces lacs sont
même entièrement séparés de la mer. Onlesdésignesousle nom
de Umai^ D'après la supposition de M. Kohi, ils se forme-
raient par suite de l'action de la mer, que la violence des tem-
pêtes ait refluer vers l'embouchure des fleuves, et qui mine
incessamment la haute terrasse qui la surplombe. L'absence
des tempêtes produit l'eflet contraire. Les fleuves, comme
nous l'avons dit, charrient une quantité considérable de li-
mon; leurs eaux troubles, repoussées par les vagues, dépo-
sent ces sédiments sur le devant du lac : c'est ainsi qu'une
langue de terre s'y élève graduellement, et finit, à la longue^
par protéger le liman contre les envahissements de la mer.
On donne à ce rempart naturel le nom deperisnp. S'il s'agit
d'un fleuve large et profond, la perissip n'est jamais complète;
une ouverture, ou gheerl, y subsiste toujours, laquelle établit
une communication entre la mer et le liman. On conçoit que
pendant l'été ces eaux stagnantes doivent répandre des exha-
laisons malignes : c'est un voisinage dangereux. On cite un
village dont tous les habitants sont tombés malades de la fiè-
vre dans l'espace d'une seule nuit, parce que le vent, ayant
diangé de direction, leur avait apporté les miasmes d'un de
ces lacs empoisonnés.
Quand on parcourt la surfiace des steppes, on remarque que
le sol s'affiiisse et se creuse en certains endroits, de manière à
fermer coihmedes bassins naturels. C'est ce que les indigènes
appellent stavokê. Les eaux pluviales s'y amassent, et quoique
la terre ne tarde pas à les absorber, les endroits en question
conservent de l'humidité, alors que depuis longtemps le reste
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8 LES STEPPES BE LA BUSSIE H^
d'après la manièFC dont Vaclion des eai
Dans les steppes, les eaux pluvial ^
quelquefois le sol demeure des semr, 4
des mares et des étangs qui ont
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rarement j supérieures, qui exercent natupdleu^ot
cinquar ,ce. Un été tropical , un hiver arctique, tel est le
pemer ^dinaire des steppes. C'est seulement pendant ua
aux ' ^bre de jours de l'automne et du printemps qn'ellea
un ^„t de cette température moyenne qui d'après leur po-
" géographique devrait constamment y régner,
"^inois les phis rigoureux de l'hiver sont cenxde décembre,
^janvier et de février. Pendant toute cette périodede temps,
]« nature entière est plongée dans un repos léthargique, inteiu
rMDpu seulement par des tempêtes de neige : telle est leur
vMilenee, quedes hommes habitués aux convulsions deFOcéan
en sont effrayés. Les Russes divisent ces tempêtes en troâ^
classes. Lorsque la n^ge tombe simplement des nuages,.quelle
qu'en soit l'abondance, ce n'est qu'une mycatyol; si le vent
sdulèvedans les airs la neige qui couvrait lesol, c'est un zm--
mM: mais si la tempête mêlant la ne^e qui tombe à celle qui
était déjà tombée, en fdrme des tourbillons épais qu'elle
raule àteavers les airs de façon à intercepter la clarté du jour
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. en tous sens. Mais pour admirer ces-^,.
., il faut être sûr de pouvoir retrouver son dû-
.a«t n'être point préoecopé d©.l.'idie du danger. Ce
^erêtréel. Le zamet efface les routes et le» sentiers, corn-
bteles ravins et change toUlement l'aspect général du pays.
Qné«ré au mUieu des steppes et entraîné par le tonrbfllon,
«toBune s'enfonce dans un de ces abîmes cachés sous ses
OM, sa mort est certaine. Quant à la viaga, les naturels mè-
nu n'osent point l'affronter. Elle dure ordinairement trois
i-„8, et pendant cet espace de temps les courriers du gouver-
îiaUnt sont autorisés à ne point quitter l'abri où Us ont pu
L'wîer, dansles»teppes,e8tsouyentplu8rigoureux que sur
la bords de la Baltique. Ausouffledela bise qui chasse ineefr
.«mentde6rosn«agescbar»é8deneiae,lamerNoiresecouvte
STcroùteépaissedeglace, et «^t^e glace s'étend quelque^
àmne a.«» gnindedistance durivage.Pendantrh.verdelSOT
à-»888,lo thermomètre ne monta jamais au delà dedix degrés
H4»m«ir,et il descendit fréquemmentàtrentedegrés. On ««t
2à^nt.Pétersbourg, lorsque le froid «t parvenu à cette
SLité, ilest d'usage de fermer les égliscaetlesthéàtees. Le.
rtwes ont doncdes hivers pamils à eeoi de la Rns«o, m«.
^ont pas les compensations que présente je oUmat delà
toiesepUtrionale. En effet, dans le nord de l'Esope, et
,dJsimraine, la neige reste sur la terre penAmtune
«ode partie de l'hiver. La gelée la durcit et la r«»d sol.do,
ZuniZma y glissent avec iacilité,et ee moyen detransport,
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tO LES STEPPES DE LA EUSS1E MÉEIDIONALE.
de la contrée est brûlé par la sécheresse : aussi, pendant
Tété, la possession d*un stavok offre-t-elle des avantages pré-
cieux aux bergers. Ceux qui en ont trouvé un le gardent nuit
et jour, de peur que des étrangers ne s'en emparent. Suivant
une croyance superstitieuse de ces contrées, les stavoks se-
raient des trous pratiqués par les anciens Mongols pour en-
fouir leurs tombeaux dans le sein de la terre. Il y a tout liea
de supposer que ces enfoncements sont occasionnés par une
légère dépression des couches inférieures.
Le climat des steppes va d'un extrême à l'autre : en été^
chaleur accablante; en hiver, froid rigoureux. Il paraît que
le voisinage de la mer Noire, qui devrait contribuer à tempé-
rer l'atmosphère , ne le foit pas : et cela s'explique par la
hauteur excessive de la côte. Cette terrasse dont nous avons
parlé empêche les couches les plus basses de ia colonne d'air,
cefUes qui reposent immédiatement sur la nappe d'eau, de se
dissiper à travers le pays, et d'y porter la firafcbeur ou la char
leur qui vient de leur être communiquée : elle ne laisse passer
que les couches supérieures , qui exercent natureUemenl
peu d'influence. Un été tropical , un hiver arctique, tel est le
partage ordinaire des steppes. C'est seulement pendant un
petit nombre de jours de l'automne et du printemps qu'elles
jouissent de cette température moyenne qui d'après leur po»
Bttion géographique devrait constamment y régner.
(Les mois les plus rigoureux de l'hiver sont cenxde décembre,
de janvier et de février. Pendant toute cette période de temps,
la nature entière est plongée dans un repos léthargique, intei^
rompu seulement par des tempêtes de neige : telle est levr
violence, quedes hommes hatritués aux convulsions derOeéan
en sont ef^ayés. Les Russes divisent ces tempêtes en trois *
classes. Lorsque la neige tombe simplement des nuages, quelle
qn'en soit l'abondance , ce n'est qu'une wyaihpl ; si le vent
saulève dans les airs la neige qui couvrait lesol, c'est un sin^
mei: mais si la tempête mêlant la neige qui tombe â celle qui
était déjà tombée, en forme des tourbillons épais qu'elle
ratUe à travers les airs^de façon à intercepter ta clartédu jour
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LES flTSPPIS DE L4 JIVSSIE MÉRIDIONALE. 11
et à aveugler les hommes et les animaux, c'est une tinga. On
s'empresse alors de chercher un abri, et le voyageur ne se re-
met en route que lorsque le ciel et la terre, qui semblaient con-*
fendus, ont repris un peu de tranquillité. Contemplé du
stairoet d'une colline, un zamet oifre à l'observateur un assez
beau spectacle. Tandis que la tourmente bouleverse ainsi la
surface de la terre, il arrive souvent que le ciel est pur, que le
s^eil brille de tout son éclat, et que ses rayons colorent d'une
manière fantastique ces myriades de parodies de cristal que
l'aquilon dissipe en tous sens. Hais pour admirer ces scènes
de la nature , il faut être sûr de pouvoir retrouver son che-
min; il faut n'être point préoccupé de L'idée du danger. Ce
danger <»t réel. LezaraetefEace les routes et les sentiers, com-
Ue les ravins et change totalement l'aspect général du pays.
Qu'égaré au milieu des steppes et entraîné par le tourbillon,
uft homme s'enfonce dans un de ces abtmes cachés sous ses
pas, sa mort est certaine. Quant à la vinga, les naturels m6*
OMS n'osent point l'affronter. Bile dure ordinairement trois
jevrs, et pendant cet espace de temps les courriers du gouver-
Dament sont autorisés à ne point quitter l'abri où ils ont pu
s^ réfugier.
•L'hiver, dans les steppes, est souvent plus rigoureux que sur
les bords de la Baltique. Au souffle de la bise qui chasse inces-
unraient de gros nuages chargés de neige, la mer Noire se couvre
d-'onecroûte épaisse de glace, et cette glace s'étend quelquefois
ioine assez grande distance dutivage. Pendant l'hiver del837
àl838,le thermomètre ne monta jamais au delà de dix degrés
fiéaumur, et il descendit fréquemment à trente degrés. On sait
qu'à Saint-Pétersbourg, lorsque le froid est parvenu à cette
ifltensité, il est d'usage de fermer les églises et les théâtres. Les
steppes ont donc des hivers pareils à ceax de la Russie, mais
ettes n'ont pas les compensations que présentele climat delà
Boasie septentrionale. En eflèt, dans le nord de l'Europe, et
nftme dans lUkraine, la neige reste sur la terre pendant une
grvnde partie de rhiver. La gelée la durcit et la rend solide;
l^tralneaux y glissent avec Cacilité,.et ce moyen detransport»
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12 LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE*
qu'on peut employer pour les fardeaux les plus lourds, est
presque aussi prompt qu'un chemin de fer. C'est pourquoi les
Russes préfèrent ordinairement l'hiver aux autres saisons,
non seulement pour voyager, mais encore pour transporteries
marchandises d'une ville à une autre. Cet avantage est à peu
près inconnu dans les steppes. Les tempêtes, qui y sont très"
fréquentes, font que les neiges sont comme mouvantes et n'ont
point le temps de se solidifier. D'ailleurs nous avons dit
qu'elles n'ofFraient point une surface égale et continue. £lles
sont semées par plaques, suivant le caprice du vent qui les
entasse en certains endroits.
Le printemps commence lorsqu'elles fondent; ce qui a lieu
d'ordinaire au mois d'avril. Toutefois le mois de mai s'écoule
quelquefois avant que la masse d'eau résultant de la fonte
soit absorbée par la terre ou se soit frayé une route vers les
fleuves. Pendant ce temps, toute la surface de la steppe présente
comme une immense nappe de boue au travers de laquelle on
ne saurait s'engager qu'au péril de la vie. Au fond de chaque
ravin roule un torrent dont l'eau est la plus sale qu'on puisse
imaginer. C'est alors que, dépouillées du manteau de neige qui
les couvrait, les maisons laissent apercevoir les dégâts que
l'hiver y a produits ; mais ce passage d'une saison à une autre
ne se fait pas sans de grandes variations de température. Le
froid, qu'on croyait parti, revient à plusieurs reprises ; la neige
reparaît ; la terre, qui commençait à s'ouvrir aux chaudes éma-
nations du printemps, se referme sous l'âpre influence de la
gelée. II n'y a peut-être pas de région au monde où l'hiver
lutte avec plus de vigueur et de persistance contre son succes-
seur.. On peut dire qu'il ne lâche pied que lorsque Tété vient
au secours du printemps. Par exemple , un vent délicieux a
soufflé du sud pendant quelques jours; les tulipes, les crocus,
les hyacinthes se pressent d'éclore ; la plaine commence à être
émaillée de fleurs. Soudain le vent tourne au nord-est; une
bise glacée arrive en sifflant des monts Ourals, flétrit les fleurs
et la verdure nouvelle, et change toute la décoration du pay-
sage. Que le vent tourne encore une fois et souffle du nord-
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LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉKIDIONALE. 13
ouest : il amène de gros nuages noirs tout chargés de pluie,
qui versent des déluges d*eau sur les steppes, depuis les monts
Ourals jusqu'aux monts Carpathes. Quand Thiver a feit une
retraite définitive, la plus belle période de l'année commence.
La steppe se couvre d'une végétation luxuriante et charme les
yeux comme une oasis placée entre la sécheresse dévorante
de l'été et la stérilité désolée de la morte saison. La terre res-
semble à un vaste tapis de verdure. Au-dessus s'étendent les
plaines azurées du ciel, où l'on distingue à peine quelques nua-
ges. Certes, le paysage est monotone; mais il contraste si
agréablement avec les horreurs de l'hiver qui vient de finir!
Les indigènes se livrent à la joie; l'étranger lui-même partage
on moment leur admiration. Toutefois il ne tarde pas à se
lasser de cette verdure uniforme que ne varient ni un seul
buisson en fleurs ni le cours sinueux d'un ruisseau.Point de col-
line qui borne et repose la vue 1 point d'horizons changeants!
Un cavalier peut marcher devant lui pendant des centaines de
milles sans rencontrer aucun objet nouveau, et presque sans
s'apercevoir qu'il a quitté un lieu pour un autre. Ainsi, de la
Hongrie jusqu'aux frontières de la Circassie, on ne trouve pas
un bouquet d'arbres. Des monts Carpathes jusqu'à la capitale
de la Mongolie , le bruit d'un ruisseau coulant sur un lit de
cailloux ne vient pas réjouir l'oreille. De l'herbe, de l'herbe,
et rien que de l'herbe! Qu'on ne croie pas qu'elle ressemble à
ce gazon fin et velouté qui embellit les parcs d'Angleterre. Les
brins en sont extrêmement drus et forts; quant aux tulipes
et aux hyacinthes dont elle est émaillée, elles ne soutiennent
nullement la comparaison avec celles des fleuristes hollandais.
Pendant le mois de mai, les orages^ sont fréquents. Mais un
orage au milieu des steppes n'offre rien de bien grandiose.
C'est un spectacle qui perd une partie de sa majesté , car il
manque des rochers et des arbres pour refléter la pâle lueur
des éclairs; il manque l'écho des montagnes pour répéter en
le centuplant le fracas retentissant du tonnerre. Néanmoins,
les habitants de la steppe voient avec plaisir ces convulsions
atmosphériques, quisont toujours accompagnées de pluies ou
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ik LES STEPFSft I>E LA RUSSIE MtelMONALE.
dioodkes rafrat^lttssanles. Les orages cesseQt dès le mois de
jttin. La sécheresse coBimence déjà à se foire sentir. Ce bmiis
a'écoule souvent sans qu'une seule goutte de pluie désaltère
le sol. Juillet arrive; la terre desséchée se crevasse en miHe
endroits. De gros nuages passent, il est vrai, dans les airs an
dessus des steppes; mais au lieu d'y verser leurs trésors hu-
mides, ils fuient , emportés par le vent, dans la direction dos
monts Garpathes ou de la mer Noire. A cette ^oque de Taa-
aée, Tardeur du soleil est excessive ; cependant les vapeurs
pompées par ses rayons forment ordinairement vers le milieu
de la journée des brouillards qui amortissent un peu la chaleut ;
elle ne laisse pas de devenir intolérable, parce qu'elle est co^
tinuelle; le temps ne fraîchit jamais, et Tabsence d'arbres est
cause que l'ombre est une chose entièrement inconnue.
L'été est donc une saison de souffrances pour les êtres
animés qui peuplent les steppes. Excepté en quelques en-
droits privilégiés, la végétation s'est entièrement fanée. Les
herbes ont jauni comme si la flamme avait passé dessus. La
croûte du sol devient brune et finit par noircir tout à fait.
Hommes et bétes prennent un air chétif et hagard. Les ânes
sauvages et les chevaux, si farouches et si ingouvernables au
mois de mai, n'ont plus ni la force ni la volonté de résister, et
quand arrive le mois d'août ils se traînent à peine. La peau
des malheureux khakhols (c'est ainsi que les Russes appellent
les habitants des steppes), cette peau hàlée se gerce sur leur
cou, sur leur poitrine et sur leur visage. Ils marchent en
chancelant cqpme des hommes accablés de leur propre poids.
Silencieux et mélancoliques , ils ont tout au plus l'énergie
suffisante pour penser. Les sources, les réservoirs, les citernes
sont taris. Les lacs et les étangs ne présentent plus que des
plaines de sable. Le prix de Teau augmente considérablement
par suite de la rareté. Les sources en petit nombre qui en
fournissent encore sont gardées nuit et jour par des senti-
nelles, autrement cette eau serait volée, et le légitime pro-
priétaire ne trouverait plus de quoi étancher sa soif.
II périt à cette époque des milliers de chevaux et de bétes
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LBS STBTVK D£ LA EUSSIE MÉRUMOKAtl. 15
àcornefl. Tandis qae Tescés de la cfaaknr cause tant de Tft>
mges, le ciel chargé de nuées qui semblent, promettre de la
ploie, le sol calciné, donnent lieu k d*étranges illusiei»: d'op-
tique, et Ton croit voir de loin des fleuves, des étangs, des
einx courantes. Cette description d'un été dans les steppes
ne s'applique pas à toutes les années. Celle de 18317 et celle
de i888, par exemple, furent remarquables par leur humi-
dité; mais, en général. Tété est une saison terrible sur toute
la sur&ce des steppes : souvent pendant trois ou quatre âok
nées de suite les populations meurent de famine et de soif.
\oici la descriptio» de Tété de 1833 par un témoin
oculaire :
« Las pluies cessèrent dès le mois de mai. Pendant toute la
dorée de Tété, les steppes n'offrirent qu'une plaine immense
noircie par le soleil et où l'œil cherchait en vain un peu de
verdure. Aucun souffle de vent ne se faisait sentir. La cha-
leur des nuits n'était pas moins étouffante que celle des jours.
Quelque épuisés que nous fussions, nous ne pouvions goûter
un sommeil réparateur. Au moindre mouvement des hommes
ou des animaux, une colonne épaisse qui semblait être de la
fumée plutôt que de la poussière montait du sol dans les airsu
Dn oiseau, en prenant son essor, soulevait avec ses ailes un
de ces nuages suffocants. Les plantes les plus soigneusemenit
caltivées paraissaient malades et languissantes. Le blé, qoi
d'ordinaire pousse avec une si grande force de végétation,
dressait à peine au-dessus du sillon sa tige rouge et son épi
vide de grain. La Eskh et la soif tuaient tous les chevaux; on
n'en sauvait quelques-uns qu'en les lâchant au milieu des
champs de ïAè et en leur abandonnant pour p&ture ce qui
itait destiné à alimenter l'homme.
» Afin de préserver le peu d'eau que fournissaient enco^
certains puits, on en défendait l'accès au moyen de chaînes,
de barrières, de sentinelles, etc. : précaution inutile I Des mal-
heureux, réduits au désespoir, surmontaient tous ces obsta-
cles : les barres étaient brisées, les chaînes rompues, les sen-
tinelles entraînées loin dejeur poste. Toutes les transactions
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16 LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE.
commerciales demeuraient suspendues ; aucun négociant d«
la c6te ne songeait à envoyer une caravane dans l'intérieur
des terres. C'était une circonstance bien connue que chaque
goutte d'eau devait être conquise les armes à la main et coûtait
du sang. Plusieurs taboonSf ou troupeaux de chevaux sau-
vages, périrent ; ces pauvres bétes, rendues ingouvernables
par l'excès de la souffrance, se dispersaient dans toutes les
directions afin de chercher de l'eau. On les rencontrait çà et
là, tantôt se précipitant au fond des ravins, tantôt humant l'air
avec leurs naseaux enflammés et interrogeant l'espace, etc. )>
Sous plusieurs rapports, l'été est plus désastreux dans les
steppes que dans le Sahara d'Afrique, ou dans les Uanos de
l'Amérique espagnole. Dans aucune de ces deux régions l'hu-
midité ne disparaît aussi complètement de la surface du sol.
Voyez par exemple le désert du Sahara : partout où il y a une
source, ou une mare, ou une citerne, l'endroit où ce trésor
naturel est caché ae manque jamais de former une oasis déli-
cieuse, un petit paradis terrestre décoré de dattiers et d'ar-
brisseaux en fleurs, offrant au voyageur épuisé la fraîcheur
bienfaisante de son ombre. Mais dans les steppes on n'aper-
çoit un peu de verdure qu'au bord des rivières. Les roseaux
sont les seules plantes qui en ombragent les rives. Le sein de
la terre est partout fermé, et l'insecte, aussi malheureux que
l'homme, ne trouve pas même un cactus ou un aloès pour en
pomper le suc.
C'est au mois d'août que la sécheresse atteint ses dernières
limites. Vers la fin de ce mois les rosées de la nuit recom-
mencent. Les orages reviennent, et ils sont assez souvent
suivis de pluie. Ce nuage de poussière suspendu au-dessus delà
steppe s'éclaircit, se dissipe et laisse voir l'azur du ciel. C'en
est fisiit, les dures épreuves de Tété sont terminées : l'automne
approche avec ses délices. La température du mois de sep-
tembre est des plus douces. Sous l'influence des pluies et des
averses, la croûte poudreuse du sol quitte la couleur noire
qu'elle avait contractée. La verdure reparaît ; l'herbe couvre
la plaine. Les hommes et les animaux sont ravivés.
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LES STEFPBS DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE. 17
Mais si la saison de rantomne est agréable, en revanche elle
dore fort pen. Octobre est ravant-courear de l'hiver. Il est
marqué par des pluies froides et des brouillards. Il ramène
d'ordinaire les zam$t$ et les vingoi, A la fin d'octobre, l'hiver
est déjà dans toute sa force, et les jours les plus rigoureux du
mois de janvier en Angleterre seraient considérés comme
des jours d'automne en comparaison de la température qui
règne à Odessa dès le mois de novembre.
Un des premiers mots que l'étranger retienne est le mol
hwrian. Le burian est en effet l'objet éternel des lamentations
du fermier, du jardinier, du pâtre ; ce mot revient dans toutes
les malédictions, dans toutes les plaintes des habitants. L'o-
reille en est aussitAt frappée, et l'on éprouve quelque curiosité
de connaître le sens d'une expression qui semble &ire le fond
de la langue. Après quelques informations on apprend que
chaque plante, chaque espèce d'herbe qui peut servir à la
p&ture des troupeaux est désignée généralement par le mot
trava^ et que toute plante, toute espèce d'herbe dont ils se
détournent avec dégoût s'appelle burian. La liste de ces der«
nières est longue, par suite de la nature acre et salée du sol.
On les rencontre à chaque pas, elles désespèrent le labou-
reur et le jardinier ; le seul parti qu'on en tire, c'est qu'on les
emploie pour Cadre bouillir le horsht, ou plat national des
Russes. Le chardon occupe la première place dans le burian.
Nous ne nous figurons pas à quelle hauteur pousse le chardon
dans les steppes de la Russie méridionale. Souvent il atteint
les dimensions d'un arbre véritable, et il abrite sous ses bran-
ches les huttes des Troglodytes ; dans certains endroits, les
chardons sont tellement abondants, tellement serrés les uns
contre les autres, qu'ils forment comme un petit bois, au mi-
lieu duquel un Cosack monté sur son cheval peut se cacher.
La plante la plus mal fiimée delà steppe, après le chardon,
a été nommée par les colons allemands mnd^tch (sorcière
du vent). C'est une mauvaise herbe qui épuise toute sa force
de végétation à pousser une foule de fibres et de fils, s'épar-
pOlant dans toutes les directions jusqu'à ce qu'ils présentent
S* SÉRIE. — TOME XI. 2
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19 LES flSmS PR IiA EUS9IR iltoUlIOKAU*
«ne Ugère masse globoUre. Le suc de cette heàbe estd'me
amertuiM três-«randa Mène dans le& étés les plusr IkûIwU»
hi animaux a'abstieiMient. d'y ioudif r« EUe a^élèv^ ordinair
ranflii A trais pied^ de terre. Qnand vieni TattUnnAe, la tige
sa fléint et» dessèche p«r le haut Leieete de la plante est
enomte ^^r^^H»^ par le premier souffle de vent, et la windr
witch est emportée à travers te plaine avec une rapidiié qpie
le meilleur coursier n'égafanaii pas. On en veii quelquefoîa
des coataaea qoi v^dii^enl, mentent, descendent et ^entre-
mêlent les unes au mitres, aa gré du. tenvbUlon <pil lea a
anaudiéBs de tocca On ëirati de Juin ma lo&oos. de chevanx
sauva^ssL
Les Allemands ne ptmvaient pas inventer mi asm plus si-
gnifieafif;. en effets ks danses des vind-witcbs rappelleni
celles des sorcières ; commie criles^i» elles se poursoîventy
toinrnent en cerele et s'enlèvent dans les airs. D'amtres fois
dles se véuniaunt mi une masse compacte et forment comme
«le menle énorme qui, chassée par le vent, roule sur elle-
floÊme uyea une vitesse prodigieuse. Chaque année la mer
fiknro en engloutit des myriades. Là se termine leur course
démoniaque ; mm £qîs mouillées par les vagues, elles per-
dent ees grâces fantaatkpiea qui les distinguaient à terre.
Il ne but point onblier^ comme figurant en première figne
dans le hmiat^ l'absinthe amère. Cette plante pousse à envi-
son six pieds de hauteur. Pendant tes grandes sécheresses de
Pété, les bétes i cornes ne dédaignent pas de s'en noarrir ;
mais alors le teit et le beurre oontraeteni utt goût d'amertume
bien prononcé. Si par hnsard quelques parcelles de cette
plante se mêlent «s blé, le pain qui en provient prend la sa-
veur de l'absinthe.
Les herbes maMsisantea sont i peine connues dans les
steppes d'Europe. Bans oetien de l'Asie, les champignons vé-
néneux sont si communs et viennent en si grande quantité»
que, vers l'autonme, des espaces considérables de terrain en
sont couverts. Ils sont, pour te plupart, de couleur blanche,
en sorte que quelquefois, en les voyait le matin, on croirait
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qu'il ea( tonibé 4e la o^g» pendant la mut, La chaleur du
jour le» fui pérk d'ordinaire; mais rhwmdUé de la J»ujA
«aoqoe raremf lU d'en pradiûre mu» nnoifsoa oûB^elle,
Noiui pourrîoaa prolonger cett^reTue botaoique; toutafo^
le aonbte des diieryea plan^ qui croweut danaTimniema
étendue des steppes est beaucoup plus UmU4 qu'où ne Id
wppoaei. iM eavaate n'en eoinpteot fue <iiuq «enta espèf es
q«i appaitie«aenl>au wA ^ ^te ceotrée ; cbaoune da ces ea-
pèces abonda et finponne* Aîas l'on fora w trajet de pbi^
«ienra miUea sana neneo«tser tvm wUse ^oae «ne de l'ab^
sintbe, ou b^ l'on tombera sur uo champ de tul^ies on da
mignanmltefi sauvages cpû otn^prend^a des milliers d'acref^
Beaiarqaoaa en passant que cette derniàre plaAte ne poaséid/a
point dans lea steppes le délicieux parfum qu'elle a dan9 noa
dimata. Pins loin , votre droshky roulera pendant plusieura
jours consécutils sur une plaine unie qai n'offre à l'œil, pour
toute végétation, qfue de l'herbe ; ce sont là des p&tnrage«
très-iavorables à l'élève des okoutona; ils y profitrent aduH*"
nblemeaty et leur chair devient tellement savoureuse, qm
les restanraots les plus renoumés de Paris et les clubs lei
pina riches de JU>nd^es ne présentent rien de semblable.
Un phénomène sini^ier se produit dans les steppes lora^'
que Vhomroe, toiqouiis présomptueux, entreprend d'y porter
la charme : le sol n'est pas plus I6t euvert qu'il y croit une
Ibnle de plantes inutiles on nuisibles, de celles qui compo^
sent le ^niion. l<e fermier est obligé de défendre contre ellea
son champ et de les extirper avec soin, autrement» adieu la
moisson* Que si, Taimée suivante, le même terrain demeure
en jachère, le burùm s'en empare, et il le remplit de toutes
sortes d'herbes, de plantes, de résines. Au bout de qaelquea
année», une lutte s'établit entre les jiMiuvaises herbes et le
gaaoB. -Chose étrange l c'est presque toujours ce dernier qui
triomphe. Les premières disparaissent peu à peu, et il reste
un beau pâturage qui s'améliore deplui en plus, jusqu'à œ
qa'il atteigne la perfiactien, c'est^^^lire jusqu'à ce que le (^
rîiw y «oit eeviplètement ^tonffé* C'eat alors que 9'ôpère une
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aO LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉKIDIONALE.
réaction : le sol est envahi par une espèce de gazon dont les
brins sont gros et épais, et que les botanistes appellent stipa
pinnata. Cette herbe couvre la terre de ses tiges, qui sont
dures et sèches comme du bois, et que les troupeaux ne peu-
vent brouter. A la fin, le fermier y met le feu, et la place se
trouve déblayée.
La méthode de mettre le feu à la steppe pour améliorer un
terrain devenu mauvais est la seule que pratiquent les indi-
gènes. On l'emploie habituellement au printemps, afin qu'une
nouvelle couche de gazon pousse immédiatement du milieu
des cendres. Elle exige de la part des Tartares de grandes
précautions. Rarement l'incendie se propage au delà des li-
mites dans lesquelles on se proposait de l'enfermer. Quelque-
fois cependant le feu se communique aux herbes par acci-
dent, ou par suite d'un acte de malveillance. Alors l'élément
terrible se déploie sur une étendue de plusieurs centaines de
lieues, ravageant tout sur son passage, détruisant les planta-
tions, les troupeaux, les huttes , les maisons , et jusqu'à des
villages entiers. Ces incendies sont surtout à craindre pen-
dant l'été, parce que les plantes desséchées s'enflamment
très-fecilement. Us prennent les formes les plus diverses :
c'est tantôt une mer qui roule devant elle avec une force ir-
résistible ses vagues mugissantes; tantôt un tourbillon qui
passe sur la surface de la steppe et qui ne laisse rien derrière
lui ; tantôt un serpent qui trace à travers les hautes herbes
ses replis sinueux. Le vent même , quand il souffle du côté
opposé, ne saurait arrêter la marche du feu : les flammes con-
tinuent d'avancer sous le souffle de la bise, et elles vont
plus ou moins vite, selon la nature des objets qui les alimen-
tent. Il arrive souvent que l'incendie se trouve comprimé
entre deux ravins : vops croyez qu'il épuisera sa rage dans
cet espace étroit, et qu'il finira par s'éteindre; mais qu'une
flammèche soit portée par le vent au milieu des plaines avoi-
sinantes, et soudain le feu s'emparera de ce nouveau théâtre,
et l'obstacle qui l'arrêtait sera franchi. Une route bien frayée,
un ravin, un terrain creux, où un reste d'humidité a conservé
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LES STEPPES DE LA RUSSIE MiRIDIONALE. Si
nn peu de verdure , sont autant de points dont on peut pro-
fiter pour s'opposer aux progrès de Vêlement vainqueur.
C'est là que les bergers viennent se poster : ils pratiquent des
tranchées à la hâte , ils sont attentifs à étouffer toutes les
flammèches qui tombent autour d'eux , et quelquefois leurs
eflbrts ne sont pas infructueux; souvent aussi ils échouent
dans leur tentative. Les laboureurs contemplent avec déses-
poir leurs champs, qui deviennent successiv^nent la proie du
feu; leurs habitations, qui sont réduites en cendres, et leurs
troupeaux qui, courant à travers la plaine, sont bientôt saisis
par un tourbillon de fumée et asphyxiés.
Rien de plus capricieux que la marche de ces incendies :
ils laissent parfois un ^pace considérable de pays sans y
toucher; ils sautent, pour ainsi dire , par-dessus , et portent
plus loin leurs ravages. Déjà le fermier dont les champs et
les troupeaux ont été épargnés si miraculeusement, se félicite
d'avoir échappé au péril; mais voilà que l'ennemi revient
brusquement sur ses pas : son attaque, pour avoir été tardive,
n'en est que plus violente, et la proie qu'il avait négligée , il
la dévore entièrement.
Une consolation , un léger dédommagement reste au mal-
heureux fermier : les cendres qui résultent de la conflagra-
tion des herbes forment un excellent engrais, et la moisson
qui succède répare invariablement la perte de la moisson
précédente. L'avantage est si grand , que plusieurs proprié-
taires mettent le feu à leurs champs toutes les quatre ou cinq
années; mais alors, comme nous l'avons dit, on emploie
toutes les mesures de précaution nécessaires, et on cerne le
feu par des tranchées, de manière à ce qu'il ne puisse se pro-
pager au delà de l'espace qu'on lui a assigné.
On fidt aussi usage de ce moyen pour détruire les forêts de
roseaux qui croissent sur les bords des rivières des steppes ;
mais cela est si dangereux que la loi le défend et prononce
contre les coupables la peine du bannissement en Sibérie.
Malgré cette sévérité des ordonnances, la plupart des forêts
en question sont brûlées chaque année au printemps. Le
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il tÈà mÉPPÈÊ tn tA «UêftB tf«1lfOl0]fALfe.
IHYiêpm' et le Dniester, d<mt ïes rhré§ «i sont oonvertës, ap*
pfifftiMetit cMime des rivières de fai, et les flanimes qpae i^
llètent les eatttc présetitent tm spectacle vraiment magnifique.
Deux raisons décident les Mforels à braver le ckàtiment cJkMil
Us sont menacés : la première, c'est que les roseau servent
tfe repafre k tin^ mûMfttde de loéps que Kincendie liiit sortir
lie Icar cachette et qne l'on tac ; la seconde, c'est q«i'oii es^
père, ett t^rfilani les anciéiffies poasses » obienfir des pOiiMes
notfvdRes plus abovtctantes. Il nefant pas o^bKer q«e e^â VO'-
seaM sont d'ofte très-^nde miHté dans les steppes t ^ Jttp''
pléent à l'absence de la pierre et du bois 4e diarpente, et
f h fonmfissent la mfttière principale pour la constm^tMm des
IbSFisons.
Le t^^tie «Mimai n'est pas pfos varié que cel«i des végè^
taux; Tnn et l'autre sont pauvres, malgré le nombre des êtres
Mimés (font la steppe est penplèe. La monotonie est en tontes
tjhoses le trait dislinctif de cette contrée ; mais si les espèces
j sont peu diversifiées, elles multiplient d'une manière éton-
Mante. Les aigles, les vautours, les faucons «t autres oiseaux
que partout ailleurs on ne voit guère qu'isolés , se montrent
ici par troupes. Les bords des rivières et les endroits cou-
verts de roseauic abondent en canards, «n oies, en pélicans ;
une multitude de lièvres très-petits pullulent dans les herbes.
Les alouettes, les pigeons, les grives, les merles, les pluviers
sont très-communs ; il en est de même des papillons et au-
tres insectes. Parmi eut figure en première ligne la saute^
relie, dont nons aurons & parler plus tard. Les steppes ne
tomptent que peu d'espèces qui leur appartiennent exchis{-»>
rement. Quoique la plupart d'entre elles se trouvent aussi
dans d'autres contrées , elles y diffèrent de mcfeurs, d'habitu^
des, d'instincts. On peut dire que ta nature toute pariicuKère
du climat des steppes modifie celle des animaux qu4 y vivent*
Dès que vous aveSK trsfversé le Dnieper, à Kremenlspng,
vous remar(|ue2 un petit àwimal qui se glisse partout dang
les herbes , et qui s'approche même dès grandes rotftes : ièa
Russes rappellevit êomUh , lus colons allemands Uèrre à ter*
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IM msrPM M -Là. ftUMB UtÊitOUmAtM tt
rier, et le» éradiU ttffiUtu tmlgmiê. Ceit tiM gMK^ieasé pe»
tite créature paitîoillièreMiKteppeB^ 4|i]i fiait le» ^y» boisés^
et i|«'-mi ràk Tsrettetti étans fc ▼•bims» d'ne irai» de
Le lUmeàieivier est exttèDBPcnMOit kimA 4e ce»
I b«lbM»e» <qf»iJahioiiritoMdiw.ct«e«Mil»ée. il «ntt^
pue tMancoop. 9» VMme et 4^upeot, <1 ptplîoipe de U^
iWM>tle«tKle1t4o»iMil;iIatt|ilii» fieUt^ela lyrenlèie,
et îl diMm da eeoeiid per la «Dokw 'de son petage«i 1»
longaeiir wotii» Mflwidéfable de la qoeoe. H se oreaee uit
terrier o4 il mm»»» de» pfOf ineas pour rhmr. <:e lerrier «
locÔ^w» den ewerturee^ «8»i e8l41 fiidle d!expulBer le
eowKk de »a retraite en y iin»ant eatrer de l'eao par «le
de» fisoe». Ge» iMiiaMK «fit poor t'en anMsremoD décidée.
On a remarqoé ipie dan» le» saison» himidea ih dimiiiMiit
de noubre, «tipi'iU araltiplient peodigiaiBaiiant pefidaait le»
8eRiero9B^w«
Leur gentinesM et lear caractère foMtre tomi qiiVm a do
plaisir à le» observer. On en raaeotttne i chaque pas. Tandis-
qae le» hd» se jooeat an miliea de» herbes, les antres plus
tinides ee tiennent accroupis devant l'entrée de leors terrien^
iln de aoïveifler l'approcbe de l'ennefeBiL Apercoivent-lls wt
hemne on qnelqae olo^ dont il» croient devoir se défier, ans-
»IIAl ilsse dreseettt sur lears jandie» de derrière, tels qnede»
kangnroos en minfature, et ils élèvent »i haut leur» petite»
tttes, qn'on dirait qu'ils peuvent s'allonger comme des télés-
eepes. Le» femmes emploient la fourrure du sousUk pour
kovder leurs habillement». On voit souvent des manteaux et
de» robe» qui sont laits de oette matière, et qu'on vend à fai
Mre de htÂffiiç sous le nom de êiÊêmIehm. De tous lee qna-
àrupède» de» steppes, eela&^i e»t de beaucoup le phi» ré*
panda. Le» chiens saumges s'en nnemBsent principalemelit^
les hMip», le» TCimrd», te» hneon», les aigles kû donnent oon^
Mnonent la ohasse.
Apffè» loi vient la eouris, qui infeste les greniers et lesmia-
psins. Poor «e débarrasser de cet hèle inconunode, les fer*
mieresoot «qpMlquefeis eUigés-d» mettre le feu à des «as 4e
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ik LES STEPPES DE LA BUSSIE MBBIBIOHALE.
blé. Contrairement aux mœurs du souslik, c*est pendant la
saison humide que la souris multiplie le plus.
Le loup des steppes est plus petit que celui des forêts, et
se distingue en outre de ceux des autres pays par ses habi-
tudes souterraines. Partout aOleurs le loup se retire dans des
cavernes naturelles ou dans des fourrés épais ; ici il se creuse
des terriers de la même manière que les lapins, et il n'est pas
rare de trouver une portée de ces animaux à plusieurs pieds
de profondeur au-dessous du sol. Ils ne se montrent guère
aux environs d'Odessa et des autres grandes vOles ; mais nulle
part ils ne sont plus communs que dans les parties boisées
des steppes. C'est de là qu'ils partent en bandes nombreuses
pour attaquer les troupeaux qui paissent dans la plaine. Aussi
chaque ferme est-elle entourée de haies ; ces haies n'ont pas
moins de douze à quatorze pieds de haut, pour servir de re-
tranchement contre les invasions continuelles de ces pillards.
Us font une rude guerre aux chevaux, aux moutons, aux bétes
à cornes; quelquefois même ils ravissent des enfants.
Les chiens sont de l'espèce la plus vulgaire, tant pour la
forme que pour le fond. Très-hauts sur pattes et très-velus,
avec leur longue queue et leur museau effilé, ils ressemblent
à des loups plutôt qu'à des chiens. Leur couleur est généra-
lement d'un gris sale. Quoiqu'ils ne soient l'objet d'aucun
soin de la part des Russes méridionaux, ils se sont multipliés
d'une manière incroyable, et Ton n'en compte pas moins
que dans la Turquie. Pourtant les Russes du midi ne souffirent
jamais un chien dans leur demeure; jamais ils n'admettent
cet animal à ce degré de familiarité dont il jouit chez nous,
et dont jouissent les chats et les coqs dans toute l'étendue
des steppes; mais comme ces chiens écartent les loups, on
en laisse l'espèce se propager à l'infini. Les habitations sont
protégées la nuit et le jour par des meutes nombreuses de ces
animaux. On ne s'occupe nullement de les nourrir; ils vivent
comme ils peuvent. Au printemps, cette saison de l'abon-
dance, et lorsque les chevaux et le bétail errent en liberté à
travers les steppes, les chiens s'éloignent des habitations, et
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tJSS STEPPES BS LA EUSSIB HBEIDIONALB. SK
deviennent presque aussi sauvages que les loups eux-mêmes.
Les fringoi de Thiver les forcent de se rapprocher des fermes
et des villages. Pendant Tété ils subsistent du produit de leur
diasse. Ils font leur proie des rats, des souris, des soosliks,
des œufs d'oiseaux et des jeunes couvées ; mais quand vient
la mauvaise saison, ils souffirent cruellement du froid et de la
fidm. On les voit parcourir les steppes par troupes de douze
à quinze, cherchant au milieu des neiges ou dans la profon-
deur des ravins quelque corps mort à dépecer.
Bien qu'ils ne soient pas inutiles, ils donnent lieu à des
plaintes continuelles de la part des habitants, surtout de ceux
qm se livrent au jardinage. En effet, les chiens des steppes
sont très-friands de fruits. S'ils pénètrent dans une vigne, ils
dévorent les raisins. Ils grimpent même sur les poiriers et les
pruniers pour les dépouiller. Plus ils sont repus d'une autre
nourriture, plus ils sont avides de celle-ci : on dirait que le
fruit les désaltère et rafraîchit leur sang.
De même que les loups, ces chiens se creusent des terriers
spacieux où ils cherchent un abri contre les chaleurs de Tété
et le froid de l'hiver. Par suite de l'état à moitié sauvage
dans lequel ils vivent, on prétend que le croisement des deux
races est un fait fréquent. On débite là-dessus en Ukraine
plusieurs histoires plus ou moins vraisemblables dont quel-
ques-unes sont accréditées dans notre Europe occidentale.
Par exemple, la louve mènerait boire sa portée, et tuerait
ceux de ses petits qu'elle verrait laper l'eau à la manière des
chiens ; d'autres fois elle accepterait un chien pour mari et
pour compagnon, puis, au bout de deux ou trois mois d'exis-
tence commune, saisie d'un remords subit, elle se séparerais
de lui, et laisserait à sa charge les petits qu'elle en aurait eus ;
le pauvre père, ainsi abandonné, les conduirait, au retour
de l'hiver, à la cabane de son maître ; là ces fruits d'une union
adultère ne manqueraient pas d'être reconnus à leur poil fauve,
à leurs oreilles pointues, à leur façon toute particulière de
mordre, et à leur goût instinctif pour la chair de mouton.
On prétend encore qu'ils chassent le loup avec plus d'ardeur
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^e leB chiens ordinaires. Jennes, on tes tient enchaînés;
vieux, rni les met à mort, et lear fearrare est presque aaasi
estimée cpie «elle des loops véritables.
VanMi les oiseaux, celui dont l'espèce est la pks répandue
^t Vottlarde, ou irakhna, comme t'appeltent les Russes. A
l'approche de Tbiver, les outardes émigrent de la ^lasie sep-
tentrionale vers des climats pins doux; mais aux etrvirons
d^Odessa, et àfembouchure du Dnieper et du Dniester, eUeu
restent toute Tannée. Elles vont communément par troupes
de douze à vingt. A mesure que l'hiver s'avance, ccr nombre
devient plus eansidérabfe; il monté quelquefois de qualtiM-
^ittgts à cenft. Ce n'est point que l'oiseau soit alors plus m^
«laMe^; c'est que les endroits oà il trouve sa subsistance sont
pks Hmttès. Effrayée par la présence d'un ennemi réel ou
supposé, une de ces troupes prend-^lle brusqu^nent son vol,
thacun des individus qui la composent fuift dans une direo*
tion particulière et régale son nid. Vers le mois de juin ou
de juillet, on voit les outardes pattre avec leurs petits; dans
ces occasions, le m&le veille soigneusement à la sûreté de sa
femelle et de sa jeune famille. Au moindre signe de danger, il
donne l'alarme. Sa vigilance est (elle, qu'il est fort difficile
de s'en approcher assez près pour les tuer. Les Itussesoroîenf
que l'outarde connaît exactement la portée d'un fusil. Les
Gosacks, qui sont les meilleurs chasseurs des steppes, luttent
de ruse avec cet oiseau : tantôt ils se glissent en rampant à
travers les herbes et parviennent jusqu'à hii sans être apei^
çus ; tantôt ils trompent le mâle en imitant le cri de h. femelle
au moyen d^un petit sifflet foit avec un os de bœuf. Cette imi-
tation est d'une vérité étonnante. Mais la manière hi plus t^
tmrquaM^ de chasser les outardes se pratique en hiver : cette
saison venue, elles cherchent un abri sous des chardons et
autres grandes herbes ; le froid redcwble de violence, la glace
s'attache i leurs ailes; elles ne peuvent ph» futr, et elles
eifirent une proie fecile afux renards, aux loups et suftovt k
l'homme. Montés sur leurs chevaux, les Cosacks les pour-
suivant et les tuent à coups de fouet. Un chasseur babile
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as «fftm» Dl CA HOSBIt MÉSmiOirALE. tS
peftt êii illripèr mi ^and nombre dan «ne jooniée* On
elle d«is les eteppes des habitaiits <pii se sMit scquh «itie pe^
file (brtmie par quekpies chasses heureuse»; un, entre «ak*e9,
qui dans mie seule matinée tua cent cinqoante outardes avec
ie«i ffonei/ H les vendit à Odessa, et eUes lai rapportèrent
quatre eent einqnante roubles. Vers le nord, ehaôin de cas
oiseaux se rend souvent de dUc i qirinae rmbtos.
Les aigles, les vautours et autres oiseaux de proie ont leu-
fMtt été trèfr-ri)ondaat8 sur toute l'étendae des steppes ;
mab dans ces d^nières années, une oertaine^portiett de terre
ayant été défrichée, une foule d'oiseau granivores, Jiis(tue4Br
inconnus, j sont arrivés, et d'autres espèces, qa\ auparimana
èùàBûi assex rares, se sont nraltipliées d'une manière surpre^
ttâste. Le seul oiseau chanteur qu'on ytrouve, c'est l'alouette.
Cependant le rossignol se lait quelquefois entendre dans les
jardins qui entourent la vitle d'Odessa.
Malgré fat sécheresse du sd , les steppes sdht infestées de
reptâes, de grenouilles et de crapauds : ces derniers surtout
96 TencontrtBt à chuque pas; et quand il est tombé un peu
de ploie, il ^t difficile de mafrcher sans en écraser plusieurs.
¥n phénomène etfrèinemeiit eurieut a Heu pendant les mois
<rété : M. Sohl n'en a jamais été témein, mais il l'a entendu
dèorire tsnt de feis, non*-si^lement par les indigènes, mats
aussi par les colons allemands, qu'on ne saurait guère s'em^
pêcher d'y ajouter foi. Ce phénomène dans la langue du pays
est appelé apparition de crapwiis, Yeici ce qu'en dit notre
auteur :
« Tout lé monde rapporte qae suivent, au mois de juin o»
de juillet, quelquefois même au mois d'août, après une forte
ondée, la terre se couvre soudarinement d'une myriade de
^•tits crapauds, qui viennent on ne sait d^oA, et disparais-
sent cemme ils sont venus. Il feut que cette ondée tombe
pnr grosses gouttes , et soit accompagnée des i^ons du so-
leil. Une pluie qui dure longtemps n'amène jamais de cra-
pnds. Le nonAre des reptfles qu'on voit dafrs ces occasions
eut fcbnleux : ce sont des millions de militons.: en dirait unre
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28 LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE.
armée de sauterelles. Marcher au travers de ces reptiles, qui
grouillent de toutes parts, est la chose du monde la plus re-
butante ; à chaque pas , on en écrase cinquante à soixante :
cela foit soulever le cœur. Qu'on se figure un indigène cou-
rant pieds nus sur ces masses animées dont le sol est jonchél
Les roues des voitures les éventrent, les coupent en morceaux,
et roulent toutes dégouttantes de sang.
ce Ces reptiles sont de la dimension la plus exiguë ; à peine
égalent-ils en grosseur les petits crapauds qui naissent au
printemps; mais ils sont beaucoup plus vifis et plus alertes.
Quelque nombreux qu'ils soient, aussitôt la pluie tombée, ils
ne tardent pas A disparaître ,* et dès le lendemain on n'en
voit plus aucune trace. On ne remarque pas qu'il y en ait en
plus grande quantité dans les rivières et dans les étangs :
on croirait que la terre , qui les produit brusquement à
sa surface, les absorbe de la même manière. Que si vous
interrogez les naturels du pays sur la cause de ce phénomène,
les Russes secoueront leurs épaules, et vous répondront :
Bog snayet (Dieu le sait) , tandis que les Grecs vous adresse-
ront sans doute au diable en personne pour pénétrer ce mys-
tère. Un Allemand très-intelligent, que je questionnais sur ce
sujet, m'avoua qu'il n'y comprenait rien. Je pense, me dit-il,
que ces myriades de crapauds viennent et s'en vont avec la
pluie; mais comment cela se fait-il? c'est ce que je ne saurais
expliquer. »
On rencontre aussi beaucoup de lézards dans les steppes.
Quelques-uns n'ont pas moins de dix-huit pouces de lon-
gueur : ils sont un objet d'efFroi pour les Cosacks; mais les
Cosacks ont peur de tout animal qui diffère dans sa forme de
leur cheval, de leur bœuf et de leur chien.
De tous ces reptiles, les serpents sont encore ceux qui sont
le plus répandus. Ils abondent un peu moins dans les parties
de la contrée qui sont bien peuplées, particulièrement dans
celles qu'habitent des colons allemands; car, en général, les
Russes méridionaux craignent trop les serpents pour les tuer,
alors même que ceux-ci viennent se loger sous leur toit. « Ne
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LSS ST£FPES DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE. 29
faites pas de mal à un serpent, disent les Rosses, et il ne vous
en fera pas. Mais si vous le Uxez , vous serez en butte aux
poursuites de toute sa race. » Ils sont persuadés qu'il existe
entre ces reptiles une sorte de corporation, et que les parents de
ceux qui ont péri ne négligent rien pour venger leur mort.
Ils fondent cette croyance sur le vingt-huitième chapitre des
Actes des Apôtres, où il est dit : « Et lorsque Paul eut ramassé
une poignée de branches, et qu'il les eut placées sur le feu,
fl en sortit une vipère qui s'entortilla autour de son bras. Ce
que voyant les barbares, ils murmuraient entre eux : Certai*
nement cet homme est un meurtrier ; et quoiqu'il ait échappé
aux périls de la mer, la vengeance qui le poursuivait vient de
l'atteindre. »
Par l'expression de meurtrier, qu'offre le texte, ils entendent
meurtrier d'un serpent; de même, ce mot vengeance signifie
pour eux vengeance d'un serpent sur l'homme qui a tué quel-
que reptile. Dans leurs idées, les serpents sont chargés de punir
les meurtriers en général, et particulièrement les meurtriers
les plus coupables, c'est-à-dire ceux qui ont tué des serpents.
Le reptile le plus gros des steppes est le eoluber tndfalis :
on prétend qu'on en a vu qui avaient dix-huit pieds de long.
Ceux qui n'ont que cinq à six pieds sont très-communs. Il y
a parmi les Cosacks une foule de légendes où il est question
de serpents monstrueux, qui, à une époque peu éloignée, in-
festaient les rives pleines de hautes herbes du Dniester.
Ils en sortaient pour s'élancer sur les hommes et sur le
bétail, qu'ils étouflfaient ou tuaient avec leurs dards. Quel-
quefois ils donnaient la chasse à un cavalier et à sa monture :
le cheval le plus agile ne pouvait pas échapper à leur pour-
suite. Ces exagérations fabuleuses n'étaient pas bien néces-
saires; la simple vérité est déjà par elle-même assez frappante :
qu'on en juge par cette anecdote, qu'un vieux colon a racon-
tée à H. Kobl :
a Nous étions un jour quatre jeunes gens qui nous amu-
sions à nous baigner. Au moment de reprendre nos habits,
nous aperçûmes, parmi des pierres et non loin de nous, un
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80 IX» STËPVBS P« LA RU^StB MUUUÛdilAU.
serpent toorme : aociw (te bous ne p««0ait powr palti>oiu Go^
peacloat n^us ^ion» tous aMcpt ieiUés de céder la plaoe à mk
Mio^aii aussi formidable « et de ae p^a Tmqai^r; mai» U
erÛBia du ridicule étouflb les coasid^aiions de la prudenee»
et neua eagageàaies le combat ea lançaat au reptile iiae valÀa
de pierrei« CelaH^in'ea paruinalleHiefit iotimidé; il se dreaeii
à^oia eu quatre pieds au-dessus du sol, en «ifflaak d'aœ fti-
ces weaacaate» conine s'il »eua eùk provoqués à Tattaquar
die plas prèsi. Nos pierres étaieiki mal dirigées» ou eUes gUsn
taieat sarson eorps visqueux saus l'eAdomnager. Q^wit aw
bAto894iufi nous teniouaà la «wiA^ils éteteat Uop coaiiapciac
Dous élre d'aaeajae utilité contre lai, TSous eoatintt&mes doM
à Taccabler de nos projectiles. Un instant il se moalra Hfi^
fiwè à se jeber sur nous ; oiais peu habitué saoa doute à ce
mode d*atAaque, il finit par battre en retraite. Nons le pour^
sivlmes Ytvement : un «^roa eaiUeu l'attoiseit à la tète» et
retendit presque îAaainiésur le sdiAe. New achevâmes notre
victoire en le tuiit. Il mesurait dix pieds de longueur, et il
était aussi gros qu'une bouteille. >
Une autre fois, les habitants de deux villages eonftigus
afvaient renuirqné pendant plusieurs samaiites de lai)gestro«éeo
i travées leurs champs de blé, comme si on y eût tiainé un
aac rempli de graia. On se perdait en conjectures à oe sujet»
jusqu'à ce que, un matin, on trouva dans ce champ un jeuno
poulain à moitié dévcoré. On soupçonna d'après Taspect et
ia aatuve des blessures que quelque énorme serpent les avait
-faîtes. Ce soupçon ne tarda pas à se confirmer. Quaére à cinq
voitures qui étaient parties la véiOe pour les terres de b^
bour» rentrèrent précipitamment au village. Les chevaux et
^euTs conducteurs semblaient égalemeut effilés* Us avaiem
.été attaqués, poursuivis et serrés de près par un reptile gi-
gantesque. La description qu'on en donna était telle que i»
»chulze, ou premier magistrat du village, commanda une le^
vée en masse, et invita les habitants des villages av^inants
à se joindre à hzi contre Pennemi commun. Vue centaine d#^
jeunes gens partirent arméa de fusils et de longws perdies :
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hB$ WtnWMSk DB LA RUSSiB MBBlMOIfALB.
pendast oa jour wtû»^» ik baitûrant le pays» maia ssun 2
snceès : dès le lendemaio» le reptile se meaira de ttûw«au
i qpMlqHes beq[^n quU ea le voyani, a'eftfiûreai d^m hmn
Uoapenx^ Qaelqiie pcécipitée que fàt leur retjraîte» uik ^
IfiOB chevaux denatla proie du moastare. Le lehuUe se remît
4»Bc ea campagne. JLe reptile fot déeoiiveri» traqué et-blassé-
de pki«ew& eof^s de feu. U chercha un refuge panrn les
kaules kerbea du Daî^er» laissant aprèi lui une largs tfaA*
née de sai^r ^ échappa ai»si à ceux qui le poursuivaieut Ou
crok qu'il périi de ses blessures » car depuis ou ne le revU.
plus.. B'aprèa les calculs sans doute exaeèrésdeeertaios ehas*
sMiT&s îIl uVaii pas moins de trente fûeds delonç : le schulae^
phiaiuedéré et probablement plus exact, a réduit cette éFa-
faiatioB i trois brasses et demie; ce qui pour ua serpeni de
uatse Europe est fort raisouuable*
Aujourd'hui on rencontre peu de reptiles dans le yobiu^
des colottîes alfemaBdes ; mais vers les parties le plus reculées
des steppes, il existe encore des districts où ils sont si uosh
bjreux que les bergers évitent d'y mener leurs troupeaux.
Ualgré leurs proportions extraordinaires » les serpents des
steppes sont un eimemi peu formidable eu comparaison d'im
petit insecte qui visite de temps en temps ces contrées, et qui
Y marque sou passage par d'affireuses dévastations. C'est la:
sautereUe. Qudquefois il s'écoule une période de plusieurs
années «ans qu'on en entende parler; puis, pendant une autre
période plus ou moins longue, le fléau exerce ses ravages cba*
que année et chaque saison. Lorsque pour la première fois
les colons allemands vinrent s'établir dans lessteppes, il y avait
longtemps que les sauterelles ne s'y étaient pas montrées. On
en connaissait deux espèces qui ne s'y multipliaient |point
outre mesure y et jusque-là on n'avait point appris à les
craindre. Ce fut vers 1820 que l'on commença à remarqpier
qu'elles augmeutaieut en nombre d'une manière inquiétante.
En i82&> et en 182S elles occasionnèrent de grands dégâts.
Mais en 1828 et en 1829 elles envahirent le pays pur trou**
pes mnombrables. Leurs colonnes épaisses interceptaiattt la
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33 LES STEPPES DE LA HUSSIE MÉRIDIONALE.
clarté du soleil : elles détruisirent les moissons, et dans
plusieurs localités elles ne laissèrent pas la inoindre trace de
végétation derrière elles. Les colons, désespérés, croyaient
déjà que le jour du jugement était venu. Dans leur détresse,
ils demandèrent conseil à leurs voisins les Russes et les Tar-
tares. Ceux-ci n'étaient pas moins embarrassés. Les hommes
les plus âgés parmi eux n'avaient point souvenance d'une
dévastation pareille. Tout ce qu'ils se rappelaient, c'était que
leurs pères en avaient autrefois fait mention. Les Allemands,
reprenant courage, se mirent à l'œuvre. Grâce à un système
d'opérations sagement combiné , plus d'un champ de blé fut
sauvé des atteintes de ces essaims dévorants. Pendant les
années 1830, 1831 et 1832, les sauterelles continuèrent d'in-
fester la Bessarabie et te reste delà Russie méridionale; mais
leurs colonnes s'éclaircissaient peu à peu. En 1833, elles ne
causèrent pas de grands dommages, et depuis 1834, elles
ont considérablement diminué de nombre. On ne les voit
plus qu'isolées, de même que les autres insectes.
Pour se défendre contre ce fléau, les colons ont établi une
espèce de police. Quiconque aperçoit le premier une nuée
de sauterelles est tenu de donner aussitôt l'alarme et de &ire
avertir le schulze. Celui-ci se hâte de convoquer les habi-
tants : sous sa direction, hommes, femmes, enfants, vieil-
lards, tous s'arment de clochettes, de chaudrons, de fusils,
de pistolets, de tambours, de fouets, etc. On décharge les in-
struments à feu, et avec les autres on produit le plus de bruit
possible. Ce tintamarre a souvent pour eJFet d'effrayer les sau-
terelles, qui, poursuivant leur vol, vont s'abattre sur une lo-
calité plus tranquille.
Plus encore que le bruit, elles redoutent la fumée. Du plus
loin qu'on signale l'approche d'un essaim, les colons se hâ-
tent d'amasser près du champ dont ils veulent écarter ces
terribles visiteurs, de la paille , des broussailles, des herbes,
du fumier desséché. On y met le feu ; il s'en élève des tour-
billons de fumée, et à cet aspect l'armée de sauterelles change
la direction de sa route. Quelquefois cet expédient échoue
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LBS STEPPES DE LA BUS8IE MÉRIDIONALE. 33
complètement» par exemple lorsque Timmense colonne s'étant
abattue dans la plaine, les derniers rangs poussent les pre-
miers jusqu'au milieu des flammes. Des milliers de sauterelles
y périssent; mais leurs cadavres amoncelés éteignent le feu,
et le reste de la troupe envahit, sans rencontrer aucun ob-
stacle, le territoire qu'on croyait en sûreté.
Le plus communément, la fumée les force à reprendre leur
vol i travers les airs. Alors le comble de Thabileté consiste à
les chasser dans une direction où Ton n'ait rien à craindre
de leurs ravages. Si Ton est dans le voisinage d'un lac ou de
la mer, on tâche, par tous les moyens possibles, de les pous-
ser de ce côté. Elles tombent par millions dans l'eau, et leurs
corps y forment comme de petites lies flottantes sur lesquelles
d'autres sauterelles viennent se poser en telle quantité qu'elles
s'entassent à vingt ou trente pouces d'épaisseur. Que si le vent
.souffle de terre avec force, toutes sont submergées : si au con-
traire la brise est molle, celles qui sont encore vivantes s'ef-
forcent de regagner le rivage, où elles sèchent bien vite leurs
ailes pour recommencer leurs dévastations. Quant à celles que
les flots ont englouties, leurs cadavres, rejetés sur la grève
ou le long des rochers, apparaissent de loin comme des mas-
ses sombres d'algues marines. Il faut admirer l'adresse que
montrent les sauterelles en ces occasions. Poussées par un
voit impétueux bien avant au-dessus de la mer, elles réussis-
sent souvent à regagner la rive, non point en luttant contre
le lit du vent, mais en louvoyant à la façon des navires.
Leur instinct les guide de préférence vers les jardins qui
entourent les habitations. S'il se trouve un village à droite ou
à gauche de la ligne qu'elles suivent, elles ne manquent jamais
de se détourner de leur route. On s'imagine à peine, on ne
saurait décrire la terreur dont les habitants sont saisis à leur
approche. Qu'on se représente un nuage noir d'insectes dé-
vorants. Ils s'abattent sur la terre, qu'ils couvrent à une
épaisseur de deux ou trois pouces, tandis que des myriades
d'autres, se succédant sans interruption, obscurcissent la
clarté du jour. Les arbres, les toits des maisons, en un mot,
5* SÉRIE. — TOME XI. 3
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iMte 1» tm|ierfirie éa 6èl ^Bt jMcliéê 4<i MXè^p&emim^ <qai
«niilto êtteordoom Bsoai oosm. Il fliul âkir» fenner «1^00
wdû te* ]pd«t«^ Itt» feMéir»«ti«iAaM leidiami&M 4m InAil-
USàans, wt des wilUeft de uMetéÊtM pteèumt for ces
^inrevtwes. IJim aMée, filuMUfs «gMimi &'4tiat «rttéi siiar
Odessa, les rues et l«i piacfei pabHqoei eiv éiamA<mïveiA»;
oes îuaeeKs eni^ahîssneiirt t'ifilérieiir ^bs «MwonB. O» en
Ifdwaril deê^sniiâitMW dvee ioBplfltset l6»««nefole9 de» mi-
«ioMy et fls^lhiMit s'éftailer joequesur les eote^sbewleise.
Ott dÎBliflgee k» «laiitevdtee de- ki Keesie aiéridioMle en
deai eeptees : l«e nweÉi outisases (gniêtu$m6fiHa&rim)^ lee-
quelles «ent un pOMe et demi de longnew ; et let Mirdiiiit
{ griUui wMwtor)^ lesqaelles^Mii ettrâon de«x ponces de long.
Lee den esfièoee towt égaiemenl Toraces et égalenail re-
doYtéee. L'une «I l'antre se rêpvodnisent par des esufii qne la
iMneHe dépose éam la terre mi nMyen d'un tid^e forant ^m
miàoc dont elle est «rmée. Ceci a iîea d'aoAt i septembre,
lile ne se contente pas de creuser le sol avec le tube en qoee-
tien; 1^ 8*7 enfonce eUennteie tout entière, afin que les
crafii soient eadiës le phn arant qu'a est peesiMe. Cette der-
nière drconstanœ dépend de la nalmre d« terrain» Si le terrain
est trop dur, la ftMneRe laisse son dépôt à la snrfiice. On a
observé qn'elle chevsit presqae toujows un endroit oà la terre
est friable, et qa'elle y Ant son trou en touniant sur etle-
niéine, een corps eerrant ainsi de tarière^ jnsqn'à ce qu'elle
disporaîese cmnpiélieinent. Le iron netrev^é, elle y pond ses
mth au «ombre de einquanle à 9oi»»ile-dix. Le travai} de la
ponte dere généralement deu eu trots jonre, après qnoi la
mère ép«nséei«ste gisante et menrt. ât ses Soroes ne Mper-
nieilent point de «renser «n tren assez profond, eMe demeure
deesas, et eewre ses cenfe de son ^Mrrps inankné. Les omis
de la sauterelle eoift blancs. Par la forme et la çressenr,
ils ressemblent à eeux de la fonrmi. Une eertaâne sidMtanee
fMinense les rend adhérents les «ns tait antres. Quand on
les retire de terre, la menée compacte qn*iis oflrent ne se die-
eout pas; si on les plaee eor un morceau de ^v^rre que Ton
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i» SnVMI Di %A IkVÊÊlM HlâYlllONAlft. tt
aurnSê omwit» «tditaMWtt» M kMviMbMiMitédorê.irac-
tion 4e la Diitttre «M phs lenit. tM 4ft«lb mifod» 4lui» )è edl
f fiMMI rMtOMMet nàwt t c« ti'esl qu'à ia ««4^«Tril m
m MttiâMiMiMnt é» ami ^aH^édosent. La Mige lea yi^
fége^mitm la géMè q^i to «iétniteKH; ma» lersqae la torrte
^Êi aoa^et qprtte m Mil pai eachAs a^ici pKOftmdédMii, 4aa
Sèiiéraiim9«filièi«a4eaaaÉM«1leitp^ sealenaii.
Aux praniera Imm« jMiv «da fvtnlaaif»» lag iasactaB iu>a¥él-
taMKl -éeloa ooamenMnt à w mcftâtet. BieiitAt a« ea fait
dea tfoapés considérablea. LsBplaaJaaiieaii'om^poiiitd^aflea;
wm laors paflea, <tai a« âMH tartiièarptMifilênieat, les aidant
i «eannrrair. Lear apj^éHI T«praea ae iftaiilfest^ aasntAt aprte
lenr naissafiee. Les aai^rterallad ae valent pas «msare qaa déji
rfles mamgent. BHeaiietardeiïtpaBàaemeCtreearotfle, atfl
aenMe cpe Tessan) aagaieata à aiesiira qu'il t'avance. Btes
iHiatm fiâssat eataMlm ua petH tarait «ga, an Aotâbot ks
aaes aa-derrant das aaXaa», el leur anâtche eH aacooiqpagiiée
d^n oartahi eraqncKnaiil ou patUlaiBanlderelM le phi» lit'
aarre. Eltes procèdani prasipia toiijoan en ligne éraMe, et
m sa kment ni arrêter ai détonmer pu* aaean ebataale. D
en périt das qaaatitéa maoaJii uMig dana tea rayin§, éawies
fleavas, daas Va rivîdiea. L'eaa disparaît ipiekpefaû aaus
une ccmche épaisse de santereHes aoyéas.
Les jenaes occasiattwiit plus de déduits qoe les ?mUes.
Gomna «fes a'oat paîat eMcare lenrs «Ses, fl est ttés-imAUe
de cherdier à les effrayer par des fsax allnaaiés ou par des
décharges de «soaaqaeleria : 'enlreprawlni de les détruire»
c'est perdre son tanpi; aar une andtitade pareille, la dilé-
i^aeede qaelqaes «mIKom en pios ea en moins n'est rien.
Ajootea à cela qm lenr TOimoilé est plas gran<k et qoe les
piailles, herbe <m Mé, i|a'eUes rengeni sont les pousses naa^
▼eHesdu prin%eaBps , d'o4 il suit qae leurs dégftts sont très-
^Mhâles à réparer. Â la rérfté, le théâtre n'en est pas aasai
4t€ada : tant qae ces inseeta ne sont point mams de leara
«Ses, ils ne mvdhent goère qa'à taisoa ds deux versts par
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86 LES STEPPES DE LA BUSSIE MÉRIDIOICALE*
Aa bout de trois ou quatre semaines, ils atteignent toute
leur grosseur. A cinq semaines, leurs ailes sont formées, et
alors Us commencent à voler. A partir de cette époque, ils par-
courent la contrée en nombreux essaims jusqu'à la mi-sep-
tembre. Après une existence de quatre mois, tous meurent,
non sans avoir pourvu à la perpétuation de leur postérité.
C'est vers le milieu du mois d'août qu'on voit les essaims les
plus considérables. Leur vol est accompagné d'une sorte de
bruissement : on croirait entendre le vent qui souffle avec
violence à travers des arbres. L'élévation de leur vol dépend
de l'état de la température. Par une belle journée ils mon-
tent bien à deux cents pieds au-dessus du sol, c'est4-dire,
la nuée qu'ils forment parait occuper cette position ; car les
couches supérieures doivent en être beaucoup plus élevées.
Si le temps est sombre et couvert, les sauterelles rasent la
terre de si près qu'un homme rencontrant une de ces armées
volantes est heurté par elles au visage et se voit forcé de de-
meurer le dos tourné jusqu'à ce que le tourbillon soit passé.
Lorsqu'elles volent à une grande hauteur et qu'elles distin-
guent dans réloignement un champ de blé, une plaine ver-
doyante, elles descendent lentement vers la terre ; arrivées
à six ou sept pieds du sol, elles s'abattent toutes ensemble :
on dirait une pluie de pierres.
.' Elles ne sont point réglées dans leurs heures. Elles conti-
nuent quelquefois leur marche jusqu'à minuit, et rarement
elles se remettent en route avant huit ou neuf heures du ma-
tin. Une nuée de sauterelles présente ordinairement une forme
ovale, ayant un quart de verst de largeur et deux à trois versts
de longueur. Parfois on voit ce nuage se séparer en deux ou
trois parties qui plus loin se réunissent. Quanta l'épaisseur que
ce nuage peut avoir, il est difficile de l'évaluer exactement.
Elle doit être considérable, puisque les rayons du soleil ne
sauraient la pénétrer, et que l'ombre qu'il projette sur la terre
en passant y répand une fraîcheur très-marquée. L'obscurité
momentanée qu'il occasionne produit le même effet qu'une
succession de gros nuages chargés de pluie. Par un temps
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LBS STEPPES DE LA BUSSIE MÉEIBIONAU. 37
calme, il fiait environ quatorze milles anglais (trois lieaes) en
huit heures.
Une plaine où s'est arrêté un essaim de sauterelles présente
Taspect d'an champ de bataille. Dans l'excès de leur avidité,
eHes s'entre -déchirent souvent; plusieurs d'entre elles se
cassent les ailes en tombant; elles ne peuvent plus reprendre
leur essor et suivre le reste de la troupe. On ne saurait esti-
mer que d'une manière fort conjecturale le nombre d'indi-
vidus dont chacune de ces armées se compose. Les indigènes
prétendent qu'une seule en s'abattant sur une plaine de
quatre versas de longueur et de une verst de largeur la couvre
entièrement, qu'en plusieurs endroits les sauterelles s'entas-
sent au nombre de quatre à cinq les unes sur les autres, et
que les arbres, s'il s'en trouve dans le voisinage, menacent
de se rompre sous le poids qu'ils supportent. Admettons seu-
lement un insecte pour une surfieice de deux pouces; il en ré-
sultera qu'un essaim qui couvre une verst carrée ne constate
pas moins de mille millions de sauterelles (1), et chacune
d'elles, au dire des Russes, mord comme un cheval, mange
aussi gloutonnement qu'un loup, et digère avec une facilité et
une promptitude que ne possède aucun autre animal.
Bien que les sauterelles affectionnent certaines plantes,
elles sont en général peu difficiles pour leur nourriture, et
elles dévorent indifféremment tout ce qu'elles rencontrent.
Sons l'action puissante de leurs mâchoires, les feuilles et l'é-
corce des jeunes arbres disparaissent comme par enchante-
ment. Un riche pâturage se change aussitôt en une terre nue
et désolée. Les herbes et les roseaux qui, pareils à une frange
verte, garnissent le bord des rivières, sont enlevés avec une
rapidité magique, et là où de beaux épis ondoyaient tout à
l'heure, il ne reste plus un brin de chaume. La troupe affa-
mée s'avance ainsi en mangeant; mais comme les premiers
(i] Une vent a 3,500 pieds de long (mesure anglaise). Une Tersl carrée
eontient donc 12,250,000 pieds carrés; soit 1,764,000,000 pouces carrés.
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twf» m laifi0Wi «m antre»; qu'une naîgre dossefte» rartièrch
garde prend souvent son vol et se substitue à Favant^nid.
Ghimm frâant, ka flanc» d» la coUnuie a'^tandent» et die
fiwi fwr ne pcéseatar qu'ue aenii» lifo»*
Ou ^tingue d'a»aaii Uin la bcuii qvM fcmi lea aanler^lea
m r<MPWBAnl la» buim, et 1» frémûfaemeAt de leur» aUea^
qn'dlfaMi^aai^iitâ'agjtec i<piâgopqiiAa eatendiipattFewMrev*
pmu de immtQQs peut »'eA fanvoc xkm îdée.i4i pviUa fAd^
Im Uà» mtk» .ne le» tentent qne nédi^crement;, maia .toat iça
<|aj est verdttce est intûUibkmeiit dér^ré. O qi^eWmt^éU^
ventÀ tante.antre c^boa^» .c'e»t k Ué d'Jnde, B est «^^ ^gtr
tréoMOieiit cmrâux da lea ¥^ fa^ber w champ plaAtô de
oa blé qui a, dana lo» ateppea» we tige U ès-bauteat tpès^ite*
Qn4<]ue& sautereUea auffiamt c^ndaat pour per^^r cette
tige en cent endroit», et cala an bmi d'une nnnute.; rinstaal
d'après il n*enre9te plnadeveatig^a, Elles rattaquaat i la foia
par répi, par ki nuliisu et pai: la racintg, jusqu'à ce qu'elle» la
neaveraent. A chaqiie tige déverée, ka sauterelle» qui en ont
fait leur proie s'envolent poiir s'abattre sur une tige nouvdle.
L'oQuvre de destruction »e poursuit sans reUcbe juaniu'à ce
que le chamyp tout entier soit lasé et mis à nu.
I^s jardins que les marchands d'Odessa entretiennent à
grands frais ont particulièrement è souSrir des ravage» da»
sauterelles. Elles épargnent» il est vrai,, le» melon», le» cou*
combres et le» fruits qui proviennent sur le» 'arbres ; maie
des arbres mêmes» elles dévorent le» feuille» et l'ècorce. Quant
au fruit, il se détacbe et tombe par terre. Il en est ainsi pour
la vigne. Le» feuilles, les tendrons» les jeunea branches seni
complètement rongés» tandis que les gcappe» de raiain gisant
dispersées sur le sol pendant cq tQmp»^là; chaque arbce du
jardin est chargé d'une foule de trav^lleuses qui parcent» qfé
rongent, qui déchirent, qui scient; et lorsque la troupe, ton**
jours affemée, s'éloigne enfin, la scène de désolation qu'elle
laisse derrière elle ne saurait se décrire. D'énormes amas d'ex-
créments signalent Tendroit où elles se sont arrêtées. Ces
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chwt, iM taielemp9^.4pnèB 1m troupe^n Ment la 'i>bnet qui
Wwft nuici MT It lomitKki ><értfmwi (tea^MOs)* «^ Xdk
ert la |dkrM»4)ii4Uuwm dM myagMm (fcmqu'iifl «iflItaBi li
rosses. Ceax-ci.9f^ fr<mé,mm ëa plus èÉénMw* qw lem
qiOBio«a^«ttis; pow iMéhaasemy la «itteivanlf qnamèaent
les iiémmiUlm (lieB0Mè).iinifiaata deap^iAqtiëviAé&vfanBani
i^aanil miipaile ém ^W/fm, tmnBMatmqim p«r 4a i
tMOPar ka «abaraux aanMagaa ^q^dii ; Imixe. XSopendasI «a
mai Aedoift ftknr «teîa ^a^^iac iwniamwi faatsidioMs. n y a
laagtaanpa <|Qer)aparlîe4ai >teppaa qai aq^natieniàlaftimia
a<waè dfi aeafHDaaor A» duBvaas aawiragaa.'; ilast mtm»e.im*
pMàbla da pateiaar eaaokoaea* répoqse, déjà So9t étoifaéav
Qià ca Mkle.wîiiial amii au liharté an niliea des plaiaaa
qii baadoiit la FanA-Jinia. Aj^anid'lmt chaqae itéôim^ m.
troupeau, a son propiâétaiaa asaqpad leialMiiitehikdiHi eosoipla-
de to«le pièce da Jbèlail qui a été pavdua ou nMe. Ce «"est
qa'^M leMdL da k laviaiie ou dans lea désacis qni s'élaAdatft
Moacdak mard'AiaU iquaraiiiaucontreide8.di^aui:masft
à J'4iat de miim». Xeatofœs ils joaissesl daaa les stappat
d'a«e condMoo qui appiooka d'une iadipeadaiioe absotaa,
e4 lia s'ofrant aiaaî à rabaarvateaar sans w poiok denua qi»
cawi da nalra Eurofa uofirâaaiikttt pas. Aussi fuaiqiia làa
laouloa» ipnraui am preasâsa^ ligna parnû le& aapècesdoiiâea*
papaaaipauplé» et qu'an eu Eefiaonlra<dJ& toanpeaux powam
300) da btea à«ouaaa on da eberaax^ u<ias «ouaecanfnrons
d'ahard'da casiiaras^iè saxenoato prasqua toute la aavula*
T» îanpÉnale, ai 4'aà k {^antaruiraïaut panrraît titerv au Imn
aain^ 4as rasaources tsllaft<qn'aucuaa auAre oantséan'au poa<
sède de semblables.
PhnieuBB saiguenas nnaesaantpfiiprîééakes de frauds^do-
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ko LES STBPPE8 DE LA BUSSIE MÉRIDIONALE.
maines dans les steppes. On cite particulièrement les familles
des Potocki, des OrlofF, des Rasumoflsky, des Skarshinsky,
des WoronzofFy etc. La population est si claii^emée, sans
parler d'autres obstacles, que ces familles sont obligées de
laisser en friche une partie considérable de leurs terres. Aussi
les seigneurs les plus riches ont-ils compris qu'il était de leur
intérêt de se livrer principalement à l'élèye des montons, des
bétes à cornes et des chevaux. Il parait que dès les temps les
plus reculés cette industrie a été celle du pays.
Comme noyau d'un taboon, on envoie dans la steppe, sous
la garde d'un berger, un certain nombre d'étalons et de ca-
vales. Les petits poulains restent avec leurs mères , et le
troupeau va toujours en augmentant jusqu'à ce qu'il atteigne
le chiffire fixé , lequel est proportionné à l'étendue et à la
fertilité de chaque domaine. Rarement un taboon se cmn-
pose de plus de mille chevaux; mais il y a des propriétaires
qui ont, dit-on, dans diverses localités, jusqu'à huit ou dix
de ces taboons. C'est seulement lorsque le troupeau est com-
plet qu'il produit un revenu, soit qu'on emploie les jeunes
chevaux sur le domaine même, soit qu'on les vende aux par-
ticuliers ou aux agents du gouvernement.
Le tabuntshik aux soins duquel le taboon est confié doit
être doué d'une activité infatigable et d'une constitution de
fer, également endurci à l'excès du froid et de la chaleur, et
capable de supporter toute espèce de température, sans même
avoir l'abri d'un buisson. Il doit lui être indiffèrent de pas-
ser la nuit sur le gazon humide ou sur une terre nue qui a
été brûlée pendant douze heures par les rayons presque ver-
ticaux du soleil. Rarement il trouvera une cabane pour le
protéger contre les froids les plus rigoureux, et à l'époque
des chaleurs , quoiqu'il soit comme dans une fournaise et
qu'il respire un air embrasé, il faut qu'il reste en selle pres-
que toute la journée, prêt à poursuivre au galop les chevaux
qui s'écartent, ou à secourir un jeune poulain sur lequel un
loup vient de s'élancer.
Les bergers traînent avec eux leurs maisons : ce sont de
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LBS STEFPS8 DE LA RUSSIE Mi&IJ>IOKALB. 4l
grands chariots dont ils ne se séparent jamais dans leurs
courses vagabondes, où ils trouvent un abri pendant la tem-
pête, et où ils se refirent la nuit; mais ce luxe est interdit
au tabuntsfaik ; le troupeau dont il répond ne saurait être
abandonné à lui-même. On conçoit que les mille chevaux
commis à sa garde ne se tiennent point ensemble dans Tor-
dre et la discipline des chevaux de régiment. Il est douteux
qu'un adjudant de cavalerie ait plus à courir et plus à sur-
veiller un jour de bataille qu'un tabuntshik pendant la jour-
née la plus tranquille. On peut dire qu'il n'a pas le temps de
quitter le dos de sa selle. C'est à cheval qu'il mange et qu'il
dort. Il dort aux heures où les autres hommes veillent , et
réciproquement; car les chevaux sont sujets à s'écarter pen-
dant la nuit, et la vigilance la plus grande est alors néces-
saire pour repousser les attaques des loups et celles des vo-
leurs. Qu'une tempête de neige fonde sur la steppe, le pauvre
tabuntshik, au lieu de tourner le dos au tourbillon , devra
avoir l'œil sur ses chevaux, les contenir s'ils s'effrayent, les
poursuivre et les ramener s'ils se dispersent.
Il est presque tout entier vêtu de peaux qu'une ceinture de
cuir assujettit ensemble. A cette ceinture, il porte suspendus
les divers instruments et les drogues dont se servent les vé-
térinaires, ainsi que d'autres ornements bizarres. Un grand
bonnet tartare, de forme cylindrique et de peau d'agneau
noire, protège sa tête, et par-dessus tout cela est jeté son
irmêa, ou manteau de laine très-ample et muni d'un chaperon
pour encapuchonner la tête au besoin. Ce capuchon ne sert
le plus souvent que de poche et de garde-manger.
hè tabuntshik est encore chargé de plusieurs autres har-
nais sans lesquels il ne se hasarderait point à faire un pas.
Le harabnik est un des plus importants. C'est un fouet dont
le manche est court, mais dont la mèche a quelquefois
de quinze à dix-huit pieds de longueur. Cet instrument lui
tient lieu de sceptre ; il l'a toujours à la main , et il s'en sert
pour gouverner les turbulents animaux sur lesquels il règne.
La fronde vient en seconde ligne. Le tabuntshik l'emploie
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aw m^ttflft iMafOBi qw k» liadiitMtft de rAnévifneds i
enqplpîeiA le hmoi «noé de w frende, il ombmim i
di'Attmdte le ^ou du cheval qu'il yeal «rèler.
leMjp eit eneere ni» yaitiQ indjepeiistblfi de «00 éq«ipe«aii.
GfMavBaanei est atteebée i Farçon de la seDeelplacéa à
porMe det isa maÎA; elle a treis iw cpaaAfe pieds deJoa^» let
eitoefil »HMiie» à rextrémité» d'uDe groese tenle de^ler. Ib
tahmitebA; mame oei engia fcMmwUUe awc oae dei^lèrité
smryneiMqle. Miuiité «or ano eheval > (fai ooact aa tri|pie gar-
I«^p» il toace aoa arme à la iéle d'un loap; la balte d'aa
pburteiir aaaMcaia ne deatne pae. une mosi fk» praaipte et
ptas.etee.
X« takiaatahîk parte dana ionta ses excmrsiatts ime aaÉr»
pkâae d'eaa; » efièt, il ignore où ce quand il re&eoaÉveea
on paitB» ane saaxee, et s'il sait oiles;traiKrer, il nesaît paa
slVasa en ^era osa oanea tarie. Un sae poar ie paia et tme
bontaille d*eanndj&-Tie eont une pajdie néceesaira desoa ba**
9me; ajeatofr-y me feate d'autres petites provisions de tooi
genre, qu'il suspend i seiï Tétenenta «a à b sele de eondi^
kA. Asasi armé et éqaipé, il s'e«lo»ee daas les piaiaies inha-
bMss des stiE^pes^Dèa toas il n'a phiei coaqiter qae sar sea
pcopres tessaaross : il faat qa'fl se sirfise à M?aalme^ qa'a^
Tise aealiaralniik il sadie anôntoiir l'ordae pami h» trao*
peau» et qu'avec sa massue il puisse le déGeodre;; tàdie difla-
cite et fai eaige une actlvkife coaliaaelle. Ce qui lai cause ie
{dus d'embariAs, c'est la prtsence de qufslqnss aieaxétalaai
qui,, qrauat paasé dix ou diMaœ aas dan» les sisppta aanaaToir
flairé l'odeur d'une dtaUe ou senti k aaoïs et l'épsaeu, cfe*«
¥îennettfc tout à fiaÉ indociles e« iogoovwnblea,. et aouvent
letal3antaUknieaai»dfi toaiqinltor » oa aebareliffepaa
dn taboon.
ûa gnsa de m, m lampti de fidâgu» et de dangeia^ na
aaami «eoentimier longtampe. An bout de quaiaa aoa aa
plai,. le tabantolâk est deweaa incapable 4e a'aeqoîÉler de
aas fonotkms. La paye qall reorà. est proporlîanaAi mc
MDiaïqa'il miim»; oar c'eai tou>oaaa wi daDHBliquaàj«agea
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m u msêm mÈwnwKUiM. kOl
Nt lu cadaàm étm cèiiioieaÉi ni feapoir ém yétampcMes
n^oklieadnîmt é'wi nrf cette Tieilaiee 4e tanske ûntanls,
Si» Uifwllevn laboM sertit réduit i ma en neiue^W
Dok. Ls «agee dTim ItbntiUk smt véglés d'aprj» le noi»-
luede» AmmBL iiMiiin à m «erde. jtaur ohaoen (fma, it
tMHiie dVrdiiMdre evu; à ttcnclilee p«r an* il peut ésme^
»'il rèurit àéoirtiv les leofM ei tes iioleev&>de son troupeau»
9B0BcraMiiMikpamtsix mUteT^iMes (ô^ffiSfr.)? nm il vé-
pMid deL taÉ ohevàk q«Hl Mise Toler eu^ déroecr. Or, le ¥ei
à» dvfax «e prarlM|ae daae ke ateppessar «ne éobelle le^
: laiçe et evœ tant d'adresse >et d'asdeot , qw le ml-
: eordiea pavl penbe ea «ae seule Met k neiÉMfede
ses gafss de Umkb l'eimée. De phis» il déftwf e i ses dépeae
d» aides oe gaidieu» eq aorns^mlee qui eoat à son aervice.
n ne iait pas aseies ds trois de œs booiouos poar an tabooa
de mille cheyaax. Malgré ees dsreraescfaaBgea, un tabantahit
pcnt, arec da soin et de Tietsitigeace, réaliser des gains assez
coDsidécaMesL Cependant, pen dTeotre eux amasosat en pelil
ci^âlel panr le tsmpe a& ils derieadroat îavalides.
£d attendaai, les pésils qu'île attoMtent sus eesaefoait
dos idaaitihitiT ka honanae les ph» isfoncbea et les pins dé-
tesmiaée qu'il j astaa aaoeda. C'eet oae chose receasiBe qne
cdas qnî a aieaé ee ^snee de vie pendant dcsui oa trois ans
est iaeapabte de se plier i des babitades paîsèUes et rég»**
Ijésea. D'une aatni part» qnicoiupie tromre dans une
trie aaoiisi fatigante ol moins dasgereuse les mogrcns de i
sister n'a garde d'eadirasser catte^Ià, 11 ca résaUe jqae les
tabnalahiks seneemtflnt panai la Isedeiapopolataon. Coasose
levr pedie esA preaqne taajaiQ» assez bi<ni garnie, ils se \^
vrant, dana des caftateis bergn» qu^esi reaoenif e enciertaîm
eadrails des steppes , k des esgies efrogrables i ils paisiad
des nuits entières à boire et à jouer, assigné la natare de
lears fonotieas, qnî leur défiradmit de a'écaeter ua asul aso-
nsaot da laftoon. Le jaar venu,, sb Bsjoignent an giJop la
taoflpeaat W^ > peadvd ae taaips4à, était abandonné ans
soins des eoa»gnrdicDa.
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kk LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉEIDIONALE.
Les tabuntshiks vivent dans une crainte continuelle des vo-
leurs de chevaux, et pourtant il n'y en a peuUètre pas un parmi
eux qui ne soit lui-même prêt à voler des chevaux dans Too-
casion. Le voyageur qui a laissé sa monture paître dehors
pendant la nuit, le paysan dont les bestiaux se sont égarés,
doivent, avant de commencer leurs perquisitions, s'informer
s*il n'y avait point un taboon dans le voisinage. Qu'ils se hAr-
tent : le tabuntshik ne perd point de temps pour se débar-
rasser du produit de son vol; que ce soit un bœuf ou on
cheval, il le vend ou le troque au premier pâtre, berger ou
tabuntshik qu'il rencontre; celui-ci l'échange ou le vend à
un autre : en quelques jours, un cheval qui a été dérobé sur
les rives du Dnieper passe de main en main jusqu'à ce qu'il
arrive aux bords du Danube. Le propriétaire légitime le
cherche encore , que déjà il est hors des domaines du czar
et figure dans le haras d*un magnat de Hongrie.
. Par suite de sa vie désordonnée et des excès dont il la
souille, le tabuntshik est généralement mal vu ; cependant on
recherche son amitié et l'on craint de l'avoir pour ennemi ;
son maître lui-même le ménage, car ce n'est point un domes-
tique qu'on puisse renvoyer du jour au lendemain : une fois
que les chevaux du taboon se sont accoutumés à ses soins,
ils refusent d'obéir à la voix d'un autre. Il les connaît tous
individuellement : il sait quels sont les défauts et quelles sont
les qualités de chacun d'eux, ceux qu'il convient de vendre
et ceux qu'il est à propos de conserver; il sait aussi où se
trouvent les meilleurs pâturages; en un mot, il s'est rendu
nécessaire, et il a le sentiment de son importance. Certain de
l'impunité , il abuse de sa position, et il affecte un profond
mépris pour les tskabaums et les t$herednik$ (pâtres et vachers),
.gens honnêtes et paisibles qu'il regarde comme appartenant
à une espèce inférieure.
Les foires les plus importantes pour chevaux, entre le Dnie-
per et le Dniester, se tiennent à Balta et à BerditshefF. Les
chevaux y sont amenés libres de toute entrave. Tandis qu'ils
traversent les villes et les villages, ils s'effirayent souvent des
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LES STEVPBS DE LA BUSSIE MÉEIDIONALE. (5
noareâux objets qui frappent leur vue. Leurs conducteurs ne
s'en inquiètent nullement, Texpérience leur ayant appris que
la peur est le meilleur moyen d'empêcher leurs bètes de se
disperser. Arrivé à l'endroit du marché, le taboon est ren-
fmié avec le tabuntshik dans un enclos en dehors duquel le
propriétaire se tient assis. Les acheteurs tournent autour de
l'endos, afin de fixer leur choix. Ils ne doivent point s'at-
tendre à ce qu'on fasse trotter devant eux les chevaux pour
mieux les examiner. Il faut qu'ils en jugent par eux-mêmes et
d'i^wès les indices qu'Us pourront saisir, ce Je n'ai i vendre
que des chevaux sauvages, dit le maître; inspectez-les aussi
longtemps qu'il vous plaira. Ce cheval que voici est âgé de cinq
ans; j'en suis certain, puisqu'il a été nourri sur mes steppes.
h ne sais rien autre chose de lui. Son prix est de cent roubles;
voulcK-vous l'acheter? — Oui. — Je vais donner ordre qu'on
l'attrape; mais je vous conseille de donner quelque chose
au tabuntshik, afin qu'il ait soin de ne point blesser la béte
en l'arrêtant. »
Cette recommandation n'est pas à négliger; car, si Ton ne
procède point avec beaucoup de précaution, le cheval peut
s'estropier, et comme on ne se rend mattre de lui qu'après le
marché conclu, le dommage est au compte de l'acheteur, et
non point du vendeur. Si le tabuntshik est content de la gra-
tification qu'on lui a donnée, il s'approche doucement du
cheval désigné, et lui jette sa fronde sur le cou de manière à
ne pas le blesser. Dans le cas contraire, il le jette par terre
au moyen d'une sangle; l'animal, qui s'est d'abord cabré de
toute sa hauteur et de toutes ses forces, se calme peu à peu
et se laisse emmener par son nouveau mattre ; celui-ci em-
ploie souvent toute une année à le corri(][or des défauts que
lui avait frût contracter sa première éducation.
Les transactions qui s'opèrent dans ces foires sont peu de
chose si on les compare à celles qui ont lieu sur les steppes
mêmes. Les agents du gouvernement russe et d'autres mar-
chands maquignons visitent successivement les divers taboons,
choisissent les sujets qu'ils veulent acheter, et les payent en
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^#9 à«mt fNT iMe. H estf^énéniuMftiiadaiîs ipie ievtln-
imu <V«M même tabom «e Tritnt ^ pea pvèi fef ms leB
mtrè9j «^«6t<^^re4ttt'îlB Boot Airoiichesy vicien «t dUSoUn
è «p^rivoÎBur. Cdpâidnt qnel^Mi tabM» jimssii^ d^ae
iiiâU0«re vépmfttàm et Im froÂnls en Mvt fAia Mtimè».
BwMt M •^'OH ifipidlle ia fadle «aisoii^e Mqfwna nitiB
4'0€Utee), te UlBOan erre jMtf d nuil; i tiavcn la «teppe;
pendxBt tes six autres meis de ramièe il passe la mk à eea-
tcDl; le jmr teaii, <m ielaitie Joitir dânasieplaiose, et là l«e
pMrereft dusran écaitent Jwrec leur nabot la 'CMcke de nmge
té|Miadiie mt le sol, allar 4> chercberna pem (ftnerbe* <^amd
nous dôcme •qo'ifo passent la naît à coavert, noue «'eniHi
dens ingaifier lien ifM rfettenAte à iiae io^^
en qnestioii eet aa enclos isrmé d'idi wsm en ttuoii dee-
sécbéy et sur leqadl «n a constrsBt <k c&tèda nord une eqirèee
de toitve^niBsiàrB afin de le gacsntir de la bîse« Les étalotie
e'eiDpai«eat d'abord des meilleiiiw places de x» hangar; Isa
jeunes poulains forment des groupes le long da sÉar^ et «e
asnrent tes ans eontre lessutres pasv eBÉRftaDîrparsii eux
ma peu de cbalear* Ce a'est pas du froàd qa'ila^nit ks pkis à
aouRrir : le tabontsMk lew délivre awe «ertaine pnotimn de
fourrage; unm ceftteprovîsiM eet varefl^eat salHsaivte* Am»-
snre que Tbiver s'afaoes» le foin dorieaÉ phn ram, et Toa tM
forcé d'y aabstitoer de la païUa et des voseaaa desséchéB
qo-on gardait pour te eha«Âige {!). Bneore n'es^ee pas sans
de graades contestations que le tabaatsidk obtsoit ces naigMB
alioients du csiisinier et dn sunreittant des poêles (3). Si l'hirer
se prolonge au delà dn taa» oadinaire, les nrtbeareax dia-
vawx sont rédaits i manger ht terre dont le asar de rappentàs
est formé; quelquefois même âb s'avrraebetit les «ns aas
autres les crins de la queae^ et ils les déronreat. fit cela anife
(f) Gomme il n'y a dans les steppes ni forètf ni mines de bouille, on
se chauffe principalement ayec de la paille et des roseatn.
(2) Il y â toujours dans les mafeons ridiei an dmaenaque diargé eida-
meneat de teiRer aat i^oêlesi
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poar «pprtfsriMmiev tM» les l^diMi» {jfMidml weti
II
v^eiUl p» >élêiMiwt q«» «elle' BSàflOA mlèf«^ nb
I CfflttidénMÉ de «hefaift. Il m p6rtt ^elquelbis h
îlifc, et eon «piî mrvmnt sonl teH^umnl «mMeris, idte-
i éfai9és,>qMÂriiiMMrfSB6Rt à f«iîfie pow learMiMf^.
L'année 1833 fiit extrêmement meuririèrev ^ dsM\ MB iiprè^,
les f layi» qpf'eile mml ciMês n'étaneiH pas Hmmt répsif es.
JDttt «B 'lri)dmi de HiMe die^m, il y a généralenetit èe
^fÔKKfàyiù^ étjdms, ai quatre o« cinq eenls carales qtii
peawl piHte^t^ Leff'èlftloiis, snrtMl tes timix, «ecénsidè^
mt •CMUB6 1m Mgneors et maîtres de la coignwrrnrrté; ih
«Kemnt lenr mtorité avec fort pen de modération, et ise
livMÉft flntn 0ÊK 4es conbatH désespérés, iinî({n6fflent pour
VmÊoat ûû la préémineneê. Il existe fonfours dans chaqn^
tibosn imétakm qâ, {riva inécbant on pins fort que ses ca^
8*<8t ae(fa» sur ent une sorte de suprématie. Les
I, kacaMet, les intriffaes s'agitent parmi cette foule;
it OM eoalitîon ^génémle se forme contre un seul indfh-
v; am ae jiatte aiir My on Taecabie de ruades et de mor-
, iMi le oontrMit de vivre à Técart.
C-eal lon^ae-deex taboena ae rencontrent que des combats
terriUn s'enga^enL Ordmaireanent les tatmntshiks ont soin
4ê laisser entre leurs troupe^rt respectifs une distance con-
TeeaUe; OMiia celte reafcontre peut avoir lieu par suite de
qetk|ae BégMgtnoe des gardiens.' Souvent aussi ils la provo-
^qwDt, quand, par exemple, il s'agit d'occuper un pâturage
CBMieité. Dana œa oceasîans, les t^avries et les jeunes pou-
iMi iie preanent point part à Taetion. Des deux c6tés les
éCakina s'itasmait avec une farie et une impétuosité dont ne
peaieiit se Eure idée ceux qui n'ont vu le cheval que dsms
i'élal domeatiqaie. IVmMés d'atie rage incroyaMe, fis hé-
râieat kar criniève coone des lions ; ils se dressent les uns
^lea atttnst il* sedéchirent avec teurs dents'; le Imnt
aalxrta qni s'entrechoquent retentiit au loin, et pen-
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48 LES STEPPES DE LA RUSSIE BIÉRIDIONALE.
dant cette lutte acharnée, dont le tumulte et l'agitation ne
sauraient se décrire, ils rugissent et poussent des cris perçants
qu'on n'entend nulle part ailleurs. La troupe victorieuse em-
mène toujours en triomphe un certain nombre de cavales pri-
sonnières. Les tabuntshiks s'occupent alors de l'échange des
captives. Il est bien rare qu'à propos de cet échange Us n'en
viennent pas aux mains, eux aussi, si toutefois ils ont pu
rester neutres jusque-là.
Le printemps venu, les chevaux s'indemnisent des priva—
tiens de l'hiver. Les loups ne sont pas moins pressés de ré-
parer les jeûnes qu'ils ont endurés. C'est l'époque o& la
chair des poulains est la plus délicate, et les loups, qui sont
connaisseurs, la préfèrent à celle du mouton et du bœuf.
Nuit et jour ils errent dans le voisinage des taboons, et
forcent les chevaux à se tenir constamment sur la |défen-
sive. Gomme ils se sentent les plus faibles, ils ont recours à
la ruse. Us s'exposeraient à une mort presque certaine s'ils
attaquaient un taboon en plein midi ; ils le savent, et quelque
pressés qu'ils soient par la faim, ils ne se hasardent jamais à
.commettre un pareil acte de témérité. C'est la nuit, lorsque
le troupeau est dispersé dans la plaine et qu'eux-mêmes sont
assez nombreux, qu'ils attaquent leur proie. Alors un admi-
rable esprit d'ensemble et d'union se déploie parmi les che-
vaux à la première alarme ; les étalons et les cavales se por-
tent rapidement vers le point menacé, et fondent sur les
assaillants avec une impétuosité qui met souvent ceux-ci en
déroute. Les loups reviennent bientôt à la charge; ils s'em-
parent de quelque pauvre poulain qui s'est écarté dé quel-
ques pas du gros de la troupe, et s'apprêtent à l'entraîner;
sa mère se précipite pour le délivrer, au risque de partager
son sort. C'est ici que le combat s'engage véritablement; les
cavales forment un cercle dont les jeunes poulains occupent
le centre. Nous avons vu certaines peintures d'après lesquelles
des chevaux se défendant contre des loups leur présentent
le train de derrière. Rien de cela n'est exact : les chevaux
s'avancent sur leurs ennemis en phalange serrée; ils leur font
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LES STEPPES DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE. M
tète, ils les déchirent avec leurs dents, ils les écrasent avec
leurs pieds. Pendant ce temps^là les étalons se tiennent en
dehors de la ligne; les crins hérissés et les naseaux dilatés par
la colère, ils galopent sur les flancs de leur année, et rem-
plissent à la fois les fonctions de généraux, de trompettes et
de porte-étendard. S'ils voient un loup qui ose les aflRronter,
ils s'élancent sur lui, et souvent ils l'assomment d'un seul coup
de leur puissant sabot. Dans ce cas, ils traînent avec leurs
dents le cadavre jusqu'au milieu des cavales, qui piétinent sur
lui jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une masse informe. Si, au
contraire, l'étalon échoue dans ce premier élan, c'est fait de
lui; huit ou dix loups affamés lui sautent à la gorge, et ne
lâchent point prise qu'il ne tombe mort sur le sol. Mais la
proie qu'ils ont abattue, ils n'auront point la chance de la
dévorer; les autres étalons se précipitent et vengent celui
d'entre eux qui a succombé. Les loups finissent toujours par
être complètement défaits; ils fuient en désordre, laissant sur
le corps des vainqueurs plus d'une marque sanglante, plus
d'une entaille profonde qui atteste l'acharnement de la lutte.
Ces grandes batailles n'ont lieu que rarement ; en général,
le loup les évite. Sa tactique consiste en surprises : il se glisse
sournoisement à travers les herbes delà steppe, il s'approche
du taboon en prenant le côté oii le vent donne, et là il restera
en embuscade pendant des heures entières jusqu'à ce qu'une
jument s'écarte avec son poulain du reste du troupeau. Même
alors il ne tente pas une attaque à force ouverte ; il s'approche
encore davantage en rampant , les mouvements de sa queue
imitant ceux d'un chien. Si la cavale, trompée par ses dé-
monstrations amicales, le laisse s'approcher d'assez près, il
lui saute à la gorge, et en un moment il la saigne et la tue;
puis, s'emparant du poulain, il l'entratne ou l'emporte, et il
disparaît avec son butin avant que le tabuntshik ait soup-
çonné sa présence. Ses tentatives de maraude n'obtiennent
pas toujours un succès aussi complet ; souvent la cavale évente
sa ruse et donne l'alarme ; le tabuntshik accourt, et le dénoù-
mentde l'affaire est qu'il augmente son bagage d'une belle four-
5« SÉRIE. — TOME XI. h
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50 tes àTCims de la Russie MÉAI^foiirAtB.
mre dont oti Itri offrira dfat à âtttne rouMe». Ltf seAale thMëé
qui reste au loup pour d'échapper, c'csé de rouler la lèle M
première au fotid de quelqtw ratin, exereiccf ^f^^iM^Uqtfe qM
le cavalict ô'absttcnt prudetwfteifift d'itoheir.
Toicî venir l'été; les loups sont nt(Am iacottinièdefi^, AMAS
les malheureux chevaux voWt tttùît à soùflfHf de la ^if pi»
tpi'ih n'ont scmffert de la fahn pendant Phîtèr. La chaleftr
est extrême : nulle part ri y ti'a de Tombée, 9l c« n'es* cteB^r
que Ie9 animaux produisent en fen-nani de petite gfoopei.
Ils se rassemblent donc ^ et là, chae«fi d'ew eberebaai à
placer le corps de sort vois* «tftte hii etle» tèyons d'»ii mk
leil brûlant. Souvent le tabuntsMh èbetctM un abri au cM--
tre d'un de ces groupes; il s'étend sirt* la terre, tandis que les
efaevaux se tiennent immobiles, la tète baissée efl leur prunelle
ardente fixée sur le sol.
L'automne ramène les plaisirs et la joie. La plaine se ood-
vre d'une herbe verdoyante ; les sources fournissent de l'eau
en abondance. Les chevaux amassent des forces, afin de se
préparer aux privations de l'hiver. C'est en automne que,
pour la première fois de l'année, les chevaux d'un taboon
sont appelés à travailler; encore ce travail est-il bien peu
fktigant. Il consiste à écraser des gerbes de blé. Voici com-
ment M. Kohi décrit cette opération.
<( Sur un espace de cent pas carrés, on égalise le sol et oii
bat le terrain jusqu'à ce qu'il soit rendu solide. Cet espace
est entouré d'une barrière où l'on a ttiénagé ufte porte. On y
étend les gerbes de blé, sur lesquelles on feil trotter les che-
vaux , de manière à ce que le grain sorte de l'épi. Dans les
petites fermes, où Ton ne peut employer que huit on dix che-
vaux à cette besogtie , chacun d'eux broie par jour trente à
quarante gerbes. Mais dans les grandes termes, où l'on a à an
disposition la moitié du taboon, vingt gerbes sont le maxinwm.
En supposant qu'un taboon de mille chevaux soit mis à l'œo-
vre, dix mille gerbes peuvent ainsi être égrenées à la fois. On
forme le troupeau en detix divisions. Cinq cents bétes, éta-
lons, cavales, poulains^ sont introduites dans l'enclos sous la
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ua 9rEPns9 im la rvssiv utKimovAtE, 51
sorrallaBee &at tabmtsfiilt et de ses aides. Alors commence
âne scène de bal étrange, fiintastiqne. Armés de leur formida-
ble bnrabnîek, qu'ils font claquer i grand bruit, les gardiens
dament le signal de la danse. Les cheranx, épouvantés d'en-
tendre ÂlDer les fouet» à leurs oreilfes et craquer la paille
t<ni9 leurs pieds, se précipitent comme des furieux d'un bout
de l'enceinte à l'autre; les plus rétifis sont les meilleurs ou-
Trier». Le grain jaOKt des épis, et les gens de la ferme ne
^oeeopent qu'à rejeter dans l'enclos les brins de paille qui ont
rolé dehors. Ceci dure une heure ; après quoi , les chevaux
ayant été retirés pour un moment, on retourne la couche de
geibes, et Ton recommence ainsi de suite jusqu'à trois fois.
II convient de dire qu'un pareil mode d'égrener le blé n'est
praticable que dans les grands établissements d'agriculture
et qu'on en perd une quantité considérable. y>
Tel est le genre de vie sauvage que mènent les chevaux des
steppes! tel il était encore du temps de Mazeppa; mais les
scènes que l'on vient de décrire deviennent de plus en plus
rares dans la Aussie méridionale. La population s'y accroît;
plusieurs des grands domaines se morcellent et se divisent
entre plusieurs petits propriétaires. Si le gouvernement russe
exécute son plan fevorî, c'est-à-dire l'introduction d'un sys-
tème régulier d'agriculture dans cette partie de l'empire, les
taboons disparaîtront graduellement ou se retireront vers les
derniers confins de la Tartane. A quelle époque ces change-
ments s'accompliront-ils? on f ignore. Les steppes, il est vrai,
peuvent produire du blé en abondance; mais la difficulté des
transports, le manque de matériaux pour la construction des
routes, opposent des obstacles sérieux aux améliorations pro-
jetées. Quelques localités plus favorisées que les autres et
situées dans le voisinage des cours d'eau ou de la mer for-
ment des exceptions à cette régie générale.
En comparaison des mœurs turbulentes et de la vie agitée
des tabuntshiks, les moeurs et la vie des tshahawns ou gardiens
de moutons sont bien paisibles et bien inoffensives. C'est
tfaprès le nombre des moutons que l'on évalue la richesse
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52 LES STEPPES DE LA RUSSIE HÉRIDIONALB.
des seigneurs. Tel d*entre eux en possède cent mille, et quel-
ques-uns de ces immenses troupeaux n'ont été formés que
depuis trente ans. La race wallaque est la plus estimée. Elle
se distingue par la grosseur de la queue, laquelle ne consiste
guère qu'en une masse de graisse très en renom parmi les
gourmets russes et tartares. On a aussi introduit récemment
des mérinos. Ils se propagent avec rapidité.
Le tshabawn est presque toujours un personnage doux et
tranquille et dont le caractère participe de celui des animaux
qui lui sont confiés. Comme il ne s'écarte pas aussi loin que le
tabuntshîk, il peut se procurer une foule de comforts auxquels
celui-ci doit renoncer. Il mène avec lui deux chariots traînés
par des bœufs et où il serre ses provisions, ses ustensiles de
cuisine, les peaux des brebis qui sont mortes de maladie et de
celles qu'il a réussi à arrachera la dent du loup; car le tsha-
bawn, malgré ses mœurs pacifiques, fait aux loups une rude
guerre. Outre le plaisir de les tuer, il réalise des gains fort
honnêtes en vendant leur fourrure.
Pour donner une idée approximative du nombre des bètes
à cornes que nourrissent les steppes, il suffit de dire que
presque tout le suif exporté d'Odessa, de Riga et de Saint-
Pétersbourg provient de cette contrée. On en tire annuelle-
ment de quoi fabriquer sept cents millions de chandelles et
cent millions de livres de savon. Cela ne date pas d'une épo-
que récente : du temps d'Hérodote, les Scythes étaient renom-
més pour leur suif et leurs cuirs.
C'est la vente des chevaux, le débit des suife et des cuirs ,
l'exportation des laines, c'est en un mot le développement de
ce commerce immense qui a porté si rapidement au plus haut
point de splendeur une ville tout à fait moderne, la cité que
déjà l'on appelle la capitale du Pont-Euxin, Odessa. En 1838,
c'est-à-dire quarante-six ans après sa fondation , elle comp-
tait 69,023 habitants. En 1802, ses importations montaient à
719,000 roubles, et ses exportations à 1,534,000 roubles. En
1839, ce chiffre s'est élevé pour les importations à 21,309,000
roubles, et pour les exportations à tô,636,350 roubles.
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LES STEPPES DE LA RUSSIE MERIDIONALE. 53
M. Kohi décrit longuement Odessa , ville étrangère, ren-
dez-vous accoutumé des marchands grecs et italiens , qui y
sont comme les fecteurs des autres peuples. Odessa est assise
sur le bord des steppes. De quelques-unes de ses rues vous en
apercerez les plaines nues et désolées, qui se perdent dans
on horizon sans limites. De riches marchands ont dépensé
des sommes incroyables pour écarter ce voisinage et établir
des jardins aatour de la cité. Ces tentatives ont eu peu de
succès. Les arbres que l'on plante s'étiolent malgré tous les
soins possibles, et meurent au bout de quelques années. II
parait que, sous la couche de terre végétale qui forme le sol
dans les plaines deTEuxin, s'étend une couche d'argile froide
qui détruit la végétation. Dès que les racines des plantes ar-
rivent à cette couche inférieure, l'arbre se dessèche et périt.
À quelque distance d'Odessa se trouvent les colonies alle-
mandes. Ce sont de petites communautés qui subsistent pres-
que indépendantes au milieu du grand empire des czars. II y
a vingt-cinq mille de ces colons dans la Bessarabie et dans
ks environs du Dniester. On en compte en tout deux cent
cinquante mille , qui sont dispersés dans les diverses pro-
vinces de la Russie ; ils jouissent de plusieurs privilèges pré-
cieux , grâce auxquels ils n'ont pas cessé de prospérer. Les
steppes renferment aussi des colonies de Grecs et de Polo-
nais; mais aucune ne saurait lutter avec celles des Allemands :
parleurcourageet leur persévérance, ceux-ci ont triomphé de
toutes les difficultés qui s'opposaient à leur établissement dans
une contrée sauvage. Ils ont le droit de nommer eux-mêmes
leurs magistrats , et ils ne connaissent d'autre contrôle que
celui du comité colonial à Saint-Pétersbourg. Jusqu'ici, ils se
sont peu mélangés avec les indigènes, qui les regardent d'un
œil jaloux. Ceux qui ont le mieux réussi occupent les bords
de la mer d'Azoff , près de la petite rivière de Molotshna. Il
y a là des paysans qui possèdent des troupeaux de vingt à
trente mille moutons. La richesse de cette contrée est pro-
verbiale dans la Russie méridionale.
Lorsque les premiers colons vinrent se fixer dans les step-
pes sur l'invitation du gouvernement russe, outre l'abandon
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Hk LES STEPPES PS LA. BUSSIS mJÏUMOIULB.
de certain lots de terre, Us reçurent à titre d'avances, des
chevaux, des vaches et des instruments d'agriculture. Ces
avances constituèrent une dette publique qui fut répartie en-
tre les diverses colonies, et un impôt foncier fut payé annuel-
lement à l'empereur. Aujourd'hui, l'impôt en question rap-
porte i la couronne 2,000,000 de roubles. La terre concédée
aux colons était considérée comme inaliénable et indivisibleu
Le père devait laisser à ses enfants le domaine tel qu'il l'avait
pris; plus tard, les descendants d'un même propriétaire ont
possédé en commun tout ce qui lui avait appartenu dans
l'origine; mais le domaine était placé sous le nom d'un seul
d'entre eux.
Les empereurs russes , en attirant des colons alleouuids
dans les steppes , se proposaient deux choses : d'abord, de
peupler des terres presque inhabitées; ensuite d'enseigner
aux indigènes l'art de l'agriculture. Si Ton en croit certains
voyageurs, les Russes n'auraient rien voulu apprendre des
Allemands , qu'ils détestent. M. Kohi, au contraire, assure
qu'ils se conforment à leur exemple, et que, dans tous les cas
douteux, on entend cette phrase : a C'est comme cela que
font les Allemands, » et que ces mots décident la question. Il
est avéré que, seuls, les Allemands ont adopté des mesures
efficaces pour la destruction des sauterelles; qu'ils ont intro-
duit dans les steppes la culture des pommes de terre ; qu'Us
ont travaillé à extirper les serpents; qu'ils savent donner la
meilleure façon aux terres de labour, et que, dans toutes les
années de famine, c'est à eux que les Grecs et les Russes eux-
mêmes ont recours. D'après cela, il n'est pas douteux que leur
présence ne soit un précieux avantage pour le pays.
Usseconstniisentdebelles et spacieuses habitations ; quant
aux naturels, ils ne sont pas mieux logés que les Troglodytes
dont parle Hérodote. Ces dignes descendants des ancieAS
Scythes se creusent un trou qu'ils recouvrent de chaume, et
voilàleur maison. L'édifice a tout au plus quatre à cinq pieds
d'élévation, et il est toujours tourné vers le midi. Il règne A
Vinlérieur assez de comfort. Cette espèce de hutte est fraîche
en été, chaude en hiver; elle brave impunément le vent du
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iJH Snsm» PE LA ftUSSlB MÉB1DI09ALE. 6i
nord, qai passe par-dessus en sifBant et en foaettant devant
loi des tourbillons ^de neige.
Les ^eppes duPont-Euxin doivent à leur position géogra-
phique les avantages commerciaux dont ne jouissent point les
steppes de la mer Caspienne et de TAral. Odessa» Tapanrog,
Sebastopol et autres villes florissantes, se sont élevées sur les
bords de la mer Noire. Aucune grande cité n'a été fondée dans
les temps modernes sur les bords de la mer Caspienne. Ce-
pendant, à part cette circonstance qui est toute locale, la
description que nous avons faite des plaines d'Odessa et
du Don s*af>plique fidèlement aux steppes qui touchent à
Yempire chinois. Cette contrée plate et ouverte a de tout temps
livré aux conquérants qui ont voulu s'en emparer un chemin
fiicile; mais la même cause qui permettait de l'occuper mo-
mentanément empêchait qu'on ne s'y établit d'une manière
permanente. Les Russes ont les premiers conquis réellement
h Scythie, et ils l'ont conquise moins par leurs armes que par
l'influence pacifique de leurs colons allemands. Ovide, eh
parlant des steppes, disait :
Tu neque meMorum corpore nuda vidîi
Nec tibi pampineas autumnus porrigit uvas.
Pendant dix-huit siècles, ces vers ont pu être vrais; au-
jourd'hui, ils ne le sont plus. Les plaines de l'ancienne Scy-
tfaie sont couvertes, en certains endroits, de riches inoissons;
les vins du Don et de la Crimée sont devenus célèbres et ne tar-
dat>nt pas à être un objet d'exportation. La côte méridionale de
cette même Grimée est regardée comme le jardin et le verger
de Saint-Pétersbourg. Les tribus nomades se convertisseùt
tous les jours à une vie réglée et sédentaire. Qu'il y ait dans
ces tableaux, présentés par les autorités locales, un peu d'exa-
gération, c'est à quoi l'on doit s'attendre; néanmoins, ce que
lefouverneoient russe a déjà fait s\iffit pour justifier l'admi-
ration de l'Europe, et s'il poursuit son œuvre comme il l'a
commencéOy les steppes 0e la Russie auront acquis dans vingt
imsune grande importance politique.
[Àsiatic Journal.)
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jÇtstotn* — Mottxvs. — iTigiglatton*
LE DUEL.
Le duel est une coutume particulière au monde moderne,
on n'en trouve pas de traces parmi les nations de l'anti-
quité. Qu*un homme puisse mettre deux existences en péril
pour une offense qui , dans la plupart des cas , et même ja-
mais, ne mérite le châtiment qu'on veut faire subir à l'offen-
seur, en supposant encore que ce soit lui qui soit puni; que
cela ait lieu partout , en dépit des lois et de la religion ; que
cela passe pour honorable, et qu'on ne puisse s'en dispenser
sans porter atteinte à sa considération personnelle, c'est ce
qu'on ne voit que chez les peuples civilisés du monde chré-
tien. Toutefois, il ne faut pas s'y tromper, il n'y a entre la
barbare coutume du duel et la charitable morale du christia-
nisme d'autre rapport que celui de la simultanéité; ce sont
deux faits coexistants , mais parfaitement indépendants l'un
de l'autre. Le duel ne nous vient que des coutumes et des
superstitions des Barbares qui envahirent l'occident de l'em-
pire romain. César et Tacite nous apprennent que les anciens
Germains décidaient leurs querelles particulières par l'épée ;
et lorsque la conquête eut mieux fait connaître leurs mœurs,
on voit le fait confirmé par les lois qu'ils rendirent. En SOI,
une loi de Gondebaud le Bourguignon ordonne, pour remé-
dier à l'obstination et à l'avarice, que toutes les contestations
doivent se décider par l'épée; et Frothius le Danois, digne
descendant des héros de l'Edda , dit expressément qu'il est
plus noble de résoudre une difficulté par la force que par la
parole : Speciosius tiribus quam verhis confligendum e$se caiwn.
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LE DUEL. 57
Plus tard, lorsque les mœurs, eurent fait quelques progrès,
Loitprand dît encore, en 701 : « Nous ne pouvons pas croire
» i la justice de ce qu'on appelle le jugement de Dieu , car
» nous avons vu périr bien des innocents pour la défense
» d'une bonne cause; mais cette coutume est si ancienne
» parmi les Lombards que nous ne pouvons pas Tabolir,
> malgré son impiété, d Ces lois et coutumes expliquent la
véritable origine du duel ; c'est de là que le duel moderne,
modifié par le temps, est venu jusqu'à nous. Mais, en rap-
portant ainsi son existence à l'ignorance et à la brutalité de
nos barbares ancêtres, n'est-il pas humiliant de voir qu'il se
soit perpétué jusqu'à nos jours , et que l'homme bien élevé
du dix-neuvième siècle doive dire avec le Lombard du hui-
tième : « Nous ne pouvons l'abolir, malgré son impiété? »
La féodalité reçut le duel ou combat judiciaire des Bar-
bares ; mais elle le modifia , le régla par des lois , en fit une
institution sociale, une solennité à laquelle les pouvoirs tem-
porel et religieux prêtaient l'éclat de leur présence. Othon II,
par son décret de Vérone , en étendit l'obligation aux prê-
tres et aux femmes , mais en leur accordant la faculté de se
(aire représenter par des champions. Les Danois allèrent plus
loin encore, car leurs femmes et leurs filles étaient obligées
de détendre leur honneur en personne. Cependant, pour éga-
liser les chances du combat, on enterrait leur adversaire jus-
qu'à la ceinture; l'héroïne, libre de ses mouvements, était
armée d'une lanière de cuir à l'extrémité de laquelle était atta-
chée une pierre pesante : elle cherchait à frapper son ennemi
sur la tète, et lui, pourvu d'un bâton, était déclaré vaincu s'il
manquait trois fois son adversaire ou laissait son arme tou-
cher la terre. En Angleterre cependant, il semblerait que
le combat singulier était à peu près inconnu avant la con-
quête normande. C'était par une compensation pécuniaire
que devaient se terminer les différends, et les lois du roi Al-
fred sont positives à cet égard. Hais le conquérant introdui-
sit les rudes coutumes de ses fiers Normands : il commença
par provoquer Harold en combat singulier, et la seule res-
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ëB hE WDEL.
tiiclioa qu'il ûapose daas ses lois a« oooibai jiMUcitire, c'est
q/ie « aucun prêtre ae peut se battre sans i'autorisation de
.9011 évéque. x> De cette époque date le défi aolenad que le
cbampioa des rois d'Angleterre vient jeter au monde lors de
leur couronnement. La dernière fcm que cette partie du ce-
réiuoaial a été accomplie , c'était au couronnement de Geor-
ges IV» et ce fut le duc de Wdlington qui, entré dans l'^^ae
de Westminster à cheval et anné de toutes pièces, remplit
Voffîce de champion du roi.
L'on des plus anciens combats judiciaires que l'on trouve
daos les annsdes anglaises est celui que le comte d'Eu, Ac-
cusé par GodeÊroy Baynard de conspiration contre GuillauaK
le Roux, livra à son accusateur daas la plaine de Salisbury.
Vaincu en présence de toute la cour, il fut cruellement mu-
tilé par ordre du roi . on lui arracha les yeux; son écUyer fiit
fouetté et pendu.
On raconte Thistoire plus romanesque d'un comte de Mo-
dène qui, pour avoir imité la continence de Joseph, fut per-
sécuté, comme l'avait été le patriarche juif, par Marie d'Ara-
gon, femme de l'empereur Othon. Il eut beau protester de
son innocence, tout ce qu'il put obtenir , ce fut un combat
en champ clos ; il fut vaincu , et aussitôt décapité. Sa femme,
sans se laisser abattre par cet épouvantable spectacle, prit
la tète sanglante de son mari, et la déposa aux pieds de l'em-
pereur en demandant vengeance : <( De qui? dit l'empereur.
— De vous-même, qui avez sanctionné une iniquité; car Je
suis prête à prouver l'innocence de mon mari par l'épreuve
du feu. » Une barre de fer rouge placée au milieu d'un
brasier ardent décida l'affaire : la malheureuse comtesse , la
saisissant sans crainte et, dit-on , sans douleur, redemanda
à l'empereur sa propre tête pour avoir fait périr un inno-
cent. La chronique ajoute que rempereur,~après avoir mâr-
rement examiné la proposition, imagina, comme moyen de
conciliation, de faire brûler sa femme, ce qui fut en effet
exécuté à Modène , en l'an du Seigneur 998.
Le plus singulier exemple de combat judiciaire est peut-
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UB MJH.. m
Itee obM qai se lirn à Teh&de MUS le pMiîfieai de Grégitt^
feGr— d, et pmir eenienir ses ambiiîeux prçîeis. Nous iroiik
voua le fidt dans rHisioire de TÉglise du docteur Waddi«|^
IOB« Il yenit qu'eu ce iemps-là, le nissel s^H|ue aTatt fini
far ae subaltHier en Espagne à celui de l*Église romaine. Lu
Uigai du pape et la reine Caroline de Castille avaient à cœw
de réiablîr TaulArité du nâssel romain. La iH^lesse» le p««-
fit, et mette la plus grande paartie du clergé , défendaient
chaudemeAl leur rituel. Aussi, après d'inutiles discussionil,
£it-il résolu de décider la question par Tépreuve du combat.
Los eh&raliecs se battirent en présence d*une foule immeasci,
«t le chanpioii du rituel gothique triompha. La cour ^ mé-
contente du résultat, voulut renvoyer la décision définitive à
une seconde épreuve, celle du feu, que les missels eux-mémefii,
et non plus des kommes en leur place , eurent à subir. Le
missel gothique trionqpha encore, et fat retiré intact des
flammes ou son rival avait été consumé. La victoire semblait
définitive, lorsqu'on découvrit que les cendres du missel ro-
main, s'enlevant dn milieu des flammes, s'étaient envolées au
del. Ce miracle renversa les positions, ou du moins la vic-
toire du missel gothique devint chose assez douteuse pour
qu'on crût devoir donner raison au pape.
Dans ces âges barbares , il n'y avait d'autre état pour la
noblesse que le cloître ou Tépée, que chacun regardait comme
sa seule sauvegarde. Les tribunaux n'existaient que pour les
femmes , les gens de robe , les bourgeois et les vilains. La
force triomphait partout, et Ton se battait sans honneur
comme sans merci pour prouver ou nier des crimes dont
le juge ou le bourreau auraient fait bien meilleure justice,
et ^oi semaient entre les familles le germe de querelles
sans fin. Témoin le fatal duel de Hereford et de Norfolk, ori-
gine de ces guerres dont Fuller a dit mélancoliquement que
« la rose rouge y pâlit du sang qu'elle y perdit , et que k
blanche y rougit du sang que ses partisans firent couler. »
Cependant le remède allait sortir de l'excès du mal. La con-
solidation des royautés et le développement du pouvoir mo-
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60 XE 1H7EL.
Darchique donnèrent une force réelle aax lois générales des
états, et le combat singulier comme preuve judiciaire finit par
disparaître au quinzième siècle. Mais alors il s'ouvrit une
nouvelle carrière sur un terrain quela loi sembleimpuissanteà
saisir, sur celui de l'honneur individuel. L'honneur, senti-
ment vague, irritable, impossible à définir, que l'état lui-
même encourageait chez ses nobles, et dont il remettait la
défense à leur valeur individuelle. Ce qu'on appelle aujour-
d'hui l'honneur n'est, en réalité, qu'une transformation
des sentiments et des mœurs de la chevalerie antique. Les
aventures, qui ne manquaient pas d'abord au chevalier errant
protecteur des feibles, opprimés partout, ont disparu partout
aussi devant l'organisation d'une bonne police; mais, en
mourant d'inanition, la chevalerie nous a laissé un code fan-
tastique qui, plus ou moins modifié , s'est perpétué jusqu'à
nous. Les lois de l'honneur, les motifs pour lesquels on doit
se trouver offensé, la manière d'obtenir une réparation, la
marche à suivre, les privilèges de l'ofiensé, les devoirs des
seconds et autres points de la matière , furent exposés dans
d'innombrables volumes et discutés avec toute la subtilité du
moyen âge, avec un talent qu'il eût été facile de mieux em-
ployer. Puflendorf et Grotius n'ont pas recherché avec plus
de conscience le droit des gens et les lois de la guerre , que
Mutio, Fausto, Attendolo, Giustinopolitano , etc., n'en ont
mis à approfondir la noble science de faire une offense et
d'en poursuivre la réparation. Ils ne reconnaissent pas moins
de trente-deux espèces de démentis I
L'Italie fut l'arène où ce nouveau genre de combat singu-
lier, le duel moderne, se déploya avec le plus de fureur; c'est
elle aussi qui produisit les traités les plus estimés sur la ma-
tière, les meilleurs armuriers pour les armes usitées dans les
combats de cette nature, et les plus célèbres maîtres d'escrime.
De là cette affreuse coutume se répandit avec fureur en
France, en Espagne , en Allemagne. En Angleterre , elle ne
sembla prendre racine qu'au temps des Stuarts.
C'est la France qui fournit les plus riches matériaux à l'his-
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LE DUEL. 61
foire do duel. Les rois et les parlements en reconnurent long-
temps la légalité, et François I*% qui donna au monde le
honteux exemple de manquer à la foi jurée, ne craignait pas
de dire qu'un démenti valait du sang, et qu'un bâtard seul
pourait recevoir un démenti sans en exiger satisfaction.
Henri II, assisté de toute sa cour, du connétable, de l'amiral
et des maréchaux de France, présida au combat dans lequel
la Chataigneraye fut tué par Jarnac, qui, les mains toutes
fnmantes du sang de son parent, les leva au ciel en s'écriant :
« Merci, mon Dieu, non à ma valeur, mais à ton saint noml»
Henri aurait pu arrêter le combat, et il fiit même prié de le
bire par Jarnac lorsque celui-^i eut la vie de son adversaire
entre ses mains; mais le roi, par un sentiment d'honneur,
disent les contemporains, resta inexorable, et mourut lui-même
qndque temps après des suites d'une blessure reçue dans un
tournoi. Charles IX fut le dernier roi de France qui présida
à l'une de ces fêtes sanglantes, et pour être juste avec lui, il
fimt dire que ce fut Jui qui essaya d'arrêter la fureur du duel
en nommant une Cour d'Honneur chargée de poursuivre
toutes les offenses commises contre ses lois et d'en obtenir
réparation. Et il était temps, car les Français, au nom de
leur détestable idole, avaient changé leur pays en un champ de
tuerie; les guerres d'Italie et de la Ligue, jointes au relâche-
ment des liens moraux et religieux, avaient réduit la société
à un tel état, que, pendant les vingt années du règne compa*
rattvement tranquille et ferme de Henri IV, et malgré tous
ses édits prononçant la peine de mort contre les duellistes,
il ne périt pas moins de quatre mille personnes en duel, et il
fallut accorder quatorze mille grâces â autant de délinquants :
chiffres eflrayants ! surtout en proportion du petit nombre de
gentilshommes qui avaient alors le droit de porter des armes.
D'ailleurs le roi lui-même, en dépit de ses propres lois, en
dépit des sages remontrances du brave Sully, encourageait
le duel. Il écrit à son ami Duplessis, qui se plaint â lui d'a-
voir été insulté : «c Je suis très-fâché d'apprendre l'injure que
vous avez reçue; j'en suis fâché comme votre roi et comme
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^ £S B0EI..
votre ami. En qualité de roi, je rerrai à ee cpie justice soit
fkite pour voas et pour moi ; et «i je n'étais que votre ami,
Vot» me trouveriez tout prêt à tirer Tépée et à exposer ma
vie poar vou9. d Avec de pareils encooragemeats il n'est pas
éle«Aant q«e to«t )e monde se battit : qui n'avait pas toésoii
homme était indigne du titre de gentilhomme. Le mal n'es
resta pas là, car lorsqu'on n^obtenait pas satiafoction loyale-
ment, il n'était pa» beaucoup moins honorable de la prendre
d'me autre manière. Toute la France semblait atteinte de la
folie éû duel. Montaigne dit : a Mettes troi» Français dana
le désert de Libye, ils n'y resteront pas «n mots aana se
battre. i> L'évèque de Rodez dit, dans sa 74$ de BenrilV:
(c La manié des duels s'était emparée de l'esprit de la no-
blesse à un tel point qu'elle perdait en temps de poix, et par
aes propres mains, plus de sang que dans les batailles. » Dana
une seule province, selon Chevalier, il fut tué en sept mois
œnt vingt gentilshommes. Brantôme fait l'éloge d'un digne
lioble de la Franche-Comté qui tua son ennemi d'un coup
d'épée sous le porche d'une église, et de deux antres qui se
battirent dans une église, devantrautel,poardécider lequel dea
deux devait être encensé le premier. Un journal contemporain
dit, à la date du 6 août 1606 : « La semaine dernière nous avons
eu à Paris quatre assassinats et trois duels, mais on n'y a pan
prisgarde. »Doit*on s'étonner que le poignard d'un assassin ait
fini par trancher la vie d'un roi qui laissait de tels for&ita
impunis ? Le fils atué du duc de Guise tua le comte de Saint-
Pol dans les rues de Reims, et deux ans après Henri IV le
nonnnait gouverneur de la Provence!
Si le roi récompensait, les dames françaises, comme les
romaines qui aimaient les gladiateurs, adoraient ces hommes
de sang. Lord Herbert, ambassadeur à la cour d'Anne d^Au-
triche, dit dans un passage de ses lettres : « Toutescboses étant
prêtes pour le bal, et moi me trouvant près de la reine enat*
tendant que les danses commençassent, quelqu'un firappai la
porte plus fort, à ce qu'il me sembla, qu'il ne couYient à un
homme bien élevé. Quand il entraj'entendis circuler une subite
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LE BtJEL. as
pmiiî les dames; on se disait : C'est monsieur Bala«
gif I Pais je ris les daines Tune après l'autre Tinvîter à s'as-
seoir près d'elles, et lorsqu'il s'arrêtait quelques minutes
auprès de l'une d'elles, une autre arrirait bientôt qui disait :
VoBs l'are* gardé assez longtemps, à mon tour maintenant.
l'étais quelque peu surpris de cet empressement hardi; mais
c© qui m'étonnait surtout, c'était que cet homme n'était pas
beau; ses cbereux presque gris, un pourpoint de gros drap
et des culottes de gros gris. En prenant des renseignements
•or ee personnage, on me dit que c'était un des hommes
les plus brares du monde, qu'il arait tué huit ou neuf per-
sonnes en duel, et que c'était pour cela que les femmes M
fimaient tant de fête. »
La folie était générale. Ignace de Loyola défiait en combat
singulier tout Maure qui oserait nier la divinité de }ésus«
Christ. Le cardinal de Retz se battait deux fois pendant la
Fronde, le cardinal d'Esté présidait un duel à Ferrare, et en
iM9 on jugeait encore utile de faire revivre en Espagne les
statuts d'un ancien concile de Pefiafiel qui défendait de pro-
voquer les èréques et les chanoines. Ce n'était pas seulement
l'offenseiir et l'oilensé qui se battaient ; leurs seconds, leurs
troisièmes, leurs quatrièmes témoins mettaient aussi l'épée
à la main pour le seul plaisir de se battre, sans avoh* jamais
eo l'ombre d'une querelle, sans même se connaître ; tout cela
au nom de l'honneur et de la chevalerie I Sans doute beaucoup
de ces gens étaient des gens d'honneur; mais ce n'était pas
le duel qui les foisait tels, c'était la noblesse naturelle de
leur coeur. C'était le cas sans doute pour Gustave-Adolphe,
lorsqu'au foUe de la gloire il fit un jour appeler le colonel
Seaton, l'un de ses officiers écossais, qu'il avait offensé dans
un mouvement de vivacité, et l'emmenant dans un lien écarté,
il lui dit : « Maintenant pied à terre, monsieur; je reconnais
que je vous ai offensé , et je suis venu ici pour vous donner
la satisfaction qu'on doit à un gentilhomme; nous sommes
hors des terres de mon royaume, et ici, vous et moi Gustare,
nous sommes égaux. » Mais de tels exemples étaient rares, et
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6k LE DUEL.
pour juger de Tesprit qui poussait à ces sanglantes rencon-*
ires, on n'a qu'à voir le ton plaisant et léger sur lequel Bran*
tdme en parle, lui qui, au fond, était peut-être un esprit lé-
ger plutôt qu'un méchant homme. Il parle des combats les
plus affreux comme des plus beaux exploits; il nous entre-
tient avec délices de « ce très-beau combat » livré entre Que-
lus et d'Entragues avec leurs seconds : ces derniers se bat-
tant (( seulement par envie de mener les mains, » pour le
plaisir de la chose ! Il regrette qu'il n'y ait eu là de présents
que trois ou quatre personnes du commun, a de misérables
témoins pour la valeur de tels héros. » Il est fier de dire au lec-
teur que sur six combattants quatre périrent, et c'est sans au-
cun étonnement qu'il raconte que d'Entragues dut la victoire
à une dague dont il s'était armé, contre les conventions du
combat, et avec laquelle il frappa l'infortuné Quélus, le rail-
lant encore lorsqu'il s'écriait mourant : <c Vous avez une dague
et je n'en ai pas I )) Son héros favori est un Napolitain qui tua
trois personnes dans la même matinée et sur le même lieu,
puis les abandonna avec la plus parfaite indifférence, k tous
trois morts à la garde de Dieu pour estre enterrez. y>
Et lorsque tant de victimes humaines tombaient sur
l'autel de l'honneur, que rapportaient à la société de si cruels
sacrifices? Rien, ou pis que rien. Nous nous étendons sur
cette époque parce qu'elle a trop souvent été vantée comme
l'âge d'or de l'honneur et de la chevalerie, parce que der-
nièrement encore des voix éloquentes ont proclamé avec
une dangereuse assurance que le temps de la chevalerie était
passé. Mais qu'est-ce donc que ce temps si regretté et quels
fruits a-t-il produits? Lorsque Bayard, le chevalier sans peur
et sans reproche, tuait au nom de la courtoisie, de l'honneur
et de la religion don Alonzo di Soto Maior, Machiavel écri-
vait son Prince f les Borgia empoisonnaient, volaient et se
livraient à l'inceste; les Sforza à Milan et les Médicis à Flo-
rence imitaient leur infirme exemple ; un pape mourait em-
poisonné par une hostie sainte, un autre pontife bénissait le
massacre de la Saint-Barthélémy, Philippe II traduisait par
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LE DEEL. • S5
Teflàsion de sang bamain les préceptes de Ferdinand, la cour
de Henri VIII était le repaire de la lâcheté, de l'apostasie et
des massacres judiciaires ! En fait, Timmoralité, la licence ,
Tathéisme pratique trônaient souverainement par toute l'Eu-
rope à cette époque des preux chevaliers, qui, par leur con-
duite de chaque jour, insultaient à cet honneur dont le nom
^t sans cesse sur leurs lèvres.
Si telles étaient les mœurs des chefis de la société , que
devaient être celles de leurs sujets ? Que penser de la loyauté
d'oir sieur Malcolom, qui, après avoir dépéché son adver*
saire et voyant son second tarder à en faire autant de son
c6tè, vint à son aide et répondit froidement à la victime de ce
guet-apens : J*ai tué mon homme, c'est vrai ; mais si vous
tuez mon second, il se peut que vous me tuiez à mon tour
quand nous serons seul à seul ; ainsi donc en garde 1 Que dire
de la générosité du neveu du maréchal de Saint-André , qui,
s'étant pris de querelle à une partie de chasse avec Matas,
un ancien officier, se vit bientôt désarmé par lui? Victime
de sa magnanimité, Matas avait rendu son épée au jeune héros
en hit donnant quelque avis salutaire, lorsque celui-ci, sai-
sissant son moment, assassina par derrière son trop confiant
ennemi et le laissa pour mort sur la place. On n'y fit pas seule-
mentattention, dit un Mémoriographe contemporain, ou plutôt
on fut d'accord à blâmer le malheureux Matas d'avoir voulu faire
ia leçon à ce fier et honorable jeune homme I Prenez encore
comme échantillon des mœurs du temps la lettre suivante
écrite et signée par un des héros du siècle de Henri IV :
« J'ai réduit votre maison en cendres, j'ai déshonoré votre
femme et pendu vos enfants, maintenant j'ai l'honneur
d'être votre ennemi mortel. — Lagarde. » Par une juste pu-
nition du ciel, ce misérable mourut dans un duel. Et ces
mœurs atroces étaient générales. Creighton, lord Sinquhar,
avait perdu un œil en s'exerçant avec un certain Turner,
maître ^'escrime ; quatre ans après il était présenté à Henri IV|
et celui-ci lui demandait si l'homme qui lui avait feit cette
blessure était encore eu vie. A cette question le lord crut
5* SÉRIE. — TOME XI. 5
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M LE DtrSL.
qu'il était de son honneur de Tetoorner en Anglefterre, d^
prendre à sa solde une bande de bravi et de fiaire assasn-
ner le malheureux malttre d'armes à qui il avait déjà par*-
donné. Â Milan il ne se passait pas un jour où Ton ne se batftt
dans les rues, où l'on ne trouvât sur la voiepubUquetles cada-
vres abandonnés. Des gens 7 venaient de tous les coins de I*Bii-
rope pour y cultiver le noble art de l'escrime ^ pour y apprendiv
des feintes et des bottes secrètes. Là aussi se trouvaient de
nombreux bravi qui faisaient métier de se louer à ceux qm
n'avaient pas assez de courage pour se battre enx-mèmesr
dans leur propre querelle. Gomme type de l'homme d'bon*
neur au seizième siècle, nous ne pouvons mieux faire que
de citer, mais en l'abrégeant toutefois, ce que Brant6me ra^^
conte du « Paragon de la France. »
(c Duprat, baron de Vitaux, le Paragtm de la France, étmt
fils du chancelier Duprat, et dès ses plus tendres années 3
donna des preuves d'un courage indomptable. Il débuta dans
la carrière des armes par tuer le baron de Soupez, qui hn
avait jeté dans un dtner un chandelier à la tète. Vitaux l'at-
tendit sur la route de Toulouse, et après, l'avoir dépéché, il
se sauva sous des habits de femme. Pour second exploit, il
tua M. de Gonnelieu, grand-mattre de l'écurie de Charles IX,
qui avait traîtreusement assassiné un de ses frères, un enfoni
de quinze ans. Craignant le ressentiment du roi, il se sauva
en Italie ; mais il rentra bientdt en France, pour y venger ht
mort d'un autre frère qui venait d'être tué par un de ses
proches parents, le baron deMittaud. Pour arriver à son but,
il se cacha dan^ un bouge du quai des Augustlns, laissa pousser
sa barbe, et se déguisant en habit de magistrat, il alla attendre
le baron en compagnie des deux Boueicaut, braves et vail-
lants hommes qu'on appelait les lions de Vitaux. Reneontrant
enfin leur ennemi, ils se jetèrent to«s les trois sur lui, pute
se sauvèrent encore une fois pour obtenir eneore une foi»
ibis leur grâce. Mais H. du Gua, officier nussi brave q«e
distingué, et de plus favori du roi, s'était opposé à la gràœ
de Vitaux; aussi le Paragon, pour venger cette insulte, s'itt^
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LE DUEL 69
trodnirit S6crèleÉient éhiw M évét ftept oa Irait bons cooi^
pagnons, et dépécha lé dil Chia pendant son sommeil. CM
acte, dit 'BrantAmè, fut uniretsellemènt regardé comme nu
tnit de la pluft grande audace. Cependant il obtint encore
sa grâce par rinterventiofi dû duc d'Alen^on et de la reiite
Marguerite. Enfin son betfre arriva; le frère du baron dé
Ifittaudy qu'il avait assfassiné, il y avait huit ans de cela^
rq)pela en duel, et ê'itdnt muni sétn ses Habits iTune cuiroise
conhur de chair, devint invulnérable à Tépée de Titaux, et le
perça de part en part tout à son aise, sans avoir même là
courtoisie de lui offirlr quartiet*. C'est âiiisi, dit Brantôme,
que mourBt ce brave baron, le Faragôn de France, dont la
gloire s'était répandue éû Espagne, eri Pologne, en Aile*
nugne, en Angleterre; car tous les étrangers <]ui venaient
à la cour voulaient le voir. Il était petit de taille, mais grand
de coiffage, et quoique ses ennemis aient prétendu qu'il ne
tuait pas les gens loyalement, c^est cependant l'opinion de
tous les grands capitaines, celle surtout dés Italiens, qui
senties plus grands vengeurs du monde, qu'il est toujours
permis d'opposer stratagème à stratagème sans manquer à
l'honneur. i>
Tels étaient les duels, tels les héros et les hommes d'honneur
de cette époque, vantée comme l'ftge d'or de la chevalerie.
Aussi ne doit-on pas s'étonner si, avec la marche de la civi-
lisation, le législateur songea partout à réprimer ces mœurs
barbares. L'Eglise, la grande civilisatrice du monde, avait
déjà bien souvent condamné le duel, lorsqu'au concile de
Trente elle renouvela ses défenses de la manière la plus pè-
remptoire, en déclarant que « la détestable coutume du duel,
introduite par les artifices du diable pour perdre |les âmes
après avoir cruellement tué les corps, devait être abolie défini-
tîveraent parmi les chrétiens. » En conséquence, l'Église ex-
communie « tous empereurs, rois, ducs, princes, mar->
qnis, comtes et autres seigneurs temporels, qui désigneront
oo accorderont un lieu de combat pour un duel entre chré-
tieaa; les loondiattants avec leurs seconds sont excommu-
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68 LE DUEL.
niés, leurs personnes sont déclarées infâmes, leurs biens con-
fis(|ués et leurs corps privés de la sépulture chrétienne. »
Les puissances temporelles finirent par suivre cet exemple;
Charles V interdit le duel dans les terres de sa domination; il
fut prohibé en Portugal sous peine de la confication des biens
et de déportation en Afrique; en Suède il fut puni de mort,
et Gustave II, rencontrant un jour des gens qui allaient se
battre, les fit attendre sur le terrain jusqu'à ce qu'on eât eu
le temps d'élever un gibet : « Maintenant, messieurs, leur
dit-il, vous pouvez commencer si le cœur vous en dit. »
En France, des édits très-sévères avaient été rendus contre
le duel par François I**, Charles IX et Henri IV ; mais ils
étaient restés sans effet. Louis XIII essaya de les appliquer
avec une sévérité extraordinaire qui produisit peu de résultat,
bien que cependant il fît un grand exemple en faisant exé-
cuter un Montmorency sur la place de Grève. Louis XIV agît
plus sagement que son père, il réorganisa la Cour d'Honneur,
établie par Charles IX, et composée des grands dignitaires
du royaume. Cette cour avait pouvoir de décider toutes les
questions d'honneur, de mettre à l'amende, d'emprisonner et
d'arrêter tout individu coupable d'avoir donné un démenti à
un autre, de l'avoir frappé ou de lui avoir fait une de ces in-
sultes qui jusque-là avaient été causes de duels. On eut re-
cours à l'honneur lui-même pour corriger lés excès qu'il avait
produits. Le marquis de Fénélon, dont le grand Condé disait
qu'il était également précieux dans un salon, dans le
conseil et sur le champ de bataille, se mit à la tète d'une as-
sociation de gentilshommes engagés sur l'honneur et par ser-
ment à ne jamais envoyer ni accepter de cartel. Par un édit
public, Louis XIV menaça de la peine de mort, avec forfaiture
de rang, d'honneurs et d'état, tous ceux qui oseraient se com-
promettre dans un duel, engageant dans le même édit « sa foi
et sa parole de roi de n'exempter personne, pour aucune con-
sidération que ce pût être, des rigueurs de la loi. » Cette ri-
gueur excessive manqua encore son objet; mais cependant
on doit reconnaître que, de tous les souverains de la France,
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LE DCEL. n
Loais XIY est celui qai a le plus fait pour la répression du
duel. Sous ses faibles successeurs, il se réveilla avec une
licence caractéristique de Tépoque. Lauzun, Saint-Évremont
et le duc de Richelieu en étaient les dignes héros. Les femmes
elles-mêmes suivirent de si dangereux exemples; la marquise
de Nesle et la comtesse de Polignac se battirent au pistolet
jNHfr Fhonneur de la possession d'un Richelieu I Le plus hr
meux des duellistes féminins, ce fut la Maussin, cantatrice de
rOpéra, qui, formée par les leçons de Sévane, l'un de ses
amants et célèbre mattre d'escrime de ce temps-là, tua trois
hommes en combat singulier, et s'enfuit à Rruxelles, où elle
devint la maîtresse de l'électeur de Ravière.
En Angleterre, Elisabeth attaqua le duel en diminuant le
nombre des salles d'escrime et en rendant leur établissement
difficile. Cependant sir Henry Upton, son ambassadeur à Pa-
ris, envoya le cartel suivant au duc de Guise :
«c Parce que dernièrement, dans la maison du seigneur Dih
mogre et dans des lieux publics, vous avez impudemment,
indiscrètement et témérairement mal parlé de ma souveraine,
dont je représente la personne en ce pays, et dont j'ai le de-
voir de défendre l'honneur par la parole et par l'épée (hon-
neur qui d'ailleurs n'a jamais été mis en question parmi les
personnes honnêtes et vertueuses), je vous dis, moi, que vous
avez ignominieusement et malicieusement menti en parlant si
lâchement de ma souveraine, et que vous ne pourrez jamais
que mentir toutes les fois que vous oserez inculper son hon-
neur. Bien plus, comme sa personne sacrée (celle de l'une
des princesses les plus vertueuses et les plus accomplies qui
aient jamais vécu sur la terre) ne doit pas être exposée aux
calomnies d'un traître aussi perfide que vous l'êtes, je vous
défie et engage ma personne contre la vôtre avec telles armes
qu'il vous plaira choisir, à pied ou à cheval, et je vous prie
de ne chercher à vous prévaloir d'aucune inégalité de rang
entre nous, car je suis d'une aussi grande race et d'une aussi
noMe maison que peut être la vôtre. Et je maintiens mon
dire, comme le démenti que je vous ai donné, vous prévenant
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fO LB DUU.
que, ai vous n'acceptez pas ce cartel, je vous tiendrai et tous
ferai tenir pour le plus grand lâche et le pins ignoble esclaw
qui soit en France. J'attends votre réponse immédiate, d
l«es mesures prises par la reine Elisabeth contre le duel ne
p]r.Cj4uisirent rie^ ou presqi^e rien; mais, sous le règne ssi-
vant» le chancelier Bacon lui déclara une guerre sérieuse. II
fl^Unt un décret de la Chambre Etoilée^ et poursuivit activq-
ipent toutes les persoqnâs impliquées dans deaaffoires de œ
g§nre. On Iqs punissait de Tamende e\ de rempri^anen^enl.
\^ but que se proposait Bacon était de prévenir. leS/duob, el
i) croyait pouvoir y parvenir par 4ça peines, modérées, « oe
qui, dit-il, est d'aiUeura plus clément cpe dn pendoelesco»-
pableei «yea leurs blessures encore saignantes, compne cela se
^\\m France. » Le résultat justifia ses prévisions; car l«s
dneb étaient alors beaucoup plus rares en Ân^elerreque sur
le continent. Sir Walter Raleigh, un des hommes les plua
l^aves c^ son temps» s'éleva vivement contre Ip duel dans
We dissertation sur la matière, insérée dans son Biitmre A»
Les guerres de la ligue en France ^valent été fécondes on
4Rels et en assassinats ; mais les gp^erres de la révolution an-
^jse furent comparativemisnt pures de ces fléaux. LeBso-
tect^ur, suivant les inspirations de Bacon, rendit une ocdoi^*
V^\ce qui punissait d'un emprisonnement de six mois toute
personne qui avérait envoyé un cartel. Toutefipîs la mort de
l'un des combattants devait être poursuivie comme homici4n
Tplontairc^. Malbeureusemient, avec la Restauration les duels
i^eçonimencèrent avec plus de fureur que jamais; il est vrai
que Charles II, dans sa prqcl(^mAtio^ d^ 1Q79, wnonça que
les duellistes seraient punis suivant to\it;e la rigueur d^s lo^
Hais on sait que les pratiques de Charles H étaient fort pea
d*accord avec ses dires. Pjçpys appelije cette içiajpie du d«0
que l'on vit alors <( une espèce de symptôme. 4e Yét9J^ général
du royaume, » et dans son amusant joiurnal, il. raç^^nte l'bis^
tôire suivante du d^el de sir £[en]|*y B^eU^asses et^d^ IL Stoter
en 1667 :
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LE DUEL. 71
« Os dînèrent ensemble hier ohez sir Rcbeti Carr, où il pa-
raît que Von boit copieusement. Or il arriva que ces deux
l^rsennages) les plus grands amis du monde, causant ensem-
ble, sir Henri Bellasses éleva la voix un peu haut pour don-
ner un avis à Tom Porter. Une personne présente dit alors •
Eh 4pioiI est-ce qu'ils auraient querelle ensemble qu'ils parv-
ient si haut? — Sir Henry Bellasses, entendant ce propos, re-
pondit : Non p^ 1 et vous devriez* savoir que je ne querelle
lignais; je frappe, c'est ma maniera — Comment 1 reprit Tom
Porter, vous frappez I je voudrais bien voir l'homme d'An-
{^etene qui serait assez hardi pour lever la main sur moil
Sur ce, sir Henri Bellasses lui envoya un^oup de poing sur
Fjoreille et ils allaient sortir pour se battre, mais on les en
eopécha. Cependant Tom Porter finit par s'esquiver, et ren-
ODoIrant Dryden, le poëte , il lui raconte toute l'histoire,
qpntant qu'il était décidé à se battre et à se battre sur-I^
champ, vu que s'il attendait au lendemain il ne pourrait pas
fiûie autrement que de se réconcilier, et partant de garder la
conp qu'il avait reçu. Il prie donc Dryden de lui laisser son
domestique pour savoir ce que devient sir Henry Bellasses et
florreiller ses mouvements. Quelqnes instants après on lui
apprend que la voiture de son adversaire vient d'arriver; il
lort done du café où il attendait les nouvelles, et arrêtant la
voitnre de sir Henry Bellasse», il le prie de descendre. —
Qpoil dit celui*ci , voulez-vous me tuer pendant que je des-
oendrai? — Non pas, j'attendrai que vous ayez mis pied à
lirre. Puis, quand ce fut Sait, ils dégainèrent et se mirent à.
86 battre en présence de plusieuirs personnes de leur con^
naissance. Ils se sont touchés tous les deux, et sir Henry BcW
lasses a été si bien blessé qu'on craint pour ses jours. Quand
il^'est senti frappé, il abaissé son épée» et se jetant au cou de
lomp Porter il l'a embrassé et lui a demandé son bras pour .
riftider à marcher: car^ dit-il, Tom, tu m'as bien touché, mais-
jfi ferai tout ce que je pourrai pour me tenir sur mes jambes,
afin que tu aies le temps de t'échapper et de te mettre en sû-
reté; je ne*, voudrais paa qu'il t'arrivàt malheur pour ce
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73 LE DUEL.
que tu as fiait. Alors Tom lui montra que lui-même il était
blessé. » Sellasses ne survécut que peu de jours à cet événe-
ment, et Pepys ajoute, en manière d'oraison funèbre : a Voilà
un bel exemple! surtout de la part d'un membre du parle-
ment comme sir Henry, de la part de deux amis si extraor-
dinaires. C'est amusant d'entendre le monde parler d'eux
comme de deux amants qui se sont tués par amour. »
Dans ce temps-là le lord chancelier lui-même n'était pas à
l'abri d'une provocation. Lord Ossory envoya un cartel à Cla-
rendon à propos d'une question de tarif, d'un bill pour pro-
hiber l'importation du bétail d'Irlande en Angleterre. Le duc
de Buckingham ne sortit pas du cabinet à cause de ce bill,
comme vient de faire le son descendant le duc actuel, mais il
eut à soutenir, dans la chambre des lords, un combat à coups de
poing avec un partisan de la liberté du commerce, lord Dor-
chester, qui enleva au duc une poignée de ses cheveux gris et
perdit à son tour sa perruque dans la mêlée. Un exemple de
la triste moralité de ce temps-là, c'est le duel où ce même duc
de Buckingham se battit contre lord Shrewsbury, dont il avait
séduit la femme Ils avaient pour seconds le capitaine Hol—
man et sir John Jenkins d'un côté , lord Bernard Howard et
sir John Talbot de l'autre. Le rendez-vous était à Barnes
Elms, et tout le monde se battit. Buckingham tua d'un coup
d'épée lord Shrewsbury , sir John Talbot fut blessé aux deur
bras, sir John Jenkins resta pour mort sur la place, et les trois
autres, y compris Buckingham, furent plus ou moins gravement
blessés. Pendant qu'on se battait, lady Shrewsbury, en habit
de page, gardait le cheval de Buckingham à quelques pas de là,
afin qu'il pût s'échapper si par hasard il tuait son mari. La
chronique du temps ajoute même qu'elle passa la nuit de ce
jour-là avec lui sans qu'il eût pu changer la chemise qu'il por-
tait sur le terrain, et qui était teinte encore du sang de lord
Shrewsbury et du sien. Il est inutile de dire que Charles II
accorda un pardon solennel à tous les coupables. Buckingham
mit sa femme à la porte, installa lady Shrewsbury dans sa maison
et dissipa avec elle tous les biens du jeune lord orphelin.
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LE DUEL. 73
Cette fureur sanguinaire s'était étendue à tous les rangs.
Les médecins discutaient en consultation Tépée à la main.
Mead et Woodward se battirent à la porte du collège Gres-
bam. Le pied manqua à Woodward et il tomba par terre. —
A Yous ce coup-là , lui cria Mead. — Je Taime encore mieux
que Totre médecine , répliqua Woodward. Le docteur Wil-
liams transperça de part en part le docteur Bennett, après lui
aroir déchargé une paire de pistolets sur la tète ; le docteur
mourant, Tépée dans le corps, pria encore Dieu de lui donner
assez de force pour se venger, et d'un dernier effort il frappa
son ennemi d'un coup mortel. Cela se passait dans la rue^
deranf la maison même des victimes. Williams mourut avant
d'être rentré chez lui et Bennett ne survécut que quatre heu-
res. Les salles de bal, les bals masqués, les théâtres, les rues,
les promenades publiques, les cafés étaient tous les jours té-
moins de scènes pareilles. Covent Garden et Lincoln's Inn
Fîelds étaient le Chalk Farm et le Wimbledon-Common (1) de
ee temps-là. Les rues retentissaient toutes les nuits du bruit
des épées , des insolences et des désordres de tous genres
commis par les hommes à la mode, par les hommes d'honneur
de ces beaux jours.
Ainsi allèrent les choses depuis la Restauration jusqu'à l'a-
vènement de Georges in. LesBucks, les MokawkSyles Hell-Fires
donnaient alors le ton à toute la ville. Un de leurs lieux de
réanion les plus habituels étaient près de Sominerset-house,
dans une taverne où ils se réunissaient le dimanche avec un
effroyable corps de musique qui ne cessait de retentir pendant
le temps du service divin. Leur plat préféré était ce qu'ils
appelaient le gâteau du Saint-Esprit! En 1691, lord Mohun
et le major Hill assassinèrent publiquement dans Norfolk
Street Montford, le plus célèbre joueur de l'époque, et à quel-
(1] Lieux près de Londres où se donnent ]a plupart des rendez-vous,
comme autrefois k Paris ils se donnaient sur le Pré-aux-Clercs, ou au bois
de Boulogne. C'est sur le WimbledoA-Common que lord Cardigan s'est
Intttt Tannée dernière a?ec le capitaine Tucketk.
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71 u nuBt.
(jp^ jours de là ils osèrent, sans y mettre plus de mystère,
Q^yer d'enieyer Mrs.Bracegirdle, Tépée à la main. En 1699»
le même lord fut jugé pour avoir £aiit assassiner à* prix d*ar*-
gçnt le colonel Coote, après avoir passé tout un jour et toute
une nuit à boire avec lui et ses autres amis à Tauberge du
(ireyhound dans le Strand; enfin il mourut dans un duel où
il assassina plutôt qu'il ne tua le duc de Hamilton. Steele
lui-même^ après avoir éorit contre le duel et blâmé Tliorahill
dans le jypectaror pour avoir tué sir Gholmondeley Deering^fui
obligé de se battre contre un de ses camarades qu'il tua
presque; deux mois plus tard Thornbill périssait. à Turnham
Gxeen sous les conps de deux inconnus qui lui crièrenl en le
frappant : Rapp^e^oi sir Gholmondeley Deeringl
Nous: n'entreprendrons pas l'histoire de tous les duels qui
ont eu lieu depuis cette époque jusqu'à nos jours. Croi<«
Wt-o,n cependant qu'encore au commencement de ce siècla
il semblait que la société n'était pas asse» forte pour sa dé*
barrasser d'une peste comme le feu lord.Gamelford, qui,,
après avoir fait de nombreuses victimes^ ne finît que par les^
mains de Best y contre qui il voulut absolument se battre,
quoique ses témoins et lui-même reconnussent qu'il avait tous.
leS: torts l II fut tué et trouvé derrière Little*Hollaikd-Hou66y
cpuché dans la boue, abandonné par ses témoins. Un dueL
irlandais, qui ae date pas encore de loin^ montrera combien.
Çi^u de temps, encore nous sépare de la barbarie. Bn I&IO,
VL Colclougb et M. Sheridan étaient ea concurrence aveo^
M» Âlcock pour la représentation du comté de WexCord.
Quelques tenaoïQiers^ d'une personne du parti de M. Alcocki
ayaÂent annoncé qu'ils voteraient pour Colclough et Sheridajou
CplelongU fut sommé par son adversaire de refuser leurs.
XW' U répliqua qii'il. n'avait pas^^ brigué leurs, sviffiraigea, ei
qu'il ne se mêlerait pas de leurs votes. Sur ce, on lui écrivit :
«c C'est à vos risques et périls qu'ils voteront pour vous. » Le
lendemain , avant l'ouverture du poil , les candidats étaient
•pir le terrain pour décider» le pistolet à la main, du vote da
ces tenanciers. Une grande multitude, dans laquelle, on. i*eF>*
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W lOtt. f|5
«mpiût pim€i$rê ma$i9kr«U^ était, «ooourae pour aesister aa
Mnbat, On marqua les diatances» la foula se sépara en deu
pirtiast selon ses opinions politicfaes, le silence s'établit, et
Î?«i4es témoins dit aux oombattants de commencer. Une se-
conde après, M. Golclon^li tombait, finappé d'une balle au
oianr , et deux heures plus tard M. Aloock était proclamé
membre du parlement réguliêrefmnt tiul Aux assises sui-
vantes il fiii jngé devant le baron SnHth » ei le jury rendit
asns hésitation un vercMci de non-culpabilité I l.es oomba^
tants avaient jadis été des. mnis intimes. M. Alcock ne put
jamais trouner le repos.; sa raison sa trauUa» et sa sœut»
dMUemeot frappée par ee trafiqua événement, ipoumt folle
de dooleor. Toute cette histoire est di^^iie de l'Irlande el de
wi malheureux temps.
AiiÎQurd'bui où la fureur du due} eat bien calmée» il nous
ismUe que parmi les causas secondaires de cette heureuse
tendance on doit oompter Tionombrable quantité de dueb
saasés par la politique depuis un demi-siécle. Au temps de
Georges III, Û n'y avatt.pas un homme politique qui n'eA^
été oUigé (|e prouver son patriotisme et son honneur à la
pointe de son épée ou k pistolet au poing. Lord Talbot et
Wilkes, kxrd Shettmrne et le colonel Fullarton, lordLauder*-
date et k général Arnold, Tawnshend, Pitt, Fox^ Sherida%
Wîndbam, Canning, Tierney , Burdett, Brougham, Castle*^
seash» le duc. de Wellmglon, figurent parmi lea personnages
ifà n'ont pas craint de sanctionner par. leur exemple cette
élranga manière, de déddev une question en litige. Il y a ef
i.cela' du bien et du mal. Par la puUicité qui éclaire n4*
fassairemeni la condnîâe de personnages ai distingués dans
de.pareiUea occasions», fe àmk lui-même est devenu une a&
^ure pins skieuse; il a fiittu peser/ avea plus de gravité, lef
niotife qui amènent les parties, sur le temraia; on a admis
p)«s fecUement les excuseia et le^. explieatioi^s^^ et c^usés^
e<9PIMne ces dt^ls Tout été. le. plus souvent, par des questiona
d/i«téi;èt puWk, oa^ en a vu dispacattre les baiuea partieup*
l^resi d'homme à hommo» Ge sont des avantages manifestée
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76 LE DUEL.
qui ont enlevé à cette cruelle coutume une partie de son ca-
ractère barbare , et jamais on ne Ta mieux vu que dans le
duel que lord Wellington se crut forcé d'accorder à lord
Winchelsea. Par compensation, en donnant au duel la sanc-
tion de noms si imposants , en adoucissant sa barbarie, n'y
a-t-il pas danger de le rendre en même temps plus excusable ?
Cependant c'est beaucoup d'en être arrivé, comme c'est le
cas aujourd'hui, de ne pas permettre un duel avant des ex-
plications préliminaires, qui souvent donnent l'occasion de
rétracter des paroles imprudentes. Jusqu'ici, un faux senti-
ment de ridicule orgueil empêchait de faire des excuses araat
d'avoir reçu le feu de son adversaire; aujourd'hui le sens
commun a enfin découvert, quoique bien tard encore, qu'il
y a plus de dignité réelle à s'excuser dès qu'on se reconnatt
des torts, qu'à attendre pour cela d'avoir vu passer une balle
de pistolet. C'est un devoir qu'on ne saurait trop recomman»
der, et qui, convenablement compris par ceux qui prennent
sur eux la responsabilité du rôle de témoins, contribuerait
plus que toute autre chose à prévenir les duels.
Telles sont les phases qu'a subies cette singulière cou-
tume ; aujourd'hui elle tend considérablement à s'effiatcer, et
espérons qu'avec les progrès de la civilisation et de la mora-
lité dans la société, elle finira par disparaître. Dans la plu-
part des états européens, les lois relatives au duel ont subi
des modifications qui, en les rendant moins sévères, ont eu
cependant d'heureux effets; et on a pu y arriver d'autant
plus aisément que, sur le continent, ce sont aujourd'hui pres-
que exclusivement les militaires qui se battent, c'est-à-dire
les personnes qui sont sous la surveillance de la discipline
la plus sévère et la plus vigilante. Il faut faire une exception
pour la France , où les écrivains et les journalistes ont trop
souvent, depuis la Restauration, cru devoir soutenir leur po-
lémique à la pointe de l'épée. Cependant, après avoir vaine-
ment essayé, sous le ministère de M. de Martignac, de feire
une loi sur le duel, on a pris le parti de poursuivre les duel-
listes devant les assises comme coupables d'homicide , et ce
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LE DUEL. 77
parti, en réservant à la fois dans le jury les droits de Tindi-
ndu comme ceux de la société , semble avoir déjà produit
d'heureux eflfets. En Autriche , par un décret de 1803, les
combattants sont punis d'un emprisonnement d'un à cinq
ans; s'il y a eu des blessures, de cinq à dix ans, et de dix à
vingt s'il y a eu mort d'homme. Les témoins sont passibles
d'un emprisonnement d'un à cinq ans. En Prusse, la réclu-
sion ou la détention dans une forteresse a été substituée à la
peine de mort, qui n'est appliquée que dans le cas où les
choses se seraient passées contrairement à la loyauté , ou
bien dans le cas de l'un de ces duels qui doivent nécessaire-
ment se terminer par la mort de l'un des combattants. Le
code prussien est surtout très-sévére pour les seconds. En
Belg^qaey en Bavière, il s'est £ait aussi des réformes impor-
tantes, n n'y a que rAngteterre où le législateur n'ait rien
tenté depuis longtemps; la loi y est toujours sans force comme
par le passé; elle qualifie le duel d'homicide, punit de mort
les combattants et leurs témoins, et prononce contre tout
individu qai aurait adressé un cartel à un autre la peine de
l'amende et de l'emprisonnement. Sous ce régime il n'y a pas
en, pendant les deux derniers siècles, vingt condamnations
prononcées, et les trois ou quatre personnes qui ont été exé-
caiëes pour s'être battues ne l'ont été en réalité que pour
s'être battues contrairement aux lois admises par la société
en matière de duel. Quelques personnes ont été condamnées
pour homicide commis dans des duels accompagnés de cir-
constances aggravantes : il y en a eu de condamnées à un,
deux, trois, ou au plus douze mois d'emprisonnement ; mais
on peut dire que la très-grande majorité a été acquittée, ou
même n'a pas été jugée. Dans la pratique , il n'est pas pro-
bable que la loi ait jamais prévenu un seul duel ; le plus
qu'elle peut avoir fait, c'est d'avoir forcé les duellistes à se
Ultre hyalemmi; mais c'est, selon nous , un résultat que
l'opinion publique et lés sentiments d'honneur des jpersonnes
qui ont été forcées de descendre à cette extrémité auraient
parfaitement obtenu sans elle.
(EUnburg Review.)
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Mixao\xt9. — Motntii ^ttsiomtinmi.
LE JOURNAL DE UnSS BURMET
(MABAltfË 1>'i!MLAlr.)
I.
« 1778. — Cette année 8*est ouverte par an événement dd
la plus haute importance. Vers les derniers jours de janvier»
le monde littéraire a Va apparaître le premier ouvrage de la
très-spirituelle, très-savante et très-profonde Fanny Burneyl
le ne doute pas que, dans les temps à venir, cette manifostar
tion sidérale ne serve aux faiseurs de chronologie poifr mar-
quer Tapogée du progrès des arts dans notre tle. x>
k Cet admirable émvain a baptisé son chef-d'œuvre : ÉvB»
UNA,ou ¥ Entrée d'un4 jeune personne danê lemonde (i). m
C'est sur ce ton de plaisanterie que miss Fanny Biirney»
depuift madame d'Arblay, parle dleHtnème de son début dans
les lettres; mais, comme il arrive souvent de ces ibodéstiea
d'auteur, oa s'aperçoit bientôt que son aippréciation sérieuse
d'ello-mème est à peu de chose prèa celle dont elle s'amuse i
exagérer les fortaimles. C'est là m texte (|u'elle fait passer eu
riant, mais sur lequel, sans rire te moin» éà monde, Tingé*
nieuse romancière a brodé u» eommentaire dé stx fpetê
Yiriumes. Son impof^tmice bîoghipbique raéritait'^le un Mo-
nument d€ cette taîllef De^ien&^nolis l'ultendre d'ude per-
sonne qui avait plus qif èfBeuté son sujet un publiant, il 7 a
(1) Madame d^Àrblay'i Diary and Uftiefê, vèh 1^ ^ IV»
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iB MISS BnmiY W
de l'hoitfÉe qa'dle appdint <x SêH
Nn (1). 1» Ce Bont U>de8 {pieslâoiis qu'il eeraMassez
■onildeDéBOtidretDDrt; d'abord, et nmnaittoiiBttiieni
la kctaur à mAme de deviner à oat égavd noive penàie.
Xen qa'îl entre dans nos Tues de âi§piiter à aiira Bom^
ses titees oA sa ^mir d'éorivain. Elle a maniiié tvèi»ce»iaiM^
WDt fanai les Temneiere anglais, et ce n'est fias là an mè-
diecre éloge pour une compatriote de Bidhardëoa, SmaUett^
Fielding eLaiHrea. A Tépaqie où Evelina parut, Tmhnjontêf,
Jbdgrâi Haïubm, Hmmphny Climker, avaient rendu difficile
de fixer Tattantion publique. Triêtrum Skamdy et le Voy^igi
fcntîneatiitétaientconnus depuis longtemps; il est^dono très*
difficile d'admettre qu'à cAté de oes cheb-d'ouvre, unToman
Aédiocrepèt se produiraavecun grand éclat Endina eut cettu
fortuBo. Nous sarons bien que, parmi les conditions d'un tel
saocès, Textrème jeunesse de l'auteur ne doit pas être omise^
et madaaw d'Arblay, qui ne se fiait fisate d'aucune gloire, in*
Bsfe volontiers sur ce point. Nous verrons tout à l'heure si
e'eit à bon droit; mais enfîn, ce n'est pas à cette circonstance
font A fait étrangère au mérite da livre que Ton peut attri-
buer sa vogue. Une étade trè»-fiiie, quoique un peu bavarde^
des mœun et des caractères; un naturel infini dans la ro*
production des dialogues; et le secret si rare de o^r des
peraonaifications distinctes et vivantes, des types^ comme on
dit, complets et logiques, le mettent bien certainement au*
dessin -des ptoéuctions vulgainss.
Geoi une fois dit, nous croyons avoir fiiit la part due am
tslent : il nous. reste à signaler les petits pièges du charlata-
nîsBw, et i déjouer les combinaisons veaBiteuses d'un amour-,
propre qui affe<^tsst volontiers les dehors ks plus modestes.
Madame d' AiMaf est à nos ywx une êgoOtit de j^Mnièf e vo*
Me. Tout oe qoe noius voyons d'olle nous rappelle ce qu'elb
(i) Les Mémoires du docteur Bumey ont été publiés par Isa fille il ya
quelques anoées. La QuartBrfff hêtien> lui rsproelialt étm iâ csfH^
irs*toe trvp ssavsatsalMiliBëS'à isa*p4rs«
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80 LE lOUBNAL BE MISS BURNEY.
dit elle-même du peintre Bairy, ce pauvre fou, qui, entre au-
tres supériorités, s'accordait une modestie au-dessus de toutes
les autres. Elle dit encore, en parlant d*un certain docteur
Shepherd, chanoine à Windsor, que, dans aucune comédie, elle
n'a vu de personnage « s'épanouir autant dans sa propre p^fec-
tion.»C'est justement ainsi que nous caractériserions au besoin
le journal d*Eveltna, et nous lui appliquerions encore cette jolie
comparaison de Johnson, parlant d'un autre romancier célè-
bre : « Monsieur, disait le docteur, ce gaillard de Richardson
ne se bornait pas à descendre tranquillement le fleuve de la
Renommée; il s'arrêtait après chaque coup de rame pour
goûter l'écume qu'il avait soulevée. » Mais Richardson n'é-
tait qu'un enfant naïf auprès de miss Burney, et jamais il ne
s'avisa de toutes les petites finesses à l'aide desquelles elle a
longtemps dissimulé son adoration d'elle-même. Si ses Mé-
mmreê sont piquants, c'est surtout par ce côté. Il n'était pas
facile, on en conviendra, de soutenir parallèlement le rôle
d'une personne modeste et les prétentions les plus exclusives.
Elle y réussit cependant quelquefois, à force de céder la pa-
role aux autres toutes les fois qu'il s'agit d'elle. Miss Burney,
parlant de miss Burney, a toute la modestie d*un président
des Communes qui vient d'être élu; mais d'un autre côté»
elle se fait un cas de conscience, — ^pur scrupule historique — ,
de dissimuler les panégyriques et les compliments les plus
extraordinaires parmi ceux dont elle se dit accablée. C'est
toujours « le cher docteur Johnson, » qui proclame «c F. B« l'é-
crivain le plus spirituel qui ait jamais vécu. »— C'est <( ^'ai-
mable mistress Thrale, » qui s'écrie, en parlant de « F. B. : »
-^(x C'est la plus charmante enfoût du monde; » et ensuite,
lorsqu'elle a savouré tout à son aise le miel de ces menues
flagorneries, Fanny Burney se met aussitôt à rougir, à balbu-
tier, à trembler; elle affecte les attaques de nerfe de la mo-
destie blessée ; elle prend ses confidents à témoin de l'into-
lérable torture, du martyre incessant que lui inflige l'admira-
tion universelle. Mais, dira-t-on, quels étaient ces confidents?
Le Journal de madame d'Arblay n'est-il pas écrit sous forme
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LE lOURNAL DB MISS BURNET. 81
de confession privée, où devait pénétrer seulement Y œil d'une
sœur? Hélas 1 encore une ruse, encore un de ces stratagèmes
de l'amour-propre féminin , qui ne peut ni se dissimuler ni
se reconnaître. Le Journal envoyé à la soeur de madame d'Ar-
blay faisait ensuite le tour de la famille;— ^le là, il était régu-
lièrement transmis à Chessington, où toute la coterie de
M. Crisp en prenait lecture; — après quoi il passait dans les
mains de M. et mistress Lock de Norbury-Park, — puis ail-
leurs encore, — et il est hors de doute, d'après sa forme et sa
teneur, qu'il était destiné en fin de compte à la publicité qu'il
reçoit aujourd'hui.
Mnsi , de Vextrême jeunesse, qui revient toujours sous la
piomede madame d'Arblay lorsqu'elle parle de la publication
d*Eoelina. Elle laisse entendre que ce fut l'ouvrage d'un en-
fant très-timide, — ^remarquablement gauche,— et qui achevait à
peine son éducation ;— que ce roman fut écrit à la dérobée par
une sorte de caprice enfantin; — qu'il resta inconnu au père de
l'auteur et totalement négligé par l'auteur lui-même, jusqu'à
ce que, six mois écoulés, son immense succès les contraignit
à y prendre garde.
Ces détails avaient de quoi surprendre; mais l'aplomb avec
lequel ils étaient donnés ne permettait pas le moindre doute;
et ce fut seulement après la publication des Mémoires de son
Père, que l'attention de la critique fut tout à coup éveillée par
l'obscurité singulière dont miss Burney enveloppait non-seu-
lement la date de sa naissance, mais tous les autres détails
chronologiques qui pouvaient, directement ou indirectement,
conduire à des données positives sur ce point délicat. La cu-
riosité d'abord, et plus tard certains soupçons s'ensuivirent.
Les recherches cependant n'étaient pas faciles, et il s'écoula
quelque temps avant qu'on pût se procurer l'extrait de
baptême de notre auteur : enfin, en compulsant les registres
de la paroisse de Lynn, dans le comté de Norfolk, on vérifia
que Frances (Fanny), la seconde fille du docteur Charles
Bnmey, était née dans Télé de 1752 (1) , et que, par conse-
il) Au mois de juin.
5* SÉRIE. — TOME XI. 6
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82 U IWBUiJL 9B MIM MTBNBT.
qoent , lorsque J?ve/f na ptroe (iT78) » die n'avait pas qaisae
«m seise, mais bien vingt^^inq tm vingl-stx ans. Ceci, on çn
conviendra, donnait aa prétendu miracle une face nouvatte;
îl ne restail plua à sa placée qu'un fait asseai ordinaira.
De aiôaie encore pour le secret si strictaneat gardé vianà-
da doctenf Barney. Peu è peu, la vérité m faisant joinr , il est
daveitoassea pOHttf que sa fille lui avait parlé du rottan
qu'elle composait, et qu'il en avait autorisé la publication ;
seulement» afin de ne se pas dém^tir de point en point,
miss Bumey a continué à soutenir qu'il n'avait Jamais lu «ne
seule page de ce livre; — qu'il en ignorait le titre,-— et ne s'était
enquis de ses destinées qu'au bout de six mois^ averti par la
rumeur publique. C'est beaucoup demander à notre crédulité
que d'entasser ainsi invraisemblances sur InvraisemblaBoas;
mais il est vrai de dire que cette première déception, dont il
faut chercher l'origine dans les craintes assez naturelles qu'a-
vait miss Burney au sujet de son premier roman, a ex^cé sur
son avenir une trop grande influence pour qu'elle pût se
résoudreà un désaveu franc et loyal. L'extrême jeunesse avait
fait le succès du livre. C'est grâce à l'extrême jeunesse qu'il
passait pour un phénomène; c'est sur l'extrême jeunesse que
s'extasiaient Johnson et mistress Tbrale; ce fut l'extrême jeu-
nesse encore plus que le mérite de l'écrivain qui attira sut
elle l'attention et les faveurs royales. 11 fallait bien, par con-
séquent, laisser subsister l'extrême jeunesse : c'est ce que
miss Burney a fait constamment, aidée par sa- petite taille et
sa physionomie enfantine. La dernière page de son Journal ,
qui va jusqu'en 1787— et à celte époque elle avait atteint l'âge
très-respectable de trente-cinq ans — nous la montre avec tous
les petits airs, les étourderies, les grâces câlines que quatre
lustres accomplis rendent ordinairement fort déplacés.
Ce malheureux secret doit entrer pour beaucoup dans les
inquiétudes et l'embarras qui se trahissent à presque toutes
les pages des Mémoires de miss Burney. Il y avait sans doute
beaucoup d'affectation dans cette espèce d'impatience con-
* fuse où elle prétend que la jetait la moindre mention de ses
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Unwpl'lHiBiBiifelBplM légitteereiidB à son Ulent. Maison
pourrait y y«r anasi la fréBMMeiBaiil intériaar d'une con-
annce «a pen troublée. En effet, quelle cataitroplie pour le
fBaae ékf^ de tani d'adaub^aliona eatliMBiaMe*» m, quelque
beau jour, tandis <|B'on céiéhraît aulmir d'elle la préeoeité de
«Btaient, «ne ▼oîx envieuse m quelque aceîdcâl inattendu
aiaîtlOBlèeovp rèféièlavèrtlél Quai erève<xeurpeur lïfino-
wiijtfaaajMs et ami aimable fagaille, recomtuas bienet dftaafit
cnapablea d'Bvair eaeanioté au publie la tien environ des an-
néeaqne cmnpIaîtakffal'iaAèreaiaBt j^odige! etquel fendrojrant
a cdàn déeenaevte sur une organisaAion dèlicale,
I les drenaalaBoea les plus ordinaires de la vie trouvaitrat
cesse intimidée^ pséte à s'èvasauiTy oanfondue, ne sa-
ebaai oè se mettre, ebercfaant un voile à sa rougeur, une at-
titude à aon déseapoiri Les héroïaee de misa Bumey,*-^n l'a
défi reaaanpié coomm le déteit capital de ses remau9,-«eont
toiqours victimea de tounnent» microscopiques et de diffi-
cultés îmaginairea, que deux bk^ d'explication franche et
aensée avfiBraîeBA à dismper. Il en est ainsi du cerveau qui
leur doBOB le jour. S'il iaut l'en croire et prendre à la lettre
les exagérations de sa prose, bûsb Burney vivait dans un état
de perpétuelle détresse; — la moindre interpellation troublait
Vèc|iâttffe desa modestie ;-*-e&Be lui adressant pas la parole,
<M la ptoBgeait dans lea plus vives alarmes; •— un conqpll-
tmetà la frisait rentcer à c^t pieda sou» terre ;*-^SHiie d'atten-
tîoB, elle secroyait mé|>risée, et renfermait dans une indigna-
tkm muette lea souSranciis de son légitime orgueil* Nous la
voyons dma une soirée ae refuser à servir le thé, dans la
cfBinte de prendre uo réletrop en évidence; — et d'un autre
côté, dans la crainte de paraître dédaigneuse, subir l'agonie
da remonis à profios de ee refus. Au fond, tout cela n'est que
vtfiilé phmoQ moins naïve, plus ou meias maladroite.
On s'en aperçoit en décomposant les longs et fastidieux
dialogues qui composent la plus grande partie du Journal.
Quand nous voyons tout d'abord ces pages émaillées de
noms célèbres, Cj^s conversations qui ont pour interlocuteurs
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M LE JOURNAL DE MISS BU&NEY.
Johnson, Sheridan, sir Joshoa Reynolds, Murphy^Camberlandy
Colman, et vingt autres célébrités du même ordre, nous
sommes tentés de nous promettre une ample moisson d'es-
prit et de détails biographiques. Mais peu à peu cette illusion
se dissipe, et il ne tient qu'à nous de supposer aux hommes
remarquables de l'autre siècle les plus détestables habitudes
de causerie qu'on puisse imaginer. En y réfléchissant néan-
moins, la cause de leur apparente stupidité se montre bientôt
et se fait jour. Attentive à sténographier tout ce qu'ils dbent
relativement à elle, — et ceci, nous sommes tentés de croire
qu'elle l'exagère quelque peu, — miss Burney cesse d'écouter
ou du moins de redire ce qui touche à d'autres sujets plus
indifférents. Quand mistriss Thrale, sir Philip Jenning et
Johnson se mettent à discuter le mérite relatif à!EveUna et de
la Forêt de Windêor (i), nous ne perdons pas un mot de cet in-
téressant parallèle. Lorsque, dans la même coterie, s'agite la
question de savoir jusqu'où va l'extraordinaire modestie de
miss Burney, cette modestie ne l'empêche pas de rapporter
le débat tout au long (2), et nous lisons avec une sorte de
stupeur la déclaration suivante par laquelle Johnson conclut
et résume les arguments échangés :
Le DOCTEUR. Je l'admiré (F. B.) pour sa finesse d'observation,
sonbonsens, sagaieté, sondiscernement, Uchoix desespersonnagesp
le langagequ'elleleur prête; bref, pour toutesses qualités d'écrivain.
Une autre fois, sir Joshua Reynolds et Sheridan sont mis
en scène tous les deux, dignes interprètes de la curiosité
publique, qui guettait les chefis-d'œuvre futurs de l'auteur
d*Evelina. Sheridan sollicite d'elle une comédie, et sir Joshua
lui fait remarquer sagement : a qu'ayant déjà tout le succès et
toute la gloire dont peuvent être suivis les travaux de cabinet, » elle
doit rechercher les émotions des triomphes dramatiques (3).
C'est ainsi que de tout entretien, de toute rencontre, son
(1) Vol. !•', p. 23» et 23e.
(2) Vol. I", p. 120 et 122.
(8) Vol. !•', p. 187 et 188.
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LB JOURNAL DE MISS B0R2fEY. 85
industrieux amour-propre s'applique à pomper le miel des
loaanges. Nous dirions la mélatêe, si la métaphore le permet-
tait ; car ces éloges dont elle se pare sont quelquefois bien
frdes et bien peu raffinés. Comment qualifier, par exemple, les
compliments de cette belle dame du grand monde (mistriss
Cholmondeley] qui, venue à une soirée tout exprès pour l'y
Toir, dit en fiice à notre héroïne :
« Chère miss Burney, souffrez que je vous dise une seule
chose... et cependant peut-être allez-vous en être blessée...
mais non, vous le permettez, n'est-ce pas?
— Qu'estrce donc, madame?
— C'est... quey^ vous admire plus qu'itueune autre créature
humaineL.. Et je n'y puis que faire (1). »
Certes, la modestie qui valut tant .d'admirations à miss
Burney dut se faire une étrange violence pour transcrire des
flatteries de cette force.
Du reste il est plus d'une occasion où cette modestie si
vantée n'exclut pas une susceptibilité fort ombrageuse, et
nonobstant la perspicacité bien connue de miss Burney, elle
laisse très-naïvement percer une disposition peu compatible
avec ridée qu'elle prétend donner d'elle-même.
Sous ce rapport, et sous ce rapport seulement, nous trou-
verons quelque piquant à Thistotre d'ailleurs assez fastidieuse
de ses rapports avec un M. Crutchley, jeune gentleman assez
riche, qui avait été le pupille de M. Thrale. Après la mort
de ce dernier, qu'il avait désigné comme un de ses exécuteurs
testamentaires, il vint passer quelques semaines à Streatham,
où résidait mistriss Thrale en compagnie de miss Burney.
Fut-41 très^alant pour la charmante jeune fille, ou bien celle-
ci prit-elle quelques propos en l'air pour les manifestations
d'un sentiment sérieux? c'est ce que nous ne saurions préci-
sément décider ; mais nous sommes tentés de nous ranger à
cette dernière opinion quand nous voyons les efforts bien-
veillants de mistriss Thrale pour appeler sur sa jeune com*
(1) Vol. I", p. 174 et 176.
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8è LE lOtrmKAL VE mSft B0BNKT.
pagne l'atleiition du riche célibataire ; — la sécheresse avec
laquelle cehiî^i répond à ses arances indirectes;—^! enfin ta
petite fèrear discrète où sa résistance jette l'aiinable auteier
d^EveHnm{i). Il est vrai qu'A l'époque dont nous parlons die
avait atteint un fige amquel lesdemoisenes neplaisanlent plus
sûr le chapitre fort délicat des prétentions à leur main.
M. Crutchley avait le double malheur de compter moi»
d'années qu'eHe et de posséder une fortune beaucoup plus
considérable ; peuft-^re aussi s*était-il donné le tort d'avoir
fait concevoir, par des compliments peu ménagés, un espoir
qu'on était fôché de voir déçu. Par tous ces motifs il devînt
haïssable : on le hri laissa voir; et à tous ces autres crimes il
ajouta celui de ne pas comprendre une colère si laiteuse. Am
moins en fit-il semblant. Que de gens à sa place auraient agi
comme luit Quoi qu'il en soit, cette petite intrigue bien insi^
gnifiante remplit de longs entretiens^ trop fidèlement rap-
pelés, les premiers volumes du Journal^ et nous en aurions
cité quelques-uns malgré leur dimension extraordinaire, si
l'entrée de miss Burney dans l'intérieur de la famille royale
ne nous fournissait le sujet d'une étude plus intéressante.
Ce fut dans Tété de 1786 qu'elle fut nommée seconde
femme de la garde^ol)e dans la maison de la reine Charlotte
de Mecklembourg, femme de Georges 111. Sa réputation Ktt^
raire eut beaucoup moins de part à cette faveur que l'amitié
de la respectable Mrs. Delany, chez laquelle miss Burney
était devenue familière après la mésalliance de mistriss Thcule
avec un intrigant italien nommé Piozzi. Mrs. Delany , veuvu.
d'un médecin oélèiMre et qui avait alors |riu» de qnatr^^
vingts ans, avait été l'amie iatiaw de la vieille duchesse de
Fordand (lapetite-fiHe- dis grand trésorier Oxford, e^e-l&f
même que ^rier a célébrée dans ses poésies) , et c'est par fa
duchesse qt» Mrs. Dehmy avait été présratée à LL. MM^
Elles prirent bientôt le phis vif intérêt à cette exceltante «t
aimable fomme ; et lorsque la moit de la duchesse lui femiar
(l)Vol. n, p. 24et25.
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LE «OITR9AL ^ «9ê B0RN8T. 8T
lediAtem de Bnlstrode, où elle allait ordinairement tous let
étét, le roi Georges fit arranger pour elle une petite maison
qui loi appartenait près des portes de Windsor-Castle. Là,
ptasqne chacpie jour, elle nscevail la yisite de ses illustrei
liiles, qui TaippeUtient en outre à leurs réunions de famille.
Cstte btenTeillanoe» ee eulte affectueux pour un des tirée
débris qui enbsistaient enoore de l!époque où Pope, Addisoft
et Swift araient jeté lantd'éclM sur le génie anglais, se tro«^
rent décrits en délall dans la correspondance de Mrs.
Ddany, puMiée il y a ringt ans^ peu après la mort de
Georges llf, dont elle devait honorer la méniofre. Il est difii-
cile en effet de parconry, soit cette correspondance, soit le
Jwtmal de miss Bumey, sans ressentir une assesi vive sym-
ptCfaîe pour un monarque dont la vie privée fiit toujours con-*-
sacrée aux affections les plus simples, et qui cherchait Toubli
des plus graves soucis politiques dans les plaisirs de la vie
champêtre. Peut-être le sentiment d'une éducation imparfeile
et d'une diction inélégante entraii-il pour quelque chose dans
les goAts retirés du monarque, qui affecta toujours d'éviter
autant qu'il le pouvait les exhibitions publiques de sa per-
sonne. Adonné à la chasse et à ragriculture, il avait ainsi,
mérité le stimom de fermier (Farmer Georges), qui lui taxi
d'abord donné en mauvaise part. L'opposition, dirigée à cette
époque par des hommes d'un esprit et d'un talent remar-
quables, était parvenue à transformer en une sorte de despo-
tisme Êiroache l'éloignement presque continuel de ce prince
et la sirfitnde dont il s'entourait volontiers; mais peu à pein
CCS Ciuases impressions s'efbcèrent. On excusa chez le mo*-
naïque ce penchant tout anglais qui porte l'homme à s'isoler
dans la vie de &miile et à concentrer sur quelques personnes
choisies toutes les affections de son cœur; on le lui pardonna
surtout lorsque Ton vit que ses préférences privées et l^s
délassements de son cjioix ne lui faisaient jamais perdre de
vue le soin de la diose publiquie. Lorsque les désordres
de 1780 édalèrent, en présence d'une population déchaînée
et d'une munidpalité dont les scrupules timides compromet-
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88 LE JOURNAL DE MISS BURNET.
talent la sûreté publique, le rot fermier devint tout à coup un
roi capitaine; sa décision, son courage personnel, sauvèrent
la capitale, livrée depuis deux jours à toutes les horreurs de
rémeute ; et à partir de ce moment les sympathies nationales,
quelque temps égarées, commencèrent à se manifester en
faveur de Georges. Cette disposition ne fit que s'accroître
d'année en année, et il trouva, lors de la monstrueuse alliance
entre Fox et North, un puissant secours dans Tassentiment
populaire quilui permit de lutter contre la majorité factice obte-
nue par ces deux hommes d'état au sein du parlement anglais.
L'admission de miss Burney dans l'intérieur royal n'eut
pas, à ce qu'il semble, les résultats heureux qu'on aurait pu
attendre d'un choix également honorable pour la reine et
pour l'écrivain. A qui devons-nous en imputer la faute, si ce
n'est à miss Burney elle-même? Sans autre moyen de con-
trôler ses mémoires, ne suffit-il pas de les lire pour voir
quelle fut sa conduite dans cette position nouvelle ? Pouvons-
nous n'y pas remarquer un mélange singulier de prétentions
et de timidité, d'inexactitude et de gène, et ce génie tout par-
ticulier qu'elle semblait avoir pour se tourmenter, elle et les
autres, par le grosMsement des incidents les plus simples?
Il est évident qu'elle se croyait beaucoup au-dessus de ses
fonctions. Nous soupçonnons, au contraire, qu'elle leur était
à beaucoup d'égards inférieure, et que, soit vanité, soit in-
science des choses et des personnes, soit exagération de ses
craintes puériles, elle mit plus d'une fois à l'épreuve l'inalté-
rable patience de sa royale maltresse. De là provinrent cette
foule de petits malheurs que la femme de chambre bas-bleu
prend un triste plaisir à énumérer, et qui jettent un jour A-
cheux, mais assez faux, Dieu merci! sur l'existence tourmentée
Et d'abord, notons ce point, que miss Burney ne fit ja-
mais partie de la cour proprement dite. Ce qu'elle en put
entrevoir à travers des portes entre-baillées ou du haut des
appartements réservés qu'elle habitait, ne constitue pas
Fensemble de cette existence dont elle décrit les tourments.
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LE JOURNAL DE MISS BURNEY. 89
Admettons d'une manière abstraite que la vie aristocratique,
examinée de près, n'a pas tout Téclat qu'elle répand au de-
hors; mais reconnaissons aussi que toute manière d'être, mi*
natieusement et strictement étudiée, semblera plus disgraciée
et plus féconde en malheurs qu'elle ne Test effectivement. Il
ne faut pas. juger un décor de théâtre avec l'enthousiasme
qu'exciterait le paysage dont il est la représentation ; mais il
serait souverainement injuste, pour en avoir une exacte idée,
de s'en aller dans les coulisses, où l'on ne voit que toiles gros-
sières, charpentes dégingandées, cordes huileuses et machi-
nistes en sueur (1).
Dcfinissoiis d'abord le rôle exact que jouait miss Burney.
Appelée à de certaines heures au service personnel de la
reîoe, elle ne faisait jamais partie de sa société proprement
dite. Jamais, fût-ce dans une pièce extérieure, elle n'était in-
vitée à prendre part aux plaisirs des réunions royales, soit
qu'il s*agtl d'un concert, soit qu'une actrice en renom vînt
déclamer devant Leurs Majestés. C'est ce qui résulte expres-
sément de ce passage du journal où est racontée la visite de
Mrs. Siddonsà Windsor-Castle : miss Burney ne put trouver,
(1) NoTB DU DiRBCTEOR. N'est-ll pas permis de trouver ici, dans le point
de Tue da critique tory, un reflet de la jalousie aristocratique avec la-
quelle fat accueillie autour delà famille royale d'Angleterre la nomination
imprérue et spontanée de la pauvre miss Burney A une place sollicitée
par plusieurs demoiselles, pauvres comme elle, mais d'un grand nom et
ayant Tappui du plus haut patronage? Si miss Burney n'a pu de sa place
voir la cour, pourquoi la Revue en appelle-t-elle à son journal pour mieui
prouver les mœurs simples et la bonhomie du roi et de la famille royale t
Mous avons lu aussi le Journal de miss Burnsy. Il nous semble qu'elle y
voit et entend assez de choses, qu'elle y prouve assez nm intimité, qu'elle
y reçoit asseï de confidences pour avoir pu tracer une histoire vraie, mais
respectueuse, de la cour de Georges III. Elle prévient elle-même qu'elle
De dit pas tout ; mais en général elle ne supprime que ce qui a surtout
transpiré dans Ip public. Enfin, une ou deux anecdotes prouvent aussi
que quelques courtisans n'approchaient miss Burney qu'en tremblant et
ne diisimolaientpas qu'il y avait eu quelque imprudence à si bien placera
U cour une femme armée de la plume» ce terrible inêtrument de publicité.
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90 LE lOniHAL DE MISS EDRiriY.
elle le dit elle-même, nae chambre ou un cabinet assez voisin
pour entendre la lecture de la grande actrice (i) ; cette fay««r
fut accordée à la première femme de garde-robe (2). Ainsi sa
position réelle était bien celle qui dans la vie privée est ré**
senrée aux fesunes de chambre (lady maid) , et bien cpie des
fonctions de ce genre anprès de la personne royale ne soient
pas une dérogation et n'ôtent à personne le rang que l'oa
occupait dans le monde , bien qu'elles confirment au con*
traire ce qu'on peut appeler la horme naisMuace (gentility) d«
celui qui en est revêtu, elles Texcluent néanmoins du cerclu
royal en public ou dans le particulier. Entre autres exen**
pl^s de cette sévérité d'étiquette , on a celui d'une grande
dame bien connue , qui , ruinée par de fausses spéculations^
refiut en dédonmiagement une sinécure de ce genre, bien ré»
tribuée. A sa grande surprise , il lui fut interdit de paraître
désormais à ia cour , dont jusqu'alors elle avait eu l'entrée,
et il lui fallut renoncer aux privilèges précieux qu'elle avait
pu croire invariablement attachés à sa naissance.
la position inférieure de miss Burney, — avant de l'accepter
elle e4t pu la connaître, — parait lui avoir causé d'assez péa^
blés désappointements. Elle se trouva surtout choquée en dé-
couvrant dans sa chambre une sonnette correspondant au ca-
binet de la reine, et au bruit de laquelle il fallait se rendre.
Voici le passage; il est curieux :
« Quand je vous dis qu'on m'appelU, il faut nous entendre,
et je vais m'cxpliquer. Toutes les fois que je suis mandéo
pour le service ordinaire, c'est-à-dire pour les toilettes du
matin, du midi et du soir, ce qui m'avertit de me rendre à
mon devoir n'est ni plus ni moins qn^uiM sonnette. Dans les
circonstances extraordinaires, on m'envoie chercher par un
page. Vous l'avouerai-je? je ne suis pas encore tout à tût
retenue de l'impression que me causait, dans le principe, !•
(«) Vol. ili, p. 4S7.
<B)NoTB DO DiRccTEUH. Cs puNgs âu jûwnoi n'esi pai trét-uliir peittk
êure: si min Burney ne pot, comméMrs. Sdiw^lftnbsrg, entendre Mrs. Sid^
doai, oerutparoequemisseurtieyreeeTtUelk-ftiémSMSsMàlIb. MflBr*
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LB KnmiTAL VÊ mss vmnm. 91
premier de ces appels.. Une sonnette t J'envisageais eeci Cimane
ui fiîgne de serrifnde tellement humiliant que je ne poarais
Fentendre, même seule, sans me sentir le front couvert de
roageur, et sans aveîr en quelque sorte la consdence de ma
d^gradatton. »
U est vrai cpie l'auteur d*£reZtna se représente comme rou*
giseant aassi chaque fois que le trésorier de Tépargne lui
cemptail ses appontements. A ce compte ou peut voir com^
bien diromîfiatîom chaque journée lui devait apporter.
KHe s*était ègriemeul tml illusion sur un autre point, en
prisumant que la reine réclamerait surtout ses bons offices
littéraifes. Le bon sens de cette princesse, auqoei fe Jounud
rend d'aiienrs ample justice, ne se prêtait pas à iroe telle
conAisîon d'attributions. De plus , la reine l'avait dit formel--*
loaent aux protecteurs de miss Bumey, 4c die n'aimait guère
les romans, et encore moins ceux qui les font; » et enfin, il
bat bien Tavouer, la femme de chambre en secmid n'avait
pas à beaucoup près les qualités requises chez un conseiller
littéraire ; nous en trouvons la preuve à chaque page de see
Mémoires. A part EteHna et CecUiaf peu de livres existaient
peur elle. Ce fut la reine qui appela son attention sur l'O^
MPcer de Cumberland, oh cependant se trouvaient de £ré^
qaeates allusions è miss Bumey et à ses amis. Ce fut le roi
qui lui parla le premier de la Vie de Johnson, publiée par
HawkiAs. Enfin elle n'avait aucune idée d'une ballade cepen-
dant assez connue ( the G4jtb$rlunzie Man) , doublement remaiv
qfvable par sa gr&ce naïve et comme oeuvre d'une tête couh-
Tonuée(l], Ce fut encore à la reine qu'elle dut de la lire danu
uu petit traité philologique imprimé en Altemagne pour et»*'
Mr la resBend:>lance qui existait encore entre l'écossais pro^
pfemeut dit et TalleRiand. N'eùt-il pas été surprenant que, h
treuvaait aussi m^i renseignée, sa- royale maîtresse se êàk
adressée i elle pour en faire le guide de ses lectures, une
e^èee d'aide de ean^ littéraire?
m lîMfMt V, TDl d'âeoM.
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92 LE JOURNAL DE MISS BURNET.
Peut-être en eût-elle fait une lectrice, si l'extrême mal-
adresse de miss Burney n'avait rendu inutiles les petites
avances qu'on lui fit à cet égard. Mais voici ce que nous
lisons dans le Journal, et l'on va voir si la reine est à blâmer
pour avoir méconnu des qualités singulièrement obstinées à
se dissimuler :
Mercredi, 17 août. — « Depuis que la reine a bien voulu
m'attacber à sa personne, j'avais toujours pensé, à part moi,
qu'elle entendait me donner les fonctions de sa lectrice an-
glaise; en effet, les devoirs réels de ma charge avaient mille
fois la chance d'être mieux remplis par d'autres que par moi.
Cette idée rendait très-solennel le moment où je serais appelée
à lire devant elle. Cette exhibition m'a toujours été pénible,
et l'on peut penser que je ne la trouvais pas adoucie par l'idée
que S. M. me jugerait alors digne ou non de l'emploi qu'elle
m'avait conféré d'avance.
» Aussi, pendant la première semaine, je ne pouvais voir
autour de la reine un livre, une brochure, un journal, sans
être saisie d'une espèce de terreur panique, m'attendant tou-
jours à être mise à l'épreuve. Les journaux surtout m'inspi-
raient une profonde terreur. Je pressentais qu'il y avait là
mille pièges, non-seulement de diction, mais de choix : par
bonheur, quoiqu'elle me les demandât souvent, elle les lisait
toujours elle-même.
» Aujourd'hui sa toilette achevée, la première dame de la
garde-robe (1) s'est retirée, et la reine, au lieu de me ren-
voyer comme à son ordinaire, m'a priée de la suivre dans son
boudoir. Je l'ai d'abord aidée à préparer son ouvrage, des
dessus de chaises tressés en rubans; puis elle m'a demandé
de lui aller chercher un volume d\i Spectator. J'ai obéi le plus
tranquillement du monde. Elle m'a laissée debout un instant
sans m'adresser la parole ; puis tout à coup, mais avec beau-
Ci) La première dame de la garde-robe rallemandeMn. ScbveUenberg,
a figuré plus d'une fois dans les satires du temps: les libelles poétiques
de Peter Pindar (Wolcolt) et VHeroie Epiitle l'ont presque popolarliée.
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LB lOCANAL DE MISS BURKET. 93
eoop de douceur : «c Voulez-vous , m'a-i-elle dit, me lire un
chapitre pendant que je travaillerai? »
i>Je me suis trouvée prise à court et consternée: j'étais
bien loin de m'attendre à pareille requête ; aussi n'ai-je rien
répondu, et le livre restait fermé dans mes mains.
)> S. M. Ta pris, et m'a montré la page où il fallait com^
mencer. Elle lit cet ouvrage pour la première fois d'un bout
à l'autre. II n'y avait pas à choisir : l'obéissance était de
rigueur; mais ma voix trahissait à cet égard mon bon vou-
loir. Elle devint en peu d'instants si voilée, si tremblante,
si difficile à mener, qu'elle devait être fort déplaisante à
entendre. Le chapitre d'ailleurs se trouvait assez curieuse-
ment choisi, roulant tout entier sur la position d'un favori
de cour. Quand ma tâche fut à bout, je ne pouvais trop me
féliciter, tant je sentais qu'elle avait été mal remplie. La reine
fit quelques réflexions sur le sujet de cette lecture, et s'abs-
tint de dire la moindre chose qui eût rapport à la lectrice. Je
sais vraiment flichée de m'en être tirée aussi mal (1). »
La mortification de miss Burney dut être aggravée lorsque,
après ce premier échantillon de ses talents, elle vit la reine
ne plus les mettre à contribution. Ceci dissipait les douces
illusions dont elle s'était bercée, et la réduisait à un emploi
dont elle n'accepta jamais sans humeur la double dépendance.
Se trouver subordonnée à Mrs. Schvellenberg était une trop
rude épreuve pour un amour-propre aussi caressé que l'avait
été le sien, et jamais, elle ne parut comprendre cette leçon de
l'honnête Dogberry, que : « deux personnes montant sur un
cheval, il faut nécessairement que l'une soit derrière lautre. »
Aussi désormais il nous sera facile de voir que la lutte établie
entre les exigences de sa place et celles de sa personnalité un
peu suffisante dut la mettre assez mal avec elle-même et
avec les autres.
A cette époque , Georges III et sa famille n'habitaient pas
le château de Windsor, qui était eu effet inhabitable, et qui,
(i) Vol. lil, p. 117 et 119.
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9i us JtMTRIfAL mS ViaS BCEUBY.
pour devenir ce qu'il est aojovrd'b», deraii coàler des sosol
mes immenses. Un peu an sud-^t du chàteaa, ùv WilUam
Cfaamb^rs» le célèbc e ai cbitecte, ayait élevé nfte grande mai-
son aases semblable à une caserne » et qui a dû disparatire
lors des embellissements postériisurs. C'est ee qu'on dési-
gnait sons le nom de Queens Lodfn^. Il faut dire, à la louange
du sonTerâin et de Tarcbitecte, qu'ils n'avaient aoDgé ni l'un
ai Vautre à en fure «se résidence permanente ; seulement
Georges UI^ use fois qu'il y fut installé, s'y trouva (rfuseom-
modément qu'il n'eAt été dans tm palais poar j mener celle
existence de gentmimnme campagnard, la aieax «dallée de
toutes à ses instincts simples et bons.
La reine et les princesse se £Bdsaient un devoir de ne pas
contrarier les goûts du monarque; elles écartaient d'elles
tout ce cpii ressemblait au cérémonial des cours, pareomrai^t
à cheval les environs du château, et disaient des visites à leurs
voisins. C'était l'emploi le plus ordinaire de leurs maftinées.
Le soir, elles se rassemblaient autour de la table à tbé, pcmr
y lire et y travailler pendant que le roi causait ou jouait au
trictnic avec l'écuyer de service, qui composait la plupart du
temps toute sa suite. Assez souvent un petit concert rompait
la monotonie de ces plaisirs sans recherche, et û avait poar
auditeurs, avec la suite des princesses, quelques hôtes de ha*
sard et les personnes qui, comme mistriss Delany, pouvaient
s'appeler les amis de la maison. De temps i autre, afin que
les enfants royaux pussent changer d'air , on transférait à
Kcw ce cercle si étroitement limité : il était là plus simple en-
core qu'à Windsor. Tout vestige de la royauté di^araisaait
autour de l'auguste famille ; on ne s'astreignait plus aux heu-
res des prières et du lever; il n'était plus question de chan-
{jer de toilette deux fois par jour; le roi ne gardait pas même
d'éciiyer, et la reine sortait seule pour ses promenades (1). Seu-
(1^ Note du DinscTnun. II nons semble que le critique tory admet ici
lui-niôinc la rérité de robservation que nous lui opposions dans une note
précédente: on va voirque miss Burncy recevait aussi àsa lableà thé tous les
gentilshommes de la chambre et plusieurs visiteurs d'un certain rang.
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IM lOURNAL M VISft BcmiiEir. 95
knent, use on deux fois la semaine, Georges III et par avon-
tare la reine Gbarlotie rerenaient à Londres, soit pomr s'oc-
eaper des affaires publiques, soit poux quelque réception so-
teunelle.
On comprendra que» se vouant à des habitudes si retirées
et limitant avec autant de soin le nombre des visiteurs admis
dans leur résidence, le roi et la reine devaient s'attendre à
voir leurs intentions suivies par les personnes attachées à
leur service. Miss Burney cependant parait avoir été très-dis-
posée à violer k cet égard la règle établie, et il fallut phis
d'une remarque indirecte jémanée de sa souveraine pour lui
fâre sentir Tinconvenance de certaines admissions. En partie
par ignorance, en partie par présomption, ellesemblait toujours
cbercher à empiéter au delà de ses privilèges et à se mettre
aordessus de la discipline observée autour d'elle. Si l'on veut
du reste se faire une idée des sacrifices qu'on lui demandait,
il suffit de lire le programme qu'elle-même a tracé de ses
joumées :
c Je me lève à six heures du matin, et j'attends, en robe de
chambre et en bonnet, que la reine m'appelle; ce qui arrive
en général de sept à huit heures , et presque toujours à sept
heures et demie précises. Je la trouve déjà coifFée, cette be-
sogne étant confiée à sa femme de garde-robe mistriss Thielky ,
Allemande d'origine, mais qui parle parfaitement l'anglais.
Mistriss Scfawellenberg, après les huit premiers jours de mon
arrivée, a cessé tout à fait de descendre le matin. La toilette
de la reine s'achève par mes soins et ceux do mistriss Thielky.
Cette dernière me passe au fur et à mesure les difiérentes piè-
ces de l'habillement, et c'est moi qui les pl»;e. Aucune autre
femme ne pénètre dans le cabinet pendant que la reine s'y
trouve. A huit heures, ou fort peu de minutes après, car elle
est très-promple à s'habiller , Sa Majesté a fini. Elle va re-
joindre le roi, les princesses y viennent de leur côté, puis tous
ensemble, suivis des gouvernantes et des officiers de l'écurie,
vont entendre les prières dans la chapelle royale. Je reviens
alors chez moi pour déjeuner, et j'ai fait de ce repas le passc-
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96 LE JOURNAL DE HISS BCENET.
temps le plus agréable de mes journées. Un livre me sert de
compagnon et je lui consacre environ une heure... Quand neuf
heures sonnent, je renvoie mon couvert et quitte mon livre
pour examiner sérieusement ce dont j'ai à m'occuper, — c'est-
à-dire les préparatife pour ma toilette, non-seulement du jour
présent, mais pour celle de la solennité à venir. Chaque anni«
versaire réclame un costume à part ; il y a aussi les toilettes
de Kew, plus simples que toutes les autres et celles de Kîng's
Lodge qui tiennent le milieu entre le costume de cour et le
simple habit de la campagne. Ce sont sans contredit celles que
je préfère. Ceci achevé, je dispose de mon temps jusqu'à midi
moins un quart, si ce n'est les mercredis et samedis, où l'on
m'appelle une heure plus tôt. . . Alors recommence l'ennuyeuse
besogne de la toilette. Cette heure de plus qu'elle demande
les mercredis et les samedis est consacrée à boucler età crêper
les cheveux de la reine. A une heure moins un quart commence
véritablement la toilette de jour. Mistriss Schwellenberg ne
manque jamais d'y assister ni moi non plus; mistriss Thielky
à plus forte raison, dont on ne peut jamais se passer. Nous
aidons Sa Majesté à 6ter sa robe, nous plaçons à sa portée la
boite à poudre avec tous ses accessoires. Le coiffeur est in-
troduit alors, et tandis qu'il fonctionne. Sa Majesté lit ordi-
nairement les journaux. Lorsqu'elle a remarqué que je suis
descendue, ma toilette à moitié faite, elle me donne, aussitôt
assise, la permission de l'aller achever. Si elle est préoccupée
ou se sent disposée à lire avec une attention soutenue , elle
me congédie, que je sois habillée ou non. Dans tous les cas
elle n'oublie jamais de me faire sortir tandis qu'elle se pou-
dre, et cela par un ménagement pour ma toilette, qu'on serait
loin d'attendre d'une personne si haut placée. Lorsqu'elle me
retient, j'ai remarqué qu'elle se fait une sorte de devoir de
lire à haute voix çà et là quelques articles du journal qu'elle
parcourt... Je suis rappelée quelques minutes après, et la
trouve alors dans ce qu'on peut officiellement appeler, — si
tant est qu'il y ait rien de très-officiel ici , — son véritable
cabinet de toilette. Quelques instants suffisent pour donner
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LE JOURNAL DE MISS BUBNEY. 97
b dernière main à sa parure. Elle me congédie alors et je ne
la revois plus, je n'entends pins parler d'elle jusqu'à l'heure
du coucher Nous dînons à cinq heures, Mrs. Schwellen-
berg et moi, dans une salle à manger où chacune se rend de
son cAté... Ce repas fini, nous montons dans son appartement,
qui est exactement au-dessus du mien. Là, nous prenons le
cafê jusqu'à ce que les promenades sur la terrasse soient
acherées : elles finissent ordinairement à huit heures. Notre
tèie-à-téte se trouve alors rompu, et nous descendons de nou-
veau dans la salle à manger. L'écuyer de service, quel qu'il
soit, vient y prendre le thé, accompagné de tous les gentlemen
à cpii le roi ou la reine ont feit l'honneur de les retenir ;
après Je thé il les conduit et va lui-même à la salle de con-
cert; il est ordinairement neuf heures. Dès ce moment, si
Mrs. Schwellenberg est seule, il me faut lui tenir compagnie
jasqu'à mon petit souper, qui est servi vers onze heures : c'est
ordinairement avant minuit qu'où me rappelle pour la der-
nière fois. Je passe alors environ vingt minutes avec la reine,
noe demi-heure tout au plus.
» Je remonte ensuite ; et après avoir, par'avance, préparé au-
tant que je le peux ma toilette du lendemain , je vais chercher
dans mon lit un sommeil qui ne s'y fait jamais attendre.
Croyez en effet qu'un lever matinal et une longue journée
toute remplie de soins et de soucis divers ne s'achèvent pas
sans une horrible fiitigue contre laquelle l'énergie morale ne
saurait prévaloir. » Vol. III, p. 27, 31.
Il est difficile au premier coup d'œil de voir dans ce compte
rendu la place de tous les grands malheurs que déplore per-
pétuellement l'auteur du Journal ^ et nous sommes tentés de
croire que le mauvais esprit dont ils étaient le produit chi-
mérique dut la rendre passablement ridicule et désagréable à
ses compagnons. Le grief sur lequel elle insiste le plus
est le caractère dominateur et l'oppression tyrannique de
Mrs. Schwellenberg. Nous ne nous refusons pas à croire , —
car cela est dans l'ordre naturel des choses, — que cette
brave dame, compatriote, ancienne amie et favorite de la
5* SÉBIE.— TOME XL 7
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96 LE JOCRNAI* BE UlSê BDRmT.
reine y infirme à cette ^Kxque et déjjà vieiUe, ei'Sftustkste
aigrie par ce double malheur, •— ne vit pm avec ma aoisîble
plaisir qu'on lui donnait pour aide et CMOpagne» à la fhot
de sa co0^)atriote Mrs. Haggerdora , uue îeuse AftglaiM fvî
avait fait de$ Hvres. Nous concevons enocs'e qu'à cette anvce
d'ennuis et de tracasserie, la maladresse et lenéconéeniement
de la nouvelle venue durent -en 4k]outer d'autres €ft trouMcr
singulièrement le paisible train de vie qu'arvait •adapté
Mrs. Schwellenberg. Mais, d'un autre cèté, il aous parakévi*
dent que la roideur quelque «peu hostile avec laquelle la poe-
miëre femme de cbamlure fit valoir les cLnoiii <ke sa positiodi
et la loi rigoureuse de l'étiquette, vint surtout des petites
entreprises fréquemment réitérées par sa compagne.
Prenons pour exemple le point le plus fréquemmment tm
litige entre ces deux dames, l'autorité suprême exercée par
Mrs. Schwellenberg sur le diner et le service du thé. Il fout
bien se rendre compte qu'à cette époque le roi, n'admettant
jamais à sa table un seul gentilhomme [1), et n'y invitant qu'un
très-petit nombre de dames, avait dû chercher un moyen de
concilier les exigences de l'hospitalité avec celles du cérémo-
nial. C'est pour cela qu'une table régulièrement servie, et non
sans un certain luxe, était attribuée à la femme de chambre ea
premier. Mrs. Schwellenberg en avait la présidence nominale;
mais cette table était en réalité réservée aui^ visiteurs que Leur»
Majestés, — surtout la reine, — invitaient on faisaient inviter.
Une autre table, soi-disant destinée aux écuyers, recevait les
h6tes du roi, et dans la soirée l's^partement de Mrs. Schwel-
lenberg s'ouvrait pour les deux classes de convives qui
venaient ensemble y prendre le thé. Très-souvent le roi dai*
gnait y paraître et engager hii-mème quelques-unes des person-
nes qu'il y trouvait réunies à assister à ses concerts. Les offres
de la reine définissaient très-netteroent cette situation des
choses, et cela résulte du Journal où nous trouvons ( vol. II,
p. &18] les lignes suivantes :
(1) L'étiquette ne permettait pas qa*an homme s'asstl jamais devant
la reine.
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«â. X. me ftopom «de ne dmner mi tegnmit an palm,
dem^Macher i la«iibte de Mre.^ekweHedberg, «Udde à li^pueRe
tans 'les -miteurs deS. M., évèqDes, tords, cm mem-
kn «MOBoneB, de ne deimer «n doneetique et une
I 4b éÊsasL tcmÊBê livios par an. 1»
roai 'Celt ^élMl «lair. La «aklei laquelle mns Bomey se
IrmvaM afilacbée n'en ÀUsH pas- neÎM oelle de Mrs. ^cWél-
leabere^; 01 raUtev dn JoumM j avait «a plaee marquée»
prisqii'eile ycenpiaçait Mrs. Haggeidom. Mua dès le pre-
mier jour^rile cssajra'de aelwieiin rôle à part ron lut oiffrït
le boiiide la table «que sa derancîdTe mevpak ; «nia elle le
Ttinsa m» prétexte ide nodeslie, ctt «-atlla placer è Fnn des
dMés (t). Le mène voir elle «asaya paiement d'hinover lora-
qae le tbé fat aenî; elle avoue elle-nènie qoe Mrs. Hag-
gerdom vivait lengenra partagé avec la première fenmie de
dtamïfre le «oin de rofirir -avx eenvivea de LL. MM. Misa
Bntiey affecta de regarder ce aoin eomme un pririlége, afin
de a'en débarrasser mi prafk de Mrs. Sclvwellenberg. EHe
ordonna qu'on lui servit le Ihé dails sa chambre, et alla le
prendre arec me persenne qui Tétait venue complimenter
sur sa neminertion.
txï «toutes «lioses, oeCts taferle^ son étiquette, ses convives,
twwibléfeHt singulièremetft Tesistenoe de nîiss lumey, et
nmis dvrons le dire, en dépft de ses professions d'humilité,
de résîgnalion, ée faiblesse eaoessive, nous entrevoyons à
dhaque instant les prdtentions crt les jalousies dbsm'des dont
de tommeiitaît lortt le mende. CPe^ ainsi que sa compagne
diant ionfbée malade, elle se refusa de propos délibéré à re*-
cevoir les officiers de l'écurie qui venaient, selon l'usage, lui
demander de présider letvr thé. Elle ne disconvient. pas qu'ils
nirant dans leurs rapports avec elle toute la patience et toute
la politesse imaginables, tandis >qne ses refus, dont elle ne
Toalalt pas donner le motif, afin de ne pas s'engager pour
ravenir , «vaîeot un •caractère tout opposé. Ils amenèrent
(l>Toiii.lII, p. 14.
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100 LE JOURNAL DE MISS BCENET.
enfin des remontrances directes adressées au roi par le colo*
nel Goldswortby, en son nom et en celui de ses compa-
gnons. Miss Burney, en rapportant ce petit démêlé, en donne
l'explication d'une manière passablement invraisemblable.
Elle prétend, pour atténuer ses torts, que son laquais, chargé
par les écuyers de lui notifier qu'ils l'attendaient, les avai|
préalablement avertis, sans prendre ses ordres, qu'elle était
prête à descendre. Un pareil malentendu ne pouvait tout au
plus avoir lieu qu'une fois, et selon l'auteur du Journal, il se
serait reproduit à quatre ou cinq reprises différentes.
Mais la plus considérable de ses aventures, et Dieu sait que
nous regrettons nous-méme d'entrer dans des détails si mi-
nutieux, fut sans contredit celle du carrosse. La voici avec
toute son horreur. Dans un des voyages de Windsor à la
ville, Mrs. Schwellenberg et miss Burney se trouvaient dans .
la voiture de la cour spécialement destinée à leur service,
avec M. de Luc et miss Planta, tous deux de sa suite. Ici nous
laissons à l'auteur d^Evelina la responsabilité de son drame
et des exagérations qu'elle y mêle :
«... Le voyage fiit très-pénible, Mrs. Schwellenberg s'étant
obstinée à tenir baissées, de notre côté, les glaces de la voi-
ture. Il venait par là un vent glacial qui, bien avant l'arrivée,
m'avait donné les premiers symptômes d'une irritation de
paupières. M. de Saint-Luc et miss Planta étaient aussi fort
incommodés, mais ils n'osaient en rien témoigner; et quant
à moi, ce sont là des maux contre lesquels j'ai fort peu de
peine à me roidir... Il devait y avoir grande réception le
mardi, et je craignais seulement de n'y pouvoir remplir mes
fonctions...
»... Mon père vint passer la soirée avec moi, et l'état de
mes yeux, presque aussi pénibles à regarder qu'ils l'étaient
pour moi-même, lui donna une colère telle qu'il m'enjoignit,
le cas échéant, de relever les glaces de la voiture, quoi qu'il
pût arriver d'une pareille désobéissance. Ma place, eut-il la
bonté de me dire, ne comptait pas, mise en balance avec ma
santé. Ces paroles me touchèrent vivement, et m'ont depuis
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LE JOURNAL DE MISS BDRITET. 101
lors donné un courage dont j'ai eu plus d'une fois besoin.
» Le mardi, je dus foire grande toilette et paraître à la ré-
ception comme si de rien n'était.
»Le lendemain, quand nous nous rassemblAmes pour re--
toarner à Windsor, M. de Luc et miss Planta semblèrent
consternés à la vue de mes pauvres yeux. Le premier jeta
sur ma coadjutrice un regard très-significatif et auquel il pré-
tendait bien donner toute sa râleur; la seconde, sans se tra-
hir aussi complètement, trouva moyen de me dire tout bas,
en descendant l'escalier, à quel point elle était choquée par
nn aussi inconvenant abus de pouvoir. Je ne sais quelle occu-
pation de Mrs. Schwellenberg retarda le départ; et comme je
remontais dans ma chambre, la vieille Miller, notre soubrette
en chef, vint me trouver, tenant à la main une petite bassine
en fer-blanc, fort propre : « Madame , me dit cette fille, voici
une espèce de cérat, fait avec du lait et du beurre, que j'ai
préparé pour vos yeux. C'est le même dont se servait Mrs. Hag-
gerdorn, que vous remplacez , lorsqu'elle voyageait l'hiver
arec Mrs. Schwellenberg... Elle ajouta que la pauvre femme,
à force d'inflammations réitérées, résultant des coups d'air
qu'elle gagnait en voiture, avait failli perdre la vue. Ce sou-
venir était d'autant plus consolant pour moi que, selon la
bonne Miller, «je prenais tout à fait le même chemin. »
» SoiK;es entrefaites, miss Planta vint, toute joyeuse, m'an-
ooncer que, selon toute apparence, nous voyagerions cette
fois sans notre aimable compagne. Elle me quittait à peine
lorsque Mrs. Stainforth accourut éplorée : a Pour l'amouK de
Dieu, criait-elle, ne la laissez pas icil Chère miss Burney, je
vous en supplie, emmenez-la l» Il s'agissait toujours de la
même personne, et je ne pus m'empêcher de rire à ce double
âan de deux intérêts complètement opposés.
» Bientôt, cependant, nous nous réunîmes derechef pour
molater en voiture. A peine installés, M. de Luc, mon vis^-vis,
ferma hermétiquement la portière de notre côté, m Baissez
cette glace, » lui dit-on aussitôt. Il feignit de n'avoir pas en-
tendu, et commença je ne sais quel propos. L'ordre fut réitéré.
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102 U JOUEVAL mt MU» BIIHfKI.
eMe foift, avec colère. H me regtuda d'un tir de compassmiy
haussa les épaules et hasarda u» : « Maia« madameu. — Ou-
vrez, monsieur de Luc, quaaéje vom 1b dia.... Je veux 91e
eda Mate ouirerê; ti voaa êtes. feUeu^ tant faa pour veaa»
— Il ne s'agit pas de moi, madame; c'eat mias Baraejr...
.— Tant pis pour misa Buirnay ; elle paît bien, seuifrir le
mèneaiv que noi, je pease. Baîasea^ nonsienr de Lue,., «a
je fiûs acrèier îsmoédiateaMiié. Cecî eat nm voituee^ et j'eai-
ftendahieB eBdîepoeer «BtiÀreiaeot Jeenîe Utme d-y.adMettie
qui beAflae* seuibleL.. et d'y rifar seule, si^ veiuL.
)> Effirayée pour H. de Lue» et surleuA efrayée de iM^ du»
Tuir à son oUtgeanoe, j/mterviu» aiava en le priaut de baisaer
les giaces. Um'ofoéit à regret^ et je iue rejetai ^laua le fi^ud
du carrosse, eu relevant mon manchon jusque sur mes yeui.
J'étais charmée d'avoir le prétexte du froid pour aie priver
de l'horrifale aspect qu'effirait la physionomie de Mes. Sebwel-
lenberg, bouleversée par la colère. Miss Planta essaya seule
de dire quelques mots : pour eaoi, qu'on traitait avec si peu
d'égards, je ne me crus pas le moins du monde obligée à me
mettre en frais d'amabilités, d'smtant que nulle excuse plus ou
moins polie , nulle expression de regret ne m'était adressée.
M. de Luc était trop irrité pour se servir en cette occasion ée
sa méthode ordinaire, qui con^ste à tout déguiser sous le
lot d'un bavardage continuel ; et comme c'était la^urenûère
fins qu'il s'aventurait à montrer ouvertement sa mauvaise hu-
meur, je me sentis fort reconnaissante , je l'avoue, du bon
sentiment qui le jetait ainsi hors de ses habitudes. Il aSae4a
nne diatraetion, et releva le» earreaux. Une voix forieuse lui
enjoignit derechef de tout laisser ouvert. <( Mon Uteu, s'écria-
t-il sana réf»ndre direetemeuit, toutes- les fleurs de Mca. 4e
Luc vont être tuées par cette ^lée I h Le Aroid était en eibt
Irès-vif. Il meprofMsa ensuite de chaucper de place aveu miss
JMantay qm était assise en face de Mrs. SchweUeuberg, etpur
tonséquent du côté le mein» exposé à l'air : « Oui, s'écria
l'aimaUeMeeklembourgeoise^ miss Burney peut prendre eetle
place,, elle le devrait même. » Je r^iquai en fort peu de naols
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LK IMBITAC DB MISS BUBUBT. 103
ffifit m'était mpoeriMe, sans beaucoup souffrir, de voyager
à reculons : « Ohl ne vous gênez pas, ne dit Mrs. Schwel-
Inberg, si cela vo» eostrarie. Mais vous vous y habitueriez
UcD vile, Mtm. La pawFre Haggevdom s'y est bien faite... Et
qiaid, s'il vens platt?... Lorsqu'elle a vu <iue ses yeux n'y
ÉfOMst plus et finissaient par swgner. »
» C'en éÉnit aussi un peu trop.
» Fort bien , m'écriai-je; je me tiens ponr avertie de ee
qfûm'altend.
» Après qocri ye n'owrts plus la bouche. Durant tout le
feste en voyage , jie repassais en moi-même les paroles de
mon pèffs et la permission qull m'avait donnée de résister oo-
weeîettÈenk k des exigences si tyranniques. Vingt fois je me vis
snr le point de suivre à cet égard ses intentions formefls-
ment exprimées. Pourlaart, hélas t je dus réfléchir aussi au
désappointement que lui canseraR la perte de mon emploi,
tt Bsa chagrin que je ressentirais moi-même si je donnais ma
déonssion après une querelle dont l'origine serait si aisément
dénaturée. Ges-réfiexions m'empêchèrent de risquer une dé-
marche à laqudle me poussait tant d'arrogance et de brûlai
égoîsme. Je les repassai longtemps dans mon esprit, et leur
influence fut tdie qu'arrivée à Windsor. . . j'acceptai sUencisu-
•ement un gàieau que Mrs. Sehwdlenberg eut tout à coup la
Imlaisie dis m'offrir... »
Maintenant, si Ton d^ge de tous les artifices de narra-
lion le fait pur et simple qu'il déguise d'une manière si mal-
vettlante, nous trouverons que Mrs. Schwellenberg, beau-
coup plus âgée que missBuroey, fort mal portante, au-dessus
d'elle par ses attributions, et habituée à regarder comme sien
un carrosse dont elle disposait depuis longues années , d^
aim, ce qui était assez naturel, qu'une des glaces demeurât
baissée ; -^quei miss Burney , dont les yeux étaient malades, s'^ n
trouva incommodée ; — ^^qu'on lui offrit une place où elle eût été
à l'abri du froid, — et qu'elle refusa ce moyen de concilier
toute chose , soit par le motif un peu trivial qu'elle nous fait
connaître, soit parce qu'une place de devant lui paraissait
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lO/'l' LE JOURNAL DE MISS BURNEY.
incompatible avec sa dignité. Tout cela valait-il un réquisi-
toire de cette force ?
Nous en dirons autant de Tindignation manifestée, en plus
d'une page du Journal^ contre un gentleman de la cour, dési-
gné par miss Burney sous le nom de M. Turbulent. Cette épi-
thète, dans le goût du. Magasin des Enfants^ cache un nom que
nous pouvons sans scrupule livrer à nos lecteurs, celui du
Rév. Charles GifFardier S lecteur français de la reine et des
princesses, très-avant dans la confiance et Tamitié de ces au-
gustes personnes. La position que miss Burney se fit vis^à-via
de lui frisait de près le ridicule ; elle prenait au sérieux de
prétendus transports auxquels, selon toute apparence, il ne
se livrait qu'en riant. Mais il ne tiendrait qu'à nous de croire
que cet ecclésiastique, investi de la confiance royale, marié
d'ailleurs et père de plusieurs enfants, oubliait les conve-
nances de son état et de sa position particulière au point de
témoigner à miss Fanny l'amour le plus désordonné. Elle, ce-
pendant, se représente comme tellement surprise par la tur—
bulence, le langage enthousiaste et les façons cavalières de ce
nouvel adorateur, qu'elle ne trouvait pas le courage de se
soustraire à ses importunités. Nous remarquerons néanmoins
que, placés comme ils Tétaient Tun et l'autre, il suffisait d'an
regard ou d'une parole sévères pour rappeler à eux-mêmes
tous les turbulents de la terre. En ceci miss Burney nous pa-
rait donc avoir cédé au besoin qui la poursuit de se repré-
senter comme l'objet d'une adoration universelle. Nous la
retrouvons telle que nous l'avons vue à l'égard de M. Crutch-
ley et de quelques autres : elle ne s'embarrasse pas de plu-
sieurs contradictions, plusieurs inexactitudes bien évidentes,
pourvu que son rôle d'héroïne s'arrange au gré de ses désirs.
Au fait et au prendre, toutes les démonstrations de M. Tur-
bulent se bornaient à quelques formules plaisantes, risquées
(1) C'est tîDsi qu'on rappelait le plus ordinairement, mais, corrcciemenl
écrit, son nom éUit, à ce que nous croyons, de Guiffardière, ihanoint
prébeiidier à Salisbury ; il était de plus vicaire de Newingion et recteur
de Berkhampstead.
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LE JOURNAL DE HISS BURNEV. 105
sans aucun doute pour amuser le tapis, et dont Taccueil sé-
rieux de miss Burney devait feire d'assez bonnes charges. Il
est âcheux que nous ne puissions pas entrer dans les détails
de cette passion pour rire , et feire ressortir dans chaque
scène le r61e bizarre des deux interlocuteurs ; mais le style
àïJ(mrnal a Ténorme inconvénient d'échapper à l'extrait par
sa diffusion, et à l'analyse par son obscurité.
Voici bien assez de critique comme cela. Quoi qu'on
en puisse penser, le blâme n'est pas sans amertume pour
celairlà même qui se voit contraint à l'infliger. Maintenant
que nous avons fait ressortir les vices essentiels de l'ouvrage
qui passe sons nos yeux, nous reconnaîtrons volontiers qu'au
milieu d'une masse de détails puérils, de circonstances sans
intérêt, d'anecdotes sans valeur, ce livre, curieux monument
d'égoîsme et d'amour-propre féminins , renferme çà et là
quelques pages dignes d'être conservées , quelques épisodes
dont l'histoire ou le roman peuvent s'emparer. Comme trait
de mœurs, nous citerions volontiers les preuves multipliées
de l'assujettissement où l'étrange mode des coiffures poudrées
tenait nos respectables grand'mères. On se fait difficilement
une idée aujourd'hui de l'importance qu'avait alors le coif-
feur ; mais comment la révoquer en doute , quand on trouve
consignés dans les mémoires du temps des détails comme
ceux qu'on va lire?
La première occasion où miss Burney se trouva chargée du
service en premier auprès de la reine fut une visite que Sa
Majesté rendit dans l'été de 1786 à Nuneham-Courteney , le
château de lord Harcourt, d'où elle gagna Oxford. Nous ne
parlerons pas des petits chagrins de miss Burney, qui jugeait
très-insuffisantes les marques d'attention dont l'honorèrent
les nobles hôtes de la reine ; mais en voici de plus généraux
et qui marquent merveilleusement la date du récit :
« Mon plus grand embarras fut ensuite d'avoir un coiffeur.
Nunehamestà trois ou quatre milles d'Oxford, et j'étais sans
femme de chambre pour m'aider, sans laquais pour envoyer
chercher l'indispensable artisan. Il me fallut avoir recours à
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1D6 LE lOURNAL DE HISS BUBUBT.
Mi»« Tbielky, qui se chargea d'obtenir d'un Taletde la rei«e
qu'il mtt cherchèi un messager, pu* reaireiiHse duquel je pus
demander un coiffeur pour le lendeaniia à six heure» da
nutiu... n
13 oetU. ^-> « A six keures, en effets j'eus le bouhevr de ym
arriver mon homme : il s'escrima deux heures durant, et sa
tâche n'était cependant pas finie, lorsque Svarthy,lecoMiNir
de la reine , vint frafiper à ma porte pour m'avertir que Sa
Majesté, complètement apprêtée, me mandait auprès d'elle.
Je me hâtai donc autant que cela me fut possible , et dans
mon empressement je descendis sans bonneL La reine sourit
eh me voyant arriver dans cet attirail incomplet, et me dit
que le lendemain je n'aurais pas à me mettre en peine d'un
eoîSeur, que l'aide de Swarthy s^ait à mes ordres dès qu'il
en aurait fini avec les princesses : a.Yous l'auriez eu dès a»-
» jourd'hui, ajoutart-elle , si j'avais su que vous aviez besoin
» de lui. D
a Quand Sa Majesté fut habillée de tous points, à l'excep-
tion du chapeau, elle envoya chercher les trois princesses;
le roi vint aussi peu après, le me sentais assez ridicule dans
mon accoutrement négligé, rassurée seulement par cette cir-
constance que la reine et ses hlles restent voloniiefs en
cheveux» encore que personne n'ose paraître ainsi devant
elles.
» Lorsque le chapeau fui posé : « Maintenant, miss Bumey,
p dit la reine, je ne vous retiens plus; vouis pouvez remonter
» et finir votre toilette. y> Vol. III, pag. 89-90.
On conviendra que le caractère aimable de la raine se fait
j^ur d'une manière charmante dans ces menus încidentf :
nous voyxMfis en (41e une de ces femmes douces et seneées,
acquises à tous leurs devoirs, indulgentes sans fiiiblesse, pru-
dentes sans peliiesae d'esprit, bienveillantes et dignes toul à
la fins» qui font l'honneur die leur sexe et le bonheur de leurs
familles. Miss B^rney, d^ reste ». lui rend amplement justice
dans les passages suivants :
if, La reine est constamment douce et gra^eieuee ponv sm :
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ES immsAL BB M1S6 «mrsT. MV
jtfMK rfle ne m lêkm apercevoir que moa serrîoe, maiaft*-
Itenat ipie je snb seob , Im laisae le moins dn moaib
è éèaîret. Nos rapports en sont devenus phu. fréquents ^
fias înlines , et j'adaMre plus que jamais la honlé de soa
conr et Vétcnéam de son inteUigence. Je m'attendais, à
#a«ver en elle- un grand bon sens, ne povrant attribuer qu'i
cda b «oadnite iMÎoiirB i l'abri d» bUùne qu'elle lient sons
k9 yen d^nne nniltîtiide attentive ; nais je n'tmaipnais pm
qnn, tenjnors cnnfinée dans f enceinte des cours., elle eût pn
jmnAtk ta eennaissance du monde et du cœur hnmain^ ifd
ne révèle dans cliaeun de ses actes , dans chacune de se» par
«oie». VÂatenant je rends justice à l'admirable sagacité qm
kii a peramde snppl^or les leçons de l'expérienoe. Durant Le
ne» qni vient de s'éeoéler j'ai passé beauconp d'heures senle
arvec elle, je ne l'ai jamais quittée sans «n sentiment nouvean
d'admiration pour ses hautes facultés.
» Ce qne j'observe en elle avec le plus de plaisir est précê^
sèment sa manière d'entendre les soins à l'occasion desquels
je me trouve ainsi rapprochée de sa personne : tout ce qui
lui échappe dans nos tête-à-téte au sujet de ce qui nous ocf-
cupe est à la foie» édifiant et aimable. Convaincue que sa po-
sition élevée ne l«i permet pas de négliger sa parure , elle
apporte la plus grande attention au choix des vêtements
qn'elle porte dans les occasions d'apparat. Néanmoins c'eat
U on souci qu'elle se donne ou qu'elle accepte sans mur-
murer; amis au fond elle a parfaitement la conscience de œ
qa'il 7 a de futile dans cet éclat purement extérieur, et lorsr
fne le moment dm sacrifice est passé, elle ne peut s'empêcher
d'eiprimer tout le plaisir qu'elle éprouve à quitter ses magnir
i<pM» atours (1). y>
Elle trace ailleurs ee tableau toncbant et caractéristi^iM^ :
Dùnmmckê 6 août, -* a L'intérieur de la famille royale offre
nn apeetaole si exenq^laire , que je ne puis m'ea^pécber d0
temps i antre de le laisser entrevoir ji ma chère Suaanne. €e
(I) Tom. ni, p. 169 et 170,
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108 LE JOURNAL DE MISS BURNEY
matiUy avant le service divin, miss Planta est venue me deman-
der de la part de la reine le tabac que je suis chargée de mé-
langer suivant songoût : après Tavoir préparé, je Taiportédans
le cabinet de toilette de Sa Majesté, comme cela m'avait
été prescrit. J'ai tourné la clef dans la serrure, — car c'est ainsi
et non pas en frappant à la porte qu'il est d'usage de deman-
der si l'on peut ouvrir; — la reine elle-même m'a dit d'entrer.
Je l'ai trouvée lisant tout haut quelques passages d'un ou-
vrage de piété, je n'ai pu savoir lequel , à ses trois filles
aînées. Miss Planta était debout derrière elles. Sa Majesté,
sans s'interrompre lorsque j'entrai» m'indiqua seulement par
un signe une boite qui était sur la table, et dans laquelle je
devais mettre le tabac. Je n'eus garde de me dépêcher, car je
trouvais un grand charme à cette lecture maternelle, dont
elle faisait ressortir les leçons plus particulièrement applica-
bles aux filles du monarque par les nuances variées d'une
accentuation toujours expressive. Elle lit trè«-bien,^ avec
beaucoup de force, de clarté, de discernement (1). »
A la date du ^i* décembre, nous trouvons consigné un sou-
venir non moins précieux :
« Lorsque je me suis rendue chez la reine au sortir de la
chapelle, elle m'a retenue auprès d'elle toute la matinée, me
parlant avec plus d'abandon et de confiance qu'elle ne m'en
avait encore témoigné. Le principal sujet de notre entretien
a été lady C, cette pauvre femme si fragile et si malheureuse.
La reine l'a connue de tous temps et s'intéressait particuliè-
rement à elle; elle l'avait fréquemment admise dans son in-
timité et s'était appliquée à lui montrer toujours une estime
qui la relevât à ses propres yeux. Jugez du triste désappoin-
tement , disons mieux , de la vive peine que lui a causée sa
chute I Sa Majesté m'a parlé longuement de tout ce qui s'é-
tait passé, me peignant le caractère de lady C, dont elle m'a
fait connaître aussi l'histoire dans tous ses détails. A la fin,
en me racontant sa ruine totale, et toutes les horreurs d*une
(1) Tome III, p. 97.
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LE JOURNAL DE MISS BURNET. 109
dégradation aujourd'hui complète, elle n'a pu retenir d'abon-
dantes larmes qui Tont forcée longtemps de tenir son mou-
choir sur ses yeux. » Tome III, pag. 2S0-351.
Noos allons voir avec quel bon sens la reine aida miss
Burney à se tirer d'une position assez délicate. Il faut savoir
d'abord que quelques amis communs à miss Burney et à ma*
dame de Genlis , plus ofificieui que prudents , avaient voulu
établir entre ces dames une correspondance régulière. Mrs. Do-
bny entrevit du premier coup d'œil ce que des rapports si
iotimes avec une personne placée comme l'était madame de
Genlis pouvaient avoir de dangers pour sa protégée. Ce fut
par ses conseils cpie miss Burney résolut de demander con-
seil à sa maîtresse.
« Une occasion s'offrit dès le jour suivant, continue l'auteur
in Journal, car la reine m'appela de nouveau dans son salon,
et là elle me traita avec tant de grâce et de douceur que je
me hasardai à lui parler de madame de Genlis.
D Ce fut en hésitant beaucoup et en m'y prenant à plusieurs
fois que je Jui fis part des instances de cette dame ; j'ajoutai
que je l'admirais de tout mon cœur, et pour son talent et
poar le bien que j'avais entendu dire d'elle ; que cependant,
ne la connaissant par moi-même que très-superficiellement,
je souhaitais à peine d'établir entre nous des rapports que
j'avais jusqu'alors soigneusement évités toutes les fois que
mon aftction ne m'y engageait pas expressément. — Je sens,
ajoQtai-je, qu'une telle demande est un honneur venant d'une
femme comme madame de Genlis, et que je ne puis la décliner
par un simple motif de répugnance ; d'un autre côté , je la
sais entourée d'ennemis puissants que l'on dit provoqués par
ses attaques. J'ignore donc si je n'aurais point tort de me
lier avec elle plus étroitement avant d'être en état de répondre
victorieusement aux imputations sans doute calomnieuses
dont elle est l'objet. J'ai donc ajourné jusqu'à présent toute
démarche décisive; mais aujourd'hui un de. ses amis renou-
velle en son nom les demandes déjà faites, et soit que je lui
remette une lettre, soit qn'il^s'en retourne les mains vides, je
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UO LE lOUHNAI. BB «US WKmXEt.
neikroweraî «?oir pns mi psitidèfisitif. C'est là oeifiiicaMe
non embarras actuel.
» La reine m'arak écoalée av€€ faiflns gmide^tteafeioa.
•*-Lin a^e^-roitt écrk ? «e di^*dite; et qaand j'ea» rt-
ponéH que nan :
— Eli bienl repriÉ £a Majesté , je mas dirai done met
bcBMrcovp de franobise'qae je croîs flueu de ne pas mgagcar
de câofespottdaMe. Si k prenrier pas était Mi, 41 Uiawlcait
lïOBtiDoer , àsneÎBs de raiscms positives ; rams il n*7« pafi.d'iii'
ockiw<éBient, n'ayant pas écrit, i rester eu yens en ^s. Pour
M pas oiienser madame de Genlis, vous pourrez pvétexter de
nombFenses frocupations, et rimpossibilité absoitiie de dûnner
à votre correspondance le temps qu'elle demanderait.
» Je la remerciai de œ ceaseil si franchemeat'denné,enli]i
exprimant cood)ien j'étais sensible à l'honneor de IVivoîr re^
d'elle, aussi bien qu'à la bonté qui me donnait les moyens dfe
me justifier auprès de madame defienlis.
D La reine s'expliqua très-ouvertement à cette occasion sur
le compte de cette personne remarquable : die l'ailmiTait
ooniBie je l'admirais moi-même, mais die avait entendu cir-
Cttier tant de £àcheux rs^orts -contre elle, qn'dle jugent ini-
pmdent et peut-être téméraire d'«iitrer en relatieii avec nue
personne si compromise. Aussi ne hii avait-^lle accordé une
audience qu'après y avoir été ponr ainsi dire forcée par les
instances peu mesurées d'une des amies que madame de Ga^
hs s'est faites ici. Mais fat reine regrettait évidemment d*aveâr
eédé, et, si je ne me trompe , la soDiciieBse indiscrète aora
d'un seul conp épuisé son crédit. Après ces eqilicalîiam ,
qu'elle daigna me donner sans :aacune réserve, la reine chan-
gea de conversation, et ce sujet n'est pfais revenu dms nos
entretiens. Seulement il m'a étéâicile devoir qu'elle «^ra<»-
vait ma démarche auprès d'elle. » Tome lU, pag. Iâ7-i29.
Pour aujourd'hui nons bornerons là nos extraits. Bons ré-
servant de revenir une autre fois avec miss Bnmey dans le
séjour royal où il loi a été donné de \ivre. Kons kû devrons
d'assister jour par jour à ces dernières années du règne de
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i^ jmmMJo. VE sias BumircT. Itl
Geof^eB HI, oè œ priaee, conme un autre roi Lear, pTOme-
nrit dans le palais de ses pères uM TÎeiltesse privée de raison.
Cest 1i un tableau yraiment original qui se détache en relief
dans les longs récits vides et verbeux que nous criGquons
aujoard'bui. Nos lecteurs jugeront sans doute comme nous
qu'il mérite on cadre à pari (1).
(Qmarterly Revim.)
{i\ Non 00 nA^McnOÊ. La sNoarlioa ée min Bomey écm sa pfae» à
Utoor • éùéja^ avec pli» dladalgwwe parle Waekwaôd Edinburfjfh
Séoffmaim, i(w €Bi eapendtni atiwi «n Mtganne ulira-lory. « L« iroigiAujg
viliuoe ëtt/éurvial neuf donna, dit4l, on «abieau avisi aiaet ^foe po»-
iiUe 4e UM ee ^foe le aïonde -eii curleai de eoDBrftiv et ifoi partit 6lre
(m da wiw mooêr été) la plat enmifesse "ikt da monde, fia 17M eam-
neafa pour miaa Bumey eelte eapéee de aenriee qa'elle déclaiv bieviOt.
mut MrritDde. Onaineraoït aoa josrnal mofrtre fout un jour aimaMe le
ni, la raine €l leon ênfanla? elle était traitée avec beaneoiip de honfltf
lareene royale famiUe, dont fl «emble qne la vie domeeilqne fat naèle»
pwe et affeetuenae. Mais la nature de eette vie de eour ne ponvait ènv
affiaocfaie de aet Inconvénienu par le eaneière excepUemiel des perMaiMi
rayales. Sans émmu un mitre ft vmt natirBsae aérères enraient ajouié
beaacovp d'aHertanae à la altuafflon de mlia Buraey ; cependant la mo-
Doiane de cet Islériewr, um ^kiœite TONratleuBe, la pour de trop idlm
onde M pas dire aaMK, et fonvent la peur de dire n'inporfe ifuoi... eaao
inccaiante oanniilanoe de eol*iwlne, «n on rmH, n'eat^ce paf là me dépen-
danaeaaaii toiace^iiie l'iUMiglnailon peut ae la figurer? et néanmoina oeate
oiinie dépendance semble une néoasaltédam lea rapporta dn aouverain «t
deaamaiaon. La pveniére lonetion «fflMelle de cette jevne fénamm»^
tmty qai «van étéboMWée^ela fafeurvoyale à came de aa qnalhé d'nu*
tanr, f«i de préparer le tabae de la reine et de tenir aa tabatière ton»
jonra pleinei f Isrent «nflolu Ma» lea embarras de la toilcftte de Sa
Hajcaté^. aiaBaUaa «nibarraa,'en vérité, poar nne femme de taftent, fêlée
et flattée dam le «onde , et n'étant pas accoutumée i vivre du travail
de $ti mains... Une leHe vie, continne le fflacXnrood aprèa une citation,
aaraitsalB pour bébéter une ème raiaemiable et lui faire envier les tra-
raax les plus obaenra. « KveliBai» en eut Acilement le dégoût, et elle se
compare à nne pauvre fille qui vient de faire un mariage de convenance
poor obéir à aeafMaealB* Mais la famille royale n'était pas plus heureoae.
Geergea 111 fat«n dea plue ealimablea bonmiea de son temps; il n^étalt
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112 LE JOURNAL DE MISS BURNET.
pas sans intelligence, et même il aimait la partie pratique des sciences,
mais le récit de ses ressources de société à Windsor est tout i fait
désolant. Pour passer ses soirées il était réduit, comme expédient
principal, à faire une suite de visites a une vieille et infirme mais très*
monarchique dame, a une Mrs. Belany, qui résidait à Windsor, et à qui sa
douceur ei son ton perpétuellement plaintif (ayant toujours quelque nou-
veau sujet de lamentations) concilièrent la sympathie de la famille royale.
Mrs. Delany était une Niobé parfaite; rien d'insupportable comme soo
éternelle mélancolie, sa fatigante résignation, fon infatigable adoration
de Leurs Majestés et de tout ce qui avait touché Leurs M«ijestés. Eh bien ,
c'était chez elle que le roi faisait ses visites du soir, c'était là que la reine
suivait le roi et que les princesses suivaient la reine. Tous allaient là pous-
sés par la sympathie et l'ennui; cependant, dons cette petite chambre,
qui se remplissait des intimes de la cour, personne n'eût osé s'asseoir
tant que Leurs Majestés étaient présentes, car c'était l'étiquette. Les prin-
cesses ne parlaient jamais à leuc père ou à lt*ur mère avant d'être interrogées:
c'était aussi l'étiquette. Tous les êtres humains étaient obligés, en ce temps
des robes à queue et des souliers à hauts talons, d'apprendre l'art de
marcher à reculons et de faire leur retraite sans voir où cette manœuvre
rétrograde les conduisait : c'était aussi l'étiquette. On ne peut douter
que tout cela ne fût aussi ennuyeux pour le roi et la reine que désa-
gréable pour les sentiments et dangereux pour les membres des fidèles
aujets-écrevisses de Leurs Majestés. La pauvre petite Bumey s'en plaint
de toutes les façons, tantôt burlesquement, tantôt sérieasement ; mais Ja
formalité d'une pareille vie contrastait trop avec sa liberté précédente
pour ne pas la tuer à moitié. Enfin elle se lamente sur le ton d'une nonne
prisonnière entre quatre murailles, espérant qu'elle s'y fera, mais disant
qu'elle est résolue à subir sa destinée plutût que de contrarier les vues de
son père. En un mot, ses sentiments sont dignes d'un trappiste qui creuse
lui-même son tombeau. Il faut espérer que tout cela est changé depuis
longtemps : en tout cas, ces volumes sont un avertissement utile pour les
ambitieuses jeunes ladies qui se sont donné ou qui se donneront encore tant
de mal pour parvenir à se rendre très-malbeureuses : celles que l'ambi-
tion ne tourmente pas encore y trouveront de justes motifs de se féliciter
d'avoir préféré à la vie brillante des cours cette vie comfortable et libre
qui ne voit des grandeurs que ce qu'en disent les gaxettcs. »
Il y a ici peut-être une discrète allusion aux dames d'honneur de la
reine Vittoria et même à l'infortunée lady Flora Hastings.
Le Blackwood Magazine s'étonne aussi de la puérilité d*une époque
qui avait cependant produit « Gbatham et le fils de Chathtm plus grand
que son père (Pitt;, Holiand et le fils de HoUand pins grand aussi que
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LE JOURNAL DE MISS BURNEY. 113
MO père (Fox), Burke sans rival, et Johnson dont l'originalité humorii^
KfiM est restée originale après tant d'années, Johnson dont la vigoureiMO
iatelligeace a rendu tous les paradoxes plausibles et toutes ses opi-
nions plus sérieuses proferbiales... L'époque de ces graves talents était
60 même temps une époque d'oisiveté systématique et régulière C'était
l'usage, la mode, d'aller à Bath et aux autres villes d'eaux thermales ;
pois, on revenait à Londres se régaler des caquets de la saison dés
eiox et projeter de nouvelles absurdités pour la saison prochaine. La vie
des hautes classes tournait ainsi dans un même cercle. D'insipides réu-
nions appelées eonvenazziones, les présentations k la cour, auxquelles on
te préparait, tout le mois d'ayant, par des visites chez sa marchande de
■odes etqni pendant tout le mois après fournissaient d'amples provisions
de médisance, enfin un échange de lettres sur des riens : telles étaient les
resftonrcesdu monde fashionable et de ce monde inférieur qui calque fidô-
lement les folies de l'autre ; telles étaient les ressources de nos aïeux et de
nos aïeules pour se débarrasser du travail de penser, pour tuer le temps et
rapporter l'ennui de la vie jusqu'au jour oii arrivant la goutte pour les
gentfemen, la paralysie pour les iadt'e«,ils laissaient leurs équipages, leurs
fauteuils et leurs maladies à une autre génération de Philandres et de
Phillis, de lord Butterflys et de lady Bettys. »
Le second article à propos du Journal de M"*« d'Àrblay sera un extrait
du quatrième volume. Quelques mots de biographie sur l'auteur noua
semblent un supplément nécessaire À celui-ci.
Mtsi Bumey remplit pendant cinq années sa place auprès de la reine,
in bout de ce temps, sa santé la força d'y renoncer. Ce fut bientôt après
qu'elle connut M. Alexandre Piochard d'Arblay, émigré français, dont
quelques-uns font un comte, et qui avait servi avant la révolution dans
le corps de l'artillerie. La liaison du gentilhomme français et de l'ex-fille
d'honneur devint peu k peu très-intime et se termina en 1793 par leur
mariage. Cet événement fit de M"* d'Arblay un avocat des réfugiés que
l'époque de la Terreur avait jetés avec son mari sur le sol de l'Angle-
terre, et elle publia une brochure à leur profit sous ce titre : Bé flexions
relatives au clergé émigré de France. En 1795 elle se souvint que Sheridan
et d'autres notabilités littéraires lui avaient prédit un grand sucrés si
elle voulait travailler pour le théâtre, et elle fit représenter à Drury-lane
sa tragédie à'Edwy et Mlgytha, sujet qui vient d'inspirer un nouveau
poème dramatique à M.' H. Taylor. Malheureusement les prédictions de
Sheridan ne se réalisèrent pès : la tragédie de M"* d'Arblay fut très-mal
reçue du public.
5* SÉRIE. — TOHE XI. 8
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llfc LE^^JODHNi^ DB.MIfift'MBKBi^
Cette. ehoM na lui enlem pai M^rémitfttioQ liuénin: eonme miei^
der, et en 17^# ayant annoncé, un tioiiième. to»«d, CamiUor eUe
léalisauneaouaciipUonde trois miU6.guinte (7MÛ0€r.)« Il j »vait.Ui«
de ce chiffre à celui dea vingt guinéei que lui «Tait. TaluJEtiaJiiia,JOD fpar
mieT' ouTiage» bien niyérieiv au. troisième. M"** dlArliiaj. adwlaevee
cette somme une.v<2ta qu'elle appela. U.Coitaçfi^dê'CamUUifM oà elle
Técut conjugalement jusqu'en IflOX ▲ cette époque U paii d'AmâBM
pennit à son mari de là conduire en. France», oà M. d'Ashlej fut bien
accueilli, de Napoléon. Les* deux, épyoux ne retoucnisent ea AngleMm
qu'après 1812. M. d'ArbUj y mourut en 181&.M"* d'ArbUx« vécu josr
q^'en 1810; elle avait à sa. mort (puLtre-ving^buitans. Depuis 1818 elle
avait publié, encore. l'ITomme mrranif romam qui. lui. fut acheté qnîaie
cents guinéesi et les if ^moires de.soa pére^£lie.a;rait.pcBdtt.ea.l8>i7
son-fils» qui était dans-les ordres.-
Des deux fitéres de> M»* d'Arblay^I'aUé devint r«mifal Janes Biuraif..
le second» le. docteur Charles Bumey, éuét.ua SATaiU.heUénisU.
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€|itaoàrft ifift sfmnsi ht k })imndiilt.
TROIS CBAPITRES DE LA VIE DE MARTIN DIEZ*
SlWrOJmi L'SMPfiClNADO (1).
SL
V49B EBI WBMBOfk
Ail oommencement de la guerre de 1792 entre TEspaçne et
hr^nblique française, un jeune homme de dix-sept à dix-huit
tt» s'enrAla dam le régiment d'El Rey, cavalerie. Dès la pre?
mièrea£EBiire où il se trouva, il se fit remarquer par sa bravoure,,
etbientôl le général Ricardo» en fit son dragon d'ordonnance.
C'était bien mal connaître l'humeur du jeune volontaire,^
qû ne tarda pas à regretter l'animation de la mêlée, lorsqu'il
est bit quelques excurnons moins périlleuses à la suite de
son général. H y avait en lui un instinct d'indépendance qui
le dégoAta même tout à fiiit de la discq)line de l'armée régu^
liére, et à la première occasion il se fit autorisera aller lever
une espèee de gumlla ou corps de partisans, sur les bords
du Buero* Sa troupe était déjà organisée et avait rendu quel-
ques aervioes quand la paix fiit signée. Juan Martin Diez,
c^élaitle nom du jeune Espagnol, connu aussi sous le sobrir
qoei de l'Empecinado, se retira dans son village natal, à
GhstriUade Duero, dans la province de Valladolid.
Ce fiil là qu'il demeura jusqu'à la guerre de 1807, oubliant
(1) ¥^ U JlMm.flHlsna<fiir,iwi.i841,»' série, iome n, p. llfi.
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116* TROIS CHAPITRES
de son mieux ses goûts militaires, tranquille cultivateur, et
content de peu, comme tous les Espagnols. II était surtout
habile à tailler la vigne. Notre vigneron gagna bientôt de
quoi avoir un âne avec lequel, Thiver venu, il allait dans les
bois faire des fagots pour les vendre dans quelque ville voi-
sine. Il se rendait ainsi un jour à Aranda de Duero, lorsqu'il
fut rencontré par des ofBciers de justice ou alguazils, qui
avisèrent que la charge de Tàne consistait surtout en racines
d'arbres, ce qui, d'après les lois forestières de la Castille,
mettait Martin Diez en état de délit et de contrebande. On
l'arrêta lui et son âne pour les conduire en prison. Martin
Diez n'avait pas d'armes et il ne songea pas à résister, quoi-
qu'il eût pu encore le faire, vu sa^vigueur, dont on jugera par
ce qui va suivre.
£n dehors d' Aranda, au faubourg d'Endeduero, il existait
à cette époque une sorte d'écurie sans toiture appartenant à
la municipalité , et dans laquelle c'était l'usage de déposer
provisoirement toutes les bétes de somme qu'on surprenait
chargées de quelques marchandises ou denrées de contre-
bande. Ce fut dans cette fourrière qu'on fit entrer et qu'on
enferma l'Empecinado, avec Tàne et le bois confisqué, pour y
demeurer jusqu'au lendemain matin. Il semblait impossible
qu'un homme pût s'échapper d'une pareille prison, car au
midi, au levant et au couchant elle était entourée d'une forte
muraille de quatorze pieds de haut, et au nord coulait le
Duero, rivière qui, à cette saison de l'année, ne pouvait être
traversée ni à gué ni à la nage, tant elle était profonde, large
et rapfde. Il n'y avait d'entrée et d'issue que par une porte
massive bien verrouillée et fermée par une énorme serrure.
L'Empecinado, seul avec son baudet, eut tout le temps de se
dire que le lendemain il serait condamné à perdre son bois,
sa bète et par-dessus le marché sa liberté pendant quinze
jours au moins. Il regretta d'abord de n'avoir pas eu plus de
confiance en lui-même sur le chemin, mais il finit par s'en-
courager à tenter au moins quelque moyen d'évasion. On lui
avait laissé son couteau ; |il s'en servit pour pratiquer de
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DE LA VIE PS MARTIN DIEZ. 117
grandes excavations dans la muraille , espèce d'escalier im-
provisé qui lui permit de grimper jusqu'au faite. Là il ne lui
restait plus qu*à sauter, et il allait le faire, lorsqu'un remords
lui prit... Laissera-t-il en captivité son compagnon d'infor-
tane? La pauvre béte tournait justement vers lui ses yeux
suppliants et lui disait un muet mais triste adieu, au clair de
la lune. L'Empecinado s'atteudrit , et d'ailleurs , se dit-il, je
n'ai pas de quoi en acheter un autre. Que faire ? Après avoir
bien examiné le côté extérieur de la muraille il redescendit
dans récurie^prison, détacha sa longue ceinture de soie tri-
cotée à la mode andalouse, renversa l'àne sur l'échiné et lui
lia les quatre jambes, comme il eût fait à un mouton ou à un
yeao. Ensuite, respirant largement pour se préparer à un
grand effort de ses robustes muscles , il chargea mattre bau-
det sur ses épaules en passant sa propre tète entre la ceinture
et le ventre de l'animal. Avec ce lourd fardeau, il remonta au
faite du mur. Là ayant délié les jambes de l'àne, sa ceinture
lai aer\'it à le faire glisser de l'autre côté sans trop de meur-
trissures et sans chute dangereuse. A son tour, il sauta à
terre, monta sur son docile roussin, et alla se cacher dans les
montagnes voisines de son village jusqu'à ce que le bruit de
l'aventure se f&t apaisé.
Le lendemain matin les alguazils allèrent de bonne heure
cbercber l'Empecinado et son àne pour les faire comparaître de-
vant l'alcade ; grande fut leur surprise de ne plus trouver dans
l'écurie que la charge de bois. Malgré les dégradations faites
à la muraille intérieure , ils pouvaient à peine comprendre
comment avait disparu leur prisonnier; mais le quadrupède
quetaiUil devenu? Comment avait-il pu, lui aussi, s'échap-
per? Ils allèrent faire leur rapport, et pendant longtemps on
crut que le diable s'était mêlé de cette affaire. L'Empecinado
passa donc pour un sorcier, jusqu'à ce que les événements de
18Q7 lui rappelant sa véritable vocation, il leva une nouvelle
guérilla, et se rendit redoutable aux Français pendant tout
le temps que dura la guerre de la péninsule.
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liB 'TROIS anAiPiTUffi
H.
XJL MOBEilA DE BIAIiAGA.
^Le corrégidor ^e la ville de CuellarpaTCOnraît diverMB
flépécbes; il y en eut tine qtti parut fi'îer particalièrement son
lilieiïtion. Après ravoir Itïedenx'fois,!! agita une p«lile«oib-
nette pofsée sur kl lafcle. Un damestiqueentni.
*— Va, dit le corrégidor, avertir le <*ef de laguerilla ifae
Jel'^tends ici.
Un quart d'heure après, Hartin "Biez fut într^datt.
^^^ Buenos dids'tengay dîMl'en entrant.
-^- !FéW(?fô, -répondit le corrégidor en l'iwrilflaitiàii'&sseofr.
f\ii reçu rordre, continua-H-il, dcfeire^arrèter on de détroîte
nue^bande dont les brigandages répandent depuiaplnsiems
Jours 'la terreur dans cette provinee.
'-^Quelques hussards françan, sans doute, âjoiita Martin
Dîeï. Je suis prêt, ^eiîor corrégidor.
— Kon, reprit le corrégidor •en souriant, ce n'est point -A
Aes troupes firançaises que vous aurez afiaire cette fois, mas
& tm ennemi qu'il tous ^era probablement phis difficile de
rencontrer que de VHincre. Pour ne pas vous tenir davan-
tage en suspens, je vais vous lire mes ordres. Alors suppri-
mant le protocole qui, en Espagne, conmence et termine
toujours de pareils documents, le corrégidor lut ce qui suh :
'(( Aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, vous ebargerox
un officier actif, connaissant pariaitement le pays, de pour-
suivre le bandit El-Gitâno, qui, à la tète de vingt hommes^
est passé de l'Andalousie dans cette province. Les voleurs é»
cette bande, sous le patriotique prétexte de harceler les Fran-
çais, dépouillent 'et maltraitent nos compatriotes. Ils s'atta-
quent plus particulièrement aux prêtres. Plusieurs ont été
victimes de leur brutalité. Tous avez dû déjà recevoir des
rapports à ce sujet, et vous pourrez 'fecilement connattre la
direction qu'ont prise ces'brigands. »
— Ainsi vous le voyez, seilor Diez, continua le magistrat,
il n'y a pas beaucoup de gloire à gagner dans cette afiaire;
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BB LA "^fB BC 'MiOtrm DIEZ. ff8
nroiei qai va «fimiller «rotre 'ardeur. BI-4Hta&o €t ses
i*9e«t, 'dii-^n, iréiies de btttmt dans toas las cas, leare
sapcilwjt scherattx andakraa sereat paarrcmstme précieuse
captere'; 1k -^oos ' semrmit i inonter ' lesconragevx T6hm-
tanes qui anlMttaBwetrtl^honnetir de maréhersoasTOs ordres.
'La eenveasation diira'qiiékiiie%eiBps'enaDre/Le tHMrrégidar
osranniniqiHi'UMXteBles^idioalîoiis^'n'possédftftiponr tnm-
Tsr 4e vepaire des iièhéniieHs. 'Baas Tapi<ès-ini8t scrtxattte^dix
gaerifleros, tovs bien mefilés et >éqiiipés, sortirent de la'rffle
de€adlar,««e«s les^oidres de ^Martin Diez, lear chef.
te'ndimi de la^nvoiftagne de Toftwes, dans la vieille' Gas-
tiBe, est ^an -petit 'plateau éloigné - de 4otfte roiHe passagère.
Onj arrive par un sentier i étroit et dangereux qui ^Moiean
nmtt. Sor ceplateau, on^yoyalt^il^a'trente^inq'ans^enyiron
une nFÎeille 'hAteHerie d^une aretiitecture ^ossière et d'une
ti4s-4naairàise réptttation. Lee fenètrss de Tétage supértanr
étaient larges et nombreuses, quelque&Hines même ' vhrées et
protégées par desTolels en bois; le re^de^hausi^ offirait
moins de passage à Tair et à la lumière; la olaftéMarrivait
par une demi-dottsaine d*ouvertures eircalaines garnies de
barreaux de fer, et *par une petite porte, à peine assez havie
poor qu'un homme à cheval pûty passer. 'L'écarie, qui oecu-
pùttoutle rez-de-chaussée, ne conservait pas >le même niveaa
que le sol extérieur. 'Son abaissement et les btoos de pierre
et de ciment qui en soutenaient le plafond, lui donnaient as-*
sez de ressemblance avec une cave. A droite, en entrant, «se
trouvait un escalier en bois conduisant à un étroit corridor
qat partageait l'étage supérieur ,eu deux parties. La première
était coupée en éhanlbrespetiteset mal tenues, dont leauMS
élaieatoecQpées par lafiamille de l'aubergiste et dont les^au-
très attendaient 'les voyageurs qui prél^ht»eftt>uiie' eoavertuie
et 'un 'matelas d'une 'propteDé très^^uivoque, plutôt ;que de
passer la nuit sur nine planche de ohéne,- enveloppés dans
Iturmaiiteau.'La'seeende partie consistait enuoepièce spa^-
oieuse servant-en 'même temps « de ' cuisine, 4e «salle à manger
et de dortoir. Rarement pent^re eette 'salie avait coatenu
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120 TROIS CHAPITRES
une société aussi joyeuse et aussi bruyante que cette nuit-là;
il est vrai qu'on y voyait tous les apprêts de la bonne chère.
Sous le vaste manteau d'une large cheminée, pétillaient
et flamblaient autant de branches de pins que pour un auto-
da-fé. Au-dessus de ce feu énorme étaient suspendues par
des chaînes deux grandes chaudières noires desquelles s'ex-
halait un parfum qui attestait la nature savoureuse de leur
contenu. Deyant l'àtre y une longue broche en fer était gras-
sement garnie de volailles , de viande de mouton et de che-
vreau ; c'était un petit chien maigre qui la faisait tourner.
Ce malheureux animal, perché dans une cage de bois, à bar-
reaux, fixée contre le mur, souffrait un double supplice pro-
venant du plus insupportable degré de chaleur et de l'es-
pèce de moulin de cuisine sur lequel il était placé. On ne lui
accordait aucun répit; toutes les fois qu'il faisait mine de
suspendre leur exercice, un geste menaçant rappelait ses
pattes brûlées à leur devoir ; il lui arrivait même d'être firappé
par une brutale et laide fille de cuisine, digne pendant de la
Maritorne de l'immortel Saavedra.
En face du feu on avait placé une table composée de six
planches grossières; tout autour, sur des bancs, sur des chaises
à moitié cassées et des tonneaux renversés, étaient une ving-
taine d'individus qui puisaient dans des brocs de vin la
patience d'attendre le souper. Le costume de ces hommes
n'était point celui que portent les habitants de cette province
des Espagnes; il était beaucoup plus élégant et dessinait
mieux les formes du corps que les vêtements amples et dis-
gracieux de la vieille Castille. De courtes vestes , coquet-
tement ornées de boutons brillants, des chapeaux noirs avec
le bord relevé, des chausses attachées au genou avec des
rubans de couleur éclatante , composaient un charmant cos*
tume andalou ; l'accent de la* plupart de ces hommes ache-
vait de trahir leur origine méridionale. Toutefois, les san-
dales et les bas traditionnellement portés avec ce costume»
avaient été remplacés par des bottes ou de longues guêtres en
cuir. A des crochets enfoncés dans le mur pendaient de vastes
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DE LA VIE DE MARTIN DIEZ. 121
manteaux de cavaliers et de larges capotes. Un grand nombre
de valises, des selles, des bats, désarmes de toute espèce,
étaient entassés dans les différents coins de l'appartement.
£n entrant dans cette salle, un étranger, après avoir re-
marqué ce que l'intérieur présentait de pittoresque et de
bizarre, aurait plus particulièrement arrêté son attention
sur deux des vingt individus réunis autour de la table. L'un
était assis à la place d'honneur. Malgré le peu de cérémonie
qui régnait parmi eux, une certaine déférence le signalait
comme le chef de ses sauvages compagnons. Toutefois au-
cune marque extérieure de supériorité n'expliquait l'autorité su-
prême dont il était revêtu. Rien de brutal et de féroce comme
l'expression de ce front bas et fuyant, de ces yeux enfoncés,
de ces lèvres épaisses : c'était le Gitano en personne, qui
avec sa bande occupait l'hôtellerie.
A la gauche du Gitano on voyait un jeune homme dont
l'ige ne dépassait pas seize ou dix-sept ans ; les traits de son
visage, aussi fins que ceux d'une femme, n'étaient pas ce qui
contrastait le moins avec l'air farouche du chef. Son habille-
ment, taillé sur le môme modèle que celui de ses compagnons,
différait du leur par la richesse des étoffes. Il le portait avec
un soin qui montrait l'importance que ce jeune disciple de
saint liicolas attachait à son extérieur. Sa veste, dont le
drap sortait de la célèbre fabrique de Ségovie, s'ouvrait sur
la poitrine et laissait voir une chemise de fine toile empesée
et plissée avec art ; une riche cravate de soie était coquette-
ment roulée autour de son cou , une épaisse et longue che-
velure noire descendait sur les épaules de ce bohémien ; ses
traits délicats avaient une expression d'audace qu'on rencon-
tre rarement chez un si jeune garçon. Il se mêlait peu à la
conversation joyeuse et bruyante des bandits, mais il adres-
sait de temps en temps quelques questions au Gitano ou à un
jeune honoune faisant partie des vingts-deux et assis à ses cô-
^« ({ni, à en juger par la ressemblance, devait être son frère.
— Egta pronta la cena, nnores! Messieurs, le souper est
prtt, dit la Maritorne en s'approchant du feu
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IS2 imOIS GHAPIIVES
..^ Aicmarl A laUel orièrent une doinsaîne âeiFois. Aqsbh
Un me soppe grossière, Bonfllée de vin, «est étendue sur 'la
table ; deux ou trois de ces .faommes quittent leor «Mége poiir
aider à 'servir le copieux repas. On délivre ausii le toarae-
brodhe de sa «prison ; il gagne le dessous de la table, :âaiis
Tespérance d'attraper quelques brib^ du festin quil avait
aidé à préparer. Les TÎandes sont placées devant les convives,
)a4)anâe'allah1es découper, quand un^homme qui était resté
en bas pour garder Fécurie, entre dans la salle et dit quéW
q«es mots 'à voix basse au Gitano.
'« Des 'omiletiers ^traversant la montagne , je ^suppose , Të-
penditle chef après que cet homme eut fini de parler.— ^oicî
Blas, x^ontinua-t-'il, qui a entendu le hennissement de chevam:
eu demtfles; «ilcroitqu'ils yiennent de ce côté. — Retourne
là-bas, et vois si tu peux découvrir quelque chose. *Mais-non ;
re^te; j'irai moinméme. Si ce sontdesvojageurs, il sera temps
de laisser refroidir -notre souper, pendantque nousferons la
visite de leur bagage. »
' Quittant aussitôt son siège, il descendît à Técurie, et 'les
compagnons commencèrent à attaquer vive mertt le souper.
Im nuit était obscure; cependant, à travers les déchire-
ments d'un nuage moins épais que les autres, la lune jeta un
faiible rayon de lumière. A cent pas environ de Hiôtëlleriese
trouve un ravin large et peu profond; il partage' la phte-foraïc
et descend d^un pic grisâtre et escarpé qui s'élève précisémi^itt
en face de la maison. De hautes montagnes couronnent le
côté opposé; pendant qu'à droite le ravin "monte et disparattt
parmi les crevasses des rochers , à gauche il descend vers
leur 'base; après mille détours, îl est enfin coupé àiine dis-
tence'd^unquart de lieue, rpar l'espèce de sentier à troupeaox
que les paysans des environs appellent improprement 'la
gmnd'routeA travers les montagnes.
*Le Gitano s'avança -^sur le bord du Tavin ^t écouta 'atten-
tivementpendant quelques instants. Hien toutefois nctrouMa
le silence de la* nuit, si ce n'est le bruit du vent qui â'en-
goufiraitdans les gorges et les précipices. *11 s'apprêtait àmau-
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DE LA TIC DE MAmTIH DIEZ. flS
fine les redeUes qai rayaient imitiiemcnDt déraii96,'qQafnd te
hennissement d'un cheval se fit entendre dans le lainlain.'A
rinstant même, on bruit semblable lui répondit. Ce bmit
paraissait venir du petit sentier que traverse le ravin. Le Bo-
hémien tressaillit : saisissant latiranciie d'an wbiexpiix^roi»-
ssit snr.le penchant de la colline, il s'alloiit[ea*sur KaMme, at
s'efforça de voir ce qui se passait an^lessous de lai. 'L'ebsca-
rité était si grande, qu'il ne put rien distingner mi delà d'une
cinquantaine de pas. Les objets vas aiasi'âe haut en 'bas res-
seoiblaieBt à une masse noire. Un ckat4uiaiit -s'enrôla dn
tronc d'an Tienx chêne ; quelques chjwvcsiMMiiîs -vinrent
voltiger autour de la tète des trois fbandite; mas, à «Ile
exception près, ils n'aperçnront auoune créature vpvante.
Tout à coup la lune se dégagea du nuage derrière ^lequel die
avait dispam, et éclaira cetteseène d'un feibhenrayon'de lu-
mière. Blas toucha le bras de son cfaef.
a Onkhol un loupl dit-il en désignant du doigt ipielqns
ehose qui s'agitait dans l'ombre an fond du ravin.
—Des loups, oui, et en grand nombre, mais non de
eeux que tu penses, d répondit le Gitano , dont l'œil perçant
venait de reconnaître des hommes armés dans ce que son
compagnon avait pris pcntrutle bdte'ftroee. »
1\ n'-y avait pas un moment à perdre, que ce lussent des
Français ou des Espagnols qui s'approchaient ainsi myst^
rieasement et en irop grand nombre pour que le Gitano son-
gent i les attendre. En quelques bonds et sans bmit, il ga-
gna r écurie, éta le licou du cheval le plus près de la porte,
le brida, et il pensa alors à ses camarades.
« A emallo! muehaehos! à choral! s'écria-i-ll, à <*hevall
f ennemi est près de nous! »
Ces paroles retentirent dans la vieille hôtellerie, et les ban-
dits se précipitèrent sur leurs armes ; mais il était trop tard.
Gomme le premier d'entre eux posait ^le pied»sur le seuil «te
l'écurie, le Gitano et tes deux'vedettes, montés A^îoil ras sur
leurs chevaux, s'élancèrent à travers la,porte : donnant alors
de l'éperon dans le flanc de leurs coursiers, ils franchirent
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121!^ TROIS CHAPITRES
la plate-forme avec la rapidité du désespoir, et plongèrent
tête baissée dans le ravin , qui fut un moment éclairé par
le reflet de cinquante carabines. Dix secondes plus tard, le
devant de rhôtellerie était occupé par Martin Diez et sa gué-
rilla. Les bandits eurent à peine le temps de fermer la porte
de récurie, qui était d'une grande épaisseur et garnie de
nœuds en fer, contre lesquels des sabres et des carabines
heurtèrent avec fracas.
Plusieurs sommations restèrent sans réponse.
« Rendez-vous, cria-t-on aux Gitanes, si vous voulez avoir
quartier; rendez-vous, lorsqu'il en est encore temps; car si
vous vous obstinez dans votre résistance, aucun de vous ne
verra se lever le soleil de demain. »
Un coup de fusil tiré d'une des fenêtres porta la réponse
des bandits. Un feu nourri, commencé par les assiégés, fut vi-
goureusement soutenu par les guérilleros ; mais, grâce à Tobs-
curitéetà l'épaisseur des volets qui abritaient les brigands, il
y eut beaucoup plus de cartouches brûlées que de morts. Ce-
pendant quelques soldats espagnols coupèrent un jeune ar-
bre, en arrachèrent les branches et s'en servirent contre la
porte en guise de bélier. Mais plusieurs d'entre eux ayant été
blessés à travers les ouvertures pratiquées aux fenêtres, Diez,
qui ne voulait pas prodiguer inutilement la vie de ses com-
pagnons, leur cria de foire quelques pas en arrière.
Ace moment même, sur une esplanade à gauche de l'hôtel-
lerie, paraissait Mariano Fuentes, dont la bande opérait de
concert avec celle de Martin Diez. Il était suivi de vingt
hommes et de trois chariots chargés de paille pour ses che-
vaux. On plaça les chariots sur le devant de l'auberge, de
sorte que la paille atteignait les croisées du premier étage ;
puis on apporta des torches, et en un instant, à l'obscu-
rité succéda la clarté la plus vive. Les volets et les châssis
des fenêtres prirent feu comme des allumettes. Un cri de
terreur s'éleva alors; la porte de l'écurie fut ouverte; les dix-
huit Gitanes sortirent, mirent bas les armes et demandèrent
quartier.
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DE LA VIE DE MARTIN DIEZ. 125
Malgré la réputation sanguinaire qu'il s'était acquise pen-
dant les sept années de guerre contre les Français, Martin
Diez n était pas un homme cruel ; il ne le fut pas du moins
atec ces hommes, qu'il aurait pu faire fusiller sans autre forme
de procès, tout voleurs et bandits qu'ils étaient. Il préféra les
emmener à Valladolid. Une partie des guérilleros leur lia les
bras derrière le dos avec des cordes; d'autres s'empressèrent
de faire sortir leurs chevaux de l'écurie, tandis que Fuentes,
suivi d'un troisième détachement, s'emparait de tous les
objets de quelque valeur que Je Gitano et sa bande avaient
laissés |dans l'aaberge.
Ayant appris que le Gitano était un des trois hommes qui
s'étaient échappés à cheval, Martin Diez fit peu d'attention aux
brigands subalternes : il jeta à peine un coup d'œil distrait
sur ceux qui se laissaient garrotter sans murmurer. Ce coup
d'œil suffît cependant pour lui faire remarquer le costume
singulier et la belle figure du jeune Bohémien dont nous avons
déjà parlé. Diez fit un pas vers ce jeune homme, et appuyant
la main sur son épaule :
« Tons êtes encore un enfant, lui dit-il avec bonté; com-
ment se fait-il que vous vous trouviez déjà parmi de tels com-
pagnons et que vous meniez une si mauvaise vie? Etes-vous
fils du Gitano? »
Le jeune bohémien avait tressailli en se sentant toucher le
bras : il regarda Diez en face avec fierté :
« Je ne suis point le fils du Gitano, dit-il ; mais vous-même,
qui ètes-vous, pour user ainsi de violence envers des hommes
qui ne vous ont jamais fait aucun mal ?
— Vous êtes hardi en paroles, mon garçon, répliqua Diez ;
d'autres à ma place essayeraient si quelques coups de cour-
roie sur vos épaules ne rendraient pas muette une langue si
bien pendue; mais je ne le ferai point : il y a plus, je répon-
drai à votre question. Il faut bien peu de paroles pour dire
mon nom et ma qualité : je suis un pauvre guérillero sur-
nommé TEmpecinado. »
11 se manifesta une curiosité mêlée d'admiration sur le vi-
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126 TRBMB CHAPITKE&
saige âtt.x«iiAe:homiaiB,Joi9qu'iI entendit ce surnom, q^ déjà
oélèfare atoTOiesEipagnev. devait rôtro pbui tard dans tout»
l!Biuropew
<!i 710 9oyeuna' pêbpc' Gitanckf et mû, je suis une pauvre bo*
hénûieonfiy dit le j^we bandits 9fiè& un momenide silence',
et; Toii m'appelle IdiMortnade M^daga.
— Une Csnmel jNin Bi&s.l s'écria rEmpeebiado. Airèiei ^
4out»-t-il. en.sladresaant à ceux de ses> honunea qui appro*
diaientavec déS: cordes : unimarehé,. gentille Giianal voulea*»
voua changer de conditiout et sutirre r£mpecinado au lieu
des Gitanes? Dites un mot, et votre choral et vos année vous
anoBt rendiia*.
— Le choix n'est pas difficile, à âdre^ réjpliqua la bohé-
mienne; celui qui aime Tair pur des montagnes, J'ombraga
des forêts, le gaWp dan» ht plaine, pourrait-4l vivre à rombre
dhuie prison? Qu'ils* fassent sortir mon cheval, seîior; dite»»
leur de me donn^ mon sabre avec ma brillante carabine, et
vive l'Empecinado I »
Alors, avec une joie presque enfantine de recouvrer sa
liberté, laGitana s'élança au-devant du cheval ; elle fut bien-
tôt en sdle« .
Les guérilleros se disposèrent à partir. Laissant rhôtellerie
en flammes, ils eurent bientôt gagné la grand'route, oh un
détachement, de leurs camarades était resté pour garder les
chevaux. Après une heure de marche, la Gitana obtint que
son frère fût débarrassé de ses liens. L'£mpecinado était
volontiers galant pour les dames, bohémiennes ou non ; le
frère et la sœur firrent enrôlés comme volontaires dans la
troupe, qui poujisuivit sa marche vers Valladolid.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis l'incendie de
rhôtellerie, et la joyeuse bohémienne continuait à partager la
fortune de Martin Dies, dont eHe était devenue la maîtresse
aveuée. Il fout avouer qu'une pareille maîtresse semblait faite
tmit exprès pour un ebef de partisans. La Gitana elle-même finit
par aimer l'Empecinado jusqu'à en être jalouse, et sa jalousie
fiit souvent trop justifiée» par la^fialanterie du brave guérillero.
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DE Ué ¥tB HB. HJUKOir DIEZ. iBI
Von la. fin de TamiAe, ayant eti^ré des papiers inpvtiifllt
k no* coimner firaagaisv r£mpeeinado se décida: su les pavioB
laMoème à Ciiidadr-RodrigD : il laissa donc sa bamia àcAH»
et lonnàsi sans lat coiainriemejit de Viicnte% efe part^
uaoÊÊfasgBé senkamit de la. lyeèèmienne et de' son firève. M
la tDari^é» de là: nnil^ ils< atteignant le fimbourg de San^
Insnciweo» qniecften debaisdesmwaittsftdalaiplacie^ et&'ai»*
létènat dâaaiuiahiMetlerÎB. L'Empeeinade mit pied' à terrer,
et déclara mm intention, d'entser seal à> Ëii]dad*^i>dri0ei
YfliiieawBt la habémienna insisiapour. raoeoiafxagoev, sovp-
geaaaal qu'elle anatt li quelque rirale. Sbit que ces sonpç<mt
fussent fiuidésv soôt cpi'il eût d'autrea raisons pevr tenir à
u'aroir pevsanne arec lui^ rEmpeeiaada, ftitigué de ses im-
portanités». lui ordonna formellemenit de Tattendre, et il se
dirigea seul vers la ville, promettant de revenir avant la nuiti
Itiis il avait perda dn temps dans cette altereatton ; aussi à
peine fuârAl entré dans la nnuson dagouveitiear que le canon
se fit euteudre^ les ponts-levis furent levés, et les* portes fer-
mées jusqu'au maim.
Après avoir entendu, le canon^ la bohémienne espéra quel-
qne temps encore que Diez aurait pu remettre ses dépêches*
avant la fenneture des portes ; mais ne le voyant pas revenir.,
sa jalousie s'exalta jusqu'à la fureur :
d Le traître 1 » nmrmura-t-elle entre ses dents, et.elle enfon-
gait avec rage dan» les panneaux de la chunbre un petit poi-
gnard triangulaire qu'elle portait toujours sur elle.
« Puissé-je le plonger dans soa eœur 1 » s'écria-t-elle. Puk
après avoir fidlli suffoquer de sa propre violence, la sensî^
bilité de la fennn^ iBprit heuceusement le dessus ; sa tète se
pencha sur la table, et elleiondit en larmes*
Son frère resta quelque temps sans lui iaire aueune obser-
vation, sans même essayer de la consoler; loraquîil là vît un
peu plus calme, il rompit le silence.
« Malbeureux le jour et.rhenre, dit*il, oil nous avons- suivi
œt homme, ce Diez I Quel benhenr peut-il arriver à ceux^ qui
abandonnent la tente de Isaor; \t'ûm. pour vivre parmi das
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128 TROIS CHAPITRES
étrangers? Quand le Gitano nous commandait, nous obéis-
sions à un chef de notre race, nous vivions au milieu de nos
frères ; mais je crains, ma sœur, que notre sort, le tien sur-
tout, ne soit bien triste, tant que nous resterons avec ce
farouche guérillero. Je ne m'explique pas cette passion in-
sensée qu'il a allumée dans ton âme. La bohémienne de Ma--
laga, l'orgueilleuse fille qui a repoussé tant de soupirants, qui
a vu le Gitano lui-même à ses pieds, qui a refusé d'être sa
fiancée, est devenue la concubine d'un étranger! »
a Quant à lui, continua ce jeune bandit, il déclarait ne s'être
joint à l'Empecinado que pour se soustraire à la punition
qui l'attendait, mais qu'il ne l'avait jamais aimé. Cette occa-
sion lui paraissait favorable pour rejoindre leurs anciens
compagnons ; mais il ne voulait pas en profiter tout seul, il
fallait que [sa sœur l'accompagnât dans sa fuite. »
Ses raisons et ses arguments restèrent sans réponse. La
bohémienne, le visage caché par ses mains et par ses longs
cheveux, était muette comme une statue. Désespérant enfin
de la convaincre, son frère prit le parti d'aller se reposer.
A une heure du matin il fut arraché à son profond som-
meil. Sa sœur se tenait debout à côté de lui; ses joues étaient
pâles, ses yeux brillaient d'un éclat extraordinaire.
« Lève-toi, dit la jeune fille, et selle les chevaux. »
Le bohémien ne savait comment expliquer cet ordre; mais
habitué à l'obéissance, il se rendit à l'écurie. En quelques
minutes, leurs chevaux, aussi bien que celui de l'Empeci-
nado, furent prêts. Le jeune fuyard n'oublia point d'accro-
cher à la selle de ce dernier animal la valise de son chef,
contenant près de quatre cents onces d'or. Les chevaux sor-
taient de l'écurie lorsque la bohémienne parut, et s'élançant
sur le sien, elle partit au grand galop, suivie, â une distance
de cent pas environ, par son frère, qui, d'après l'étrange dis-
position d'esprit dans laquelle il la voyait, n'était guère pressé
de lui avouer le vol qu'il venait de commettre.
Ce matin même, dès que les portes de Ciudad-Rodrigo
s'ouvrirent, l'Empecinado s'achemina vers le faubourg où il
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DE LA VIE BE MARTIN DIEZ, 129
arait laissé ses compagnons. Sa surprise fut grande quand il
apprit leur disparition ainsi que celle de sa valise. L'auber-
giste ne put lui donner aucune explication à ce sujet. Il lui
dit seulement qu'ils avaient pris la route de Alba de Tonnes,
et qu'en les voyant partir il avait supposé qu'ils allaient re-
joindre la troupe. Dans son dépit et sa colère, l'Empecinado
s'arrêta A une mauvaise pensée contre un de ses frères d'ar-
mes ; il soupçonna Mariano Fuentès de lui avoir jenlevé sa
maîtresse. Il se rappela son assiduité auprès de la Gitana,
lears fréquents entretiens à voix basse. Fuentès était un beau
et fringant cavalier, aux manières franches et agréables, plus
capable peut-être que Diez lui-même d'obtenir les faveurs
des femmes.
Diverses circonstances se représentèrent encore au sou-
venir de l'Empecinado et achevèrent de confirmer ses soup-
çons. Il retourna furieux à Ciudad-Rodrigo, et confiant au
gouverneur ce qui lui était arrivé, il lui demanda un cheval
et un soldat. Quelques minutes après il repassait devant l'hA-
tellerie, se dirigeant vers Alba. Dans cette ville plusieurs de
ses hommes qui jouaient au cane lui apprirent que Fuentès
était logé dans la maison de l'intendant du duc d'Albe. Diez
traversa les rues au galop, laissant bien loin derrière lui le
soldat qui l'accompagnait, et arriva devant la maison de l'in^
tendant. Il gravit aussitôt l'escalier, et, un poignard d'Alba-
céte (1) à la main, il se précipita dans la salle où se trouvait
Fuentès en compagnie de plusieurs autres personnes.
«Traître! s'écrie-t-il d'une voix tremblante de colère,
traître 1 où est la Gitana?
— Je ne suis point un traître, Martin Diez, répondit
Fuentès avec fermeté, mais avec un calme admirable; quant
à la Gitana, vous qui en avez fait votre page, vous devez
mieux savoir que personne ce qu'elle est devenue. »
L'Empecinado fut frappé de la modération que Fuentès
(l)La ville d'Albacète est renommée par Veicellenlo qualité de ses
poignards, comme Tolède pour eelle de ses épées.
5* SÉRIE. — TOME XI. 9
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l&ettait à lui répMidbpe leraqu'il Vavaifc ÎAlerpeHé^ fnm- ht
çiMi aussi injorieuse. Se» soupçona se dtBnyèrôtit ansdl wilm
91'ite 9'éUûeiii fonné». Lai96aii4i tonber 90it* smtef^ H m jetf»
daa» les bra» de sob cam^ade,. liii doMandr pardiMy et lifld
laeoBte le» événenteiito de lu nuit En terminaiit sdn véaity^U
déelare «yi^ili est bien décidé à ae v<MMirexcki9itemeBfcàtki
poorsuiie de son infidèle. Cette vésoluAîo» esè viiiemeat eMft>
battue par Fuentèâ. UIuiieprâsenteFaHéundité-d^iineiiareilIfe
expédition àia.doB'Quichoite^datt» l'étatacturi db TBapagne^
lorsque suvtout. le» fti^fe ^0% nti» ai ^ande aRKàvcrt «1
^on ignore la reuHe qiai'il» Mt pvise Li»»«iii#reB penoano
purésente» se joignent èFuenti&ss; ellesi aappUeniBietf àa^wat
point sacrifier la cause de son pays à des motiCs»peiBoaiieb
Atts&i puéril». On &'adffe9saît à ua hoBUBcr éfnib patriottsme
tfdeni..... L'Empecinado se rendit à leurs raisoABy et le joor
suiva»!,. la guérilla- quitta^ Alba poun fleldurnef sur les bonds
du Douro. Les^succà» de TEmpecinado finieenbpaff attirer aé-
jrieoBement rattentiom des g^éraus firan^i» sur ce dlNig0ve«x
.partisan^ Presque toute la cavalerie qu'ils avaient daM la
vieille Castillc reçut l'ordre de se disigar ver» les plaines du
Douro pour lui donner la chasse. PendanI q^oelcpie tempa
Biez put se soustraire à la poursuite de» Fsaaçaisv A ia fin
cependant, rencontré par treis^ cents* hommes de eavalesie
légère dans le voisinage de San^Bomingp de lot Calnadg,
a^ès avoir bravement seutenui le ehoc^ il se* vit forcé de ae
retirer dane Lafrmotttafpies^de Burges. Le» Fraudai» n0 vouAl-
vent point L'y piHwsuîisTe^ mai» il» ceatiaudrent à balayer le
pays qui borde le Douro : telle fiil leutf actiMiliéy qu'il était
impossible aux gncBiUas de quittef leur refafir dans les mon-
tages ou. de s'aventurer dans les villes. A Gaetrillo,. la mère
et les parents de l'Empecifiado forent bhs en\ priean^ On uaa
de la même sévérité à Bnnt enver» le» amie dfrMariaAo* Fnea-
tès. Uae récompense de 2av000 feaiie»fut enfin pifomisei celui
qui livrerait l'Empecinado mort ou vif.
Ltï jour que Diez^ Fuentès et leurs soldats faisaient halte
sur le plateau de la montagiM3 A^ Embital de Leima, cpù do-
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DE LA lOBT aa MAAVHF BIEZ. |8I
lîktpHdbrratterde MbAbh^ îh-nisn* i'ÉnHmU«f à tnvè
rttKMipe'dttyiii||lt«niq:lioiiin«8 à»eii«faA
r cwhDOMMB Imntpibft^prâB^dfaaaE;, lie» gmiiinënisles
I séksÊTB *; 9mr hmm qnfîhi tesMi adteiraMi»*^
mtaÊm»9àé9^ aolBé9^Jh*n'»mIdlancaaoolfÉced^Imiffe^^
ynmtti éJm k» BoooMuittne amw qnriquosmi» de ans «empat
poiM^,el il Mtaiéna'liinitM ame IsttétfangvrSi C'étaiwit dtM
9a;^^vs^i'K!^eInBanidé VAndahNnie.
IcB ■— iiiiMiir veowHf mèrenlE frietfà lleiwi ApnèwavroH-^pm
iBm]paBfcdwtm«Jbi0Hpr(wti9M9<fMrl<nr ottranml^ kas^^eril*
leros, ils répondirent aux nombreuses queali^M^ipiUenp fweiit
afawi8%.flm «BBqniîlB 9»matttv^d^mê kivr rmite'elaiir'rétat
dsiai^nritt dana VÂnààSaoÊm, ttdifenti entre- aattm» oAomb
ifg Aii8.hiLa«BMMHdftBD«itt wmt tro«p»dte*la cayatero i^-
lépdite»,. camnaKlée pair le fiîÉM»*, a^ait emaaûw dk»
cCek iBiL i|a(hiiilBU« omyiin^ ajimla te onvratear de' h
4BmifR IL eafi tqé ifiidil attiMpie prafoifr Im FVaaçais^ man
seulement lorsqu'il est trois fois plus fort qu'eux, et encore
«vb:M#4 i|DiB>p0iir cBialttvnYéritaMe>pPorfil86iiMiv ^iest
celle de voleur et d'assassin.
— SnoE-iwas iiud^OBchcaî dfwiajeiiiiefilte qUiPaccom-
pagnait autrefois, demanda Fuentès ; celle qu'ils appelàtenl
^JfcnnaidK Malaxa?
— Oai^ iBcmoBotr aipowiilt ïétenger;; il persA qii^èllë
iÊÊÊm aataar kai naâ» dés BapagmiitivU. f w tran ou qualVe
■■îremBOiB; c'élailleiwdtvaM «xcninibiv cpie le &iiam» tenta
dtan la CastiUfti el( quit ftift aa firtate > i ae9 eiwnimgiMHis ; eat
saKoè praiviareiili i se- sanveraveo Ibr. L» Bohé-*-
eteattafiris^aRrmtwpoBaidaivl^AiMlbtiMaie sainnine
ik pn pié^ aurni norias dépaariL ft paKaAi qu'ella 9faî% été la
«atlaean: tfinr oAineii de tai tiiMpa foL a^t siirpria fé- 6f-
fano; à la suite de quelque altaacoMÉin' anUre eus, eireédhift
il rnotmai ém ceMKracai logabiiade^ elte déserlaH se» atiiânt
aifSHaîhaqojiBdBvafttBiiiaai: i ffaf psbaito éfo eaaipement des
iriinMi^ iw|l uwÉBlifc. li iiii I Brtwinaiid#caa!M»at gttife«e deffetti-
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132 TROIS CHAPITRES
chef, qui n'avait pu se fiaire agréer d'elle, la malheureuse en»
yoya son frère pour préparer sa réconciliation: le Gitano feignit
d'être charmé de ce retour, et il voulait, dit-il, aller lui-même
au-devant de la fugitive repentante; il le fit, mais il rentra seul
sous sa tente, apportant une valise pleine d'or sur sa selle. Le
jour suivant, un chevrier trouva le cadavre de la Morena et
celui de son frère au fond du lit desséché d'un torrent. La
mort leur avait été donnée par trahison, car leurs sabres
étaient encore dans le fourreau et rien n'indiquait qu'ils
eussent résisté. La Morena avait le sein gauche percé d'un
coup de couteau.»
Parmi les auditeurs de l'étranger se trouvait l'Empecinado.
En apprenant le lâche assassinat de celle qu'il avait tant
aimée et qu'il regrettait encore malgré son abandon, il se leva
brusquement et se promena quelque temps le long de la
montagne. Quand il revint, ses traits ne trahissaient aucune
émotion. Il était peut-être un peu plus pâle que de coutume,
et l'on voyait une ou deux gouttes de sang sur sa lèvre in-
férieure.
« Encore un verre de vin, mes amis, » dit-il aux voyageurs
qui se disposaient à partir.
Les montagnards burent à la santé et aux succès des
guérilleros.
« En arrivant dans votre province, dit le partisan d*une
voix rude et perçante, dites à vos compatriotes que vous avez
mangé et bu avec l'Empecinado. Dites-leur que ses soldats
ne sont point des voleurs comme voudraient le faire croire
les Français ; mais de braves gens se dévouant pour l'indé-
pendance de leur pays, et sacrifiant à ce noble but leurs affec-
tions privées, ainsi que leurs inimitiés. Il ne faut point trom-
per nos amis, ni laisser nos ennemis se réjouir. Cette guerre
finira un jour : on verra alors que nous n'avons oublié ni nos
affections ni notre vengeance. »
On était en 1816, et la paix venait d'être encore une fois
rendue à la Péninsule. Le patriotisme espagnol, puissansment
aidé par le courage et la discipline des troupes anglaises et
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BE LA VIE DE MARTIH DIEZ. 133
rhabileté de lenrs généraax, avait repoussé les légions de
Napoléon an delà des Pyrénées.
Par une après-midi d'été de cette même année, six ou sept
personnes se trouvaient réunies dans la salle commune d*un
petit cabaret sur la route de Madrid en Andalousie. La corn»
pagnie était présidée par le cabaretier en personne, petit
homme réjoui, à l'abdomen proéminent; on ne l'appelait que
El Gordo, sobriquet très-expressif qui signifie Le Gras. Les
antres membres de cette société paraissaient être des habitués
de la maison, paysans et artisans du village voisin. Ils écou-
taient avec un grand intérêt des histoires de la dernière guerre
racontées par un voyageur qui attendait pour continuer sa
route que la grande chaleur du jour fftt passée.
Le voyageur était un homme d'âge moyen , aux formes athlé-
tiques, mais d'une physionomie peu prévenante. Quoiqu'il
n'eût rien de militaire dans son air, cependant, à croire ce
qu'il racontait, il devait avoir servi pendant la guerre ; il se
faisait le héros de toutes les aventures surprenantes dont il
anrasait ses auditeurs attentifs. Au milieu d'une de ses plus
merreilleuses histoires, un cavalier s'arrêta à la porte du
cabaret; il demanda s'il pourrait avoir des rafraîchissements
pour lui et pour sa monture. Sur la réponse affirmative de
ïhMe, il conduisit son cheval à l'écurie. Ce ne fut qu'après
avoir pourvu aux besoins du fidèle animal qu'il entra dans la
maison. Aussitôt l'aubergiste tira de la poêle quelques tran-
ches de jambon garnies d'œufs , et les plaça sur une petite
table avec un pot de vin et du pain. Le cavalier fit honneur
i ce repas avec l'empressement d'un homme qui venait de
loin et qui avait longtemps jeûné.
Les voyageurs en Espagne ne restent jamais sur la route
pendant la grande chaleur; ils se mettent en marche de très-
eraod matin et ne s'arrêtent que fort tard ; mais ils ont soin
de consacrer au repos six ou sept heures pendant le milieu
du jour. Toutefois le nouveau venu possédait un de ces tem-
péraments de fer qui résistent également à la chaleur et au
froid, à la pluie et au soleil. 11 avait quarante ans environ
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n»
nait encore un air de jeunesse, «t e« «b voyait pas «n «ail
fàiww Bl<uii«el4)Mi :gaisidftiisraaieheM^diBnB<étaa nmoalache
A»ve«..S68tvïMeaBatstèiaittDtefliisil'i]iiiiMvgeDift. GBpandoflt
yriqae obMeidUndéfintsBaÉiledaiisibMite «a iperawane
l|ttutle«aldidtetil'iht«tteJiabitaaéÉ coHHHMler.
:i(]nè6cav»ir«enKi son lUàte^ kt oabanatier f eliranm m
0Oin{Migme ^u'il imnii ide i^oitter. Iub l>iifi râi de la I
Mnh pârfeHQoaat laliàéifaiâaiigHedb nanotten-. iAon,
•fuHl «Il dédbtré 9ie pounair ipos ssiariétar fdus imigtempa,
•fiMoiide fiamifll il le (flàQMer;à racoater mfxire «iie Ae^wm
tmeoÊnatB. CoU^dà nonferaialt ide6>détafife si extcaorfimms»
qu'elle ébranla éaiorédulùbé des na«fe ^payeaiH. jPhis .d'une Mb
-àuMλ l'étranger rfétonrm les fenc ide son cUanrfmvirv^eter
des ncsg»rdsifiMAqtte(peM>mé|)nni^ dâos -la idireotiiin ëan bat-
inand. «Ce dernier ttermina enfin MnhiaiQtre^ et, nefitanti^
neheval, 'cpiitta IHiAtellerie. dLes pa^^sans^siiivireiii fcioBlôt sm
exeniple; l'étranger poakn sevl si^c Tikète.
a Vetre Seigneurie s'ieaft mise en roule .par mu tampa i
dhaud «ft bieii altécant, tiit £1 fiocdo en cempliaBant le ^
4kl voyageur., et en jetant un coup d'oeil sur «es vèleiiicBiÉB
«couvents ée poussidne. Vous amrieGE mieux fiiit m , ee
ie digne pereonnage qài vient de «'éloigner, tsus
.|)8ffti de tauBtUenre heune et arrrvé plus lÀt Les -arkires *
• Arop Tares dans Qotre pays ipiour qu'une course ;i VÊàdi noât
•agréable.
«—V .ouB avez f»eu4-étre caîaeni, répendit .llautse; si j 'aurais
Rgi commua »om rdiies, j'en saurais pfobâbkment plus toqg
des aventures de votre coaiemr , quÂ, A len JMger par «e i^iae
j (Si entendu^ 4oit i)imi mloir /la ^i»e •d'èice •àseuté.
-^ie sms ^anooë <|ae ce «sdit là re|hni6a 4e Yotne fi»-
igneirie, peptât l'kAte avee son isontine iiabilueL II eetanw
•^tiiil attonge mu <peu ie wécél; «nais <est4einattièpe4e raoanttir
.M assez bonne fieur moi , «et je suis toujoi» ^oatfteni iga^trl
:U passe 4^ id. Les gens 4fe netne vùHage arrivent par doai
SEaiee]poRv«AleRdreseslâatoÉrea;<3ar, après qwlquos rasades.
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BE LA V» Hi m^fOUIf DIEZ. tM
£t.aviBc ittu i0eslej»y6itt £1 Kiordo bti^ifA id'aœ onain^iir le
Aanc alors vide de Toutre, et de llanlne aar la latoadîfté A te-
qMfllle U^denraii aoa «mtmvu
c £i igwl ^Bsi Q»t th^nam» ? «demmda Téteaiif or ditn idr
indifférent. — A-t-il réellemenjt «0iwî <p€iii4aQlt la ^uance ?
— Servi et mm laecvl; de &it est <quUl a lOOfunMttdé «ne
bande de.jpipiniUaroSf let pill a iw ^ar-ci fiainlà (peJ^jiea^s-
pFWoafibes )a«ac -{es Ftim^aÂi. ie d^ule tcep^ndaot ^'11 lai
aiH jaiaaiB obancliés. JU •peA2#i«l)attait vol(M|tiw^.^i}iie laraQii'il
avait la perspective d'un riche butin. Si les Français ne kli
aafawuiisaiQBt {M(s lleoqa^ion, il lûHait tonaieeitK 4a!il xtn-
cofiisaft, £^p«lgnels anautses. En Andalousie, oa caoonie léa
loi des 'Chosea ifud v#ii6 ifor^ent dpesaer les cbeveiiK aw* la
Uie. 0 est ceitain (^'il s'^st vii pliis d'une fois .pourohaadè
par aosiroupes^ans )e 4aai|is de la guerre-; maîsâ la fMMk
OB a accordé une amnistie géoécale, et alors, oonuae bea»*
Map d'aulres nanirieaSy il est devenu boomôle bocune. Main-
tfiaaiit il ^t tovjOiKs en roUfte, et l'on prétend qne «sas
vajilgfls 4*iiu0mnteirf pas JM^uconples Tovennsde 6a ttbi''
jesté.
-*Soa Aon? demanda vivement Téteaager^
-*Soo vrai ncun? ^ oe l'ai jamais cenAU, seuat, ifépoaâît
Je cabareti^y surpris de rinténrôt que manifestait ^0Mdaia la
voyageur. £1 Giiano est celui qu'il a toujours porté, «ar il •ert
de lace bobémiani^e, et voa le dit -chef d'4iuae tribu. s>
Ces paroles étaient à j^eioe |)rooioHcées que rétraxvger, H^.
raat lui à:u 4e.sa pocbe, le jeta ^ur la table. Avant qiie ThÀta
fàt revenu de son étoonemeoi, il sortait 4iu Qaiof^ mooté <^ar
OBi «cheval noir d'^uie grande vigueur.
41 C est étsaajge! dit ]E1 Gardo en le suivant des yeux^ il
est venu 4u côté 4u nord ei il retourae v^rs :1e nord. Après
tant, «e n'eot pas mon afiaire ; c'est vjx djgae bomine, car 41
paye biea. ^ -]
la wjf^gWT suivait la même direction que le-conteur d#
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136 TROIS CHAPITRES
tout à l'heure. Malgré Theure d'avance que celui-ci avait sur
lui, il aperçut le Gitane au moment où il commençait à gravir
la montagne que traverse la route. Après dix minutes de ga-
lop forcé, il l'atteignit enfin.
«Vous êtes le Gitano?» demanda brusquement le cavalier.
Le ton et la manière dont cette question lui était adressée
ne rassura guère le Bohémien.
« Je réponds à ce nom, dit-il d'une voix faible.
— Lâche assassin 1 s'écria l'étranger; souviens -toi de
la Morena de Malaga et prépare -toi à mourir, car nous
sommes seuls sur la crête de la montagne et je suis l'Empe*
cinadol»
Le Gitano trembla comme un oiseau devant son terrible
ennemi; mais son instinct de ruse et de trahison ne l'aban-
donna pas dans ce moment décisif. Par un mouvement rapide
et assuré, passant les rênes dans sa main droite, de la gau-
che il tira un couteau de sa ceinture et en porta un coup vio-
lent à l'Empecinado ; mais ce dernier se tenait sur ses gardes :
saisissant la main du Bohémien dans la sienne, il la serra
avec tant de force que les doigts s'ouvrirent involontaire-
ment; le poignard qu'ils tenaient tomba à terre; à l'instant
les épées se croisèrent et le combat commença.
Quoique le Gitano ne fût pas un homme courageux, il sa-
vait dans l'occasion cependant montrer de l'audace et du
sang-froid. Forcé de se défendre dans cette circonstance, il
prouva qu'il n'était pas un ennemi à mépriser. Toutefois,
pendant qu'il ne songeait qu'à parer les coups terribles de
l'Empecinado , et à épier le moment de les lui rendre avec
succès, il ne sut pas se garantir d'une antre espèce de danger.
Ce point de la route était le plus large et le plus uni qu'il
y eAt sur le côté de la montagne : à gauche , le terrain obli-
quait graduellement vers une hauteur considérable , mais i
droite il y avait un affreux précipice de près de trois cents
pieds de profondeur qui dominait une riante vallée. L'Empe-
cinado poussa rapidement son adversaire vers cette pente.
Le Bohémien, sans y penser, retint les rênes et fit ainsi re-
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DE LA TIE DE MARTIN DIEZ. 137
Ciller son cheval. Soudain l'Empecinado donne de l'éperon,
et s'élançant sur son ennemi, il lui porte un coup violent sur
la tête. Celui-ci pare avec peine, et en ce mom le pied de
son cheval commence à glisser sur la crête du précipice. Corn**
prenant alors le danger qui le menace , le Gitano , avec une
agilité extraordinaire , saute en bondissant de sa selle. Au
même instant le malheureux animal roule dans le gouffre, et
va se briser contre les rochers et les pierres an pied de la
montagne.
Hais la position du Bohémien était des plus critiques. Lors-
qu'il s'élança à terre , les jambes de derrière de son cheval
avaient déjà dépassé le bord de la pente , et l'effort qu'il fit
mk dégageant son pied des étriers ne fut pas assez puissant
pour le jeter sur la route : il resta donc suspendu sur le pré-
cipice, dont la crête arrondie et oblique n'offirait à ses pieda
qu'un point d'appui glissant. Force lui fut de se servir de ses
mains pour saisir quelques rares poignées d'herbe et de ga*
zon que produisait la terre du rocher. Ces herbes se brisaient
dans ses doigts ; il en prenait d'autres , qui , après l'avoir
leurré d'un faux espoir, se brisaient à leur tour. Le misérable
vit bientôt que son heure venait de sonner.
L'Empecinado avait rengainé son épée ; il regardait d'un
air sombre le Gitano, dont les traits contractés par l'horreur
de la mort avaient pris dans son agonie une expression qui
n'avait plus rien d'humain.
« Miséricorde , sefior 1 s'écria-t--il ; grâce , grâce 1 et puis-
sent Dieu et les saints vous assister à votre dernière heure I »
Il y avait quelque chose de si horrible dans l'accent qui
accompagnait les paroles de cet homme au désespoir, qui
allait mourir , que l'Empecinado dégagea son pied droit de
Fétrier et fit un mouvement comme pour descendre de cheval
et aller secourir son ennemi. Si telle fut son intention , elle
arriva trop tard.
« Malédiction Id s'écria le Gitano au moment où la dernière
poignée de gazon échappa sous ses doigts crispés et couverts
de sang.
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VMmpemmàà^ écouta* Au amlieu 4u .calme ^esto à!wèe
4iâda.&oirée 4'^é, .vu bruit aourd vint frs^per «on 4u?eiUe .al^
ieiAkte. U te r.cna la «tète de son i)beY.al vfics Je juoinI et «'éla^
jfiaa Jeatfweiil.
Le matin ja deiatinatioA .ÀUit t'AadaleHftie ; ma» il n'axais
l^his-diBjraisoBs pouf jpMtff uivre «(N) va«i^;; il awit atteîiit
fbon Jbvyi» .la Mo]Be«(a4e Malaga était mughe.
ni.
L'attda«e<de rSo^pecMiado eemptait 4tiiseBM«it .le nombce 4^
lues teunemis^ la «apidité de «es moweaneat» éqwfalait â «uaa
jèUfuété yéntable,; on pouvait cpoire f)arfeiB ^41 y aurait
guntre £mpeoiii«dk>s ,au tteu «d'un, aotàwfi aussi que quatre
tondes diffàrautefi lattaquaicat le même jour sous «es onlraa^
LtdB Fi-auçaifi, «après Tavoir vaiuement poursuivi ^pendant wm
imuée., se décÂdèreiit à fiaire an deraier effort f^our se déha»-
tasser d'^Mi ipartiaan si inoommode. Desibalailloas et des -a»*
cadf'Oas furent ^envoyés simultaaémant .coatro lui de.Soria,ii#
la Rioja , de Vittocia «t d'auioes liaux. L'ËinpeiQiaaidto -eoê^
ji^gea «}OA¥«iiat)Ie de dispacattf e ^fteadan^t ^[ueLpie tenqys:: il
d^psFsa sa iroupe par dotacifeemients^de Jj?ois ou qusilveiioa^
• mes, leur oi^lonoaat d'aller ijolndoe Msunafio iFu^ntès <dans^
province de Palencia, et lui-méipe, a^ec ^Hkq Gompagaaas
dévoués, il f>esta eaobé au «vifiage •d'Ootorio dd P4aar^ pour
j^liteadra 4'.ooGasioB favoraJxle dei-epriondre l'offsnsive*
; iMalbe^ireuseuient paur itiy, au iboutd'uAe semaine ou deux,
p^e oiaû^alié lui pesa : il éprouKca «m vif besoia de 4iatrao^
^a., -at se souvenaai ^u'ii avait £ait autr.e£ois ia courÀ la
pûèûe d'au ^banaiae d^ JBuiigo de Osma^ il eut ia faAtaîai^
^'aller/TOudr^ une visite .i la demoiselle eXà Toocle. LeAurgo
de Osma n'avait pas alors de garnison régulièius, mais le jf^ffiR
^àlaîtsi reinpli de tjcoupes fraoçaisesy :(}u'il ne.se paisaitrguère
de jour sana gue Ja villie £ùJl iraversée par .uu détachement
D'ailleurs, le corrégidor et les autres autorités esp^gaolf^
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DE LA VU OC JCAAXUr DIEZ. AM
élaieaUles afrancie&mia»» ayant j^içtt ieuKs JLitres id<is «Mmiii^
raDlâ. Au&si Jes avaU-on pcèveiMt j>oar xittUl» .eiuseat à^uoU
ier r£iiyieciiiad9^ ibI à le .pDBodre iiiort .mi rif. Sa itéto-ét^
nifieij[>m: bref, c'était pour liû use grande ÂaipcudeaQe4f
bttfifir ses «cinq bonuiMw àOnUirJD^ «t 4e slanaUfinseuI, ai|^
ion chf9M49 aalufir uoeanciaoBe matoian
il i&taii une iieore de i^pràHOiidi, JoEsqn'uit «cM^er, Jhi«|
numlé ai hian arm4 an *co6tu4ne 4e Qav)p«|goar4, fiiais j^yant
jn i^ett Fair 4'jui ^ontrahandiec^ antara dans ia ville duSiir|^
de X)8iaa. Au moment aà il jiafiftait aouB nn ^eîl asoeau 4(14
Aersait d'aaicée «à «oe rne^ un JiamBie oottché 4aas un aagU
delà juuûUe ae qred^essa 4out à^ceiy)» et i'aocoiU jpour inî
dwH>mler Ilaum&nei
. — -Xna iMvwao, a«ât>r, j^^r si ampr de JDim»
la ca¥alierjata iquel^ne .menue mooaaie au/meadiant, at
|ii»v ce laiie, ilaa tourna de Aon eôiè.
-^ Santa Virgên,! ^ En^puinadol s'éccia le mendiant, fowaf
xelevantiout^à tait, vint ^nontrer de iplus près au guerillara
la fignse |iau avenaïUe d*nn boiteux surnommé Nicolas À
Coco, qu'il avait connu autrefois à ia poi^ dcl'églisedeCai^
irilie, au il loi avait fait Taumûne. .Soupçonné de quelquai
peiits larcins 9 Nicahsal Cooo avait depuis Vij^bondédaQf
kwisini^, continuant, à vi^re aux dépens desikmes cbaci^
iaUes. H y avait jub mois qu M sonblait s-ètne fixé au Sar^
d*Qsma. LT.nyefinadotaefut nullement charmé de octteranr
xumtre;; mai&, sans soupçonner aucune tcahison,, il nuit une
pièce d*or dans la main de sa vieille tcannaissance., et lai dit^
a Pas un met >aur moi, Nicolas I Que personne ne saclie que tu
m'as TU, et ai jamais iu as faim et soif xdans le voisinage 4$
4BnB bivouac, ta y irou;vei:as toi^ours ta pitanceu ^> ^^
. ie mendiant .suivit des yeux i'£iapecinado^ qui conlinnf
■0B4:l)eBnn. .
. « Toi^Qura le même., ;gramela-tt-il : toigours la main prâbe
iWttttvcir, jtoii}Ours un mot.bonnôte pour îles pauvres gens»^
^•«ittiie lui plus d'un rco/ùe lorsqu'il n'était 4[ue le meilr
JsBr ngnenon «et le plus adroit bûcheron de la pnovince d^
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lU) TROIS CHAPITRES
Yalladolid. Les temps ont bien changé depuis, et l'or parait
être aussi abondant aujourd'hui dans sa bourse que les quar--
108 autrefois. Cela doit être, après tout le butin qu'il a fait sur
les Français. On dit qu'il leur a pris des chariots remplis
d'or, de bons chevaux , de beaux habits et de riches armes.
Ah 1 Nicolas I il se passera du temps avant que ta vieille car-
casse d'estropié ait sa part des biens de ce monde. Et ce-
pendant , il y aurait un moyen , continua-t-il en changeant
de ton dans son monologue , comme frappé d'une pensée
soudaine... il y aurait un moyen... Mais non, ce serait une
trahison , quand je tiens encore son or tout chaud dans la
main. . . Cependant la somme est. . .d Le mendiant n'acheva pas»
comme si ses propres paroles lui faisaient peur à lui-même.
Sur le soir, plusieurs habitants del Burgo d'Osma remar-
quèrent Nicolas el Coco honteusement accroupi contre un
mur voisin de la maison du corrégidor : quelques-uns lui je^
tërent leur aumône en l'invitant à aller chercher un meilleur
gîte pour la nuit ; Nicolas ne profita ni de ces bons avis ni de
ces aumônes, laissant sur le pavé les maravédis tombés à ses
pieds. Enfin, lorsque l'horloge sonna onze heures, le men-
diant tressaillit , se leva brusquement , et alla saisir d'une
main frémissante le marteau du corrégidor : il frappa plu-
sieurs coups avec les mouvements d'un homme qui se hâte
de triompher d'un remords. Le domestique qui vint ouvrir
recula d'abord en se trouvant à cette heure en présence de
cette figure hideuse ; mais après quelques mots échangés entre
eux, Nicolas fut introduit.
Pendant ce temps-là, l'Empecinado avait été joyeusement
accueilli par le bon chanoine et sa nièce , non toutefois sans
subir leurs reproches sur son imprudence à venir hasarder
sa tète dans la gueule du lion. Notre hardi guérillero ne fai-
sait que rire de leurs craintes, et par sa bonne humeur.il
avait fini par leur fme partager sa sécurité. Il fut même con-
venu qu'il resterait leur hôte tout le lendemain, et ne parti-
rait qu'à la brune. Le souper se prolongea jusqu'à dix heures,
et alors Martin Diez alla s'étendre dans un bon lit, où il s'en-»
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DE LA TIB DE MABTIN BIEZ. 141
dormit bientôt d*un sommeil profond, si profond même, grâce
h fatigae , qu'il n'entendit pas à minait qu'on frappait à la
porte, lui qui, au bivouac ou sur une paillasse, se réveillait
au seul bruit de la détente d'un mousquet ou du cliquetis
d'un éperon. Le chanoine, plus vigilant, mit la tète à la fe-
iiètre, et apercevant au seuil de sa porte un groupe assez
nombreux, il se douta, sans distinguer personne, que cette
visite nocturne menaçait Diez de quelque danger : il se glissa
i la hâte dans une vieille soutane, et courut pour avertir son
bote; malheureusement, un domestique était allé déjà à la
porte pour demander qui était là.
— Genudepaz, répondit-on. Et le domestique, reconnais-
sant la voix du corrégidor, ouvrit à ce fonctionnaire, qui entra
suivi de deux autres magistrats subalternes et d'une vingtaine
d'alguazils. Le corrégidor fit poser deux sentinelles à la porte,
et monta l'escalier. Il se rencontra justement, dans le corridor
de l'étage supérieur, face à foce avec le chanoine, que Tàge
et l'embonpoint ne rendaient pas très-^le.
« Seigneur chanoine, lui dit-il avec un sourire sardonique,
nous voos remercions d'avoir bien voulu garder jusqu'à la
nuit un voleur et un traître que nous n'aurions pu arrêter de
jour sans causer beaucoup de bruit et de scandale. Allons ,
ayez la bonté de nous précéder jusqu'à sa chambre ; » et ce di-
sant, il poussa devant lui le pauvre chanoine stupéfait.
Martin Diez dormait encore. Son sabre et .ses pistolets
étaient sur la chaise près de son lit : un alguazil s'en empara
prudenunent, et néanmoins, telle était la terreur qu'inspi-
raient la vigueur et le courage du fameux guérillero , que le
corrégidor tremblait encore en posant la main sur cet homme
qui allait se réveiller nu et sans armes au milieu de vingt en»
nemis. Martin Diez crut Caire un rêve lorsqu'en se dressant
sur son séant il vit quel cortège remplissait la chambre.
« Au nom du roi, Martin Diez, vous êtes mon prisonnier,
lui dit le corrégidor.
— Au nom de quel roi? répondit l'Empecinado : je n'en
connais pas aujourd'hui en Espagne. » Ce n'était qu'une pro-
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Mit mMl^ CBKPITflESf
dMtationt du pstriotîeMe y car 1 VmpecnMRlb* avait eoiiipri^Umt
;d'iÉMi0d« qfue h» lésistane» étaM ikiotife.
/ <K(Alioii», lefWff^-'mm, MÉitfit Bfev, dit* k^ eofrégHfenr;
:tt«S' sfamm» p» h^ ftemp^^de stMil^mir «ree^voas une* Wkésm
-pAiAcfae,
' •— Vili atfttaaaesaé» t ^'écria Bim, t^u» arae raîaoïf avjmDE^
:41i«iv. J^ vm9 nHBsi dame en> sii«n«e ;' maïs on jovr Id 6o«nfe
naameitir'ù»m^BT9s,etfsv ^mù» èfSm aloiv ré^reilK^ fonrne- mm
'"fln milÉRK dft* ho nuit, E^agnof incfigire , fiwfe ne* niaiHjheroiL
duisez. D
• i^oonégidDP iicr itt aueane oivs^rvaden*, ^estfmmt heu-
nonne éa^ trouver' Harlàii l^îes sr Tésîgifé. Celtiv-ei sfliabflla', et
SB plaça de Iuî-iiiènfe«aa milfem des^ afg^senls^» aprè9 ayciîir tSA
.fw boii> ehanome on- sahif qui signifiiût rCe* n'est pss^ voir
c Vendaae que' tmt oeev se paesaiît chez FBoimAe eorMSsiasfr-
que, un certain- mwBbre âf& perseimes^ s'étaient rassemblées
rdan» las TOes, attir-ées d^éjà* par fe broîl d^nne* arrestalibn im-
rportante ; c'étaient pvescpie tSM»de8 artisans et d^^jovma-
ciietS) citose plus fidèle à l'Kspapre* que b- classe élevée, qni
c^étailf généralement prononeée penrles^ TVairçaîs aflfi' de ga*
-rantir se» prepriiétés. Dan» ce raesembfcment éteiiV aassî' TSR-
colaS'Blt eoee^; cehiî^ se" gardait bien de répondre aux que»-
:lionr qu'échangeaient enfre emr tous- ce» hommes* qtrr t^no-
iMient ençoi^ quel' personnage avait motivé* ce déiploroment
"ér tbults I^ ftyrces diffponîMes^d^ Fii polfee. Il notait inqutiet
qne» de te manière* d^iit iT réefameraîf leprirt de se détran-
«Mion. N>fantf pu iiMJRqner dknsqndfe' demeure Pffimpeci*
'iKidb* s'était rendn, i( avait survî le corrégidbrpar èè pa», nmts
. tl^n'éClnt pas entMl eKez le cKanome, n'osant pas braver lè re-
gard' de Fhomme trahr par M. ■ (Hssonna quand Hartïn
tWes dteseendit dansla-rue, et cpi'Fsteban Ueboncher; en le
reconnaissant, dit aux autres : C'est rEmpmnaid! Ace nom,
î ttmnvBitmttve se* fit entendre diins le rassemblement, et If cor-
' fégidov piarml. craî»Are qu'o» ne eherehéft à délivrer son pri-
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DE LA« m M? mjixfm diez. M
sonnier, car il pressa le pas, et les alguazils marchaient aussi
avec une hâte qui indiquait la m^me inquiétude ; mais ni Es-
teban le boucher, ni BlaB le mercier, ni aucun de ceux qui
étaient là, ne bougèrent, trop saisis par la surprise pour tenter
I» coup tatfdi r anqwil îb m s^étaiena pt» frépmi». Mai» Ës-
teban remarquable pffmiiev qne KicoiaffBI Coeo, «pvès s^AM
«bè hoalessemnill derrière htit» se^prAciyitei ffonâ à tmupi la
sttile ésB aigdasibi Eststtan M deim pas en< avant; sa targi
■an aivètai par If épaule le meadiaiit bofteas. GeliàîHsv w r^
Inrw terrer ^iimn^dtias les joiordo boudtcrle^soitpçra
ipÉVaplEiiti tmim aasoiRH l »'éeria^l^ ao'geooan, sdlor eoorè-
(pdoT.^Maôr la maiir dfSstebn Veufl bieniAtr sain ài ht govgB :
cKateikle^ lui dit4i^ en étoaiEnili awaié^. e'afll.dime mil ^p^
49 neadurEanfecioado l »
fiei» 01» arot» lanfteme» fîmnt approchiasv etileair biMr
ttoitra la face hidease du» mencUaiat boaleTeisée' par omb
honftle terrew. <i Cesttoi qui a8vaMhi>rEiiip€ttiBari» iMé^rftta
le btiKher son làcheB sa Tictîma, mais eni loîi loiasant (
ie- settOe pour vépoadhe;
e Ifaa, MiiHV ^aiai ai'eat pas ; p'ig|u>raÎB oAiit étaiH.
-^Àhl ta tas» eaeore nier ! dii Esteban enr sevrant dto^
veaa le mendianti à lai gerg^ de* namèm à linr faim fendse d|i
mf pu labottéhe; ^^ Hienteur, c'eittjoi.
— Pardon y pardon, dit enfin le misérable ,. espAmiftaii
ÈtoinB obtenia la pitié dku bouefter *r pfifà»ut^.mmféad*f. <)'est
vail
-^ Une* cordel. aae cbrde l deannda Bitefaanv » et îk baii an
ht appotté deiiK ou. taote«. ..
Lejom irefws.Ie^paenier ebyei qm.frapp» loi tnedar eané-
«îdor, lefaq/ei'ilr se mU àf la> fenéfire, fut Ir eoaper dr Nimrihs
JilIGoco pendhiàiHOiariire devant aa<peirtei Uaefpanaaiaa ie
popiev attachée aneo- une^ épin^ sur sa poitrinv éarit IteiiHe
du sang qui avait coulé de sa botehe*^ naisF eeisang: net poii-
^teaipèebër le aiagitltBÂt afrancesiaiD drliae l/insenitiion
suivante :
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Hk TROIS CHAPITRES
LOS YBNDBDORBS DSL EHPBaNADO :
NUMERO UNO,
YBN6ANZA (1) I
Le corrégidor ne put retenir un mouvement d'effroi et se
détourna de la fenêtre en rêvant au numéro 2.
/ Cette démonstration hardie et significative dont les auteurs
se gardèrent fidèlement le secret alarma les fonctionnaires de
Burgo de Osma, et leur premier soin fut d'envoyer au village
de San-Esteban de Gormaz, où il y avait trois cents hommes
d'infianterie française, pour demander une garde destinée à
protéger la prison. Ces troupes marchèrent au complet, puis
d'autres furent expédiées pour les appuyer, et telle était Tîm-
portance de la capture qu'il y eut bientôt jusqu'à trois mille
hommes dans la ville. On pensait que l'intention des vain-
queurs était de faire passer l'Empecinado à un conseil de
guerre ; mais il avait été arrêté par les autorités civiles et Ton
jugea plus politique de le foire juger par un tribunal civil qui
le condamnerait comme bandit et voleur; la procédure serait
plus longue, mais elle frapperait davantage les imaginations, et
c'était un coup départi d'enlever au courageux et populaire
guérillero une partie du prestige qui s'attachait à ses prouesses.
Le corrégidor reçut donc l'ordre de tout préparer pour le ju-
gement du prévenu.
Quelques jours s'étaient écoulés depuis l'incarcération de
l'Empecinado; il était un matin étendu sur sa paillasse, réflé-
chissant à sa position, qui devait lui paraître désespérée.
Aucun ami n'avait pu parvenir juqu'à lui , il pouvait très-bien
se croire abandonné de Dieu et des hommes; mais il était
dans son caractère de ne jamais se désespérer, comme il le
prouva bien quinze ans plus tard lorsque conduit au supplice
il osa tenter, nu et sans armes, l'évasion la plus hardie qu'ait
Jainais tentée un condamné.
Quant au moment présent, il méditait sans doute quelque
(1) Les traîtres qui ont vendu l'Empecinado : numéro 1, Teogeance !
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DE LA VIE DE BIAETIN DIEZ. It^S
entreprise digne de son audace, lorsqu'il entendit prononcer
son nom très-distinctement, quoique avec l'intonation con-
tenue de la prudence, et levant les yeux vers le seul endroit
d'oa pouvait provenir un son , il vit une tète d'homme à la
petite ouverture grillée de sa porte.
«Martin Diez, ne me reconnais-tu pas? » dit la voix.
L'Empecinado se leva, et s'approchant reconnut les traits
d'an cordonnier nommé Cambea, natif d'Aranda et qui avait
servi avec lui dans la guerre de 1792. Logé dans la prison
pour quelque peccadille, il pouvait aller et venir tout le jour
dans la cour et les corridors; il pouvait même exercer son
état avec la pennissisn du geôlier en chef ou alcayde. Il avait
guetté le moment fovorable pour venir visiter son ancien ca-
marade et lui offrir les moyens de feciliter son évasion. Après
quelques mots échangés rapidement entre eux, Cambea se
retira prudemment; mais il revint le soir avec un morceau
de cire et prit l'empreinte de la serrure du cachot pour se
faire &ire une clef par un ami qu'il avait en ville et qui était
serrurier de son métier.
Be deux jours l'Empecinado ne le revit plus. II commen-
çait à croire que leur intelligence avait été découverte et que
Cambea avait été condamné à une réclusion plus étroite, lors-
qae la porte du cachot s'ouvrit doucement et son ami le cor-
donnier entra une clef à la main , la face radieuse. Les deux
prisonniers eurent bientôt fait leur plan , et il fut convenu
qu'ils en essayeraient l'exécution le dimanche suivant, pen-
dant la célébration de la messe.
Le jour fixé arriva : à dix heures du matin, la femme et la
fille du geôlier, leur domestique et le tourne-clefs étant allés à
l'église, il ne restait plus dans la prison que les prisonniers
et le geôlier en chef, qui fut adroitement enfermé dans son
appartement. Sans perdre une minute et observant le plus
e^and silence, Cambea se rendit au cachot de Martin Diez,
Tanna d'un tranchet à son usage, le chargea sur ses épaules
et le porta ainsi à la porte du geôlier.
Celui-ci n'était pas seul ; avec lui était l'homme de loi aiT-
5* SÉRIE.— TOME XI. 10
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1U mots- cBAPivBEa
^pilétoH oMifiéd laipnMédure dto'jug^aiaiit d^Hastifi Dm»
eA oeadtittx. hnamê^étûmù, toanfwîllgmont*airi8 autMvid'i
mille kraieillft de Xérèa^. qu'ils vMatfMfc en s'enltfei
peai^étiwr^ia.flentenca etide reKéQKtiMF.dtt-ftiBic«ft |f*ia«ft*
nier. Tout à coup on frap|ie à la p^rte*: Àdikuâêi ecie V^
eayde, et C^amtea se ppésaoli» :
« Seigiwucalca^'de, di(-il, lecerrégidor estàlafierUyde la
ypi8on<et déaire vous parler. ))L'akayde.s6.1ève<âMr6e eoipreie^
fliyeat et va pouE recevoir le premier mag^trat de la vittes;
mais^à peine a-^il franchiila j^te derrière laquelle l'Ei^
cûaado était cadié^ qi^e celui-ci £aiiua.boad, ^eiq^'ileùien^
core les fers aux..pied8^ le saisit d'uae majsk par les chevevx
.et de Fauire lui serre la gorgf). Au même moment, Canbea se
jetait sur le légiste et Tenveloppait de son manteau comaie
un paquet; il le porte au cachot de Martin Diez où il Ten^
ferme ; puis revenant au secours de Diez, il l'aide à- garrotter
les mains de l'alcayde et à le Milionner pour aller le déposer
aussi au même lieu de sèreté que le légiste. Cela Sait, il s'a^
gissait de délivrer TEmpecinado de ses Cer«, ce'cpii devint
assez facile avec les instruments trouvés dans la chambre- du
geôlier.
Mais le plus difficile ou le plus dangereux, restait à £aiire :
ce n'était pas tout que d'ètrc'los maitrcs des clefs dela> pvi*
son^ il fallait en sortant traverser un corps de. garde de
factionnaires' français. Cambea et Martin Diez a;vaieiit
songé à ce dernier acte de. leur petit drame. Le cordonnier
mit bravement sur sa tète le chapeau à trois cornes de
L'homme de loi et son manteau susrses épaules ;.le hardi gpe-
lillevo se coifiEn et se drapa de même nvec le chapyean et le
manteau de l'alcayde. Ainsi accoutrés, ils. eurent le hoo»
heur de s'éloigper sans ôtre reconnus,, sans mène, qu'ott
fit beaucoup attention à.eux^.et ik étaient .déj^ prés de la
porte de hi> ville» lorsqu'il» aperçurent un'dragyAnrd'or.doa^
nance qui gardait deux chevaux.sellisietibridés,,attcadaatj;
selon toute apparence, q^velque officier qpi allait, faire «ne
proG&enade. Getterue était. d'aiUeuca solitaice oomme.tontes
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[de la vie de MARTIN DIEZ. 12^7
lesautres/vu l'heure de la messe. LTmpecinado, fouillant une
des poches de son maotenilteimrapÉ, y avait trouvé une ta-
batière pleine de ce tabac si fin qu'on appelle en Espagne
\mearnado de los frayles. II en vida tout le contenu dans une
main, et marchant droit an si^Mâl, lui demanda la demeure
deTofficier commandant. Tandis que le soldat lui répondait,
Martin Diez lui jeta tout le tabac dans les yeux, puis lui as-
séna un coup de poing si vigoureux qu'il le renversa par terre
étourdi et aveuglé. Alors lui Atant son sabre, il s'élança sur
la selle de l'officier, et Cambea prenant pour lui le cheval du
dragon, ils partirent ensemMèr av galop.
n y avait à peine cinq minutes qu'ils étaient hors de la
ville, lorsqu'ils entendbent battre les «tambours et sonner les
trompettes. Ils virent même derrière eux un nuage de pous-
sière; on les poursuivait; mais ils étaient bien montés. Us
gagnèrent les montagnes : trois jours après, l'Empecinado
avait rejoint Mariano Fuentès, et se trouvait encore à la tète
de sa guérilla.
[l/la(hjcood'$ Edinburgh Magazine.)
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£Simtiianits.
ROMANS.
LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT (1).
CHAPITRE PREMIER.
Les biographes aiment assez à attribuer aux qualités de
leurs héros des origines héroïques. Puisque c'est ma destinée
d'écrire moi-même ma propre histoire, je veux la raconter à
ma manière, et je suis libre d'avouer que le trait distinctif de
mon caractère provient du premier coup d'œil que je pus
donner à ma personne dans la psyché du boudoir de ma mère :
je n'avais qu'un an lorsque je me vis, et je devins un fat pour
le reste de mes jours. On me permettra bien d'ajouter que
j'étais un joli enfant. J'avais anm mes petits caprices et mes
moment d'humeur : heureusement on découvrit bientôt com-
bien 'je me plaisais à moi-même, et quand mes cris ou mes
pleurs importunaient ma mère : « Nourrice, disait-elle pour
m'apaiser, mettez-le devant la glace, le pauvre enfant 1 )»
Admis de bonne heure dans le sanctuaire de la toUette,
mes premiers joujoux furent les fleurs, les bijoux et tous les
riches colifichets d'une lady à la mode. Telle était lady Or-
mington. Je dois dire que j'étais le premier de ses enfants
qui obtint ce privilège, partagé d'ailleurs avec quelques co-
lonels des gardes et de jeunes membres du parlement. J'avais
(1) Note du dibectbur. Cet article, comme les autres de la ReTue, ne
pourra être reproduit sans l'autorisation expresse de la direction.
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LES PREMIÈRES AMOURS B'Ulf FAT. U9
cependant an frère et une sœar; un frère mon atné, destiné à
bériter des titres de la feunille; une sœur qui avait les mêmes
droits à l'attention de sa mère ; mais l'honorable (1) John
Danby louchait, Thonorable Julia avait des cheveux rouges,
et lady Ormington était aussi honteuse de ces deux enfonts,
que s'ils lui eussent été envoyés de l'hospice des enfants
trouvés.
Depuis le jour de ma naissance, au contraire, les nourrices,
les bonnes, les JFemmes de chambre, etc., furent unanimes
i déclarer que j'étais l'image vivante de ma belle maman, et
comme ma belle maman était la fille d'un gentilhomme de
province, n'ayant eu pour toute dot que sa beauté, elle pou-
vait bien être excusable de montrer quelque partialité ma-
ternelle pour son portrait en miniature.
La vocation instinctive de ma mère était la toilette; elle
semblait croire qu'elle ne pouvait trop donner de soins au
culte de ces charmes qui lui avaient valu le cœur ou pIutAt
la main d'un lord. A force de tourmenter son imagination
pour inventer des ornements nouveaux à l'usage de l'objet
exclusif de son culte , elle eut l'honneur d'en mettre plu-
sieurs à la mode : tel fut le pou^ Ormington, qui eut la vo-
gue pendant un mois. Si les Ànnuaîs et les Keepiokes eussent
akro existé, elle y eût figuré comme la plus délicieuse vi-
gnette du volume : mais son portrait peint parCosway, gravé
par Bartolozzi, a excité l'admiration aux vitres d'étalage de
tons les marchands d'estampes.
le dirai peu de choses de mon noble père, lord Op-
nington ; car, personnage influent à la chambre des pairs,
il était i peine question de lui dans le boudoir où je passai
ma première enfance. Plus tard je dus l'accuser seul de mon
^1, lorsque je fus envoyé au pensionnat de Cheswick, véri-
table purgatoire où, comme dans un hôpital de fous, on com-
1) NoTB DU DniBCTBOE. L« fils et filles de pairs n'ont droit qu'au titre
^honorahU, et ne peuvent être, même par courtoisie, qualifiés de lord ou
^ lady, à moins que le pair ne soit aussi duc, marquis ou comte.
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«Dttita parine «Miper «âsgraeien ^eyeiixbliMids pour «e
iivvétir ensttiie d'an affreux uuifoniie. Odieia «ouveoir Zijis
,viesefaisfoit,pettf -àraoÎHnteie si j'avais tu^aon apparUkm
daas la , psyché de 19a mère. Quelle iriaie eûgteace ,fot ki
iBÎeAQe jusqu'à ce qu'on ■ me tmaslévàt au collège d'Eton IMûs
liai encore Je ne fosrguère noÎAs à plaindre. Lacly Onningtea
avait vainement protesté; elle protesta encore lorsque je. ^
Mpaatriculé ^à Toinvecsité d'Ckfonl : une «éducation lunhrer-
tiaîpeéiait bonne ponr nionffrèiealjié ;.nms,7C[uVivais;ieibfSMi
fdu^grecet dalatiA.ponrètre nn jouTxOfiîcier/^iux^gaTd^? .Vov-
r4raÂiTi>n àîre de niai,:.par haaard, an miniatrei de) paroisse 7^.
.Se.voir la mère d'un, prédicateur babillé de,noirret«4Qf)aai,liB
. dfott« de. débiter en chaireuu^sennon.nasiUard «ur lesvnniAéa
du siècle 1 . . . quelle horreqr pour . Ia4y Ormingtoa l CeUe -îdé^
*$m\e lui cansa un^vanottissementcont^eilequAl îli&Uat em-
iplqyer tous lessels deMn:bondoir..On'Con)p«9ndqn'eUe«ii0
4t.pas «ne-aenlefois le voyage dfOxfi^rdponr venir ^y voir^^sM
(infortuné fils Cecil : il. est .vrai gu'alle y avait kîsié .peii4*
!dmt quatre. ans )alin».nion .frère atné, crokre .péniblemnat
jm -seience-et en sagesse, et «que «a sonvr Julie, était égaln-
.jnenl oubliée dans ]a.penston où eUeespéiait qu'avec le fw^pa
Mfiifibeveox rooges^passeraient à la nuance blonde.
'Fortder^antîpathiedenanière.pouple régime univevsUatfc^
leaus abréger nion.sé|our.>sur les. bords de rrlsis, la claaaifpie
/ffivière d'Oxford^enne foisanten^pulaerau bouidetlawsecondrs
année* Je rentrai sous le toit .paternel presque «triomphiUt
dei cette diatinctian négative. Afa mère, en effdl, merefat à
merveîUe en.ve^ittnt sa miniature devenue un ohaïuiantrAiEleMB
*davingtaAs;<maiS'moivpèfeiie vit pas duwmèmeœileetîumn
étourdi qni^ entperdant>ses> titra» schdaire»,ryrdait7en wOip
.temps un .bé*éfi<9e «eeolésiaatiqne réservé (depuis des^sià^lea
an frère eadet deik*fiunille»<at qpiirue valait jpas tmeîns id»
2,000 £ (25,000 fr.) par année, outre la perspective de con-
duire un jour le titulaire sur le banc des évèques à la cham-
bre des lords, tl ne daigna, plus s'occi^perde mon sod
lui-même et m'adressa à ses hommas d'ai&ire^» MM. .lian-
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seret^SiHitdi, HamemniK énm ce qnaftî^rtrès-pea «mf^
flK'WMI, de ine Taîi t 'ConiHrttre ^aon tihhifafdiin. '9e làe ptn
itfVwpéehgr^fte' tf wiiMw 'ini pe«i tte»eé(te 'meMce^-etwe 'voo-
kttt fms Tc^r |»kis tonglstiips >mi ^Mispeiis, J'iliai le jour
mtmt «iierdicT'Via '•eAtence t^lvec» c«b liomiéteB ipr<H«i«im.
Vii'dvrc «a'UR'iaquaÎB, «ces 4eoK>oréfftiimc«e feseemMeitl
dns (es QiitMB#e fa* ciHeAiie (nan^vehii-^, jê'cre'fs, *evniiH
Ut), "are Nen'de^^mliltfoànreéMis'I^éiliide, nne prm«cle pmeer
dtnie^OB^ pfcnnier^élaçe': leaHBm!'«es'geii94à Aseilt
appeler salon une grande pîjiee prrafne «aiiMi «œ 'ifi%in»
enage.le jetâUABtttoorde'inoi'wi-Tegntl amtz'iiiMaigiieiny
lonqie'j^qpepv» ^% ine '(Élble'prèB'de Jla^fAienmiée'^n'élait
Si«H»4^Bi^l)iHK')«Bne<éuierMail'«eflî9e et1millRit...4to*
■at^qve e'éMt 'la meMé i*mn* éee tmamiioum <4e mm ouiblB
iHne, je flevairtrap m Tnsprmma* deoMD ttfikâimVritoit fm
MieéaaxîfMsyteiinpcrtiiMate'ettmm... naMa^jeinedaflB
tana'IaJfete, «tjeiiiie'«eiiliS'di^iotéià»ètmBaiiioiM«C^^
oi «TOjwt 'la 'figure la- pl«apoétix|Be du »oiiéa.><^aIa '7«iua
9MbciieY«Kl qMHe.|NMal «tifin qade rttsBiwe^tbmailK
aMpiirilél<ipMl'OhasMelle;ioaf«»eveft*qnHBllÎ9KM
<l*ètre écrasée par mon affiad)ilité protectrice , par WwoeÉl
div«fc awcikqHl fe Iniidia:: « Qwg—iil— p ■■■■wrtanwiaitte
■e!te'déniB||;Bf)aa,D<e'fat«elle.i|n m'iinrilia^enan^dîaant':
t liUwjuiincimi, BWMCTt, i»A'ptttJ|iiABtcaDnBlady>OfaNH||^
In ranait 4tté «an -aqpotiiiDam* ^fcprèt «oes paobs^eUeifliB
fpanid(eU)e»AitrpavliB,ihit-<le>nii
npfÉar-dflns kqghiae, nBan:|diinpanr«i^adHHraritoalidSahi^
•ÉaB nMn hsMlfldB, '■MMB piynrjne'dvaiaBdar'SPQC doute lai
une femoie quelconque avait réellement pu braver les gràaw
hnÉndcB «de oHaB «àndividu. Nos : : 'ie JMmd «de uua «omvilte
tattafefine, moafAotdlhBCioeniaM Mi9a,tetc«,<dto« Ilrô(
la dame n'avait pu être insensible sans *inMiloir Ibisii vpoM^
Mes réfiexions furent interrompues par Ventrée du vieux
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152 LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT,
Hanmer : il se frottait les mains, il aspirait son souffle ; entrée
classique des dentistes, des procureurs et antres bourreaux
du corps humain ou de la pensée. Mon salut devait lui témoi-
gner toute ma répugnance, et il eut beau me tendre la main
avec la franchise nonchalante d'un homme qui se sentait in-
vesti par mon père d'une sorte d'autorité sur moi, la mienne se
refusa à son insolente étreinte. Il n'en fut pas décontenancé:
ces gens-là digèrent à merveille tous les affronts de notre
classe; et le vieux procureur continua à me regarder avec le
sourire de pitié que Togre dut adresser au Petit Poucet avant
de le mettre sous la cage à poulets.
<( Mon cher jeune gentleman, me diUil, j'ai le regret d'a-
voir à vous exprimer le déplaisir qu'éprouve mon noble client
lord Ormington... » J'épargne à mon lecteur le sermon qu'il
me débita et que je résume en ces termes : a Vous ne pouves
plus être homme d'église, M. Cecil Danby ; votre père ne veut
pas que vous soyez homme de guerre ; mais si vous voulez
embrasser la carrière diplomatique, le ministre avec qui nom
sommes en bonnes relations consent à vous attacher à ses bu-
reaux, et si vous vous y conduisez bien, nous vous y ferons
toucher les quatre cents guinées dont vous avez jusqu'ici joui
à Oxford. »
Je fus agréablement surpris, moi qui m'attendais à toutes
les rigueurs paternelles, entre autres à être exilé dans nos
propriétés d'Irlande, au moment ou les salons du beau monde
allaient s'ouvrir; mais voulant, débuter en vrai diplomate, je
dissimulai au lieu d'accepter cet ultimatum avec enthousiasme,
et répondis que j'y réfléchirais. « Dans quelques jours, dis-je,
je viendrai vous porter, monsieur, ma résolution. .. Il me reste,
monsieur, à regretter d'avoir tout à l'heure dérangé Mrs. Han-
mer. »
Il n'est pas de vieux barbon de soixanto-cinq ans, marié
ou célibataire, qui ne soit enchanté qu'on lui attribue une
jolie femme de dix-huit.
« Mrs. Hanmer I s'écria le procureur évidemment flatté. Miss
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LES PBEMIÈRES AMOUBS B'UN FAT. 153
Emily , vous voulez dire. Oh 1 c'est bien sa faute si elle 8*est trou-
vée ce matin dans le salon : elle savait que je vous y attendais. r>
Sa faute 1 péché moins que véniel à mes yeux. Sans doute
miss Emily... n'importe son autre nom, avait entendu parler
de l'élégant Cecil Danby et désirait savoir si la renommée ne
le vantait pas trop. Cependant pourquoi avait--elle été si froide?
fêtais curieux ; mais je dus continuer à feindre, me proposant
de revenir. Je saluai donc sans ajouter une phrase, et je
partis avec Tair de la plus aristocratique indifférence.
CHAPITRE IL
Mon père était un homme tel qu'on n'en voit guère hors
de l'Angleterre : réservé sans être contemplatif, de bonne
compagnie sans être sociable , nullement méfiant sans avoir
confiance en personne; froid, très-peu expansif, et démon-
stratif encore moins; remplissant les plus petits devoirs de la
vie 81 gravement qu'il faisait croire qu'ils avaient de Timpor-
taQce;par sa gravité comme par son avarice de paroles prê-
tant on air de mystère à son insignifiance , il semblait avoir
pear de laisser deviner ce qu'il voulait foire, et cependant
qa'avait-il à craindre?.. Dieu sait s'il fit jamais rien qui valût
la peine qu'on en parlât 1 C'était d'ailleurs un homme moral.
Sesa&ires avec Hanmer, avec son banquier ou avec le mi-
nistre, auraient pu se traiter sur la place publique sans faire
tort à sa réputation ou à sa vertu politique; cependant il
semblait redouter que son valet de chambre sAt le mardi
qu'il avait le mercredi un rendez-vous avec l'un des trois ;
et quant à sa femnie... il est vrai qu'auprès de celle-ci il avait
des motifs suffisants pour être réservé.
Lorsqu'au bout de deux jours de réflexion je l'abordai
avec rinteution de lui signifier que j'acceptais son femeux
«^tmatimi, je ne fus pas surpris d'être renvoyé une seconde
fois à son procureur : « Pour tout ce qui est affaire, me
dit -il, je désire communiquer avec vous par une tierce
personne. y> A dire vrai, si je n'avais pas compté sur cette
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rifmae , tje «e «e .Amw fn v^l^ntiMs •olirassé^ ioiil'Op-
«111(101), et je me MBdbidraE'Haiimcr (;»ès-«aneax'de Teroir
ottas £nilf .
M. UHMMr était' sorti, son «B«eié ^éteHi^n TojE^ge «hepns
lafveîUe. «c Yeuillez bien, dis-je aa elerc, informer iBÎ9s%DÎly
qMj.*ai à hii patler de la part de lerd Omningten. d dpiioiiiy
le A0ffi dtticUent ie<^8 inporiant de Tétnëe, predvnsttson
effet} onne.ooariniflitffU'Saioi).
Cette eeoeMie «rinle, attendue m fmrtteiKhie, tieJéwncefta
pas encore miss Emily : ce fut avec une hauteur superbe
qu'elle se leva et attendittma baflan^Der; et moi, ce fut en bal-
butiant un peu que je lui dis :
xic Pardonnez , mias , .si J'oae votts (denamdor ^la ïJwrwrHie
TOUS obarger d'aurnasM^e confideatieliponr M. iTSkne^père.r»
.Son père 1 iAmÎB-je^étéJMNi pci»nBiè,i«e dont je éitttaîi,
qa'elleiétait kv&Uedu YMU-proeMPeur, é «arvoiJmevc, àiV^
iiiotk>n.de*«Mi.n^rd, à ia*flBcpnse,.à«oniindiemilmi>flitBB
peat"ètre... je ^is^que je.me.trempaâi. Elle ne:répenlitipai,
et.«)oi, Yxaîfliaàt coofiis, .jeine :8«iaiBsi jetdnmatrépéter «■'
dmande â ;la fois «i kunible et ai knpettiiiBnie. «e Mnteii
que Je davais avoir l'air d'miireoafd pna.mipîége.
« Que déairez^vens qae je .conaïuiiiqve A M. -Bmier -û
San retour? dit-elle anin aptàa aae «lîante de -sileMe , ^ét
d!iin ton ai madérécqnfi, si j'ainM»rexoîlé«aniiadi|fnaitioii,*6tti
Atoit d4îà.apaî0Ae.
— ^Sia)pleaienttqtte«voi]B»TeuiHîez bien <lni «ppienére qm
jfafiQapteJesiCoadîiioaB qoi mi'ontiélé propoaAseqMr «on «-
tennédiake, .répeadistfe,. n'étant paai étneq^faBeKpKcte, «i thd
niveler la.aitiiaiiûn.aii|0iiIiàreqiii fa.vendaît,ialfe(«tflf. ÊSaa^
mer, Tunique moyen de^«o■nlaaRal•8n qnitpftteaiiHiir mtWm
un jMÛr du^foyannerat •efijfikirésîdnitvaaBilBunêne:*!»!.
<«,J'ai Ulianmar de paaler ià M. Jtenfay Uy >
fitBÎdflaienL
/Je fia «n saint afirsatif .
•«Jb ne 'manfineBai pas de4épAlernratfe«aBHige,%
naa4-aUe an avangant hiimin'vieffB Inaonnalte,'^
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MIMMM •fou MT. 1116
«e'finpe eMoprorfre^e mon aHdMoe étohttwBriiiée. Iltn'j
arait plus qu'à me retirer, et je le is la tête basse, n'iajwM
•ftgaéÀoioan^iiertinMte mlrBMOA qne de deaesmlretncord
an peu plu» 1m» dans IVstioie d «fittily -et dans fat nîtntte.
>La fille on la'sièee il'ua firocavtiii'l mmaaim^e oanan
fooroeffimeT par l'accent népriaafttMec^tqnelj'eswyaMée
prononcer ces motsi et j'allai meniii^jjer datts letbiMéeir de
«B Bière. flétaal pmdaotinoaiflégottràrBtoB ét^fOifoiiiyJes
années avaient marché pour elle : la brillante lady*Oniringtaii
4iaii«De coquette aar le tetonr ^^HeYeDemt >c0core iiae< pe-
itile coar 4 «a toilette, «Mia ^aoti «^pignodle y >élait aoa)e«qHi^
^luetoisiafrecaariiiaHfoaae. Je lui 5is.pattidoa<kileiitio«(Aa
'VMNi fke at dermon 4ttce|»taiion.
ff Aion, dittoHe, onijonri^u ronti» toim poiarez.Aloe 4fli
ambassadeur, fin atkadwit, Tousinoatorez 'en )iîile;>ieivott
doDMiai «ne deaMa/cntDéea.i l-âpém «tArowjpféNittorai à
b dachesse ^ ilhmejmntk. aMieiMBille^)roiHfdéonMtrde)hi
fwmiiti oni^erskaîf e ; nais «évitea 'svriauii àmx «abasaa , iIb
tmM kpoKtiqm. «Le jeutirt la ipolitii|HetMint l^apaaage das
IHs aines. ël^Min ta'éiaittpafi «i^ slapide, il .poumit-finrorpaiv
'lar'dehi.AiicâriBailietimiflii(parlanieat; nattis Jofan nettU
que lire; jamais il ne fut destiné à jouer le rMe<d/itn i
••^AoemmeiittfiM Taoonnandoa^TOiiB »de ipaswr naon
teoipa? hi .damaadfflije ipo«r rine rptéicr à «ms Mlaa idéaa;;
ÊÊm aD*ae«ioineot qnelqui'on «ntfëitdAns.iebaiidoir.
^ Ah! WÊÊL lébète lady dianrîfit, lOoaHWfit '«Mos^voiis? 'dit
mtbtaère ; tTOUfitraneB vie ohordbarrpoiindlei^alnD larduuhaaaii,
.itje^fkîai'pas.BiAniefaoMKeMéinia tetiaile.
-^■^IHptdwa-^v^atts donc 1 répondit ane joiiiie(dani&i|piii{ilit
JW6'eliaMeuet«'asattrprèa.d« feu oMMae«i «Heiéteitjéh«K^élIe :
Vous avez OHMîé »notre (Teiid«a^.voii8 ^m iputehaiit ^yoIib
<fik;<e'a»t un jplaisirfaoDiflie«nfiiutre..4e*Aroiia(«nipnf%, «aran-
M^nr^Bie^dit^lle àfOiôi» enira6tfot«Mt4in ^laterqvi mdiqitdt
-V^'Me^mefdmKmMilL ua*ia«am^té»4voHfl le^^miBtpmUmBtÊk
4» sfaai Ait.OYpidaer d'Qifoid? i>
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156 LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
Je reconnus alors la figure d'une jeune lady, plus jeune de
douze années que ma mère.
c( Oui, madame, c'est moi-même, répondis-je, et je ne re-
grette pas ce brusque congé , qui me procure l'honneur de
me présenter aujourd'hui à lady Harriet Vandeleur. » Ce di-
sant, je lui remis l'écran avec un air de galanterie que je
me persuadai être irrésistible.
Elle le reçut avec un éclat de rire, et me toisant de la tète
aux pieds :
<( Est-ce que le style des compliments à la Grandison est
encore en vogue dans nos universités? me dit-elle.... Ma
chère lady Ormington , allez vite passer une autre robe , je
vous prie , et je continuerai votre rôle auprès de ce jeune
homme... Il n'est pas mal, pour un ourson universitaire.
Confiez-le-moi, je verrai ce qu'on en peut feire. »
J'allais encore me lancer dans un compliment académique
pour lui exprimer le plaisir de tomber aux mains d'une telle
institutrice ; mais un coup d'œil malicieux m'y fit renoncer.
Lady Harriet était une Irlandaise d'une naïveté qui frisait
l'eifronterie. Oui , c'eût été de l'eifronterie chez une femme
laide ; mais chez la jolie et piquante lady Harriet c'était un
charme de plus.
« L'ourson doit-il rester debout ou s'asseoir ? ou bien lui
permettez-vous de s'agenouiller à vos pieds? lui dis-je quand
ma mère eut quitté le boudoir, et m'agenouillant en efiét.
— A mes pieds 1 dit-elle, pas mal, quant à l'attitude, mais
c'est une bévue quant à l'intention. En me faisant une décla-
ration burlesque , vous semblez me dire que vous ne m'en
ferez jamais une sérieuse. Allons, relevez-vous... avec grâce»
et tâchez de ne pas paraître trop empesé dans votre cravate. »
' Cette étourderie , calculée ou non , chez une jeune veuve,
me rendit muet; je fus dompté comme le sont les lions et les
tigres par le sang-froid de leurs gardiens. I^dy Harriet me
laissa le temps de me remettre en faisant une sortie contre
l'ameublement du boudoir maternel , qu'elle trouvait en ar-
rière d'un siècle sur la nouvelle mode; puis elle daigna s'in*
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LES PmBMIÈEES AMOUBS B'UN FAT. 157
former de la carrière que j'allais suivre , et n'eut pas trop
d'objections à exprimer contre la diplomatie.
« Yenez-vous avec nous chez la duchesse ce soir? mede-
manda-t-elle.
—C'est vous qui pouvez me l'apprendre, lui répondis-je :
aarai-je cet honneur ? J'attends vos ordres, mylady. Et je la
regardais avec une galanterie maladroite.
—Mes ordres I en ce cas, je vous ordonne de rester : bien
mieai, je vous ordonne de rester chez vous^ jusqu'à ce que
TOUS soyez propre à aller en société. Votre éducation est tout
entière à faire; vous êtes à mille lieues de la plus petite des
choses qai sont indispensables pour être souffert dans notre
monde : vous feriez peut-être sensation; mais faire sensation
est on triomphe vulgaire ; il s'agit d'entretenir cela, et pour y
réussir, il vous faudrait toujours marcher sur la tète (mora-
lement parlant); or, cette attitude, comme tout ce qui est
forcé, deviendrait fatigante pour vous, ennuyeuse pour les
antres. Se maintenir en faveur, comme il convient à un homme
bien élevé, voilà l'essentiel, et c'est ce qui exige simplement
une certaine dose de bon sens. Avez-vous du bon sens? Pour
le savoir, pour en être sûr, commencez, mon jeune ami, par
TOUS dépouiller de votre présomption : Il faut apprendre à
vouîffutr.
—J'apprendrai tout ce que vous daignerez m'enseigner,
lai dis^'e; mais comment parvenir à être humble, quand la
simple faveur de vous inspirer quelque intérêt ne pourrait
que centupler cet amour-propre, dont vous me faites un
crime
— Mais c'est de. la logique, je crois. Allons, vous n'avez
pas perdu tout votre temps à l'Université, mon jeune étudiant ;
et moi qui croyais que notre jeunesse n'allait à Oxford que
ponr y oublier le peu qu'elle pouvait savoir.... Néanmoins,
non pas pour vous , mais pour moi-même, je consens à me
charger de vous; car, puisqu'il sera de ma destinée de voir
beaucoup le fils fevori de ma meilleure amie, ce serait un
fléau sérieux que de vous trouver toujours aussi présontp-
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IM UBS FKBMI AHK AMOm» B'OIT VèX^
fliflorvwisiiAculUet^aiMsi.&ique œ so». AUoos, ne bém*-
sez donc pas yos^phunescoinMi unicoqieik^olère... Vou6 n'y
gigowez TÎM ((M ctoiYiM» tiîfe vmtfmt de vmb^ Je tous le
répète, cette franchise un peu brusque, qui me. -m si bîfio i
BHiî^ jeuie vevrci, o'iesUàMUre à mes à$auxi sufiiâP et wx 6m«x
ytw ie nwcoiM/U^: celte» fraiidnse^ serait dé(es4able da»un
jeune homme dont Icsyeuxae svai paspl» beaw qneoeuK
dlua avtfe, et dont la eaMette: est >un« cassette de eaèet de
bmille, c'esiràHUreirèsKSontostable. PourcéassirfanoLoeHSv
mMs^devea tédtiire votre rire à-uvisenrire, votre grosee roias
k.wm demi^toix^ vo&aMeitioas à des suppositioM. Pendant
qoalqiMB années e&core, vous n'av«E aueun droit d'«?oiT-iiiie
opinion à tous; une petite toux de vos aines veus couperait
la<paroie. Le jury se compose de.eeox qin ont dix ans de ploe
cpie»yoiis. Leshenvnes de trente ans sont toni à LoAdresî,
hommes assez âgés p^iM* aivYMr da t»ct, pas asseapoivavoir de
lasagesse. Auss»tèitqucineiis:devenoasTéelleineaè saçes, neos
dnrenons indnigevirts... téamn umm, q» ai trente^roisans...
Ausst, tout envoussigttalant vos déâMvtsy je s»s 'assez bonne
pe«r souhaiter que von» vou» corrigiez', et lâKlesBua, benu
aeir. J'enteads-le frohBM«t<de<la n»bede seie de lady Or^
mington^ et j'^eo suis d'ianianiphis aise.qne voiisvoit^ prêté
éclater... Je n*aimepas les explosions. »
BapS'iefait, j'ava«9:jbit pins d'unteffort'peavi^nteivotnpTe,
stais seins succès. Il n'y avait -pae' moyen de. fance baiser pih
iidavnHon à cette ohareaaeiAe andeee.
« BeMoir^ajeiita-t-^Ie, en portant fab main à^eslèvree» à
la mode d'Italie ; vous n'êtes pas encore suffisamment dane
M» boAMs grAoes panr qiue j accepté yet#e>bras jnsqn'à
mn voiAvre. Prowec-mcM vutne docilM^n^veetant icipendasl
qpe nmn «tiiena cfae^ 1» dueheete pevdve netreiemps, notre
acgent et notre biMfiiie. hnownr. Lieee cppelqaelivre utUe*. ..
fa» UtémMfùê^ A GnmmlfmK cm un roman* de madMie de
SkraBa^.pfffievMipies W<ieyappineeéctz.iei)e« feai^taie et lee
benMes^mawëretç D
fin^éi^ld^eoAiinjjfiMtien^ îe^anomdtiifÎBiJu^ porte
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de rhôtel ; je lai serrai même la main lorsqu'elle Tappuya sur
la mienne pour entrer duis«« THîlife; mais après cela, je me
trouvai presque hors d'haleine, à force de lutter contre mon
dèpâl et ma surprise*
Quoi doBcI mail un des j^umb q^qs left-pbis «finUonaUts
df rrniïrrniff j'fitiin linrihuffmié pnrunfi jilii) frmwM Afvài
tout, ellfr avait daàgoi me^iomnerqNhelcpie-eftpoîrt.. eH&s!6C^
c&()efiiit de moî.^ elle Dem'aimait pas eoeoDe, mais eU^sfa*
lait pas dit qrfelleae ro^'aimerafk jjBWiis Ab 1 e'ékiît peuÉ-èto
sa dé&l Oui, j# la {Mcerai de m!aiflMffi..cwi, je te j«v«V'«U«
flùdmeca, elle m'adûr^ca» efc.... roèmd'eU» «'éywiaara. Je» m
sùs-pas sis de m'étfie senri ce seiir-là4iftTerbe ip$mer:mÊm
cefiit au moios> d'un tenue équwralent. La feii est epi'àrm^
aas et six mois» ua frère cadet A'esA.{ia» encoie très'^Ar de
bire insi riche Buxia^,
Le lendemain, j'iètais ^eacoro dana les mètms dispiestèioiis\
loisqne je reçus une letlce qmrémUa en bmh vMantte senlN
ment: c était dtt vieux Haïuner. Je ne pettraja^ espérer* cpw
oe digae-procaKur meatiauiierait le nom d'Emily, el oepHiw
dtat je fiis àéuffioisUé conaie si je feosse eapéré', lorsqaa
j]arriiraiàia.si{[iNiture..ËoiiH» dia^wt^ee Halic:: Jrneistiw.jMM
lATête» nm$faifiécik4ivee eUê. h'éfUne d'«ii hooime d'aAâfeat
esl-y rien de iuqîjw peétiqurs au monde, lien de pli» seo, rîMt
de plus seftlencieux?£bLbieBl coUe^i^avantqiMrJe Touirrîase^
avait pour moi on parfum,. un -battquet^.ttiieémaiMitfoii'cA*
leste. Q«a]idj^l!ett&paicourue, il^ trouva ipi/eUaafaimiih
çfii tout ainiplemiwi que j;ayais.à ma^disposilio», chezte'liaii**
quier de mou père^ie preaûer quartier de ma. fienaioa, et qaa
kmiaisiredaB^a&ir^ètraog^nes, lordVoteilab^ja'atleodiali
la lundi suivant dajuases bureawLppurm'y iaataller lUMutoit;
Cent goiaéea à toucher! la patte, des. hauaeursc^ sTmitt^
pour voua. Ahl q|iiietî;^èftais.byùen.ttii«écoIier.de.vii^(t«ai»^^^
BOUC ne pas votriàplus dei^oisie.qua daoa tauslesiOuviiatM
réunis de Crabbe, ScoU^%uui^.Wordswoi:th,MQ<H«>iate.,^^
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160 LES PREMIÈRES AMOURS B'UN FAT.
CHAPITRE III.
Le lundi suivant , je fus donc enrôlé parmi ces esclaves de
la nation qui passent cinq heures de la journée à tailler des
plumes ou à dessiner des chevaux, des chiens, des caricatu-
res, etc., etc., sur le papier de Sa Majesté dans Downing-
Street. J'avais avec moi jeunesse, santé, espérances; je crus
que je devenais mon maître. Ces cinq heures étaient bientôt
écoulées. Après mon jour de servage officiel commençait mon
jour de servage amoureux ; car je me rendais au moins trois
fois la semaine des bureaux de Son Excellence aux char-
mants salons de Grosvenor-Place, où présidait lady Harriet
Yandeleur. Cet aimable tyran n'était jamais visible avant
quatre heures. Elle ne se levait qu'à midi (Y aurore de$ jo-
lies femmes). Je me demandais quelquefois comment elle
passait le temps depuis son lever jusqu'à l'heure où ses salons
étaient ouverts. J'avais bien vu dans mon enfonce lady Or-
mington consacrer six heures consécutives à divers détails de
9a toilette ; mais c'était une époque où l'arrangement de la
parure d'une dame n'était pas une petite affaire; il ne fallait
pas moins d'une heure alors pour se lacer ; tandis que lady
Harriet était à la tète de cette école du Déshabillé^ qui im-
provise une beauté, avec tous ses atours, en trente minutes^
Lady Harriet portait invariablement une robe de mousseline
d'une finesse exquise et d'une blancheur irréprochable : ses
cheveux étaient toujours noués avec la plus grande simpli-
cité, sans colifichets ni rubans. Enfin, à l'heureux moment où
j'étais admis en sa présence, elle montrait un air enjoué, qui
annonçait le contentement du cœur... des yeux rayonnants
d'intelligence, des lèvres fraîches, des joues animées parla
conscience de sa beauté : non, avec une figure si expressive ,
une femme ne saurait cacher à des yeux jaloux si elle a été
trop tendrement occupée en votre absence.
Je n'avais aucune occasion de résoudre mes Routes. Le ha-
sard m'avait favorisé d'un tète-à-tète lors de notre première
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us PREMIÈBE8 AMOURS D'uN FAT. 161
entrevae; mais depuis je ne la vis plus seule. Nous nous ren-
contrions dans la foule du inonde ou chez elle ; mais je ne pou-
vais jamais arriver dans son salon qu'entre quatre et cinq
heures: il était déjà plein. Un jour, que j'avais dérobé un quart
d'bemie sur mes fonctions officielles, et que je mettais le pied
dans Grosvenor-Place, cinq minutes avant c|uatre heures, je
me trouvai devancé par un certain colonel Morley, le plus
laid des officiers de la garde, mais très-aimable et très-sédui-
sant. Je ne veux pas dire qu'il me séduisit, mot ; au contraire,
il y avait dans son regard perçant une sorte d'ironie de bon
ton qui me glaçait le cœur. Sous l'influence de ce regard, je
seniaôs mon esprit s'évaporer, et mes plus piquantes anecdo-
tes échapper à ma mémoire : comment n'aurais-je pas détesté
an pareil homme? c'était mon mauvais génie.
Ne pouvant arriver le premier, je m'arrangeai pour rester
on jour le dernier, et ma petite manœuvre pour garder seul le
terrain fut si discrète et si calme, que lady Harriet, qui ar-
rangeait ses vases de fleurs, me récompensa par le don d'une
branche d'héliotrope.
a Yons avez fait des progrès, M. Cecil Danby, me dit-elle,
il est joste que vous receviez un gage d'approbation et d'en-
couragement. Franchement, vous possédez presque par cœur
la plus difficile des leçons, celle de vous contenter d'être une
des fractions du grand tout, un des mille anneaux de la chaîne
sociale. Ceux qui prétendent à davantage ne deviendront pas
même cela. Vous n'avez à présent aucun droit de vous tndtvt-
dualis^^ vous devez vivre de la vie de la masse, agir de son
action, sentir de sa sensibilité.
— Sous un rapport, répondis-je avec chaleur, je sens en
effet ce que sent la masse , c'est lorsque je vous adore...
— Ma voiture est à la porte, interrompit lady Harriet , et
si voos n'avez pour me remercier de ma gracieuseté que de
pareilles platitudes...
—Votre gracieuseté 1 m'écriai-je avec le soupir d'un tendre
rqproche.
— Ne traitez pas la chose trop légèrement, répliqua-t-elle,
5* SÉEIB.— TOME XI. 11
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m. us PBUnÈBi» Mtiowm s^un Fivr.
mr jeTouftlone «Koeiv plus p«r YeÊei d» m«i
ipief par svitrdeTO&fliérîle». Vo« été» tm bo» ehanM: ymoé
svea apprift' i rom baUllar sinpieBieiii et à vmm tonr siar 1«
gMond ptanidiilablea«;;mai»Touft af«iein«Diti de»noadn
de sagesmr à» acquérir; Vm» parles liop' et ¥««9 ries iMp.
¥od dents 90at berik», inMw anreH de Veeprit*; mne- celu se
Mrffit paâ'povi vdfW'TeiidfraieiisaUBde iriwieiir donriaer par
hi yfotjt dung ua (Soton, eiJB vetie vetbiage rériiift a» sileMce do»
fvreoMMs qai avec pli»é-€9priili qneringus ont br vus mM»
Ibfte... Regairdez. leGoteoiel Iforiey.
-^ Grand metci, modaflde ijfùvMÊM mîta» Véeouler qw
le pegovdef .
*- Ceat tout Toppoeé de vous, . me dié-elle peur lélorqnec
mon impertinenee. Voue feviez bieib to«itefeis< de l'étudier ta
de ptendre modMe 9«r Ymsowiimne€ d*hoiMiiebiett Mevé «rec
bofoeHe il consent à lesler îniafiarçu pour laisser la cairii^
ewerte à u« spîntiicd étourdi qui a son début à iaire dana le
monde. )»
J'euB quelque peine à me contenir aprè» cette iasulte ; hmms
lodlf Harriet avait un aourive si ykpiaiit dans son sarcasme,
et^pour aj!0iilerq«eh|iie emfhaeeàaes-poroles-mordantes, elle
fil mi geste a:rec une mrâi' si Uoncbe etsî flûgnoniie, que je^ia
laissai eoiatîiroet:
« Oè est la fleur cpie je vîea»de toob doiuier? >^ demoflKk^
t«-eHe en pensant penU-Moe ifa'elle n'avait pon assez ménagé
mon amonr-pvoproc
Je sépnndi&onpoTtBnlJaniainaiip foen^eeeiir.
K Ayez la bonté de la placée il \«s4re boutonnière, oonli^
nwa t f!iUe froidemant^. Siq)p€>sen*-vo«s qoo jo vous aime aasex
pour vono donner une- ileof dont je ne voudrais pas vouo¥oir
v«ns parer? ie vous Vai-donnée eomme Napoléon donne une
désoration : la croix d'honneur cesserait d'en&nter des béios
si on la portait en cachette. »
A« mon retour d'Oxford^ l'ordre^de fake montre d'une flenr
reçue de sa main aurait flatté ma vanité ; mais je n'étais pfais
si novice. Je vis qu'elle n'avait aucune craiate d'être corn-
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pMBMt pv ttM ; fà tttriiiiy et i j^ne élai^edanate rat^ q«e
Harriet l'apercevrait là en montant daas m v^iluBe. i
UBJuuaim f<m qii»*aiineiilfMv la^pteniièie Cm^osI pue»*
(|«f amè sHMsplitaleH ^ ont pe«r dl& ridinle pietf^a antaot
(fK tai'wilkKd^cfn ainitat pour hi dèniière.. J^'élaM ftrÎNHi
de «pit. Êtie le jsiHt A'«ne ed^tteHe... Ir phAftiMi d'M co-
ta«k lMb]^LPèBdMÉ àKM jpMm» it*e l«MMkti lae «. IrawM
aoBÉtailp iioB ^MO, je me prim é'alkv A GnoevMOf-
fihee.Jh mt nooÉnet à rdpért e* dm» k» miees lieu eè
je rencontrais lady Harriet, j'avais l'espérance seerèèe que
j'rikn fseofiMi m ds es» jettv bîikiaf A p«ttea dewMlelwqai
nfmieBifappéayecé^JMtm adreeits q»i bi «ienne sttr fai
tabk de ton aaten.. Ma» j'aftendieeA vm, ai je-peidis p»-
; kl MNâéti piqMBftir de^My HarBÎel m'iML dfevtM»
« Depnis quand de retour en ville, M. Danby? m
d»4«cile d'«n tM praleelM* lofafMj'eiitBaft.
•*- Je i^eî pQe<i|«lttèLoMieefl^ tari rèpolldft»-j^y piqoèé'élM
fmfkét pioelaeHrioiÉft hininik fiaâft deat je levaewaîe perfû^
^m îe cn>|M. Vowaowilè aldade^ m'eafr^ pM?
— Jeme «ns tiAvtte&pertéveqrledy, etî'aî m» il f e tref»
je0% à rOpéiBr que f IM» jonkaieiiaigi de leeto velie Bitt,
~ilil 4M VOféim «I détealable eeC«^ siîsonl Si en w
Doei ëa— iiiiie de ainty je fieêreipae miHKaytf Mk le^e»
dàkbdf ■■nèiea ee^dvdMeittefs le^mui^efaie deOevereut,
owén neweifes maniêede VaMiéev.
-^Ccsl €v qi^e^diâ tei^evto^ iceMerfEet- le jeueemantHiae
ee HiwiiMil , ei pei» Foii geneeraHé le«iouvs ao» eboMM-
. B leedik ftt^ettneTpeet ae peaeor deeespeeiade, te«i
ieat
—On» en eeoMieMeneB& et à 1* fi» de le saiao», teprii
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16ik- LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
lady Harriet, €[uand on n'a rien de mieux; mais en ce mo-
ment il me faudrait pour y aller plus de temps... et de pa-
tience que je n'en ai. »
L'hypocrite! elle ne manquait pas une seule représenta-
tion. Aussi j'y allai ce soir^à et me plantai en face de sa loge^
voulant au moins exciter en elle sinon la honte, au moins le
remords. Comme je m'y attendais, elle y vint; comme ^e ne
m'y attendais pas, elle y vint avec la jolie marquise, et je dis*
tinguai au fond de la loge le colonel Morley l Je fus bientôt
certain que lady Harriet jetait sur moi un de ses plus ironi-
ques regards. Je résolus d'affecter au moins l'indifterence, et
me mis à promener ma lorgnette sur tous les rangs de loges,
passant eu revue les beautés présentes avec ^in^>ertinence
d'un novice...
Tout à coup j'aperçus à demi cachée derrière le rideau d*ane
troisième... oui, c'était elle ou un ange... miss Emily, anssi
belle que jamais,* miss Jlmily, si belle, que la surprise de la
voir là fut effacée par la surprise plus grande encore que me
causa la réflexion d'avoir laissé passer un mois sans me sou-
venir d'elle l
Je n'eus bientôt plus d'autre pensée que celle de la voir de
plus près, de lui parler si c'était possible. Je me dirigeai donc
vers les troisièmes loges, et me plaçai de manière à y vérifier
que M. Hanmer n'était pas là pour garder celle que, par une
insolente supposition , je persistais à croire de sa famille.
Elle avait pour chaperon une vieille dame , vêtue de noir
comme elle. Depuis un mois, je n'arrêtais plus mes regards
que sur ces teints fanés de la vie fashionable, qui, vus en
masse avec la peinture fraîche de leur fiard, n'excitent ni sur-
prise ni dégoût. Mais l'aspect de cette beauté si jeune, si brilr-
lante, si pure, m'inspira une admiration qui fit terriblement
tort dans mon cœur à lady Harriet et à toutes les autres belles
dames de la salle. Ck>mment résister ila tentation d'aller l'ad-
mirer de plus près encore, au risque d'être de plus en plus
mal reçu? Je me fis ouvrir sa loge, non sans émotion, et ce ne
fut pas avec trop d'assurance que je pris un air dégagé pour
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LBS PBEMIÈRES AMOURS D'uif FAT. 105
demander des nouvelles de M. Hanmer. Les répouses d'Emily
forent aussi froides que succinctes. Elle me mit à ma place ,
comme on dit vulgairement , et je me trouvai si petit à côté
d'elle, que j'aurais tenu, je crois, dans une coquille de noix.
Quand elle vit que je ne quittais pas la loge, que je continuais
même mes questions , elle se tourna tout à coup vers sa vé-
nérable compagne , et elles s'entretinrent ensemble dans une
langue inconnue. Ignorant conmie tous les jeunes diplomates
frais éclos des bancs d'Oxford, je reconnus seulement qu'elles
ne parlaient ni anglais, ni français, ni allemand; mais je
n'aurais pu dire si c'était en russe, en hongrois, en polonais,
en espagnol ou en portugais. Dans la bouche de la vieille
dame, c'était un langage grave et sonore; dans celle d'Emily,
nn langage facile, doux et d'une mélodie ravissante. Je fus
doublement fiasciné par les yeux et les oreilles : j'aurais voulu
m'éloigner ; je ne le pouvais plus, et j'osai même, pour jouir
plus complètement de mon extase , me glisser sur la seconde
chaise, à cété de l'enchanteresse, sa compagne paraissant ne
pas se soucier de se montrer sur le devant de la loge , peut-
être à cause de la sévérité de son costume au milieu de toutes
ces parures aristocratiques de bon et de mauvais goût. Ayant
plongé un regard dans la salle , et m'étant assuré que j'étais
aperça par lady Harriet et par mes amis de l'orchestre, je
sentis une assez forte dose de ma fatuité indiscrète pour expri-
mer é Enûly le regret de la trouver dans une si mauvaise loge :
«Permettez-vous, ajoutai-je de mon ton le plus insinuant, que
je vous envoie, un de ces soirs, la loge de ma mère? c'est une
loge de balcon, d'où l'on a le plus beau coup dîœil du ballet. j>
Emily me regarda d'un air calme, quoique un peu surprise,
mais sans prononcer une syllabe, et je continuai, comme pour
loi rappeler la nature du lien qui nous mettait en rapport
elle et moi : a Si lord Ormington avait su que vous aimiez
rOpira, je suis convaincu qu'il aurait eu l'honneur, il y a
longtemps, de l'offrir à M. Hanmer. »
J'en étais trés-peu eonr^aincu. Lord Ormington n'aurait pas
plus osé disposer de la loge de ma mère que celle-ci de son
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146 LM raEVlèRl» AMOVM 9"^ PAT.
argentem^e fitnMi4«; imm je voulais que iatiUe oo la aite
4ii vteu« procnreitr se soirrliit des égards qm étaîesA 4w an
fils du'ptns >noUe€it du plus tmportai^dieot éa l'élude.
JV)biins k» IcnsA jwte im léger «alat et tête, et pan
Snifly reprît sa ccmversaiîoa en langue nieonaiie. Avec la
snsceptflnîité de mon ignorance, je me permadaisqv'oii-pav-
latt denfioi, etjeme sentis sîma) àmonaisedanannepanflle
sHnattofi fine je we 4evni, je sertis de ta le^ etredesoendw aas
premiièreB, où foyant «qae liorler n'étailfihia tawprés de iady
Harriet, je mlnsinusî à -sa ffcioe.'
Là dn moins f ol)tins ealni vxk «uoeès. Jamaîa Iady Harri^
n^avait été pkn affslyle. On m'aratt eert»neinent aperçu an
iroisîémes... 'c'est^^^Rre à côlé «de U beanté la phis remap-
cpiable de 'la srifte; pevt^tre aussi parnssatt-on à mon profft
le coloml de sa désertion. Cette seeo«de idée, cette pem
tPétre nn piê^Ur me rendit toute ma vanité : à une coquet-
terie manifeste je ripostai par une amabilité inaccoutumée.
Favais à cacher d'ailleurs mon échec des troisièmes, et je me
fis irrésistible par une gaieté fectioe , appelant à mon secouns
ee jargon fasbionable aussi aisé à apprendre que Tart de
mentir, quand on veut bien y appliquer son esprit. Je crois
«miment que j'inspirai Iady Harriet elle-nméme : die était iâ
pomr moi comme une fée qui laissait tomber des perles et des
diamants de ses lèvres; mais j'avais à venger une défaite, et
je la pris pour Tictime en l'admirant beaucoup moins que je
ne m'admirai mot-même , je veux dire en restant dans les
termes de la plus tendce galanterie... Mon véritaMe anov
était désonnais aUleufs. Aussi, cinq minutes avant la fin.do
ballet, au imReu d*un 'feu croisé de bons mdis et ^éTaneedotes
agréablement brodées , je me levai comme si je me rappelais
m engagement, je fis 'unéprofende ré^^érence et je diapnnas.
Kien ne pique -une fcmme du monde comme de se voir
ainsi déseilée par le cavufier cpi «vient «de trouver*. une ^eon^
fortable hospitalité dans sa loge. TTestH^e ip&s lut^dédarar
hardiment qu*U dédaigne l*honnenr de Toscorterjusquli sa
^ture? Mme c'eat un dovd^le ufiront quand f 'ingrat a Jual^
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um mifiimis àMùmê »'tnr pjmt. MT
•Mt «nez occvpé raUMlioii ée fa Atme pour teair retp«o»
ftesC à l'éoait to«t — tre cewilwti de §eB dbmnumqêi
t p« panier à inettîr {Mue preiwred'asMduilé â ce iMHMOt
Je m M noMUèiDe de omni ingnititade et me dirigeai vem
f«iQalîfr 4es troisiènes , ««rieux de voir ««ne qoelie eeeerte
masculine sortirait Emily. J'eus peine à faire une trouée é
limn fa inle qM^etcendail dé^, et eette pxtie delamlle
Attt é flMitié dégarnie farsqoe j'y arrivai.
TooÉe penonne jMsez OMlbewmwe yeur firéipMûter fas
IhMAfes de l..oiid#es, «oit 4Si ce tenip»4à, seit oujoiird^lyii, o
dû remarquer avec indignatioa eenlûen est grossièpe oeMe
daMe pc^idaîre qui i^uplit fae gaiierfas, et co«Ql)ien aussi est
incovireiiante une anire ^Aaise siieux née peoi-étre, maia
fKsqve aussi nai tievée, dont k gaUnterie consiste à regav-
dereffiroatément une fenune, et rhéroïsme i tuer un homan
«adad.
le (roavai la lo^ d'Emily assiégée par un groape de Lov#-
laeesdeeette eeooade classe, qui attendaient que la belle per^
smatf sortit, et qui la tenaient prisonnièce par la penrdea
îasrites asixqaeHes ette se voyait exposée. J'eus lun bon ommi-
wamt, et j'offiris 1 ces danes de denr donner le bras : cetie
oiw fat aooc^ée après qu'Eoitly eut adressé qadqMesfkbcaaeB
rapides à sa compagne, et je compris qu'elle lui jcitaît les
aoDsde tord Ontaiiigton et de IL Hanmer pour iaiexpbcpier
qai j'iétafa. et Je enaina bien, <dtfr*jie alors «n iroyant ^son air
ému, que vous ayez éprouvé' déjà quelque désagrément ;4ai-
une! anieaieat me aaontrer d'individu qui. . . »
Elle m'»A»ranipit. <c Si j'acoe^te voire potitesse, ne dit
&Biiy, c'ieatA la coAdition iqae vousne lérez aucune atten-
lîsa i eeupa a fni(arri¥W <ou peut aitriver encere «par rappourt
4910». BfaA ne. aie chaqnacait eoaime de devienÂr le siqM
d'une idiapvie an fnUic. a
Iwtioek'Se passait tarifa senti 4^ falote, «etd^lav»^
d'an iisoleelaHr aoeonsm et autorisé 4oat on acceptait le bcAS
dispersait la foule des insolents. Nous desomdkakes eyaAS w
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168 LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
coudoyer un seul. Emily, un peu rassurée, ajouta : a Le gen-
tleman qui nous- a accompagnées ici, le mari de madame
d'Acunha (c'est ainsi qu'elle désigna la vieille dame), doit avoir
éprouvé quelque accident qui Tempéche de nous rejoindre ;
il nous quitte ordinairement pendant le ballet pour aller se
placer au parterre , mais il revient toujours à temps pour
nous escorter.
— Et vous avez été exposée ce soir à quelque désagrément»
j'en suis convaincu... Ne le niez pas, lui.db-je en voyant
qu'un dernier groupe formait une double haie sur notre pas-
sage, fixant sur nous des regards grossièrement rieurs... Sans
doute votre voiture vous attend?
— Je n'ai pas de voiture, répondit Emily sans le moindre
embarras, sans la moindre mauvaise honte. Peut-être aurez-
vous la bonté de nous faire approcher un fiacre, comme au-
rait £ait M. d'Acunha s'il eût été ici. d
Je fus frappé d'horreur... non à l'idée de faire approcher
un fiacre, un vulgaire fiacre , je le jure, mais à l'idée de lais-
ser Emily et sa compagne seules dans le vestibule du théâtre
pendant que j'irais chercher la voiture dans les affreuses ave-
nues de Shepherd-Market, ou les fiacres stationnaient à cette
époque, a Je n'ose pas vous quitter, lui dis-je; accompagner-
moi jusque sous le péristyle extérieur, et un porte-flambeau
nous procurera un fiacre. »
Le porte-flambeau (linkboy ) était dans ce temps-là la pro-
vidence des personnes forcées d'aller au théâtre sans laquais
ni voiture.
«Une voiture! demandez une voiture 1 nous crièrent une
demi-douzaine de ces drôles avec leur voix glapissante;
— Une voiture I demandez une voiture! répétèrent en même
temps derrière nous d'un ton goguenard une demi-douzaine
de ces beaux messieurs à l'insolence desquels Emily me de-
vait réellement d'échapper; et quand le fiacre fiit amené» le
même cortège l'entoura , après avoir emprunté les flambeaux
des linkboyt pour nous éclairer avec les mêmes intentions
d'insulte ou d'ironie.
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LES PREHIÈBES AMOURS D'UN FAT. 168
•^ D fimt^ dis-je ioat bas à Emily, que vous me pennetUez
de vous accompagner jusque chez vous , serait-ce à côté du
cocher. »
Eim]y ne me répondit pas; j'interprétai son silence comme
un consentement... Si je n'avais tourné la tête pour chercher
i reconnaître en parlant un de ses lâches agresseurs, j'aurais
fQ qu'elle pleurait... A peine assis dans le fiacre, où je m'é-
bnçai après madame d'Acunha, j'entendis ses sanglots et la
yis se presser avec une sorte d*effiroi contre sa compagne.
Je fus assez mattre de moi pour ne pas lui offrir des con*
solutions qui n'auraient fait qu'augmenter son embarras.
Mon rMe était de rester là, champion silencieux et discret.
la vieille dame — ou madame d'Acunha, puisque c'était
800 nom, — ne fut pas âchée de s'emparer de la conversation
par on torrent de paroles que l'accent de l'orateur me disait
assez être l'expression d'une fureur conjugale contre ce mal-
heureux retardataire ou réfiractaire M. d'Acunha , et proba-
blement aussi contre les chevaliers félons d'Angleterre qui
avaient menacé de leur agression deux dames seules. Je pen-
sai qoe le cher M. d'Acunha courrait quelque danger de la
part de cette Junon furieuse, à moins qu'il ne parvint à jus-
tifier son absence par quelque attaque d'apoplexie pour le
moins. Cette idée fit sourire ma malice de vingt ans et demi ;
toutefob je fus bientôt absorbé par le chagrin d'Emily, dont
je devinais tout l'orgueil blessé, toute la délicatesse en souf*
france. Ses larmes s'arrêtèrent au moment où, grâce à un
petit retour que je fis sur ma vertu digne d'Amadis et de Pal-
merin, je pouvais m'attendre à en voir couler quelques-unes
provoquées par la reconnaissance.
« Vous êtes un peu remise, j'espère? lui dis-je, ne voulant
pas être réduit plus longtemps à mon à-parté^ mais en con-
servant le calme le plus respectueux dans mon attitude. En
tête-à-téte avec la vieille madame d'Acunha, je n'aurais pas
conservé une perpendiculaire plus décente.
— II me reste toujours, répondit-elle encore émue, l'amer
regret d'avoir été l'occasion d'un dérang^nent aussi désagréa-
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tTD LB5 PUBMIÈRBS AHeOftfi D'HIT PAT.
Ue^ponr les persoDDes qui «ODt arec moi. M. Hmmer m'a-
vait biea avertie qu'il y avait de l'impnuleaoe A satîsfiMfe bml
passion pour ?a musique en me hasardant à l'Opéra acoom*-
pagnée senkaieiit d'élranepara qui ignorent la langue anglaise ;
iBais rhabitude rend téméraire, et j'ai déjà ei souvent occupé
iamème loge «ans être reaiarquée ou suivie, que je oMeaîa
•d'avoir la moindre apprèhensiofi.
-^ liais oonHaent, lui dis-je, votre pêrt, piévoyant le dan*-
ger, B'a»t-ti pas iainiiéme voulu vous accompagner au tbi4-
4Be?i^
£Ue me répondit avec douc^iri
<« Voilà deux fois que vous me parlez comme «i j*4taifi la
£Ue de M. Hanmer -: TOtre courtoisie vous donne droût à des
asfriiealioaa que je n'aurais pas cru devoir à un étranger. Je
aats sa pupnlle, coniée è ses soins depuis quelques mois, «t
^ m'appelle Enuly Carnet »
£nfin elle coamençait à se faire connaître.
f( J'espère, lui dis*je, que, vu mes relatioiw de fiunilleacv^c
IL Hanmer, vous v<oudrez bien m'aoeorder le privilège de
me montrer votre champion partout où vous aurez bosoia
«d'un proteetear?
— Vous avez lèté très^Migeant, répendst £m% , <t je smîa
aanaible à votre courtoisie.; mats vous deviez ne pard
ai je voue assure qae toute relation plas Â&lîme entre i
-aérait trèsnaal vue de mon tuteur. »
C'était me jeter legaat de défi un peu eavaUèrementI
îeti'avais plus le temps de répliqaer. Les pleurs d'Emily «'é-
iaient prolangés si déraisonnaidemerà que nous étions à la
porte de M. Hanmer dans Sêmtkmnpton»- BuiUUngê. Je m'a-
aperçus en mèmctemps q«'«n eecoad fiacre «leua «uivait, eon-
^eaant saa«< doute des dievaKers moins fliscrcAs que bmm.
r«iUaie «descendre p«ar damier la main âmes deux infmtauy
Inrsque'Emilf m'aMta t
a J'ai une faveur encoite A «vous demander, me dil-eHe^ c'«eat
de iiouknr bien accompagner madame d'Aeunfaa «bez ^lle
iBartoa^nMoiat. 8i elle s'arrêtait M paur vaas^Mlar
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LH FBni*BBi AMOBMS 0'UV FAT. ITl
MUe pane, IL liiMMr «ppieadrait ifïi\ nou» est survenm
^qw oboie d'csIrioniîiiftiM, eltseraii inquiet une avtro
tà^ Madave d*.AciualHi.«e parie pas raQglaîft, autiieffieai eUa
foiiàait aes nflMRteants aux nûmM.'))
1 •ssflietft, EnUy santa 4a ^pfcnière hors du fiacre, doot if
«nthepiei awt été imasé peadatttaa'ddriHèrepi}vase^.la
eMii€r«vaitagîté lenarÉeau pretiaUenient. Le derolaqnafti
de MH. Hanmer et Snatch était sur le sevil aivec lUi flambeaiM
iae o» rastadt pfais qu'à me débarrasser dela'vieiik dame
aMchviéamoUkîté q«0 la jeune Vétak débarraMéedencit
awptBVDÎrfdanJMr om leçon à ceax4]iÛA0iia avaient sui;^i#
tteité«edl dans le-fiaone avec nadante d*Àcanha« je veomh'
OM «nÉn i^se «e veapeetaUe tèiftenm, fisimplemeot véliii
eibafattt <e déUcienx parfont de yaaille cpaî semble être VMêr
MMphère Bafenrelle de ienies les femoMe <ki P^rluf^al» et je
regrettais de ne pas entendre «a .mot de la Imgne -du Cth
iDOéag , povr la firire jaser sor fimily Barnet. Je la déposai
donc sUeacîenBemeBt devant ime maison d'assez honorable
qjpareaee, dans Bnrton-^reseent , et j'allai dana mon petit
appartement d'Haaover Sqpiape réfléchir aux diverses av€A*
tares de ma soirée.
le n'avais pas trop à me plaindre:
Aamdoné par lady Harriet — ajrant eu cm aomrtre de la
«arquise de Deireren — remeroîé {finciensemeat et afihe**
taeviement par Erail; ! — il 7 en avait astei pour faipe éenr^
ner une tète plus soitdemeot iioëe que la mienne eur an
«paaies.
CHAPITRE IV.
tahnéimBin nagiti, i neuf faemsm, fe me prtpawaîi ft aa»»»
*riB lit, nn pn mmlrarié d'^4ire tenu d'atter^ à dix, iEaara
■w «iami dans lni«(rmng.Btreet; Tim, si^n petit iaipam (^en
«e4eaappelnit paaMmredettigne), TinÉMmitiri
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172 LES PREMIÈRES AMOURS D'CK FAT
et posant un petit papier plié triangulairement sur mon
oreiller, me dit : k Monsieur, le valet de chambre delady Har-
riet attend une réponse. )> Lady Harriet! — Oui, le voilà enfin
ce billet, messager du bonheur. Elle est piquée, j'en suis sArl
Lisons. Lecteur, je suis un jeune lion de vingt ans et sept
mois, couché dans Tédredon moelleux d'un bon lit A la fran-
çaise ; est-ce (pie je commettrais une trahison en vous com-
muniquant ce qui suit?
«Veuillez bien venir dtner avec nous aujourd'hui à Richmond.
Si vous êtes à ma porte vers quatre heures, lady Devereox
vous offrira une place dans son barouche. Nous partons de
bonne heure pour avoir le temps de nous faire un peu cbam-
pètres avant le dtner; peut-être, il est vrai, les lilas et les la-
burnums ne sont-ils pas encore assez en fleurs pour satÎBlaire
aux désirs des rossignols et des dames du beau monde... A
propos, j'ai une querelle à vous faire ; mais c'est à Richmond
que nous nous livrerons bataille. »
Une (pierelle! mon cœur gonflé de vanité me disait que
c'était au sujet d'Emily. Lady Harriet savait déjà que j'avais
escorté le soir une beauté anonyme... et d'ailleurs ne m'avait-
elle pas vu dans la loge des troisièmes! Délicieux triomphe!
Je méritais d'être rappelé à l'ordre avec réprimande 1
« On attend la réponse, me répéta Tim.
— Je répondrai plus tard, dis-je, bien décidé à ne pas ré-
pondre avant le lendemain , et à répondre de manière* à dés-
esp^er ma jolie veuve. Dix ladies Harriet et dix marquises
ne m'auraient pas fait aller à Richmond.
De même que l'invitation de lady Harriet me déterminait i
refuser, le refuê d'Emily m'excitait à retourner à Southamp-
ton-Buildings, à y retourner ce jour-là même de quatre à cinq
en sortant des bureaux de mon ministère , juste à l'heure du
rendez-vous donné à Grosvenor-Place. En effet, un peu avant
cinq heures j'étais à la porte du vieux Hanmer et iiadsais des-
cendre le factotum de l'étude : « Dites, lui criai-je de ma plus
grosse voix, dites que M. Cecil Danby est venu s'informer
des nouvelles de toute la famille, et remettez ma cartel » ie
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LBS PBBMliB£fl AVOUBS D'UN FAT. 173
ne retinds, bien persuadé que j'avais été entendu de toute la
maison, et laissant le clerc abasourdi de cette singulière dé-
noBstiation.
Le surlendemain était jour d'Opéra; je m'y rendis, me
préparant à revoir, avec un cœur ému, la scène de mes inté-
ressantes aventures; je savais que lady Harriet n'y serait pas,
elle avait un engagement, et je me proposais d'être tout en-
tier au souvenir d'Emily, en allant occuper sa loge solitaire.
A mon extrême surprise, à peine levai-je les yeux, je revis
madame d'Acunha, conjugalement accompagnée de M. d' Acu-
aha, cette fois-ci, et bientôt Emily ne put échapper non plus
à mon regard, quoiqu'elle restât au fond de la loge. Je gravis
l'escalier des troisièmes, et me fis ouvrir cette loge fortunée.
« J'ai pris, dis-je à Miss Barnet, la liberté de venir savoir com-
ment vous êtes depuis les fiatigues et les ennuis de l'autre
soir.»
]e fus accueilli avec un sourire et, je crois, un peu de rou-
geur. <c Vous êtes peut-être étonné, me dit-on, de me retrou-
ver ici; mais comme H. d'Acunha nous a promis de ne plus
nons quitter, et que nous partirons avant la fin du ballet, je
n'ai pas eu le courage de me priver de la Flauto magico.yi Je dé.
bitai je ne sais quelle phrase stupide pour déclarer que ce
n'était pas moi qui regrettais qu'elle aimât à ce point la mu-
sique de Mozart. Mais elle ne parut pas m'écouter, et me pré.
senta i M. d'Acunha ; celui-ci nous interrompit en m'ofirant sa
place sur le devant de la loge. Je me gardai bien d'accepter
et restai sur la quatrième chaise du fond à c6té d'Ëmily. Là,
grâces à l'attention de M. et madame d'Acunha pour le jeu
détestable de Tramezzani, j'eus presque la liberté d'un iète-
i^ète.
Emily était aussi simple dans sa parure que le mardi
précédent; pas un nœud de ruban de plus à sa robe noire,
-— pas une boucle plus coquettement arrondie à ses beaux
cheveux; c'était donc son premier sourire qui me la fit pa-
raître deux fois plus attrayante.
«Vous autres Anglais, me dit-elle dans l'entr'acteivous
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17* IBS vvBmÈam a«ow» #»» fj».
srez peine i eompreiHftre qoellff pâSB»*» dw nwrique fca*M>"
tre le clhiMrt et les impreswow locaie» dm p»f» oéndiiaiu
Pour vbus, la musique est un luxe ; pour nous, c'est»» dMb»>
sohM delà vi«. fc n'ai p» * TOwappPWwlwqw te nmoa de
mon tuteur ne eontfentpw grand^dio» pour apfiver Imé»-
Ration. VoBàtro'wBioiB que je «w» priMwnièie en Angk»-
ferre... dans ht froidr, uoteiinieile «« triste Angleterref co»
patatrremeat, teeowwM le plwa au»tèrc de ma tetramlBleavec
tes hannomes de se» céréwonàe» reUgiewe» et le» peefums
de »oB atmwpïkèw «era» encore •■ «*re !*•.
— Kè seraft^epM, *" lépoodiB-je,. qoe vow fMMdatro^
«chwirement roa idée» awr yezpérience de SmrtAeMpÉm-
BittlUngi ? No» étés oirt lears fc«ra d'ofMffsr conme les ▼*-
très et nos...
— Non, non, n'ayer pas la prétention d'aveir pw» la m»-
sique la moitié du goût qui anime le plus pauvre port««r
(feau de Lisbonne. J'ai saivi asseï eïaele«ent k» lefirésen-
taftons de TOpér»; impossible de voir wwaaUe plus frMde
etmoins attentrre. Peut-être ares-rou» trop d'auHea plaisifs
poar attacher beaucoup d'importamse i la miisi«iiie; vwia
venez ici étaler tant de hwa, q«'il est aisède deviner qm
rens n'en avea pas bemia ceaw» d'ime coii«>latio» ; «ife
n'est qu'im de» Ta«Mme^'d»h:«iode : eeetaut» <AeM
pov noos; elle fcit partie de wtre reliçio»... eHeert a»
«?aiil-g»*l de notrecieL., uBlmnmepcmr noB «Mpin», et pwit
iwa» «Miir Me» de to*e» tes joaisaantts de U vie opiitante, »
le s«ippriHiai ma répUqacv R'iMmt pw ilMshé de ne laieMar
battre dan» la diB«»sioB : « Bevea-wn» rester hmgteiap» à
Londres? M demaBdairjB.
Uélas! quile sait? Nous sommes des réfugiés. Mon pèrecst
an Régodant de Lirtwnneqal kabèteCintra. L'étaides aAaiies
polHiqoe» daPortagal Fa dèlanniiié i pceBter da départ de
ses amis, le» d'Acimha, paar me procurer un aiik «k Aa^e-
terre. Dan» la crainte, pentr*tae,de kwr ignorance des c««lm-
mes de ce pays, il m'a adressée par le«» intermédiaire à eoa
eerrespoodant, M. Bamaer, qui a'est chargé ée me servir de
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LBS PBEMIÈBSft AJIOUBS D'UN FAT. flft
tatev. Il y a vingt ans que mon p^ a quitté y Anglfktcrre, il
ne f&W9ài donc appfécier — exaelenent comprendre — «4
peanpioi ne le dirais-je pa» Êrancbement ? il ne sftraiâ pas
dan^ifudle manson triste il nft*enyoyaît... Je lui ai écrit paw
la opplier on de me rappeler prè».de luMon de ow tronMT
«I aiite pki» convenable. »
Je fus charmé de sa franeMse, et d'autant pbisqne «i.r^
stfve prudente me prouvait qu'elle n'accordail paa légèrement
aa confiance. A mesure qne nous devenioan plu» toines^ jf •-
sai lai reprocher sa kauiêur loi» de nos deux pi3enriéies.e»-
faneyiiea.
« Eavérili^ me dît-eUe9pe«vai9«je me MMaèner aulreè wiler
égard? Veaa rendez-vous bien justice? N'y afaîi»il pa»n»
certain air de protection dans voa nnaiérea^ comme ai voas
&i6itz,bean€oap d'honneur à celle qui paraissait être damrfai
éipendance de l'humble procureur de votre noble pire? Nue
deux orgueils se sont heurté»; mai» le mien a fini par céder
leisqueiie me suis vue réellement protégée pur le jeune cava-
Uer 4ottt, d'après certaine avertiaeements de M. Hanmer,. je
ne serais pohnUement défiée le plus il y a trois joura. GoUr
aoitez à une amnîatîe réciproque. »
Accoutumé aux élégants mensonges des salons de lady Oi»-
mington et de lady Harmet>. je trouvas cette Mive eapUcatîoii
Favis6aate.£Alraluémoif«iémebors de mon caractère factice,
youbiiai UM eompltment» ridicdes^ mes ruses de gatmiAericv
et je m fia avec Eiuîly naturel oonme elle; peul<4[tcv. ne
finie pa» akiable comme fs^ l'étais qucdipiefois avec kuty
Barriet, aiaie je le^Cos, et il me vint à ses cMés (piques idées
beareuses, préférables certainement an kuprempÉus fisiita à
loisir c|ae j*échan0sai» avec la verve artifictelle de la coquette
à qui je foisais une cour si assidue dans Grosvenop-Flace.
II y aiak dans les manières d'Emily cette élégance innée
aussi inséparable de certaine» naturea que le parfum de cer-
taines fleura. Offensée y c'était une veine ; amusée, c'était ua
aA&ttt. Elle ne coanainseit paâ grand'cfaose des cenvenlfcrna
de la seeiélé. Tcmtes ses idées du décorum émanaient de su
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176 LES PREMIÈRES AMOURS d'CK FAT.
modestie instinctive. Ma fetuité était aussi peu comprise d'elle
que le serait d'un sauvage le ressort de quelque machine ar-
tistement compliquée. Mais lorsqu'elle approuvait, — lorsque
par hasard j'exprimais un sentiment qui excitait ses sympa-
thies — ses yeux s'humectaient aussitôt, ou si par quelque sar-
casme, quelque saillie, je parvenais à la divertir, le plus joli
sourire me montrait toutes ses dents de perle.
A compter de ce jour, je fus fidèle à mon poste tous les
jours d'Opéra. Petit à petit, les d'Acunha se familiarisèrent
aussi avec moi ; on comprend qu'ils durent être sensibles à
mes avances dans leur isolement d'étrangers au milieu de
notre vaste métropole. Emily me fit entendre qu'ils avaient des
intérêts communs avec son père , et que ces intérêts étaient
gravement compromis dans les destinées précaires de leur
pays. Tout leur temps était absorbé par des affaires relatives
aux finances de Portugal ; ils n'avaient d'autres distractions
que les deux soirées de musique que l'Opéra leur offrait cha-
que semaine. Enfin ils n'étaient pas d'accord avec Uanmer,
et leur mésintelligence provenait justement de leur position
réciproque, relativement à la tutelle de miss Baruet, ce qui
m'explique le silence qui fut gardé à mon sujet auprès du
vieux procureur de mon père. Au reste , je ne me souciais
guère alors d'aucune espèce d'explication.
Heureusement pour moi que l'Opéra n'était ouvert que deux
fois la semaine : autrement c'en était fait de tout mon avenir
d'homme à la mode. Plus de temps passé dans la société d'une
créature raisonnable eût mis en danger à la fois ma fatuité
aussi bien que mon cœur. D'un autre côté , ces rares soi-
rées de bonheur me suffisaient. A vingt et un ans et demi on
reste entre aujourd'hui et demain indépendant de l'un et de
l'autre. Aujourd'hui contient un empire I
Emily aimait à me décrire les habitudes de son enfance, la
maison de son père à Cintra, ses jardins d'orangers, ses mon-
tagnes, ses bosquets de myrte, ses chœurs de rossignols , son
désespoir lorsqu'elle sut qu'il lui fallait quitter tout cela pour
aller demeurer parmi des étrangers, dans un pays étranger.
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LES PREMIÈRES AMOURS D'CN FAT. 177
dans un pays septentrional, un pays protestant 1 « Et cepen-
dant, ajoutait-elle avec un sourire, j'étais loin de soupçonner
tontes les horreurs de TAngleterre , ou d'imaginer Tétroite
cage d'une maison de procureur dans Southampton-buildings.
J'avais entendu parler à mon père de M. Hanmer comme
d'an homme énormément riche. Cependant quelles jouissances
s'accorde-t-il? A quelle étude intellectuelle s'adonne-t-il ? Les
livres, la musique, les fleurs, sont comme n'eiistant pas dans
cette maison. Mon père aussi est un homme d'affaires , mon
père est un simple marchand ; mais notre maison est décorée
detableaux... nos jardins sont garnis de fleurs 1... Un jour passé
sans musique ou sans lecture nous semblerait un jour perdu...
Comment cela se feit-il ?... Tous vos hommes occupés sont-ils
aossi tristes, aussi froids, aussi ennemis des arts, ornements de
la vie, que ceux que j'ai vus?... La conversation est-elle consi-
dérée dans toutes vos sociétés comme une perte de paroles ?
— Une conversation comme la vôtre serait partout appré-
ciée, t) lui répondis-je. Mais je ne pouvais m'empêcher de
plaindre cette plante du Midi s'étiolant dans les prosaïques
habitudes de nos classes moyennes , exclusivement occupées
des soins matériels de leur existence ou de l'égoïste augmen-
tation de leur fortune. Je cherchais du moins à l'arracher au
sentiment de son isolement par mes descriptions de notre
monde aristocratique ; je lui peignais surtout les salons de ma
mère aussi minutieusement qu'un intérieur de Miéri^ ; chose
étrange ! mon but était de la réconcilier à l'Angleterre, et de
la réduire à jouer un jour son r6Ie dans ce monde d'où son in-
fluence plus forte aurait fini par me détacher moi-même. Jus-
qu'à ce que je l'eusse connue , j'avais agi d'après l'impulsion
des autres , je n'avais existé que comme une feuille sur l'ar-
bre; maintenant, j'avais une identité individuelle que je de-
vais à une existence aussi douce que dangereuse I
Une surprise désagréable me ramena à un autre ordre de
sensations. Parmi notre frivole jeunesse aristocratique, mon
frère était une exception, un être à part, qui se préparait par
Tétude à feire un jour du bruit à sa manière.
5» SÉRIE. —TOME XI. 12
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178 LES PREHIÈRSS AHOCRB l»*UN FAT.
a J'ai vu votre frère , me dk un soir Emiiy , lorsque j'c
pris place à côté d'elle.
*— J'espère, lui répondis^je avec un retour de fatuité «rro-
gante, qu'il a eu l'honneur de vous plaire. Où jHt«4l eu la il-
licite de vous rencontrer?
-— Quel langa(;e cérémonieux ce soir 1 reprit Emtly ; -* en-
tendant dire que M. Daoby était dans le salon , et ignorant
que lord Onnington eût deux fils...
<*- Vous vouliez voir ai j'avais toujours l'air aussi gauche
que la première fois près de la cheminée, n'esi*ce pas?
^ Mon, certes; qu'aurait pensé H. Hanner de nous troo-
ver en connaissance si intime 7 je cherchai à satisfiJre ma cn-
riosiié par la fenêtre lorsque vous sortiriez , et je crus avoir
mal entendu, tant vous vous ressemblez peu; mais à dîner
H. Hanmer nous dit qu'en efFet il avait vu dans la journée le
fils aîné de lord Ormington qui allait entrer au parlement...
— Au parlement I . . . Daoby au parlement I . . . Dois-je donc re-
cevoir toutes les communications de ma famille par l'intemié^
diaire de Southampton-Buildings? )) Cette réflexion m'échappa
tout haut après l'exclamation , tant je me sentais dépité de
la perspective des distinctions mondaines réservées â mon
firère.
Serait-ce donc, par parenthèse, un effet inévitable de U
perversité humaine, c^ue les frères naîtront toujours ennemis,
depuis Gain et Abel, Etéocle et Folynice, Jacob et Esaû, jus-
qu'aux deux Chénier et aux deux Danby ? Je confesse que dès
mon enfance j'avais détesté ce vilain John... non parce qu'il
était mon aîné< Oh I non^ non ; je n'aurais pas changé s'il avait
fallu devenir l'atné avec ses yeux louches, sa tournure igno-*
ble , ses épaules étroites, ses longs bras sans grâce, ses che»
veux de la couleur de ceux de Judas. Non , je n'eusse pas
voulu Atre un duc à ce prix !
La nouvelle d'Emily n'en était pas moins^ authentique, et
le lendemain « le ministre , en recevant de ma main quelques
copies de letires, me fit compliment de mon frère. Je me con*
tentai de sourire. . d*un sourire significatif.
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LU TmSXiteBi AMOUSS 9'UV FAT. tW
JLt winMiff ne comprit pmii^tie, oar U répondît (imf«-
mtmi à non aonrire^
« Mab nnw avons das gannties dntdeni de M. DianbgrI
— lonl Omiôgion eaoB dente tous l'a recommandé , my-
IndT
— Noo» monsienr ; mais en me reoonunandani «on cadet
il n'avait oCert d'avance ka servîoes de son aîné» ijpi'it se pro-
posait de faire élire dans le tMMirg dont il dt^ge rélection . m
Je me raoniîs ien là¥res.
« Nous acceptAmes, continua Son Excellence, car nous sar-
yions qu*à Cambridge H. Danby s'était distingué de manière
i être un jour un orateur éninenL a
Je ne fus pas converti à l'esprit de famille, lorsque quel-
ques joon après je Teçm les bruyantes ftlieitations de mes
ûaliègaes des affaires étrangètea. L'honorsbie M. Danby avait
fiût un admirable diseonrs. Quel bonnenr ponr moii C'était
hèn la peine d'avoir Mtuae lépntatîonà mon bottier, i non
liillenr, à awa fournisseur défauts! ie semblats condamné
i ne ptna briller nutMnème que d'un reflet de la gloire frn-
terneDe. Ce jonr4à, je ne privai de dtner au cM> : j'avais
penr qa'on ne m'y jeCAt aussi mon lirère à la tète, qu'on ne me
snnlrAt du doigt comme le Castor de ce PoOui poUtiqne.
Ben reseèa de ma ftiblesse, je résnhis de dtner en lamiile.
Je a'osdiKeiai pas la gaîc«é que fit éclaÉer lord Ormington. Il
<(«t fier de son fils l'orateur, et il en parla tant, qne le noble
piir ne dnt sans doute pas remarqner, lui ordinairement si ta^
citurne à table, que lady Ominglon «et moi nevs ne pronon-
cions pas «ne parole.
LaAy Onnington était^le aussi faumiliée de l'éloqnencede
sea fils ataéT Non, sans doute; mais eUe avait de son cAtè
aae petite cause de dépit. Le Boatinnèste était anMedu Do-
vonshnre i Londres une jeime pemonne ^j depuis sa sortie
fie pension, av«ît demeuré obea une taule paternelle, ^ «ne
jeune personne mandée probablement powr prendre part su
triomphe de l'konorable John, et qui méritait bien d'avoir le
sien dans les salons. Cétait ma sœur Irim, devenue une
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180 LES PREMIÈRES AMOURS B'UN FAT.
beauté depuis cpie le rouge trop ardent de ses cheveux avait
passé enfin à la nuance blonde. Il était évident que le règne de
la mère allait finir : il fallait qu'elle cédât le sceptre à la fille.
Pour mon compte, j'aurais trouvé Julia digne des pinceaux de
Raphaël ou de Titien, si, fidèle à ses préférences de petite
pensionnaire , au risque de passer pour bm-^leu , elle n'avait
ostensiblement été plus glorieuse du frère qui louchait que de
celui qui avait pour lui l'éloquence des yeux et les autres
agréments refusés par la nature à l'héritier du nom d'Or-
mington.
CHAPITRE V.
Je fus invité deux jours après à une fête de Carlton-House
chez le prince de Galles. C'était une grande faveur qui avait
été sollicitée pour moi par je ne sais plus que'lle comtesse whig.
Mais à ce banquet encore ce fut à qui me parlerait de mon
frère. Un nouvel orateur au parlement est plus estimé par le
parti opposé que par les siens. Les ^higs se demandaient
avec anxiété : Quel est ce jeune Danby? — De qui est-il fils?
— Bans quelle université a-t-il étudié ? — Quel a été son pré-
cepteur? — De quel club est-il? etc. — Enfin, si quelque
douairière ou demoiselle, frappée de la blancheur de mon
linge ou du beau noir de mes cheveux, disait : Quel est ce
grand jeune homme appuyé contre la porte ? je subissais la
torture d'entendre répondre : Ne le connaissez-vous pas?
c'est le frère du Danby dont tout le monde est occupé 1
Grand Dieu 1 être la partie supplémentaire de John Danby I
faire la queue de la comète t.. J'étais sur le point d'appren-
dre à mépriser les distinctions de convention ; la noble na-
ture d'Emily avait tellement régénéré la mienne ^ que le vrai,
le réel, commençaient à acquérir quelque valeur à mes yeux.
Hais adieu à mes vertus naissantes I Du moment où je me vis
au second rang, vint l'ambition de m'élever. Il était indispen-
sable à mon bonheur de ne plus être désigné comme le frère
de l'honorable John Danby aux yeux louches.
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LES PREMIÈRES AMOURS D'LN FAT. 181
Hais comment me distinguer? — comment? — Le premier
des gladiateurs ne saurait vaincre sans combat ; où trouver,
hélas I une arène? Ni Bacon, ni Milton, ni Burleigh , ni Bo-
lingbroke, n'auraient pu se faire un nom remarquable comme
eommis dans les bureaux des affaires étrangères. Appartenant
enfin à la clique de Carlton-House, je ne venais là qu'après
l'illostre Brummel et même après quelques autres ; j'étais la
goatte d'eau dans l'Océan, le grain de sable dans le désert!
Une pensée soudaine releva mes esprits abattus; une pen-
sée que j'avais eue autrefois , mais sans un but aussi sérieux.
Si j'épousais lady Harriet Vandeleurl Si je mettais la capitale
en révolution par nos fêtes, nos dtnersl Ses 8,000 £ de rente
(200,000 fir.) ne seraient rien dans les mains d'un joueur tel
qne Morley . . . mais ce serait le Pactole en passant par l'adminis-
tration d'un génie aussi fertile que le mien. Après tout , me
disais^e en raisonnant avec moi-même an sortir de cette fête
dn prince , après tout , sans mon expédition à Southampton-
Buildings je serais resté sérieusement attaché à cette piquante
▼cuve, qu'Emily m'a appris à regarder comme une jolie pou-
pée. Ceserait un très-petit sacrifice que je ferais de devenir son
nian. Elle a douze ans de plus que moi, oui; mais c'est 600 £
de rente par chaque année, et cela comble la différence. En me
fournissant les moyens de briller dans le beau monde , elle
m'impose la plus tendre reconnaissance... L'amour ne tardera
pas â venir. Décidément, je veux me mettre bien avec elle .
Nouveau lason, je me voue à la conquête d'une seconde toi-
aon d'or.
Le lendemain était jour d'Opéra; j'avais déjà résolu de
cesser mes visites à la loge d'Emily, quoique pas tout d'un
coup, de peur de causer un vide alarmant dans son existence.
Je roulais la sevrer peu à peu de ma société, la pauvre en-
fuit I Je ne ferais ce soir-là qu'une courte apparition aux
troisièmes. Sous plus d'un rapport, d'ailleurs, c'était désira-
ble : les d'Acunha commençaient à savoir assez d'anglais
pour devenir passablement ennuyeux ; s'ils allaient foire des
(pestions, mal interpréter les réponses 1
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181 LES PKEM1*RK9 AMMTIS »*Dir MT.
Quant i Emily , personne n'était moîm qaestiMneiir qn'dle.
0*119 nos tète44ète je n'arûs à redoater avenu cnriosili
décomniéMige^ce cpi est défont dans une fevine est om
délicieuse cpuiUléde CMiyersatîM dans one aaùe; esprit à h
fois naif et origmal , qai tirait tout de son propre fbiMfe,
BniUy n'avait jamais la un )oneBal , jamais eatenda une né-
dlsanee.
£lk me trouva FairlangiiîflBant.
« J^ai été» Int répandis^je, ceAta miii à an ha) BMiyifiqye à
Cnritoi»-Ho«se.
— Qa'esl-ce que CariHcMi-Mottas ? mm iMfttrerî
— Non , le palais d» l'héritier da trAne ^ dv prima da
Galles.
«--Le- prittce de GaUest J^ai entendu dire i U. Hananv
qne (/étaitt nn noble prince. I) eatîeaneeibeaB, n'estnsepaaî
-^ A« contraire» il est (pras, il a qnanmta an», il porta un
— Quelle désiUm$km! s'écria Emëy; nais camment 4te^
resté si longtemps au bal de œ prince , qui est gras eC
qui a quarante ans?
— Parce qne le bal était jevme et cbannant , répliquaî-j8
8i«e un entlxMisLasme ajffecté. Un profond soupir écbappa
«ns doute à la pawre Emily, car M. d'Acunha tourna ds
notre côté son risage plombé, comme pour savoir de quoi il
était question.
UndeseliamieslespIu8séduisants.d'EmilyBametétaitFétfr*
gance de son cou de. cygne, un peu long comme celui d^Aana
Boleyn, et qui prêtait une gvftee particulière à tous ses mouve-
ments. Que dis-je ! tout en ette était élégance et grâce. Se ne
la voyais jamais qai'à son désavantage, toujours an même IsfOy
taojoars avec la même toilette » toiqoura daus la même att&
tude,. et cependant cette situation avait aussi son attrait. Celln
logtt sombre et sileociense» — le costume noir des troîs. pe«*
aesines que y* y rencontraisy—les partiealarités de leuns pbyi*
nanomies ei an leur langue^ to«t oehi avait quelque cheas^de
solennel et de monastique qui contrulait avec les
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LES PftBUIÈRBS AMOVHg B'Olf PAT. 18S
bruyanti et n bien éclairés que je fréquentait. -Quand j'avais
ftanchile seuil de cette loge, j*éproQvai8 eomme Tinfluenoe
d'nn sortaége : il me semblait entrer dans un tableau de Ye^
fitoqoet, o« dans les secrets d*un vieux roman espagnol.
« Non, non, n me dis-je pour me justifier à moi-même eil
dsieeadant lentement de cet autre monde, la loge des d'A<>
«aoka, « il n'est pas possfl>leqQ'£mi)y ait rêvé un avenir danf
Isqad nous ayons un intérêt coma». Elle déteste TAngle*
Ine, cUe M petse q«'à retourner en Portugal. Ses lamentai
tiens me rapprileat sans cesse la cbanson de Mignon :
Du knd wo die citronen blubn I (1)
iQu'est-ee qui pourrait associer les destinées du fils d'un
pair d'Angleterre et de la fille d'un marchand de Lisbonne,
dn diplomate de Doiming-Street et de la pupille du vieux pro-
omeor de Southampton-Buildings? Je ne remonterai pas au*
près d'elle; je ne lui donnerai pas le bras pour qu'elle y ap-
puie son corps si gracieux dans les couloirs et les escaliers
dn tbé&tre. Il est temps que je brise un lien qui ne doit pas
mm enchaîner à jamais, rf £n me parlant ainsi, j'entrais dans
Is loge de lady Harriet.
Le mardi suivant on ne me vit pas une seule minute dans
eèBe des d'Aeunba ; j'évitai même le parterre , de peur d'y
rencontrer le vieux Portugais , qui aurait pu me dire : Eh
Utn! vtms ne montez pa$?
Cette manœuvre eut pour effet d'amener Emily sur le de^
vant de la loge pendant le ballet : c'était la première fois
qu'elle reprenait cette place depuis la périlleuse nuit où je
i^^éiais jEiit son chevalier. Je pus suivre ses yeux qui me chef*
chaient dans toute la salle, et qui empruntèrent même la \ot^
foette du vieux d'Aeunba.
Toat cela ftit très^vorable à ma politique; car j'étais né*'
tosairement insCaHé à côté de lady Harriet Yandeleur, -^M
s^nt à roreilk d'Eve... et auprès de eelle^î l'attention gé^^
W Geus MnPi oè iM sUfonaîsrs flsivriMSAi^ (Geatai*)
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ISi* LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
nérale excitée par la beauté d'Emily ne me fit aucun tort. On
en parlait malgré soi, car elle était à la fois une beauté et un
mystère. Tout le monde... c'est-à-dire le monde fiashionable,
ne la connaissait que sous la désignation de Vanonyme de CtcU
Danby; j'étais le seul homme admis dans sa loge, le seul qu'on
eût jamais vu lui adresser la parole; enfin, grâce sans doute
à la bande de mauvais garnements qui nous avait suivis cer-
tain soir, un bruit vague courait qu'elle vivait dans une rue
obscure du quartier de Bloomsbury-Square. Était-ce ma fiiute
si le monde bâtissait des suppositions indiscrètes sur de pa-
reilles bases ?
La conséquence de tout cela était que personne n'osait citer
Emily irrespectueusement devant moi , pas plus qu'on n'eAt
cité ma sœur : quoique proclamée partout la plus belle créa-
ture de la métropole , on n'en faisait jamais mention en ma
présence. Ce soir-là , pendant que je parlais à lady Harriet,
je vis la coquette veuve diriger souvent son regard vers les
hautes régions où la gracieuse tète d'Emily se détachait du
rideau rouge de sa loge comme une tète de Vierge au milieu
de son auréole. Je comprenais bien que son orgueil était
flatté de m'avoir avec elle... de me rendre infidèle à une si
ravissante figure ; ou peut-être c'était moins orgueil que va-
nité... l'orgueil est un sentiment plus élevé; mais elle était
vaine, très-vaine de penser que dans le bataillon de fats qui fai*
saient la revue de la salle on se disait à l'oreille : « Âh! ah I
Cecil a déserté ce soir la compagnie des dieux 1 — Cecil est
descendu aux divinités de ce bas monde i »
Oui, Cecil avait déserté la compagnie des dieux; mais, hé-
las I si Jupiter , en se d^-déifiant , se changeait en cygne , le
moderne Jupiter, en voulant l'imiter, n'était qu'un oison.
(( Je suis tout à fait inquiète au sujet de lady Ormington,
me dit tout à coup lady Harriet en voyant que mes yeux sui-
vaient la direction des siens ; elle redevient indisposée et
nerveuse. J'ai voulu l'entraîner à l'Opéra, je n'ai pu y par-
venir. »
Je hasardai quelques allusions filiales sur la chaleur de la sai-
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LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT. 185
son, qaoiqae je n'ignorasse pas que Tindisposition de lady
Onnington devait durer tant que sa fille Julia resterait en
fille.
« J'ai voulu aussi y continua lady Harriet froidement, Tin-
yiter à notre partie sur Teau de samedi prochain.
— A une partie sur leaul remarquai-je, persuadé que c'é-
tait une manière de m'engager à pétitionner une invitation
pour moi-même, et résolu de foire le cruel ; à une partie sur
Teau 1 Autant proposer ce divertissement à une Française, la
plus hydropbobe des créatures de Dieu , ou à la femme de
Loth après sa transformation. »
Lady Harriet fut piquée : <c Vous êtes extrêmement spiri-
tuel ce soirl répliqua-t-elle sèchement.
— Ma mère, lui dis-je, est une de ces dames , nombreuses
en Angleterre, qui se confinent si longtemps dans les salons,
qu'elles y perdent, comme Latude , le baron de Trenck ou
tout autre prisonnier d'état , la faculté de respirer l'air des
champs et de taire de l'exercice. Dans $a jeunesse , les jolies
femmes n'étaient jamais invitées à fiaire usage de leurs
jambes!... » De maladresse en maladresse , j'oubliais que la
jeunesse de lady Harriet était plus rapprochée de celle de ma
mère que de la mienne.
«On ne marchera guère dans notre expédition, répliqua-
t-elle; cependant, peut-être lady Ormington a bien fait de
refuser, car votre frère et votre sœur seront de la partie.
— Ahl dis-je avec amertume, lady Ormington doit se sen-
tir fière des miracles opérés par le succès de son filsl II sem-
ble que les triomphes parlementaires ont, comme la foi, le
pouToir de rapprocher ou d'écarter les montagnes. Je me
rappelle très-bien que vous me dites un jour avoir renoncé à
un dtoer où vous deviez vous trouver avec Danby... n'ayant
pas le courage de confronter un homme qui louchait.
—Oui; mais si M. Danby n'est pas beau à voir, il a prouvé
qu'il vaut la peine qu'on l'écoute , et cela fait oublier ses
yeoi. Je croyais alors qu'il tenterait de réussir auprès de
nous, comme son jeune frère, par des avantages superficiels.
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186 LKfl PREMIÈRES AXOCmS D'CH FAT.
Qu'importe la figare attachée i la proue d'un nayire qai fend
Lm onde» arec une riche cargaison T
— Eh mais, mylady , Téloquence devient-elle contagieusot
Vous fiâtes aussi des tropes oratoires l Que n'avons-nous ici
un des sténogni|^Ks de la chambre l vous seriez une terrible
nvale pour nos poètes comme pour nos orateurs.
*--Et TOUS n'avea, tovs, d'autre rival qne vous-même:
Criêfm rival de Criêpin! »
Je fos étourdi) Yenaii^lle donc de former une ligne offm-
aive et déiensiTe avec mon Irère , au moment où je ne faisais
plus le cruel que pour avoir un peu plus de mérite à me lais-'
ser apprivoiser? Se conteQlait<*elle de se venger de la partie
de Richmond, juste au moment où j'allais rompre pour elle
«rec Scnoithampton^Buîldîttgs?... Espérait^lle que je consen-
tirais i m'ivtrodoiie avec la foule des animaux sans nom
dans Tarche de sa partie aquatique?... Non, non! elle m'isK
vitera;
« Il est fâcheux, lui dis^e, qoe vous ne persuadiez pas 4
locd Ormington d'être des vétres : vous auriez ainsi toutes
les fractions de la très4HUDite et très-puissante maison des-
Banbr.
— Pas tous encore, remarqua lady Harriet, se prfcparaiity
. remme un chat ndalteieux, à me donner nm antre coup de
fitte.
— Et qiielle fraction vous manquerait, je vous prie?
•^ Celle qui s'estime plus que le tout, rèpKqua-tr^lle caus-
tîqaenieat; et me voyant aflèciev Tignorance la plus oMose,
Me ajouta : Vecs-MftHB l
•—Ah l m'écrîa»«je , je n'y étais pas. Ne snis'je pas le vrai
^to de hfe finnUe? D'ailleurs, ne savez-voas pas qos tous te»
amis du prince de Galles sont justement convoqués pour sa*
medi à Greenvieh? 0« m'a fait l'homieur de me comprendMi
dans la Uate. »
Lady Harriet fnt piquée , croyant qu'en eflet il y auruM ee
jl^r-lè qoelifue joyeuse partie présidée par le prince, et elle
nfélaitpas, k se» grand déplaisir, de la cHque de Caritmh'
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LBS nniÈin AMomm »'irv fat. Iflt
BioQse. 0«i, elle fol piiquée eonne un cafiini gâté i qn oft
dit qu'il oiste loie poupée plut grande que h, rieune.
« Tous étiei d^ji ^ me dit-elle , an bal de la semaine der-
nièffe. Tniuieiit, GeeiU coauneui eoneittes-vous ces écbrtanftt
flta de eanr arec Tutare goM pour les ttmîdea bergères? » El
elle ajouta, e» braqnanl sa lorgnette sur la loge des d'Acunba :
I A pvopoa, voudries^roua me dite le nom de rHIustie in-
coDDue de là-haut, qui semble nous sarveiUer airee tant d'io^
tMt?B
h ne m'atAendaîsr pas i une interragatkni aussi direete.
« Cette belle personne en noir? lui répondi»je; c^eat une
Portugal», je eroîa; OBais trous feriez mieux, poot le saroir
nu jnsie,, éa le demander à mon honorable frète ^ qns est
mieox accueilli que moi dans la maiaou oft j'ai Tencoritié
pour la ppemière fois celte beauté qui semUe tant yens oc-
cuper, mylady. »
Lady Harriet s*attendait encore moins i me voir la ren-
toyer à mon frère pour ce renseîgneannt. Le eetonei Moiisy
entra en ee moment dans la loge, et je me retirai, ne sachant
trop si j'arais è me Mliciter de la fin de ma journée.
Le lait est <pi'i] n'en fut pas de la partie sur Teau comme
de la partie de liehmond ; il ne me vint aucnn billet pour ma
sonmer de la prëCirer i ma prétendue partie de Greenwich :
j^étais eesnpléteaoent remplacé par mon frère le louche l
Le lendennin , c'était un dimanche , je passais devant la
porte du boudoir de lady Ormington, lorsque je distinguai le
Ma de sa roiv, qui me parut très-animée. Je pensai qu'eHi
grondait son épagneule, et j'entrai pour jouir de la disgrâce
ds- cette irilaéne Bibkhe,, la pins capricieuse et la ph» grom^
fcne des fevevites. Mais non , étend» sur le divan, rép#'
gncnie semblait le témoin désintéressé de la seène quv venait
f aroir lien. A mon aqppartion,.ee fot mon frère (encore mon
frkrel) qui se levn et sertit en m'honorant d'un de ses inkià
aalats à la Grandissons un. de ces saints pour lesquels on en*
iMid lepîedse tratier eésénBoatieaseraent sur le tapisv L*hon(^
rable membre de la chambre eût salué ainsi mon ministre eii
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188 LES PREMIÈRES AMOURS d'UN FAT.
signe d'humilité; mais adressé au petit secrétaire de Son Ex-
cellence y ce salut témoignait d'une supériorité impertinente.
Le rouge me monta à la figure. . . Ce ne fiit pas le rouge de la
colère ; non . . . j'étais positivement accablé par le sang-froid de
l'honorable John Alexander Danby ! Avant que j'eusse recoa-
vré la parole, il était de l'autre côté de la porte.
« Une jolie affisiire que vous avez faite làl me dit ma mère
quand nous fûmes seuls.
— Une affaire 1 moi, coupable de faire uneaffiaire, et le di-
manche encore l m'écriai-je en tâchant de reprendre ma légè-
reté moqueuse.
-— Il ne s'agit pas de faire le mauvais plaisant, Cecil! j'ai
les nerfis assez malades. Je vous déclare que vous avez mor-
tellement offensé votre frère 1
—* Mortellement? à la bonne heure! Je n'aime pas à feire
les choses à demi.
— Persistez-vous à être absurde, Cecil? Oubliez-vous que
vous dépendez totalement de lord Ormington et de son fils
atné? Faut-il vous répéter que le chiffre de votre légitime ne
peut être fixé que par eux? John vient de se plaindre à mot;
s'il allait se plaindre à votre père... croyez-vous que lord Or-
mington prendrait comme moi le parti d'un jeune fou?
— • En vérité, madame, vous avez raison. Mais qu'ai-je tait
à ce grand enfant? Est-il venu pleurer parce que j'aurais, par
mégarde, déchiré son cerf-volant ou brisé quelque joujou! »
Ma mère exprima son impatience par un air d'autorité si
peu usité, qu'elle me réduisit enfin à un silence respectueux.
( <c Cecil, me dit-elle , avec toutes vos prétentions de bonoes
manières et d'esprit , Danby en a montré ici plus que vous.
n m'est venu trouver comme votre meilleure , votre seule
amie, pour que je vous engage à avoir envers lui la même ré-
serve dont il use à votre égard. Il désire — et il en a pris
l'engagement avec moi — que vous vous rencontriez en pu-
blic comme deux amis, et qu'en particulier vous gardiez vis-
à-vis l'un de l'autre la déférence mutuelle du frère aine et do
frère cadet.
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LES PB£MltBES AMOUES D'uN FAT. 180
— Mais voyons d'abord, je vous prie, à quel article de ce
traité extraordinaire j'ai manqué par anticipation.
— Vous avez fait tort à sa considération, Gecil, et compro-
mis ses sentiments. . .
— Comment cela ?
—En le représentant à lady Harriet Yandeleur comme com-
plice de vos liatêons vulgaires...
— Je vous jure, dis-je, non sans éprouver un peu de remords
de la réponse évasive et équivoque faite par moi quelques
joars auparavant au sujet d'Emily; je vous jure que lady Uar^
net a prêté à quelques paroles une interprétation peu chari-
table.. Mab quoi! c'est auprès de lady Harriet que j'ai atta-
qué la considération et compromis les sentiments de mon
honorable et galant frère atnél ajoutai-je avec un sourire qui
dissimulait cependant un peu de dépit.
— Oui, auprès de la folle lady Harriet, qui en a fait une
querelle à votre frère devant lady Susane Theydon, à qui
Danbyiait la cour...
— Danbyfait la cour à Susane Theydon! Le fat! mais
c'est une des plus jolies héritières de l'Angleterre !
— Oui, Cecil, et qui probablement avant six semaines sera
lady Susane Danby... si John parvient à effacer l'impression
fâcheuse des plaisanteries de lady Harriet sur la mère, la
femme du monde la plus puritaine... Ainsi donc, Gecil, mesu-
rez â l'avenir vos paroles quand vous parlerez de votre frère. »
Je ne sais ce que j'aurais répondu si un laquais n'était venu
à la porte du boudoir me prévenir que lord Chippenham
m'attendait en bas pour me conduire à Putney.
CHAPITRE VI.
Se ftnor non è, cho danqae sento. (PmàicA.)
Comme les premières contrariétés de la vie nous poursui-
vent longtemps encore dans nos souvenirs ! j'ai eu depuis ma
part de chagrins : j'ai bu, moi aussi, le vinaigre et l'hyssope.
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fM UES PBEXI*EB6 ÀlieiJES ll'iTN FAT.
Cependant je n'ai pa orioUer jamais rtrrkaUon que me caa*
sèrent en oe ieii|p»-làct rûnpertinence de iady Harriet Tan*
delenr, et les mépris dn coionel Morley, mais par-deasns tout
la froide réserve de mon frère I
Il est des moments où les petites contrariétés sont plus
dures à «apporter qu'une douleur sérieuse. On cHe des hemmes
qui sont morts de la piqûre d'un moustique. Eh bien, chose
fitrange, la seule pecuome sur qui je me Tengeai de mes
Vexations iut oetle qui ne m'ayuil jamais offensé... Emily de-
imt ma victime, le ne fus pas même touché de oe yisage pAle»
tleces yeux inquiets qui, pendant deux représentations con-
-nécutives, ne cberchaîent partout, depuis le premier acte de
fopéra jusqu'à la fin du ballet. Elle était là, triste comme une
vose blanche sur un tombeau... le restai impitoysdrfe... im-
pitoyable comme un grand inquisiteur ou une femme jalouse.
Je n'allai plus dans sa loge. «^ Pauvre Emtly 1 — Quoique
j'eusse à peu près renoncé à mes projets sur lady Harriet,
mon amour-propre ne pouvait pas si facilement battre en re-
traite et s'avouer vaincu en revenant à celle que je n'avais
pas eu honte de lui sacrifier tacitement. D'ailleurs elle était
toujours là, à ma portée; il dépendait de moi de la retrouver
•quand il me plairait. Tel fut le secret de ma lâche insensibi-
4{té. Nous devenons indifférents aux bienfaits dont la con-
tinuation nous est assurée, — à la lumière du soleil, — à la
parure du printemps, — à tous les plus brillants phénomènes
■delà nature. Peut-être j'aurais pris la peine, laquatrîèmesoirée,
4e monter à la loge des d' Acunha si j'avais su que je n'y verrais
plus Emiiy... En effet elle n'y reparut pas : la loge resta vide.
Ce fut une consolation pour moi de ne pas la voir profanée par
des étrangers, surtout par ces tournures qu'on aperçoit or-
dinairement à ces ignobles troisièmes. Mais elle avait été
louée pour Ja saison aux d'Acunha, qui n'y revinrent plus et
ne la sous-louèrent pas.
A compter de la soirée où je ne les aperçus plus à l'Opéra,
ah ! comme je me mis à épier cette même loge! .... Un astronome
n'attend pas avec plus d'anxiété le lever de sa planète ré-
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LSS PRBMIÈBBS AMOUBS D'CN FAT. IBl
eenoieiit décourerte. Je perebUii k m'asseoir au parterre dans
eetfe altitude pendaat une semaine quinze jours; potait
d'Emily . La Maison toucfaut à sa fin ; absorbé par cette attente.
Je restai étranger i tous ses plaisirs... Lu dernière représen-
tation de rOpéra eut lieu. Tout ce qu'il y a d'habitués as-
siste à cette dernière représentation : j'étais sikr de l'y yoir.
le me munis d'une de ses flears favorites. Je sentais que mea
joues étaient brûlantes lorsque je levais les yeux comme tou^
jours. J'ose dire que Horley était dans la loge de lady Harriet :
je oe regardai seulement pas de ce e6té : je ne pensais qu'à
Emily.
liais la loge était encore vide ! -- Ce soir-là elle me parut
semblable à une tombe. Je savais que je perdais ma dernière
cbaoce de la rencontrer. Pendant six mortels mois plus d'O-
péra. Pendant six mortels mois cette loge, qui (ut si longtemps
BU paradis, devait demeurer un petit réceptacle poudreux, hu*-
mide et obscur, livré aux araignées. Je montai pour m'y placer
encore une fois. Je m'asûs sur la chaise d'Emily derrière le
rideau, le déposai même mon magnolia sur le coussin rouge,
comme si elle eût été là. L'odeur de vanille parfumait encore
la loge comme si les d'Acunha ne feisaîent que de la quitter.
Mon imagination évoqua leurs images, et je crus un moment
qu'ils y étaient encore.
Je ne pus rester davantage en suspens. Le lendemain, e*
sortant des bureaux du ministère, je courus tout droitàSoutb»
amplon-Buildings. Bien plus, en parlant au clerc4actotum,
je demandai sans hésitation où était miss Barnet. J'étais dés-
espéré.
Ma demande n'étonna pas ce garçon-là. Il semblait y être
préparé, il semblait presque avoir parié qu'un des clients de
M. Hanmer viendrait frapper à la porte et demandera voir sa
papille, et il y eut un air de satisfaction dans sa figure lors-
qu'il me répondit : Mi$$ Emily n'y est plus,
c< Est-elle chez monsieur d'Acunha?
— Peut-être oui, peut-être non... je ne saurais dire. » Irai*je
le demander au mattre-clerc?
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192 LES PREMIÈRES AMOURS D'DN FAT.
Il m'était naturellement plus agréable d'aller m'en infonner
chez M. d'Âcunha lui-même : je courus donc à Burlon-Cre»-
cent!... Un écriteau à la porte : Maison a louer. Profon-
dément mortifié, j'avais déjà tourné la nie, quand je revins
sur mes pas et demandai à voir la maison : la femme chargée
de la montrer fut interrogée par moi sur les précédents loca-
taires... Tout ce qu'elle put me dire, c'est qu'ils étaient partit,
retournés dans leur pays.
Je rentrai bien malheureux. Tant qu'avaient duré mes illu-
sions j'avais à peine remarqué les progrès de la saison. Mes il-
lusions envolées, je découvris que j'étais seul. Tout était fini;
non-seulement il n'y avait plus d'Emily, mais plus de Lon-
dres. Au club, le soir de ce jour-là, à peine une âmel... Je
ne m'étais pas jusque-là aperçu qu'un employé du gouverne-
ment était exclusivement un citoyen de Downing-street, que
le reste du monde chassait, faisait un tour aux lacs, ou se ré-
fugiait sur les sables argentés de l'île de Wight, tandis que ma
plume officielle continuait à se plonger dans l'encre du gouver-
nement. Boudant seul sur le sofa du club, monarque unique
de tout ce qui m'entourait, boudant comme un ministre qui
a reçu une mercuriale de son souverain ou du souverain de
son souverain la chambre des communes... je songeais à en-
voyer ma démission. Le souvenir des conditions auxquelles
lord Ormington m'accordait mon petit budget me fil heureu-
sement suspendre l'effet de ce mouvement d'humeur contre
le genre humain. Et puis mon père, comme tous nos gouver-
nants et tous nos hommes politiques, avait pris le chemin
des champs : sans ma singulière préoccupation, cette absence
seule aurait dû m'avertir que je faisais partie du mobilier
inamovible de Downing-street.
{Cecily or the adventures ofa coxeomh (1).)
(i) NoTK DCDiRBCTKUR. Ce roman, dont nous publierons la suite daniU
prochaine livraison, est attribué généralement en Angleterre à la colli-
boratlon anonyme de sir Edward Litton Balwer et de Mrs. Gorc.
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REVUE ASIATIQUE.
DERNIERES NOUVELLES DE L'INDE ET DE LA CHINE.
Septembre 1849.
Presque toutes les réflexions que nous faisions le mois dernier
rar la situation des Anglais dans l'AfTghanistan s'appliquent en-
core aux nouvelles qui arrivent en Europe par les derniers jour-
naux de l'Iude et les correspondances, tant cette situation semble
être restée la même, VOverland Courrier a quitté Bombay le
i» juillet. Dans la disette des faits, quelques avantages remportés
parles Anglais du côté de Candahar ne suffisent nullement pour
leur permettre d'espérer la soumission des rebelles. Mais il parait
que le gouverneur général de l'Inde, ayant reconnu qu'il avait trop
tôt ordonné l'évacuation du Caboul , cherche à donner le change
SUT la teneur de ses instructions. Les troupes que commande le
général NoU ont été plusieurs fois attaquées par des forces supé-
rieures, et les ont toujours repoussées victorieusement. Il est donc
à regretter qu'il n'ait pas chassé l'ennemi devant lui jusqu'à Ca-
boul même, de concert avec un mouvement analogue du général
PoUock. Au coniraire, il a retiré les garnisons de Khelat-I-Ghil-
zie et de Gherisk, en faisant détruire les fortifications de ces deux
places qui sont si importantes, la dernière surtout, si l'armée ne
devait pas évacuer le pays.
Voilà ce qui prouve qu'avant la victoire de Jallalabad et avant
que le passage du Kybour fût forcé, lord Ellenborough avait résolu
de retirer les troupes anglaises de l'AfTghanistan. On veut persua-
der aujourd'hui qu'on a par suite d'un malentendu appliqué à toute
l'armée des ordres qui ne concernaient que le général Sale. Mais
on assnre d'autre part que les troupes anglaises auraient déjà com-
mencé toutes leur mouvement rétrograde , si le général PoUock,
moins pressé d'obéir que le général Nott, n'avait par ses hésita-
tions donné au gouverneur général le temps de revenir sur sa
détermination. Au reste, il semblerait que la retraite avait été
commandée par le ministère whig.
5* SÉBIE. —TOME XI. 13
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19& DERNIÈRES NOUVELLES DE L'INDE
VAHatic Journal rappelle dans une noie que lorsqne sîr Ro-
bert Peel s*est vu reprocher en plein parlement Tévacuation de
rAflghanisUn, il a répondu que les whigs devaient bien pren-
dxc ganic avant de lancer oeite accusation, parce qu'elle pourrait
retomber sur d'autres que sur lui.
Enfin, tout en faisant honneur an général Pollock de son refus
de battre en retraite, on ajoute qu'il lui serait tout aussi difticile
de reculer que d'avancer, faute d'un nombre suffisant de chameaux.
II. n'eu aurait que trois mille pour une armée de quatorze mille
bommes^.etll ne lui. en faudrait pas. moins de sept mille.
Maintenant qy'a-t-il transpiré de ces discordes civiles qui con-
tinuent heureusement à occuper Tenncmi dans la ville de Caboul?
U se conûrme qu'Akbar khan s'est emparé du Bala Ilissar et de
la citadelle, ce qui Ta mis en possession des munitions de guerre
ei.de vingt laks de roupies. Si le souverain nouveau, Fallah Jung,
était réellement favorable aux Anglais, que leur sertirait cette
lymne volonté d'un prince qui ne peut conserver son ombre de
pjoissance qu'en devenant l'humble instrument des projets d'Akbar^
soit que celui-ci le gouverne comme son vizir, soit qu'il lui im-
ptpse brutalement son influence de vainqueur? Étrange complica-
tion de ce drame si obscur où l'on nous représente deux des fîls
du shah défunt combattant sous deux bannières difTérentes, et ce
terrible Akbhar, le fils de Dost Mahomet, faisant bon marché des
purélenlions de son père, peut être par feinte, de peur que les
Anglais n'attachent trop.de prix à la possession d'un pareil captif,
qa.'il est toujours question d'échanger contre les personnes an
pouvoir d'Akbhar.
Au milieu des contradictions de toute espèce, quand les uns
hlâment le gouvernement d'avoir eu la pensée d'une retraite sans
représailles, quand les autres lui disent avec la franchise de l'op^
position ou de l'intérêt, qu'ayant eu tort dans l'attaque il n'a rien
demieuxàfaîrequede renoncer sans condiiion à une guerre injuste,
il s'est trouvé no tory, assez confiant dans la fortune de l'Angleterre
pour pioppser la conquête sérieuse et la colonisation du Caboul. Il
ne faut pas tant se récrier. sur cette hardiesse : qoî sait le secret
de la politique anglaise dans Tlndc? Ce/tes, il y aurait eu une bien
plus forte dose de témérité à proposer, il y a soixante ans, à la
compagnie des Indes dé fonder un empire la moitié seulement
aussi éleodu que celui qu'elle doit à l'audace d*un dé ses commis.
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Vbîcî la lettre de ce lory, qtii' n'est encore un second Robert Clivé*
que sur le papier. Cette lettre est cnrîeii^e et remarquable sous plus
d'un rapport' (1).-
f INnintnoi né pits colontscr* lè/'Caboul? Le clitnat de la partie
péninsulaire de l*lhdcf diéfènd toute colonisation européenne per-
nfanente. Les en ranis d'Euro (lèens qui y naissent sont d^unc santé
firîHc; ils y meurent m^mc', si on ne les envoie en Europe se re-
tremper dans un climat' pftis c6nf6rintre à leur origine, ou s*ilssnN
ffvpni et continuent de ré^dcr, ils y ont rarement une postérité!
Je pois bien assnriEfr qu'il ne faudrait pas le laps d'iin siècle pour
Toir s'éteindre toute la génération an^lâl^e acWellc de Tlnde si'
on l'abandon riait à elle-même. Xbus ne pouvons occuper le pays
qu'en y envoyant des renforts d'cini^ranls de temps à autre, lant'
il est vrai que dans la péninsule de l*lnde les Anglais ne sont et ne
petiTent être que des oiseaux de passage.
> Ce n'est pas là un état de choses naturel ni sûr, les maîtres
de ta meilleure partie d'un pays étant étrangers, n'ayant aucun lien
d'origine avec le sol, et par conséquent étant incapables d'éprouver
pour les habitants d'autres sympathies que celte d'une aride hu-
manité philosophique. Xous pouvons bien aller là nous enrichir et
puis nous en rct«)urner, mais nous né pouvons communiquer au
peuple nos sentiments, nos coutumes, notre religion. Nous sommes
de simples gouttes dans l'oc^'an de cette vaste population, et it nous
est impiïssiblede nous y mêler pas plus que ne feraient des gouttes
d'huile. Si ce peuple se levait et nous expulsaildemain, il ne resterait
pas plus d^' trace de nous qu'il ne reste ici de traces des hirondelles eh
octobre. Madras, Bombay, Calcutta... que sont ces villes, sinon des
caravensérails, des lieux de balte, où nous nous arrêtons le temps
nécessaire pour ramasser dé l'or, et fuir bien vite après de peur
d'être atteints par lé démon de la maladie.
» Dans toutes nos autres colonies, même dans la plus insalubre
des Indes occidentales — (à rcxceplion de cet hôpital des mers,
Sierra Leone, ce cimetière qôî n'est pai une colonie), — dans tou-
tes nos autres colonies, nous avons pu nous implanter dans le sol
d'une manière permanente. Dans toutes nous voyons fruclificr les
semencesdela nationalisé anglaise, l'industrie, la liberté, le christia-
nisme. Dans léè États-Unis d'Amérique, TenfanCs'esl fait homme
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196 DERNIÈRES NOUVELLES DE L'INDE.
et rivalise avec son père — dans le Canada , jusqu'à l'embouchure
du Saint-LaiirenU une communauté libre et prospère travaille, dé-
friche et convertit le désert en terrain fertile, animée par l'énergie
britannique, et dans sa jalousie même de la Grande-Bretagne, gui-
dée par nos propres principes Notre constitution répand sa lumière
sur le pauvre Hottentot et le Bushman du Cép ; ce sont nos frères,
parce que des hommes de sang anglais vivent avec eux et parmi
eux» uotre mère-patrie les rattachant également à elle par le même
patriotisme instinctif. Le New-Zélandais a oublié ses horribles
banquets et voit déjà des familles d'Européens civilisés prenant
racine autour de lui; il apprend rapidement leur langue, leurs arts,
leurs belles-leltres; il a adopté déjà cette religion qui leur a révélé
leur humanité. Partout, excepté daus l'Inde, la liberté, l'intelli-
gence, la doctrine chrétienne croissent côte à côte avec la race
sauvage du monde barbare, la supplantant ou se Tasssimilantpeu à
peu. Dans l'Inde seule, le vieux esclavage, la vieille civilisation asia-
tique, se transmettent de génération en génération sans aucun
mélange de liberté morale ou civile.
» Mais est-ce notre faute ? Non. C'est le résultat forcé d'une cause
sur laquelle nous n'avons aucune influence. Le climat, que nous ne
pouvons changer^ nous défend d'y séjourner assez longtemps pour
inoculer au peuple notre caractère ou l'habituer à notre genre de
vie et à nos opinions. Il n'existe à présent aucun centre plus à por-
tée que l'Angleterre même d'où nous puissions propager notre
influence. C'est ce centre plus rapproché qu'il s'agit d'établir, etsi
Tayaut trouvé nous le négligions, nous encourrions une grande
responsabilité.
» C'est le Caboul qui nous l'ofifre, ce centre désiré; il faut donc
occuper le Caboul, et nous le pouvons faire d'une manière perma-
nente ; car là, aucun empêchement physique, aucun du moins que
la puissance anglaise ne puisse surmonter. L'Angleterre ne peut
lutter contre le soleil qui brûle et rend inféconds ses enfants sur la
péninsule hindoustanique, pas plus que le Cypaye ne peut résister
aux vents froids, aux neiges et aux frimas du Caboul. La pénin-
sule est essentiellement le pays des teints noirs, le Caboul celui des
teints blancs. Cependant la transition de Fun (en regardant le
Pendjab comme la continuation des plaines de TlndeJ à l'autreesi
presque aussi rapide que la transition des Lothiânê diuxff igMands
(hautes et basses terres) de TÉcosse. Le Cypaye est un soldat à AC-
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DEBXIÈRES NOUVELLES DE L'INDE. 197
tock, une femme à Ali-lfusdjid. Eh bien, la dislance entre ces deux
points n'e^t pas plus grande qu'entre A berdeen et Edimbourg. Mais
ce qui tue le Cypaye ressuscite en quelque sorte le fils du n rd aux
yeux bleus. Au pied du Caucase indien , nous nous retrouvons
dans le berceau de notre race. Ce fut de ces sommets que descendit
le Goth. A travers ces défilés émana le sanscrit. Les muts que j'é-
cris, sons primitifs de tous les idiomes de l'Europe occidentale, reçu-
rent ici leur première forme articulée. Rien ne saurait empêcher
une colonie anglaise de prendre racine ici avec autant de succès
que dans toute autre partie du monde. Le climat est aussi convena-
ble aux résidents anglais que le Cap ou l'Australie. Situé à six ou
sept mille pieds au dessus du niveau de la mer, le sol produit toutes
les récoltes de la zone tempérée. Par le fait, la vallée de Jellalabad
peut être considérée comme la continuation de la vallée de Cache-
mire, dont la salubrité est proverbiale , sur la rive opposée de
rindns.
» Toute nation qui expulserait les tribus maîtresses de la région
entre Caboul et Peshawour serait justifiée d'ouvrir ce» défilés au
commerce de l'Asie centrale. Un seul défilé, ou une série de défi-
lésj comme le Kybour, seules issues d'une chaîne d'ailleurs inac-
cessible^ appartiennent à tous les peuples. Y lever un tribut de
péage, c'est une piraterie comparable à celle de faire contribuer
on navire franchissant le détroit de Gibraltar. Mais , outre les
exactions régulières exercées à l'entrée du Kybour, les barbares de
ces montagnes, pillant tous les voyageurs trop faibles ou trop peu
nombreux pour leur résister, ne sont que des voleurs de grands
chemins, qu'il est méritoire de châtier et de chasser de leurs re-
paires.
a Nous pourrions facilement stipuler avec les peuples de l'Hel-
monde, que, pour prix de notre évacuation du C4andahar, ils don-
neraient aux tribus du Kybour les moyen de subsister dans l'inté-
rieur. Nous pouvonsaujourd'hui concentrer vingt mille hommes sur
la ville de Caboul : n'est-ce pas une force su fiisan te pour dicter des
conditions pareilles? Or, nous avons acquis assez d'expérience à nos
dépens pour savoir que, si nous n'obtenons pas l'abandon d'une
partie du territoire ennemi, il ne peut y avoir de sécurité pour
aucun de nos établissements. L'automne dernier, la garnison de
Caboul comptait plus de cinq mille baïonnettes : c'est plus que
nous ne pouvions en maintenir à une telle distance de notre fron-
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^ièr^; et J'qn a yu si cipq mille baîonneUes <^t pu Cûniq(\ir jj^te
l^opulation fanatis^.
» Nous ne pQuvons çoi^s^rver le Caboul par inoitié : il ffifit fe
fjàïdçT lout eniier, ou laisser I^ clef de riode aiLx mains d'eoncmis
i|fip1acables. Un seul fort solitaire à Tent^rée du Kyjbour serait af-
fa^mé ou emporté par surprise. L'occu,pfilion d*un lel po^ieavapçé
serait pire aue Ve^iil dans un étahlissement pérsitentiaire; ]es irqa-
fp n'auraient aucune sccuriléçn. dehors des ^urs,^e leyr prison.
Çftinle-Jlêlène n'est rien compajali^ye^eM^- -Ce serait gjif^.qr^ejpc
d'^llsa au milieu d'une flotyte hosti,)e. ,Ces jslpi^i,tcs ^e fpnt^^ n\ir
ri ^e,^'ex terminer Içs Ferjngbis, quocuj!^qjue mod^o. Ce S9,pt dfîj
hypocrites par patriotisme,, et héroïquement perfides. Nous devons
^eur faire yi^er les liçujc, .et rt-mplarer les indigènes j>ar une po-
pulation à no|ys dé^vouée, ou bien rebrousser chemin jusqu'à Fa-
rçzepoury avec la certitude d*y être devancés pa.r la rébell on.
» Mais, dira-t-on, où trouver des colons assez hardis pours'ei-
l^oser aux dangers de fixer teur habitation au milieu d*enaemis
aussi implacables que le deviendront tous les AjÇTgba os, auprès une
spoliation pareille, et qui, jrayanlpas craint daUa^uer six mille
hçmmes de troupes disciplupées dans Je Koord-Cabçul» ne crait^
draieat pas^ à plus forte Raison, d'assaillir une population dissé-
minée d'agriculteurs et de commerçants ?
» A cela je ré;ponds qu'il ne fois chassés au delà des monts qui
eptourêipt de leur barrière les provinces en questiçn, JesKybou-
ries n'auraient aucun moyen d'y rentrer que par leurs défilés, et
certes, s'ils les ont si longtemps défendus, nous pourrions, nous, ^
jamais les en exclure. Ces montagnes son^, en effet inacces^i^Ie$
par tout autre district; et entre cette muraille de pierre, d'une part»
e(,la branche aflghanc de rindusdeTautre, s'élepd ,une région fer-
tile et salubrç, de^ux fois plus vaste que le plus vaste des con)ié$
d'Angleterre; tandis qu'au delà du déûl.é de K.çordCaboul , au?
tour de la ville même de Caboul, s'étefid u^e autre région égale-
ment clôturée pa|r les défilés de Koord-Caboul au nord, et parceu;^
qui conduisent à Ghuznie, au couchant. C'eçt de fait un jardin
^rand coipme upe de nos provinces, eutoyré d'une muraille à^
deux ou trois mi)le piids d|e haut, avec des portes principales, c)ia-
cyne desquelles pourrait être défendue par un s/e^l régiment conlFÇ
toute la population de l'Asie centrale.
» {('avons-pous pas en Angleterre iinç population plus consiae-
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Yihfe (^ ne-petit en iHNiirrir>ii«tre9i»l'et'l*ètat'-«cl««l'de Dagiécul»*
tore? Ne sommes-nous pas en même temps plus rioiMB*i|«'aiiculi
tmtre ndioD'ra 'bitineiifs tit'ên mi^•irs^«p|?mMpott^L?lmiBs na-
«figiible cmMaît t)irette«imit«irpM'Cle»^éfiMsifaîVotivrent«ir/la
^yëOk tie 9«1MÉbad , 'nwigtfiion 'kidVile fpDQr*ii<MiS'taiis'iii» dépôt
«iffft(vifeà'Son-*teraie'^BS'lfSH«iVM,'t;VKsMMliael GabcnL, cetie
^lle en étmft '4e pomt *e«tffi9m^ ; «Mtîon * kidiiprte , '«nr, «Mcare-iè
présent, tl>e9t le igninfQ tmnpehé coumNfiroial tpearl^Jl^ie'caBlmle.
'QtR ne-5erâlt-^11e*pBSy^b#té«pffrd«»»artlHiwi8ian^laK4e8 m»-
'MCKtariers et itfes' tenquien-iingiais,' HMfe'ftOf tdut »vee dcaTOuM
OTfeftes'par'êes inFgènîeurs «nf laîs !
» Maîfftenatit, «frppeaez à •Gaixyal les lois tt ta iibei^téB anglais
ses, un gouTernemenl représentatif, «nre presse ^bre, nrntystèflia
Ifédocfffmn poMique, etc., etc., truelle «aivroe abcmëante'ieban-
«esinlhieaces «et. de^bcms'OKmples «enfît Cvbaul, etpaur les tMt-
^Ki»s4e^apènhi9Me hfdmiM«ifq«e, èttp«ir'M^onleB4njo«Mft^kiifi
ièsorganîséesile l'AlTiiffaaimtanl €les<dMlés, <ygi laaBnU'eweB^*'
Traîem que prmr -venri fleurs bandes êe fMMWvdevrs et dlasMsriîAi^
Oetiendraien t «e Tivia^anai» Ae ch4IiMrtiion , «liant smmweÊêe • n^
pandre avIoiditnirtropplein'A'mdufttrie, d^ntdlîgviiceet AeiièiKfté
«Misiituffomiéne. Le tyaan de Bokbara , k l'approdae 4e ^tle< in^
fwnee nonif«Hie, tfemMemt iaaalesptdaiawQslasqaelB aoDt crotté
lès tes cachots à v«nmne(i}. lie Russe, en «'avançant wm Aatraèad
wi¥bffa, vespînrit d^à l^anr féoend de la IIImtM. A l'aot, letfCy^
bour, le redoutaMe Kybour, ne lifferaît pltts paisii^e qu'à Tia»*
TisJon du comneroe, Abs arts, 4e k littératme. Les idées eur^
pêennes fraient féconder et le Pendjaib, et Pethi, «t Agra ; enAn les
ânglo-Indiens ne seraient ^Ins de simples oiseaux de passage. A
kvrs pénibles tre? erséea de Itkéan fils svbalîUieiaient des visîtesA
Imatnmtvtih^pahrit de^leltatabadet de Caboul i ne seraient là peut
eux des^exenraioBa qui exigeraienti péîneqttidqttes jours et i
tnaadépenses de ptua^'iHioieuT enfautponrt^eun |
annuelles aux montagnes nord du Sutleje. Les gaandas InulIcB de In
péninsule, au lieu d^enva^r leurs -enfbftls par •eamgaiaanaen An^
tHlerre, les garderaientprès d'elles dunslaa mantagncs, jysfu'à
(1) Cedaspole-ealtetiant ome rétenre de vermine : puces, punaises et
Irai insectes d^ignûUDts, au«queU.lI liTre Je«ytctimet de ton déplaisir.
I^aa demi-heure dans ce cachot ptfd<ci«{airs suffit pour tuer un* homme.
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900 J>ERNIËR£S NOUVELLES DE L'INDB.
ce qu'ils fussent assez robustes pour supporter Fardeur du soleil
dans la plaine.
)> Nous avons une grande dette à payer aux peuples de l'Inde : nous
avons extrait de leur pays beaucoup d'or, et en retour, qu'avons-nous
fait, si ce n*est d'administrer leurs affaires d'une main assez ferme
pour maintenir la paix entre eux? C'est un bienfait sans doute;
mais, hommes libres et chrétiens, nous leur devions davantage, et
si nous ne pouvons directement les admettre à la participation de
nos idées politiques et religieuses, montrons-leur en grand l'exem-
ple d'une société chrétienne complètement organisée, dont Ti mita-
lion les tente. A tout événement, ne perdons pas l'occasion de créer
une nouvelle sauvegarde à la puissance qui nous a permis de faire
déjà quelque chose pour eux.
» L'Indus est la grand'route naturelle entre l'Asie centrale et le
Teste du monde; c'est la seule issue praticable pour les produits
d'une portion du globe, aussi vaste que le continent occidental de
l'Europe. Caboul est la clef de la navigation de Tlndus du côté de
rAffghanistan,deBokhara et de la Tartarie indépendante. Tout ce
qui descend l'Indus, provenant de ces pays, traverse ce grand eo^
trepôt, dont nous avons l'occasion de faire une ville entièrement
anglaise. Là est une contrée que notre légitime défense nous force
d'usurper sur ses occupants actuels; là est un nouveau champ
pour l'industrie agricole, pour l'industrie manufacturière et poar
les entreprises du commerce; là un climat analogueà notre consti*
iution physique et une localité parfaitement adaptée à nos besoins
politiques : c'est une belle occasion de faire le bien,
» Je ne justifîe pas la guorre de l'Aiïghanistan : au contrai re, au-
tant que je puis juger la questionne la blâme ; mais si elle avait
été entreprise pour arracher ces brigands de l'Asie centrale à lears
forteresses, et déclarer la route de Caboul à Peshawour ouverte aa
commerce paisible du monde, je la déclarerais légitime, £h bien !
l'occasion se présente de faire sortir un bien du mal; un homme
juste ne peut hésiter.
» Que les Kybouries s'en aillent en paix, au nom du ciel ! Il y
a en assez de sang versé. La vengeance est un mot qui ne doit pas
être connu dans les conseils d'une nation magnanime. Point d'in-
cendies! point de ravages! La leçon morale qu'il s'agit de donner
sera bien plus frappante. La machine à vapeur, l'institut pour 1'^
ducation des ouvriers, les leçons de musique gratuites; voilà les
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BERNiiRES NOUVELLES DE L'INDE. SOI
monnmenU qu'il faot fonder en Thonneur des morts au pied de
ces montagnes ensanglantées; et si le massacre de Sugdaluck pro-
duit toot cela, nous pourrons vraiment dire que jamais sang ne fut
plus utilement Tersè. Gilbert Young. »
L'atenir nous dira si ce n'est ici qu'une utopie individuelle.
En Chine (les dernières nouvelles sont du 27 mai), la guerre
traîne toujours en longueur, soit qu'on négocie de bonne foi, soit
que les Anglais attendent des renforts pour leur grande eipédition
SUT Pékin. D'après les rapports des missionnaires français (dont les
Anglais reconnaissent volontiers l'exactitude), le Céleste Empereur
se disposerait à faire sa retraite en Tar tarie. En se transportant de
l'antre côté de la grande muraille, le monarque chinois rendrait
illusoire tout traité conclu à Pékin par les autorités que les An-
glais trouveraient dans cette capitale.
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9ie(J»VBIjLË6 »m 'SCiEI>M}B8 ,
JBB (LA dalTmBIU'rWB , BM BBAmL-ABflW, B«J
DE L'INDUSTRIB» 'OB I.1ACRICULTQW y 1BVC.
DE LA REVUE BRITANNIQUE.
EdiQbount, 1$ fqptembK.
jiA IWigs jiQT icQSSB. ^ ^ucoàs nu criscge auuat. — juss aamis ti>!iitfi|p-
APUHG. .— I4A 6I1ASSB iBN fiBPTSII>RE. -«^ UN MOT DB HETVOOD. «— QN
ROHAN DE CIIASSBUR. — PBRCIVAL KBBNB. — LA LIBRAIRIE d'ÉDIMBOUIIG.
— LA RRTUE BT LE HA6AZ1ME , BTQ. — NOUVELLES DES SUENCBS. CONGBiS
PB MANCHBSXBB-
Vous allez me croire devenu tont à fiait courtisan, n
TOUS ne me classez pas même parmi les amoureux de la reine.
J'ai en effet suivi Tauguste voyageuse en Ecosse, mais par
hasard et non avec l'intention de vous raconter le voyage royal,
the Royal progress , comme on écrivait dans l'ancien style.
Je venais ici faire une partie de chasse, voir si le capercalzye^
ou coq de bruyère, était devenu aussi rare que le prétendait
naguère un illustre poète de France qui avait besoin d'aug-
menter son catalogue d'ornithologie apocryphe. Je venais
aussi rafraîchir mes souvenirs de Walter Scott, et grâces à
la coïncidence, j'ai pu voir comme vous, en 1822, le gathe-
ring des clans. Gomme vous je suis forcé de dire qu'on a
donné à Sa Majesté la reine \ ictoria une édition illustrée de
la pittoresque Calédonie ; mais il en est de ces éditions comme
de toutes les réimpressions les plus riches : les amateurs ai-
ment mieux Veditio pr inceps. Autant voir. l'Ecosse à l'opéra
que de la voir ainsi remise à neuf avec ses montagnards en-
dimanchés 1 Ajoutez qu'à ces cortèges de théâtre se mêlent
même des comparses fort mal exercés. Les seigneurs écossais
se piquant tous d'exhiber à leur souveraine une grande queue
( a tail ) , c'est le mot local, quelques-uns y ont enrôlé tous
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C(|ix quiontibiAD vcmtu ^ 4aire ^^o^i^jg^acda^epacade. ^41
fidpe chose n'était-elle pas i^\;ée pour .Georges IV, ^pui^
(ne le jnaltre des cécémonies Cjkt ^l«rs w Wia^t^ Scott J^ir
oiAmey qui de^it pourtant ^e souvwirxl*<avoir £^Tire ses le€«-
Iqpis avec la ûmattsenrovue 4u <«bAteau,de la^tf J^Uendeo (^}.
Qa n!a paa vu du moifls cette fois )a.^Qpiûde.4ii.€oat)ii|ie l^ghr
\fakdai» ^iler jusqu'à en faite reinôtir ^Q v^^^aldermau d^
l^lMces» ieff^ b9#q^ier «ouiAiw»» sÂt'W. Cm^,, de boi^
foone et gafiti:oi^<piû}He méwuEe. Après .(ofit, ^acwiea W
^boQiVie^^ de paraître partout epp^biinli^e. fhsim Qbii,
le pe«pie4'E€osse, ce peuple^ griiv.e,#Â(diciie9 «si puritain»
a^èbi€fitA|t epthouiiiaAiiié de cette japne seiiie^w ae.^é^a^
ù firacie^seiuent à 4<Hites les fôtes ^c^^saîses, y xh> wiiis J9
«0niioo doot «Q Va récrée un dWMK^ (tiW^Me J^^çm^fmt
i .£ût,aisactéristi9ae.
Quoiqu'on eût annoncé que la reine VÂfliyweîa WldaÂtfWPr
9Maiir io^ l^s sites càtebcés 9/^ ru^ipqiiiren^oiiiamîer «de
IJBcoss^^ ieWe s'.es^ çoutootée de vieLvies weimîtiie pw>
tieUe^, réfflMnravit ^«#s ^4^ le riasjle poiv TAiMMie.i^oelM^M»
fl^/90 lapas «9wan& da^Miiter qti'eUeMaît#i ehainiée à0
90 j)eaji royaime iW>4e pffMeodait y «eimr *nwelJbiVM(t.
V» iurim^ Al^ft o'4t pee eu «mm^s de finocès qi^e son aji^sale
twynae; a«ipràs4es.dMMs d'atiard il a ^ a«iei AiMbU
q/^i^n peut rAtre^pwid deM k^ wéoAge regrel on m p«rte««i
les «flottes ni le s<)epU:e. Hm U eà tf »M¥^vfi loueeee
9e|ctts« U o^ il a niarclié dnwea («Miee et ea libïirtti, c'est i
KuwajvwsM^ d'Ë^binbourg. Vous sarepi ^Bdifubouig a tue
IpéVBalioas ^mékmkvmt ^Qpie (lemiive «n Puisse ; c'eal
«l[tppe«Mie uritte »n pew pM«««e» e^Jes.daJiKes'ae piipiept de
mw tto peu de^iihysiqwe, 4in.peii de^ckwie, ub 'fwi'd'bisr
foire naturelle, un peu de géologie, etc., etc., etc., c'est-à-
4pm un peu de tout : le prince Atfaert, a^ec Bon Miwatton
iBurerskaire allemande, en sait au moins autant que les dames
^Edimbourg. Il a donc étonné les professeurs de la classique
il) OH MforffUUyf
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20V NOUVELLES DES SCIENCES.
Edina, de VAthènes du nord, comme un autre Pic de la Mi-
randole, ou plutôt comme un autre mirabiles Chrieton, car
c'est surtout ici qu'il faut citer cet Écossais qui, dans notre
siècle à romans, est devenu le héros d'un de ceux de M. Har-
risson Ainsworth. Vous comprenez combien un pareil aide
de camp ajoute au respect que les loyaux sujets de Sa Ma-
jesté sont si disposés à avoir pour la reine. Avec le prince
Albert i ses côtés, Victoria Regina est une autre Elisabeth,
en état de tenir tète à tous les hellénistes, latinistes, etc., de
ses trois royames. C'est lui qui parle grec, latin, sciences et
ie omni re scibili pour elle. Cependant elle a daigné planter
de ses jolies petites mains un petit sapin et un petit chêne
dans un parc avec une petite bêche d'ébène que, suivant les
Journaux, écho de l'admiration générale, elle a maniée avec
l'adresse d'un jardinier consommé. Il y a de quoi rendre ja-
jalouse Mrs. Loudon.
En attendant au milieu de ces (%tes, vous devinez bien
que ma partie de chasse a été impossible : tous les proprié-
taires de châteaux et de parcs espérant que le prince pour-
rait taire à leur gibier l'honneur de l'abattre, se gardent
bien, depuis le premier septembre, de laisser tirer un coup
de fusil qui risquerait d'appauvrir leur réserve. Plaisanterie
à part, ie fait est que le noble ami chez qui j'étais venu s'est
tenu religieusement en ville ou sur le passage de Leurs Ma-
jestés. C'est un whig, mais de ceux qui pardonnent à la reine
d'avoir un ministère tory, pourvu qu'elle daigne ne pas leur
faire tort de son sourire. On en est ici à compter combien de
fois on a vu Sa Majesté, ce qui veut dire combien de fois on
croit avoir été vu d'elle, sans l'avouer aussi franchement que
le fit le vieux Heywood i Mary Tudor (1). Jusqu'ici donc, en
(1) Le poCie-eomëdien Heywood, revenu d'eiil à ravéoement de Maiy
Tudor, se présenta à sa cour, ei la reine l'ayant reconnu, lui demanda quel
bon vent le ramenait: « Madame, répondit-il, deux choses principaUl
m'ont ramené : la première, le désir de voir Votre Majesté. ~ Je vous
remercie, monsieur Heyweod ; mn\$ quelle est la seconde? -Le dénircf din
vu par Votre Majesté.» Marie lui donna la direction du théâtre de la eour.
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NOUVELLES DES SCIENCES. 305
fait de chasse, bien m'a pris d'apporter de Londres, pour les
loisirs de la soirée, deux romans dont le premier m'a fiiit dv
moins chasser en imagination : c'est le Old Engluh Gtntkman^
par John Miller (« le Vieux Gentilhomme anglais»), dont je
ne crois pas vous avoir parlé quoiqu'il ait un an de date. Il
appartenait à l'Angleterre de créer le roman du ifort , après
avoir créé le roman maritime. Sans doute dans la plupart des
romans anglais, depuis le Sqydin WttUrn de Fielding, il y a
toujours une scène ou deux de chasse ; mais M. John Miller est
le premier qui ait fait une partie de chasse en trois volumes.
Ici nous avons bien des amants et des scènes d'amour, mais
les véritables héros et héroïnes sont le renard, le lièvre, les
perdreaux, le cheval, le chien surtout, entre autres Buttan^ le
fidèle ButtonI Ce sont eux qui m'intéressent, quoique M. Mil-
ler ait donné ses beaux rôles à Tom Bolton , le piqueur , à
Péter Bumstead, le garde-chasse, et que le Squire Scouriield
soit le vieux gentilhomme campagnard du titre ; mais on voit
bien qu'il n'y a pas encore des peintres parmi les lions, ^et si
le chien Button , à qui il ne manque que la parole, pouvait
écrire ses mémoires, le roman serait peut-être supérieur; j'en
demande pardon à M. Miller, qui a la juste gloriole d'être
aussi original que possible dans la nouvelle mine qu'il a ou-
verte aux romanciers. Tel qu'il est écrit par un bipède, ce
livre offire dans un cadre très-simple une suite de tableaux
piquants de la vie de ces gentilshommes campagnards dont le
type ne saurait se perdre; vous avez là en relief Old and
■lerry Englandj la vieille et joyeuse Angleterre avec ses
moeurs provinciales, ses mœurs antiques, ses mâles amuse-
ments; toutes les descriptions sont d'après nature, car l'auteur
est un squire de la vieille roche comme son squire Scourfield.
Je ne sais pas assez la langue du sport pour oser vous en
donner aujourd'hui un extrait sans un de ces vocabulaires
qui sont indispensables aux profanes, même dans ce mois de
septembre où il n'y a pas un cockney de Londres ni un ba-
daud de Paris qui ne se donne les air$ et Uê paroUs d'un Nem-
rod aussi terrible que M/Apperly.
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JM^ NÔtVfetLlËS DBS âtîIEKCES.
j0'ne*iD»'diMi« pà8*ntni'plii9 pcmr uiraëepte de Ift UttétÀ»'
tÉtomantîne^ oepeirdatitîe powrris; je croie, très-pftseaMe»*
ment voue traduire d^oii'bMt à l'anlre le novresa roman do*
eËpîlanie Mmryaifti le aeconé d^srdeux que j-ai pri»* comme
Iltomibn de voj^iaga PemwUSktn (Mrchral le fin, le rasé)»*
aétasi' intitulé suns'devte par opposition h Pierre le Simple,
du* mène- afuâèor, se lame Iîib sans dîotionnaîre nautique,
bien' que le capitaine nous fasse naviguer dMis les trois qvarC^
d«*ronufii, elt^notis fosse vivre à terre avec dés marins. Maf#
dMord^n^'ètes-vons pas de oem qni ont assez de la liltéraH''
tnre maritime? Ne penset^vous paaqne M. Marryat lui^nvèiM
devrait finir pa^ jeter Faitcre, soit dit sans prétention an ca^
lemkioiiv' déjà fiait à* la Chambre des députés de France (1).
Veïi veiix^ pour ma^part, àM. Marryat, de son ffah^eau fim^
Hme^et de quelques- akitres' mystifieations navales; mais, je
vous en prie, li^ez Percival Keen^ei vous pardonnerez an en-*
pitaitte tous ses* péchés; Ce roman m*a prod^effseinenl
amusé, réjoui, intéressé, par son style facile avant tout; pnisi
par les bone teur^ de son béros^ qui- mérite dès Féoole le
Dom qu'il porte. Par exemple, si vous avez un écolier en va-
oanees auprès de von^, cachez bi«in ces volumes : le petit
FercivaMui apprendrait à révoltitionner tous les collèges de
Baris, et à faire même sailter un professeur comme un bàt>*
meart qui laissa prendre le fe^^^dans là sainte-barbe. D'écolier
plilsrqn'eàpîè^, Percivnl -devient u» mid$kipm(m encore tré»»
teceu^; mais ce qui le distin^jfoer de ses camarades, c'est qu41
n»se laissejamais prendre, et fant raipidemeÉit son chemivdV
vanoement. Dans- ce grade de novice, il lui arrive maintes
«ventureBj doaH il sort à son •honneur; oeanme lorsqu'il est
aHMidonmé en pleine mer dans- un canot', avec une canti-
nière poar tout 'équipage; ou lorsque^ tomber ans mains d'un
pirate nèg^e, il apprivt)îaa par son sang-froid ce maître itH
(1) Note du directbur% Notre correspondant fait sans doute allusion ici
à Tamiral Lalande, qui, ayant renversé l'encrier dé son bureau, fit dire an
spirituel président de la cliamliré élective que dànïsôàméÀen'aôEllràl
était forcé de temps en temps de^jé£6ii1mef«.'
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nmi et' s*emtàit muann* Vous TnrmTrnuinrn rtwrn m Manmi
M dneK (lW€lns6M( sur mw,. dis» frégatest pnm» àU'^cMi^
dqpjdninmfavgeft^bra^ toa^teineidesteidiriaiTio'laipUvf
aHilift;:iiiûstbi9ini0afdiiimbl€n^ rae(l1l4é9^ satts w^si
éHk^B de iiioltit«^l*riqii«B;.e^.eMCNn in0îii».9ai'oe*le. fbnr *
séologie sentiiMMlBlefel aiif»mU0'qiii^lisB>n>iHBrioMrs^é^
dmoe;. àaam Vtcotk frangwe;. amalgaMMt si ^ ski^ttU^neh t
amc le jav^m^pInsK oni moin» bten^ goodrmmé ' de» conteimi
A«ui|] dft! quitter* BdfdiboiirG^, je dob^ v^m» dire qtvc'esb
taiynn» le seoottdimaveMHlilévaire de lai Gituid^-Bvelagwi
Lee file BlackwoHod céffliniieotswr.iine» ttèe^llvge éoheUetlai
librairie paternelle. Voilà YHiitoire de l* Europe d'>AUeon,>«Bi
iê gn» volMies, . acberée. On trovre daiie lèiir catakq^ nie
linre» lUMnreaia un. etcelleiit Fbyefs emdréet qiie voue ayead
cité dèrafciwcBi, celui de M« Mure de Oaldwetl; la JVoih
t€ttt :Siai»#f<fm i£0 V'Btomê', de» Elémmtê^ de eAîmt» du pt(V
fesseur Johnson, rival de Liebig; une Nouvelle théorie de Un
iwpitetioiv,. eoecim pffr? Alison (2vd; i»«8''),.^ etc. Le
BlatàmKfi Magasin» ert. loigèfurB^ dirigé par le professeur
h Wibon^ quiola rien^perdode ses humour, de son énergie;»
de «a rerve de poète et de cniiqne.MM. Bla€k:wood réioh
pnwDt à pavt!( 3^ voL j qnekpies^una des principaux articles^
de cet benBe rare qviin'avaiii'qa''ua rival dans la littérature'
périodiqwi, le^doolëurMàgixin^ 6|iC6HH-«i' vient de mourir.
Ces messieurs réimpriment encore, à six shillings le volume,
les romans de leur fonds qui ont survécu à la vogue ordinai-
(i) Note du dirbctbqr. Ce roman sera probablement^tradait par M. De.
fauconpretet publié i la librairie Charles Gosselin. En attendant, il a
paru eo anglais chez M. Baudry, et par un vrai tour de force typogra-
phique, iJ n'a fallu à cet éditeur que soixante-une heures pour réimpri-
laer les trois volumes de l'édition anglaise. Tant qu'il n'y aura pas un
droit européen pour proléger les droits des auteurs français, tout en ap-
pelant cette loi internationale de tous nos vœux, nous applaudirons aux
représailles qni finiront par en démontrer le besoin à l'Angleterre et a
rAlleougne.
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a06 NOUILLES DES SCIENCES.
renient éphémère de ce genre de littérature : tels sont Jte-
ginald DalUm et Valerius de Lockhart ; les ÀnnaUê de la Pa-
roiae, et les autres romans deGalt, et Tarn Cri/ngW$ Log^ dont
la Reme Britannique a publié autrefois des fragments. Ce
' roman, longtemps attribué an professeur J. Wilson> se trouye
être de Michael Scott ; Tautre Scott Teût avoué.
La Retue d'Edimbimry appartient à HM. Longmann de
Londres; mais c'est bien toujours la Hemie d'EOmbfmrg^ im-
primée à Edimbourg. M. Macaulay, Tauteur des beaux arti-
cles sur Clive, Haetings,' Frédéric le Grande est d'Edimbourg,
ainsi que la plupart des rédacteurs, quoique aujourd'hui
comme de tout temps les auteurs de Londres y soient par-
foitement accueillis.
A l'autre extrémité de la presse littéraire, vous avez ici le
Chambere' Edinburgh Journal qui parait toutes les semaines, et
dont rimmense circulation égale celle des SiUurday et Peimy
Magazinee. Un tirage a lieu à Londres et un autre à Edim-
bourg.
Je m'arrête, mais je pars demain pour Glascow, et traver-
serai à mon retour le Lancashire. Je pense trouver à Lon-
dres, entre autres publications annoncées, deux volumes de
Charles Dickens qui ont pour titre American Notes ; je ne pense
pas que ce soit un roman. Nous verrons si l'auteur a observé
les classes populaires des Etats-Unis avec cette sagacité dra-
matique qui nous a valu OUver Twiêtei Nickolae NidMbg.
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BULLETIN
DBS SOCIÉTÉS SAVANTES D'ANGLETERRE.
PIUlliRB BÉUiriOFT DE L'ASSOGIATIOIT BRITANNIQUE POUl
l'avancement de la science.
Suite.
PUHIÈMI SECTION. — SCIBNCBS MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES.
Changemmii proposés dans la dénomination et la valeur despoidi,
des mesures et deg monnaies en Angleterre. Une commission a été
chargée, 0 y a quelques années, d'examiner quelle serait la meil--
kore méthode à suivre pour remplacer les étalons des poids et me-
sures (le jard, la livre, le gallon et leurs multiples) qui ont été
détruits dans l'incendie du palais des chambres. M. Peacock, le pré-
sident de la section, et l'un des membres de la commission, fait
connaitre l'opinion qu'elle a exprimée au gouvernement sur quel-
qocs-ODs des points de cette question. Elle a demandé d'abord que
les étalons pour les poids et les mesures fussent indépendants les
UDsdes antres, ce qui n'était pas. I.a livre troy (375 grammes] ne
démit être conservée que pour un petit nombre de transactions, et
senit remplacée dans l'usage général par la livre avoir- du poids
(SOO grammes), qui serait la seule ayant cours dans toute la
Grande-Bretagne. Les mesures de capacité devraient être détermi-
nées par celles du poids : cette méthode étant beaucoup plus con-
venable, puisqu'on détermine avec bien plus d'exactitude la pe-
santeur, qu'on n'arrive, par exemple, à la formation d'un cube
parCitt. La commission ayant rec«inou, à la presque unanimitéi
qu'on ne pourrait apporter le moindre changement dans la détermi-
nation des premières unités sans amener une grande confusion et
des troubles multipliés dans les transactions les plus ordinaires de
la vie, a demandé qu'on conservât strictement toutes les unités
déjà employées, savoir : la livre sterling, le yard, le pied, l'acre, le
gallon et la livre impériale ou avoir-du-poids ; cependant, voulant
introduire dans les poids et mesures, autant qu'il serait possible,
5« SÉRIE. — TOME XI. i^
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filO NOUVELLES DES SaERGBS.
réchelle décimale , elle a ptopmë an f •«▼ernement de soumettre
d'abord à cette échelle la division des monnaies, qui serrirait
ensuite lAe teÉe jpaiir niffciiHuiiB H» aiHu «Mirite Itan la
division des autres poids et mesures. Ainsi, la livre sterling étant
fNse.conuae ruaitè ipiinslive, i» frapperait «uae monnaie 4» Jn
Taleur de 2 shillings (le 10* de laJUse ateclii^g),; une autre qui
aurait le lO* de la valeur de cette dernière (20 centimes et une
fraction )y et serait en argent ou.eBJjronze» enfin une troisième, qui
aurait une valeur dix fois moindre encore. La première de ces
pièces serait appelée Victoria, du nom de la reine; la seconde,
cent (le lOO* d'une livre), et la troisième, millet (le looo*).
Dans cette disposition , la demi-couronne disparaîtrait ; mais on
CMnerveraît *te ^hMtng»^ le êias-fmw9^ Ises ^
nîeDTt ees ^rnooificatioBB ^mncwt 'noDBiaCTilNCS , ii l'on ^n *
V. Feaeodk. A 'h Imqne d' Angtetenre , «pvr «aenpte , vk Vmm «»
cenvi^te'puB uioius 'ùt iunii!.(en|]lo940s,1tvpp1iuiiîra de celle 4ybMe
flecfmale TOCiiftefwt Bingniiefeineitt leS'tipénimiB^^âe tmvvI 'M te
tonne des lifrw. Ainai, en 'éonrimt les ^nHClM, «ar tteatMnqoHi
iié^tgefrt«Qjmrrd%ifi'Ain»lennvom]Mns4e8«mi»'MmiaHn<^
(to oenlimesf) , la sonmie *âe T7 livres '8 victmm 1 moH mmÊt
fepTésenftée par T7|7T.
ILa commission , srppliquant le «lême principe «nz *poiiB , d»»
■iaDde'qiiele*Aene,'«nlieQ'H^M«'de 6 -lîvresidvns mieHflnil, ût
f2 ^ même de 14 dams'un «ratTO, so^tpartoittMle «o4m«s. <jV
nodifi^tioiis, ifue les 4liéonoinns *titiu!f ewmt yen iiwpiiilanlM, i^
fefift déjà vn grvnd *progrèB ponrtRi pvyv'vuiii fiidÛque ^Ui 1
g|pt«rre, et %n<nienbneata eengrès, qoi*«%tleHdai«Mtàii» <
gomenii i^Kii giww <A :0hR pertoitaleiiM., %nt Twn 'UMii
Mlle ff^rnrns «e imtwk «pas mpgwièe ipar le'pnrImMit
mm/th p0nêmM*Pit»imé0 ]«4i,'fior Jif. ttarph. iiam
mnie'âes^flcieiiin «n ^piogi^ ^'desquelles lo^Mgièi « toploaapi^
iMetuuut I0iinu<ifi ww^flé#ls^ wwii'tuifM 'leaiiMMMnrienlHni iiM
tt Mjoi oiA %té remuées wve ^une ^MeiMiQ
■.§n«irfl8rrl§MiHmwe'i|M<la te'devB49*4i
Ii0RMlnMe ^oe la mm «VAnarfilfioRB viAéonile
i^hrai^ M «Mm fOBiaittJe <)«iir «lia mdt, wnnifl
liim, iMênft iOk «iwéBi^dl'SBtenmfMUMnijftis à |
te slgrtlai B<É6wil<His iiihiWii«ew*h>WBailiiyn «aMaililii
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diDteinq années consècntÎTes, de 1887 à I84i, et quelques re-
étoAM YOtles vents, faites avec ranèmomètre du professeur Whe-
well. Ces observations ont élé reeueilltes à la hauteur de 76 pieds
au-dessus do niveau ide la mer, et réduiles4outesi la température
de a% diigrés Fahr. Les moyennes de chacune de ces années» r^pré-
kdUss par des lignes sur «ne carte, offamit une coïncidence re-
marqoable dans leur mavabe gèhérale.*, it un ^irés^putit^nimibre
leolement de déviations importantes : résultat bien digne de Ûxer
PlHMtion/staltDtft siTôn tienl compte des nombreuses variations
ittiqtrétlesl'atmost^hêfe eéi sujette dans cette latitude. La pression
rnsfOOit âte ces années correspotid exaciement avec celle qui
Mit tté|l été obstsWèe. La ligne qui Yeprésentait cette pression
fMsatt eiftl^n heureet (lemie, puis'? et 8 Su matin , entre niidi
él 1 beim^, puis 6 et 7 du soir. Le maximum de la pression ho-
Mfh^alfaft été, à une setïle excefjtion près, pendant six années, à
tlieitm'dn maffn et du soir, et le minimum à 4 heures du matin
et du soir. l;a ligne de h pression moyenne était dépassée quatre
fMs dafns Y4lieures, et sans aucune exception pendant six années.
Aintd donc Wréalisait ifiltdre, même au milieu de nombreuses et
iXhportaiites varia'tioifs atmosphériques, le phénomène qui a été
dhservé h première fôiï par le baron de Humboldt dans les tropi-
fin»,etqti'il a appelé oscillation ^horaire. M. Airy, auquel ces
ifeafl^ onrt 'été soumis, a p(»nsé qu'en continuant les observations
tu ddà de l'année fir42, on n'arriverait probablement pas à un ré-
sultat plus important. Les o'bservations horaires sur la pression
fitoumétrlquesontau nombre de 48,Oûo, et celles sur la tempéra-
ttttkêrehes 9ifr 4a tfteêse du vent TLe même H. Snow àarris,
pissante ifti sujet qui a quelque analogie avec le précédent, fait
àmnaftrb qtl*t1 avait cherché avec ranèmomètre de Whewell d'ar-
iHèr liiiièltiuês donhées approximatives sur la vitesse et la direc-
t»n des fetrts insés'Ctrade winds), après avoir établi pourtant que
^and % ctaytm qtii, dans l\inémomètre, retrace l'efiTet intégral
<b vetfty marréhe arec une i^pidité d*un dixième de pouce par
tan«, le éêfiiÊceafêûi de la masse d'air est, en moyenne, de onse
ffMs-ptrsetondè.^^oici le'tifbleau dès résultats qu'a fournis la vi-
iltoeiuoytittfe dtt>totft (en pied^ par secondé) pendant chaque mois
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212 KOUVELLES DES SCIENCES.
Pieds par seooDde.
Avril 13
Mai 12,6
Juin 10,9
Pied* par
Octobre 15,29
Novembre 14.06
Décembre 12,54
Juillet 9 II Janvier 12.76
Août. '. 12,87 I Février • 13,97
Septembre 15,42 | Htn 14,63
La vitesse moyenne du vent pendant l'année serait donc environ
de neuf milles par heure. Cette donnée sur la vitesse et la direction
du vent, obtenue directement par la voie de rexpérimenfalioD ,
est un fait nouveau , et qui semble devoir accélérer beaucoup le
progrès des études météorologiques. Après cette communication»
un membre exprime Tespoir que M. Harris ne discontinuera pas
ces observations tant qu'il n'aura pas accompli au moins le cycle
de dix-huit ans. Un autre membre, le Dr. Horsby, désirerait qat
ces observations avec l'anémomètre pussent être faites sur mer, afin
qu'on n'eût point à tenir compte du frottement et des antres
causées de retard qu'éprouve le courant d'air sur la terre. Le colo-
nel Sykes dit que les heures du maximum et du minimum de pres-
sion observées par M. Marris à Plymouth sont à peu près, sinon
exactement, les mêmes que celles qui ont été observées dans rinde,
à une élévation de 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, eC
que celles qui furent aus>i observées à Mexico par M. de Humboldl,
à 10,0('0 pieds au-dessus du même niveau.
Jppareil mécanique destiné à enregistrer avec une grande éeo*
nomie les opérations de tous les instruments de météorologie. Le
colonel Sabine donne lecture d'une lettre du professeur Wheai-
stone, qui propose de faire pour l'observatoire de Kew un appareil
qui enregistrerait avec une immense économie les observations de
tous les instruments météorologiques dont le congrès a doté cet
observatoire. L'un de ces instruments, destiné à mesurer la forco
et la dirf ction du vent, pourrait être placé sur un ballon captif, et
tenir compte avec une exactitude minutieuse de tous les courants,
à une élévation de 8 à 10,000 pieds. Tous les essais que l'on a
fails pour obtenir que le baromètre, le thermomètre, etc., en-
registrent eux-mêmes, par un moyen mécanique, leur marche et
leurs variations, ont échoué jusqu'ici, parce que la force mécani*
que qui fait monter ou baisser le mercure dans les tubes ne peut
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HOUVELLES DES SCIENCES. 213
vaiocre les frictions qu'en iraiae tout mécanisme^ ou ne le fait
qa'arec des pertes qui ne permettent pins de compter sur Texacti-
tode des résultats. « Le principe , écrit M. Wheatstone, sur lequel
repose la conslruclion de mon télégraphe météorologique, savoir,
k détermination (au moyen d'un faible courant éleclrique) de la
force mécanique, développée par le simple contact du mercure du
tube a?ee un fil mince de platine, me permet d'éviter cet obstacle.
Je propose donc de faire construire, sous ma direction, pour l'ob-
serratoire de Richmond, un appareil de ce genre, et dont le coût
ne doit pas s'élever au delà de 50 £. Si après trois mois d'essai on
trouve qu'il répond exactement à C4S que je me crois fondé à en
attendre, un des plus grands obstacles au progrès de la météoro-
logie aura disparu. Il est peu de localités où l'on ne trouvflt une
persoone an moins qui consentirait à consacrer quelques minutes
par jour à l'entretien de cet instrument, tandis qu'il en est peu
fn pourraient ou voudraient se charger de faire elles-mêmes des
observations toutes les heures ou toutes les demi-heures. )»
Rayporiiuir le grand iyUéme coopératif d'observations tnagné»
tiques et météorologiques, par M. 7. EerseheL C'est au congrès
adeniifique qu'est dû rétablissement de ce vaste système , qui a
appelé sur tant de points du globe l'attention des hommes spéciaux,
et leur a fourni les instruments indispensables pour recueiller si*
ntullanémen t les observations magnétiques et météorologiques appe-
lées par ce moyen à s'éclairer mutuellement. Aussi, depuis trois
années que cette entreprise a été commencée, et que le congrès a
pu intéresser à son succès la plupart des états civilisés, tous les ans
nn rapport est fait au congrès sur les progrès du système et sur les
obstacles qu'il rencontre. Le savant baronet chargé de ce travail
pour c(ftte année, entre sur les conditions de cette vaste entreprise
dans des développements que nous ne pouvons reproduire, mais
qni prouvent tout ce qu'on peut attendre de tant d'efforts réunis
tànsi sous une même direction. Il a rappelé surtout l'utile
coopération du capitaine Ross dans son voyage commencé en IS40,
et qni n'est pas encore terminé. D'après une lettre de ce hardi na-
vigateur, datée de la Nouvelle-Zélande et du 22 novembre 1841 , il
parait qu'il devait mettre à la voile le lendemain pour reprendre
son investigation, et qu'après avoir traversé l'aval isodynamique
au milieu duquel se trouve le foyer de la plus grande intensité, et
qn'il suppose exister sous le 60* latitude sud et le 286* de longi-
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I«de eslv iMefiit iedlrigcp dlfwtwoiit>¥^r»-ll^ M|iie dè^gllMMi *»-
•ooaaitre le nouvotu contîiieDt FHùêoriû, dëtwaverl llamiée pié«è^
«tote, ei'ohercbep à tr«f«raer la barrière q«e lin •▼ftièotoppotèe
iw»glaQ6»i lit seml dono faroè de ptaser •noere' un- bfver son» Ifc
■dlie a Diurétique; 9*11'en était» autreneiay on ne tarderatt'pn â ap^
prendre son arrivée aii>llee'FalklHid(; ^fttisl^oaseentrftil^, une
«BDé* eoiière poovait ^èeouler avani» qu'on- eét d'aulK» Boa^to
d»reapWî«M>D.
11 rèsvUe d^a dociMDentaprébeDiiaparerrJ; ANMbelt ptrtMi
iiBobaeiwafloîreaaiiglfti^etélraogers» etdeHo»le»te»9taii0iiBMcMtai
•eil^en'Aoefltoterre» sok a«» Indes, à«l<e«eeplioo'd^eelleatd'Aéta,
^jÊrn- let< pvifteipauiLr A|abH9aenMirt»dU' OMiAilMni dtatitaés aov^ m^
lÉterohee- mMrèolbgiquea seiK* presque parlettt<eB^<pleineactMlè.
le'gomvenMimeiit rviae' Mirtaitt'a fcwrM de to«e^ sea eflbrfs l^e»-
If^piîie dtt' oeD9«èa:deê^ obierfinteîrea onfélé éNMIs à aeswfMI
èTilli^ il Nkolaje^ à MosoMii Lea^^lrvraim de'Gonalmelion-eti éN^
tablissemeot ont demandé beeucoup^dMemp», ei'lè terne' de* irofc
MM^ aooefdé'prinniivementi parlé geuf>emenwni angftiia^eHliCoiii*
pagme'dfâ llides, aHiit eap!)nep an- «omevt oè towlès amng»
menlB étaient aolfevés Burlb pltis grande panfedU*§plobe, et où on
allmt oonnenoer iréoolier les ftvîta de tant d^ Iravavx; mats H
faii?emeoient aoglai» vient'de déeîder qo^M eentMiueraît'see a»-
oeiirs pendantune nouvelle périededetreis annéeS) jusqti*^' i»4<»,
eC^ le gouvernement rnsBe, deeen oôtéi appris l^èngagement deraov*-
tettil* les observatoires établis en Rnssîe pendant l«mt ie- temps q«a
eaux de TAngieierre seraiont' sonienns, le eont» Bninow ayant
fermeHement' assnré q«e cette période était* la plna courte dans
liquelleon pftt^espérerd^arri^er à quelques fféaetta ta impor^antSi
des trais aniiéea n'ont offi^ndampas été perdues peur laseietieet
nen*seulement les observatoires ont étéeenstruÉtaetentreçu les
instriNàienta qui leur étaient néeeesaites»; mais on a trouvé «n
moyen de eorrecttompeur'la température des^aiinantay ce qui étnil
l'un des peint» lespHi» ilnpertan4»de ces reeherebcs;- en outrer on
a eu l'oceasion de eomtater IHibiquité de-ees singulières pertuabn»
tion» quVm S' appelées lH?>p#»a mciy wéf lyues , cequ%n-n<avaYt'pu
ftrire avant, et deeonsiater jusque un^certaili poibc rexaetiAude-él
ftrthéorfe de<Sauss% La grande pei>iurb#îon' dtt ab&-dé(>embrei s et^
qui tai observée à Glreennvieii-, Pft été' aussi è^ Vorente, à Sèftnte»
Hélène» au Cap et k Trevrandrum en T¥avancere* Toutes ces ob»
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rperturëttton ntr dtes pefhtê 9i êlbifpiés sont
r ài fvmp» peur tfti*ëllto*aiefrtfm dlre^publlèes-dmif Ib
^TNoMictten» d^^PlTMORiMmr pour Faimèb 194t. CM
flU'fltJt M0VI€iiiiii|umM%, (|iivoo* ]H^MiiiiDèno' flociâëiilBl obseryé'à
B«i*9lmipe»y eniliie» ai*i)^frNfii»6i'mi Amérique, tiransmik
véitaîtt, mfprknë<, paie puMiéf en* moihs ûb trail
IvitpfMNM^myu» àbpmê'êm dlfUlmim st»
eci»pui<mfctwii§<wwet Mé^génèralèf; et-qne
•B^MMli jMitéU^sitrallanée'tBr tmia^ Hs
toof «i' yarllNrtl dkn» h n§M» joarnéë
«rtMomliiNiiffn» , lesfmfc teneni' csractértstt
éiîiiimilioii* fHk» •u- meta» owiBiilëra M» éte I4li*
b, el pnr' lé mon^nmeaV d^tfèilrtotié^noni'dii
' «0m< IImmI.. €ilto' oHwrvaliëB*, âàiw laqaeUe on a pv
wqvi^tèraitr^'dto MlUeiicf» lëoalc», ei^oequi ttatt'lb
iU Mftflkmcfl» fèlièralèss e<r où l*ènr • pn-smirre les chocs
otoMvalMl», d^ slaiioB en tl«lidn, jusiiii*lr oe
^ AMiMIà^poHr élM'e ■iMqvés perrhyfltiefiGe cvoili^
de* poifrtS'pIWipBèii éseeliiî eè éUit Pobservatoire;
B^ m^m^J^ BersoM^ es» de lit plbs- iMute portée»
; dWtkHer PihflteencB'dee^éisteoees et des IbeM^
iÉKSBrksiwwîàtiowmigiiétiiiaes, et panftdèmrêtreféiDORdb en
VMnsi meofwqveSk
i^etl emcmmvemêmê'cmrémêXi aymmt' rapport à ImphoHfgrapki^
pmt> M{ Momn db/gwwfèbry» ei oofmflnmtqnë par- lé
Isssel à-sîr David Irewster. Q» f^it, qui aétécom*»
Buniqoé à peu près à la môme époque^à rilMtkBl de Franei', est
asMi InptFlMii peur que noa» iie<cmgiiioii» pas de lui donner
■senoufellepedifeité'daB» ce bollelin. La» discussion mtéressanie
qB^» s«iv4 celte' cMMiNiiiioaliitm au eon^rèè, el' les* détails dam
ksqvds est* entré M. Bssseï; qui* étati' présent à cettediseussion^
ifeotHit enoasc' h* Hnlérèl du fàtt hri-raème^ 9k on plaee mie
pbqne* noire dé- oome ou' d'agel» an*- dessous' d'tine snrfaee
dlNfeaipeNé^ â la dtslMic»4i^aQe ^ngtième de pouce^ et qti'oft
ly- laisse- feadvii dix nûiulM, la plaque d'argent neçoit une
ittapde'ln i^nrev de* Péeriiure en de Pimpreesion qvt ponmiit
s»tttnter à<liPiMiiee>de!lli^eeiiie onde- Fagnie. Ces flgnres ne-
nnl pa» fiaibise any r-argent itewnéMiatement après les dii minute»
I ledempoeat'qnapd'On « exposé la plaque d'argent
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316 NOUVELLES DES SCIENCES,
à de la vapeur d*eau, d'ambre, de mercure ou de tout autre liquide
Il paraîtrait que les vapeurs des différents Quides produiraient des
effets différents et analogues aux différents rayons colorés du speo-
ftre^ et qu'ils peuvent, en conséquence, produire une couleur rouge,
bleue ou violette. On peut faire tomber l'image delà chambre noire
sur une surface soit de verre, soit d'argent, soit même ^ur la sini*
pie couverture d'un livre, sans aucune préparation, et on obtiendra
les mêmes effets que si on avait agi sur une plaque d'argent cou-
verte d'iode. M. Bessel avait vu plusieurs dessins obtenus de celte
manière, et qui lui ont paru à peine inférieurs à ceux préparés par le
procédé Talbot. — Sir David Brewster, en terminant sa commani-
cation^ dit que ce fait contient le germe d'une des plus importantes
découvertes de l'époque actuelle; qu'il semble démontrer dans la
substance noire une influence thermaIequiyseraitGxée;bien pins
même, il paraîtrait, d'après d'autres faits que M. Bessel avait rap-
portés à sir David^ que les différentes lumières n'agiraient pas de
la même manière sur différentes vapeurs, comme s'il existait an
moyen de rendre la lumière latente; circonstance qui, si elle ètail
constatée, fournirait sur la nature physique de la lumière des don-
nées fort remarquables et toutes différentes de celles qui sont gé-
néralement admises aujourd'hui. La théorie de l'émission pourrait
probablement rendre compte de ces phénomènes, tandis qu'ils pa«
raissent inexplicables dans celle des ondulations. Les expériences
que sir David a faites lui-même sur le gaz nitreux lui paraissent
venir à l'appui de cette manière de voir, car elles lui ont démontré
qu'à certaines températures, ce gaz devient aussi imperméable à
la lumière qu'une pUque de fer.
Deuxième Section. — Chimie et Af inèralogib. De Vaeiian de
ïair et de Veau sur le fer^ par M. Mallet. Ce rapport est le troi-
sième que M. Mallet présente au congrès. Dans les deux premiers,
il s'était borné à déterminer la perle occasionnée par la rouille
dans un temps donné; la rapidité avec laquelle s'opère ce travail
de destruction dans les fers fournis par les principales usines de
l'Angleterre, et les circonstances qui retardant ce travail, con-
tribuent k prolonger la durée du fer. Les expériences que Tautear
présente dans ce troisième rapport démontrent que la marche
suivie par la rouille est, dans le plus grand nombre des cas, dé-
croissante. Des expériences comparatives, faites sur quarante es-
pèces de fer forgé etd'acier, ont égalemeut prouvé que l'oxydation
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NOUVELLES DES SCIENCES. 217
du fer batla s*opère, en général, avec beaucoup pins de rapidité
qae celle de la fonte ou de l'acier. Plus le grain du fer forgé est fin,
plus sa textnre est uniforme et homogène, et plus la rouille map>
che aveclentenr et uniformité. L'acier se détruit, en général, plus
lentement et d'une manière plus uniforme que le fer battu et la
foDte. H. Mallet examine et détermine chimiquement les résultats
de l'action de Tair et de l'eau sur les différentes espèces de fer, et
décrit la plombagine comme un produit de l'action de l'air et de
Veau sur l'acier fondu. Une masse de plombagine, retirée de la
mer lors du sauTetage du Royal Georges, aussitôt qu'elle fut à l'air
absorba l'oxygène avec une telle rapidité, qu'en peu d'instants elle
airiva presque à la chaleur rouge.
BÎTers moyens ont été essayés pour protéger le fer contre la
ronilleqni le détruit si rapidement. Celui que propose M. Mallet
eansûte à revêtir le fer d'une couche de zinc* Mais, dès le point de
départ, on éproave un grand obstacle : c'est que le fer n'ayant au-
cune affinité pour le zinc, ces deux métaux ne peuvent adhérer l'un
à l'autre. Il faut donc, dans le procédé de M. Mallet, commencer
par nettoyer la surface du fer, et enlever la couche d'oxyde qui peut
le recouvrir, et ensuite le plonger dans une solution d'un double
dilomre de zinc et d'ammonium , dans laquelle il se trouve en
coDiact avec une couche mince d'hydrogène , lequel augmente
beiDconp l'affinité du fer pour le zinc; puis on couvre le fer d'un
amalgame triple de zinc et de mercure. Plusieurs échantillons
de fer, soumis à cette préparation, sont mis sous les yeux des as-
«sUdIs, et entre autres un boulon de fer destiné au carénage, et un
boulet de canon, qui étaient dans un état de conservation parfaite,
«près être restés à découvert sur le toit d'un bâtiment. Les bou-
lets de canon, lorsqu'ils sont exposés à l'influence atmosphérique ,
s'oxydent si facilement, qu'ils ne peuvent plus servir au bout de
cinq ou six ans. Une commission, formée de membres de l'Instl-
tei» qui avait été chargée de faire des recherches sur ce point, a
voulu employer le zinc, mais elle fut obligée d'y renoncer.
(La suite au ftochain jitimdra.}
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CnRONIQtrE UTTÊRAIRF
MX BlUaaLXLN. BIAXJJOQEARAJUIUS^
Les pluies de septembre n'ont pMawM FéngnÉter dm Ihk
nondftfiiatîâieft; Ifénn^mtimii dft> tonfecoqui:«l»MMf».o«^4#!tiNit
mii4iiî»dfMh?aivrD0eaè înges.efa awwato,. écoliwtafe purfiimniK « ii»
hirriftiwi éeftiinéeft. i dîeoipiÂneK la queue* gmlnHa> la.
iftyifito).eilQnÉMdea qneaaa passibles dn snoBèsîOv de-1a*0Ma
faa.aiiiaii»>.ptffeoD8è^piani».éonfveiil dévà»am dÊraalMaB^pimiè^
alMsanifiMfvtoQi^éa'foiiaiin.oa daflftaadQcwna'lHta^ caroolV
aORMO sa. piàea' i«hlièe pira» la forane ^ qn'oir s^appeM» Biigèaa
Sanba«o ideaaidtoa fiinBiaB».vtt!qiui«^esbà1a faplMn»yi'ertiirttili
tafe«la prima* abëneifîfoamoDb linnearé» p«D Mt imeelofc daaadaa
Antit'Mrat. Saiis pan da- jonn^ M-. S.. Soribe amwi*d9aa»aMlb>
AaannP 2* on a (eaanrqiitad»€anbaade8:lionMies d^pnli), «aw
la:niaDiiflaB»C dis Jlfisin* omiMi^ JiMaiiraiiotii il umm appavUent
d'aïuioiicenaeUe.Qamédîa britanoiiiBa* qat fioralapaBdaiit da Mê^
tntmêt U RmkmK NO110 w>ilàf oW^ da relîte, criUqvaa ai pvMi^
iMieèîttQiBa4'Angla«aive^oarnou»vailaBa^ aair làniBS penanaagffs
a«|Aiti^'aiiMMillii8son'aiiOBiie : AAaiidksanubîao.lB^ 'vaaii MêmU, êm
diAibanaalev at Cimenàtmy. la «rai H^e, ooatia de Clbra«laii|
•Ma Bonamlilfcr m Ifusn llautta i<amii da* m^m géoènMi» a«
diplaflsataftda la^Av paapltta.qae leaoïBtB da hiMinmm» ^tm&nm*
blait à aaasMi da* eea dernier»» aiali^ré la parraqua fPMi^sa ^pia
prétèBeiWUlaaaataiini^de bonilrea.à^ personnage, en le tradaisant
sur leur scène pendant l'ambassade même de M. le prince de Tal-
leyrand.
Ln attendant, mademoiselle Rachel estreyenue de ses voyages
d'èié, toujours avec son même répertoire, mais promettant d*y
ajouter prochainement un ou deux rôles nouveaux ^ ce qui ne si-
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f^SÊÊ pwqo'Mle'lès draMMideni à li géBéMttoii' tétante &t nm
JpMidiiDi (ffi^ M** âMliiif BfelàvigiM'porto mra tfagèdl6 lyri<fii6
mt^tÊné'Byéfnr^ od » repril^ tu- 7Mâff«-/¥(fiKHit> sa oomédlè éà
Ik PbfukiHié. Màii'ceito^ pièce f dfiMepotîlicriie trop.iteptrtiriè
Hflt'éU^ poitr-iKilre ptibHo' ptftffl^ mit surtimlid^in ihtéfèt trop
MRMHI pOVV*MV6''nC9*^[MR9& PM^'CO pHOlNb .^Mlf^Orf^ aUSM* (BOtM
■Hitfttoa» — dolMWB t BRI taltaifr tt èaniranl^, mélw* Mfiiolre toi^
nia) IL Q; IMlivHfne a par-lfop» (rnsér- iM^ OMptu* poifliqim <lli
MagMiiie& lfo«»> pcumiNMi faMivar je n^MiIft'eaMbieB àe êeUfi^
ëiaie» «iBi«D' la fènlé' Mlam^nié dtaw aetouvragè*, oè> dta^lerdl
»f wait de» lifyq» daloa»anaè>a^1 4'alllMMMi> eumaM^M IfreM
il-lMiidni ehabiBeai» ▼oilwlâèrs' sesi awtoiHih maaieipalee dîna
mnwiaiie da lHig'M*de*BaiiMiaeei Ifëveafaot-sar-aotre bareen
aa^flna des* laraj^flHMrsa* depuis* ifM^ t nous* y^ ▼oyons Dieiî QueF
foes baronets (et encore des baronett dfeeréfcton persoiweite) (ij^
«isde lord», pas an seuP. (P^st }l»tenwiitlè f oh)^ ce mois qu'a
Mmt l'éteeliba' aanuellè da tbrd^nai^ ; qvfl nom- soit parmiâ
vippisaOTOvw. Cl DerafTii^nei et k Bps* auteurs de pièces d^ tIraBh
IM M dfr maam, qm- esptoHenr ▼olbntlèrs tes Ibrdt, fes ban^
■sis y kssqairesv etc., que Tob esttrès' aèrètetn Angteterre sur Ife
eaapv aes^ tNics et des preMÉnces*. L^ nynp'Bsaire n est' lOf^ qaa
pHHMil^F^Mraéa db* ses IbactiiNis* Sét fennaoy pendant cette anoé^
■k wt'aassfrtfailée^ lémy-mayoress-; mai* avec V» fbnctions cessa
iilt»«llnbation, et- leVord-matre- sortant, qvi- estorditoairemenf
fasifa» laareltaHid' de fti- €ité^ retoume^ à sa bontique ou à son
isaiptoir. Belord» Dnfty d^ ^^ PoptikirHé n'étant pas alderman*,
si a'^Éfant p«i> él*<sbéft'ii$ est donc Mn eoiilre- toas tesprébédents.
^MÉant oelte< reinarqae> noas nous a^ouono^à^ nensHnéaselfr
aassMNpae'piiMler dans* nos ' procflMaoa^ lllwaisons qncfque9 es^
feails^ moine d^» lta«^Nmeiis inHilalè^ :• jéMwnmai' of dif^fi^
■■^ p9iwUêff$ê4HÊ^'pi^$êdéêHttf M^re Imo uInHb, mnons IhqBicaB*»
q«t*veat parier de» Anglais ot dè> l/Anglbterre^sana trop choqner
ks anglomanès.
^rssle, «entas le» fanées dè^oesliHne) nensefroon?enon» Tolon-
tÎM^ a» aniaentqnc févC penà rfntéïél^'to'dranie et d'un roman^,
(li (MnatfepaAnt la laidiaitiret sa Css^tisa* tafa àhêê aiÉusann élm
ViiicieL de Galles ettcréë liaïaaeL
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220 CBBOVIQUB LITTiftAIBB DB LA BBYUB BRITABHIQUB,
témoin les Mystères de Paris de H. Eugène Sue, où entre antrei
personnages apocryphes figure un M. Afurph, qui est tantdt un
squire^ lanlôl un kaighty tantôt un baronet^ sans cesser d'être ori-
ginal et tendre comme un vrai boule-dogue (ce que nous disons
sans admettre le fait rapporté par tous les journaux, qui font dévo-
rer une jardinière par le boule-dogue d'une de nos plus célèbres actrî-
oes). Certes» ce ne sont pas les gentilshommes anglais qui forceront
M. £. Sue de déclarer publiquement qu*il n'a pas voulu les insul-
ter en les conduisant dans les plus mauvais lieux de Paris, comme
ont fait les gardes nationaux, auxquels il a paru très-désagréable
de fréquenter les ckourinmêrs, les goualeuses^ les princes de la
confédération germanique et autres gens de mauyaîse compagnie,
^e M. £ng. Sue lui-même n'a étudiés qu'en achetant, dii-on,
une blouse à la friperie pour garder son incognito chez la Chouette.
Cette blouse est suspendue dans Tantichambre du romancier, comme
une enseigne des Mystères de Paris.
Ayec le tome premier des Mystères de Paris, M. Charles Gosse-
Un publié aussi le tome premier de Paula Monti. Cette double
publication n*a fait qu'ajouter à la popularité du romancier. Noos
en rendrons compte avec plus de détail «juand les tomes seconds de
chaque roman auront paru. Les Mystères de Paris sont un yrai
voyage dans ces quartiers dt Paris que le lecteur ne peut connattie
que par procuration. M. £. Sue a fait en artiste ce voyage de dé»
couvertes, et en est revenu avec des tableaux fort curieux*, il a eo
l'aimable complaisance de nous mellre en note la synonymie de
la langue que parlent ses personnages, sans que nous ayons besoin
d'avoir recours aux Mémoires de Fidocq pour la comprendre. On
trouve aussi dans les Mystères de Paris un prince mystérieux qui
mange au tapis vert avec le cbourineur, et boit du cassis cbei
les portiers.— Dans Paula Monti^ roman de salon, le crime et le
Tice gardent leurs gants jaunes et leurs robes de soie. La bonne
société est encore là très-mauvaise; les Mystères de Paris sont le
roman Yidocq, Paula Mantif le roman Fronsaç. Tous les deux
ont un immense succès.
On va croire que nous allons faire dans notre chroniffne ane
critique à mort aux théâtres et aux libraires: non certes, nous te-
nons à notre bonhomie, et surtout quand nous venons de liie
deux volumes qui prouvent que les arisUrques sont exposés à de
cruelles représailles. L'histoire des idées littérairu m France
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■T BULLmiV BIBUOGftAFBIQUB. SU
au XIX* nécle^ par H. Alfred Ifichiels (i)» nous prouve à tons/
gnnds et pelitSy que nous sommes les vèri tables chacals de la
presse» dépeçant depuis trois cents ans les auteurs, les mutilant
pour assouvir notre rage, et nous prenant pour des anatoraistes
qui disséqueraient êecundum ariemf c'est-^-dire pour des criti-
qoes. Sans abuser de la métaphore comme M. Alfred Michiels, ce
qui est peut«étre un double abus dans le style de Tanalyse litté*
nire, nous reconnaissons volontiers son talent et l'abondance de
ses idées; il a un grand mérite dans cette époque de fictions par«
lementaires et de mensonges académiques ; il est sinoéte et coura-
geux jusqu'à être un peu tranchant peut-être. Son admiration et
ses dédains ont delà yalenr. Il a un culte trop exclusif pour rAUe*"
magne et son esthétique ; il ne rend pas assez justice à cet esprit
français si éminemment propre k la critique , et devant lequel
tout F£nrope littéraire s'indine pour recevoir les couronnes défi-
DÎlives de la gloire ; mais enfin M. A. Michiek sait aussi faire
QDc part ï son pays. Nous pourrions lui citer toutefois quelques
noms oubliés qui comptent en critique : nous lui reprocherons
aussi de prendre au sérieux certains polygraphes qui sont d'une
monUté trop douteuse en librairie pour être les bienvenus à.prê-
Cher la monlité en littérature; mais enfin M. A. Ifichiels a aussi
généreusement défendu des victimes , et il a arraché le masque à
des visages bien effrontés. Ce que nous regrettons c'est que Thy*
percritique ait quelquefois jugé ses devanciers par on seul de leurs
onvngesy sans s'enquérir de ce qui Ta suivi ou précédé, et si les
doctrines de l'flge mûr ont été encore celles de la jeunesse. Que
M. A. Michiels aime les Aristotes tout d'une pièce, les auteurs
comifutniê, c'est bien; mais avec ses idées de progrès et de per*
fectibilité, pourquoi n'aocorderait-il pas quelque crédit k rexpé"
rience de l'âge? pourquoi la confondrait-il toujours avec Timpuis-
sauce sénile? Nous l'engageons à compléter son travail par un
autre sur les productions de nos poètes et de nos prosateurs contem*
porains. Nous proclamons très-volontiers l'uiilité des deux volumes
que nous venons de lire» comme introduction à un cours de littè«
ratiK comparée. M. A. ifichiels est très-versé dans les littératu re^
^Inogéres , savoir qui manque en effet à nos critiques hebdoma-
daires et mensuels. A ce propos nous lui demanderons si Tidèe pre-
(1) 2 toi. in-8. Chez W. Coquebert, 48, rue Jacob.
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mièieëe iVbiyiniietdA JoAphiGhèttier A T^M MHW-lMe, i|Q*il cfbi»»
pire % due «ée de Ji. ^Ipb. Mie teoiaplîiie, o'appUDliest ipm 4
lapN i|tti i6t aMii^mie «afle cphikiqphiqiie 4Mi.42KeH tmwMr>W,
ikMnwwioM bien vouta rnsefoir qndfpies joins plut 4àiiam
blMbuM qoe ^ublto4e i^ral4liif|eaiid : ^L'^AcoAiilft ,'4l»i iwuyii
êf ettmmwtt m '^MMimri»0H« 409iffuêê^it}. No«t>iiW«iifiiiR li
Milfi6<4le âMbBM-ifii» •it<4oiît««il^dtiitie«rMide iapMmiae :di
«mfiMM iMittHoup de «èrilét «mk iinep i<oiiHiMB«,ioliil «ii nrevtti
dlÉntnt<qii%» genfimeor g4adlolili»»yirit<eyl^eeninitf, iM.èe
gàft6iel<Biigeeiid pet le> aBec«mie <wrtQri4é»4pM 4dî ^e-bien^flgèt 4
ge f util ^toft*de<4iire |K>er «notée 4BeleDîe-«ffrMeiBe;;*aMm 41
dkiieaiiile<pe8*l|a)H<e'e^^eMA<eDèeiidi« le^MivettietoeBt,^]
IMB^ !le puUie ee léeeier^'cer H m iious^deniMUle
«^ mlleihoiimei. ma »{Mi8«p(Mr4élniéee nee^eosqnêM, makip
ki eoBMmr ea tuiipdMiit 4a i0oeiee (toit, ««o miile «
ilmfen:Mleltfpai ftai «le t mille^toK lueesiponr Téfbera
tjBelBBt.à «AAffet. Bli Me»» immu ipenseiis *noQs<tu^ d'i^rès wm
pMpre6«eriettls9'te 0iiiéral.aSeii«deMende)|Me^eiicoee*aiinu ea onile
hemmes tpotir .pioM^er Jiee 40 BiiUe eoliHit eotueb-I Je géitlMl
dAokiem«e4eiit«ekin «eiMTeeu 4{itt vieadra aMfiaeyter ee Mintae
tt:ft*evaB$etit tans h» Âmens de¥ra étue JniHnéaie «Qwidtfl,et
siohBBl faîra au^jneiiis la/gnerae en 4ifaaieBrI «Bhtbîea»>to gè«(bii
a eaisove vaitem dans «o .paye où 4»leiiîser «c'eit eoniiuénr le sel
pas<à pas. i.*Mgéne ên^^mvd^Attii^eat un ««été déseii de4{40 lieues
dedavge, désert «susoeplîble d'ôtee fiMrUlisé, .«n^ileilé, bebitè, «ms
eu jainaîs la pQpulatîoa arabe «se sseoaaetlea «noire ileait -de ^se»
fML Noos oit0D8 4MÔOttid'hui^daiiS'la partie oetalî^ftetde la Ri^
«Be la lelliie4*ttn Anglais qui «veut «aussi 'eiAaBÎser le filiiMl,
Isqnel AmgkMs a^Msi bien raisoa^ea Asie fue mas «n AMfae.
Qtfsad'Ies AB§lais4iiHN»tla>broehiive daf èiéialrBi^;ea«diile*T««nl*
toioiitibie&'flBeiDsde noasa¥oir.laiss4 farder Algse^ 1*eiil«éliiei
pièvoyaiit Que aobs aiirpns bieal^ teonilletboAnesdaM <
eeleBia,*se4écidereat4ils«à.pesBiettre^ttejyL.8»tJ^bD».|e«r (
sellîoite seo exéguaiur de .nelne .goiivemeaieiit. «Cbsee élianie!
jM(|4i'ieî»ee eensul n'est autetisénufeupeleda gniv
Sms i^avens «ntendu aoiMnémes 4Me'jin*jl «e <i
(i) Prix : 2 fr. 50 c Cbes Deala, aa.Palais-Rv«l*
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i lî>mf Jim d^Alf ^ac 4aioMMDliift
fmlt mxiéélufl Bonrmottt» «onteniion âoatH mH par terenr lift
■gi|itiaulpgwiiihc <|aUl uêmA montrée.
Ifoin pemmi -qne 'h broofaimB du général Bugeauflira défrayer
lOMaps Ja 4MiMDiii|iie4e tai ^RMe^pdlilifin,
Tjadifgwatfflchai delt'Rstim'BtmMMiQViJMfMnmii èi».re|iroaotli
mÊ4mt aatoiiMUeo ipéeiale.: la à$fU mpl «MM M^ k
I. te Ticomtf) de Ihrrqufttsic. "SYdl.
â-8*. Chez'Ch. Coquebert.
L*iot6ifr'd9 ces deimrottiDnM Mp*
Jftrtieiit a I^Aeole iproridentielle :
érMeonBeiit 11 cmit que la France
en ttn titte inttrumut dvcnrllisB-'
don SaBAla-ttani fle'Bieu^. télonlui
b France seule a nÎMion de po-
fmranter loiftet 'les votAet idées.
Certes, notre pairiittîtine ne eoDtre-
fin pas V. de HarqueMac ; inais
aiu cesser d*«tf« 'trôna Trançais,
M«t peovoBs trouver œ ^tème un
peu tropexelnsff.Hons n'admettons
fassanoot que parce queDieo nou^
■èDo, Bons dnVona nons jeter en
aveugles dans tonsilet dheminr: de-
vrioni-DOBs toujours trouTer au but
ibirt on liberté, 'les Benz ensemble
liéiBe» Botie Jibce nrbitre sejrévolte
•antre on fiareOifatalîsme qui .peut*
aenriràijusaifier plos^ crimes j>o-
fiiiqaes qne me 'le «oudrnit «sans
dsate riûstorien. Ceat fort diam»-.
fiipie et fort épiqoe de f sire ^remon-
ter à Guillaume le Conquérant rbis*
taire de f *atf tagonianie Se 'la Rmvce
iieerilB^eteii^ a tf tn^jeviRBe lewse,
iaétiiable; mais nous craindrions
d'accuser la Providence d'avoir pro-
laagé de quelques siècles de trop ce
aw^ffifffiidu national qui coûta tant
^eMf.à
peupbBftépouaent trop facilement Iob
passions^e teurscbefs ;>robéissanc«
passive des'maseas«qm se ruent >lea
unes ooiiire«t«aeniti«s est ub terrible
ibos»du eede militaire appliqué att
8»iu«enMnient4esjiei9les.SaBs lea
armées peamanentes on mirait épai^
geé bien des gneives.; mais nous ne
voaloiM pas(ei>tser«ioi -danstcas tbé»
ses qni«ari0NraieAi(deirop^ grands dé-
imloppommus bii4onques. Au point
de vnemrtisie, IkMivn^de M. de
ll«n|«essac a éeriotdfét. La pas-
sion 'de 'l'itiée jprimitive passe seo-
veut dans la etylcX^^anteor eaceile
aussia Imte 4es por4faiU;.bien on*-
tMdisi|n*il«uberdoBae4ousleB carae»
téaas'* sensystème^ récoleprovi*
daMialle.Jlons 4i«mpreooas4Uas eut
éta^e l^appréciation 4ies «fonds 410-
UiM|neB enflais «qui ^mt dirigé .la
lutte 4éienr paMéeoentreltapoJaaik
An «eam, ém Aillais soutiennent
pnimammeM la tbéae oontfaire *
oeftlo'^ M. de Maaqneasar.: liaaa
Waliar««oai,iiee8diîsen,4)'esta*Ati-
gloiepve.qm a eombattn pouria ei-»
siliBatsenieetffrelaANMee. Les«d4aa
piilaa^i^nw anglnitis. ''r"ïï*-*%
étaieMieempaîsea^iiaeteanarobai»'
JiaiJi aUBlwioi JanT le Jrtooua oo»*
tiaenUl. 11 n'y a pas de civili»afion
sans liberté morale et sans liberté
publique. Il est de fait que ceci est an
moins trés-spêclenx.Tttîfi ueuut uune
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224
CBAONIQUI UTTArAIRS M LA EBWB BUTAHHIQI».
au«S8ac« c'est que l'idée libérale,
1 idée philosophique fut toujours une
idée comnerciale chez les Anglais.
BOWàNB.
Umb anhès a Pabis, par Au g. de
BraceTich, auteur et traducteur des
Mémoires d'UQ médecin, etc. S yoI.
in-8. Chez Ba'udry^ 34, rue Coquil-
liére.
Les Mimoireê d'un médecin sont
connus des Ucteurs de la Revue Bri-
tanuique^ mais nous ignorons corn-
meot M. A. de Bracevich peut en
être l'auteur elle traducteur à la fois.
En anglais, Tauteur est M. Warren;
en français, M. Philaréte Ghasles
a non-seulement traduit la plupart
des chapitres insérés dans la Revue,
mais encore il en a fait et vendu une
seconde version publiée par M. L,
DumoQt. Ceihounételibr.iire, il est
▼rai, reconnaît franchement avec le
publie que M. P. Chastes ne lui a
▼endu que le son aprén avoir débité
ailleurs la farine; mais ayant payé
M. P. ('.hasles il n'autoriserait pas
sans doute une «ubstituiion d*au-
teur et de traducteur. EziNterait-il
une troisième traduction T Nous Pa-
yons pensé en lisant dernièrement
dans une Revue un article où M. P.
Chastes disait que l*on avait d^iénor^
en France l'ouvrage de M. Warren.
Certes re n^est pas lui qui pourrait
ainsi médire de la traduction de la
Revue Britannique ni de celle de
M. Dumont... On ne se donne pas
des suurflets si modestes sur la joue
de ses éditeurs. Il y a là-dessous
quelque mystère, une anguille sous
roche, un serpent dans l'herbe.
A en juger par Une année à PariSf
M. de Bracevich a pu très-bien ira*
duire un roman anglai». Il connaît
à la fois les mcrars de la France et
de TAngleterre : expliquons-nous
toutefois : Une année à Parit ne peint
que ner laines mœurs. Le héros de
M. de Bracevich est un jeune An-
glais qui vient en France faire un
t voyage d'agrément et ne fréquenta
guère que ces salons soaperts où les
cartes sont tenues par les mains de$
grâces» Il y devient épris d'une sî-
rôoe qui, sensible à ses attentions,
lui révèle tous les dangers auxquels
I il s*espose et ne s'épargne pas elle«
'même, l'bonnéte fille I Hélas I le
jeune Del m aine n'en est pas moins
la dope d'un escroc du grand monde
et va expier A Saiuie-PélaKie son
imprudence de joueur. La pauvre
Adelioe, dont un véritable aoionr
commençait A épurt'r le cœur, est
cruellement repoossée au moment
où elle est digne du pardon. On aê
laisse aller à un vif intérêt puur cette
infortunée, tant le romancier a été
vrai dans la peinture de ses aenU-
ment». Sans quelques scènes peut-
être trop sensuelles, ce ruraan serait
aussi moral qa" agréable. Le dënoû-
ment vous laisse dans l'Ame une
tristesse mélancolique. M. de Bra*
cevich est bien sévère pour les mères
qui élèvent mal leurs Biles; mais il
n*est pas indulgent pour les pension-
nais, d'où, se'on lui, il ne sort que
des imaginations perverties. Nous
citerons cette phrabC : « Je pose en
fait qu'uue jeune pensionnaire de
dix ans est tout aussi mauvais sujet
que le plus mauvais garn-ment du
collège de Louis le Grand. Plus tard»
lorsqu'elle sera rendue à sa famille»
elle ne sera qu'un diable aux yeux
baissés. » Vn diah'e aux yeux baissée
nous parait une expression heureuse.
Rare au mari sur qui ce diable-lA
fixe ses perfides prunelles!
VOYAGES.
La LiUAH, ou Voyage pittoresque,
hikiorique, liitéraire, A Genève et
dans le canton de Vaud ( Suisse),
par M. B .illy de Lalonde. 2 vol.' io-S.
Chez G. A . Dentu, imprimeur-libraire,
rue de Bussy, n^ 17.
Mous rendrons compte de cet ou-
vrage jdans la prochaîne livraison.
Imprimerie de M»« V* Domnr-Dcnti, me Saint-Loub, 46, au Marais.
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OCTOBRE 18(3.
REVUE
BRITANNIQUE.
NOUVELLE CHmiE AGRICOLE.
« L'agricultore, dit le professeur Liebig, est la vraie base
de tout commerce et de toute industrie, — la source des
richesses d'un état. Mais un système national d'agriculture ne
peut être compris sans l'application des principes scientifi-
qaes; car pour fonder un pareil système il faut connaître
exactement la manière dont s'opère la nutrition des végétaux,
rinfluence directe du sol et l'action des engrais. Cette con-
naissance, c'est à la chimie qu'il faut la demander ; c'est la
chimie qui enseigne les moyens d'analyser la composition et
d'étudier les caractères des diverses substances dont les
plantes se nourrissent. )>
Lorsque sir Humphrey Davy écrivait sur la chimie agricole,
la chimie organique était presque inconnue. Ce grand chi-
miste fit tout ce qu'on pouvait faire avec les matériaux dont il
disposait, et il établit quelques principes de la plus haute im-
5* SÉRIE. — TOME XI. 13
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226 NOUYEI^LH CHIMIE A6HIC0LE.
portance. Mais depuis U. Davy a paru en Allemagne un pro-
fesseur qui a repris les travaux de ses devanciers, et a mis ad-
mirablement en œuvre les moyens plus étendus que lui offrait
rétat présent de la science. Ce professeur est M. Just Liebig.
. La plupart de nos lecteurs savent que la plus grande partie
de tout végétal consiste en quatre éléments : savoir, le car-
bonne» rbydrogène, Toixygène et Taiote ou nitra{èDe; très-
souvent on n'y reacontre que les trois premiers» tandis que
le reste se compose de certains mélanges salins, terreux et
métalliques qui forment les cendres ou le résidu de la com-
bustion des végétaux. II existe donc dans les plantes ce
qu'on appelle leurs éléments organiques et leurs éléments
inorganiques. Le professeur Liebig démontre que ces derniers,
quoique en très-petite quantité, sont cependant aussi essen-
tiels que les premiers au développement de la plante, et il
est bien évident que dans un ouvrage comme celui qu'il a
publié sous le titre de Chimie ^^nique (1), il a dû d'abord
porter ses études sur les diverses sources d'où sont dérivés
tous ces éléments constitutif et nécessaires, ainsi que sur les
meilleurs moyens de suppléer à leur absence.
Quant à ce qui est du carbone des plantes , généralement
tous les auteurs qui ont traité de la physiologie végétale, et
les agriculteurs pratiques, attribuent son origine à la sub-
stance appelée humuBj ou terre v^étale, qu'on trouve dans
tous les sols fertiles et qu'on croit n'être que les débris con-
fondus d'anciens végétaux. Cette substance» soit seule, soit
combinée avec de la chaux et d'autres alcalis, est absorbée»
a-t-on dit, par les racines, et fournit ainsi directement soa
carbone à la plante. Hais c'est là justement ce que conteste
M. Liebig. Il démontre môme par une série d'arguments in-
génieux que le carbone des plantes provient de l'acide car-
bonique de l'atmosphère. Tout au plus» — comme le prouw
l'analyse des propriétés de l'humus, — si dans les circonstances
(1) CktÊÊdê wianiçm ûfp1iqirt$ à tê§riemitmtB méia
ptr Juatus liebîf , f rofcMeiir 4e «Umie à t'unimeM 4« GfttsM^
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NOUVELLE CHIMIE AfifUCOLB. 29V
les plus &vorable8 Thnoiiu peut donner uae fraction de Tau^
mentation anandle du carbone. Mais d'autres conaidératioaf
plu élevées réfuiettl ropinion commune sur ces fonctiom
Qvlritivea de Tacids bumiqne» et cela d'une maoièrc si claire
et ri satisfoiaante» qu'on s'étonne que cette opinion ait pu être
si généralement acioptée. Les terres fertiles produisent en eflbt
k carbone sons forme de bois, de foin^ de grains et d'autres
prodoits dont las «asses loutefois diffèrent dans un defré re^
narquable.
IL LiebiQ a calculé la noyenm^ 4u produit annuel d'uM
acre dn pays de Hease sous les diverses foroAcs du bois« de
Tberbe des prairies^ dn Mè et de la betterave ; la terre daAS
les deoi derniers cas était fumée, mais elle n'avaii reçu aucuai
eagraisxians les deiu premiers, e'est-èKlire la forêt et la prai»
rie. Hbû^é la vante différence de dimension, de poids e( de
fonne» ebacim de ces produits js rendu une quantité de car**
boas praque exactement la même, i savoir mille livres par
acre. Pnar ce qsû esi de la forét« ce résultat intéressant a été
vérifié par la quaiUlité de bois à br&ler coupée annuellement
dans kê foréU H bien aménagées de rAllemagne, où ta coupe
ne nuit jamais i la valeur des terrains boisés. Cette quantité
peut étfe eoasidérée comme l'équivalent de la récolte annueUe
d'une plante asmiells, telle que le blé» là où le sol n'est pas
imprudemment épufeé. Dans !«» eas du foin, du blé et de la
betterave, la récolte a été simplement pesée .et la quantité de
caibone vérifiée paor Tanalyse.
Que doiA-oD coadiife de ces expériences incontestables?
demande M. Lkebig :'-^Qiie des surfaces égales de terre cul*
tirée, d'une fertilité wdiiiaÂre, produisent d'égales quantité
de caibane ; et cependant quelle dissemblance entre les di^-
verses oomBtioRs de laicroissan^e des plantes d'où ce carbone
aétéeKfrmtl
fteehencfaoufs maintenani comment Therbe d'une prairie ou
le bois d'une forêt reçoivent leur carbone, puisque ià aucmi
entrais n'a lété feurm à la terre pour les alimenter. Comment
se f/ûirû que le sol iiinsî épttisé, f^irn lien -de s'appasvmr, dc^
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228 NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE.
vient de plus en plus chargé de ce principe? Comment se
fiait-il, disons-nous, qu'une certaine ou même une très-grande
quantité de carbone est enlevée chaque année à la forêt ou à
la prairie sous forme de bois ou de foin, et que nonobstant,
la quantité du carbone du sol augmente, et le sol devient
plus riche en humus ?
On a dit que dans les champs et les vergers, tout le car^
bone qui a pu être enlevé sous forme d*herbages, de paille,
de graines ou de fruit, est restitué au moyen d'engrais. Ce-
pendant ce sol ne produit pas plus de carbone que celui de
la forêt ou de la prairie où il n'est jamais remplacé. On ne
peut concevoir que les lois de la nutrition des plantes soient
changées par la culture, ni que les sources du carbone pour
le grain ou le fruit, pour le foin et les arbres, soient difFé--
rentes. On ne peut nier que l'engrais n'exerce une influence
sur le développement des plantes ; mais on peut affirmer avec
une certitude positive qu'il ne sert pas à la production du
carbone, et qu'il n'a aucune influence sur cette production,
puisque la quantité de carbone produite par les terres bien
fumées n'est pas plus grande que celle qu'on trouve dans les
terres sans engrais. Il s'agit ici de l'origine du carbone, par
conséquent la manière dont agissent les engrais est étrangère
à la question actuelle. Le carbone peut provenir d'autres
sources, et le sol ne le fournissant pas , il fout bien que ce
soit l'atmosphère.
« En cherchant, continue le professeur allemand, à expli-
quer l'origine du carbone dans les plantes, on n'a jamais
voulu voir que la question était intimement liée à l'origine de
l'humus. Or il est généralement admis que l'humus natt de la
décomposition des plantes : donc il n'a jamais pu exister un
humus primitif; car les plantes doivent avoir précédé Thii-
mus. Eh bien , d*où les premiers végétaux tirèrent-ils leur
carbone ? et sous quelle forme le carbone est-il contenu dans
l'atmosphère ? ))
Ces deux questions embrassent l'examen de deux phéno-
mènes naturels très -remarquables qui, par leur influence
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NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE. 329
réciproque et continue, entretiennent la vie individuelle des
animaux et des végétaux, ainsi que Texistence perpétuelle des
deux règnes de la nature organique.
Quels sont les deux phénomènes auxquels (ait ici allusion
le professeur allemand ? On sait que les proportions de Toxy-
gène et du gaz acide carbonique dans l'atmosphère sont et
restent longtemps stationnaires. Malgré les énormes quantités
d'oxygène que perd sans cesse Tatmosphère par la respiration
de l*bomme et des animaux, aussi bien que par la combustion
et la putréfaction, tout cet oxygène se convertit en un volume
égal de gaz acide carbonique, et il est restitué sous cette
forme à Vatmosphère , de sorte que nous devrions nous
attendre à voir Tacide carbonique augmenter exactement en
proportion de la diminution de Foxygène ; mais il est évident
que les quantités d'acide carbonique et d'oxygène que con-
tient l'atmosphère doivent avoir entre elles quelque rapport
fixe et invariable ; il doit exister une cause qui prévienne
l'augmentation de l'acide carbonique, et une autre qui entre-
tienne la mesure de l'oxygène. — Ces deux causes sont réu-
nies dans l'économie de la vie végétale.
C'est pour nous un fait prouvé, que le carbone des plantes
provient exclusivement de l'atmosphère, et que le carbone n'y
eûste que sous la forme d'acide carbonique, c'est-à-dire dans
un état de combinaison avec l'oxygène.
Aemarqnez bien encore que le carbone et les éléments de
l'eau forment les principes constituants des végétaux, la quan-
tité des substances privées de cette composition étant très-
petite. Eh bien, la quantité relative d'oxygène dans la masse
totale des végétaux est moindre qu'elle ne l'est dans l'acide
carbonicpie ; il est donc certain que les plantes doivent jouir
de la propriété de décomposer l'acide carbonique, puisqu'elles
s'approprient le carbone pour leur usage. La formation de
leurs principaux éléments constitutif doit donc être suivie de
h séparation de l'acide carbonique d'avec son oxygène, et
celai-ci doit être restitué à l'atmosphère tandis que le car-
bone entre en combinaison avec l'eau ou avec ses éléments.
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180 VODTBLLB CHIMIE ÂOBfCOLK.
L'atmosphère doit donc recevoir an volmiie d'oxygène égal à
chaque volume d*acide carbonique qui a été décomposé*
M. Liebig cite les expériences de Prîeatley, de Senndii^
a de Saussure, pour montrer que les frfantes, lorsqu'elles sont
exposées A ta lumière, possèdent la propriM de décomposer
ainsi l'acide carbonique et de dégager l'oxygène. La vie des
plantes, ajoutent*!!, est étroitement asaoeîée à celle des ani*
Aaux par un procédé très-simple et dans un but d^une sublime
sagesse. La présence d'une riche et luxuriante végétation peut
se concevoir sans le concours de la vie animale ; mais l'exis-
tence des animaux est dépendante de la vie et du dévelop-
pement des plantes. Les plantes fournissent à l'organisation
animale non-seulement ses moyens de nutrition, de croissance
at de durée, mais encore ce qui est nécessaire à rimportante
fonction vitale do la respiration ; car outre qadlesdéponillent
Fatmosphère de tous ses éléments nuisibles, elles sont aussi
nne inépuisable source d'oxygène pur, suppléant ainsi à celui
que l'air ne cesse de perdre. Les animaux expirent le caii>on6
(sous forme d'acide carbonique) que les plantes oêpiretu^ et
c'est ainsi que se maintient constamment la composition de
ce milieu dans lequel animaux et plantes existent.
L'acide carbonique n'est guère que la millième partie de
l'atmosphère : on demandera donc si cette quantité sufSt pour
les besoins de toute la végétation sur la surface de la terre.
Est-il possible que le carbone des plantes ait sa source unique
dans l'air ? A cette question la réponse est facile. On sait
qu'une colonne d'air de 3,216,066 livres (poids de Hesse)
(1108,33 kilogrammes) pèse sur chaque pied carré (mesure de
Resse] delà surface de la terre; le diamètre de la terre et ses
superficies sont aussi connus, de manière que le poids total
de l'atmosphère peut être calculé avec la plus rigoureuse pr6>
cision. La millième partie de ce poids total est l'acide car*
bonique, qui contient plus de vingt^sept pour cent de carbone.
Par ce calcul on peut démontrer que l'atmosphère contient
3,000 billions de livres de carbone (quinze cents billions de
kilogrammes), quantité qui excède le poids total de toutes les
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NMVBtiB CKIIflB AfimiGOU. 981
piaules el de lo«ie9 les coadheB de chtrboa existant sur la
terre. Ce carboae est é9mc plus qve suffisant pour tous les
bBfoîos de la créatkm. La quaatîté de carbone contenue dans
la flier est encore proportionnellement plus considérable.
ParloBS naintenant de l'oxygène.
Les sooroes perpétuelles et inépuisables de ee gax sont les
fropiquee et les climats ebauds, où un ciel rarevent nua^^eux
pormet aux rayons ardents du soleil de luire sur une toMnense
et luxuriante végétation. Les sones froides et les zones tem^
pérées, où la chaleur artificielle doit remplacer le ééficit de la
dialeur polaire, produisent» au contraire, eu surabondance
Vacide carbonique consommé dans la nutrition des plantes
tropicales. Le même courant d'air que la révolution de la terre
met en mouvement de Téquateur aux pèles nous apporte dans
son passage l'oxygène de Téquateur, etenlôveen même tesaps
Tacide carbonique formé pendant nos hivers.
Les plantes épurent ainsi Tair par l'absorption de l'adde
carbonique et par l'exhalation de l'oxygène qui s'applique iuh-
mèdîatement aux besoins de l'homme et des animaux La
enkars végétale augmente la sahibrtté d'un pays, comme aussi
une contrée naguère Irès-saine deviendrait inhabitable par la
eessation de toute culture.
Nous Tenons d'abréger la belle théorie du professeur Lie<-
big. U nous semble que ses éléments ne laissent aucun
doute sur le parfeit et subKme arrangement de l'économie de
la nature. C'est ( pour citer encore notre savant auteur) une
démonstration directe de cette sagesse infinie dont il est ion
possible au langage himiain d'exprimer toute la profondeur.
Quant à l'importance de ces conclusions relativement à un
système scientifique d'agrieuUure, elle frappe l'intelligenee
la moins exercée.
Gemment arrive4Hlt »e demande le professeur Liebig, que
Tabsorption du carbone de l'atmosphère par les plantes soit
mise en doute par tous les botanistes et les savants qui ont
fcrit sur la physiologie végétale? Pourquoi la plupart vontrils
i'à nier la purification de l'air par leur intermédiaire?
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232 NOUVELLE CHIMIE AORICOLE.
Ces doutes proviennent de l'action des plantes sur Tair en
l'absence de la lumière» c'est-à-dire pendant la nuit. On avait
observé que les plantes vertes exhalaient dans robscurité
de l'acide carbonique et absorbaient de l'oxygène. En effet,
l'air qui environne les plantes diminue de volume dans la nuit,
€t il est certain que 'la quantité d'oxygène absorbé est alors
plus grande que la quantité d'acide carbonique exhalé. Mais il
faut remarquer aussi que l'azote, qui est d'une natures! indif-
férente, ainsi que l'hydrogène et une foule d'autres gaz, exerce
sur les plantes vivantes une action particulière, fréquemment
une action pernicieuse. L'oxygène ne peut être sans effet sur
la plante lorsqu'un de ses actes d'assimilation se trouve sus-
pendu. Assurément, par l'absence de la lumière, la décompo-
sition de l'acide carbonique s'arrête, et une action chimique
s'établit alors par l'influence de l'oxygène atmosphérique sur
les parties constituantes des fleurs , des fruits et des feuilles.
Mais cette action n'a rien de commun avec la vie des plantes,
puisqu'elle se présente dans la plante morte sous la même forme
que dans la plante vivante.
C'est une erreur de rattacher l'émission nocturne de l'air
carbonique à l'absorption diurne de l'oxygène. Les plantes
qui vivent sous l'eau prouvent suffisamment que les plantes
cèdent plus d'oxygène à l'air qu'elles n'en enlèvent en géné-
ral. Observez en hiver les étangs et les fossés surpris par la
gelée : nous parlons de ceux dont le fond est couvert de plan-
tes qui sont ainsi, avec le reste de l'eau liquide, complét^nent
séparées de l'atmosphère par une couche de glace. Le soleil
venant à luire, des globules d'air se détachent continuellement
de l'extrémité des feuilles et des petites branches; ces globa-
les s'agglomèrent en grosses bulles sous la glace transparente.
Eh bien, d'où provient cet oxygène pur? De l'acide carboni-
que dissous dans Feau, et qui est toujours remplacé, à mesure
que les plantes s'en sont emparées, par l'acide carbonique
provenant de la décomposition progressive des débris végé-
taux. Si ces plantes aspiraient-de l'oxygène pendant la nuit, la
quantité n'en pourrait être plus considérable que celle qui est
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NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE. 283
retenue ea dissolution dans Teau, car Foxygène séparé à l'é-
tat de gaz n*est plus absorbé. Les plantes aquatiques nous
révèlent ainsi conunent se composent les plantes aériennes :
il n'y a point poqr elles d'exception à la grande loi naturelle.
La plupart des botanistes et des physiologistes ne s'adres-
sent pas assez souvent à la chimie et à ses labQratoires avant
de bâtir leurs théories et leurs hypothèses. C'est le reproche
qoeleur adresse le proC^seur Liebig : nous ajouterons que les
doctrines qu'il adopte et qu'il professe aujourd'hui n'avaient
jamais été établies d'une manière si logique. Quand Priestley,
Sennebier» de Saussure, etc., firent les recherches sur les-
quelles s'appuie H. Liebig, la chimie n'était pas assez avan-
cée pour fournir les mêmes moyens de décider la question.
Un des chapitres les plus intéressants du professeur est
celui qui traite de l'assimilation de l'hydrogène par les plan-
tes. Selon lui , la plante décompose l'eau en présence de l'a-
cide carbonique , et l'hydrogène de cette eau s'assimile en
même temps que le carbone de l'acide carbonique, tandis que
l'oxygène est mis en liberté. La végétation, considérée sous
ce point de vue, est l'inverse de l'action chimique dans la
formation des sels. En effet, si l'on met ensemble de l'acide
carbonique, de l'eau et du zinc, il se feit un dégagement
d'hydrogène, en même temps que l'on peut remarquer la for-
mation d'une combinaison pulvérulente blanche, qui ren-
ferme de l'acide carbonique, du zinc et l'oxygène de
Teau. Dans la végétation, le zinc est remplacé par la plante :
grâce à l'efifét de l'assimilation, il se dégage de l'oxygène, en
même temps qu'il se produit des combinaisons contenant les
éléments de lacide carbonique, plus l'hydrogène de l'eau.
Le chapitre sur l'assimilation de l'azote est encore plus
important : cet élément est en effet dans les produits végétaux
l'élément essentiel pour l'alimentation de l'homme et des
animaux. Le chimiste Boussingault a prouvé que la propriété
nutritive des diverses espèces de nourriture végétale était en
proportion de la dose d'azote qu'elles contiennent.
Tout l'azote des plantes et des animaux provient de l'am-
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tS4 HOUVBLLB GBIIIIE AGRICOLE.
moniaque; tout cet aoisoimqne Mt foarni jMirratmospbère»
qui le distribue à la terre dans toutes les eaux pluviales, et sa
quantité dans ratmospbire est comparativement très-petite,
mais amplement suffisante pour toutes les exigences du règne
animal et du règne végétal. En eflfet, comme tout l'azote des
anciennes gestations de plantes et d'animaux doit, dans le
cours incessant de la décomposition des êtres, avoir été ré-
pandu dans l'atmosphère sous forme d'ammoniaque, on au-
rait pu reconnaître sa présence dans l'air avant le professeur
liebig; mais c'est à lui qu'on doit la preuve expérimentale
du fait II a montré que l'ammoniaque contenu dans la pluie
et l'eau de neige présente toujours Todeur désagréable de la
sueur et des matières putrides, ce qui ne laisse aucun doute
sur son origine. De l'eau pluviale l'ammoniaque passe aux
plantes qui l'absorbent; mais avant de subir tontes les trans*
formations chimiques qui causent son assimilation, on peut
le découvrir dans le suc de toutes les plantes.
Si, dans une terre privée d'engrais-, tout l'ammoniaque pro-
vient de l'atmosphère, il en est autrement là où l'on emploie
l'engrais animal. L'utilité principale de l'engrais animal est
de donner plus d'ammoniaque que l'air n'en peut fournir;
d'où les meilleurs engrais sont ceux qui contiennent la plus
grande proportion d'anuncmiaque on d'azote; de là encore la
valeur de l'engrais liquide comparé à l'engrais scdide, le pre-
mier étant bien plus riche en azote que le second, «c L'agri-
culture, dit M. Liebig, diffère essentiellement de la culture
des forêts, d'autant plus que son principal ot>jet consiste
dans la production de l'azote sous une forme capable de l'as-
similer aux animaux, tandis que le but de la culture fores-
tière se borne principalement à la production du carbone. »
Le froment, par exemple, est composé de deux élémenls,
la fécule et le gluten, dont le dernier seul contient de l'a-
sote. Or, un supplément d'azote sous forme d'ammoMiaqoe
augmente non-seulement le nombre de graines obtenues d'une
plante, mais encore la proportion du gluten relativement i
la fécule, ou, en d'autres termes , leur propriété nutritive.
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NOUYBLLE CHIMIE AGBICOLB.
C'est ainsi que cent parties de froment venn snr voie terre
engraissée avec du fumier de vache (de tous les fumiers celui
qai contient le moins d'azote) ne présenta que 11.97 parties
de gluten, tandis que la même quantité provenant d'un sol
eDgraissé avec de Turine bmnaine, qui est riche en azote ,
présenta la phu forte proportion encore connue de {[iulen, à
savoir: 3S.1 p. 7».
Après avoir abondamment prouvé que c'est ramnomaque
qui donne aux plantes tout leur azote, le professeur Liebig
«iplique le principe par lequel ie plâtre, VdLVgAe cuite et les
teres fermgîneuses agissent sur ta fertilisation d'un sol. Tou*
ta ces substances possèdent la propriété d'absorber et de
fiier l'ammoniaque, soit qu'il vienne de l'air^ soîtqu'il Tienne
et l'engrais. Plusieurs autres substances ont le même effet,
telles que la poussière de charbon. L'effet du piètre comme
stimulant, de même que l'effet du chlorure de calcium , cou*
«aie à fixer dans le sol l'azote ou plutôt l'ammoniaque, prin-
cipe indispensable à la végétation. Une livre de plaire cuit
fixe autant d'ammoniaque dans le sol que six mille deux cent
doqaaiite livres d'urine de cheval pourraient lui en trans-
mettre, en supposant que l'azote de l'acide hippique et de
l'urée soit absorbé par le plâtre, sans la moindre perte, sous
forme de carbonate d'ammoniaque. S'il est vrai que l'herbe
ccmtieBl nn centième de son poids d'azote, une livre d'asote
que l'on j amène de plus augmentera de cent livres de four-
lage sec le rapport de la prairie, et ces cent livres seront
«ossi le résultat de l'action de quatre livres de plâtre. Il est
aisé de voir pourcpioi le plâtre n'améliore pas également tous
les sois. Dans quelques-uns , il se trouve déjà une suffisante
quantité on de plâtre ou d'une substance analogue pour fixer
l'ammoniaque qu'ils reçoivent. Mais s'ils sont stériles, leur
téériiité doit dépendre de quelque autre cause, car c'est l'am-
aoaiaque de l'atmosphère (là où l'on n'emploie pas d'engrais)
qui fournit l'azote aux plantes.
Le poussier de charbon surpasse tous les corps connus par
«a faculté de condenser dans ses pores le gaz ammoniaque :
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236 NOUVELLE CHIMIE AGBICOLB.
on comprend l'énergie de son action lorsque, d'après Sans*
sure, un volume de charbon absorbe quatre-vingt-dix volumes
d'ammoniaque qui s'en dégage par la simple humectation. Le
bois pourri, celui de chêne surtout, se rapproche beaucoup i
cet égard du charbon ; car, dans le vide et privé d'eau, il
prend soixante-douze fois son volume d'ammoniaque. Vkumuê
n'est que du ligneux en pourriture : on s'explique facilement
ses propriétés qui en font non-seulement une source continue
d'acide carbonique, mais encore d'azote.
L'azote étant partout, dans tous les terrains et même dans
des minéraux qui n'ont aucun contact avec des matières or-
ganiques; l'azote se retrouvant dans l'air, dans l'eau de pluie,
comme produit de la putréfaction des générations antérieures;
la production des principes azotés enfin augmentant dans les
plantes avec la quantité d'ammoniaque qu'on leur amène par
le fumier animal , on peut en déduire que c'est l'ammonia-
que de l'atmosphère qui fournit l'azote aux plantes. Conclu-
sion : a L'acide carbonique, Feau et l'ammoniaque, contien-
nent les éléments organiques nécessaires à la vie des animaux
et des végétaux. Ces mêmes substances sont les produits ul-
times de toute décomposition et putréfaction. Ainsi, les in-
nombrables produits de la vitalité retrouvent après la mort
la forme originaire sous laquelle ils ont pris naissance. La
mort donc, la dissolution complète d'une génération, devient
une source de vie d'où surgit une génération nouvelle. )>
Maintenant une autre question s'élève : l'acide carbonique,
l'eau et Tammoniaque sont bien indispensables à toutes les
plantes, parce qu'ils renferment les éléments de tous leurs
organes. Mais est-ce tout? non. Pour le développement de
certains organes spéciaux, les plantes ont encore besoin d'au-
tres principes qu'elles empruntent à la matière inorganique.
Il est bien établi que toutes les plantes contiennent, quoique
en petites quantités, certaines substances minérales qui va-
rient selon les plantes , mais sont généralement les mêmes
dans la même espèce. Ainsi, par exemple, les tiges et les
feuilles de toutes les graminées contiennent invariablement
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NOUVELLE CHIMIE AGBICOLE. 23T
da silicate de potasse, tandis que c'est du phosphate de ma^
gnésie et de l'aminoniaque qu'on trouve dans leurs graines.
Ces bases alcalines ou terreuses existant dans les cendres des
plantes sous forme de carbonate existaient orièinairement
dans la plante même sous forme de sels, c'est-à-dire eombi«
nées avec les acides végétaux détruits par la combustion.
Comme certains de ces acides végétaux sont essentiels au dé^
veloppement de l'espèce où ils se trouvent, et comme ils y
sont combinés avec des bases alcalines, il est évident que ces
bases sont aussi essentielles aux plantes.
Bans plusieurs cas, dans le froment, par exemple, les acides
aussi bien que les bases sont d'origine minérale ; dans d'au-»
très, telles que l'opium et l'écorce péruvienne, les bases sont
organiques, tandis que les acides sont en partie métalliques,
en partie végétaux. Bien mieux, il parait qu'une base ou un
acide peut» dans certaines limites, en suppléer une autre sans
aucun détriment pour la plante, tandis que le développement
de la plupart serait entièrement arrêté par l'absence de leur
base ou de leur acide propres. Ainsi l'opium contient des
proportions variables d'acides sulfuriques et méconiques, et
lorsque l'un est trop abondant, il y a déchet de l'autre. Dans
l'écorce de quinquina, où l'on trouve la quinine et la chaux,
plus il y a de chaux, moins il y a de quinine. Encore il est tel
sol où un pin contiendra beaucoup de chaux, peu de potasse,
point de magnésie; le pin de tel autre offrira à l'analyse
moins de chaux, plus de potasse et une certaine quantité de
magnésie ; mais dans les deux, les bases réunies auront exac-
tement la même faculté de neutraliser les acides. Enfin un
troisième spécimen contenant potasse, soude, chaux et magné-
sie, n*en aura pas moins la même force de neutralisation. Ces
faits curieux, tous puisés dans les recherches des observa-
teurs les plus scrupuleux, mais tous observés sans aucune in-
tention relative aux faits cités, conduisent naturellement et
sans surprise à cette conclusion que chaque végétal exige une
quantité définie de bases métalliques pour la combiner avec
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23g NOUVELLE CHIMIE AGBICOLE.
soa ou ses acides organiques, et par conséquent que ces bases
exercent une fonction importante dans Téconomiedela plante.
Sans plusieurs cas cette fonction ne peut être remplie que par
une base et un acide. Ain^i, dans de la paille de froment, la
silice est Tacide, et c'est la potasse qui est la base; mais sans
ces matériaux qui existent heureusement dans presque tous
les sols, le froment ne peut prospérer. Il se peut sans doute
que la silice et la potasse ne soient pas associées; la potasse
pourrait être et probablement elle est en partie combinée dans
le froment avec un acide organique; ma» il n'en est pas moins
certain qne la siliee et la potasse sont aussi essentielles à l'ac-
croidseneat du froment que Vaeide carbonique, Teauet Tarn**
moniaqœ.
Tout cela, arons-ftous dit, est li^ès-lucidemeat déoooAtré
par le profiesseur liebig; mais il a été plus ]mn en préleodant
que c'est par ce principe qu'oa doit expliquer les bons effets
de maintes pratiques en^iriqaes ; il a prouvé en ua mot que le
fumier de vaches, Tengrais animal le fins commua, le plus
paurro ^i azote, a son utilité, non à cause de ses conteaos
organiques, mais de ses contenus inorganiqttes^ à savoir la
potasse et les phosphates. U est impossible d'imaginer wm
résultat plus inattendu, ph» iacoatestabje ou plus susceptible
d'une application immédinte dans la pratique.
fie la section de l'ouvrage du professeur liebîg sur les él6-
mente inorganiques éeê pintes, nous tirons ces condusiotti
bien importantes :
l"" Puisque le carbone et l'azote des plantes dérivent de
l'almosphère, les causes de la fiertiUlé du soi doivent être
cherchées dans ses éléments métalliques ou i&orgauiques.
2* Puisqu'une plan&e exige tds éléments mioéranx et une
autre plante des éléneafts différents, un sol peut être fertile
pour une plante et «tmle pour use autie, et i*of eemd, ou
finalement fertile pomr tonSes les <i0ux.
» Une analjfie (xaeto des rendras et chaque pvtied'u
plauée nous douneca une «oonuaifisaoee exacte de ces
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NOUVELLE CHIMIB AGB1C9LB.
Stances méialUques qui soot essentielles à son déveioppementy
et qui par conséquent doivent être présentes dnns ie sol où
BOUS voulons faife croître ladite pfaunte.
V Une analyse soignée de chaqoe stA^ apiés que la conn
posilion des cendres d'un certain nombre de plantes a été
préalaUement appréciée» nous apprendra tout d'abord 1»*
fieliede ees plantes peut y être avatttagensem«it cultivée,
qneUe antre n'y réussira pas si bien, et conMnent le sol peut
iUe leadtt propre à produire la premîfare comme la seconde.
5* Eaifl nons apprenons de quoi d^nd l'épuisement du
Bol, c'est-à-dire qnels sont les éléments mèftatliques qui en sont
(Ustnits par renlèrement de la récolte; car si ces éléments
ne loi sont pas rendus, le sol en conserve trop peu pour l'an*
née Mirante. De U l'usage de laisser reposer un cbamp ; car
pendant qu'il reste en jachère, l'action de l'air et de rhumèdîté
extrait un supplément de bases dn roc sdQjaoent et prépare
la terre à une nouveUe culture.
D'après ces principes, le parfiit développement d'une plante
dépend delà présence des alcalis ou terres alcalines; lorsque
ces sobslanoes manquent totalement, sa croissance s'arrête ;
lorsqu'elles ne jnanqnent qu'en partie, elle a besoin qu'on
vieaBe à son secours.
«Comparons d<«x espèces d'arbres , dit M. Liebig, que
nousctterofts ici presque textuellement; prenons deux arbres
doolie bois contienne d'inégales quantités de bases alcalines,
et oous trouverons que l'un des deux pousse vigoureusement
dans divers terrains oi l'autre peaut à peine végéter. Par
eiemple, IG^OOO parties de cbène donfieront 2S0 parties de
cendres, la même quantité de sapin n'en donnera qise 83, la
mène de tilleul dOO» la asème de seigle 4M, et la même de la
partie heibacée de la pomme de terre ISM.
» Le pin et le sapin trouveront des bases alcalines en
qvaitités suffisantes dans oessables, ces landes et ces terrains
granitiques où le cbène ne prospérerait pan. Le froment réassit
dans le même sol que le tilleul, parce ipi'il y rencontre leu
bases dont son dèveiojppement a besoin. Ces conséquences
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ikO NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE.
si importantes ponr l'agriculture et la culture forestière se
fondent sur des faits de la dernière évidence. ?>
Toutes les graminées contiennent dans leurs feuilles et dans
la tige une grande quantité de potasse et de silice à l'état de
silicate de potasse. Dans un champ de blé, la proportion de
ce sel ne change pas sensiblement, gr&ce aux engrais sous
forme de paille putréfiée. Mais dans une prairie il n'en est
pas de même; en effet, nous ne voyons jamais une herbe
riche sur des sols sablonneux et calcaires, contenant peu
de potasse, parce qu'il y a absence d'un des principes con-
stituants indispensables à l'accroissement de la plante. Les
sols composés de basalte, de grauwacke , de porphyre, sont,
toutes choses égales d'ailleurs, les meilleurs pour les prairies,
parce qu'ils renferment beaucoup de potasse. Les irrigations
annuelles remplacent continuellement cette potasse et rendent
le sol comparativement inépuisable.
Si par le plâtre on active la croissance des herbes d'une
prairie , ou enlève avec le foin une plus grande quantité de
potasse qu'on n'en peut restituer dans les mômes conditions.
Voilà comment au bout de quelques années le rendement de
beaucoup de prairies plâtrées diminue parce que la proportion
de potasse y décroît. Si au contraire on ranime la végétation
prairiale par de la cendre sèche ou de la cendre en lessive
des savonniers, c'est à la potasse encore, introduite par ce
moyen, qu'il faut attribuer la luxuriance de l'herbe.
Dans les landes de Lunebourg on obtient tous les quarante
ans une moisson , en éparpillant les cendres de la bruyère
qu'on y brûle. Pendant ce long espace de temps, ces plantes
[erica tulgaris) ramassent en quelque sorte la potasse et la
soude que leur communique la pluie , et c'est au moyen de
ces alcalis qu'un sable stérile se couvre d'une moisson d'orge,
d'avoine et de seigle.
Il est d'autres provinces où les cendres des restes d'un
abattage de bois recouvrent aussi des semences et produisent
au cultivateur de belles récoltes de céréales.
Nous placerons ici une anecdote. Un professeur de chimie,
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NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE. 2U
en AUemagney discutait avec M. Liebig lui-même la question
de l'utilité des alcalis pour les plantes, et en particulier celle
de la nécessité de la potasse pour l'accroissement de Tépi
du blé; il citait un sol purement calcaire du royaume de
Hanovre où Ton récoltait de belles moissons : « Eh bien,
répondit M. Liebig à cette objection, vous pouvez être sûr
que la craie contient delà potasse. » Son adversaire s'empressa
de le vérifier, et à sa grande surprise, M. Liebig avait deviné.
Il trouva aussi la potasse dans d'autres terres crayeuses fer-
tiles; nous ne doutons pas par conséquent que la potasse
existe, n'importe sous quelle forme, dans tout terrain oii
prospère le blé.
Avons-nous besoin de faire ressortir tout ce que cette
théorie renferme d'indications pour l'agriculture, la rotation
ou l'assolement des récoltes et le choix des engrais ? Disons
' quelque chose des résultats obtenus par le professeur Liebig
relativement à ces derniers.
Quand on songe que chaque partie constitulrve du corps
de Vhomme et des animaux doit son origine aux plantes, et
qu'aucun de ses éléments ne nait de l'acte vital, il est évident
que tous les principes inorganiques de l'économie animale
doivent être considérés comme des engrais. Le résidu terreux
de la putréfaction des animaux devient dans tout système
rationnel d'agriculture un engrais énergique, et le sol le
réclame, parce que tout ce qui lui a été enlevé sous forme
d'aliments pendant une série d'années doit lui revenir si Ton
veut entretenir la fertilité de la terre. Pendant la vie, l'animal
rejette à l'état d'excrément tout ce qu'il ne s'assimile pas
dans lacté de la nutrition. Après la mort, c'est à l'état
d'ammoniaque et d'acide carbonique que l'azote retourne
à l'atmosphère , et il ne reste plus avec les os que des matières
inorganiques, comme le phosphate de chaux et autres sels;
voilà les deux sources d'engrais animal : les excréments et le
résidu de la putréfaction.
On suppose communément que le fumier de vache et celui
de cheval agissent par la vertu de leurs éléments organiques,
5* SÉRIE. — TOHE XI. 16
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iftâ NOtJVEtLE CHiniË AGIttCOLfi.
qui d'un côté rendent de l'humus ou un résidu c&rlH>naté, «t
de Vautre de l'ammoniaque. Le professeur Liebig admet futilité
de l'humus, et il prouve que celte utilité consiste à fournir,
partie à l'air, partie aux racines, une lente mais cotistanle
provision d'acide carbonique ; mais la quantité d'hunmâ doti-
tiée par ces engrais est bien peu de ckose t^ompârée A fa
•somme de carbone enlevée par la récolte, et nous avons dh^
TU combien peu d'azote est contenu dans le crottin de cheval
et la bouse de vache. Mais en analysant ces «ngrais on y
découvre un autre élément : des substances minérales H
salines.
4,000 livres (200 kilog.) de crottin de chex^a! frais ou
1,060 livres (500kilog.)de crottin sec rendent de 1©0 è *n> li-
vres [50 à 135 kilog.) de sels et autres substances inorgani-
tpies. Ce sont là des substances vers lesquelles nous devons
diriger notre attention, car ce sont les mêmes qui formatent
précédemment les parties constituïintes du foin, de la ptilte
lèt deravoitïCjdont se nourrit le cheval. Leurs éléments prin-
cipaux sont les phosphates de chaux et de magnésie^ le car>-
bonate de chaux et le silicate de potasse : les trois premiers
prédominaient dans le grain, les autres dans le foin. Aussi
mille livres de crottin sec transmettent i un ehamp les sub-
irtances inorganiques contenues dans 6,000 livres de foin ou
^,800 livres d'avoine. C'est une quantité suffisante pour ap-
provisionner de potasse et de phosphate une récohe et demie
de froment... L'action particulière des excréments solides est
limitée à leurs principes constitutits inorganiques qui i^isti-
ttient à un sol Ce qui lui Ait enle^'é en foin ou en paille, en
racines ou en graines.
ïl est clair que lors même que le crottin d'une ferme est
recueilli avec soin et mêlé à la paille pourrie, il se ftit une
perte de potasse et de phosphate par les grains et les ani-
maux qu^n vend tous les ans ; perte compensée en partie par
les substances que Thiver détache des couches souterraines
et en partie dans une grande ferme par la fie?nte que déposent
les animaux sur tes prairies sans engrais. En Allemagne on
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KOUVeULE CHIMIE AéGMCOlM. H$
jWÊfflée «More par k cendre des boû bnUé« coBtenant de
h pofane et d» ^sphales. Enfin la p<^e définitive est
émtaimèe nrune^i large aurfece qu'elle devieBt pnesnitte
iaafpréoiable. Oa peal entretenir la fertilîié des tarifa e»
AB^anaant tims ies aae les pertes qu'on leur £iit subir;
mâs ee n'est qu'en leur neodant pkis qu'on ae leur preyatf
qt'il eaftpnaaîfale d'jaeaKnter la fertilité du «al et le pnoduit
■ eat iieile de oonaprettine qu'aux engrais aakanux om peut
acr tonte «obstance iqiii contient leun ingré^eaU
En Flandne, la perte annuelle 4es matièras nfeoB-
aams à la lèrlifité dn soi est lépAPée anmeUement par des
cendres d'os on de «bois dont on aouvre les ehanps, cendi^
lessîTées on non, et nkakes aorftont en phosphate de chaux et
de iDa(>pésie. Il y aioi^tenps qne les agriculteurs ont i^eomm
14nportanoe de faire naage «de cendres oooune engrais. Xd
«it <e prix qu'on ;aittnehe 4 cette matière À Mnsbouig et i
WeHapeaft (Hesae éiectoirale)« qu'on va la «bâcher i sii
^ hnlt Henes de distanoe «ans neouler devant les prix de
Icanspert.
L'engrais d'ossenenta dent les «fifets ont tant leKCÎté de
«vprîse, agît d'après ie même principe. Chaque molécule
des m du hétaîl, coaiiBe les antres «latières du corps, pro viesit
de nwrbe 4dont il ae nnnrrit et par conséquent 4u sol où a
poonë cette faeiS)e. En engcaissant un chasnp de la poudre
d'os, nous Ini Temioyensoe qu'on lui ^ «enlevé sous forme de
<oin,d%erbe,iiei»lé, de navets. Si le vrai principe de l'e^o^rais
tiil été «onnu, l'intpvdnetion «de la taire d'os n'aurait pas
tfttendu 4e dix««eu!vîème siède. Ai^urd'huî encore;, parmi
4ceox qui en font usage, combien peu .ont la moindre idée de
lamsoa qm fai œwverfit en engrais 1 8 Uvjres d'os oooKeaneat
^Mià^ dephnsphate de dbaux qne fc,000 Uvres de.foin ou de
paille, et 2 li^esen c(mttennent autant que 1,000 des ipraina
^e Irament et d'avoine. M livres de poudre d'os appliquées
â ta acre de terre suffisent pour approvisionner de phosphate
4e dmux trots iiécoltes de firoment, de luzerne, de pommes
^ ^enre, de navels, ^c«
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2U- NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE.
M. Liebig recommande de pulvériser les os, de les malaxer
avec moitié de leur poids d'huile de vitriol , préalablement
délayée dans trois ou quatre parties d'eau. Après une macé*
ration plus ou moins prolongée, il <aut ajouter 100 parties
d'eau et asperger le champ de ce mélange avant le labour.
Par ce moyen, les phosphates sq^t amenés à un état soluble,
et les acides libres sont aussitôt neutralisés par les bases
alcalines du sol, produisant des sels neutres infiniment sub-
divisés et éminemment favorables à l'absorption. M. Liebig a
fait l'expérience sur un sol formé de grauwacke, et assure que
c'est là une méthode parfaitement sûre et heureuse, autant
pour les céréales que pour les herbes potagères.
C'est ici que la chimie offre ses nombreuses ressources à
l'agronome. Dans les fabriques de gélatine animale, dit
M. Liebig, on perd annuellement plusieurs milliers de quin-
taux d'une solution de phosphate dans l'acide muriatique ou
hydrochlorique. 'Se pourrait-on pas conserver celte solution
au lieu de la jeter, et la substituer aux os? L'acide hydrochlo-
rique se combinerait avec la chaux du sol et formerait un sel
qui, comme on le sait déjà, exerce une action favorable, pro-
bablement comme fait le plâtre, par la fixation de l'ammo-
niaque tombé avec les eaux pluviales. 11 est très-imporlant
pour l'agronome de ne pas se tromper sur lés causes qui
produisent les effets indiqués comme une influence spéciale
de certaines substances. On sait qu'elles ont cette action bien-
faisante sur la végétation , on sait que la cause en doit être
qu'elles contiennent un corps ou des corps qui, indépendam-
ment de la vertu de leur forme, de leur porosité et de leur
appétence pour l'humidité, aident aussi à conserver raclivitê
vitale des plantes. Si ce mystère est abandonné comme impé-
nétrable, si on jette sur la science le voile d'Isis, on ne con-
naîtra jamais la nature de l'aide qu'on en reçoit.
D'après ce principe d'agriculture qu'il faut rétablir dans
un terrain tous les principes reproducteurs qu'on lui enlève,
peu importe que cette restitution soit faite sous une forme ou
sous une autre ; le temps viendra où au lieu d'employer comme
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NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE. S&5
anjonrdliai des fumiers, on engraissera les champs avec une
solution de liqueur siliceuse (silicate dépotasse), avec la
cendre de chaume, avec les sels de Tacide phosphorique
préparés dans des laboratoires chimiques, absolument comme
i présent en médecine on a remplacé par des extraits essen*
tids, c'est-i-dire des principes chimiques, plusieurs médica-
ments ordonnés précédemment en nature. Depuis qu'on sait
qaei est le principe médicateur de l'éponge calcinée, du quin-
quina, de l'opium, on n'administre plus ces substances aux
malades que sous forme d'iode, de quinine, de morphine, etc.
Depuis que M. Liebig a publié son traité de chimie, il a su que
les cendres de la paille avaient été depuis longtemps em*
plojées comme engrais des terres à blé dans certaines parties
de TAllemagne. Mais ceux qui s'en servaient ainsi ignoraient
la cause de l'excellence de cet engrais. Ils agissaient empiri-
quement : cette coïncidence ne prouve-t-eile pas qu'il n'est
guère de découverte utile que la pratique n'ait déjà expliquée
par anticipation?
^ous insisterons sur ces deux principes qui nous semblent
découler des recherches de M. Liebig : Puisque chaque plante
n'extrait du sol et ne retient dans sa substance que les ma-
tières inorganiques qui sont essentielles à son développement,
le meilleur engrais pour une plante doit être la plante elle-
même sous forme de paille ou même sous celle de cendres.
Noos venons de citer la cendre de paille, mais ce principe doit
avoir une application universelle. Les pommes de terre, par
exemple, ne peuvent être mieux fumées qu'avec les cendres
de leurs plantes, qui sont singulièrement riches en phosphate
de magnésie, sel caractéristique de la pomme de terre. Natu-
tellement, dans ce cas comme dans tous les autres , toute
cendre contetiant le même sel, ou une source du même sel,
serait employée avec avantage. Nous avons pu voir le résultat
de l'usage du phosphate de magnésie pur comme engrais pour
ce solanum, et nous n'aurions pu imaginer l'abondance de la
récolte. Eh bien, la chimie peut aisément produire ce sel en
quantités suffisantes et à bas prix. Nos couches de carbonate
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su NOirVSLLE CHIMIB AGBIGOUB.
de mafnésie, qui tontes sont généralement nuîsitde»
|9ia»tei, non» fourniraient les mayeos d'angBotenter presque
sans frais nos récoltes de pommes de terre.
Quand nous réfléchissons aussi à rimmense importance de
)'aso4e coraoïe în(prédient du grain,, et quand nous nooftrap^
p(ak»a qtte le crottin de choral et la bouse de racbe contien»
tient très-pea de cet élément, nous voyons combien il est
esscniiei de ne pas dissiper sans discernement les engrais li-
qnides, source naturelle de cette portion d'azote qui doit
s'i^onter i celle qui prorieni de l'atmosphère pour que nous
puissions obtenir de riches moissons. Mais une sowce plas
abondante encore d'azote se trouve dans le contenu de nos
latrines et de ces égouts qu'une ignorance barbare bki otfdî<*
mûrement jeter à la mer.
a Quand on considère qu'avec chaque livre d'ammoniaque
qui s'évapore on perd soixante livres de blé, et qu'avee dm»
que livre d'urine on pourrait produire une livre de pur bvh
ment, on ne comprend plus l'indifférence avec laquelle on
tiaite toutes ces choses, n
L'acide urique, le plus asoté de tous les produits de. l'éccH
nomie animale, étant soluble dans l'eau, peut être absorbé
par les racinéis des plantes, et dans son assimilation donner
naissance à de l'oxalate, à du prussiate ou à du carbonate
d'ammoniaque^
Le carbonate d'ammoniaque , produit par la putréfiadîon
de l'urine, peut être fixé, c'eslnà-dire privé de sa volatilité par
une foule de moyens : aussi , en saupoudrant un terrain de
plAtre, et en l'arrosant d'urine putréfiée, on convertit tout
le carbonate d'ammoniaque en sulfiate d'ammoniaque qui rea*
tara dans le soi. On peut encore faire dispaiattre l'akalîniti
des eaux de fumier en y ajoutant du plâtre» du muriate de
chaux» et mieux encore du phosphate de chaux acide; ce qm
transforme le carbonate d'ammoniaque en sel qui ne se vola*
tiliae plus.
L'ammottiaquequi se développe dans les écuries et les latrioea
est toujours combinée l'acide cariMMiicpie. Le carbonate d'an*
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N^UYSLU CHIMIE A&IUGOLS. 9k1
ino«ia(iiieeile8iilfiM« 4e chaux se décoioposaiit p«r leur coa^
««ci à ht tmopéraUire ardioaire, oa désinfecte lea lieux indin*
qiiée em y lépandant du plÂire, (pii non-^eidement fuit di^^
jinttare VodMr, lorâ conserve encore ranunooiaque ainsi
%nk poiif les besoins de Vagricultore.
teiia le rapport de la quantité d'azote, cent parties d'urin<i
hunaine équivalent à treize cents parties de crottin de cheval
frais et à six cents parties de bouse de vache fraîche.
L'efficacité de l'urine conune engrais est bien connue en
Hsndre, mais elle est surtout appréciée par les Chinois, la
plus anmn peuple agricole du inonde. Tel est le haut pri)(
sttacUen Chine aux excréments humains, que les lois y d^
tindeot de les jeter, et que Yoa place daus les maisons dea
réservoirs pour les recueillir avec le plus grand ^iOi C'est la
nul eagpais des champs de blé.
La Chine est le berceau de l'art d'expérimenter. Les Ch^
aeia, dans leur ardeur d'expériences, avaient fait, six sièclai
avant nous, des découvertes admirées et enviées longtemps
par VBurope» surtout dans la teinture, la peinture, la &bri»
que des porcelaines, la préparation de la soie, etc. Ils étaient
arrivés à ces découvertes sans le secours des notions scientifi-
ques, car leurs livres offrent des recettes et des prescriptions
pratiques, mais aucune explication théorique.
Un demi^siècle a suffi, il est vrai, aux Européen^, non-sen-
IsoNuit pour égaler, mais encore pour surpasser les Chinois
daas les arta et les manufactures ; ce qu'il fisut attribuer 4
PapplieaCion des principes exacts fournis par l'étude de la
chimie. Hais combien l'agriculture de l'Europe est encore
inférieure à celle de la Chine! Celle-ci esta peu près parfaite,
et pourtant, dans ce pays où le climat des provinces les plu;
fiertiles diffère peu du nôtre, on attache peu de prii^ aux excréi-
msols udid0ê des animaux. Ce sont les excréments liquides,
en efifet, qui présentent la plus grande valeur comme engrais
noté.
Si nous traitions convenablement les richesses de nos latri-
nes; si nous les mêlions, par exemple, avec des cendres con-
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2^8 NOUVELLE CHIMIE AGRICOLE.
tenant des phosphates et avec un léger excès d'acide en dis-
solution , pour les foire sécher ensuite de manière à épuiser
Teau sans laisser échapper Tammoniaque, nous obtiendrions
le tout exempt d'odeur désagréable, et sous une forme qui les
rendrait d'un transport fecile. Ce mélange surpasserait tous
les engrais employés jusqu'ici, et nous vaudrait les récoltes
les plus abondantes. Dans un autre demi-siècle, nous aurions
laissé bien loin l'agriculture empirique des Chinois. On a fiait
déjà sur le continent, en France même, des essais dans ce
genre; et quoique, par l'ignorance des opérateurs, une grande
partie, sinon la totalité de l'ammoniaque des matières sépa«
rées, se soit perdue, eh bien, l'engrais ainsi obtenu, et agi»*
sant par ses seuls éléments inorganiques, a produit des- ré-
sultats merveilleux.
Nous nous estimerons heureux si , dans cette analyse de
l'ouvrage de M. Liebig, nous avons appelé l'attention des
agronomes sur une source toute nouvelle d'améliorations agri-
coles : un jour, la statue du professeur allemand sera cou-
ronnée dans toutes les fêtes champêtres, comme celle d'un
autre Triptolême.
(Quaterly Revi9w.) {i)
(1) NoTB DU DIRECTEUR. Nous crojons devoir constater ici un fait re~
marquable qui vient à l'appui de la théorie du professeur Liebig.
Longtemps avant la publication de Touvrage qui fait Tobjet de eel
article, un petit propriétaire de Provence, Pierre Jauffret , à force de
petience et d'observations, était parvena k deviner, en quelque sorte, le
mode d'action des engrais, tel qu'il est eipliqué par le professeur alle-
mand.
Abandonnant la routine, et après de longs et nombreux essais, il étail
arrivé à pouvoir faire, à volonté, sans bestiaux, des engrais ëgaui et
même supérieurs aux meilleurs fumiers d'étable« et à les modifier suivant
la nature des plantes.
Pierre Jauffret est mort au moment où il pouvait espérer retirer quel-
que fruit de $tB laborieuses et pénibles recherches.
Les personnes qui désireraient connaître et appliquer sa méthode
trouveront tous les renseignements nécessaires auprès de M. Turrel, pro-
priétaire du journal Le véritable assureur des récoltes, rue Montorgueil,
n« 53, à Paris.
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^commit dorîair.
COLONIES PÉNALES DE LA GRANDE-BRETAGNE.
EXCURSION A PORT-ARTHUR.
LA TlATiaSÉI. ~ LA BAIB DB PlléD<BIC-BBN1lT BT CBLLB DB NORFOLK. —
GBnn DB BOIS. — FOUT-ARTHUB. ~ aSPBCT DBS DÉPORTA. — MAHIÈRB
DOKT ILS PRBRNBNT LBURS RBFAS. ^ LBCR R^IMB. — LBS CABANONS. -^
DiPOIlis CBARTISTBS. — STATION DES JEUNES DÉPORTés. — ATELIERS. —
l'iLB DES MORTS. — ÉCOLES — UN MEURTRIER. — LE DOCE. — AVENTURE
DU CAPITAINE BOOTH DANS LES BOIS. — LES DIVERSES ESCOUADES. — OBJEC-
TTOKS CONTRB LBS COLONIES PÉNALES. — LBS ILES FALELAND. — AVENIR
DB U GOLONIB DB PORT-ARTHUR.— BNTRBTUB AVEC PROST LB CHART1STB.
Port-Arthur, pénitencier de la terre de Van-Diemen, a servi
de texte à une foule de mensonges, ou, du moins, à des rap-
ports inexacts. Cest un établissement dont l'organisation est
pea comprise même dans cette colonie, et par conséquent i
peu près inconnue du public anglais. La description que j'en
donnerai ne peut donc manquer d'intérêt, mais elle aura sur-
tout le mérite d'être authentique.
S. Ex. sir John Franklin se fait une règle dans son admi-
nistration d'accorder toutes les facilités possibles pour les
renseignements ; j'ai donc obtenu sans peine du secrétaire de
la colonie un permis de visite, ainsi que mon passage sur un
des bâtiments du gouvernement colonial. En outre, Son Ex-
cellence a bien voulu me donner une lettre de recomman-
dation, écrite de sa main, pour le gouverneur de Port-Arthur.
H'étant ainsi procuré le moyen de remplir l'objet de mon
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850 EXCURSION A PORT-ARTHUR.
voyage, je me suis embarqué le 6 janvier i8k% un mercredi
soir, à bord du schoonerr^^/zA, capitaine Harburg.
Ce schooner est un joli bâtiment de cent cinquante ton-
neaux. Il a été construit à Port-Arthur en 1835 pour la double
destination que voici : servir de yacht de plaisance à sir
Georges Arthur, et croiser autour de Ttle afin de poursuivre
tous les déportés qui chercheraient à s'enfuir sur des navires
de la colonie. Nous avions plusieurs passagers, un 'détache-
ment du 16"* régiment, et en outre, une cargaison de déportés
arrivant d'Europe et destinés à diverses stations.
Le matin du jour suivant, vers les quatre heures, nous
levâmes Tancre, et à la faveur d'une jolie brise qui soufflait
de terre nous œtmes à la voile. La barque le lord G^derich^
Sfttit déposé A Port*Arthur sa cargaison de déportés, deaoan-
dit la rivière de conserve avec nous. Il feisait une de ees
délicieuses matinées qui enchantent le cœur et les sens. Les
hauteurs dont la contrée est accidentée se coloraient aux
rayons du soleil levant. Le paysage, encore humide des der-
nières pluies» étalait une riante verdure. Vers les huit heures
du matin, le vent fraîchit et souffla de la mer; ce qui nous
obligea de louvoyer et de courir des bordées afin de doubler
le Pot'de-Fer et les Iles de Betsey . Deux heures se passèrent de
la sorte; après quoi r£/ûa put courir veat-^arrière, poussé
par une brise qui augmentait rapidement de force et tempé-
rait l'ardeur brûlante du soleil. Les points de vue les plus
agréables s'offraient successivement à nos yeux. L'eau était
transparente comme un miroir. Aucun nuage n'interceptait
l'azur du ciel. A mesure que nous avancions, les sables du
rivage semblaient glisser derrière nous, le vent murmurait
doucement dans le feuillage des arbres, l'air était chargé d^
parfums : tout dans la nature était joie et harmonie,
La brise continuant de fraîchir» nous diminuâmes de voilep
pour longer les côtes de la baie de Frédéric-Henry. Ces c6tas
présentent un caractère de grandeur qui rappelle celles do
Loch Linhe en Ecosse. Elles ont avec ces dernières quelqui»
points de ressemblance ; cependant les montagnes de l'AttS*
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BXGOBSION A POmT-AVraUR. SU
tralie diffèrent des rochers nus et arides de la poétique Hor*
yen en ce quelles s'élèvent et s'abaissent par de gracieuses
ondidalîons. Elles ne sont point éternellement tiattues des
tempêtes comne les monts de TÉcosse. Elles n*ont point de
eeis-ei 1^ escarpements sauvages» la sombre majesté. Elles
sont à leors flancs et à leur sommet revêtues d'arbres touffu
cpn lenr donnoat un air de gaieté, et illuminées par ce soMl
fespkendissant dont les pics glacés du nord ne connaissent
pas la féconde influence.
Noos longeâmes l'Ile Slopen, et aperçûmes dans le lointain
Pîtt-Waler et le Carleton. Un peu après midi nous entrâmes
dans ccAle mer intérieure qui est enfermée comme un lac» et
que le capitaine Flinders a appelée la baie de Norfolk. La vue
que aons avions de tous les côtés était magnifique. En £&ce
8*étendait une immense nappe d'eau salée, au bout de laquelle
•e dressait une de ces montagnes gradeusanent- arrondies
en forme de pain de sucre» qui sont si communes dans la
Tansmanie. Nous étions placés au centre d'un panorama qui
cbangeait à chaque minute : les collines succédaient aux col*
lines»les vallées aux vallées; c'étaient tantôt de petits golfss
qui se creusaient dans les terres» tantôt des caps qui sem*
blaint s'avancer au-devant nous. En un mot, cette variété
d'horiaons était la chose du monde la plus agréable; les der-
niers nous paraissaient toujours les plus pittoresques. Peu de
tableaux méritent d'étfe comparés à celui-là. Les eaux, le«
bois» les montagnes et les vallons composaient un ensemble
parEût : nous ne pouvions en détacher nos regards.
Nous débarquâmes nos déportés dans plusieurs stations
qni sont pour eux des lieux d'épr^ves préparatoires. Comme
J'aurai plus tard l'occasion d'y revenir, je m'abstiendrai d'en
parier id. A rapproche de la nuit, nous jetâmes l'ancre prêt
de riie Woody» au fond de la baie de Norfolk. La soirée fut
digne d'un jour sî bean. Le coucher du soleil nous présenta
OB speotade d'one splendeur et d'un édat tels que les régione
tropicales eUes^mâmes offrent à peine quelque chose de pareil*
Kien de doux, rien de «ave comme la matinée du lendemain»
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EXCURSION A PORT-ARTHUR.
Notre navire flottait sur des eaux pures et tranquilles; la
terre, rafraîchie par la rosée de la nuit, souriait au soleil levant.
Aucun bruit ne s'élevait du rivage ; il y régnait un repos ma-
gique. En voyant ce calme profond, cette scène paisible,
comment se fût-on imaginé, si on ne l'avait pas su, que cette
terre aimée du ciel était le réceptacle d'une foule d'hommes
perdus de crimes ? Nous eussions voulu bannir cette idée qui
s'accordait si mal avec le tableau que nous avions sous les
yeux. Et cependant, quelque propre qu'il soit à faire naître
chez tous ceux qui le contemplent un sentiment de pieuse
reconnaissance pour le Créateur, ne doit-on pas l'admirer
plus encore en songeant qu'il contribue pour beaucoup à
l'amélioration des misérables que l'Angleterre déporte dans
cette contrée? Un jour viendra où ces convicts composeront
une population active, industrieuse, morale, et où le spectacle
de la dégradation de l'homme n'attristera plus un des plus
beaux pays qui soient sous le ciel.
A neuf heures du matin nous dîmes adieu à VEUza, et nous
primes terre sur la jetée qui est construite au fond de la baie
de Norfolk. De là part un chemin tout semblable à nos che-
mins de fer ; seulement les rails sont formés d'un bois très-
dur. Le chemin en question traverse un espace de cinq milles
anglais, et fournit un moyen rapide de communications entre
la baie de Norfolk et Long-Bay. C'est le capitaine Booth qui
en a conçu l'idée, et jamais ouvrage ne fut plus utUe. II
abrège la distance qui sépare Hobart-Town de Port-Arthur,
et l'on y voyage en sûreté pendant la mauvaise saison, alors
que la mer est impraticable. Il arriva au capitaine Booth ce
qui est arrivé à tous les hommes d'un génie supérieur; il eut
à lutter contre les préjugés et l'ignorance. On se moquait de
son entreprise; on annonçait tout haut qu'elle échouerait.
Le capitaine Booth possédait la confiance du gouverneur : il
ne se laissa point intimider par ces fâcheux pronostics, et il
força à la fin ses détracteurs à lui rendre justice et à l'admirer.
Le chemin qu'il a tracé suit les mouvements du terrain. La
£acilité des descentes compense le travail des montées. On n'y
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EXCURSION A PORT-ARTHUR. 253
Toit ni chevaux, ni bœufs, ui locomotives à vapeur. Les dé-
portés y suppléent; ce sont eux qui poussent les wagons.
Chaque wagon, contenant à peu près un demi-tonneau de
marchandises, est attelé de trois hommes; ces malheureux
ont Élit souvent en une seule journée trois fois l'aller et le
retour, c'est-^àrdire qu'ils ont parcouru trente milles, et que
chaque homme traîne un demi-tonneau par voyage. Certes,
c*est un spectacle révoltant que celui que présentent ces
pauvres gens réduits à la condition de bétes de somme ; il est
affreux de les voir inondés de sueur, haletants, les muscles
tendus, les veines du visage gonflées par Texcès de la fatigue. . .
Mais quoi i interrogeons nos souvenirs : nous nous rappelle-
rons qu*il existe en Irlande et en Angleterre des millions
d'boiDffles libres assujettis à des travaux non moins rudes et
non moins humiliants. Il suffit de mentionner les mineurs,
les ouvriers des docks et des ports, et tant d'autres. Quoi
qu'il en soit, et en dépit de tous les raisonnements, ce spec-
tacle choque et révolte.
Vers midi, le major Roberston, M. Holman et moi, nous
longeâmes à pied la chaussée. Nous n'y vîmes aucun convoi
de wagons; il parait qu'à cette heure de la journée les con-
victs de la station conduisaient aux mines de houille le capi-
taine Sulivan, commandant du sloop de Sa Majesté la Favorite^
et sa suite. Arrivés à Long-Bay, les soldats s'embarquèrent
avec leur bagage dans une chaloupe. Quant à nous, nous prî-
mes un joli bateau de pèche à quatre rames, et après une
traversée, nous entrâmes dans le vaste bassin de Port-Ar-
thur.
A l'aspect de cette ville, des exclamations d'étonnement
nous échappèrent; nous la contemplions d'un œil ravi. Quoil
c'est là le Pandemoniuml disions-nous; c'est là qu'on dépose
les plus teiribles criminels 1 Cette baie gracieuse, ces nobles
bassins, cet ancrage excellent, qu'on peut utiliser de tant de
façons, tout cela appartient à un pénitencier l En effet,
nous voyions flotter près de nous le navire la Lady Franklin^
de 210 tonneaux, et à une demi-encâblure plus loin, le sloop
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25fc EXCUBSIOH A FORT-AmTHCm.
Ht Sa Majesté fai Fcitorite, de 18 canom, )equ^ devnt être Ta-
doabé enttèrement.
Nons débarqniiwes an quai du Commissariat; nonsy troa-
Times M. Carte, inspecteur des dépwtés; et grftoe à son in-
leirention, mms pftmes à finstant même remettre nos lettres
an gouvemenr. Le capitaine Boolh nons reçnt avec une nr-
hanité exqnise. H nons présenta à sa femme , et nons toTtta
obligeamment à nous loger chez lui : nous acceptâmes cette
t)flTe avec beanconp de joie, car îl n'existe à Port-Artlinr ni
Mtel, ni maison menblée, ni ancun lien puMic.
Le lendemain était nn dimandie. Bès que nous eâmes dé-
jenné, nons partîmes pour assister à la revue que Ton dit des
déportés avant qnlls se rendent à Tég^isc. Nons les Irovvl-
mes rangés sur trois lignes, formant «ntant de divisions sé-
parées ; les inspecteurs [déportés eux-mêmes) étaSenl [riacés &
la queue. Ces malheureux étaient vêtus d'une veste jannesurla-
quéneètaient marquéesleslettresP.A. en jaune eten noir, ainsi
que leur numéro d'ordre. L'expression de leur visage était
sinistre et repoussante : c'est à peine n, parmi eux, on re-
marquait nne physionomie ouverte. A la manière dotA ils
nous regardaient, on eftt dit qu'ils supputaient dans leur
pensée ce qu'ils espéraient tirer de nous. Le crime et «es fu-
nestes conséquences se faisaient lire sur toutes ces figures
marquées du sceau de la réfMt>bation. Saisis de dégodrt et de
pitié, nous détournâmes les yeux. L'inspection achevée, les
€onvicts s'acheminèrent vers l'église en observant nn profond
silence. Nous les suivîmes. Un détachement de soldais, ayant
les armes chargées, stationnait sur la place, prêt à faire feu au
premier signal. La présence de «cette feroe armée Matt a la
solennité nne partie de son caractère religieux. On remarquait
parmi les assistants les matelots et les ofBciers dn sloop fa
Favorite. Leurs figures mâles, on respiraient la gaieté et la
franchise, contrastaient avec la face humiliée et Tair abject
des eonvicts. Le service divin fut célébré par un de nos com-
pagnons de traversée, le révérend M. Simpson. Le respecta-
We ministre profita de l'occasion pour solliciter la charité des
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£XCrBSI01f A PORT-AKTHCR. SSS
Sdèlcs en faveur des écoles de rétablissement, ayant soin de
hire remarquer que, comme l'argent était une chose très-rare
dans.la colonie, le moindre don pécuniaire serait reçu avec
enpressement. Ce langage choqua un certain nombre de per-
mîmes rigoristes, qui ne le trouvèrent point digne de la chaire;
inaîs on fexcusa à cause de l'intention.
Lèglise de Port-Arthur est un édifice beau, spacieux, et
t»nstruiten pierres de taille. H a la forme d'une croix, et il
tst surmonté d'une tour munie de cloches; l'intérieur en est
simple, maïs propre, et disposé pour contenir au moins deux
Aine personnes. H n'y a point d'orgue; on s'est contenté de
thoîsirpanni les déportés quelques hommes ayant de la voix;
tm en a formé un chœur, et ils chantent les psaumes sacrés
de manière à produire beaucoup d'effet. Jusqu'à présent, ao-
tm ministre de l'église presbytérienne d'Angleterre, ayant
qualité officielle, n'a résidé à Port-Arthur, et les cérémonies
religieuses ont été célébrées par ces chrétiens qu'anime un
«ète infatigable, les méthodistes vesleyiens. Maintenant,
M.HanleB est considéré comme le pasteur évangéliqnedela
coli^ie; c'est un homme qui, après avoir rempli ces fdnctwHw
Importantes dans l'î'IabKssement aujourd'hui abandonné de
Port-Macquarie, continue sa pieuse mission à Port-Arthur,
L« service terminé , nous suivîmes le commandant à l'en-
droit oè se préparent les aliments destinés aux eonvieU, C'est
tt qu'on leur distribue leurs rations respectives. La manière
dont on procède mérite d'être mentionnée. Les parts, nu nom-
bre de vingt-six à trente, sont portées dans les salles du
pénitencier, suivant la contenance de celles-ci. Deux délégnés»
i tour de WMe, sont chargés de recevoir les rations et de les
distnbuer. Ils les rangent sur une table A laquelle les dépertës
viennent s'asseoir : chaque homme prend et mange la part
qui est placée devant lui. La règle ordonne qu'ils h mangent
sans en rien laisser. Cette mesure a pour but d'empêcher qae
les convitls cachent leurs aliments afin d'en Caire provision.
On y tient la nnin avec un rigueur extrême. Manger quoique
ce sort , et n'importe sous ^piel prétexte, hors des heiaes
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356 EXCURSION A PORT-ABTUUR.
prescrites , est un délit qu'on punit sévèrement. La défense
•s'étend même au poisson que l'on pèche et au gibier que Ton
attrape.
La nourriture des convicts est non-seulement abondante,
mais encore substantielle. Elle consiste en soupe excellente,
en bon pain de froment, en viande de bœuf , de mouton ou
de porc. J'ai goûté de ces aliments et je me suis assuré de leur
qualité. Combien de laboureurs en Angleterre, combieD
d'honnêtes ouvriers s'estimeraient heureux s'ils avaient an
ordinaire aussi comfortablel Les convicts à leur déjeuner et à
leur souper ont un morceau de pain et une mesure ( une pinte]
de skilley ; on appelle ainsi de l'eau dans laquelle on a foit
bouillir une petite quantité de farine. Leurs vêtements sont
en laine; cette laine est teinte en jaune ou moitié jaune et
moitié blanc. Chaque individu est fourni de deux habillements
complets, de deux chemises et de deux paires de souliers. Ces
effets doivent durer une année.
Les habitations destinées aux déportés sont propres, saines,
bien aérées ; on en blanchit souvent les murailles, ils couchent
dans des lits séparés. La literie, qui est suffisante, est roulée
pendant le jour. Dans la première salle où nous fûmes intro-
duits, nous trouvâmes Jones, cet horloger chartiste dont le
procès a fait quelque sensation à Londres. Il remplissait les
fonctions de surveillant , et distribuait les vivres à une dou-
zaine de ses compagnons, lesquels composaient la chambrée.
Jones prononça les grâces ; lui, qui à son arrivée se montrait
dissipé, arrogant et licencieux, il se distingue maintenant par
son esprit d'ordre et sa docilité. Pour opérer ce changement,
quelques représentations ont suffi. Il a su mériter les fonctions
dont il est investi. Lorsqu'il n'est point employé aux ouvrages
de sa profession, il travaille dans la boutique du cloutier.
Le chartiste William est aussi un des déportés au Port-Ar-
thur. Il avait débuté par affecter les manières et le langage
d'un homme repentant et paisible, et comme il possédait cer-
taines connaissances spéciales, on Tavait employé à l'exploi-
tation des mines de houille. Là» il réussit à embaucher quel-
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EXCURSION A POKT-ARTHCR. 257 .
qnes-ans de ses compagnons, et il construisit une barque au
moyen de laquelle il s*échappa de la colonie où il était tombé
une seconde fois au pouvoir des agents du gouvernement. Il
fiit renvoyé à Port-Arthur. On le dépeint comme un homme
méchant et déterminé. Quelques-uns de ses compagnons d'in-
vasion ne furent pas repris immédiatement. Pendant le peu
de jours que dura leur liberté, ils commirent un meurtre, et
ce nouveau crime fut cause qu'on les condamna à mort. Ils
furent exécutés. Si William ne les eût point détournés de leur
devoir, une fin aussi triste leur eût peut-être été épargnée.
Des salles du pénitencier nous nous rendîmes aux caba-
nons. Les malheureux qui y sont détenus n'ont pour toute
nounrfture que dû pain et de l'eau. Nous trouvâmes dans une
de ces cellules un jeune homme de dix-huit ans coupable d'un
meurtre. Il en sera question plus loin. Nous vîmes dans une
autre un conyict qu'on y avait renfermé parce qu'il cherchait
continuellement à s'évader. Quelque temps auparavant on
l'avait rattrapé mourant de faim et exténué de fatigues.
Transporté à l'hôpital, il s'était rétabli non sans beaucoup de
peine. £h bien , il n'eut pas plus tôt recouvré la santé qu'il
recommença ses vaines tentatives.
Des cabanons nous passâmes à l'hôpital. Ce fut là que s'of-
frirent à nous, dans toute leur horreur, les funestes consé-
quences du crime. Là était confiné, sur un lit de souffrances,
Savary, ce raffinenr de Bristol dont on a tant parlé, cet homme •
qui, appartenant à une famille distinguée et jouissant lui-
même de l'estime de ses concitoyens, semblait né pour un
sort plus heureux ! On n'a peut-être pas oublié qu'en 1825 il
fut accusé du crime de faux. Savary, d'après les conseils d'un
magîstratde Bristol, se reconnut coupable, et quoique le juge
GJflbrd le pressât vivement de se rétracter, il persista opi- <
niàtrément dans son système de défense. Son crime ayant
eu lieu très-peu de temps après le procès de Fauntleroy, il
fiit condamné A mort. Toute la ville croyait fermement qu'il
serait exécuté. Cependant il obtint une commutation de peine.
On l'envoya à la terre de Van-Diemen comme déporté à vie,
5* SÉRIE. — TOME XI. 17
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tB8 «XCfJUSIlMr ▲ PO&T^ARTHUR.
et il fut employé dans les bureaux en qualité d'expéditîoa-
oaire. Sa femme, qu'il ayait laissée à Bristol et qui Taimait
tendrement, voulut partager sa destinée. Elle s'embarqua pour
le rejoindre, mais )e bâtiment oi elle avait retenu son paaaage
te brisa eontra le Aee, à Plymeutb. Bien que Mrs. Sctvary eAt
TQ la mort de près , elle partit sur un autre navire : cette fois,
. elle fit une heureuse traversée, liais il paraît que sa présanoe,
loin de contribuer à la tranquillité domestique de son mari, la
détruisit eomplétement. Savary a pris soin lui-même de nous
raconter ses querelles conjugales dans son ouvrage intitulé
Quintug S^rvinton^ qui fut publié à Hobartr*Tovn en 1830.
Futi-ce par suite de ces qu^elles que ce malheureux, dans un
accès de folie, essaya de se tuer en se coupant la gorge ? On
me sait. Quoi qu'il en soit, la blessure n'était pas mortelle, et
des secours donnés à temps le rappelèrent à la vie.
Peu de temps après, sa femme et son enfont retournèrent
en Angleterre. Savary, ayant lui-même obtenu plus tard une
autorisation, s'établit fermier, puis fit banqueroute, puis eut
encore une fois recours à des faux, puis fut jugé, condamné
et soumis aux épreuves de Port-Arthur. Il y a d^à eu une
attaque de paralysie qui, avant peu temps, ternineni sa
-barrière ai agitée. On prétend que l'aspect du vice oonvertit
au bien eeux qui étaient endins au mal. Le feit est que ]'ai
eontemplé avec un mélange de pitié et d'horreur ee malben-
reux dont la blessure était à peine cicatrisée, et dont le regajrd
terne et dépourvu d'intelligence ne sewMait plus appartewr
i un habitant du monde. J'auraia voulu que les ecmEqfdicea de
aa vie criminelle pussent avoir devant les yeux ce specti^le;
ils y auraient trouvé un grave et salutaire enseignement.
Moua nous embarquAmes ensuite dana un bateau monté de
aix rameurs, et nous travers&mes la baie pour nous rendre
nu Poimt^Pwr, C'est là que Ton garde les jeunes enfante dé-
portés, lia étaient en ee moment occupés à apprendre et i
répéter leur catéchisme. Nous r^oonlr&mes en ee lieu le
lieutenant Flyon, de la marine royale, celui qui déposa autre-
ioiis comme témoin dans le procès de la reine Caroline. Cette
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SXCEJBSlOli A POBT-ARTHUK. IM
roine-priiicesse lui avait fait donner l'ordre de Saiot-Ferdi-
aiDd, troisiènie classe. Plu» tard ce personnage fut convaincu
de box et envoyé 4 Port-Arthur. Depuis son arrivée dans la
colonie, il a reçu des lettres portant cette suscription : À
mr Jokm Fttfnn.
Les salles où couchent les convicts sont édairées pendant
toiiie la nut. Ceux-ci ne savent jamais à quelle heure et par
qsi la ronde sera Esite. Nous accompagnâmes le commandant
pendant une de ces inspections nocturnes. Il était dix heures
Al soir. Nous pareonrAmes plusieurs salles. Dans Tune d'entre
riles «ne légère odeur de tdMC était répandue. Or il est ex*
]pTessénient défendu aux déportés d'avoir du tabac en leur
possenion. C'est pourquoi on signifia à toute la chambrée que
kg bommea qui la composaient seraient punis s'ils ne dénou'^
€»ent point le fumeur ou si lui-même ne se dédarait pas. Le
coupable étant resté inoomm, tous tes homme de la chambrée
fareat min an cachot.
Od ae saurait nsarcher dans les rues de la ville après la nnîl
fènnèe sans être arrêté à chaque pas par des sentinelles qui
fxigeai que Ton r^nde au mot d'ordre. Le commandant
hu-méme, s*il avait onUié le mot du guet, serait consigné an
poste le plus voisin. Les soldats ont toiqours leurs annoa
chargées. Ils occupent les points prindpaax du pénitencier :
(Mitre cette précaution et celle des rotides fréquentes qui ont
heu, teHe est la sévérité de la disciplitte, telle est la aorvefl-
hnce qne l'oa exeree constamment, telle est surtout la défiance
qieles déportés ont les unscontre les autres^ que toute oonspi*
tatien, toute tentatire de révolte est impossible. Nous dor-
mîmes en parfaite aéeurité dans une maison dont les fenêtres
n'élaîat défendues ni par des rolets ni par des contrevents.
La matinée suivante, nous visitâmes les ateliers desjeonea
détenus. Six i sept cents enfieuits y sont employés et apprennent
le moyen de gagner hoaoïêtenient leur vie. Quand ils entrent
dans rétabiîsaement, on commence par leur enseigner A ma*
nier la bêche, le pie et la piodie. On leur assigne un coin de
terre qu'ils défrichent, qu'ils sarclent, nettoient, et où ila
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260 EXCURSION A PORT-ABTHUB.
plantent des pommes de terre, des choux, des navets et aatres
égùmes. Lorsque, pendant un certain espace de temps, ils
se sont distingués par une conduite régulière, on leur permet
d'exercer un métier et on leur donne & choisir entre cinq ou
six industries. L'établissement est pourvu des^mattres néces-
saires pour chaque branche d'instruction. Autant que pos-
sible, on les prend parmi les Européens que leur volonté
seule, et non point la rigueur des lois, amène dans la colonie.
Nous nous arrêtâmes d'abord à regarder les jeunes gens
qui travaillaient à scier le bois. Ils étaient au nombre de
trente à quarante dans un chantier découvert. Je sais qu'au-
jourd'hui on leur construit un hangar qui les protégera
contre le froid ou la pluie. La quantité de bois que débitent
ces enfants est considérable. De là nous passâmes à l'atelier
des charpentiers pour navires. Nous y vîmes une jolie barque
de pèche, dont la construction marchait rapidement à sa fin.
Les tonneliers n'étaient pas moins actife. D'autres enfiants
faisaient des cuviers, tressaient des corbeilles et des paniers,
roulaient des câbles, etc. Cinquante tailleurs découpaient et
cousaient des étoffes; soixante-dix cordonniers travaillaient
aux chaussures des colons. Les enclumes des forgerons re-
tentissaient du bruit répété des marteaux. Les charpentiers
pour bâtisse façonnaient des portes, des châssis de fenêtre,
et ébauchaient des pièces de bois. Les relieurs étaient aussi
à l'ouvrage. Seuls, les tourneurs demeuraient dans l'inaction.
Je dois remarquer ici que si un officier civil ou militaire
emploie à quoi que ce soit, pour son compte particulier, un
des convicts , une retenue proportionnée à l'importance du
travail et de l'ouvrage est opérée sur ses appointements.
Nous visitâmes ensuite l'atelier des maçons. Ils avaient
préparé des matériaux considérables pour l'érection d'une
vaste caserne. Nous vtmes à la boulangerie, de grandes pro-
visions de pain, qui attestaient l'adresse et l'activité des jeunes
gens qu'on y employait. Arrivés aux cuisines, nous goûtâmes
d'un excellent ragoût qui exhalait un parfum tout à feit ap-
pétissant.
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EXCURSION A PORT-ARTHUR. 261
La ration pour les enfants est la même que pour les adultes.
Arant de prendre leurs repas, les premiers sont tenus de se
larer les mains et le visage. Le repas terminé, on leur ac-
corde quelques minutes de récréation. Dans la soirée, ils
vont, de deux jours l'un, à Técole.
Quoique cet établissement ait été fondé pour recevoir des
criminels flétris par les lois de leur pays, il n'en inspire pas
moins un intérêt profond. Ces criminels peuvent s'amender;
le travail peut effacer l'infamie dont ils sont couverts, et la
peine de la déportation les régénérer au bien. Déjà beaucoup
de ces pauvres enfants qui sont renfermés à Point-Puer ont
dû bénir l'instant où ils y ont été conduits. Plusieurs en sont
sortis pourvus d'une industrie lucrative, et ils gagnent hon-
nêtement leur vie dans diverses parties de l'Ile. Que l'on
compare leur condition avec celle des enfants des basses
classes dans la mère-patrie : on verra que l'avantage n'est
pas du c6té de ces derniers.
En retournant à Port-Arthur, nous abordâmes à une pe-
tite île noounée, d'après sa destination, Y île des Morts, Parmi
les condamnés qui les premiers y ont été inhumés, on cite
Dennis CoUins, celui qui lança autrefois une pierre à la tète
de Guillaume IV. Là repose aussi cet homme tristement fa-
meux, May, qui étouffa un petit garçon italien pour vendre
son cadavre à un anatomiste. Là dorment du sommeil éternel
plusieurs officiers et soldats de la garnison de Port-Arthur,
ainsi que plusieurs émigrants. Quelques-uns des monuments
funéraires qui y sont élevés portent des épitaphes, des vers,
des inscriptions plus ou moins touchantes.
L'Ile des Morts inspire naturellement des pensées graves
et religieuses. Ceux qui la visitent ne sauraient se défendre
d'un sentiment de tristesse; mais cette tristesse est si douce,
et il règne dans ce lieu une solitude si paisible, que l'idée d'y
être enseveli n'a rien de repoussant. J'ai connu des hommes
qui ont demandé par leur testament qu'on y déposât leurs
^restes mortels.
Port-Arthur est véritablement une terre de merveillesl c'est
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262 EXCUB&ION A POBT-ABTHUR.
là qu'on déporte les criminels les plus redoutables, les homr
nés les plus invétérés dans le vice: eh bien, la vertu et la
religion qu'on aurait pu croire bannies de ce lieu d'expia*
lion, de ce désert moral, y fleurissent, y sont ouvertement
cultivées! Une école a été instituée pour les enfonts des ofB-
4^ier8, des soldats, des inspecteurs, etc. : aujourd'hui, 10 jan-
vier, j*ai assisté à l'examen et à la distribution des prix. Ces
enfants étaient réunis au nombre de trente à quarante, filles
et garçons de difitrents Ages. Les prix destinés aux plus sa*
Tants et aux plus studieux étaient des livres instmctîfii et
utiles. L'examen a commencé, une lutte animée s^est établie
entre les concurrents, à tel point que plusieurs fois le capi-
taine Booth, patron de l'institution, s'est vu fort embarrassé
pour décerner la palme aux vainciueurs. Lorsque cette céré-
monie a été terminée, vainqueurs et vaincus se sont rendus
80U8 une grande tente décorée de guirlandes et ornée des
pavillons de la Favorite: là, on leur a servi en abondance du
thé, du café, des gâteaux, des framboises, des groseilles, etc.
Ce fut une petite fête de l'aspect le plus gai. Après le toiff
des enfants, vint celui de leurs parents. Ceux-ci ayant pris
les rafraîchissements dont ils avaient besoin, le capitaine
prononça quelques mots appropriés à la circonstance; puis^
MM. Manton, Simpson et Robertson exposèrent, au nom du
comité, la situation pécuniaire de l'établissement. Cette si-
tuation n'était point extrêmement brillante. Il ne restait sut
l'exercice de l'année précédente que 30 shillings : la collecte
de la veille avait produit 8 livres 10 shillings. D'autres con-
tributions montaient ensemble à 70 shillings environ; en sorte
qu'il y avait en caisse, pour Tachât des prix de l'année cou-
mte, près de 1^ £. Il faut dire ici à l'honneur des souscrip-
tenrs de Port-Arthur, que peu de semaines auparavant, ib
aiaiii.t pn dssé entre eux if£,afin de venir en aide aux mis-
«ionnaires wesleyens.
Après avoir parcouru les ateliers de Port-Artbnr, lesqueif
ne sont que la répétition de ceux que nous avions déjà rot
i Poînt-Puer, nous visitâmes la scène d*un meurtre récent.
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BlLCUBSIOll A PORT-ABTHUR. 96S
d'un assaMiBftt affreux dont la cause était restée inconiive.
L'endroit en question est éloigné d'un mille anglais du chef*
liea de la colonie. C'est une gorge sombre et isolée. Leé
broussailles qui y poassent étaient encore teintes du sang de
b yielane qui j avait péri. Il résulte de la déposition des té-
dioiBsqueBelIfieldetBoat(ta(ian,runâgédedix-huitanSfrautrB
de dii-sept, travaillaient ensemble dans le voisinage. fiellfieM
Citant plaint de la soif, Boardman Temmena vers une petite
sonrcesitaée à quelque distance. On les vit partir tous deux el
disparaître: le premier seul revint; lorscpi'on lui demanda
et qa'il avait bit de son camarade, il répondit que celui^
|[?ait pris la clef des ebamps. Boardroan fut donc noté commd
désertear. Deux ou trois jours s'écoulèrent, au bout desqueb
m kooHDe qui coupait des genêts, crut entendre des gémisse^
Heats étouflës; il se dirigea du cMé d'où ces plaintes paraîa^
saieat s'élever. Plus il marchait, plus elles frappaient distnio^
fement son oreille, tant qu'enfin, au pied d'un gomnAer
l^gantesque, il trouve un malheureux couvert de sang cailtAr
et de mouches que ses plaies avaient attirées. Il appelle ania^
^lAi da secours et s'empresse lui-même d'aller puiser ds
Peai fraîche à la source voisine pour laver la bouche et te
visage de cet infortuné et en 6ter la vermine qui y pullnlaîL
Cètait Boardman, mais défiguré au point que son sauveor
ie le reconnut pas d'abord. Transporté à l'hôpital, il recoin
ffà assez de forées pour désigner son assassin. Il raconte
9>'en arrivant à la source, il avait été assailli par Bellfieié
sans provocation aucune, chargé de conps à la tète et text»
tersé. Le bâton dont le meurtrier )e frappait ayant cassé, ce*
hi^ en prit un autre, puis il kn enfonça son couteau dna
)eee«.
Boatdmafii languit éa«B Thôpita) jusqu'au 2 janvier, épé»
^fie i laquelle il mourut des suites de ses blessures. Quant
ai meurtrier, A M renfermé dans la geôle de Uobert-Towi»^
paiiexécalé^Lovaque noua visitâmes la prison de Port-Artbur^
i y était encore. II avait Tatr d'un bon jeune homme : sea
Mts étaient agréd>leaet ne reapiraient nullement la fièroeité;'
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26i EXCURSION A PORT-ARTHUR.
Il n'essaya même pas de nier son crime. Interrogé sur les
motifs qui Ty avaient poussé, il n'en voulut indiquer aucun.
Peut-être n'y en avait-il pas d'autre qu'un de ces inexplicables
transports auxquels certaines constitutions sont sujettes.
Une grande activité régnait dans le dock. Une foule d'ou-
vriers travaillaient au radoub de la Favorite. D'autres étaient
employés aux préparatifs nécessaires pour lancer à l'eau la
chaloupe canonnière lady Franklin. Ce petit bâtiment de
dix-huit tonneaux a des proportions élégantes; il est disposé
pour porter un long canon de 32. Nous vîmes aussi sur le
chantier un cutter de 100 tonneaux. Nous montâmes â bord
de la Favorite: c'est un navire de kSO tonneaux, armé de
18 caronades et pourvu d'un équipage d'élite. De là nous,
visitâmes ce qu'on appelle à Port-Arthur les jardins du gou-
verneur. L'emplacement est admirable, le pinceau peut le
représenter, la plume ne saurait le décrire. De ce point l'œil
embrasse un horizon où se mélangent les eaux de la baie, les
vallées, les forêts, les montagnes de l'intérieur. Qui peut dire
ce que l'avenir réserve à cette terre enchantée? Lorsqu'elle
aura cessé d'être un réceptacle de criminels, peut-être que
sur ces eaux limpides vogueront d'élégants steamers chargés
de passagers ; peut-être que cette baie qui se creuse gracieu-
sement deviendra un port de la plus grande importance, le
Plymouth des' mers du sud I Un tel résultat n'aurait rien
d'étonnant. Où trouverait-on ailleurs un ancrage plus s&r, on
port plus spacieux et d'un accès plus facile, des bois de con-
struction plus abondants?
Le lendemain matin, le commandant nous mena à la station
préparatoire de Flinders-Bay; c'est une des nombreuseséchan-
crures de la baie de Norfolk. Nous y allâmes par cette même
chaussée que nous avions suivie pour nous rendre â Port-
Arthur, et sur laquelle le capitaine Booth a établi ses rails en
bois. La station de Flinders-Bay est tout nouvellement orga*
nisée. M. Smith en a la direction. Pour maintenir dans le
devoir les deux cents convicts qui lui sont confiés, on a placé
sous ses ordres un sergent et douze soldats du 96* régiment.
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EXCURSIOX A POBT-ARTBUR. 2A5
Tout ce inonde est logé sous des huttes faites d*écorce ; mais
on en constmit d'autres qui seront en pierre , ainsi que des
cottages destinés aux principaux employés , par exemple au
cbirargien, au catéchiste, etc.
Uoe station préparatoire ou d'épreuves est gouvernée par
un surintendant, deux sous-intendants et des inspecteurs
plas ou moins nombreux, suivant la localité; aucun de ces
employés ne doit être pris parmi les déportés. On leur adjoint
un catéchiste, un chirurgien et quelques soldats. De plus, on
place entre deux stations voisines un magistrat qui a mission
de les visiter tour à tour. On occupe les déportés à bâtir des
maisons, à tracer des routes, à construire des ponts, à foire
des défrichements, des terrassements, enfin à cultiver la terre.
Lorsque le terme des épreuves est accompli, les hommes dont
on est content sont conduits à Ttle Slopen, et de là on les
dirige sur divers points de la colonie.
Comme je l'ai dit, la station de Flinders-Bay est un éta-
blissement nouvellement formé. Les déportés qu'il renferme
sont employés à brûler ou à couper les arbres dont la terre
est couverte, et à élever pour eux-mêmes des habitations.
L'emplacement est bien choisi ; les sources y abondent; le sol
paraît pierreux et peu fertile, cependant il est susceptible de
s'améliorer par la culture. Une situation heureuse compense
souvent la stérilité de la contrée, et certes, cette colonie, sous
le rapport de la position, n'a rien à désirer.
Notre inspection achevée, nous nous dirigeâmes par mer vers
le CoU'de4'Àigle; on appelle ainsi un isthme sablonneux qui a
un quart de mille de longueur et trois cents pas de largeur.
Des sentinelles y veillent nuit et jour, et pour plus de sécurité
on a hérissé l'isthme d'une ligne de chiens très-féroces qui sont
postés à quelque distance les uns des autres. Ces chiens
reçoivent régulièrement leur ration du commissariat. Pendant
les ténèbres on allume des lampes ; enfin toutes les mesures
sont mises en pratique pour déconcerter les tentatives d'éva-
sion que pourraient faire les détenus. Grâce à cette précaution
l'isthme du Cou-d' Aigle est comme la clef de la péninsule de
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SI66 EXGUHSIOK A PORT-ARTHUl.
Tasmante. Il existe aussi une clef semblable pour la pénin-*
sole de Forester : c'est le Cou de la baie oriéntaie. Cette cir*
constance singulière fait que les deux presqu'îles dont it
s'agit paraissent avoir été créées pour Tusage auquel on le»
enploie.
Les détail» savent que la fuite leur est impossible, que Ut
BKiiiMire iq)pttreaee de fumée tmbirait le lieu de leur retraite^
et qu'à un signal transmis de colline en colline toute la gar^^
nisoB serait à leur poursuite; ils sarent qu'ils n'ont aueutt
espoir de tromper la vigilance des gardes, hommes ou chiens^
qui défiendent le passage des deux isthmes. Tenter ce passage
de vive force, ce serait une témérité insensée. Traqués d«
tous c6lés, n'ayant ni provisioiiSy ni eau, ni feu, il ne leur
resterait d'autre alternative que de périr de feim ou de aê
fendre.
Ces diverses considérations ont sans doute motivé et et*
pliquent le choix que l'on a foit des presqu'îles de Tasraan et
de Forester pour recevoir des déportés. La première com^
prend une surfece de 40,000 acres; la seconde de 15,000. Lii
moitié de cette étendue est en bonnes terres, dent quelques^
unes sont de première quaKté. Bès que les presqu'îles en que»*
lion auront cessé d'être un lieu de déportation, ces terre» sch
tout avidement recherchées par les spéculateurs, coupéet
eomme elles sont déjà par des cours d'eau et traversées comme
elles le seront par de» routes qui en doubleront la valeur.
C'est dans la presqa'tle de Forester que \t capitaine Booth a
ftiiUi périr, il 7 a trois ans. Youlant examiner et connaftre
riniérieur du pays, il s'engagea dan» des fourrés tellemenC
épais, tellement hérissés de ronces et d'épines, qu'il lui faî
impcMJbte de se frayer un passage et de se dégager. Il son-*
gea à allumer du feu ; mais la batterie d'un de se» pistolets stf
eassa, et l'amoreede l'antre était devenue trop humide. Dan»
cvtle situation embaf rassonte, il prit le parti de »'étendro
|W terre, et il »'endonnft. Lorsqu'il se réveilla, il était fra«»l
de froid. Ses jambe» engourdies refusaient de le porter, et
fépuîsemefft de ses forces M était tool moyen de travailler
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EXCURSION A PORT-AmTHtm. 2OT
à sa délivrance : H essaya, maïs vainement, de s'ourrir ns
passage. l\ resta quatre nuits et quatre jours dans cette es-
père de prison, dévoré par la soif et par la faim; l'espoir Ta-
fait abandonné : Textrémîté de ses pieds se gangrenait : une
mort affreuse, une lente agonie semblait lui être réservée. En
ee moment les cris de ses compagnons, qui étaient A sa re^
ciierche, retentirent à ses oreilles; mais il était trop abattu pouf
leur répondre et se faire entendre d*euic. Ce secours qtii lui
arrrrait dans une telle détresse et dont il ne pouvait profiter
paraissait être une cruelle dérision du destin. A la fin, deui
ehiens qu*il avait dressés lui-même pour chasser le kangarott
découvrirait l'endroit o& il était couché, et par leurs aboi^
ments ils attirèrent en ce lieu les gens de sa suite. Ce fut ainsi
qu'il échappa à la mort; mais les souflFrances cpi'il avait en*
durées avaient altéré sa constitution, et il eut beaucoup de
peine à se rétablir.
Nous fttmes reçus de la manière la plus cordiale par H. Wil*
son , officier du 96*, et qui commande le poste du CoimI»-
V Aigle, ^ous visitâmes avec lui cet isthme sablonneux, dont
Feifrémîté est baignée par Tocéan Pacifique, et oà se creuse
me petite baie nommée bah du Pirate. Les hauteurs qui M
dominent présentent à leur base une curiosité naturelle, ex*
MnemenI remarquable. Qu'on se figure plusieurs coucbetf
de rodiers superposés et affectant les formes les plus variées.
Kf en a de longs, il y en a de carrés, de triangulaires, etc. ;
tous sont joints avec une régularité parfaite. Ces roches
fevrniraient un pavé excellent ; je ne doute pas qu'elles ne
mÀmi un jour l'orgueil de la Tasmanie, de même que leu
lies de StafiEa et de Causeway sont l'orgueil de TÈcosse el
dellrlaode. le dirai, et ce n'est point un médiocre compli*
ment, que les rochers et les promontoires de la baie du Pirate
égalent en pittoresque ceux de la côte d'Antrhn.
En retournant à la demeure du capitaine Booth , noue
têmes une idée de la vitesse que l'on peut olrtenir sur le
chemin en bois dont j'ai déji perlé. La distance d'un mille ef
demi que nous avions à franchir fut parcourue à raison de
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368 EXCURSION A PORT-ARTHUR.
quarante milles par heure. Lorsqu'on s'embarque sur le che-
miuy il faut s'armer de courage ; car une fois que les wagons
sont lancés, rien n'est préparé pour les retenir et les arrêter;
la moindre obstruction, le moindre obstacle occasionnerait
de graves accidents. Les officiers de la frégate française TAr-
téndse se sont extasiés, m'a-t-on dit , sur la rapidité prodi-
gieuse avec laquelle on descend. Cela leur rappelait, mais en
grané, les montagnes russes de Paris.
Pendant la nuit de mercredi à jeudi , le vent a soufBé avec
force; il a fait une espèce de tempête; mais le lendemain, le
soleil s'est levé dans un ciel pur, et la matinée a été d'an
calme, d'une suavité qu'on ne saurait rendre. Certes, quelque
désagréable que puisse être le séjour de Port-Arthur pour
les malheureux qui sont condamnés à y vivre , ce n'en est
pas moins un pays charmant : nous y trouvâmes le eamfort
nécessaire, et même le luxe. Les chefis de la colonie nous
prodiguèrent des soins , des attentions qui n'avaient rien
d'afiecté, et qui doublaient à nos yeux le prix de leur bos*
pitalité.
Nous résidâmes cinq jours à Port-Arthur. Tout ce que nous
y vtmes nous confirma dans cette idée , que le but de l'é-
tablissement est éminemment moral et humain. La discipline
qu'on y observe est sévère et même rigoureuse : la nécessité
l'ordonne ainsi. Aucun délit, fAt-K^e le plus léger, ne reste
impuni. Mais une enquête minutieuse précède toujours le
châtiment; enfin l'on s'efforce de faire comprendre au coupa-
ble que ce châtiment ne lui est point arbitrairement infligé
par caprice ou par tyrannie, et que c'est la suite inévitable de
sa feute.
Autant que possible, les déportés sont classés et séparés par
escouades de manière à être assortis. En mettant le pied sur
la colonie, ils sont fouillés avec soin, de peur qu'ils ne gar-
dent de l'argent ou du tabac. Alors on leur fait la lecture du
règlement auquel ils vont être assujettis et on leur en explique
toutes les particularités : après quoi on les conduit à l'hôpi-
tal, et là ils sont visités par le médecin. D'après le rapport
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EXCURSION A POBT-ARTHUR. S69
de celai-ci, une tâche proportionnée à la vigueur de chacun
leur est assignée. Les hommes reconnus faibles ou invalides
sont employés à briser la pierre. Les convicts dont la peine
expire ou qui se distinguent par une bonne conduite sont oc-
cupés à des travaux moins fatigants. Les nouveaux débar-
qués passent la nuit dans des espi^ces de cachots» et cela pen-
dant une période de temps plus ou moins longue, selon la
nature de leur crime ; pour ceux qui se sont évadés et qu'on
ramène, cette période est double.
L'escouade qui est astreinte aux plus dures fatigues est celle
des porteurs ; elle est quelquefois composée de soixante à
soixante-dix individus. Ces malheureux charrient sur leurs
épaules d'énormes poutres qu'ils vont chercher dans les forêts
et qu'ils déposent dans le dock. Après eux viennent les ou-
vriers du dock, dont la condition n'est guère plus douce. Ils
demeurent souvent plongés dans l'eau jusqu'au cou pour re-
tirer les pièces de bois qu'il s'agit de transporter à l'arsenal ;
car on ne souffre à Port-Arthur et dans les stations d'épreuves
aucune bète de somme : ce sont les convicts qui remplissent,
l'office de chevaux, de bœufs, de mulets.
Une de ces escouades est composée d'hommes chargés de
laire la chaîne. Ils voiturent, en se les passant de main en main,
les pierres, le bois de chauffage, les baquets d*eau. Les dé-
tenus qui ont cherché plusieurs fois i s'évader sont, comme
dans les bagnes français, mis aux fers : de plus, on les attache
à une chaîne, et on les force de casser de la pierre. Chaque
semaine le médecin feit une inspection générale. Pour la su-
bir, les déportés se dépouillent de leurs vêtements jusqu'à la
ceinture. Ceux d'entre eux dont les muscles annoncent de la
foUgue ou de l'épuisement sont mis à un régime moins dur
ou soignés à l'hôpital.
Outre les escouades déjà citées, il y a celles des scieurs de
long, des fendeurs de bois, des maçons, des défricheurs,
des jardiniers, des arroseurs, des bateliers, des terrassiers.
Tons les métiers ont leurs représentants. Une demi-heure
avant la revue, on suspend un ballon à l'un des bras du
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9f70 EXCDHSIOlf ▲ PORT-ARTHUR.
sémaphore. À ce signal, les convicts qui travaillent dans les
champs doivent rentrer à leurs quartiers* Quiconque s'absente
est considéré comme déserteur. Le capitaine Booth a singii-
Uèrement perfectionné le système télégraphique. Les messages
s'échangent entre Hobart-Town et Port- Arthur avec une
vitesse surprenante, bien que la distance soit de cinquante
milles en ligne droite. Ce sont des convicts qui senreni de
courriers. Au moindre sujet de plainte on leur retire leurs
fonctions ; mais si elles étaient confiées à des soldats libérés
du service et auxquels on allouerait une rétribution, le sys-
tème du capitaine Booth serait beaucoup plus efficace, et les
déportés fugitifis seraient aussitôt découverts et repris.. U fau-
drait aussi que ce système fût appliqué sur toute l'étendue de
la colonie.
J'ai oublié de mentionner une manufecture où Ton confee-
tionne des briques» des tuiles, des faîtières, des pots à fleurs,
et autres articles du même genre. La qualité de l'argile étant
supérieure à Port-Arthur, on pourrait y établir une poterie
dont les produits auraient une très^graade valeur et rivalise-
raient avec ceux des poteries les plus estimées. la sianu-
£aicture en question fournit assez de briques pour les besoins
de la colonie; elle en exporte même une quantité considérable
i Hobart-Town, pour le compte du gouvernement aussi bien
que pour celui des particuliers.
Port-Arthur fut fondé en 1830 par le colonel Arthur, qui y
établit une station d'essai. Le docteur Russell, aide-chirur-
gien attaché au 63"* régiment, fut envoyé en ce lieu avec le
double titre de médecin et de commandant. On lui confia seise
i dix-sept déportés. L'emplacement de Port-Arthur fut tout
d'abord choisi. Le nouvel établissement passa tour a tour
sous l'administration du capitaine Mahon, du major Briggs
et du capitaine Gibbons, et il ne cessa de se développer. Ce
fut en 1833 que le commandant actuel fut nommé à ce poste
difficile, et après neuf années il a fait preuve d'une intelli-
gence, d'une capacité, d'un esprit de justice et d'entreprise
qu'on ne saurait trop admirer. Grâce à lui la colonie est un
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BXCURSIO!! A PORT-AmTHrR. 3ffi
objet d'étonnement ponr les étraiie[crs, de même cpie rétablis-
sèment de Port-Arthur est un objet d'étonnement pour le
petit nombre de colons qui Font visité.
r» parlé déjà de son église; mais je n'ai rien dit de sa
caserne, qui est construite en pierres de taille et qui peut
contenir une centaine d'hommes. L'entrée est surmontée
d'nne tour crénelée qui commande tout l'édifice. De là on
passe dans une cour spacieuse au bout de laquelle est une
esplanade» et Ton arrive enfin au bâtiment principal. II est
question de construire un nouvel hApital sur la même ligne
que la caserne et d'après le même plan. II s'agit aussi d'élever
un nouveau pénitencier. En attendant, les rues que Ton trace
sont tirées au cordeau ; les édifices et les maisons sont alignés
avec soin. Jusqu'au milieu des préoccupations du présent,
on prévoit et l'on prépare l'avenir ; et si jamais Port-Arthur
devient, comme tout semble l'annoncer, un vaste et riche
arsenal, on appréciera alors le zèle et la prudence du capi-
taine Booth. Port^Arthur a frappé d'admiration tous ceux qui
Vont vu; moi-même, qui suis familier avec les colonies de
déportation, j'ai été étonné à l'aspect de celle-là. Nulle part
ailleurs je n'avais rencontré ces édifices bâtis en pierres, ces
cottages élégants et commodes, ces vastes ateliers, ces jardins
lûen cultivés, toutes ces ressources et t<ius ces agréments de
h driliaatioa ; et pourtant ce lieu enchanté est l'image d'une
pomme venMiHe qui est gâtée au cœur. C'est le réceptacle
d'une population de criminels qœ la mère-patrie rejette de
son sein. Amender cette population, la convertir à des mœurs
régulièrfs, tel est l'objet insmédiat que l'on se propose; mais
fii éloigné qu'il soit, un jour viendra oi ce lieu de détention.
Cl» ateliers de déportés, cette école d'enfants condamnés pour
roi, se cèangeront en un établissement militaire» en un port
libre et commerçant.
Je sais que, à propos de l'utilité des colonies pénitentiaires,
on a beaucoup écrit, beaucoup discuté. Je ne prétends point
jne constituer ]uge de cette question : je dirai seulememl
qu'en moins de quarante années les convicts^ pionniers infii-
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272 EXCUBSION A PORT-ARTHCB.
tigables, ont avancé merveilleusement la culture et la coloni-
sation de la terre de Van-Diemen. En soixante-dix ans, la
Nouvelle-Galles du sud a dû au même genre de travailleurs les
mêmes succès ; si ces deux pays avaient été livrés à des colons
libres, il leur eût fallu le double de temps pour arriver au
degré où ils sont déjà parvenus.
Je dirai encore que ce moyen de débarrasser la mère-patrie
d'une foule d'hommes dangereux est le plus convenable, le
plus facile, le plus moral, et j'ajouterai, pour TAngleterre, le
moins coûteux de tous. A mes yeux, c*est un moyen légitime.
Dans un autre article j'ai tenté de démontrer les avantages
qui résulteraient pour nous de la colonisation des fies Fal-
kland par des convicts. Je sais que les vues développées dans
cet article ont obtenu l'approbation du gouvernement, et que
Certaines mesures préliminaires ont été prises. Quant aux
raisons que je donne pour coloniser ces lies, je les récapi-
tulerai brièvement. D'abord le droit qu'a l'Angleterre de s'en
emparer est incontestable (1). Elles sont d'une extrême im-
portance comme station navale, et peuvent être comme un
autre Gibraltar qui fermerait l'océan Pacifique. Elles ne ren-
ferment point de population indigène qu'il faudrait dépos-
séder. On y compte trente mille tètes de gros bétail, sans
parler d'une quantité infinie de porcs, de chèvres, etc. Les
ports y sont nombreux : on y trouve de la houille en abon-
dance. La pèche de la baleine et la pèche blanche y offriraient
de grands profits. Cet archipel se compose de quatre-vingt-
dix îles ou îlots, ce qui faciliterait beaucoup la classification
et le partage des déportés. Enfin, et c'est là une considération
décisive, les lies Falkland sont moitié moins éloignées que
l'Australie ; par conséquent, ce qu'il en coûte pour trans-
porter un criminel à la terre de Van-Diemen suffirait poiu* en
transporter deux aux îles Falkland.
(i) NoTB DD PiRECTEim. Cependant le gouvernement deBuënos-Ayrei,
héritier des droits de l'Espagne à qui appartenaient ces Iles, ne cesse de
protester contre les vues des Anglais.
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BXCUMIOir A POBT-AETHUB. 273
Noos dtmes adiea i Port^Ârthar, et après une courte et
trè* agréable trarenéet nous arrivâmes à la Coicade. C'est
«De station d'épreure nouvellement formée. Il y avait cinq ou
six semaines qu'on y avait établi quelques constables et vingt*
cinq déportés. Ces derniers sont aujourd'hui au nombre de
cinquante. Ce que j'ai dit de la baie de Flinders s'applique
exactement à la Cascade. Là manière de vivre, les règlements,
les travaux, sont les mêmes pour toutes les stations. Là Cas-
cade est une jolie localité; le sol y est extrêmement riche; il
fournit de beaux bois de construction, et il est bien arrosé.
De la Cascade, nous nous rendîmes, en longeant la c6te, i
Imfrtanon-Bay , qui en est à cinq milles de distance. Cette
station est plus considérable, plus peuplée (elle contient
cent déportés], et dans un état d'exploitation plus avancé que
la précédente. Trois mois ont suffi pour défricher et cultiver
une vaste étendue de terrain, élever plusieurs maisons et édi-
fices, tracer une route et construire une jetée qui est presque
finie. C'est là que j'ai trouvé le cbartiste Frost, dont le gendre,
Geach, est à Salt-Water Creek. Celui-ci était malade dans
Thôpital, confié aux soins de mon savant ami le docteur
Agnew. Je dirai tout à l'heure mon entrevue avec le beau-
père ; mais le gendre n'ayant témoigné aucun désir de me
voir, je ne cherchai pas à l'importuner de ma visite.
Nous visitâmes ensuite la Criqfu de VEau iolée. C'est une
station importante, pourvue d'un vaste pénitencier, qui peut
recevoir quatre cents détenus, et d'une caserne pour un ser*
^nt et treize soldats. Le personnel des officiers et des em-
ployés y est au complet. Il y a dix mois seulement qu'elle a
été fondée, et dans ce court espace de temps, la masse des
travaux que l'on a exécutés est véritablement extraordinaire.
Nous vîmes cinquante acres de terre excellente dans un état
de culture parfait. Le sol est très-fertile. On ne se sert pour
le labourage que de la bêche : si l'ouvrage n'avance pas vite,
du moins il est bien foit.
Beaucoup de gens sont partisans du système des colonies
pénitentiaires et réprouvent celui des stations d'épreuves i
5* SÉRIE. — TOME XI, 18
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SA EXCBBaiM A PMT-
Je atia pennadé c|iie ceux cfui décrient ce ienner gem dPé-
tablissemettt» ignorent de qMKlkr naniève ih soat <
Leur opinmi né le fonde evr amn» fait» U» rëpèieirt^ i
douter deepre«ve»à l'appin, qee le ejyevr de» i
ces statiew d'éfteewe n'est pvofitaUe ni i la ootooie mî i
enxT-mèmes^; ({a'Us se livmt à fai paresse ei an. désoidve; qfse^
rassemblés e» grand nenbre aor ua mèoïc poiot, ils •*€■»-
ieal nmiaeilsiieiri; an crime, et adiènreni de se oorrenapie;
que si le systène de Yamiçnment élaât adopté, ^est-è-dim si
les^ eonticta étaient dispersés daas Fintèneor des terres^ cft
eonfiésà dsspluieiics ipn âwraieBA surasK nne aatoiité flli-
mitée^ ik fendent avec le temps de bons servitearsy de boas
ceianierçanis : tout cela peat être rrai» maÎB îl reste à décider
kqiAestioa de savoir si le système des slatiems d'épreaves esl
en non contraire à ce bot.
Quoi qu'il en aeit, le» résultats obten» sont immenses aa
point de rue de Viniérèt commercial et politique delà GraBde*
Bretagne. Ses cokmiee pénitentiaires lit ouvrent de pnédeaz
débouchés, et de? iennent des postes maritimes d'une inapor*
tance incontestable. Avant que la péninsule de Tasman iùk
UA lieu de déportation, elle était i peine connue; on n'en
soupçonnait point les avaatages, on la croyait hérissée de
forêts épaisses, au milieu desquelles il était datt^oremc de s*i^
vcAturer* Aujourd'hui, ette voit s'élerev quatre stati<ui8 flo-
rissantes, que dee routes vont bientôt relier entre elles. Oa y
construit des mMes pour abrite les vaisseaux; on perce les
forêts, ou défridie le sol : encore quelques amiées, et la nu-
manie produira de riches moissons, et elle lendra à la mèi^
patrie le emstuple ée ce qu'elle en reçoit maintenanl.
Nous terminâmes notre excursion par. une visite aux mi*
nés de houUle. dette station renfearme un très*graiid péniten*
der, auquel on va ajouter de nouvelles constructions. Il y a
aussi une caserne pour trente soldats, une habitation pew les
officiers, un commissariat, et plusieurs autres édifices en
pierres de taille. Le paysage aux environs est magnifique.
Nous débarquâmes à sept heures du soir. Le lendemain, je
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àettemàÊÊ An» h ]Niitoai^tel0 t^ikàtne Bo«lli. Ce poRs H
cfoqvaiiteHkttT pas de prvCDfldêtMr. L* nmchiiie a» moyeir de
laquelle nous opérâmes notre descente était nne en «imi^^
BMt fnr cfes détMiiift eoiidta— 4ii à ce tiviriil. iTn seul ctmp
de couteau eût suffi pour trattebet te coMle? flialinoMii^app»^
kMdKon» rk« de semblabici, M actes de cnia«cé étant fort
nrMpaTinileice<irrkt9,Latcff0a ACè ctMiée è cent dii pM
deprefondfeui, àpâr^dte rorifie« dvpvll» prliielpat. A droite
et à gauche s'étendent les excavations. La ^oMe * qnaCM
pieds aiiehî»del(aat. La qaaRlé de^la iMPdlle que Teii eitndt
db cette ifliae poMfieipe phis de Vantliracile qoe dto biftiaie;
elle est très-sujette à se rompre, nais^ elle dofUwunecMeiir
eitrémenieDt interne. Le travail des mnies est considéré
comme la punition la plus sévère pour les déportés.
X. S. y ai cîlè daaa* cejounial qaelqii» dépertéa chatfiîiisa;.
msôs j*ai réservé ibool poaVscriptaai pour le irias célèbte dv
tafls,li. Froaft^le dHfdeFia6uirffectioii4iipaj<»de Galks, le
J9gt de paix d» la noarâiatimi de lofd John RaMeli. C'est à
layiiaiMiB tàfqaefat ym M. Froai; forais promis de le von
en fiusant mes adieftxà nn mien ami d'Aagleterre, hemoM
d'«Bcertaia taong ei d^nae ceBtaiae fortane^ qui a un memeat
dnanèdÉBi k Mie da diaHbas. le n'avais j^mm via de ma
vielÉL Fnisty et d^aîBeura, favaia^e reoaanii avec sa veste
grîtecisa easqoettede déporté? Oftme lemoalra, ei l'ayant
saiaév je ko dia de la paai de qnî îe veaai»«
Sa ealandaat le Bom de M. E..., Freet seai^t^ et, si ^s ne
me trompe^ tt eflai;ya «m laïaieu
« J'espènt^ monwisar, wm répopdil41, qae vous a«e% laîsséi
1L&... ttthattMsmite?
-^fflèa^boBB^. VooB saimsaas doute, loatefeis, fu'îl en a
coûté cher à M. R... pour avoir étèdMatîate.
— 4ki^ uMHisîettr, je le ssâav j*ai la ub rédt de son «Mpû-
uuMJMiut^ efcaaiéeit. anasi de sa mise en liberté, ievoa»
prîe^ monsieur, que pense de moi H. R... ï
-«~Okf ileetfoAMiraidalgttèn. H estime avoir agi comme
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276 EXCUBSION A POBT-ARTHUB.
an foU| quoique sa folie n'ait pas été si loin que la vôtre.
— Je m'explique, monsieur; je demandais quelle espérance
il a de notre grâce.
— Il Tespère très-peu, et pour ma part, je ne crois pas que
ce soit une chose i espérer du tout.
— En vérité I s'écria Frost, qui parut évidemment ému.
Hais, monsieur, avez-vous lu sur cette question le débat de
la Chambre d^ communes, où le ministère ne l'emporta que
de la voix du président?
— Je ne me souviens pas du débat dont vous voulez parler;
mais relativement à votre grâce, je vous répète que ce serait
très-déraisonnable que d'espérer.
— Je ne sais, monsieur, je puis me tromper ; mais très-cer-
tainement j'espère.
— Il semble vraiment qu'il y a cruauté, continuai-je, â vous
contredire lâ-dessus ; mais je ne puis m'empécher de vous dire
que je vous crois grandement dans l'erreur.
— Vous voyez, reprit Frost, persévérant dans l'idée à la-
quelle il attachait une espérance, vous voyez que Feargus
O'Gonnor a été mis en liberté. Ne devons-nous pas avoir en
notre faveur l'avantage du point de droit t
— - Je ne puis disputer avec vous sur ce point-4à ; mais,
dites-moi, pensez-vous que le changement de ministère ait
amélioré votre position ; ou plutftt pensez-vous qu'aucun mi-
nistère serait justifié de vous accorder une amnistie? Croyez-
moi, vous n'aurez jamais la permission de quitter cette lie.
Le chartisme est un monstre à tètes d'hydre. Si vous retour-
niez en Angleterre vous seriez de nouveau par force le point
de ralliement de votre parti. On vous traînerait dans la mer
orageuse de la politique : si vous n'y étiez pas un chef, vous
y seriez un instrument. Quel gouvernement prudent voudrait
s'exposer à un tel risque ?
— Sans doute, monsieur, il peut y avoir plus d'une raison
contre ma grâce ; mais il y a aussi pour l'obtenir plusieurs
raisons et la justice.
— S'il m'était permis de vous suggérer une pensée, mon-
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EXCURSION A PORT-ARTHUm. 977
sieur Frost, je vous engagerais à vous tourner du o6té des
grâeei eoUmiaUs^ comme on les appelle : pourquoi ne pas
chercher à améliorer ici votre sort et A vous entourer de votre
fcmme et de vos eniants ? »
Frost rougit i cette idée» me déclarant que dans sa situa-
^on de déporté il ne voudrait jamais réunir à lui sa femme et
8ÇS filles. Je discutai la chose avec calme et patience.
«Voyons, lui dis-je. Quant à votre situation, le monde feit
une grande différence entre les criminels politiques et les
petits voleurs c|u'on déporte ici : je ne vois donc pas quelle
obiection vous auriez à faire contre Tidée d'amener ici votre
famille ; vous obtiendrez i la longue votre émancipation, je
n'en doute pas, et dans ce cas, pourquoi ne pas jouir du repos
et de la paix domestique?
— Je n'ai aucune objection physique à vivre ici, me dit
Frost. J'aime le pays ; autant que j'ai pu le voir, c'est le plus
beau climat du monde : je m'y porte bien. J'y suis de très-
bonne humeur, tout bien considéré. Cependant ce serait très-
imprudent d'attirer ici ma femme et mes enfants sans savoir
comment je pourvoirais à leur existence,
— Oh I pour cela, tout homme avec un peu d'intelligence,
ayant l'usage de sa tète ou de ses mains, doit prospérer ici.
— Hais, monsieur, vous savez sans doute que je me suis
&it de mauvaises affaires. J'étais expéditionnaire dans les
bureaux du commandant, i Port-Arthur , et j'ai perdu cettô
place.
— Oui, et c'est la faute d'une lettre absurde, impertinente,
écrite par vous.
— Vraiment, j'en ai oublié le contenu : qu'y avait-il dans
cette lettre ?
— Un paragraphe assez déplaisant contre lord John Rus-
sell. Vous vous livriez i un accès de mauvaise humeur. Vos
amis vous ont rendu un mauvais service en publiant cette
lettre.
— Elle n'avait pas été écrite pour être publiée : ce fut une
de mes filles qui eut le tort de la confier à un journal.
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"w^Cvoyei-moi^ e« fui mal i ram: dan» i^ira AtnatîM,
Miis'Ae poiiveE être trop cifOonfpecL Je vais rom «aobaitar
blM^njour. J'écrirai à M. fi.... <^ Inî ^ai-jet
^Dites-lui, monsieur, que je me rffanii sMofaernent 4f ap>-
pneodre qu'il «i(t bien portasL IMlef4tti que je jouis moi-
«Ama 4'uoe bornée aanléu.. auaiiliojtfie... que peut Ta
un homme 4aM ma aiinaiioa. Et ai lf« R... rent en i
Mm. Froii, je iiiî en aemî trèa-eUigi. M. krmsiMn% eat un
homme bon qui icnpHt aan deroir avec fimneté, maîa afee
WfNMreUlaMe; je Mie a«$si bien qae les ciroeasbisees pe«-
rMi le p^roeflre. 3»
La pbjrsiadioiiiie 4e Fmai est a^^iéaliie ; il s'exprime tei*
jtoent; il a Vm iAteUigest, et ea ^léaéral U f a dans sel
manières quelque chose qui sédu!t« Maigre le oostume de
étçorlé , <on remarque la propreté de sa peraomie. La seale
filTeur dant il jouisse à présent, c'est de pouvoir dormir aenl
dana un Ut. Il partage tous les travaux de l'escouade. Il eat â
inqpreesiofi^Bajr depuis sixsemunes, ajranlété letiré deBnnm»
iUver par suite de son insolence envers l'in^ftoctear. C'est la
seul trait inconvenant qu'on ait pu hii reprodier (t}.
(Fmser's UagêaimJ)
(1) lioTB DO Msicffma. lioai ne murisoi sovi «mpêdMr 4« lewiiqucr
î^ que le voys eeur «DslaM4ivblw peoui^ire un>eu tu «Itra-lorf le» é^rii
mi*op doit lûujoura à us snoemi politique dwit k mslbeur. N«i« m¥Ê$
n'avons pas voulu retrancher de cet article cette entrevue avec un chaitisla
dont le nom est couvent encore iiuoquë on Angleterre.
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IJt0jjrû})()ît. — 3rt iliaîtûtre*
MJL inOB DS BUJCBMtL
Serritl vrai, eomiBe le prétend HehRétiM dans eon Inrre Ht
TEiprdf jadis funevx, aajovrdliai peu la, q«e si le trfeat
mSStûre est edvi de tau qai recveîUe 4e phM de ylom
actuelle et de g^loîre peethome, c'eet qa'en efleft l'état du eoidait
eil A la fois <k tons le plus briHant et le pluf utile? S«tvaatt
le phHosoplie français » les peuples ae se trompeat pas dana
fcnr reeoDiiaissaiice intiressée; ils estiflMBftdottetOQt ee dent
ils sentent le 'besoin. Hatheurensenient pour sa doctrtiiey
Helyéfitts t^onfend |M«iV-èt«e raéniralion et r^eatîme. Le ea«i^
lageeÎTfl dnpatrîole peotdonc eneoreiiepas eéderlepasan
eonragedo capîtaine.
Cependant, il fcnt Men ravoaer, qoaait ans rtcompensea
déeeniéea an bonnes de fmcm de leor TÎvant, elles Tam-
portoat de beancoop en qttalM et ea tpiantitéenr la part qne
la raaité nationale daigne «ncore fssre anx autres ilInatratluM
eantcinporaînes , poêles , pUlosophes, bommes d'état, histo*»
riens on romanciers. Lisez les annslea militaires de rSanope
depeis la révolilfilon française ; t'AHeaugne^ la Fraooe, !'&-
pagae, l'Italie, la Rnssîe, laBelgîf ne, «te^ etc., n'ont pasélé
aTarespour leors conbaltaniU. H yaea poar enx tontes sarlea
dlionnears, depnia des royaumes jnsqu'i la décoralioa de
Tordre Guelfe. Mais reste maintenant la postérité ; nous crai-
gnons bien que celle-<ci «oit un peu plus difficile. Combien
de noms survivront ii ioutes nos balailles? Combien de noa
Uttasenoait une Ira» ksmîneuaeau ddi de
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380 LA VIE DE BLUCHEE.
leur carrière mortelle? La postérité telle qae nous la person-
nifions n'est pas celle de l'Angleterre ou de la France seules,
car chaque peuple pendant quelque temps encore grossira sa
liste; mais la postérité collective de l'Europe, combien de
grands hommes accordera-t-elle à chaque armée? Pour ce qui
est de nous, en Angleterre pourrons-nous lui en demander
plus de deux, un sur mer (Nelson], un autre sur terre (Wel-
lington] ? La Russie pourra plaider pour SouwarofF; l'Autriche
a son archiduc Charles qui peut faire valoir son double titre
de tacticien et d'écrivain. Nous ne fixons pas le chiffre de la
France, mais nous plaignons quelques-uns de ses milliers de
braves qui croient à l'immortalité des bulletins et des gazettes.
Enfin nous pensons que la Prusse sera aussi représentée dans
ce congrès de la gloire, par un nom qui a été souvent prononcé
à côté de ceux de Bonaparte, de Wellington, de Nelson et de
Souwaroff, mais qui nous semble bien inférieur au moins â
trois de ces quatre noms : c'est le nom de Blûcher. Nous ne
prétendons pas dire que sous le rapport du talent ou du génie
militaires, Blûcher puisse être justement classé de niveau avec
plusieurs de ces lieutenants de Napoléon que nous osons con-
damner à un oubli comparatif. Non ; si sa part dans l'avenur
est plus large, c'est parce qu'il s'est identifié à un grand mou-
vement national dont il fut le chef ostensible.
Le duc de Wellington reçut sa première éducation militaire
dans un collège français, conséquence naturelle de l'imper-
fection de tous les établissements du même genre, en Angle-
terre, à l'époque de sa jeunesse (1]. 11 est peut-être plus bizarre
encore que l'illustre frère d'armes du duc de Wellington,
le champion enthousiaste de la Prusse, ait commencé par
porter les armes contre ce pays qui ne fut pas, il est vrai, le
pays de sa naissance, mais celui de son adoption.
Gerhard l^berecht von Blûcher (2) naquit en ilhH à Ro9-
(1) Note du RéDAcrBim. Voir la Via militaire du duc de Wellington.
Bwuê Britannique, novembre et décembre 1841.
(9) Deui biographies de Blttcher ont éttf publiées en Allemagne: la Riene
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LA VIE DE BLUCHBB. ttl
tock, dans le Mecklenbonrg-Schverin, province où safemOIe
était établie depuis des siècles, ayant donné un évèque à Lu-
beck dans le treisième. Après s'être retiré du service militaire
de Hesse-Cassely son père vivait dans un petit domaine héré-
dUiire.Il avait cinq fils. Ayant très-impartialement, mais non
fans dépense, distribué ses trois aînés sous les drapeaux de
h Russie, de la Pmsse et da Danemarck, c'était le désir du
vieux gentilhomme de consacrer les deux derniers à la seule
occopation qu'acceptaient les gentillàtres de son temps, la
eoltare du sol. Pour cela, il suffisait bien d'une simple édu-
cation domestique, et d'ailleurs c'était la seule que les res-
sources paternelles pussent lui donner. En 1756 éclata la
fwrre de $ept ang; voulant soustraire ses deux fils à la ten-
tation des scènes militaires, le père les confia aux soins d'un
parent dans l'Ile de Rugen. De pareilles précautions se termi-
oent fréquemment comme le beau conte d'Admète dans Héro-
dote. Pendant quelque temps les deux jeunes gens se conten-
tèrent des occasions de dangers et de prouesses que leur
offraient les rochers de l'île et les flots de la mer. Quelques .
siècles auparavant, Blûcher aurait pu figurer parmi les rois-
pirates de la Scandinavie, et au lieu de vider les caves d'Ê-
pemay, il aurait pu venir boire Vole des monastères anglais.
Malheureusement la Suède s'était jointe aux ennemis du grand
Frédéric , et dans une heure fotale aux précautions du bon
gentilhomme de Rostock , un régiment de hussards suédois
dâ>arqna à Rugen. Aucune remontrance ne put retenir le
jeune Blûcher, alors âgé de quinze ans; il brava tout pour
s'enrftler. Il se trouva bientôt dans les rangs sur la terre
ferme, et assista à une bataille où ses camarades se laissèrent
battre sans trop de façons. En 1758, il fut fait prisonnier
dans une escarmouche par le régiment du colonel Belling,
qui, s'apercevant bientôt des qualités du jeune hussard, le
aiurtout consulté celle du docteur Rauihoick, intitulée U Maréchal En-
ovani^ ou Vie, actions et caractère du prince Blûcher von Wahlstadt.
Leipiic, laaa.
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IH JUl VUE «E surcBU.
teiîia avec bMté ai iiégotta «oa éduMipB aroe im fmoomr
qui étaei PiiueîeB de mmêMce « voyait €iywé à être ftiHilH .
Gcito tiansaotMO Mit à ommmtI riioime«r4e Bifi<*€r,i|Dipitf
imndredo«ervioedaA6leiésiB«t€piravait (ait priaanniiar.
Jusque-la il arak ofaiiHiéBMat lefiué le grade d'affiâ t bimb
as drmfma atoia eatiaaé le ^s flmem de éeaa 4)eax dn
eemtiMiit.
JUâcher servit som BeMioi; peadaoi ioat le rasie de la
faerre de lept ans. H assîata i la balaîUe flKwrtnèae deChn
nondorfiv où Tî^fiiiitarie raase ae fit «oiiaaNre peur la f»»*
fluèreluM i TEiuro^ coalisée, et îl fal Uesaé à Freyteng. La
paiK rétaUlâe, nelre jeiitte kiiasard itowra wi pentnonolom la
vie de earaison: il ee it ranarqtter paraa imtalettce. fias
édocalÂM iaiparfaite le iimii à Aons les danfers de IWiamell
flpâtiiaire. U essaya donc de i«er te teo^ps coiiinie tant d'aatraa»
par le jea, la «basse» rivvcigMrie, rjoBonr k la iwasasda
(aflOMNir un pe« «eèteuK pour «a ofScî^ ea deaa»-eolde}« afc
enfin par des duels fréquents qai, par bnabear, lai laissènat
tous ses membres. Sa nature querelleuse ùilKi mèine le kSam
iîisiller; €» ii osa provoquer son protecteur ^ «m ooloBel
Bettiag, qui eut la générosité de ne pas aièflae lui faire penobe
son i^ade, nuis qui fit passer Tîi^rat protomleur dans in
légpment du augor Poschasli^ officiel «pie des UosraiAei
disent avoir été irès-«4ile à son édtt»UkHi mystaîre.
JEln 17701a iologne fut envahie par les troupes de FrédéiM^
et Blûcber se trouva de nouveau soue le eoauaandeawnt da
Bdling, qui ne cessa jamais de le proléger.
Belling était un lion et fidèle offieier; mais sa sianatin»
en Pok^ine exigeais le talent et Tadrease d'un polftiqna; B
fut nen^eé par un officier d'un iout autre cvnctèee, «t
avec cduî-ci nuasi Uûcher trouva ImoàAi le asoyen d'amar
«me querelle. Les Polonais <eo ce teaaps-tà, eouMue les Ëspa*
gnols du nôtre, se vengeaient fréquemment et volontiers par
l'assassinat des victoires de leurs envahisseurs. Le capitaine
Blûcber avait soupçonné un prèlre d'avoir provoqué denx
assassinats, et il le condamna sommairement à Mre firallè.
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lA VIS »B SLDGHn. Ml
On ereoM k fosM avae tes loimUléft d'Mfi^f^; «n imoda te
l«Bx 9m ^veoM; on chifyeA les «MMnf «eU; on fit Cm^. «m
M avait enlevé d'abord les baltedes cartoncheB. ha putoeai
fiit quitte pfNurlapttv... GepeiidaateatlecnieMe<»aiédieétÉk
i k fois nae vicdatim de tente joilioe M ea «onUadiclMNi
dmcte .aytec k politîqw oiMcikiiAede Fiédérk. L'^adaeieaK
rtpiliiap fia puni, et de capitaine en peenîer il -descettdttA
k qaene de la liste. Une VBcanee eat liai daM kfsadeaafi^
lienr^oa ptwni un ofiBckr tité d'an aalre r^gkieat. L'ûi-
digaaiioo de Mâcher ae pnt se eealenir : il danMnda A 4|uittar
b service. Frédéric lui répondit ea k mettant aaxaxrèls..*
paar liù denaer k tenpB de léftéeUr. Le eapitaiae BUiolMr
iasistag et à k fia, aes réctenations réitérées arrachèrent aa
im eeUe réponse : a le eapitaiae Blâcher est antorisé 4 sa
letiier, et il peat aller... an diabk. lanvkr 1373« »
U jeut aae intemiptioa de treiae ans daaslaearrière aûUp
kirede Blôcher. U ne hndrait pas le tiersde ee temps«U pour
fi'ua avocat plaidant, qui abandonnerait ses ctteats, a'ea
retrouvai pas «a seul. Assurénent il est peu de soldats de for**
taae tpû seieai asork feldHBanëehaux apiés avoir dit adieu 4
lear uaîCnraie pendaat les donze plus belks années de kar
Tk. Peat^re Blacber aacaîUlété aïoins pressé de demander
son eoaeé sans mie eiiooaskaoe fai k nëcoaciliait avec
ridée d'an areair sans igkère. U était sérieaseaietfl «amu-
laaa; il y avait aième promesse de mariage oa â peu près
enize lui et la fiUe d'un officii» saxon, k colonel Melling,
akrs établi ea Pokigae. La jeune personne avait dix-sept aas
de UMÎas que lui. Polonaise par son éducation, par sa beaaté et
par tous ses charmes, eUe devait être ea effet atlrayanto
Btecher l'épousa et ae fixa sur k feime de soa beaupré, oft
il parut a?oir renoncé aux excès de sa jeunesse pour deireair
un babik agncidteur. Au bout de ^pielques Années il se keuva
en état d'acheter uae propriété près de Stargard m Pomé-
tasiie, et quitta k Pologne pour s'y tcaaspoiier. Lé, k aoa*
veau propriétaire ooatinna à s'occuper de culture^ et devint
un homme important parmi ses voisins, il fiit élu magifltrak
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28<h LA VIE DE BLUCHER.
local, et se vit consulté par les autorités provinciales. Ce ne
fat pas tout. Il fellait bien qu'il y eût quelque chose d'essen*
tiel dans un homme qui s'était toujours fait estimer de ses
chefs , malgré tous les torts de son brutal caractère et de sa
mauvaise éducation. Frédéric II n'était pas homme à fermer
les yeux sur les huies d'un officier qui n'eût été qu'un que-
relleur et un spadassin. Eh bien, à cette époque, Frédéric
correspondait avec Blûcher, et l'aidait de son argent pour
améliorer son domaine ; il lui prêta d'abord, et puis ce prêt
sans intérêt devint une donation. Cette libéralité de la part
d'un souverain passablement jaloux de ses écus est d'autant
plus remarquable qu'il ne spéculait pas sur le dévouement
militaire de son débiteur. Plus d'une fois l'esprit inquiet de
Blûcher le ramena à sa première passion, la passion de 1^
guerre; mais en vain il sollicita la laveur d'être réintégré
dans son grade et de servir Frédéric, celui-ci fut toujours
inexorable. En 1778 tout semblait annoncer des hostilités
contre la Bavière ; Blûcher renouvela ses sollicitations. Ce fiit
cette fois sa femme*qui fit de l'opposition ; mais le refus po-
sitif de Sa Majesté prussienne l'obligea surtout de renoncera
quitter ses travaux agricoles. Il se résigna donc à fiiîre pro-
spérer sa ferme et à augmenter patriarcalement sa famille. Six
beaux garçons et une fille réjouirent son foyer domestique.
Mais Frédéric II mourut en 1786. La femme de Blûcher fut
impuissante à le retenir. Il partit pour Berlin, se recommanda
à plusieurs de ses anciens chefs, et revint avec la promesse
d'être appuyé au moment favorable. Le nouveau roi fit bientôt
une inspection militaire de ses états. Il remarqua Blûcher,
qui fit caracoler son cheval autour de lui avec l'intention de
lui présenter sa pétition incessante. Elle fut enfin bien
accueillie, et le fermier de la Poméranie rentra dans son
ancien régiment des Hussards Noirs, avec le même grade
qu'il y aurait eu si son service n'avait subi une si longue in-
terruption. On reconnut que son ardeur militaire ne s'était
pas refroidie loin de la caserne; il semblait au contraire
qu'elle se fût fortifiée dans le repos de la vie agricole. Par
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LA YIB DE BLUCHBB. 385
malheur ses autres goûts de vieux hussard lui restaient aussi,
et il avait dû bien souffrir dans sa retraite conjugale, ou plu-
tôt foire bien souffirir sa femme» malgré sa beauté, ses grâces
et son désir de le conserver auprès d'elle. Elle mourut à cette
époque, et les biographes allemands conviennent qu'elle fit
peut-être aussi bien de mourir. Blûcher fut consolé facilement.
On eût dit que, de retour au camp, il venait de fiiire un rêve
de douze ans, et que toutes ses aventures depuis son congé
obtenu n'avaient pas plus de réalité que celles du sultan des
Mille él une Nuitê, lorsqu'il plongea la tête dans un seau d'eau
pendant un seul instant qui, par l'effet de la magie, se trouva
conv^ti en des années de déchéance et de servitude.
Blncher fut encore condamné à la vie de garnison jusqu'à
ce que le grand événement de la Révolution française vint
ouvrir la vaste carrière qu'il fallait à des esprits comme le
sien. Lorsque les hostilités commencèrent entre la France et
la Prusse, il était colonel; mais il avait cinquante et un ans,
âge auquel bien des officiers croient être arrivés au moment
de prendre leur retraite. Depuis la fameuse et fatale incursion
du duc de Brunswick jusqu'à la paix de Basle, il fut presque
constamment en activité. A la mort du général Goltz il le
TempUça dans le commandement de l'aile gauche de l'armée
prussienne : la confiance du soldat et le succès du général
justifièrent pleinement cette promotion. La cavalerie était son
arme Êivorite ; il conduisit si bien son corps de hussards, y
compris son ancien régiment, qu'on dit qu'il ne perdit que six
hommes par surprise pendant ces campagnes d'avant-*poste
de 1792 et 1794, dont les Prussiens sont si glorieux, pré-
tendant fièrement avoir pris à l'ennemi quatre mille hommes,
quinze cents chevaux et onze canons. Le général Blûcher
y acquit la réputation d'un second Ziethen(l). Chose partie
(1 Le général J. J. Ziethen fut un des plus habiles et des plus brayes
lieutenants du grand Frédéric; il mourut seulement 1786, âgé de quatre-
yingii ans. Il avait eu , comme BlQcher, une jeunesse turbulente, et Mi
daeli étaient aosii nombieui que ses bauUlef .
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flS LA rrB BE BLrCHBR.
taKère 1 comne si Bticher «▼»! prévu qn'il denôt «n jomr
aeeusé debaftnrie parla postérité, lon-seuleinent il éeriTHÎf
utofs-m» joumol tout à fait digHed'im militaire plus lettré, ma»
aneore il y raconte «me ov deox anecdotes qui senMeraienC
provrer qu'il avaift ses jour» oa da ofioîas ses lieures de clé-
mence. Femtanirt cp'il caBmurapdait à la frontière, il fit enferrer
avec tons les boDMwrs de soo grade en oUcier prisonnier
n»rt de ses Messures... aitention si rare ponr k^ vaiaenay
qn'eHe étonna bcawoowp les kdritants français } maîa ils Anrenf
encore^ plus édifiés Iwrsqa^il adttmistva de ses propres nmina
une fnstigatioa» exemplaire aa charpenfier dn vilb^ qui araii
foit pour le mort va/^ eerenetf trop oonrC et trèa-nnl coitféc^
tionné. Ycnci on antre -incident raconté dana som jonmal, et
noas alkMis le crier textnetienent. La ehosese passait en 1799^
i Kaisersiafliteni :
« Parmi les prisonniers, il s*en tronrait un qtà avait «ne
fracture du fénrar; on Tavait élendn près du fén et on lui
offrit comme aux antre» do pain et de Feao-de^vie ; non-seo-
lement il refiisait Fnni et Fantre, mai» il ne vonlak pas qa*on
tm bandât la cuiase, et il ne cessait dé supplier les soldats de
hn tirer un coup de fusil pour Tacbever. Ceux qui rentou--
raient se disaient entre eux : «c Totlft bien un de ces enragea
de Françatsf y> lAffHinf; etmot, qui étions à portée de tout
entencbre, nous nous approcMmes du groupe. Le blessé, ton-
jour» coucbé et replié sur Inî^méme, ne voyait rien de ce qur
se passait. Gomme il me paraissait tremMer de froid, je le fis
couvrir avec des amarteaux. 11 leva les yeux sur mot alors,
mai» il les rebaissa aussitôt. Ne possédant pas bien la langue
française, je chargeai mon adjudant de rengager à laisser
panser sa blessure et à prendre des aliments ; il ne répondit
rien, et je lui fia dire que le désespoir éUni une kontense fai-
blesse; que ne pas savoir supporter son sort était indigne d'un
homme et surtout d'un soldat; qu'il devait prendre courage,
espérer sa guérison^ et bien se petsnader qjue les homoies
parmi lesq^la il ae troonrait ânienà tout œ qm seaai&ea
leur pouvoir pour le soiriagar. H dm nsgHda de Muvmo, év
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fient CM Urtrt 4e les jeax el il me tendil la maîn* (hi hii
oftril da vin, il en but, et dès lors il s'abanéoun mna tém^
tasce 9fà chtrargien. Je hû dflmMéM eosaite la came de sa
première ehatînaltOB ; îl me répondît: e On m'a foreé àter*
vir la répabUqae; mon père a éti gafllotiBé) mes frèiee ont
péri dan* noe guerres âriles; am feaime, mea enfants soa(
dana la détresse; v<Mlà ponnpMM je déeinûa la awrt^ car je
pensais que la mort seule pouvait finir meamaux. Votre boaM
ma lamenè à de meUleur» seatimenis» je tous en remercie;
mainlenam, je le sens^ j'attendrai avec résohitien, »ree pa-
tienfie, le sc^t %tte me réserve l'avenir. »
Ce tiaii sentie déaMmtrta la vérité dn vieil adage, qae
a le diable n'est pae si noir «lu'cm vent lâea le peindre, » et
aartent qpiand c'est un Français fai tient le pinceau.
Après la paix de Basle, Blûcber tre«vant le loisir de penam
à an second mariage, épousa Maria-Amelia von CMomb. Il
eoi pendant quelque temps un commandement à Munster^
sons les ordres du duc de Bniaswick. Là» il fit coanaissance
«vec an gmad nombre d'émigrés françab , parmi lesqneb
l'abbé de Pradt devint son favori. Le dernier roi^ Frédéric
Guillaume III, qui monta sur le trône en 1797» avait eu occa*
sioo, lorsqu'il servait dans les armées de son père en qualité
de prince royal, de remarquer le mérite de Blûcfaer. En i801
il le promut au grade de lieutenant général, et en 1803 il k
ttOJBnia gouverneur de Munster, viUe qui» aux tenaesde la
pais, était échue en partage à la Prusse. La résidence de Blil-
cber au palais épiscopal fit renaître les scènes qu'on y voyait
au tenq>s du prince évéque, de guerrière et bachique mé-
moire, oélébré par sir W. Temple. Blftcber avait toujours
aimé le jeu; c'était une passion qui n'avait d'égale cbei lui
que la passion plus noble de la guerre, « cet amusement des
rois, » dans lequel, dit le poète anglais :
liofpi hold the hottle, and Europe tbe staker (1).
Aussi profita-t-il de la dangereuse fiicilité que kit olBbait la
(i) Les rois tteuasai la bouteille, et FEarope Tenjea.
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888 I^ VIB DE BLUCHEB.
proximité des bains de Pyrmoni, pour se livrer sans râserre
à ce pernicieax penchant.
La paix n'était rien moins que solide. Les Français occii«
paient le Hanovre» et cette occupation plaçait les deux iui«
tiens dans un dangereux voisinage. Il y avait en Pnisaey et
particulièrement dans l'année, un fort parti pour la guerre ;
ce parti, on le pense bien, comptait Blûeher au nombre de
ses principaux chefs.
En 1806 , la scène s'ouvrit tout d'abord par le grand
désastre de léna; après cette bataille, où l'orgueil militaire et
la confiance arrogante de la Prusse reçurent une si cruelle
leçon, l'existence de cet état, isolé désormais sur la carte de
l'Europe, se trouva livrée à la merci du vainqueur. Le courage
que déployèrent les corps abandonnés de l'armée prussienne
en s'opposant aux admirables combinaisons et aux niasses
concentrées de l'ennemi, ne fit que rendre plus éclatantes les
foutes et les divisions de ceux qui avaient le commandement
en chef. Tous les avantages résultant de la connaissance des
lieux , toutes les ressources qui favorisent les troupes corn*
battant sur leur propre sol, tournèrent, dans cette étrange
circonstance, au profit de la France.
Ce n'était plus l'esprit du grand Frédéric, mais celui de
l'Agramant de l'Arioste qui régnait dans le camp prussien.
Blûeher, comme général de la cavalerie, n'était point en po-
sition de contrôler les mouvements ni de réparer les fautes
de Brunswick, de Mollendorf et de Uobenlohe. Tout ce qu'il
pouvait faire, c'était d'offrir ses braves cavaliers pour essayer
de ramener la fortune par une charge désespérée. Mais cette
offi'e, d'abord acceptée par le roi, fut presque aussitôt rejetèe,
et Blûeher n'eut plus qu'à sauver le reste de ses forces par une
retraite dans le nord^de l'Allemagne. Cette mission difficile,
il l'exécuta avec tant de courage et de persévérance, qu'une
victoire n'aurait pu être pour lui plus glorieuse: car il faut bien
le reconnaître, rien ne saurait égaler la vigueur et l'activité
des généraux de Bonaparte, qui, une fois à sa poursuite, surent
déjouer ses ruses et paralyser ses efforts. Traqué conune une
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LA VIE DE BLUCHER. 280
béie fauve, Blûcher trouvait partout la retraite interceptée.
Chacun de ses plans, soit qu'il cherchât à s'échapper sur
l'Elbe, soit qu'il voulût passer l'Oder, soit qu'il prit la direc-
tion de Hanovre, était aussitôt deviné et prévenu. Enfin re-
foulé sur Lubeck, qu'il occupa un moment, malheureusement
pour cette ville neutre, et où il faillit être pris lui-même, ré-
duit aux abois, accablé par la fièvre, manquant de munitions
et de vivres, il fut forcé de capituler.
Blûcher se retira à Hambourg, où, après être resté prison-
nier sur parole, il fut échangé ensuite contre le général Vic-
tor. A l'occasion de sa délivrance, il visita les quartiers des
Français, et il fut reçu avec distinction par Napoléon.
Les hostilités continuaient toujours dans les provinces du
nord : la Russie prêtait son puissant secours; la Suède offrait
sa coopération : le roi ordonna donc l'organisation d'un
corps destiné à agir sur les derrières de l'ennemi, le long des
efties septentrionales. Blûcher fut choisi pour commander
cette expédition, qui échoua toutefois dès le début par les
hésitations du souverain delà Suède, et se termina fatalement
par la bataille de Friedland et la paix de Tilsit, qui en fut la
suite. Après la signature du traité, notre héros garda le com-
mandement de l'armée de Poméranie, poste rempli de dif-
ficultés ; car les troupes du conquérant étant campées dans
le voisinage , de fréquentes discussions et des querelles même
s'élevaient entre les généraux. Dans cette position, Blûcher
montra, dit-on, beaucoup d'adresse et d'habileté. Il savait
donner de la valeur aux concessions qu'il était obligé de faire
comme étant le plus faible. Mais s'il est vrai que le langage,
selon un satirique anglais (théorie adoptée par Talleyrand),
ait été donné à l'homme pour cacher sa pensée ou déguiser
ses intentions, Blûcher adopta aussi cette théorie, et sut tirer,
dit-on, dans ses négociations , tant d'avantages de la langue
allemande, la seule qu'il pût parler, que les militaires français
lui reprochent d'en avoir abusé. Lors de la retraite d'Iéna,
dans une entrevue qu'il eut avec le général Klein , il parait
certain qu'il parvint à faire croire à cet officier qu'un ar-
5* SÉRIE. — TOME XI. 19
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290 LA ns DE BLUCHER.
-mistice arait été conclu. Aussi les généraux Klein et Lasalle,
trompés par cette assurance, ayant diflMré leur attaque, BId-
cher put gagner un jour de marche sur ses ennemis. Toute-
fois, il est bien difficile de croire qu'il se fût compromis dam
cette circonstance au delà des limites permises dans les sitra-
tagèmes militaires; car Napoléon , indulgent pour les ruses
de ses propres officiers, n'eût pas craint sans doute de oom^
promettre la réputation d'un adversaire en soumettant à une
enquête sévère Vexamen de cette accusation ; bien phi», e$t-il
croyable qu'il lui eût fait une si honorable réception , lors-
qu'il vint visiter son quartier général? Klein et Lasalle avaient
la confiance de l'empereur ; ils pouvaient lui raconter leur
mésaventure comme ils l'entendaient pour se justifier. Ce-
pendant il faut convenir qu'outre ce témoignage négatif, les
relations allemandes de cette transaction nous laissent dans
le doute. On a élevé contre Blûcher une autre accusation du
même genre : celle d'avoir violé l'armistice de 1813 en occu-
pant le terrain neutre en Sîlésie, avant le jour désigné pour
le renouvellement des hostilités; mais pour cette fois, les
rapports prussiens répondent à cette accusation, en affirmant
que la violation de ce territoire fut le feit du corps français
sous les ordres de Macdonald.
Malheureusement pour la gloire de Blûcher, les Français
n'ont pas été ses seuls accusateurs. Pendant son commande-
ment en Poméranie, il dut se défendre contre les attaques
anonymes de la presse de LeipsLck, qui condamnait sa con-
duite militaire dans sa récente et difficile retraite. Il lui fallut
paraître devant une cour d'enquête, qui avait reçu l'ordre de
siéger à Kœnisberg pour y juger des laits d'une nature plus
grave; mais le témoignage d'un officier distingué, de Schara-
faorst, qui avait partagé les fetîgues et les dangers de sa re-
traite, parut si concluant en faveur de Blûcher, qu'il sortit de
cette épreuve complètement blanchi.
C'était une époque fatale pour la patrie d'adoption de Blti-
cher. La Prusse vit se succéder quatre années d'humiliatio»,
d'asservissement, d'oppression et d'outrages. Il eût été de la
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LA YIB •■ BLVCHER. 991
poliliqiie delà France, ou d'asmirer sa conquête en achevant
le complet déiaembrenient de la Prusse, on d'épargner la di-
giité du vaincn. La mort d'une reine aimable et justement
vaaéey qne Ton regarda comme nne victime des insuites que
Napoléon n'épargna pas à cette auguste ennemie, provoqua
les resaentînients populaires. En dépit de la vigilance fran-
çaise, en dépit dee^ termes même de la paix, qui limitaient le
aoBbre des bMonnettes de l'armée permanente, une armée
leenitée en silence, on matériel nombreux secrètement amassé,
fonnèrent lee éléments d'une campagne prochaine. Le baron
de SteÎD organisa la fameuse tu§etMw%d^ et l'on regarda
ttw^or, malffé son âge avancé, comme le futur vengeur des
nalheors delà patrie. L'infinnilé'qui l'affligea pendant la
pins grande partie de l'année 1806, et qui, de temps à autre,
aiectait même sa raison, ne fit qu'ajouter une ardeur ma^
ladive i son enthousiasme; dans ses moments de délire, il
s'âera plus d'une fois jusqu'à une sorte d'inspiration pro-
pliéliqne, et l'on assure qu'il prédit la complète délivrance de
son pays et la chute de son oppresseur. « Cdia doit arriver,
et il £iol que j'y assiste, disait-il, et je ne mourrai point que
révénem'eat ne soit accompli. »
L'éducation de Blûcher avait été celle d'un soldat. Il ne
savait d'antre langue que la sienne, mais il avait la passion
d'écrire, et c'était pour lui un vrai plaisir de dicter ses dé^
pêches et ses prqplamations. Nous avons vu les lettres qu'il
adressait au roi à cette époque : le sujet invariable , c'était
toujours cette régénération de la Prusse qu'il attendait avec
une constance que rien ne pouvait ébranler. Ces lettres ren-
ferment toutes des passages d'une éloquence vraiment digne
d'un si beau thème. De temps en temps quelque événement
venait raviver ses espérances, comme la guerre autrichienne
et l'entreprise chevaleresque de Schill ; mais le ciel se reifr*
brunissait bientôt, et jusqu'au jour oik les deux puissances
colossales de l'Europe» la France et la Rtnsie, se précipitè-
nnt déddémtnit Tune contre l'autre dans l'arène, il n'eut,
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292 LA VIE DB BLUCHER.
pour nourrir ses ressentiments et se consoler, qne les succès
lointains des armes anglaises dans la péninsale d'Espagne.
Parmi les concessions que Napoléon arracha de son dou-
teux allié avant son expédition de Russie, il faut compter le
rappel de Blûcher de son commandement de Poméranie. C'é-
tait une mesure que justifiaient complètement, du reste, et les
discours trop peu mesurés et la conduite du vieux soldat. Le
roi, pour dorer ce changement, fit don d'une magnifique terre
en Silésie au général Blucher, qui, après une courte résidence
à Berlin, se retira dans la capitale de cette province.
Ce fut aussi à Breslau que le roi se rendit lors de la fameuse
défection du général D* York. A ce signal , tous les éléments
d'insurrection depuis longtemps amassés s'enflammèrent tout
d'un coup, et l'incendie se propagea rapidement d'un bout de
la Prusse à l'autre. Dans ces circonstances il était facile de
prévoir de quelle nature seraient les avis et l'opinion de Blû-
cher ; il se prononça hautement en faveur d'un mouvement
en avant, et rejeta avec mépris toute proposition de mesures
dilatoires ou timides. Le roi hésitait à lui confier un coni-
mandement que le vœu populaire et le choix unanime de
l'armée lui auraient déféré tout d'une voix. Les conseillers
de la couronne ne regardaient Blucher pour la plupart que
comme un brave hussard dont la témérité et l'ignorance mi-
litaire étaient capables de compromettre les espérances de la
crise du moment, et ils soutenaient les prét^ptions de Tauen-
zien. Quoi qu'il en soit, l'opinion éclairée et les conseils de
Scharnhorst prévalurent, et le 15 mars 1813, le long rêve de
Blûcher était réalisé : il se trouvait à la tète de l'année de
Silésie.
. Nous nous sommes étendus sur les premières années de la
carrière de Blikcher, parce que cette partie de sa biographie
nous fournissait des traits de son caractère généralement peu
jEeuniliers aux lecteurs. Quant aux derniers incidents de sa vie
militaire, ils sont si bien connus qu'à peine est-il besoin d'en
retracer même un aperçu sommaire. Il est une chose toutefois
qu'il ne faut point oublier de reconnaître, c'estque si l'influence
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LA VIE DE BLUCHEB. 29â
politique appartint à l'empereur Alexandre, si Ton dut à Ta-
dressede Schwarzenberg cette force de cohésion qui relia entré
eux les éléments si peu homogènes de la coalition, Blûcher
seul en fut l'élément actif. Ce fut lui qui inspira aux masses
eette audace dans l'attaque et cette constance dans les revers
dont aucune coalition jusque-là n'avait donné l'exemple. Dans
des temps ordinaires et avec des événements ordinaires, un
soldat comme Blûcher eût été déplacé. 11 se fût trouvé dans
l'impossibilité d'agir entre la ruse jalouse du Russe et l'apa-
thie proverbiale du Suédois, auquel les Allemands font l'ap-
plication de ce passage du poème de la Cloche^ de Schiller : -
Ach I ihm fehlt kein theures haupt.
Blûcher n'avait ni l'amabilité de Schwarzenberg, ni le calme
inaltérable de Wellington ; mais pour l'accomplissement de
ses deux grands projets, la délivrance de son pays et l'abais-
sement de la France, il sut montrer la réunion de ces qualités
contraires. Certes, il eut à subir plus d'une défaite, ci vouloir le
comparer à ce grand capitaine dont les campagnes dans l'Eu-
rope et dans l'Inde ne comptent pas un revers, serait assuré-
ment chose absurde ; mais quelle bataille, pour ne rien dire des
conséquences, fut jamais plus justement gagnée que la grande
bataille de Katzbach ! Jamais simple hussard ne sut mieux que
Blûcher inspirer à ses troupes ce noble enthousiasme qui les
animait dans la poursuite de leurs avantages et les ralliait après
la débite. Ce fut là ce qui lui permit de réparer la journée de
Montmirail sur les hauteurs de Montmartre et de suivre avec vi- •
gaeur un plan de mouvements combinés après l'échec de Ligny .
Blûcher n'ambitionna jamais la gloire d'un général strate-
giste. Sans aucun doute, c'est à son mépris du danger, à U
téméraire insouciance avec laquelle il exposait constamment
sa personne, qu'il faut attribuer la plus grande part de ses
succès. Il possédait, ainsi que Marmion et Napoléon, Tart de
se fiiire aimer du soldat.
Ses plaisanteries» souvent hasardées et peu feites pour de
chastes oreilles, manquaient rarement leur eflet sur les audi-
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SM LA VIE DE BLUGHER.
teors auxquels elles s'adressaient ; les lèvres noircies par la
poudre des cartouches s'entr'ouvraient, et un gros rire pai^
courait la colonne, tandis que la mitraille en décimait Im
rangs. Quand au milieu d'une chaude canonnade, il arrêtait
tout à coup son cheval et venait allmner sa pipe k la mèche
au canonnier, la pièce, on le pense bien, n*en était pas plvs
mal servie. Vers la fin de la campagne de France, les infiiw
mités de Tàge l'obligèrent un moment de songer à abandon*
ner aon commandement et à se retirer dans les Pays-Bas;
mais rame triompha du corps, et bien qu'incapable de se tenir
en selle, ce fut du haut d'une voiture qu'il donna ses ordres
avec autant de calme que de précision, lors de la dernière
attaque de Montmartre. La gravité allemande de son état-ma-
jor dut être ébranlée à son apparition, car pour protéger ses
yeux, alors dans un état d'inflammation violente, le vieux
vétéran avait remplacé le chapeau de général par un chapeau
de dame française orné d'un voile. 11 n'assista point à l'entrée
triomphante des souverains dans Paris, sa santé l'en empêcha,
et le 2 août il se démit du fardeau de son commandement
militaire.
La paix de Paris ne l'avait point satisfait; il avait soif
d'humilier la France. Après avoir goûté la récompense de ses
services dans les éloges enthousiastes de Londres et de Berlin,
il partagea pendant quelque temps sa résidence entre cette
dernière ville et Breslau, exhalant partout et toujours son mé-
contentement, ne cessant de blAmer les concessions des alliés.
Peu mesuré dans ses paroles, sans réserve dans le choix de ses
firéquentations, se mêlant indistinctement à toutes les classes,
il exprimait si ouvertement son mépris des diplomates, et
spécialement de Hardenberg, que, bien que sans ambition
personnelle, sans aucun motif d'agrandissement ou d'intérèly
il se laissa aller à être le point de ralliement d'une petite
fronde, plus propre à offenser les souverains ou leurs minis-
tres qu'à influencer leurs résolutions.
Que Bliîcher ait désiré voir s'élever un nouveau conflit
entre son pays et la France, cela parait de la dernière ivir*
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LA VIS IMB BLUCHER. WSf
deoce; msd» cpi'il ait pu eapérer à aon Age, avec ses infirniUéi,
diriger encore ea personne la fortune des combats» et cela
dans le seul but de satisfaire cette vieille rancune qu'il gar«>
daît â Napoléon, tout aussi bien qu'à la nation française,
c'est ce qui peut paraître iskpossible. Très-probalement» les
pnijetSy les opinions de Blûcher étaient l'expression de ses
senlîBents plutôt que le résultat d'une étude profonde siur
réiat politique de l'Europe. Quoi qu'il en soit, ses vues étaient
partagées par un homne dont le jugement calme et l'c^jeer^-
?alion sagace n'avaient pu subir les mêmes influences, et qoi
n'avait ni défaites personnelles à réparer ni insultes natio^
naks à venger. Le duc de Wellington écrivait à son frère sir
HaniT Wellesley (Gurmod, decmber ntk. 181i) :
« La vérité est que je crois que ce pays (la France) est
teUement ruiné, idlement ^uisé par la révolution et que le
peuple a tant souffert, qu'il ne saurait plus exister sans pillage
et qu'il ne pourra supporter l'état de paix. Si cela est, com-
ment avons^nous laissé se dissoudre la grande alliance et
pourquoi ne chercherions-nous pas comme une ancre de
^Lt à en former une nouvelle avec la Péninsule?»
Toujours fmnant, jouant ou querellant^ Blûcher eut sans
doute continué cette agréable vie, si un grand événement ne
tu venu le rappeler à l'exercice de plus nobles facultés. U se
trouvait à Berlin quand on y apprit que Napcdéon s'était
échappé de l'tle d'Elbe. Il courut diez l'ambassadeur anglais
pour loi reprocher la négligence de son gouvernement, et le
jour même il se montra dans les principales rues de la ville
en grand uniforme de feld*maréchal , pour indiquer claire-
ment qu'an moment d'une guerre prochaine il n'entendait pas
eider à de plus jeunes chefe ses droits au poste le plus hono<*
raUe ^ le plus périlleux. Bientôt il fut nommé au comman*
dament de l'armée, et Gneiseneau, son ancien compagnon et
conseiller» revint aussi prendre place à ses c6tés.
Le duc de Wellington arriva de Vienne à Bruxelles le 5
avril 1815. Kleist commandait alors l'armée prussienne, et le
17 seulement, Bliicher entrait à Liège. D'après une lettre de
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996 LA VIE DE BLUCHER.
Wellington à lord Clancarty, datée du 6» il parait que le duc
trouva Kleîst disposé, en cas d'attaque, à se retirer derrière
Bruxelles, et qu'il s'opposa vivement à cette résolution da
général prussien, bien que lui-même, dans une autre lettre
adressée le même jour à lord^Batburst, il se plaignit de ne
pouvoir disposer que de forces insuffisantes. Mais les dr^
constances politiques, tout autant que les considérations
stratégiques , déterminaient le duc à se maintenir en avant
de Bruxelles ; l'événement a prouvé que Blûcher adopta cet
avis, qui était trop d'accord avec son caractère pour qu'il ne
s'y rangeât pas facilement.
Le 10 avril, Wellington écrivait à lord Clancarty, qu'il es*
pérait prendre l'initiative vers la fin du mois ou au commen*
cernent de mai ; selon ses calculs, les alliés devaient à cette
époque lancer 270,000 hommes sur la France, qui ne |M>ur-
rait leur en opposer que 180,000 : mais huit jours plus tard on
avait dA renoncer à cet espoir, par suite de nouveaux rensei-
gnements sur les préparatifs de Napoléon ; et le duc joignit i
l'envoi d'un mémoire basé sur ses premiers plans, les obser-
vations suivantes:
« Depuis que j'ai fini d'écrire à Votre Seigneurie, de graves
événements se sont accomplis en France ; il en résulte qae
Napoléon pourra disposer de toutes ses forces plus librement
que nous ne le supposions : et d'ailleurs, les mesures qu'il a
su prendre vont certainement et promptement augmenter son
armée. D'après les pièces ci-jointes, vous verrez que le dnc
d'Ângouléme sera forcé de quitter la France, que Napoléon a
rappelé tous les soldats récemment congédiés, c'est-à-dire
environ 127,000 hommes, dont 100,000 peuvent être immé-
diatement employés, et qu'en outre il a organisé 200 batail-
lons de garde nationale. Quoique cette dernière force ne me
semble pas devoir être bien formidable, j'estime cependant
que nous nous exposerions à rencontrer une armée trop égale
en nombre, si nous persistions à exécuter les opérations in-
diquées dans le présent mémoire. r>
Les dépêches suivantes prouvent en eifet que le duc se fài
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LA VIE DE BLCCHER. 29T
compromis en ne modifiant pas ses dispositions. Ni l'armée
an^aise, ni celles des autres alliés, n'étaient préparées suffi-
samment, et peut^tre eût-il suffi d*une mutinerie fort à crain-
dre parmi les troupes saxonnes pour faire échouer les opéra-
tions. Plusieurs officiers, tant anglais que français, ont pré-
leiidQ que déi le cotmimneiment ^ bien mieux que les alliés»
Napoléon arait toujours été en état de prendre l'offensive ; et
que si, immédiatement après sa réinstallation aux Tuileries»'
il eût firaDchi la frontière, ne fût-ce qu'avec quarante mille
hommes, il eût eu beaucoup plus de chances en sa faveur
qu'il ne lui en restait au mois de juin suivant. On voit en
effet que, malgré tous ses efforts, Wellington n'eut pas trop
de temps pour organiser toutes ses forces, composées d'élé-
ments si divers , et que l'armée qu'il put enfin former n'en
Testa pas moins bien inférieure en nombre à toutes celles
qu'il avait jusque-là commandées en Europe. Sa correspon-
dance de cette époque est toute remplie de son désir conti-
nuel de devancer l'attaque des Français, désir bien sincère-
ment partagé par Blûcber, en même temps qu'elle explique
les raisons qui le forçaient à l'immobilité. Et ces raisons n'é-
taient pas seulement celles qui inspiraient une si grande con-
fiance à Napoléon ; on savait partout que l'armée alliée ne
pouvait être qu'un assemblage fort défectueux de forces hé-
térogènes ; on connaissait l'absence de l'élite de l'infenterie
anglaise, le refus de concours des Portugais, etc., etc. ; mais
on eût difficilement supposé que malgré toutes ses instances,
le duc ne pût faire sortir de Timmense arsenal de Woolwich
que des envois tardifs et insuffisants. Le 6 avril» il demandait
à Londres 150 pièces de canon; le 21, il était réduit à n'en '
attendre que k% ce qui, joint à pareil nombre de pièces alle-
mandes, lui donnait un total d'environ 82 pièces. Cependant
l'année prusienne avait au moins 600 pièces pour entrer en
campagne, le corps sur la Meuse en ayant à lui seul plus de
200. Le duc n'eut pas moins de peine à s'approvisionner de
fourgons, de chevaux, de pontons, de grosse artillerie, etc.;
mais outre ces graves obstacles, il est évident que ses pro-
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S8B lA VIE DE BLUCBBR.
jets d'ofiensive étaient encore grandemeni subc^donnés aux
mouvemetUi des alUé$ sur le hanU et le bas Rhin, et c'est ce
qu'il exprimait clairement dans deux lettres datées du 2 juia
1815(1), la première adressée à Schwarzenberg, et la seconde
à sir Henri Wellesley. Mais déjà Napoléon avait engagé la
partie, et, au début du moins, il la menait avec une habileté et
une éneigie dignes de ses plus beaux jours de bonheur et de
gloire.
Jamais peut-être dans une grande guerre, cpielque bien
conçus qu'aient été les plans des généraux et quel qu'ait été
définitivement le succès, il n'a manqué de survenir au moment
critique de l'action un de ces événements fortuits, une dépA*
che fourvoyée, un ordre mal donné ou mal compris, une
colonne mal dirigée, etc., qui dérangent tout à coup l'ordre
immitif des opérations. La campagne de 1815 est loin de Eure
exception à cette règle. Si Ton s'en rapporte aux Mémoires
dictés par Napoléon lui-même, peu de chefs, dans des circon-
stances aussi difficiles, trouvèrent dans leurs lieutenants aussi
peu d'obéissance et de ponctualité. Ney et Grouchy, au con«
traire, dans leur défense , ont prétendu que jamais chef ne
donna des ordres plus indécis et plus contradictoires. A ce
propos, le ci^fiitaine Pringle, dans ses exceUenies remarques,
qui font partie de l'appendice à la Vie de Napoléom par sir
Walter Scott, observe fort judicieusement que jamais un écri*
(1) «Sous ces circonstances il est très-important queje sache aussitôt que
possible quand tous pourrez commencer vos opérations, et de quelle na-
ture elles MronI, et vers quel temps nous pourons attendre que vous seres
èniré à une hauteur quelconque, afn que Je pmitee eommancor es ee
eùté'Ci de Moniérs à avoir Vappui de vos opérëUime. Le mapédial BlU-
clier est préparé et très-impatient de comnencer ; mais je lui ai tàil diio
aujourd'hui qu'il me paraissait que nous ne pouvitna rien faire jusqu'à
ee que noue futeions certains du jour auquel voue commenceriez, et en
général de vos idées sur vos opérations. » (Gurwood. XII. p. 137.)
« L'armée de Scliwarrenberg ne sera toute entière réunie sur le haut
Rhin qua le 16, tomps veis lequel j'espère que nous eommeaeerons. »
(Gurwood, XU, p. i».)
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LA YIB DB BLUCHEB. SM
Tiîn français, en parlant d'une bataille perdue par une armée
française, ne manque d'expliquer cette débite par ce que
M. de Las Cases , par exemple» appelle un concours inouï
de circonsiances fatales.
Non nostrum tanlas componere lltei.
Aux yeux d'un lecteur impartial, Grouchy, dans sa justii*
cation, a toutes les apparences de la yérité. Éridemment cette
fois, comme presque toujours, le hasard a joué un grand rftle
dans les événements, sans pour cela que Tannée française ail
m seuleâsooffirir de ses caprices. Ainsi le 16 juin, à Tailinre
de Ii(By, le résultat de la journée eût pu être tout difKrent
sans remeur bien connue qui tint éloigné de l'action le qua*
triéme corps sous les ordres de Biûcher. Yoici comment se
tio«?e mentionné ce foit dans un rapport très-circonstancié
de l'allemand Plotho. Il dit a qu'un exprès avait été envoyé
à Bulow, que l'on présumait avoir établi ses quartiers à
Hannut, avec ordre de faire dès le matin suivant sa jonction ;
que ce général se trouvant encore à Liège, l'ordre fiit laissé
à Hannut sans avoir été ourc.l, comme étant de peu d'impor-
tance, wnwiekiig ihtinef^, et que ce ne fut que le lendemain
à son arrivée à Hannut que Bulow eut connaissance de cet
erdre. b
baninoiis encore succinctement dans quelles circonstances
BUdiar fut amené à engager l'affaire k Ligny. On n'a jamais
eontesté que l'infianterie prussienne n'ait été admirableen cette
occasion contre les masses ; mais il n'en fut pas de même de la
cavalerie et de l'artillerie. Biûcher luinnème en exprima son
mécontentement. Quelque avantageuse que fftt la position, il
était clair que Napoléon devait Mre les plus grands efforts
ponrVcnlcver avant la nuit au vieux guerrier qui roccupait.
Une circonstance importante, et que peu de relations anglaises
rapportent de cette campagne, c'est que le duc de Wellington
avait visité la position peu de temps avant le commencement
de l'action, et que ce fut en cette occasion que les deux gé-
néraux en personne se concertèrent pour leurs mouvements
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800 LA VIE DE BLUGHER.
futurs, et convinrent d'une mutuelle coopération, quel que
dût être d'ailleurs le résultat de la première collision. Les
rapports allemands n'ont pas manqué de rappeler cette entre-
vue, dans laquçlle l'attention «des Prussiens, dont la taille
droite était serrée d'un étroit ceinturon, fut attirée par la
cravate blanche du général anglais, que, sans son chapeaa
orné d'une cocarde aux quatre couleurs désignant le feld-
maréchal de quatre royaumes, l'Angleterre, l'Espagne, le
Portugal et les Pays-Bas, l'on eût pu prendre pour un simple
gentleman foisant à cheval sa promenade du matin. »
L'opinion de la plupart des officiers anglais qui ont visité
la position de Ligny est, nous le croyons, que le duc de
Wellington dans une circonstance semblable aurait employé
un tout autre système de défense ; ce système, adopté par les
Prussiens, les exposait sans nécessité, tandis que les dispo-
sitions des lieux permettaient de garantir les masses qui
n'étaient pas immédiatement engagées contre le feu meur-
trier de l'artillerie française (1). Gneisneau, nous a-t-on assuré,
avait bien reconnu les inconvénients de la configuration du
terrain pour ses dispositions ; mais il n'en avait tenu compte,
et il avait passé outre, se reposant sur l'expérience, les habi-
tudes et le moral de ses troupes, qui, comme il le disait lui-
même, aimaient à voir l'ennemi. Afin de mieux démontrer la
tactique contraire du duc de Wellington dans un cas sem-
blable, nous cédons au désir de citer le passage suivant d'an
écrivain militaire français. Il est tiré d'un article sur l'histoire
de l'expédition de Russie par le marquis de Chambray, inséré
dans le Bulletin universel des Sciences de 1825.
L'auteur, dit cet écrivain, compare les tactiques anglaise ei franchie
elles opérations des généraui Masséna et Wellington en 1811. Au nombre
des propositions remarquables auxquelles il est conduitpar les résultaude
ces comparaisons, nous choisirons la suivante comme eiemple : Lorsqu'elle
avait à défendre des hauteurs, Tinfanterie anglaise n'en couronnait pas
(1) Ces réflexions sont dues aux remarques d'un excellent critique de
cette campagne, le général prussien Clausewitf.
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LA YIE DE BLUCHER. 301
lef crétfs, selon U méthode des autres nations. Masséna fut repoussé parce
que les Anglais, pour défendre les hauteurs qu'ils occupaient, employaient
la manœuvre dont j'ai parlé plus haut (celle de se placer à une cinquan-
taine de pas en arrière de la crête, en semant seulement des tirailleurs
sur la pente), ce qui est préférable à la manœuvre jusqu'ici en usage. Celte
manière de défendre les hauteurs, continue le critique, n'est pas nouvelle;
on l'avait quelquefois employée, mais elle a été généralement adoptée par
ks Anglais pendant la guerre d'Espagne, et ils l'enseignaient même à
IcQfs troupes en temps de paix. L'infanterie des autres nations se place
ordinairement sur la crête, en vue des assaillants ; l'infanterie française
reste rarement sur la défensive, et quand elle a culbuté l'ennemi, elle le
poursuit avec tant d'impéluosilé qu'elle ne peut pas toujours conserver
ses rangs; de là ces revers qu'elle a essuyés dans quelques occasions, rares
tttutefms qnand elle défendait des hauteurs; car dans la plupart des occa-
sions, telles qu'à la Corogne, à Busaco, à Faentes de Onora et i Albuera,
ce fut elle qui atUqua.
Sans doote, il y a une grande différence entre la configura-
tion locale de Ligny et celle de Busaco, entre une colline fia*
mande et une sierra portugaise, et nous savons de reste que
le plus fort de l'action eut lieu dès Tabord dans les parties
basses des villages de Ligny et de Saint-Amand; mais le prin-
cipe qui dit que Ton ne doit pas s'exposer, n'en reste pas
moins le même. On assure que Napoléon étant monté à che-
val dans la matinée du 18, et n'apercevant que quelques gui-
dons anglais, s'imagina que la division anglaise lui était
échappée, et qu'il en manifesta son désappointement; mais
que Foy, qui avait eu une longue expérience de la guerre de
la péninsule , l'avertit de ne pas trop s'en rapporter aux ap-
parences. Wellington, ditril, ne montre jamais ses troupes :
une patrouille de dragons pourra bientôt, au reste, vériBer le
fait; mais s'il est là, je préviens Votre Majesté çue Vinfanterie
an^iaitt m dud est le diable.
On connaît l'incident de la chute de Bliicher sous son
cheval expirant à Ligny, et le trait mémorable de dévouement
de son aide de camp. Les fastes modernes pourraient four-
nir à peine un exemple d'un trait semblable, et Froissard
même n'a pas raconté un exploit plus chevaleresque que ce-
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388 LA TIB DE BLUCHEH.
lui de Nostitz. D'après les récits prussiens , on voit qne cette
femease charge de cavalerie à la tète de laquelle Blûcher
8*était si dangereusement et si vainement exposé, fut repoussée,
non point avec le sabre, mais avec la carabine, la cavalerie
française attendant pour tirer, et se tenant ferme à ses rangs.
Nos jeunes officiers pourront, s'ils le veulent, regarder cette
méthode comme un vieux procédé plus digne des cuirassiers
da seizième siècle que de ceux de notre époque. Toutefois,
cette même méthode, employée par la cavalerie française sous
les ordres de Grouchy dans une affaire près de Namur le 19,
fut suivie du même succès.
La victoire restait à Napoléon ; mais Blûcher, au lieu de se
retirer sur Namur, maintenait avec ténacité ses communica-
tions avec Tarmée anglaise ; et précisément comme il avait
été convenu, il fit sa retraite sur Wavre ; en sorte que jamais
armée battue ne se rallia plus vite et plus heureusement.
Blûcher fut transporté dans une chaumière, d'où il dic-
tait et envoyait ses ordres , l'esprit toujours inAranlaUe et
plein de confiance, le corps accablé et brisé. Pendant que le
chirurgien pansait ses blessures, il demanda de quelle nature
était le Uniment , et comme on lui dit que c'était de reau-<le-
vie, il exprima l'opinion qu'une dose intérieure serait bien
plus efficace. Aussitôt , ayant fait apporter de l'ean-de-vie
qu'il mêla avec du Champagne, il adressa ces paroles an cour-
rier qui allait partir avec ses dépêches : «c Dites à Sa Hijesté
doê ich hotte kaltnackgttrunkenj et qu'en censéquence, tout ira
bien. i>Son ordre du jour pour le 17, après quelques réflexions
sur la conduite de la cavalerie et de l'artillerie, se terminait
ainsi : « Je vous conduirai de nouveau à l'ennemi, et nous le
battrons; il le faut. »
Le 18, il se remit en selle à la tète de la division de Bulow
nouvellement arrivée, et le défilé de Saint-Lambert retentit
de ce cri de ytierre devenu son sobriquet : En wamt! Bappe-
lant à ses troupes que la pluie de la journée de Katzbath leur
valait un surplus de provisions de poudre, il ajouta que
d'ailleurs il avait promis aux Anglan d'aller à leur secours :
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LA TIE BE BtDCHBK. 808
il tint noMement cette promesse, nous serions ingrats de ne
pad le reconnattre, qnoiqne nous ne puissions souscrire à toft-
tes ces théories françaises ou prussiennes , qui attribuent ait
maréchal Blûcher le mérite d'avoir sauvé l'armée anglaise
d'une défoite certaine, comme si cette armée n'avait pas sans
ses alliés repoussé toutes les attaques et détruit la cavalerie
de Napoléon. Aucune prévision d'un résultat aussi désastreux
ne rint à l'esprit de ceux qui entouraient le duc de Welling-
ton. Des officiers de son état-major, ceux qui, étant blessés,
quittèrent le champ de bataille avant la fin de la bataille, le
firent sans éprouver aucune anxiété pour la sûreté person-
nelle de celui qu'ils laissaient derrière eux. Ses domestiques,
qui, dans le village de Waterloo, eurent l'occasion d'être té-
moins des incidents qui, dans une journée semblable, se pas-
sent à l'arrière-garde (incidents plus terribles peut-être que
la bataille elle-même pour ceux qui ont les nerfs délicats),
connaissaient bien leur maître. Les moMtÉuvrei de la cuisine
furent ordonnées avec autant de précision qu'elles peuvent
l'être à la caserne de la garde à pied dans le palais de Saint-
James. Quelle que fût la confusion dans l'avenue de Soignies,
il n'y en eut aucune dans le service de la table du duc, et
l%onneur du Yatel de sa maison demeura sans tache oonune
le sien.
Mais si le duc revint profiter du dtner préparé, ce ne fut
pas qu'il évitât d'exposer sa personne. Nous ne doutons pas
davantage du sang-froid de Bonaparte devant le feu; mais
quoique dans cette grande journée ces deux capitaines ne se
soient pas rencontrés, nous ne nierons pas qu'ils n'aient été
plus d'une fois près l'un de l'autre sans se voir. Tout ce que
nous pouvons affirmer, c'est que le duc de Wellington, après
avoir eu plusieurs officiers tués à côté de lui , échappa en-
core au danger de périr d'une chute de cheval. II était resté
seize heures en selle, lorsque tout à coup le fameux Copen-
hague^ comme s'il avait eu la conscience de la fin de ses
campagnes, s'abattit d'une façon qui faillit être aussi funeste
à son cavalier que l'avait été à Guillaume III le même acci-
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soi* LA VIE DE BLCGHER.
dent arrivé au petit gentleman en velours notr, comme les jaco-
bites appelèrent longtemps le coursier du monarque, objet de
leur haine.
Il ne fallait pas espérer que les deux peuples alliés se fissent
deux parts égales de leur gloire. Heureusement pour le mo-
ment, elles continuèrent à s'entendre admirablement pour
continuer les opérations de la campagne. Les deux généraux
surtout furent parfaitement d'accord ; mais ce qui nous a un
peu surpris, c'est qu'un historien anglais, M. Alison , vienne
de terminer ses dix volumes par une censure qui, si elle était
méritée, amoindrirait un peu les talents militaires déployés à
Waterloo et par le duc de Wellington et par le maréchal
Blûcher. Selon lui, tout battu qu'aurait été Napoléon, il aurait
bien mieux manœuvré que ses vainqueurs «l)-
Plus d'une épée rentra malgré elle dans le fourreau après
la convention de Saint-Cloud; mais ce fut surtout celle da
général qui aurait préféré entrer par un assaut dans la ville
de Paris. Retenu comme il le fut par les tètes plus froides et
l'esprit moins vindicatif des souverains qu'il servait , ainsi
que par l'homme supérieur à lui dont il partageait le succès,
Blûcher aurait au moins vouhi signaler son retour sur les
bords de la Seine en faisant sauter le beau pont d'Iéna (2].
(1) Note du directblr. L'histoire de M. Àlison est le sujet d'ane vio-
lente rérutalion en plus dé 20 pa^es. il paraîtrait que la Vie de Blûcher
ii*a été qu'un prétexte pour que le publiriste tory ameiiAt ici une longue
dissertation tendant à prouver que la bataille de Waterloo t été gignée
selon les règles. Si nous supprimons U* ho s-d*œuvre de cet article, ce n'est
pas que nous pensions que la rt^putation militaire de Napoléon «il rien à
y perdre; mais nous devons publier une suite aux deux | riM<i ■•« riides
de l'Histoire militaire de Wellington, et nous réservons nos Mip,. rissions
d'aujourd'hui pour en faire usag«>aii besoin.
/2 Dans la corre.spondnnce aujourd'hui publique du duc de Welling-
ton se trouve une longue scorie de lelires au su et de ce pont. Nous n'en
citerons que deux :
Paris, 9 juillet ISltf.
« Mein lieber fust,
' > Les dcui sujets sur lesquels lord Castlereagh et moi nous nous sommei
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LA TIB DB BLCCffBE. 305
Sa eolère s'exhala comme d'ordinaire par d'amers sarcasmes
contre tonte la race des hommes de plame et des politiques.
n tronva aossi qaelqoes distractions dans le vice du jeu. Sous
Bonaparte et jnsquà Louis-Philippe, on sait que rien n'était
phis fecile que de s'y Hyrer dans la capitale de la France. De
pareilles distractions ne pouvaient que favoriser la rapide
eotretenus ee malin avec Votre AUaMe et le général comte Gneifenau, k
«noir : la dcttniction du pont d'Iéna et la levée d'une contribution de
tml millioDfl de frana sur la fille de Paris, me paraissent si importants
pour les alliés eu général, que je ne puis m'empècher d'y appeler encore
l'aitcntîM de Votre Altesse par cette lettre.
>La destruciion du pont d'Iéna est trés-désagréable au roi et au peuple
de Paris : il peut en résulter des troubles dans la fille. Ce n'est pas seu-
lement une mesure militaire, mais une mesure politique qni peut influer
snr Je caractère de nos opérations. Vous ne l'avex ordonnée que parce que
le pont est considéré comme un monument de la bataille d'Iéna, quoique
le gottf ernement consente à changer le nom du pont.
>Eb considérant le pont comme un monument, je vous demande la per-
nisMon de tous foire observer que nous ne pourrions le détruire sans man*
qioer à la promesse faite par nous aux commissaires français pendant les
oégociatîons» que toute décision sur les monuments, les musées, etc., serait
réservée aux souverains alliés.
> Tout ce que je demande, c'est que l'exécution des ordres donnés pour
la destruction du pont soit suspendue jusqu'à l'arrivée des souverains ici.
âlofs, s'y est convenu, d'un commun accord, que le pont doit être détruit»
je n'aarai plus d'objection.
» Agrées, Wbllugton. »
• Paris, ce 10 juillet 1815, à neuf heures du matin,
c Mein lieber furst,
•Le dîner est chex Vérj, aujourd'hui à six heures, et j'espère que nous
passerons un journée agréable.
• Je viens de recevoir la nouvelle que les souverains arrivent aujourd'hui
à Bondy» et des ordres d'y envoyer des gardes, etc., etc., ce que je fais,
ie crois qu'ils ne s'arrêteront que quelques heures à Bondy et qu'ils
poomont arriver ce soir.
» Agrées, WKixmoToif. »
Le maréchal prince Blûcher.
(Cette lettre est en français dans la correspondance du duc)
5* SÉRIE. — TOME XI. 30
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806 LA TIB DE BLDCaiER.
décadence de son inieHlgeace et de sa santé pStysiqne, tors-
qu'im accideat vint encore b bâter. Une gamison an^^aîse
sans une oourse de chevaux serait presque une chose contre
nature. U y eut donc une course à Saiot-Gloud. Blûcher» qm
avait la vue tràs-courie» se heurta tourdement contre une
corde, et l'effet de sa c^ute fut de lui donner des halinana-
tiens dont quelques-unes étaient assez curieuses pour £aire
sourire les personnes qui compatissaient le plus sincèrement
au triste spectacle de cette ruine vivante.
Les attraits de Paris anraient pu séduuie le vieux général,
sans la haine qu'il ressentniit pour ses habitants. Il araiC son
quartier général à Sainl^loud, et il le transféra par occasion
à Rambouillet et à Chartres. Bientôt les préliminaires de la
paix de Paris lui permirent de retourner en Prusse. Il n'at-
tendit même pas la ratification de toutes les signatures. Ses
adieux à son armée portaient la date du 31 octobre 1815. Il
mit en marche ceUes de ses troupes qui devaient passtt la
frontière; mafis en chemin ayant entendu perler de quelques
difficultés diplomatiques, il prit sur lui de feire faire une halte
qui ne laissa pas que tTembarrasser les souverains. Il fiallut
qu'un ordre positif lui fût transmis de Paris pour qu'A se rendit
aux quartiers qui lui étaient indiqués par le roi de Prusse. La
paix fot enfin signée le 20 novembre : ce Jaur-U seulement BUh
cher entra à Âix-la-Chapelle. Il y arrivait d^ns un triste étnt
de santé. Il oontîmia très-lentement son retour à Berlin, retardé
par de fréquentes haltes et aussi par toutes les bnyantes
démonstrations dont on Tentourait sur son passjige.
Il semblait que Blûcher n'avait plus que quelques jours à
vivre : la hieur de la lampe ne jetait plus qu'une faible et
vacillante clarté. Il se survécut cependant encore i lui-même
pendant quatre ans. En iSli, le roi 4e Arasée lui avait donné
un domaine à KUsbhmts, «n Silésie; il y résida piî&apal^
ment, mais en allant quelquefois à Brestam et à Berlin. Un
voyage qu'il fit aux bains de Dobberon par ordre des méde-
cins, lui fournit l'occasion de visiter Bostock, le lieu de sa
naissance, ci il TeconmH et accueillit avec une toudiante
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LA VIE DE BLUGHEB. 307
ai&bilité quelques vieilles connaissances de ses jeunes années.
Il passa quelques heures à Hambourg et à Altona , et voulut
s'arrêter ensuite au cimetière d'Oltenfen, oîi reposent les cen-
dres de Klopstock. Il avait connu personnellement le poète,
et â l'aspect de la terre de son dernier sommeil il découvrit
sa tête blanche , hommage du soldat à^la muse nationale qui
eût feit sourire son premier patron Frédéric le Grand. Il
rendît aussi v«ite à la ve«ve de Hopsieck, qui ««[oellte ooca-
sion fit sauter le liège d'une bouteille de Tokay que trente
ans auparavant le poëte lui avait recommandé de garder pour
qaelqae fête extraordinaire. Ces petits incidents ont leur
prix dans la vie des capitaines. L'estime de Napoléon pour
OsfiitD et celle de Blitc^er po«r kpoévede laMemMetyùns
TSfféMaïi ce respect povr la dBaisteié des vienges qfi^om attri-
fanût îadii m roi des ammaiix. Apote avoir meMUoimé ce
ciUe éà gnemer pour 1b pocie, nous ne crejoias pas ^èl-
néoeflsûre de oîter tous les iiometn» qm le géftécal fruasiea
reçut ki-mêne «de 4ant de rois, de^brasgOMstres et d'ofS-
rim maairip^iT
Hmiê Avoitt dk «que Binofaer Ad um éùnsmax lénengique et
&eîle; mb iafinee aœarent, de pins, qu'il était né «imtaiir.
lÉiBies kejMfMÉs^et jasqu'âsoB denûer ^our il aima la table],
c'était m liestor par aen ftge «oMMae par aes hanmewce et
ses IngB técàÉm ; œpeadant son Idèfaat >de mémoire qaaot
atK date aarait «a pea •emboacasBé^le sténographe 'fai eàt
iwita AfaaflDBttiie aes fanilee d fa paifémté. il «fanatt
JQBtioe an géoénd fiaeÎBtnan et à lui attribuer une gcMde
partdana aeecapieitsinilitaireB. Uajonr ilpropeita ane espèce
d'^éaipae i^ & ouvrir de ^aada yeu à «es caBvtves i car
josteaieBtiS anaam^ i'tnéenÉîaa de « haàMr aa,preffire iéte. »
Décidément, fOBiaiU)*, le générai ï^atoatàhAp^due; màà
il ee ieva et alla ambraaier la ièie de GaeiieBiaa.
Sa dernière maladie eut lieu en 1819, au mois^de septembre.
Le rai vint Je vmr àtSoatUt de«M>I^t ;il mttuiait 4:aL»ie cAréoi**
gaé daw les «ras de MO &iàle«îée de «wqp Keatiit.
«Jwarfwly Rwmt.)
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Mptnrs ^xvstccratiqnts.
LES CHASSEURS ANGLAIS EN 1842 (i).
La pratique et la théorie ont été longtemps ennemies jurées.
Jadis tous les individus qui, par passe-temps ou par intérêt,
s*adonnaient à une spécialité, professaient un souverain mé-
pris pour les livres. Un savant se décidait-il à révéler au
monde les résultats de ses travaux, il ne s'adressait qu'à un
public d'élite, il se servait d'une langue inconnue au vulgaire.
La génération actuelle est moins vaine et plus généreuse. Le
nombre des auteurs égale presque maintenant celui des lec-
teurs. Non-seulement chacun cherche à s'instruire, mais cha-
cun veut se foire professeur à son tour. Certains écrivains
éprouvent même un tel besoin d'être utiles à leurs semblables,
qu'ils ne reculent pas devant la pénible tâche d'enseigner
des choses qu'ils ignorent ; aussi n'existe-t-il plus aucun art
— en prenant ce mot dans son acception la plus étendue —
qui n'ait été l'objet d'un traité, d'un essai, ou tout au moins
d'un article de Revue et de journal. Les souverains de la
librairie britannique payeront bientôt la découverte d'un
sujet nouveau plus cher que les monarques de l'Orient l'in-
vention d'un plaisir inconnu à leurs prédécesseurs.
La chasse ou le iport ne pouvait pas échapper à cette loi
(1) Voir dans la Revue Britannique (octobre et novembre 1840) deui
articles sar les Chaaeuu flrançaii^ et dans le numéro de janvier 1841, un
article intitulé Nemrod en Allemagne»
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LES CHASSEUBS ANGLAIS EN 1842. 909
commune. En 1780, la Monthly Revieu) — la plus redoutable
autorité de cette époque — critiquait avec une impitoyable
sévérité un petit livre sans prétention, récemment publié sous
le titre modeste de Penséeê êur la chasse^ lettres familiéreê à un
mm. Dans cet article le iport était encore plus maltraité que le
gentilhomme provincial qui avait eu Timpertinente audace de
traiter nn pareil sujet. Cette diatribe injuste ne produisit pas
l'effet qu'en espérait vrabemblablement son auteur. On con-
tinua de chasser comme par le passé ; loin de se calmer, cette
passion s'exalta; le livre de M. Beckford obtint même un tel
succès qu'il fiit réimprimé quatre ou cinq fois, et suivi d'une
multitude innombrable de peni^M, de remarquée et de ri-
fUxùms sur la chasse, le tir au fusil, l'équitation et la pèche.
Faot41 recommander quelques-uns de ces ouvrages aux véri-
tables amateurs, nous n'aurons que l'embarras du choix :
Partiei de ehaue de Nemrod {M. Jpperley). Nimrod's hunting
touTS. In-8^ Londres, 1838 (i).
IngtructioM atix jeunes chasseurs pour tout ce qui concerne les
fiuils et le tir au fusil, par le lieutenant col. P. Uawker. Instruc-
tions to young sportsmen in ail that relates to guns and shooting.
Huitième édition, in-8% Londres, 1838.
Scènes de chasse et caractères provinciaux , par Martingue,
Sporting scènes and country characlers (avec de nombreuses gra-
vures sur bois) ; in-8*, Londres, i840.
Encyclopédie des chasses rurales, ou Traité complet, histori-
que, pratique et descriptif, de la chasse, du tir au fusil, de la pèche,
des courses de chevaux et des autres plaisirs de la campagne et des
amusements corporels de l'époque actuelle; par Delabbrs-Blaire,
esq., avec 600 gravures sur bois. Londres, in-8<>, ]840.^An Ency-
dopœdia of rural sports, etc. Excellent manuel.
La hruyére et le lac ; par John Colquhoum, esq., seconde édition,
in-S^ Londres, 184]« The moor and the loch.
Nous en passons et des meilleurs, comme dit Hernani ;
(i) Voir sur ee personnage célèbre une note de la Revue Britannique
an mois d'octobre 1840, page 347.
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8ft0 IMS CHASSEDBft ANfiUUJS EN 18^2.
Huds cette liste^est déjà suf&aauBeDi longve. Qua ceux de dos
lecteurs qui désirent connaître à fond toutes les règles de
l'art dtt sport étudient doac avec Tattention qu'elles néritent
ces œuvres isimortelles des grands maîtres. Biainell Martin-
(alel! Kemrodll CoUpihounill et qu'ils profitent de leurs
kçons l De tellespuissamces ne sont pas faites pour un pauvre
diaMe de critique, qui n'a d'autre ressource que son travail
de chaque jour. Cessez, donc de le tenter par vos sédaisantes
promesses , perfides magiciens l ]i aura le courage de vous
résister, et s'il consent à ouvrir vos livres enchanteurs» ce sera
seulement dans l'errance d'y trouver des motife de conso-
latiofi en y glanant çà et la quelcpies esquisses de mœurs.
La vue de ces somptueux édifices dans lesquels voa pria-
cîpaux disciples ont logé leurs meutes et leurs chevaux sufi-
rait pour adoucir d'abord l'amertume de ses regrets. N'esl-ce
pas, en effet, un spectacle vraiment humiliant de voir des
èeorles pi»» éléganles^ plus eomfortables que dey palais;
des chiens et des chevaux élevés arec plus de 9oîn et de dé-
pcinses que les enfiwrts de leur maître, mieux traités sous tous
tesr reporta que les hôtes du ch&teaufLa passion de la chasse
t6i une passion terrible; elle absorbe toutes les autres pas-
sions; elle étouffe dans le cœur de l'homme dont elle a &it sa
victime tous les sentiments tendres, généreux, délicats, élevés,
que la nature avait eu la prévoyance d'y déposer en germe.
On a même vu des sportsmen donner à la chasse, au moment
de leur mort, leur dernière pensée. M. Shafto, le plus in-
trépide collègue des chiens du chikteau de Raby, se rendait
un jour en Irlande avec un de ses amis. Une tempête éclata
pendant laquelle le naviru courut risque de se perdre contre
un écueil. Un moveat même le Capitaine avertit les deuaLaad-
heureui passagers qu'ils n'avaient plus que le temps de se
préparer à la mort, a Bb qMit s'éeriïi M. Bfaafto en poussant
un profond soupir, je ne pourrai plus chasser! »
L'anecdote suivante, empruntée au même écrivain, n*est
pas moins caractéristique. « Nous déjeunions, dit Nemrod,
au château de Raby, lorsque lord Darlington ( le duc de Oe-
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U» CaâflSBDU JJfUAS BS ISkS. 811
yiéuid adoel) entra (fatat la aaUe à auaiger. A pând si on le
•alva eÉ â on lai demanda des noorelleft de sa santé : « Com-
ment ae porte Will f lui crièrent quatre ou cîiiq eonvires à la
fois (Will était un piqueur qui s'était blessé assez i^èvement
la veîUe en toaibant de cheval). — Je riens de passer quelques
instants auprès de hii^ répondit lord Darlington ; il a eu une
trèa-mauvawe nuit ; j'espère qu'il ne tardera pas i se rétablir ;
nMÎs je n'ai pu m'empècher de sourire quand il m'a dit qu'il
ferait Yraiseurfiltthlement en état de chasser mercredi. Il m'a
anan demandé si les ymz d$ Idghtning iîaittU mains wialades^
«I «ommenl Rufiàê §t Mortiner atcdmâ mangé, y» Le duc de Cle-
Telandy nous devons le dire à sa justification, a une telle
passion pour la chasse qu'il ne peut s'empéeher de courre le
lenard au moins six jours par semaine. Tous les matins ses
damesUques déposent un habillement complet chez tous les
aubergistes des environs* Son Excellence ne rentre j»nais au
di&teaii à cheval et avec son costume de chasse. Une voiture
i quatre chevaux va l'^endre à la porte de l'auberge, où elle
fui sa toilette du soât • Un coup de canon tiré de l'extrémité
du parc annonce son retour. Quaad*elle rentre au château, le
dtoer est déjà servi, et on se met immédiatement à table.
«llylord» demandait un jour l'auteur des Parties de diasse
au duc de Gleveland, votre chenil n'est-îl pas trop rapproché
de votre chftteani les mauvaises odeurs de la cuisine ne pé-
aiétreni-elles pas quelquefois dans le salon ?
-— Gela se peui^ répondit Son Excellence; mais nous ai-
mons trop passionnément la chassa pour nous inquiéter de
pareitles choses. »
Malheur doncl trois et quatre fois malheur à la pwvre
fimme,-** mare, épouse, sceur ou fille,-*qnî laisse échapper en
présence d'un chasseur quelques signes de mauvaise humeur I
On racontait devMt Neaarod les infortunes d^un gm^timan
dent la femme détestait la race canine. Son mari lui ayant
amtmfi uao meute qu'il venait d'acheter,, elle eut aussitôt une
uiolante attaqua de nerfis et elle ne reeouvra l'usage de ses
que lorsque les chiens eureni été renvoyés à leur an<-
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312 LES CHASSEURS ANGLAIS BU 1812.
cien propriétaire, a Si ma femme se conduisait ainsi, s'écria
M. Corbet, qui avait écouté attentivement ce récit, je n«
Tembrasserais pas qu'elle n'eût jeté son bonnet de nuit en
Tair et crié tayau. »
Lady Londonderry partage, à ce qu'il paraît, la même an-
tipathie, car elle s'est attiré les reproches d'un de ses voisins»
grand amateur de chasse. <c J'étais furieux contre Son Excel-
lence, écrivait M. R., et je l'avouai l'autre jour à ma femme;
elle ne peut pas entendre, dit-elle, les aboiements des chiens.
N'est-ce pas honteux? son père était pourtant un si excellent
chasseur I Quoi, la fille de sir Harry Yane Tempest ne pour-
rait pas supporter les aboiements des chiens. Fil quelle hor-
reur I... je ne retournerai jamais dtner i Wynyard-Park. »
Toutes les femmes mariées à des cliasseurset assez heureuses
pour posséder quelques épargnes devraient suivre l'exemple
que leur a donné Mrs. Ward du Hampshire. Il y a quelques
années, à la suite d'une longue crise industrielle et commer-
ciale, M. Ward annonça à sa femme qu'il craignait d'être
forcé de se défaire de sa mente, ce Attendez encore, lui ré-
pondit-elle, les affaires vont peut-être reprendre bientôt. »
Peu de jours après cette conversation, il alla chez son
banquier, qui l'avertit qu'u|i amateur de la chasse au renard
avait déposé la somme de 1,000 £à son crédit. — Cet amateur
était Mrs. Ward, — cette somme le montant de ses économies
particulières. « Retenez bien cette anecdote, femmes mariées,
et qu'elle vous serve de leçon — c'est Nemrod qui parle : —
si vous désirez conserver l'affection de vos époux, encoura-
gez et ne contrariez pas leurs passions favorites. Votre beauté
passera, vos charmes tomberont un à un sous la faux meur-
trière du temps, mais votre généreuse conduite ne sera ou-
bliée que dans Ja tombe. »
Certaines femmes anglaises ne se contentent pas d'encou-
rager les passions de leurs époux, elles veulent encore les
partager: montées sur d'élégants coursiers, elles s'élancent
à leurs c6tés à la poursuite du renard. Le récit de la scène
suivante est emprunté à Nemrod :
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LES CHASSEURS ANGLAIS EN 18b2. 313
J'éliis astts daus un coin du grand salon de Baby-Castle, tran-
quillement occupé à achever une lecture, lorsque la porte s'ouvrit
avec fracas, et on annonça M. Uodgson. En effet, Tommy Hodgson,
franchissant le seuil de la porte^ s'avança d'un pas lent vers son
naitre, et loi présenta, sans mot dire, la liste des chevaux de
chasse en état de service. Alors s'engagea entre eux la conversation
suivante, véritable modèle de laconisme :
~ MoUe est- il prêt? dit le marquis. — Oui, mylord, répondit
le groom.
— Alors je le monterai. — Oui, mylord.
-* Bergami aussi ? — Oui, mylord.
— Bidr, Swing f — Oui, mylord.
— Will, Salopian? — Oui, mylord.
— Lady Gleveland, Raby? — Oui , mylord.
» £dward, le Curé? — Oui^ mylord.
^Lady Arabella, la Duchêue? — Oui, mylord.
-* Est-ce tout? — Oui, mylord.
Les ministres de TEglise établie ne se font aussi aucun
scrupule de courre le renard. Nous lisons ce qui suit dans le
journal du duc de Gleveland : a Je ne dois pas oublier de
mentionner que le Rév. J. M. s'est plus distingué aujourd'hui
sur sa jument grise que dans sa chaire, et qu'il resta seul
avec les cbiens sur les marais d'Ainderly, près des saules de
Thombill. » Nemrod célèbre également les exploits d'un autre
héros clérical : « Le vicaire de P. est un bon diable; il chante
souvent à ses paroissiens des chansons de chasse; le jour de
la fête de la dime , il leur raconte un grand nombre d'his-
toires amusantes et il les régale de son mieux. Je me rappellerai
toujours l'invitation qu'il nous adressa à sir Bellingham Gra-
ham et i moi, la dernière fois que la chasse passa dans son
voisinage. « Mon vin, nous écrivit-il, est de la meilleure ré-
colte, et si vous en buviez une certaine quantité, vous auriez
bientôt des yeux semblables à des groseilles cuites.x) — C'est à
ce di^e ministre qu'un ami dit un jour au sortir de l'ofBce
où il avait prêché : «Décidément, je vous aime mieux en bou-
teille qu'en pièce. »
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31& Ua GHASSEUBI» AKUJOS EN 18(^2.
La pfovîace de Graven se vante, depuis l'aînée 1898, de
posséder le phis extraordÎDaire de tons les ministres passés,
présents et futurs: ce Le révérend F. F., dît Tauteur des
Bunting tours (page 138), habite le village de Kentbury,
situé à quatre milles de Hungerford, dont il est le recteur.
Il a rendu d'éminents services à la société à Tépoque des
troubles; quand la chasse au renard et toutes les autres tn-
stitutions précieuses de l'Angleterre se trouvaient menacées des
plus grands dangers, il demanda et obtint le commande-
ment d'un corps de yeomen du comté de Berk. Georges III
passait un jour ses troupes en revue à Windsor: «Le oolonel
Fowle, dit-il, est non-seulement un des meilleurs oSdersde
mon royaume, il en est encore un des meîHears prédicateurs,
un des meilleurs tireurs, un des meilleurs chasseurs, un des
meilleurs cavaliers. Qui n'eût été fier d^in pareil compliment
fait par un tel homme ? »
Blackstone assure qu'à la mort de chaque évoque, sa meute,
ou une somme équivalente à sa valeur, revenait de droit au
roî. La chasse a donc été au moyen âge considérée comme
une récréation épiscopale, et nous ne devons pas nous éton-
ner que quelques-uns des chefs suprêmes de Téglîse d'Angle-
terre en conservent encore aujourd'hui le goût. Un ministre
mort il y a peu d'années entretenait une meute magnifique et
passait pour un des meilleurs chasseurs de son temps. Quand
il eut l'honneur d'obtenir la mitre, il donna ses chiens à son
irère, qui en eut le plus grand soin, et il renonça à tous les
plaisirs du sport. Un jour cependant il se promenait à cheval
dans une forêt oà il ne s'attendait nullement à rencontrer une
chasse. Tout à coup i) aperçoit un renard. Les chiens étaient
en défiiut. A cette vue , Son Excellence ne peut pas se conte-
nir, elle hâle les chiens de sa voix la plus belle. «HaHool
— répond un des chasseurs. — Halloo, balloo ! répète Son
Excellence. — ^Bfarchons, s'écria un piqueur à ses compagnons,
Dieu me damne si ce n'est pas YBvangih! r>
Si les membres du clergé ne chassent plus par plaisir, îb
devraient désormais chasser par devoir ; car ih trouveraient
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GHASSBCXft AirttLiJS MB 1813. M5
soavMi VùQfumm d'eiercer leur saint minîslère, de prodigver
«aUeseéft etau mcHUuUs lescoMBoteticMisel lessccoars delà
rdigion. La dbaaêt n'est plus oqoard'kai qa'une course au clo-
ebery c'est-à-dire le plus dangereux de tous les divertissenents
fu^ )'lK>iDnifte ait pu ûvrenler poar se distraire oupourse
roBprele com;cariliie s'agit paftmainileBaiitde faire preuTé
dhiîiileté, d'adresse^ 4e scicnee^ mais sericment de vitesse.
c Nous avons fidt une cbasse saperfoe, ècriraît un Meho^
niett i soa père. Huîtmitks en vingt-six minutes.Si je n'avais
pas trouvé ua diefal de relais i moitié ekemi», il n'eàt été
impossible de suivre les dûens. » Dans certains comtés, les
chiens coooBiienccBt i partager ropinioo de leurs maîtres.
Pour eox la dusse ne sera plus désormais qu'une simple pro-
awMde de quekptts heures au triple galop. De trouver du gi-
hifir, ils ne s'en inquiéteroDt plus. La meute de M. Gorbet a
bnè denûèrement un boule-dogue en une heure.
Ces anecdotes m'en nqppellent une antre fovt divertissante
ipej'aî entendu raconter plusieurs fois i un de mes amis.
— Un vieux gentillàtre provincial» ayant beswi d'un fiisil
qu'il avait déposé cbes un armurier de la ville voisine éloi-
(Bée de cittq ndUesy fit venir son fils ; ce jeune honune était
ééjiégé de seiieans: a Georges, lui àii-Q, tu vas fiaire seller
Ion meiOenr cheval tk aller i la ville chercher mon fasil. Je
te donae traite minutes. D est cinq heures, par conséquent
il imt que tu sois de retour à cinq heures et demie.
— Vous pouvez compter sur moi, mon père, » répondit le
jeane homme, et il partit.
Vingt minutes après il était de retour et il se précipitait
dans le salon la montre à la main. « Vous le voyez, mon
père, s'écriait-îl, vous m'aviez donné une demi-heure, et je
n'ai mis que vingt minutes.
— Cest bien, Georges, répondit le père ; où est le fusil?
— Le fusil, s'écria Georges en se frappant le front comme
si la raison lui fAt revenue tout à coup, je Toi oublié... mais
je n'ai mis que vingt minutes. »
Kon-seulement pour être bon chasseur il faut faire quinze
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316 LES CMASSEUBS ANGUUS EN 18^3.
oa vingt milles à Thevre, mais on doit nerecuter devantaacun
obstacle, franchir et sauter, quelles que soient leur largeur
et leur élévation, toutes les barrières, toutes les baies, tontes
les rivières, tous les fossés, toutes les murailles que Ton ren-
contre. Et ce n'est pas,— soyez-en bien convaincu, cber leo»
teur qui avez des goûts tranquilles et pacifiques, — une petite
besogne dans un pays sillonné de coyrs d'eau et tout hérissé»
outre les portes et les clôtures ordinaires, de ox et de bul/mck
fenety comme le Leicestershire. Peut-être désirez-vous savoir
ce que signifient ces mots ; eh bien, je vais vous l'apprendre.
Leaxfence (clôture du boeuf) se compose d'un large fossé, d'une
énorme haié bien remplie d'épines, puis deux verges plus loin
d'une forte palissade en bois d'environ quatre pieds de haut. Le
hulfinchfenee (clôture du taureau) est une haie très-fourrée, entre
deux fossés, et si épaisse et si haute qu'aucun cheval ne peut la
sauter. Les chasseurs travenent ces clôtures au grand galop ;
les branches qui s'écartent pour leur livrer passage se refer-
ment si vite derrière eux, que dès qu'ils sont de l'autre côté,
il est impossible de voir par où ils ont passé. On a peine à
comprendre comment les épines ne leur crèvent pas les yeux.
Les jportfmen anglais, notre impartialité nous iait un devoir
de leur rendre la justice qui leur est due, bravent tous les
dangers avec un sang-froid, un calme et un courage qu'on
peut regretter de voir si mal employés, mais qui méritent,
après tout, d'être signalés à l'admiration publique. Les preu-
ves ne nous manqueront pas :
De tous les chasseurs que j'ai connus, dit Nemrod, un gentleman
nommé Stanhope est celui qui a montré devant moi le plus pro-
fond mépris pour les conséquences d'une chute de cheval. Il tomba
le vendredi et se blessa à l'épaule; mais il n'avait rien ni de cassé
ni de démis. Le lundi suivant, nous le vîmes arriver cependant, le
bras en écharpe, et il tint presque toujours le premier rang parmi
les chasseurs qui, ce jour-là, forcèrent un renard en quinze mi-
nutes. Ayant eu le plaisir de le revoir le soir chez sir Bellingham,
je lui demandai s'il n'était pas dangereux démonter à cheval quand
on n'avait qu'une main de libre. Il me répondit que son cheval
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LES CHASSEURS ANGLAIS EN 18b2. 317
était trè»-doQx, et ne TaTait jtmais jeté par terre. — Ne vous y fiez
pas» répliqaai-je à mon tour; et notre conTersaUon finit là. Le
jour soÎTant, nous chassâmes un autre renard qui nous fit courir
une heure dix minutes. Au milieu de cette course rapide» il Tallut
sauter un ruisseau. Nous étions tous sains et saufo sur l'autre boid
lorsque Stanhope arrifa. Malheureusement pour lui, il sauta sans
afoir choisi sa place, et il toml» avec son cheval. Nous le crûmes
tous mort, car ce ne fut qu'au bout de cinq minutes qu'il com-
mença k donner quelques signes de vie. On le saigna à Bosworth
avant de le ramener chez sir Bellingham, et le docteur eut toutes
les peines du monde à lui persuader qu'il avait deux ou trois côtes
enfoncées. Cependant une petite toux sèche et d'autres symptômes
également infaillibles ne permettaient pas de conserver le moindre
doute i cet égard; mais il repoussa tous les conseils qu'on lui
doona^ affirmant qu'il serait parfaitement rétabli sous peu de jours;
Aussi, le jeudi suivant, à peine entendit-il résonner le cor qui ap«
pelait les chiens k la chasse, qu'il se leva et monta à cheval, tenant
toujours son bras en écharpe.
Ce jour-là, quelques chasseurs, parmi lesquels était M. Stanhope,
se trouvèrent tout à coup à l'extrémité d'un champ fermé. Un des plus
hardis cavaliers de la Grande-Bretagne descendit de cheval, chose
rare, et essaya d'enlever quelques pièces de bois d'une barrière qui
lui paraissait infranchissable. « Laissez cela, lui dit tranquillement
M. Stanhope; j'ai un bon cheval. » En achevant ces mots, il lança
son cheval contre la barrière ; mais la pauvre béte retomba à terre
avec son maître, après un eifort inutile. Alors sir Bellingham s'ap-
prochant de son hôte : « Stanhope, lui dit-il, vous êtes un brave;
mais, au nom de Dieu! vous ne remonterez plus à cheval aujour-
d'hui. Allez à Leicester, montez dans votre voiture, faites-vous con-
duire à Londres, et soignez-vous. » Stanhope suivit enfin ce sage
conseil, et M. Ueaviside constata qu'il avait deux côtes brisées et
le sternum enfoncé.
II parait, si nous en croyons Nemrod, que sir Bellingham
aurait dû profiter quelquefois, pour son propre compte, des
excellents conseils qu'il prodiguait aux autres :
Comme tous les cavaliers un peu hardis, sir Bellingham Graham
fit plusieurs chutes graves; mais, deux fois, il échappa par miracle
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316 LES CHASSBUBS A9GLAIB EK IBiA.
à la mort. Un jowr, il poursuivait «n reaard de très-près, qinndll
raacoatra une bortière four les boeufe. Traés chasseors inlvépite
étaient sur ses iaWas... Janais sîr BeUhiginm n'aimit fait voMa-
faœ. Il lance son cheval, qoi saute et ^i, retomliant sur hb pa»
teaw» Tenvcrse son aaâtre sous lui. Tout «toujdi 'de sa oliole ,
sir fidlingham se relève «t ae react en selle ; nais quelquea pu
pte ioin, sîr fiarry Goodrîcke, s'aipensevant qu'il chancelait, ea«>
rul i son seooars, et farviiit à Tempécher de tomber. Depvis w
n»ment, c'ert-è-dire di^oîs midi jusqu'à neuf bernes du soir, le
lendemain, sir Beilingham resta sans connaissance» «craché sur «■
tas «de fein, oii<ses annîB t'avalent transporté. On eut les «raînies Jea
pi«B aériennes pour sa vie. Le premi>er jmir^ «n le satgna trois Mb.
Il garda ensuite ia liât pendant cinq javrs. le septième jour^ ses
amis fiareat ètan»semen t sntpris de Tapercevair en calèdhe à Scrap-
toff. n il avait voulu, disaîl-él, assîMr srarplement au départ des
chaens« i» Cependant sa Toiture ne pcpavant pas dépasser 'sne
certaine limite, il «onU «n <flieval très-éevx, qifil avait
fait amener tout exprès, et enveloppé dasM «ne ^épaisse redingale
et^ans un <Mle, il atle&dit patiemment Couverture de la chasse.
Le renanl fat Menlôt lancé. BisfffaenreiiseBBent pour sîr 9cS-
ingham, il -Aécmtt «ne lègève i»uit)e, Kvint sur ses pas «I dè>
pista les «dhiens. A t^eVte vue, sir Béifingfaam Iran éalin se dé-
bairasse des vêlements qm le gênent, lance son cheval au galop, et
ramène les chiens sur la pîsle. Un instant après, A «*apercoU
qif une aosnclle etreur vient fl^^étre comnnse; H amrdie son vnt &
un piqueur, car il ne pouvait parier, «n sonne avec une vigueur
peu commune, puis, empoitéparsa passion, 11 'suît la éhasse pendant
une tieure «ft demie, franchit des barrières, saute des fossés et ne
s'arrête enfin que lorsque le lenard, épuisé de fatigue, s^est Inssè
pnendre parles chiens sous ses yeux. Alors, le visage couvert d\me
pîflcnT mortelle, ildescend ^e cbeval, « s*asseyairt par terre : « Keu
seul, s'ècrie-t-il, sait comment je regagnerai mon lit.»
L'exemple de sir Bellingham trouve chaque Jour de nom-
breux imitateurs. M. Henry Kii^scote montait un cheval
borgne. A la suite d'une longue course, l'œil unique de cet
anÉHud s'entaflHBa, et la«^îcr.acqiitlNefitlti9aB46peB8
laprouve^ioe In pauvre bAeiie^ii!^Ss{^aitplnsTîm*âevaBt
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LB8 GDAflSRnS A1I6L4IS SV «BMi. 319
eOe. D ne s'e« mqaiéta pas cepêmlmft; et Inen qa^H tombU
ùisteBt sur une hute ou daos vu fossé, îl suivit h
l'i la te. Il avait feit osée chutes ^gncfes.
M. Âssheton Smith (le Tom Snith si connu des chasseurs)
était enoem fdas diifidie à confeater. fl ami calcnlé qa'il
tonbaîlytm moyenne, quatre-yingfts oa cent fois chaque année.
Un jonr il snivait à la dnksse M. John White , qui, arrivé le
pranier devant une haie, au u&A endroit qni fAt praticable,
s^éfcait engagé, mais ne pouvait pas parvenir à en sortir.
«Avanoes donc, toi cm M. Saoîth. — Impossible, répondit
H. liXUte. — Un bon coup d'éperons, et vous <6les de Faotre
cbiè. — Corfalenl répliqua IL Wiiite farieux, si vons êtes si
pressé, pcarquoi ne me poossez-vons pas?)» A ces mots,
M. Smith s'élance comme à l'assaut, envoie M. White tomber
avec MB tdbevBi dans le champ msin, et Ipqus deux oontî-
oneat knr chasae ooniiie si elle n'avait pas été nlerrosipu^.
Les thevatox de M. Snitfa étaient, A ce qu'il paraft, habi-
taés à ne reculer devant nncan obstade; car on jour, tandis
que «et intrépide ohaBsenr m reteum^ peur exdter ses
, hdbBvwi qu'il monteât s'âança avec lai «a miliea d*iai
i profiand eu ils finHirent se noyer tous deax. Td «aaftre,
td valet, dit le fro^ibe. iadk Shîrief , un des piquemrs de
ILâttilii, griopailA la descente d'une côte escarpée, les vènes
pendanteB, un énenne couteau <nrvertdaBs ta bmdhe, et
trés-eénensenaent occmpé i mettre une notr^lle m&die A son
Kans ipencnons nndlqAier A Tinfini des ameedoites de oe
geare. Un piqneur de IL Lambton franchit une InmAe barrière
de bois poiur mnsttre les «Ineas sur la voie. Le <A»oc egt m
râlent ^pe ia pauvre béte, incapable de nl^B^ler, toid»é
tene nvee un bruit AamUe, la lète en avant ; Ile cwvalîer fuito
debout sur sn rHu, et ne •œsee pas an eeul imttant d'esciter
lesthiens delà voix. Un autre chàaBearatvafit b^ un nombre
prodigieux de chutes, laass il ne s*étail jamais blessé. €n
jonr— jour néfaste — son cheval s'abattit sur lui, et pour
■oasserrindas expnmiom de Kemrod, le roula comme «n
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aSO LES GflASSEURS ANGLAIS BN 18^2.
cuisinier fait d'une croûte de pâte. Lorsqu'il se releva il était
tout aplati, et il pouvait è peine se tenir sur ses jambes. Ce-
pendant il remonta à cheval, a Cette fois-ci, grommela-t-il
entre ses dents, je dois être blessé. x>
« — J'ai un mauvais cheval, disait un autre chasseur; non-
seulement il tombe souvent, mais quand il est par terre il
reste sur moi pendant plus d'une demi-heure. »
— Un quatrième original de la même force eut la conver-
sation suivante avec Nemrod : « Âh ! monsieur, j'ai été cruelle-
ment maltraité; j'avais trois côtes enfoncées du côté droit,
deux du côté gauche, les os du cou brisés, une cuisse cassée,
et j'étais scalpé.Yous vous rappelez Valentine de sir Watkins?
— Sans doute ; la béte la plus vicieuse qui ait jamais porté
une selle.
— Eh bien, monsieur, au moment où nous partions à la
poursuite d'un renard , elle me jeta à terre et me détacha de
telles ruades sur la tête que la peau de mon front tombait
sur mes yeux et le long de mes joues. x>
Un des veneurs de M. Newton Fellowes fut plus heureux.
Sautant un jour par-dessus une barrière sur une route récem-
ment chargée de pierres, il eut la présence d'esprit de saisir
au vol une branche d'arbre suspendue au-dessus de sa tête
et de laisser son cheval continuer seul un saut trop dangereux.
Il y a quelque temps, une jeune femme, qui avait pris le
chemin de fer pour se rendre à Souths^pton, eut la douleur
d'être séparée à tout jamais de son nez par une pièce de
bois qui le lui emporta. Dès que ce malheureux événement fut
connu, le nombre des voyageuses diminua de plus de moitié
sur ce chemin de fer. Ainsi, à en croire quelques historiens,
les jeunes patriciens de l'armée de Pompée s'enfuyaient en
désordre quand les vétérans de César visaient à leurs visages.
L'accident arrivé à M. Wiliiamson aura sans doute guéri plus
d'un Meltonien de sa passion pour la chasse. Mais cédons
encore une fois la parole à Nimrod :
Billy WlUiamsoa , dit l'auteur des BuMing tours, fat mis ce
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LES CHASSEURS ANGLAIS EN 1842. 321
jour-là hors de chasse, qu'on me permette celte expression, par an
aiïreux accident. Nous franchissions une petite barrière qui nous
séparait de la route, lorsque son cheval s'abattit et le jeta à terre
avec une grande yiolence. Comme je le suivais de très-près^ je m'a-
perçus immédiatement que l'accident était grave; car, dès que le
jnaitreet Tanimal se furent remis debout sur leurs jambes, ils allè-
rent l'un à droite, l'autre à gauche. Les mouvements de William-
son avaient quelque chose d'effrayant; il courut comme un fou
furieux tout le long de la route, en frottant sa tcte avec ses mains
pendant plus de cinquante verges, puis il s'arrêta tout à coup et
tomba à terre. M. H. et moi, nous courûmes aussitôt vers lui, et
nous Vaidâmesà se relever. Toutes les dents du devant de la mâ-
choire supérieure étaient brisées; il vomissait des flots do sang, et
il se'pbignait beaucoup de la tête. Il est complètement guéri à
présent; mais c'est une triste chose de se voir, dans la fleur de
l'âge, défiguré pour jamais. Plus tard, il racontait sn disgrâce :
« Je n'aurais pas, disait-il, donné mes dents pour I,000 liv.; mais
j'en regretterais moins cruellement la perte si cet accident fût ar-
rifé à la fin d'une belle chasse. »
En général, les chasseurs aiment mieux sauter des barrières,
des murs, des haies, que des cours d'eau. La crainte de
prendre un bain froid calme l'ardeur den plus intrépides.
Toutefois, quand la nécessité l'exige, ils s'exécutent avec un
empressement et un sang-froid remarquables ; souvent même
ils bravent le danger uniquement pour se procurer un mo-
ment de distraction. M. Mytton, un des plus hardis cavaliers
de notre époque, sauta un jour, à la fin d'une chasse, une
rivière qui avait plus de sept verges de largeur. Une autre
fois il s'engagea à faire faire au même cheval — le fameux
Bwronet — un saut encore plus extraordinaire par-dessus des
claies; mais Baronet, qui avait sauté plusieurs fois admira-
blement avant l'heure fixée, refusa de recommencer en pré-
sence des juges, et son mattre perdit son pari.
Lord Alvanley et M. Maher parièrent un jour cent guinées
qu'ils sauteraient un ruisseau de six verges de largeur sans
troubler en rien la surface de l'eau. Ils sautèrent l'un après
5* SÉRIE. — TOME XI. 21
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322 LES C1U5SEUBS ANGLAIS EN i8ik2.
Tautre; mais le cheval de lord Alvanley fit tomber un peu de
boue dans Teau, et les juges dédarëreni à Tuioiiimité qœ
M. Maber avait gagné les cent guinées*
Si le cheval qai santé un covrs d'eao n^atteint pas la me
opposée, le malheur de son cavalier inspire rarement à ses
compagnons de plaisir qnelqne sentiment de pitié. Lorsque
te fameux Dick-Knight chassait dans le Northamptonshire, il
aperçut un jour, en sautant une large et profonde rivière, un
fnFortuné gentleman que sa monture avait précipité au milieu
même de la rivière, et qui se débattait contre le courant :
« Vous nagez comme un bouchon, » lui cria-t-il en riant, sans
songer à s'arrêter pour lui porter secours.
Nemrod raconte dans son ouvrage intitulé The chose» thê
turf and the road^ une anecdote du même genre, mais encore
plus caractéristique. Il s'agissait de firanchir le Whissendine»
ce Rubicon des Césars de la chasse. Sept cavaliers arrivaient
en même temps sur ces bords fiuneux; trois s'arrêtèrent tout
court, car leurs chevaux refusaient de sauter; cependant une
seconde tentative fut plus heureuse, et ils parvinrent sains et
saufs sur la rive opposée : les quatre autres étaient tombés
avec leurs montures au milieu du ruisseau. « Quel est celiii
d'entre nous qui disparaît sous son cheval ? demanda M. Green
de Rolleston, non moins bon chasseur qu'excellent cavalier , et
dont la vieille jument avait rasé la surface de l'eau aussi l^è-
rement qu'une jeune hirondelle qui se mire en se jouant sur
les flots par un beau soir d'été. *- C'est M. Middleton Bid-
dttlph, répondit une voix. — Pas de méchante caloraniep s'é-
eria M. Middleton Biddulph; me voici. — Alors, répliqua lord
Forester, ce n'est que Dick Christian; il est habitué à de pa*
reils malheurs. — * Mais il va se noyer, s'écria avec effiroi lord
Kinnaird. -^ Il n'y aurait riem d'étomnamt, répondit M. Wil-
liam Coke, mais nous n'avons pas le temps de nous en ocot*
per. En avant, messieurs* » Ce malheureux Dick Christian, qui
inspirait un si tendre intérêt à M. William Coke, est un cé-
lèbre écuyer ; il dresse de jeunes chevaux à la chasse an renard
moyennant la faible somme de 15 shellings (23 fr.) par jour.
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us CHASSECBS AVQLAIS JÊM 1819. 39S
Les murailles sont plus dangereuses que les coms d*eaii;
iHis les cheraux et les cavaliers irkndais les affironteat avec
la plus par&ûte indifléreiiGe. Aox graiides foires de cheraax
de Ballinasloe, tous les chevaux dâiiveat snter le mur da
marché» haut de plus de six pieds; et H. Blaine affirme avoir
fil une jHment irlandaise, qui n'était pas de par sang, sauter
dans le Parfc-Phœnix un mur de sept pieds, coMtmit tout
exprès. En 1798, un aatre cheval irlandais appartenant k
M. Bingham, sauta deux fois de suite le mur d*Hyde-Pait
à un endroit où il avait huit pieds de haut« La seconde fois
il déplaça seulement quelques pierres. M. Mytton a passé un
jour par-dessus une porte hanie de sept pieds avec un che-
val que Nemrod lui avait vendu cinq cents guinées. Toutefois,
SI nous devons ajouter foi aux indiscrétions de Neaorod, dans
le pays quThabite M. Mytton, c'est-à-dire dans le Shn^bire»
kmqu'on désire connaître d'avance les exploits foturs d'un
diasseur, on ne demande pas — qad cheval monte-t-il aujour*
dirai? mais -» combien de bouteSles *-441 vidées ce matin?
Les chasseurs de renards s'exposent qadquefois à d'aussi
glands dani^rs en traversant les cours d'eau à gué ou à la
nage qn'en faisant les sauls les plus périUeax. Il y a quel-
ques «uiées, trois gentlemen se noyèrent le même jour dans
divers comtés. A ce propos, nous croyons utile de relever
Me grave erreur commise par Nemrod et asset généralement
lépandae. c Un de ces trois chasseurs, M. Theakstone, dit-il» .
était un excdient nageur, mais on doit croire que le poids
de ses habits l'a entraîné an fond de l'eau, car les habits d'un
chasseur pèsent an moins dix livres lorsqu'iU sont secs et le
double quand ils sont mouillés. » Comment ce savant et spi*
ritael écrivain a-l41 pu écrire une pareille phrase? Ignofe4-il
donc que l'eau ne peut pas augmenter le poids d'uo objet
qnalcoaciae {dacé dans l'eau? Vu reste, nous devons recon-
naltare «pmTleattod donne d*exoslIents conseils aux sportsmen
qd se trouveraient obligés de passer une rivière profonde avec
leur dieval. Il leur recommande de quitter la selle, de se tenir
dans rean jusqu'au cou et de ne pas Ikher la crinière. Après
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SSk LES CHASSEURS ANGLAIS EN 181^2.
tout, la manière de se tirer d'aiFaire en pareil cas est de sui-
vre Texemple d'un gentleman de StafFordshire qui chassait
un jour avec feu M. Meynell, le grand M. Meyndl, comme
disent encore les chasseurs. Avant de se mettre à Teau, il
s'était complètement déshabillé et n'avait gardé que son vê-
tement indispensable « Avez-vous vu la chasse? demanda
lord Forester à un paysan. — Oui, monsieur, répondit cet
homme; mais elle est déjà loin d'ici. — Qui est-ce qui sui-
vait les chiens? dit alors son Excellence. — Je n'ai vu que le
meunier, répliqua le paysan; mais il allait bon train, je
vous assure. » Ce prétendu meunier était M. G. en cherme.
. Lord Byron a fait de don Juan un chasseur assez distin-
gué. ((Il sautait, dit-il, haies, fossés, doubles clôtures; il ne
caponnait jamais (lord Byron dit craned]^ il ne faisait qu'un
petit nombre de faux pcLs,., . il violait, il est vrai, divers sta-
tuts des lois sur la chasse, car le jeune homme le plus sage
fait souvent des fautes; danç plusieurs chasses, il laissa son
cheval passer par-dessus les chiens, et dois-je le dire? une fois
par-dessus quelques gentillâtres provinciaux. »
Sauter par-dessus un chasseur au risque de lui casser la
tête, c'est une peccadille dont les plus habiles sportsmen se ren-
dent journellement coupables. Un ami de Nemrod lui racon-
tait que dix-sept chevaux avaient sauté l'un après l'autre au-
dessus de lui sans lui faire aucune blessure grave; il n'avait
eu qu'une légère contusion au bras droit. Le duc de Wel-
lington, chassant un jour dans le Hampshire, fut jeté avec sa
monture au fond d'un fossé, et il vit huit paires de sabots or-
nés de fers brillants passer successivement à quelques lignes
de ses yeux.
Une fois lancés, certains chasseurs ne peuvent plus s'ar-
rêter; il y en a même qui partent avant les chiens ou qui
cherchent constamment à les dépasser. Un vieux marin avait
été invité par lord Hivers à une partie de chasse. Dès que le
lièvre fut lancé, il s'élança ventre à terre à sa poursuite.
« Que diable prétendiez-vous faire? lui demanda son hôte
quand il fut revenu auprès de lui après une course inutile.
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LES CHASSEURS ANGLAIS £N 18^2. 325
— Forcer le lièvre, répondU-il ; n'est-ce pas dans ce but
que nous le chassons? Si vous aviez tous suivi mon exemple,
nous le tiendrions déjà.» — «Monsieur, disait M. Ward à
un autre de ces héros impatients et inexpérimentés, pensez-
vous que vous pourrez forcer le renard vous-même? — Non,
monsieur. — Alors retirez-vous et laissez mes chiens le
chasser. »
<K Prenez garde aux chiens, monsieur, criait un jour Watty
Wilkinson à un dandy. — Oh! mon cheval ne rue jamais.—
le vous crois, mais il pourrait leur écraser la queue. »
M. Corbet affectait en pareille circonstance une politesse
ironique. « Ce n'eêt rien^ dit-il à haute voix en passant près
d'un chasseur qui venait de tuer un chien ; on a tué le meil-
leur chien de ma meute : voilà tout. »
Lorsque les conseils bienveillants ne produisent aucun
effet, M. Beckford engage ses confrères à employer successi-
vement les allocutions suivantes : « Je vous en prie, mon-
sieur, arrêtez votre cheval. — Je vous en prie, arrêtez-vous.
—Dieu vous bénisse! monsieur, arrêtez. — ^Dieu vous damne,
monsieur, arrêtez votre cheval. » M. Nicholls avait un jour
profité de la leçon de M. Beckford; mais le gentleman auquel
il s'adressait prit la chose au sérieux : « M. Nicholls, s'écria-
t-îl, je ne suis pas venu ici pour être damné. — En ce cas,
répliqua tranquillement M. Nicholls, retournez chez vous, et
soyez damné. »
Un bon cavalier peut-il soutenir son cheval avec sa bride,
Fempécher de tomber quand il fait un faux pas, ou l'aider à
s'enlever quand il veut sauter? Blaine et Nemrod n'hésitent
pas à l'affirmer ; mais le lieutenant colonel Greenwood, un
des meilleurs cavaliers de la Grande-Bretagne, a publié il y
a quelques années, un petit traité de l'équitation (1), dans le*
quel il émet et défend l'opinion contraire.
On entend souvent, dit-il, un cavalier assurer qu'il a enlevé
(1) Binti on horsemanêhip, by an officer in the household brigade
CtTalrj. LondoD, 1837.]
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398 LES GHASSECBS ANGLAIS BK iSk/à.
ton cheval par-dessus une barrière, on que son cheral anrait Mt
plusieurs chutes s'il ne l'eût pas soutenu. II importe de relefer
cette erreur vulgaire, qui repose sur une i«ipossibîlilè mécaniqm.
Dix hommes pourraient sans doute, à l'aide d'un cric, somleverle
poids d'un cheval; mais attachez ce poids â la faible rêne d'à
bride de femme» une jeune amazone le soulèvera-t-elle de i
gauche? Je ne le pense pas, bien qu'on le croie génëralemeat...«.
Cette erreur à des conséquences fâcheuses : plus d'une fois un ca-
valier tourmente son cheval alors qu^îl devrait au contraire l'aban-
donner entièrement à lui-même. En serrant sa bride et en lui cau-
sant une douleur plos ou moins vive à la bouche, il l'oblige i
secouer en l'air la télé et le cou; il l'empêche, par conséquent, de
choisir Tendroit où il doit poser le pied dans un passage difficile et
sauter une barrière. Quand le ébeval libre fioiit un faux pas, fl
baisse la tête et le cou. En effet, ses épaules se trouvent alors dé-
iMirrassées d'usé partie de leur poids, et il profite de cet instant
pour tenter de se remet<re debout. Le ooutraignez-vous ea puiuil
cas à relever la tête et le cou, uius charges ses épaules d'uu poids
inutile; en outre, vous retirez à ses jambes la foroe musculain
qu'il emploie pour faire un pareil mouvement.
Il y a donc impossibilité mécanique à soutenir un cheval laah
qu'il tombe. Je démontre cette vérilé de la manière suivante :
Aucun corps ne peut être mis en mouvement sans une force
étrangère, ou sans un point d'appui étranger :1a force d'un cavalier
n'est pas une force étrangère, puisqu'elle est employée entièrement
sur le cheval; elle ne peut pas trouver un point d'appui étranger.
Un homme assis dans une barque peut, à l'aide d'une rame, ac-
oâérer ou ralentir la marehe de la barque, parce que sa force agit
par cette rame sur l'eau, qui est dans ce cas un point d'appui
étranger; mais s'il tirait violemment, dans un sens ou dans un
autre, la chaîne attachée à l'extrémité de la barque, il n'obtiendrait
plus les mêmes résultats, car il manquerait alors de la force et ûa
point d'appui néoessuires.
Hais laissons là cette intéressante digression et revenons
à nos renards ou plutôt à nos chasseurs, à H. Hansted, dont
la noble conduite nous fera bien vite oublier les sottes bévues
que nous avons reprochées à ses indignes confirères. M. Ha
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LES CHASSEUES ANGLAIS BN 1819. SST
ted exerçait près de Newirary là profession de médecin. Un
joor il donna Tordre à son jardinier de tendre an piège dans
son jardin pour s'emparer de quelques animaux malfaisants
qai venaient la nuit manger ses fruits et ses légumes. Le len-
demain matin cet homme apportait à son maître un beau re-
nard qni avait une jambe cassée, a Malheureux, s'écria
M. Hansted pourquoi ne m'avez-vous pas réveillé de meil-
leure heure? je lui aurais remis la jambe. » Le jardinier était
stupéfait : « Il vaut mieux tard que jamais, dit le proverbe. »
H. Hansted, pansa la pauvre bëte, la soigna pendant plu^
neuis semaines comme le plus cher de ses malades ; puis,
quand il Veut radicalement guérie, il lui rendit sa liberté, et
quelques mois après il la tua de sa propre main à la fin d*une
cKasse magnifique.
« Je n'ai pas vu, disait souvent lohnKemble, un amateur jouer
assez bien la comédie pour pouvoir gagner treize shellings
par semaine à Covent-Garden otf à Drury-Lane. Ainsi, malgré
Its éloges qu'il leur prodigue sous tous les rapports, Nemrod
place toiqours les plus fameux sportsmen de la Grande-Bre-
tagne, le duc de Cleveland, M. Ralph Lambton, M. Nicholls,
M. Mttsters et autres, bien au-dessous des veneurs de profes-
sion : « n chasse bien pour un gentleman, )) disait un piqueur
célèbre en parlant de M. Ralph Lambton. Le duc de Cleveland
donnait tons les jours, sans exception, leur ration à ses
ekiens; mais il est permis de douter qu'il exerçât sur eux une
autorité égale à celle dont le nourrisseur [feeder) de sir Bel-
lin{^ham Graham nous fournit un exemple.
U oiiTre à deux battants la ptrte du ctonil , raconte on témoîii
•caUire, ei se teoant debout à une œrtaine distance» il appdle
plasienis chiens par leurs noms. Alors il se promène devant
les auges, renvoyant à leur place habituelle les chiens qui ontaul
fisamment mangé. Pas un chien ne cherche à franchir le seuil de
la porte. Ce jour-là» Yulcain, le chef de U meute» se trouvait près
de la porte, attendant patiemment qu'on l'appelât. J'en fis la r^
marque à voix basse^ mais il entendit son nom^ et il accourut
aussitôt lécher la main de sir Bellingham. Bien qu'il se trouvât
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338 LES CHASSEURS ANGLAIS EN lWk2.
alors à quelques cenlimclres d'une auge remplie d'une pAtéeodo-
ranle, il n'essaya pas d'y loucher. — Vulcain, lui dit son maître,
TOUS n'avez rien à faire ici. Aussitôt il se relira, et il alla rejoin-
dre ceux de ses compagnons qui étaient encore à jeun.
Une autre meute était tellement bien dressée, que, lorsque
le veneur prononçait ce mot de bitches (chiennes) , toutes les
femelles sortaient des rangs et venaient auprès de lui.
Un bon veneur doit connaître non-seulement les noms et
la physionomie de chacun des chiens de sa meute, mais ses
forces et son caractère. Il faut aussi qu'il ait une voix forte,
pure et mélodieuse. Enfin, pour rendre sa tâche moins pé-
nible, il est nécessaire de donner aux chiens des noms faciles à
prononcer, «Voulez- vous, dit l'auteur de l'article kound [chien]
dans l'Encyclopédie britannique, voulez-vous donner des
noms à vos chiens ? choisissez de préférence des mots de deux
ou de trois syllabes brèves, bs spondées ne convenant nulle-
ment à un pareil usage. » Du reste les amateurs pourront con-
sulter une liste de quatre ou cinq cents noms cpie M. Blaine
a insérée dans son ouvrage. «Peut-être, dit Nemrod, nous
fera-t-on un reproche de donner à des chiens des noms de
femmes ; on aurait tort cependant ; car après une belle femme,
il n'y a rien de plus beau sur la terre qu'une belle chienne.»
Nous ne saurions mieux terminer cet article, entièrement
consacré aux fox huniers, que par les deux citations suivantes,
qui en deviendront pour ainsi dire la moralité.
Si elle ne délivre pas l'Angleterre d'une grande quantité
de bètes malfaisantes, la chasse au renard produit du moins
— à en croire ses plus ianaticpies partisans — d'immenses
résultats sociaux. D'une part, elle tend à niveler toutes les
conditions; d'autre part, elle forme de braves et de vaillants
soldats. «La chasse, dit Nemrod, est une espèce de ftte
saturnale, dans laquelle tous les rangs sont confondus, tous
les privilèges cessent d'exister. Celui qui monte le meilleur
cheval et qui est doué de la meilleure constitution occupe la
première place pendant toute la journée. Un garçon boucher,
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LES CHASSEURS ANGLAIS EN 1&V2. 329
solidement assis sur son pony, peut jeter de la boue à la
figare du premier duc du royaume. Tel est, bien qu'on y font
peu inattention, un des nombreux avantages dont jouit le peuple
dans un pays de liberté. )> Cédons maintenant la parole à un
Tieil écrivain : « Quel fantassi;i s'élance à l'assaut avec plus
de courage que le jeune homme qui a depuis longtemps Tha-
bitude d'escalader les fortifications des prairies ou des jar-
dins ? quel cavalier maintient et dirige son cheval avec plus
d'adresse et d'intrépidité au milieu d'une mêlée, que celui qui
a passé sa vie à sauter des barrières, des fossés, des haies ou
des murs ? Instruit par l'expérience, le chasseur de renards
sait se tirer d'affaire dans les plus mauvais pas ; collines ou
yallées, marais ou déserts, défilés ou précipices, rien ne l'ar-
rête, rien ne l'effiraye ; il est capable de supporter une longue
fatigue; il sait dresser une embuscade, surprendre l'en-
nemi, attaquer ou battre en retraite à propos. Que de fois
le chasseur de renards n'est-il i)as revenu dans ses foyers
après avoir vaincu les ennemis de sa patrie ! Que de héros,
héritiers de ses vertus et de sa valeur, n'a-t-il pas laissés en
mourant à son pays I d
(Edinburgh Remew.)
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DBS COLONIES ANGLAISES
COflSISÉMÉMS
COMME POSITIONS MILITAIRES^
Sixième article (1).
Le trident de Neptaae est le iceptse da neade (S).
ux. — PQcuHPÉiriifa.
Tirant une ligne de Trinquemaie à environ dix-huit degrfi
plus loin de longitude est, nous arrivons à Tile de Podo*
Pénangy située à l'entrée septentrionale du détroit de Ml-
lacca et à peu de distance de la péninsule du même nom.
Celui que les indigènes !donnent à celte tle vient du palmier
qui produit l'arack, dont elle est couverte, et je Tai adopté de
préférence à l'appellation anglaise d'Ile du Prince de Galles;
c'est le nom original.
La Compagnie des Indes-Orientales a au moins autant de
droit que le roi d'Espagne à prendre la fameuse devise
Id utmmque felîx ;
car de ses vastes possessions, celles qu'elle n'a pas gagnées
par la victoire elle les a acquises à titre de don gratuit, et
c'est à ce titre qu'elle est devenue maîtresse de Poulo-Pénaflg.
(1) Voir les numéros de décembre 1841, février, mars, mai et juiolMi
(2) NoTB DU DIRECTEUR. L'autcur anglais a jusqu'ici attribué à la Harps
ce vers de Lemierre, que ce poëte appelait le vers du sUele. lusà m
bomme d'esprit impatienté dit-il un jour que Lemierre avait le rers soli-
taire.
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DES COLOHUS AHfiLAISES» ETC. 331
L'histoire de cette Ile est quelque peo romanesque. Après
Mre restée déserte et sans eulture pendant des siècles» elle
appartenait an roi de Quedah, dont la capitale était située
sur le continent En 1785, le capitaine d'un navire armé daot
rinde vingt jeter Tancre dans le port de Pénang pour y faire
de l'eau. Pendant cpie ses matelots étaient occupés à roonplir
ses pièces, il imagina qu'il serait civil à lui d'aller présenter
ses hommages à sa majesté le roi de Quedah. Or» tandis qu'il
était aUé £aire ses révérences an petit lever ou darbar, la pim*
oesae de Qœdah» soit curiosité, soit tout autre motif, s'ar«
langea pour voir le capitaine anglais, et à la première vue
éUe s'éprii d*nne belle passion pour lui. Au lieu de dévorer
ses sentîinents et de cacher ses pensées, elle révéla l'état de
80ii€aDarasonpapa,elIui,en honnête homme qu'il ètait,jetail
un regard miséricordieux sur les passions de mademoiselle sa
fflie, consentit au mariage. Comme il ne savait pas ce que
c'était que la diplomatie, il conta tout naïvement le cas as
marin anglais, et lui offrit avec la main de sa fille la propriélé
de la bette Ile boisée où il avait laissé son navire à Fancre.
Le galant marin, qui s'appelait Light, trouvant qu'une
princesse avec une Ile était un assez bel établissement, ao*
cepta Faffiiire, qui s'arrangea. Mais elle ne fut pas plus tôt con-
due, que Thonorable Compagnie des Indes le força à lui
livrer son Qe pour la somme de 30,000 £ (750,000 fr.).
Malgré l'envie qu'il avait de garder son royaume pour lui, il
bUnt céder, tt céder pour une somme qui ne représentait
eertaineineiit pas un dixième de la valeur réelle de cette Ile.
Cependant le transfiort fut consenti par le roi de Quedah, ipà
céda hii-mëme à la Compagnie, et ea Tannée 1800, une cer^
taine étendue de territoire siur la côte Malaie, vl8-4-vîs l'Ile de
Pénang, depuis l'embouchure du Qualla-Madda jusqu'àcetledu
Krian, eÉk>ng de trente-cinq milles sur une largeur moyenne
de quatre. La Compagnie s'était d'abord engagée à payer
pour la possession de l'Ile une r^te annuelle de 6,000 dollars
[H,&»t); cette rente fut portée ensuite à 10,000 (53,000f },
lors de la ooncessioa du territoire continental, qui fut appelé
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332 DES COLONIES ANGLAISES
province Wellesley. Les mesures prises pour attirer des colons
dans rtle et la défricher en ont aujourd'hui porté le nombre
à plus de 60,000. Cette population est ce qu'on appelle en
France une macédoine. On y trouve des gens de tous pays,
des Arabes, des Arméniens, des Bengalis, des Battas, des
Birmans, des Chinois, des Chalcas, des Caflres, des Chrétiens
indigènes, des Malais, des Boujis, des Parsis, etc., etc., sans
parler des Européens et des Cipayes. On y compte 1,300 cri-
minels déportés des présidences, et employés là, comme à
Singapore, aux défrichements. Une fois mis en valeur, le sol
est très-riche , donnant en abondance tous les produits des
tropiques. Parmi les plantes qui y croissent naturellement,
on remarque ce jonc solide, souple et à nœuds, dont on Sait
des cannes si connues ; on les appelle dans le pays juges de
paix de Pénang, et si nos tribunaux avaient le talent de ter-
miner les litiges soumis à leur sagesse aussi rapidement qu'on
le fait avec ce produit du règne végétal de TOrient, il n'y
aurait pas lieu à augmenter le nombre de nos juges, comme
on l'a fait encore récemment.
Le détroit qui sépare l'île du continent a environ deux milles
de large, et on dit que les animaux le traversent assez sou-
vent à la nage lorsqu'ils veulent changer d'air ou d'eau,
pour le bénéfice de leur santé probablement. J'ai entendu
raconter la merveilleuse histoire d'un terrible combat entre
nn alligator et un tigre. Une chaîne de montagnes nommées
Tandjong lancent dans le détroit deux promontoires, sur
l'extrémité de l'un desquels sont construites la capitale, appe-
lée Geôrge-Town, et la citadelle, qui protège et défend le
mouillage, lequel est sAr par toutes les saisons et par tous les
vents. Le ciel, même au renversement des moussons, est
toujours clair et serein dans ces parages; le vent n'y est ja-
mais violent; et enfin Pénang est l'un des lieux les plus salu-
bres de notre empire asiatique. Le détroit de Malacca, formé
par la péninsule Malaie et l'ile de Sumatra, est comme un
entonnoir; il va sans cesse en se rétrécissant du cété de son
extrémité sud-^st. A son extrémité nord est l'Ile de Pénang,
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CONSIDÉRÉES COMME POSITIONS MILITAIRES. 333
placée là comme une sentinelle pour garder le passage. En
temps de guerre, une frégate et une corvette seraient plus que
suffisantes pour le défendre et pour donner la chasse aux pi-
rata qui souvent infestent ces mers.
Poulo-Pénang a été pendant longtemps un des principaux
entrepôts du commerce de Topium, le plus singulier sujet de
guerre qu'on ait jamais vu. C'est pour le défendre que nous
avons déjà enseveli bien des braves dans les rizières de Chu-
san, et c'est à cause de Poulo-Pénang qu'on a vu récemment
plus d'un soldat chinois cuit en papillote dans ses habits de
coton, à la sauce de pierres à fusil avec un ioufflé de poudre
à canon.
XX. — BIÂLACCA.
Cette colonie, située sur la péninsule du même nom, entre
Pénang et Singapore, a suivi le destin de la plupart des colo-
nies asiatiques. Prise en 1511 sur les Malais parles Portugais,
elle a été enlevée à ceux-ci en 16^0 par les Hollandais. A
notre tour , nous nous en sommes emparés en 1795 pour la
rendre à la paix d'Amiens. Reprise par les Anglais en 1807,
elle a encore été rendue aux Hollandais en 1815 ; mais enfin
elle est retombée une troisième fois dans nos mains, en com-
pensation de quelques établissements que nous avions formés
à Sumatra et que nous avons abandonnés à la Hollande. L'im-
portance de Malacca vient des riches mines d'étain qu'elle
possède dans son voisinage. Elle n'a de valeur comme posi-
tion militaire que parce qu'elle possède un excellent port et
peut fournir de la viande et des provisions fraîches de toute
espèce aux bâtiments qui viennent y mouiller. C'était le lieu
de rendez-vous de l'expédition destinée contre Java, et pen-
dant le temps de son séjour les 30,000 hommes qu'elle portait,
matelots, soldats et suivants de l'armée, trouvèrent à s'y pro-
curer tous les vivres dont ils pouvaient avoir besoin.
XX!. — SINGAPORE.
On nous parle de villes qui sortent de terre comme des
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331b BKS COLONIES AVtfLAISKS
champignons dans les forêts de TAmériqne; ici nons voyons
«ne grande yille sortie de l'eau en mocns qne rien, comme dirait
l'Irlandais Paddy. C'est sir Stamford RafRes qui a été le fonda-
teur de cet établissement. Jugeant parfeitementle grand avenir
promis an commerce anglais dans l'archipel asiatique, il sentit
le premier qu'après la restitution de Java aux Hollandais^ un
entrepôt nous deviendrait absolument nécessaire dans ces
parages, et avec le coup d'ceO du politique et du général,
il arrêta ses regards sur cette He, alors presque inhabitée et
à moitié ensevelie sous les eaux. Le résultat a justifié tontes
ses prévisions. C'est en 1818 qu'on prît les premières mesures
pour fonder un établissement dans cette tle ; mais c'est en
1820 seulement qu'elle fut déclarée territoire anglais. En 1825,
la souveraineté de la Grande-Bretagne fut reconnue par une
eonvention avec le roi de Hollande, et par un traité conclu
avec le radja de Djihore, dont te territoire, situé à l'extréfaité
de la péninsule de Malacca, n'est séparé de Siagapore que
par un détroit qui, en certains endroits, n'a pas un demi-mille
de large . On paye à ce dernier personnage une 8<wime annuelle
de 20,000 piastres (106,000 fr. ) comme le prix de location
ées terrains. Lorsque les Anglais vinrent s'étaMir sur ce
point, toute la population de l'Ue n'allait pas à plus de
150 Malais, moitié pirates et moitié pécheurs; aujour-
d'hui elle dépasse 26,000 âmes. Toutes les productions du
monde commercial se trouvent à Singapore; éL quoique je ne
doive peut-être pas en parler, on me permettra cependant de
dire, pour rassurer les vieilles dames et les membres des
sociétés de tempérance, que si nos rdations avec Canton
avaient dA cesser par suite de notre querelle à propos de
l'opium, nous n'aurions pas eu à craindre wae disette de
l'herbe précieuse «c qui excite le cerveau, mais qui n'enivre
pas, » car les jonques chinoises nous en apporteraient à Sin-
gapore autant que nous voudrions, et presipie sans augmen-
tation de prix sur le cours de Canton. Sans compter les per*
sonnes amenées à Singapore par les jonques du commerce,
on y compte encore une population fixe de 10,000 Chinois, la
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CONSIDÉRÉES GOMME POSITIONS MILITAIRES. 33$
meilleure et la plus utile race de colons^ et que je voudrais
bien voir introduire dans toutes nQ3 colonies intertropicales,
y compris les Antilles. Ce qui distingue celte tle elle-même,
c'est sa salubrité, surtout avec les causes qui sembleraîeni
devoir agir en sens contraire. Une bonne partie du terrain
n'est pas autre chose qu'une suite de marais d'eau douce ou
salée, et à tel point que dans les faubourgs habités par les
Chinois et les Malais, leurs huttes de bambou sont perchées
m des pilotis, de sorte cpi'une partie de la population a l'air
de dormir sur des échasses. Les marchands anglais, qui ont
fait construire de très-belles maisons à Test du port, ont eu
soin de les établir sur des remblais de trois ou quatre pieds
de haut pour se tenir les pieds secs. II ne faut pas oid)lier
que cette eau stagnante, mêlée de matières végétales en putré-
fiiction, est soumise à l'action du soleil des tropiques.
Sous une latitude où le thermomètre ne descend jamais
au-dessous de 70* Fahrenheit (21%11 centig.), la position
insulaire de cet établissement ne suffit pas pour expliquer
comment toutes ces causes d'insalubrité n'agissent pas sur les
habitants; il doit y avoir encore d'autres raisons. Batavia,
situé sons des conditions presque semblables, est regardé
coamie le tombeau des Européens ; Chusan, situé sous le 32*
de latitude Bord, et couvert de rizières inondées, n'est pas
moins insalubre que la capitale des établissements hollandais
en Asie (1).
Si Singsqpore s'est, dès les premiers pas, élevé à une gran-
deur c<munerciale qui ne le cède qu'à celle de Bombay, il
l'est pas moins important comme ppsition militaire. J'ai
comparé le détroit de Malacca à un entonnoir dont une des
extrémités est occupée par l'ile de Pénang; i l'autre, celle
fû débouche dans les mers de la Chine, s'élève Singapore
(1) Note du ntfDACTBUB* ta rmiai^d du coIsbsI WilUe manque peal-
élre de justesse. Une enquête mUitaire semble prouver que la mortalité
des troupes anglaises à Chusan doit surtout être attribuée à la mautaise
qualité des Yivres qui leur furent fournis.
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336 DES COLONIES ANGLAISES
comme une sentinelle qui veille à rentrée du détroit ; en^effét,
les navires qui vont à Test doivent nécessairement passer
presque à portée de voix, à moins qu'ils n'allongent leur route
d'un immense détour en passant par les détroits de la Sonde
ou de Gospar, ou par celui qu'on appelle le passage de Gara-
matto; et même alors, quand ils mettent le cap au nord, sont-
ils obligés de passera portée de notre garnison. La seule route
qui permette d'éviter Singapore est celle qui suit l'immense
et difficile navigation du détroit de Macassar pour aller ensuite,
à travers les écueils et les bas-fonds dont cette mer est toute
parsemée , passer au nord de Bornéo.
Singapore était le lieu de rendez-vous de l'expédition diri-
gée en 18W contre la Chine , et ce n'est pas trop de dire
qu'il commande la navigation des mers de la Chine d'une
manière beaucoup plus efficace que Gibraltar celle de la
Méditerranée, ou Malte celle du Levant. En temps de guerre,
une frégate et un bateau à vapeur seraient ordinairement
plus que suffisants pour répondre de la sécurité de ces mers,
aujourd'hui surtout où il n'y a plus, à l'est du cap de Bonne-
Espérance , d'autre point que Bourbon ouvert aux flottes de
l'ennemi; et on sait quelle est la valeur de cette tie comme
établissement maritime [Ij. Si, par hasard, une expédition
importante arrivait dans les mers de l'archipel indien, Trin-
quemale nous fournirait les moyens de renforcer nos escadres,
et de Singapore nous dominerions toutes les lies voisines
comme déjà nous les dominons de fait. En temps de paix,
deux ou trois bateaux à vapeur armés pourraient être em-
ployés sur ce point avec grand profit, pour en faire le relevé
hydrographique, qui n'a pas encore été fait, que je sache, et
pour y protéger le commerce. Tout en poursuivant leurs tra-
vaux scientifiques, ils pourraient tenir l'œil ouvert sur les
pirates malais ; et pour ce double dessein, des bateaux en fer,
tirant peu d'eau, seraient les plus utiles.
(1) NoTS DU RÉDACTEun. Le colonel Wilkie semble oublier les ports hol«
landais de Java, Sumatra, etc.
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CONSIDÉBÉES COMME POSITIONS MILITAIRES. 337
On connaît assez aujourd'hui les proas des Malais pour que
je n'aie pas besoin d'en faire la description ; ce sont de longs
bateaux construits surtout pour la marche et qui bordent
îingt oa trente avirons. Ils portent aussi une voile latine;
mais ils se comportent assez mal sous voiles, et dans cette
position ils ne peuvent résister ni à une rafale ni à une
brise un peu fraîche. Mais dans ces latitudes où les calmes ré-
gnent presque éternellement, ces proas sont très-dangereuses
i rencontrer pour des bâtiments mal armés ou qui ne se tien-
nent pas assez sur leurs gardes. Par des brises légères, avec
la mer calme, elles ont bientôt distancé tous les bâtiments de
guerre, et c'est en vain que nos canots essayent de leur don-
ner la chasse. Mais aujourd'hui elles ont trouvé leurs maîtres.
n n'est pas de poissons volants qui soient plus effrayés de l'ap-
proche d'un dauphin ou d'un bonite que lie le sont les pirates
malais à la vue d'un monstre marin tel qu'un bateau â va-
peur tirant peu d'eau : toutes leurs ruses et tous leurs sub-
terfuges ne leur seraient d'aucun secours contre un ennemi
qui les poursuit sans jamais se fatiguer. La moitié de leur ter-
reur doit s'attribuer â l'ignorance où ils sont de la nature des
(orées dirigées contre eux.
Il n'y a pas â s'y tromper, la plus grande partie de nos
fiiccès contre les Birmans est due au prestige du bateau â va-
peur que nous avions sur l'Irawaddy. Les bateaux de guerre
des Birmans sont peut-être les meilleurs et les plus fins de
leur espèce ; beaucoup d'entre eux bordent jusqu'à cent grands
avirons maniés chacun par deux rameurs, et ils pouvaient
au premier instant distancer le bateau à vapeur; mais les
moscles et la force des hommes ne pouvaient pas tenir long-
temps contre la persévérance du piston,* et ils finissaient
par renoncer à la lutte, car ils ne comprenaient pas la raison
d'existence de ce mouvement perpétuel : idolâtres qu'ils sont,
ils avaient imaginé que cette machine flottante avec sa che-
minée n'était rien moins que. le Dieu des Anglais qui venait
les combattre en personne. Ils en étaient si bien persuadés,
qd'après la conclusion de la paix, lorsque tout fut arrangé,
5* SÉBIE. — TOME XI. ^
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338 DES CÛLOHlEft JilfiLA16BS
on eut toutes les peines du monde à décida deux cheb bir-
mans à venir visiter le bateau à vapeur. Lorsqu'ils arrivèrwit
à réchelle^ conuBe on éteignait las feux, oa lâcha la sem-
pape pour débarrasser la chaudière delà vapeur qu'elleeo»*
tenait encore ; le sifflement de la vapeur les effraya teileamt
que rien ne put les décider à manier TécheUe et à s'avenUimT
sur le pont; ils étaient convaincua que le Dieu desiU^Us
était irrité de leur présence et av^t iémoigaé son méeoDtea-
tement par ce bruit efibajanL
£n parlant des piraies laalaia» il ne iiaudraîi pas imaeiAtr
que toute cette race est donnée a h piraterie ; en réalité» elle
n'est exercée que par des fragments xLe tribus. Lm Malais ont
été jadis une nation puissante, ou, si l'on ve«t, une puisBMle
confédération de tribus^ et par k nombre ils sont ^loare
redoutables. Sumatra et lava ont été le berceau de oetle caœ,
et c'est de là qu'elle s'est répandue 4ans toutes les Qes des
mers de l'Inde. H est vraisemblable aussi qu'elle a iMné la
base de la populatioa de la Polynésie, ^ même qu'elle s'est
établie jusque sur les c6tesonenia]fisde l'Amérique du Sud. An
commencement duireizième siècle, nne émjgratioA partie de
Palemberg, dans Tlle de Sumatra, aUa fondtf uae ooiooîe daas
Japresqu'Hede Malacca^quia donAéleAomgéoàriquedeMBlais
i toute la racew quoiqu'elle ne soit pasaborigèyae de oe pajs.
Sous leurs rois de Java et de Suttatca, les Misais étaient
un des peuples importants de l'Asie. Ils avaient «ne langne
écrite et soumise à des rifles grammaticales ; quelques livras
écrits dans cette langue se trouvent dans les biUiothèfnts
des personnes qui s'oocupeat de liitèratore orientale. Les
jplus célèbres sont la ik GouronnedesauUans, » par BaUbory de
DJohor; la «grande Chroniquedes rois de Java» » et iepetae
de « Kiri Tamhouhan.» Quand les Portugais arriviseal en Asie;,
ils mirent à profit les querelles întestines des radyas. Dimêe
et impera, fut la devise de l^ur poUtiqiie. Qs lesamiomt ks
uns contre les autres et produisirent une S^iai» de piiihf
guerres. A la suite de ces démélés^aaaglaais, qnehpies tôhns
forent vendues en esclavage^ d'autres émiigrèreBt» et si la pins
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CONSIDÉRili GOVUe tOHJlWS MLITAIRES. 99$
gnMNie 9tKrim rtata dans s«» Ut» cm dur (a péniD«iUe, la ^eim
eepead^ai éiaii biisÀ»; la fMO'tia la plus daff^^euse da la
popnialton, ceHe q«tt conivendU iiu^ les esprits ûiquiet^ at
Uiiïbitleata» «a eonfia à 4 i'azar profond d^ flots » pwr y
cberehar sa via dans das ositvre» 4e meurtre ^ df lapina.
On troave des Nalaip mit laate$ le» •eôlas d« rtiida ; daai
laaies ae» ttee ik y tant aam nombrt ux que la» jtiife en £i»«
nya. Il n'ert pas un de noe éiabUeeeiMato warti imee» dapnîi
le Cap j«riqa'à Siaeepora, qui m compte quelque» ha})Uaala
de ccÉte raea; ile j axerceai lee nuèikr» de r6veo4euia, da
BBirctonde d'otijeto d'oceasîoa» d'acmfst de veille», et, an
général, de toolae la$ dearto pour rapprovieionneoieal 4ef
navire. Quelquefois nous les avons employés comme soldats ;
nous les avons toujours (roavés bneres et fidèles, et il y
aurait avantage à s'en servir, si leur esprit vindicatif, le trait
le plaa earad^éristiqua de toute la race, ne rendait pas fort
difieîla l'art de lee £ûre vivre avec de» boaunes de race ditlè^
lenta. On dit que ni le temp» ni la distance ne peuvent a<&i«*
Mif cette roalheureuee passif de$ Alalab, et qu'ils déploient
aeavant pour aesouvir leore vengeances un raffineiaent d'à*»
dresie ai 4a perséyénancef iocoaipréhensibles dans les froidea
rigiane4w ^ord. On me permettra d'en citer de mémoire un
asonpla entrante an Une da Sarraw eur «le Cap de Bonn^
£ipéranca»
Un marcband boUandaia avait acheté comme esclaves un
jeane «[arçon et une jeune fille de race malaiae. 0 avait feit
^ïpreadre au premier la métier d'ébéniste^ et à la jeune ilie
le» travaaji d*aî(uiUe qpi'on apprend à son se^^e. Us devinrent
tOH» la» 4ew ai babiles» que leur mattra» après avoir profité
fendant plu»îeur» année» 4u fjruit de leur travail, promit un
ifmranîettnabomnief danaunaceéscbgénérDsité, de luidonnisr
Ja JiiMnnbé à une épo«pie 4étemiinée. l^ temps arrivé, il mtnr
qntàaa pai^, et an renveya indéfiniment l'apcomplisça^
ttist. lieMelaie attendit p«Mep^a>ent pendant deux an» Teffejt
ée catta proineese troppewe; mai» à la troisième année, 9f
forant aneii lojn qaa tmm 4e la liberté, il prit aonjiparti*
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SkO DES COLONIES ANGLAISES
Un jour, il monta dans rappartement occupé par sa compa*
gne d'esclavage, et il la tua de sang-froid. Quant A lui, il n'es-
saya pas même de se sauver. Questionné dans sa prison sur
les motife qui avaient pu le conduire à commettre ce crime,
il répondit qu'après avoir longtemps médité sur le moyen de
se venger de son mattre, il avait fini par se décider à tuer sa
compagne d'esclavage. En tuant sonmattre, il ne l'eût fiiitsouf-
frir qu'un moment; mais en assassinant son esclave favorite,
•crime pour lequel il savait qu'il serait pendu, il enlevait à la
fois au vieil avare les deux sources de son bien-être, lui lais-
sant le regret d'avoir manqué à sa parole, regret qui finirait
pentrètre par le conduire lentement au tombeau.
ZXII. — BOICG-KOIIG.
En quittant les côtes de Malacca, il serait peut-être nature}
de s'arrêter quelques instants à Java, à Banda, à Amboyne,
ties qui ont été pendant quelques années occupées par les
troupes anglaises. Mais cela nous entraînerait peut-être trop
loin, et je prierai le lecteur de vouloir bien repasser la ligne
avec moi sans craindre le rasoir du barbier de Neptune, et
de faire voile pour la nouvelle acquisition cpie nous avons
faite dans les mers de la Chine , quoique nous possédions
encore bien peu de renseignements sur Hong-Kong, et qu'il
nous soit par conséquent bien difficile d'estimer sa valeur.
Il semble que ce soit une ironie des Chinois de nous avoir
cédé la possession d'une Ile située dans un groupe qui porte
le nom peu honorable de LaJrone. De ces lies des Voleurs^
Hong-Kong est la plus septentrionale, et celle qu'on appelle
les Oreilles d'âne est la plus méridionale. Le groupe est très-
considérable, et les lies qui le composent remplissent le
golfe dans lequel vient se jeter la rivière de Canton. Les
Portugais ont changé presque tous les noms chinois, et nous
avons adopté le plus souventles substitutions qu'ils ont faites :
ainsi les Iles Pescadores dans le détroit de Formosa et le nom
de cette lie elle même, ainsi le Tigre et son embouchure U
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COXSIBÉBÉES COMME POSITIONS MILITAIRES. 3^1
Bocca-Tigris. Il est singulier que nous. Anglais, qui aimons
tant les monosyllabes, nous ayons préféré les noms si longs
des Portugais aux noms beaucoup plus doux et plus courts
des Chinois.
Pour revenir à Hong-Kong, voici ce qu'en raconte un
voyageur qui Ta visité récemment :
« L'Ile de Hong-Kong est éloignée à l'est de Macao d'en-
viron quarante-cinq milles, et à cent vingt milles sud-est de
Canton. Elle est séparée du continent par un détroit qui dans
plusieurs endroits n'a pas trois quarts de mille de largeur.
Bans le sens de sa plus grande longueur, de l'est à l'ouest, l'tle
a environ huit milles sur deux milles et demi à trois milles de
large. Ses côtes sont dessinées par des hauteurs dont quelques-
unes se projettent dans la mer, où elles forment plusieurs pe-
tites baies. Le sol est très-montueux, on devrait presque dire
montagneux, mais très-peu boisé. Ces montagnes sont formées
de bases granitiques qui souvent sortent en saillie sur leurs
flancs; dans les intervalles de ces rocs dépouillés on trouve
du gazon et des arbustes que les Chinois brûlent à l'automne;
ces incendies, vus de la mer , présentent un spectacle très-
curieux pendant la nuit. Sur le côté oriental de l'tle qui feit
fiice au continent, s'ouvrent de petites et étroites vallées cul-
tivées avec ce soin minutieux et cette patience infatigable dont
les Chinois seuls semblent être capables. La principale de ces
▼allées est située précisément en face de la ville de Cow-Loun
sur le continent. Cette vallée elle-même n'a qu'une ouverture
très-étroite du côté de la mer, obstruée par un immense
rocher détaché des montagnes voisines, mais dont l'industrie
chinoise a su tirer merveilleusement parti. Au sommet, ils
ont creusé un réservoir où ils conduisent l'eau des monta-
gnes voisines par de simples tuyaux de bambou , et de là ils
la dirigent, selon leurs besoins, dans les parties basses de la
vallée, qui autrement serait restée stérile et désolée.
Cette vallée est certainement la plus populeuse, la plus
pittoresque et la mieux boisée de toute Tile. Dans peu
d'années, sans doute, à côté des toits bleus, sculptés à leurs
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Zki 1DE9 COLONIES ANGLAISES
extrémités et ornés de ces dauphins et de ces dragfOns que
prodigue l'architecture chinoise^ on rerra s'élerer les comfbr'»
tablesvillas des Anglais. Ce n'est pas là cependant que seront
fondés les premiers établissements; ce lieu est trop éloigné de
la baie principale située sor la côte occidentale de File dans
ja partie la plus stérile, lapins aride et la plus triste de Hong*
Kong; mais la baie elle-même est une des plus magnifiques de la
Chine. £lle peut contenir uil nombre infini de narires ; elle
fK>ssède un excellent mouillage abrité contre les vents du
nord-^st et contre les violents typhons qui pendant la mous^
wbn du sud-'ouest causent tant de sinistres dans ces parages.
Fondant mon séjour à Kong-Kong on ressentit dans le golfe
itn de ces redoutables coups de tent dont nons nous aper-
çâmes à peine.
» La plage de cette baie est basse, bordée de bas^fbnda, et
•n somme très*peu commode pour le batelage ; mais le remède
i ces inconvénients se trouve heureusement sons la main*
L'ossature de Tile lui p^ce la peau en trop d'endroits sons
fM^me de rocs détachés, et en quelque sorte tout {Hréparés,
pour qu'on n'ait pas l'idée et les moyens de construire i
bon marché des môles, des quais» etc. De plus, dans la baie
qui fait face à Cow-Loun, et pour ainsi dire sous la main, setro««
Tent de magnifiques carrières de pierre qui ne sont séparées
de la grande baie que par une étroite langue de terre. Sur
ce point s'élevaient les huttes de quelques charpentiers ehî*
noîs qui gagnaient leur vie à réparer les embarcations des
navires anglais ou américains employés à la contrebande de
l'opium. Quelque temps avant la cession de rtle» ces huttes
forent détruites par les mandarinsy et les habitants expulsés
en punition de l'assistance qu'ils avaient donnée aux barbares-
Avant l'établissement des Anglais, et lorsque la grande baie
n'était encore occupée que par les navires chargés d'opium,
cette même langue de terre servait de lieu de rmidea^-vons et
en quelque sorte de bourse aux capitaines des navires momBés
en rade. »
Le port de Hong-Kong n'a eommeneé à être fréquenté
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CONSIDÉRÉE» ammE VOSUWSS afLITAIRES. 3%3
pv les eontrebaiidien qn'aprè» qa*ils eerent été chassés de
Cap-Sîng-Moiro, mùmÊ/inBp à nevf milles ef au nord de Ma-
CM , sur kqael hs Cbiaois ont établi des batteries daas ces'
éumietB temps. Llmportance commerciale que pourra pren*
dre rétablissement ée Hong-Kong dépendra donc principa-
lement da traité à intervenir arec les Chinois, ef smiout de la
■amière dont ses stipulations seront obserrées ; mais même
en admettant que sons ee rapport tout s'accomplisse de far
StÊçon la plus satisfaisante, il est douteux que les avantages k
opérer paissent compenser les dépenses, les peines, les pertes
et snrtoirt Teffusioii de sang qne cette guerre nous aura
B n'en est pas de même au point de rtte militaire. J'ai
déji montré, dans les précédents articles, comment nous
avons investi, dans nos positions militaires, les continents de
llnrope et de l'Afrique. Noins Hgne de blocus asiatique, qui
commence dans l'ouest à Aden, se complétera de la manière
In^ns nvantngeuse sons tous les rapports par notre établis*
aemeni à Hong-Kong. Arec une escadre dans son port, nous
eomnmndons tout le commerce de la Chine; nous avons l'œil
mr les Fhilîppnies, sur les fies orientales de Lou-Ghou, suc
celles du Japon; enfin, avec Singapore et Hong-Kong, toute
la navigatioa des mers de la Chine est sous notre contrôle.
Qnoiqne Taeqinsîtion d'une Ile que nons aurions toujours pu
pfendre en dix minutes semble une fsiibte indemnité pour les
dépenses et les peines de notre eiqiédition , c'est cependant
nn nvnntage réel de l'avoir obtenue par un traité, car les Chi-
nois n'auront pins rien à voir dans ee qu'il nous plaira d'y
faire. Non pourrons à loisir en faire une position militaire
d'une grande importance, y concentrer d'importantes res-
nemces pour nos opérations future». L'indigne perfidie dont
les Chinois ont tonjocirs fait prente josqulcî dans nos rap-
porte nvee eux doit nous fiiire prévoir la nécessité d'en être
aonrent réduits avec en è la raUa ulfmui r$sum. Toutefois, en
faisant In gnerrei cette race eipeo guerrière, il doit naître dans
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3kk DES COLONIES ANGLAISES
rame de tout véritable militaire an sentiment de profonde
commisération pour un peuple presque incapable de résis-
tance; et cependant son ignorance des lois de la guerre, telles
que les observent les peuples européens, l'horrible coutume
qu'il a de ne pas faire de prisonniers de guerre, nous mettent
dans la nécessité de ne jamais accorder de quartier, c'est-à-dire
de tuer les malheureux Chinois comme des moutons. Une autre
considération ne fait pas naître des idées moins afBigeantes :
la masse du peuple, qui, dans toutes les opérations militaires,
est la véritable victime, n'a pas la moindre idées des motiis
pour lesquels nous lui faisons la guerre ; elle n'a pas de cause
réelle d'antipathie pour les étrangers ; ce n'est qu'un troupeau
d'esclaves obéissant passivement au plus bizarre et en appa-
rence au plus durable despotisme qu'on ait jamais vu. Aussi,
combien doit-il être pénible de ruiner une race si peu résis-
tante! Les missionnaires chrétiens, qui ont entrepris d'arra-
cher ce peuple à son idolâtrie, auraient dû être des quakers.
L'espèce de gens qu'on appelle en Chine des soldats semblent
avoir la même manière de penser que ces disciples de Wil-
liam Penn ; le peu de courage qu'ils ont n'est qu'un courage
passif, et produit par l'enivrement de l'opium, comme on Ta
vu à l'attaque des forts du Bogue. Aussi semble-t-il que le
frère du soleil et cousin de la lune a de bien singulières idées
politiques lorsqu'on le voit priver ses soldats du seul stimu-
lant qui puisse les faire tenir devant l'ennemi. Sans doute, on
a raison de croire qu'une armée européenne , composée de
vingt mille hommes de toutes armes , assez heureuse pour
conserver sa santé et sa discipline, et fournie d'ailleurs des
munitions nécessaires, ne se ferait qu'un jeu de la conquête
de la Chine entière, si vaste qu'elle puisse être.
Il est fort difficile de savoir encore quelle sera la nature ou
l'importance des établissements militaires que nous formerons
A Hong-Kong. Sans doute , la plus simple fortification qu'on
puisse imaginer, le plus faible bockhaus suffirait pour tenir
en respect toutes les armées chinoises; mais, dans le cas
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CONSIDÉBBES COMME POSITIONS MILITAIBBS. 8WS
d'une gaerre arec une puissance eoropéenne, il foudrait pren-
dre plus de précautions. Selon tonte probabilité, la langue
de terre qai forme le côté sud-est de Tytam, nom du grand
port de Hong-Kong, recevra l'arsenal et les constructions ma-
ritimes ou militaires ; on devra alors élever à son extrémité
an fort qui défendrait en même temps l'entrée de la rade.
Le L. Colonel Wilkib.
( United Service Journal.)
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£îttmtvxc.
POÉSIE.
LE POETE. — LADT CLARE ET LORD RONALD. -- LES DEUX SŒURS. — UN
TABLEAU.— l'amour ET LA MORT. — LA PARTIE SUR L'HBRBE.
Nous ayons, dans la livraison du mois d'août dernier, inséré quatre
petits poCmes de M. Alfred Tennyson, traduits littéralement en
prose, et, dans une note, nous distons que ce poète était surtout re-
marquable par ses poésies lyriques. Quelques-uns de nos lecteurs
(de ces lecteurs qui portent à leur Revue cet intérêt d'anciens abon-
nés^ équivalant presque à une collaboration quand il se traduit en
bons conseils qu'un direcleur est trop heureux de recevoir de temps
en temps], quelques-uns de nos lecteurs, se rappelant avoir tu
quelquefois dans la Revue Britannique des fragments en vers qoi
prouvent que nous avions et que nous avons encore des poètes parmi
nos rédacteurs, nous ont écrit que c'eût été le cas d'essayer au
moins de faire connaître par une version plus poétique le nonfeaa
poëte qu'on leur révélait. Nous aurions pu répondre par des objec-
tions assez plausibles, discuter sur la question générale des traduc-
tions en vers ou en prose, éluder en un mot la difficulté ; nous
avons préféré nous soumettre, en choisissant même six poèmes
nouveaux aussi variés que possible par le sujet, la couleur et le
rhythme, une ode, — deux ballades, — un petit tableau, — une allé-
gorie— et une églogue moderne dans laquelle M. Alfred Tenoyson
remplace Corydon et Tircispar deux jeunes gens en frac faisant on
pique-niquCy ne se contentant pas, véritables Anglais de 1842, des
produits classiques de la Pomone virgilienne, ni de l'eau da fon-
taines limpides, mais étalant sur l'herbe un prosaïque pftté de lièvre.
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LE POSTE. MF
nnwnit da oidra ée I^oiuhire, et, au Heu de ehanttr lai fifréU
pour le consul, le» ctaaaUat pow le sben/r,
Arcades ambo»
Et eantare pares et re^oadere parati.
Noos ne garantbsons pas à nos lecteurs indulgents et bénéroles
^e nous ayons été également fidèles à notre auteur dans ces six
morceaux. Mais aussi nous citerons franchement en note quelques
leis du texte, tantôt pour faire voir notre exactitude littérale,
tantôt pour justifier l'impossibilité de rendre rers ponr vers, trop
beureux de conserver l'idée.
Maintenant sommes-nous contents nons-méme de cetessaiT—
Jusqu'à un certain point ; un peu plus de l'ode, qne nous avions crue
peut-être plu» difficile à imiter, que de la grande Mlude, ^i nous
semblait presque plus facile à rendre eu vert qu'en prose, et à la-
quelle nous n'avons pu même conserver sa coupe en stances de
quatre vers.
Nous ajouterons encore que, comme nous nous y aiteadions, la
Quarterîy Bevieto vient de consacrer un grand article aux deux
volumes de M. Alfred Tennyson, et malgré quelquce sévérités de
plus ancienne date, celte Kevue convient de bonne foi que l'Angle-
terrea enfin un poète qui est digne de succéder à lordByron. Nous
ne renonçons pas à publier un jour cet article, ne serait-ce que
pour indemniser M. Alfred Tennyson de l'essai de traduction à la
Ibis téméraire et timide que nous donnons aujourd'hui.
LE POETE.
ODB.
De ses feus les plua purs le soleil ceint sa tète
Quand un poète a vu le jour.
Monarques, redoutez la haine du poète ;
Femmes, recherchez son amour.
Bans la vie et la mort pour lui point de mystère ;
Jusqu'aux enfers plongent ses yeux ;
Dieu, pour lui révéler réiemelle Imnière,
Déchire le voile des cieux.
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ShS . POÉSIE.
Sur les montSy sur les flots, pour nous quand tout résonne
Comme un murmure ou eomme un bruit ,
Pour nous quand Toiseau chante et l'insecte bourdonne,
C'est un langage qu'il traduit;
Langage aux mille échos que le noble interprète
Explique au profane étonné ,
Langage qu'à son tour la nature répète
Au cœur par sa verve entraîné.
Car l'àme du poète incessamment féconde
Est semblable à ces belles fleurs
Jetant à tous les vents leur graine vagabonde,
Peuplant le désert de leurs sœurs (1).
Ainsi, quand le poète a parlé, l'espérance
Sème au loin ses étoiles d'or,
La terre rajeunie est un jardin immense,
A l'Éden l'homme croit encor (2).
Préjugés du vieux temps , noirs fantômes , arrièrcl
Voici le jour de vérité ;
A la voix du poëte, arborant sa bannière,
Répond la sainte Liberté !
(i) Like the arrow-8eed< of Ihe field-flower,
The fruitful m^it
Clea?iog, took root and springing forth «new
Where'er thej fell, behold
Like to the mother-plant, in semblance grew
A flower ail gold.
(2) Heaven flow'd upon the souI in many dreams
or high désire
— Thus tmth was muUiplied in trutb, the vorld
Like one great garden show'd
And thro' the wrealhs of floating dark upcurl'd
Rare sunrise flow'd.
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LABT CLABE ET LORD KONALD. Sk9
Sœor des anges, salut I... On dirait qa'autour d'elle
Rayonne un magique flambeau;
Mais, au lieu d*ébIouir, eette aurore nouvelle
Des yeux (ait tomber un bandeau.
Le sang ne souille pas l'hermine éblouissante
De son blanc manteau rirginal ,
Où sa main a brodé sur la frange flottante
Un nom aux seuls tyrans fotal :
Sagesse 1 nom sacré qui prouve Vorigine
DelafillederEternell
Aussi la fondre suit sa parole divine
Comme elle suit l'éclair au ciel.
Son bras vengeur soulève une horrible tempête ^
Du fourreau sans tirer l'acier ;
D lui suffit des mots écrits par le poète
Sur une feuille de papier (1).
LADY GLARE ET LORD RONALD.
BALLADE.
Us avaient les mêmes aïeux f
Le même jour vit leur naissance ;
Us s'aimaient 9 orphelins tous deux,
Us s'aimaient depuis leur enfance.
Préparez-vous, bon chapelain : — •
Grande fête dans le village :
Sonnez les cloches, sacristain,
(1) No sirord
Ofwrath her righl ârm whirld,
But one poor poel's scroll, and yriih his word
She ihook the world.
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2Se PO£SI£.
Pour célébrer ce mariage;
Lady Clare épouse deHiam
Lord Ronald, son jeuoe cousin.
Devant le miroir elle admire
L'éclfut de ^^ nouve^ax atoim»
Et se dit y avec un sourire:
(( Ronald jB'adorara ioi^om».
Il ne m'aima que pour moHnAm^,
Non pour mes châteaux et mes bois;
C'est ainsi <(ii*à men tour ]e Vàisie
Et le préfère aux fils des rois. *>
Puis s'adres^nt à sa'nourrîee :
(c Quelle est ta tristesse aujourd'hui?
Lui dit-elle, ma bonne Alice»
Douterais-tu de moi... de lui?
Mais nou; c'est toi; qui la première
M'appris notre tendre secret;
Je croyais l'aimer comme un frère...
Son amour était si discret I
Pré« de noi quand cbaeun partage
Mes espérances de bonheur.
Ta tristesse est un wm présage
Qui déjà me glace le cœur.
Conviens-en, allons, sois sincère»
Je devine. . . un souei jaloux
Te fait craindre qve mon épMCC
Ne me fiiMe oublier ma iiière«..
Ne l'es-tn pas ? €e mom «i éouE 1
Il t'est hiefk dé; Ql^onaid, j'atpère.
Te le dira... Des pleurs! p<i«rqaoif
Réponds, mon ÂHoe^dèie.
— Ahl s'il savait, répondit-elle.
Tout ce qu'Alice fit pour toît
— Achève ; plus je te regarde^
Et plus redouble mon ^Srpi^
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LADT CLARE ET hD^D RONALD. 8U
Parle. — Demain. — Non, il me tarde
De tout savoir... cède à mes vœoxl
Ma mère I... Alice, je le veuxl
— Apprends donc tout, fille trop chère :
Tu n'eus d'autre Bière que moil...
Ecuyer croisé pour sa fei.
Quand tu naquis, ton paivre pêne
TûBAait sur la terre étrangère
Avec son Beigneur suzerain.
Et bientôt notre eh&telatne
Fut mère aussi; ttais, rar mon Bein,
L'héritière de ce domaûie.
Pendant la iiiiil » «Kwmt sondaia...
Je la remplaçai pta ma fille. . .
Lord Ronald, .conaie die orphelûa ,
Est le dernier de la fiuBille...
Ma fille^ em hà donnant ta mais
Je lui rendrai son l^ritiige...
Toutes met craiiiAes vont demaîn
Cesser put votre mariage, d
<{ Ma nèrel... 9b ! puis-je raccisert
Je n'ose... mms de l'artifice.
Si je me taîs» jp sois complioe ;
L'honeeôr le reot^ il fimt ToBer. »
Un instant, elle lièaHe encore;
Mais €n wmn Aiîœ l'infilore y
Elle rejette ayec dédain
Toute cette ridbe parure
Dont dUettraît orné son mb^
Ses cheveÀ* Bes bras, aa œiature.
« Ma fille ion monde Ion aoDovry
Garde mon aecset.. ui seol joarl
De donkmr vMx4a qae je tneoret e
Elle ne répond pae et pkufe.
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353 POÉSIE.
II.
En simple fille du hameau,
Mais, sous ce costume nouveau,
Jolie encor, la châtelaine.
Quand le jour vient de poindre à peine,
Sort du château, d'un pas furtif,
Les yeux baissés et l'air pensif.
La voilà déjà dans la plaine.
Quelqu'un l'aperçoit et la suit
D'un œil curieux, marchant sans bruit.
— C'est elle : — a Bergère jolie.
Qui vous fit lever si matin?
Seraitr-ce le berger Lubin,
Qui vous attend dans la prairie ?»
Elle s'arrête à cette voix
Beaucoup plus tendre que moqueuse ;
« Mais est-ce bien vous que je vois ,
Ma châtelaine matineuse?
Poursuit Ronald. — Monseigneur, oui,
...Ne m'appelez plus châtelaine,
Je n'ai plus rien;... de ce domaine
Vous êtes seul mattre aujourd'hui. »
Elle dit toute son histoire :
Ronald sourit : <c Je dois vous croire.
Répondit-il ; mais dans vos yeux
Je vois à vos pleurs, ma bergère,
Qu'à tous mes serments d'amoureux
En retour vous ne croyez guère.
J'aurai donc de la foi pour deux ;
Pour prix de cette foi sincère ,
Bien plus que vous je suis heureux I
Je n'avais plus que des aïeux ,
Je vais vous devoir une mèrel
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LES DEUX SOEUBS. 353
LES BEVX SOEURS (1),
BALLADE.
Ha sœur, ma compagne fidèle.
Ha pauvre sœnrl qu'elle était belle I
(L'ouragan ébranle la tour.)
Le comte vint, parla d'amour, |
Et ma sœur crut à sa constance.
— Beau comte, craignez ma vengeance I I
I
Elle mourut, sur son blason
Laissant la tache de sa honte ; I
Pour châtier la trahison, !
Je feignis d'adorer le comte : i
Il était beau comme l'amour. j
(L'ouragan ébranle la tour.)
Beau comte, je veux être à vous;
Venez ce soir au rendez-vous.
(Dans le ciel mugit la tempête.)
Il vint, il reposa sa tête,
Après le banquet, sur mon sein,
Et sa main était dans ma main.
Mon baiser ferma sa paupière :
Qu'il était beau 1... Ma pauvre sœur,
A-t-il aussi séduit mon cœur?
(1) Dans chaqae sunce de Torigiaal est reproduit avec quelques va-
ritot«8 ce Ycr« :
The wiod is bowling ia tarret asd tree.
U 9mt mugit dont la tour et Varbre....
« C«tte ballade appartient, dit la Quarterly Review, à des mœurs et à des
UMiments qui n'eiistent pas dans la société actuelle. » Elle fait con-
inste i Lady Clore, sujet dont on a pu faire un roman moderne : Th9
*«*«r<«anw, par Mrs. Ferriar.
5* SÉRIE. —TOME XI. 23
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$tk totaSL
Non, non, ma haine reste entière.
Quoiqu'il 9011 1mm eoMM FaMM*.
(L'ouragan ébranla la tour.)
Voici rheurif de la TcafiMee,
Ma sobitr, }e te jol«é m éttfcrt
Bientôt je me 1ère en silcvoe^
Armant ma mthi droîde 4t fer^
Pendant que le btaa eomie fè?#,
DiuM iOB 0oeitr j'»i {>longë non gtah^
Qu'il était beau dans te tfépatff
Je Vadmire M ne Arémis pa»;
Je l'enveloppe d'un raarre,
Et le porte atlt pied» âê aa fliAi^*
Il était beau comme Tammir.
(L'ouragan ébtanla la tour.)
€N TABLEAU^
Deux enfants qui tmû\eni de dem bameanr rofains
Jouer et folâtrer dans les même» jardina ^
Elle et /ut réunis pins tard dans nne Me;
Deux amants sous rormean parlant en lM^è4él6;
Deux cœurs fondus en un par l'ardeur de l'amonr;
Deux tombeaux que Tégiise abrite sous sa tour.
Ornés de vert gazon, arrosés par la pluie ;
Deux orphelins laissés dans le même hameau...
D'heure en heure la vie
Mcws offre ee lablean (f ).
(1) Les eiigeDces de la versification ont forcé de terminer cette trid1l^
tion par deui vert de sii : d'ailleun ta fîéeeeslIraianerillMraleiiiat
et elle est si courte, que nous pouvons la «iter iml «mien :
Two childreo in two neighboaring villages
MiTfflg Aad praols aïong iKe hkHhj \eu;
f#*iti>»»f{M»ÉM«ling M a restfvafi
f «o lowr* w bwpenof hy an •rcbard w «Il }
Two liTes bound fast in oDe wi(h golden eaie ;
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LE DixEn sni ^'hebbe.
1/AMmiR ET LA MORT.
Dans un jardia TAnow wr^ii pannî k» aew9»
Respirant leurs parfeo»» adniraAi hm% <»akvm;
Au détour d'«i Matier tONAi à coup il rencoBAr^
La Mort, qai^ toos ua if^ triste ei fière se SKMitr^.
Elle lui <lî& ;« Yae-t'an» j/à règne dans ees» li««xl»
L'Amour a peur; il pleure, et tôle ver» les ckw^
Hais ayant dt partir : a Oui, cette benr^ «st U liwne.
Répond-il » et ta pem: parl^ eu scyaveriÂDe ;
Car la Mort de la vie est roiiU>re ; eo ^aîa 1» jwr
Eclaôre ce grand «orbre, il &U sombre à rMHm.
Ainsi TEtemiti produit «ous sa lumière
La vie avec la mort, soo ombre sar la terre}
Hais roml»e doit cesaer quand l'arbre teaiberty
Et ce sera FAmaur qui toujoura réopéra (1)*»
UB MNER SUR Ii HBRB&
ËGX.0GVB irODKRlffE.
« L'hAtel du Tamnm aejr» celui de la Tûifom
Sont pleiasé.. alloas, ami» dîner «ur le gaMn.
Two grires gn«-gReik beude a gray cïutck tover,
Waab'd wîl& slill raina, and daisy-blosaomed;
Tw»«MiNa l»OM%«ttlai bMs aad Wad; —
8« ■■• Ih4 iqm4 tf ua fimn bowia Iio«t.
(1) La fîèoe pi^eédmle M trèft-^miré« par U Qtkirterly lUvifw» et
celle-d p«r U WutmênUêr; il y a quatooe yqm dtoi rorisinal : Toiei
lei neuf derniers yert :
« Ton nrast begonê, » said Deaih, t thaaa xuàÏÈ are aiiae.
Lof* wepi ami ipread kis theênj vaDs fto ffighl;
ItalkM» tefATlêA aaia s • TMa h«tt i* ay^ :
Tb«Bart Un iludov «f UCe, aad a» tbe u««
SùadaîB the sua and shadows ail beneatb,
■» telb»kBht«r9raBtttamily
lib «minent créâtes tbe sbade of Deatb ;
The shadow panetb wben the tree shall fall,
Bat I ihall reign for ever oirer ail. »
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956 POÉSIE.
— Volontiers, i» dit Francis, mon joyeux camarade,
Qui venait d'amarrer notre nef dans la rade,
Et portait à son bras un assez lourd panier.
Contenant le festin dans son ventre d'osier.
Le peuple, de la foire admirant les merveilles,
Bourdonnait sur les quais comme un essaim d'abeilles.
Nos coudes dans ses rangs se firent bientât jour;
Puis, gagnant la campagne au moyen d'un détour.
Nous laissâmes à droite et la plage et ses sables.
Après avoir marché sous un berceau d'érables,
Nous vîmes devant nous, à cent pas du chemin,
Du cottage d'Audley le champêtre jardin :
Là, sur un tertre vert, Francis étend la nappe.
Beau linge damassé d'où maint chevreuil s'échappe.
Suivi par maint chasseur et maint ardent limier.
Le pain rond de ménage est servi le premier;
Le pâté lui succède ; une brèche récente
Y trahit d'un levreau la chair appétissante ;
Sous sa couche de lard, ce fossile nouveau (1)
Attendait notre éloge à cdté d'un perdreau.
Nous n'oubliâmes pas au fond de la corbeille
Un cidre pétillant déjà vieux en bouteille.
Nous voilà tous les deux assis : nous dévorons.
Nous nous versons rasade, et de tout discourons;
Le prochain fit les frais de notre causerie :
« Un tel est donc défunt? — Tel autre se marie.
—Les courses du printemps ont vu de grands vainqueurs.
— Nous aurons du gibier. — Bien moins que de chasseurs.
— Le prix des grains est dur. — La loi des céréales
Provoquera bientôt de tristes saturnales.
— Le roi... — Mais, dit Francis, nous allons nous heurter
Contre un sujet scabreux... J'aimerais mieux chanter. y>
Puis, me prenant la main : « Trêve à la politique,
Je commence et j'entonne une chanson comique, d
(1) Lik9 fosêilei ofthcrock.
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LE DINER SUR L'HERBE. 857
Un merle se cachant dans le pommier voisin
Paraissait raconter arec son air malin :
« Qu'an autre marche au pas, le mousquet sur l'épaule.
Et pour six sous par jour cherche un sanglant tombeau
Âa fond d'un vieux fossé dans les plaines de Gaule.
Je suis libre et bourgeois, mon sort est bien plus beau.
Je laisse les marchands à leur arithmétique ;
Sur un trépied de bois perché comme un corbeau (1),
A ce métier on meurt goutteux, paralytique.
Je sais libre et bourgeois, mon sort est bien plus beau.
lyantres servent l'état, et leur nom honorable
Sarle brome est gravé, glorieux écriteau.
J'aime autant que le mien soit gravé sur le sable.
Je suis libre et bourgeois, mon sort est bien plus beau. »
€n jour, je me lançai sur la mer amoureuse;
J'attendris une belle au moyen d'un cadeau ;
Puis je fus moins galant : ma belle fut boudeuse.
Je sais libre aujourd'hui, mon sort est bien plus beau. »
A mon tour je chantai. — Cet hiver, à la ville ,
Je vis exécuter un vieux bibliophile,
Sir Robert... Quelle horreur 1 Faut-il qu'un créancier
Prostitue un beau livre aux griiFes d'un huissier I
Bans un recueil chantant, acquis à cette vente,
Je me suis emparé de la chanson suivante,
En chiMigeant quelques mots, comme fait maint auteur,
Pour se deanw les^ airs d'un improvisateur :
<c Adieu pour un jour, Emilie,
Je pars au coucher du soleil ;
Partage de ta sœur Julie
la chaste couche et le sommeil.
(l)Perch'dlike a erow upon a tbree-legg'd stool.
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MÉSIB
Maissooiîrcyd owlireBse MkM
Qu'un rêve envoyé par fawimry
Sur ton front agitant son aile.
T'entretienne de mon retour.
%lt «que W^aHie na tenaressc
N« «siivrvîi t^Hmer cfi nen.
^n le visa oe ta Sttfsr te ^rcAe^
Crois seulement que c'est le mien.
JFoii %ennw vtnMr^ *Bass toft son^iiBy
Si tu re«M!W«oiidain rvHl^tir^
ftflnda-l^-iBoi, pgt «a 4euft -nenaoïigey
Ce sera le rendre à ta sœur. »
C'est ainsi que nos^chants égaryaâent Rdtve flto;
Hais M idlui enfin ^songer à la rcAraîle.
a Allons, dis-je à Francis, voici Tombre dn soir.
Place an doux rossignol, et rentrons an manoir.
Nous avons encor loin de ces lieux au rivage.
Et nos mères déjà doivent rêver naufrage.
Nous partons; par bonheur, le lumineux croissant
Sur les arbres bienlôt jeta ses rais d^ar^^ant.
Arrivés sur le quai, nous trouvâmes la ville
De ses jeux fatiguée et qui donnait tntnquîUe.
Nous détachons du bord notre esquif bondiseant»
Et nous armons sas bras de la rame, en chantoni
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Mmtiimiits.
ROMANS.
UBS VBEBaÈBES AJUOITBS P'IW TAT (iX
CBAfmC flL
Gev4e mw lecAewt qiÉi ojrt éië fbre(«4e reticr i i
apièfl U «ésoB, soit par tes devoirs 4e leur pUee, Mil paffM
qiHf iraient des detHes, soit parce qu'as étaient Miumewc,
doifeat ae rappeler ce quHl y a d'étrange 4 déco«¥rir toiA à
osap, caMae aÀladia, qae le psAsas anagique a diepara. Fen-
dant le dernier mois nous voyons défiler avec joie les w^
tes» 4a 'roj^ige. Les ennayeax et les vieilles gens a'ea '^ent
lis pranîen. Vendait jmn et juillet îl y a eneora de la wzêêM
àaepasyarfir; il siereste que le petit nombre ét&ikmfomt
osnpaaer les convives des dk^erê dtéli^ ^ inventer œs poi^
iîss infimes denH on ne «('aviserait pas taaft ^pie jla ibuie ^
11. I fant êlpe^rèa^atingué ponr qa'on V'Ons admette an Jen
des bonnes maisona» ^GaiAoa-Venee était surtout MHanl
pmrtiat la canoide. La dernière qnitttaî«e enfin «esseaMa I
oss b^as «ailB d'été oèf on ne pent apereev^oir que les na«
tossda ppenéère «laese ; nwis ta nuit compltic n'on pandfn
MealK ^ne pins «oiae. Dèsqnenoaenousaorprenonséétrn
la «^«Me kriHante «t paodronso, qne ies
I f anlBSJMiii n ^eioranc 4e is dimatao*
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LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
s'apprivoisant viennent sautiller et gazouiller avec insolence
dans la rue, que les commis, la plume sur Toreille, sont sur la
porte et non derrière le comptoir, que les théâtres de la ban-
lieue bariolent les murs de leurs affiches de toutes couleurs...
c'est alors que nous nous demandons : Où le monde est-il
allé? et rÉcho nous répond : ou?
Jamais la solitude n'avait autant pesé sur mon cœur ; j'al-
lais avoir tout le loisir possible pour maudire le résultat de
cette première saison. Après un si beau début... Fiascol^^c'é'
tait mon frère le louche qui était au haut de l'échelle ; — fiancé
accepté par lady Snsane, la plus jolie et la plus riche héri-*
tière de Londres , c'était lui qui se voyait préféré à moi chez
lady Harriet Yandeleur, et se disposait à aller à Warburton-
Lodge fietire sa paix avec la douairière lady Theydon.
Quand je méditais sur ces conclusions humiliantes, j'étais
quelquefois prêt à accuser Emily de mes échecs... mais oo
remords me criait du fond du cœur : Ingrat, ne maudis pas
Southampton-Buildings, même dans ta pensée I Un triste pres-
sentiment s'associait à cette angélique figure que j'avais laissée
trois soirs de suite se pencher tristement sur le parterre de
rOpéra.
Cette impression n'alla pas en diminuant à mesure que
nous entrions dans l'automne. Les jours se suivmi et nssê
ressemblent pas : ce proverbe reçoit un démenti formel de la
monotonie de Londres après la saison^ monotonie qui m
peut se comparer qu'à celle d'un voyage sur mer. Ma vie offi-
cielle était trois fois plus insipide que pendant la session du
parlement. Les dieux étaient partis, ces génies transcendants
qui donnaient quelque relief à mon pauvre travail : il n'y avait
plus avec moi que Herries , — le piocheur Uerries, — ua
vieux commis silencieux, espèce de machine d'arithmétique,
«—et deux ou trois surnuméraires dont toute la récréatioii
comme la mienne consistait à bâiller. Les parcs publies étaient
enveloppés de brouillards ; la ville moisissait au bord de la
Tamise ainsi qu'un fucus sur le quai du Léthé. C'était comme
une voie pestiférée, ou pire encore. Dans les lamentables ta-
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LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT. 361
bleaiuc de De Foe et de Boccace il y a au moins quelque
diose qui excite nos deux sympathies les plus fortes : pitié
et terreur. Londres en automne n'excite que Tennui... Autant
gagner son pain dans une mine de plomb.
Si j'appuie sur tout cela, c'est pour expliquer la véritable
dànence avec laquelle je commençai à m'attacher au souvenir
d'Emily Barnet. Ahl comme elle gagnait, la pauvre Emily,
par cette revue rétrospective! Quelle douceur dans ces pa-
roles et ces regards, que me retraçait ma; mémoire! Jamais je
n'avais entendu sortir de ses lèvres un sentiment qui ne fût
noble ou gracieux; jamais je ne l'avais vue dans une attitude
qui ne pAt servir de modèle à un artiste. Une atmosphère de
poésie l'environnait, communiquant un charme à tout ce
qu'elle touchait, à tout ce qu'elle disait. Je me rappelai l'ori-
ginalité de ses opinions , la fraîcheur de ses idées, le pitto-
resque de ses expressions. Je ne m'étonnai plus qu'une société
pareille m'eût arraché aux fodes inutilités du grand monde.
Lady Harriet était également brillante. . . plus brillante même ;
maïs en elle, pas un trait naturel, pas un de ces éclairs de
clarté divine, qui permettent de comparer la femme à un ange.
Et cette créature céleste était à jamais perdue pour moil
comme une apparition, comme la divinité d'un rêve, comme
uneÉgérie idéale. A cette pensée, ma tête s'exaltait; j'aurais
voulu qu'elle eût été une fée, une Mélusine, qui se fût fait un
jeu infernal de mes illusions. Mes rêveries me transportaient
ainsi tour à tour au ciel et à l'enfer... Mais je ne savais que
fidre de mon désespoir. La poésie byronienne n'était pas en-
core à l'ordre du jour ; lapAle muse de Childe-Harold, avec ses
crêpes noirs , n'avait pas encore mis à la mode la désolation
et les strophes rimées.
L'hiver vint, et je n'étais pas guéri ; je continuais à remplir
mes devoirs officiels comme l'eût fait un somnambule. A moins
qu'il n'arrivât un navire avec des dépêches de Lisbonne, il
m'était impossible de prendre le moindre intérêt aux affiEÛres
publiques. Après des mois passés dans la dissipation, je me
trouvais de plus en plus irritable d'humeur, foible de santé, et
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9tt LIS FmCMlteES AMCMJM H'OIT FAT.
digoMé de ce beau moade pour lequel j'avrâ Téca. Les Un»
de stioaeit ceux du iiarleBMilInrreiiaieiitea ville: peu oit»*
portait leur retour. Un ncnge «'«ppeniittssaitrar moa Ino.
Je n^éiais plus que la moitié de moi-même, la moitié d'vm fiit
Onjour damlasemaioeafvantroQiwrturedelataasioiiy
fmtteiidais la priaeace de lord Omingtam et de moa fMre,
pomr oKttre le cemMe 4 mes déplaisirs domertiques..* Ion*
qoe je tîs «oitir d« cd>iiict da ministre, Bénies, le pioAem
■emea, avec um mine allongée.
m Deqam, diaMe, s'aeit41. Hait lui cria iielpe eoBèyaa
(Twpprsriism. «rimemM^off (c'était le sobriquet de Soi Bb*
oeHenee daus uos bureaux) «it-il iMidiflpoeé oe amtm? A-t4l
décoarert quelque fMte d'^thographe daut votre demiéra
dépêche, ou...?»
A notre grâfude aurpriae, Herries, le secriftaîpe^iiiodjieetla
plus doua desbommes, tépondit en jetant uur la table lesp»-
piers qulA tenait A la amin , et en lançant «ne de ces inter-
jections qui ne se trouvant dans aueun Toeabulaive pâli.
« Mon cher garçon , ifous semblés borriblemettt ve»é , hd
din-jeà mon tour, lui «mriant presque le bonheur de poumir
Aire «n colère «outre quelque chose d'aussi indiMreBt que la
aeerêtairerie d'état de Sa Hsfeslé.
---St vousleserieE comme mot, décria Herries, iautUèma
desa rage concentrée , ai, npvès aroîir pioché ici «runurnc jefito
depuis quatorse mois, sans tous danner un fourde fucances^
él ua «ftoment de selRcitor un congé de six aemaines pour....
mais n'importe pourqnoL..
-^^kâ, u'fmpoiteyounqwN, un fint
— «Ekhieu'l «que •diriez-^iious ai, au naois de déeemhne, as
vous envoyait dans la baie de Biscaye porter à air €fanri«a
9luafftdes4épédmB quionmiest tout aussi conuenaUemant
anufiées iiiim, iecoumussionuaireéel'hMelt
— fisbaune'. s'éonèrent Oiippenham, Perey, loatt lesa^
ortiuâres, y oampiîs omî, ^iujaului seul d'un iunphiaima;
LIfaenrauK arartell
axi UR lépoala Hamea; je «ondraii iiian imb V
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m juKocw B'ra fat.
iM las jutai. Mm, diduUew le ma
fiaboff s'eaavîsBniil! œ «erait se mettre âdei pères et i
eQ]iliMAIaulesmadiMS4fai parienott, d
ib elles ne^ran. Mais {>aica qee je a'ai pas le i
on me choisit, moi, Beaty Amas, /iis é$ mm wmKcrm. »
Pendant que les uns compatissaient an désespoir de Her-
riesy et que les autres ne faisaient qu'en rire , je réfléchissais
i part et prenais une résolution imprèrue.
« Herriesy lui dis-je, si vous êtes de bonne foi, si tout ce dés-
jypeiotaaieat a'ealpas iia jea,iiaiaotogpitQyart4tplflaiiÉîiflie,
dtoas Iroover «aeeBiUa le aiaîste : cette BHdsâan aie «oariti
j«jais^el9iesiBo(edeparlageîsi le vayi^ahepeut^aeaft»
iaUîr ma saaté biea ébcaalée. a
fiemes àUkdebeanafoî«et il accepU. Le auaietmfpMÇi
d'aboid le aonrcil; Je lui parus ua îadiecret fat oeeàt Imh
Jaierser les chaÎK àù Tautorilé minislérieUe; ibsb je lai fie
ekeenrer 4|u BenieB éUit justeiBeatt dàugè 4e mettre et
ordre certaias decameals ofiicîele iadJapeusaUee kane 4e la
prodiame <Mivertare da parlement. Cet «rgianeai le déeida«
et je iteçae Tordre de me tenir pi^t à partir pour Fakaeatfl
le soir même. Aucun être biimain n'était dans la coafideaae
deaMsamoois. MadéaiardieâdtiiAeaapdefotidffedaasles
JbareeHx : Henâes aae cnit fou. Si lordOnoioftoa «eût éèé aa
riUe» probaUeaaeat il tarait trouvé des otyectîeaeA aïondé*
put; aciais je a'aus pêA de peine à persuader à «a inèie ^m
le^ttT^meaieAt me choisissait pour iiae aiisfiioB oanâdea-
tielle irè&-difificile. SUe pleura un pea^; me recoaMaanda de
ae pas ai'«xposer à la peste ou à la lièvre jaaae; aMuaun
qnel^faee jaole sur les irestUemeats de teive, et se oaneoia
quand je lui promis de lui envoyer par le plusprochaia œev»
lier une ehalae de Lisbenae -et deux «ii^fes. Je^oaaai di^nc
mm iaeÉTuctions darxiières à Tin, 4fiL devait iB'aj^asaip^gaef;
9t 4gaat laissé à ladf Oraiington le soia de aégler mes ad^
Aoiresdela find'aaaée, je fis ma JBaile^
Qaelqyaslieaiosaprès^ j*<étais sur la roule da falamaHij al
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36i LES PREMIÈRES AMOURS B'CN FAT.
le lendemain, le Morning-Post, ce journal qui n'oublie aucune
nouvelle importante, annonçait à ses lecteurs que la veille,
l'honorable Cecil Danby avait quitté le ministère des affaires
étrangères, avec des dépèches pour Tembassadeur de Sa Ma-
jesté à Lisbonne. Ce petit article contenait tous mes adieux à
mes amis inconsolables et à mes créanciers.
CHAPITRE VIII.
Indépendamment de l'espérance de revoir Emily, la soudai*
neté de ma résolution lui prêtait quelque chose de piquant.
Tout en dévorant l'espace de la route au pas des courriers
d'ambassade, je ne pouvais m'empécher de jouir de la sur-
prise qui attendait lord Ormington en ville, lorsqu'il appren-
drait que sans sortir de notre traité j'avais su l'esipiiver, lui
et MM. Hanmer et Snatch I C'était un triomphe encore de sa-
voir que j'échappais à la mortification d'être oublié ou invité,
n'importe, à la noce de mon frère John , qui, selon les bruits
des journaux, devait épouser après Noël sa riche prétendue.
En vrai Parthe, je fuyais par la poste, heureux de laisser der-
rière moi des blessures , ou du moins des égratignures.
Cependant mon enthousiasme commença à se calmer à
mesure que se dissipait aussi l'excitation bruyante du dé-
part. Au moment de m'embarquer, je vis les choses sous leur
vrai jour : ce jour-là était peu gai. Sans partager les craintes
de ma mère sur le golfe de Biscaye et ses tempêtes, sans avoir
peur, comme elle, qu'un second tremblement de terre de
Lisbonne m'engloutit au rivage, je commençai à comprendre
^e les beaux yeux de ma mystérieuse divinité m'entraînaient
bien loin de ma latitude.
Non que la vue du bleu sombre des flots m'inspirât cette
nausée c[ui afflige d'avance la foule vulgaire ; non, de même
que les nourrices grondent un enfant qui pleure en voiture,
en lui disant que ceux qui ont le mal de cœur sont nés
pour aller toujours à pied , je pense que tout homme qui a le
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LES PBBMliBB9 AMOURS D'UN FAT. 385
mal de mer n'est pas né pour naviguer jamais dans son pro*
pre yacht. Je mets quelque vanité à déclarer que le plus gros
temps me laisse à bord toute la robuste santé qui convient i
un genileman*
Cependant la mer en décembre 1 le golfe de Biscaye à la
Noél 1 La traversée dura trois semaines ; les périls et les en*
nuis d'une traversée pareille m'auraient fecilement réconcilié
avec l'hôtel paternel d'Hanover-Square. La Bruyère, ou tout
autre de ces auteurs qu'on cite sans cesse, a fiait l'observation
que c'est une femme bien aimable , celle dont le mari ne se
souhaite pas démarii au moins dix fois par jour. De même il
but qu'un voyage sur mer présente des circonstances par-
ticulièrement favorables , pour qu'un passager ne regrette
pas la terre ferme au moins quarante-huit fois dans les vingt,
quatre heures. Je n'oublierai jamais avec quelle ferveur je
remerciai la Providence lorsque je me trouvai enfin sur les
eaux faciles du Tage.
Me voilà mettant pied à terre... Mais le service de Sa Ma-
jestèl... comment ne pas me ressouvenir que j'appartenais à
Sa Majesté corps et biens, c'est-à-dire moi et mon portefeuille
des dépèches? En vain je me disais que l'aimant qui m'appe-
lait sur les rivages lusitaniens était dans une quinta (maison
de plaisance) de Cintra; je fus forcé de passer par la céré-
monie de remettre en mains propres mes lettres diploma-
tiques et mes notes confidentielles ; je dus rester tout un jour
à là disposition de la Majesté collective et individuelle de
l'ambassade britannique , avant de prononcer seulement le
nom de Barnet.
Mais comment faire comprendre l'ennui d'être successive-
ment interrogé comme un témoin de cour d'assises, par l'am-
bassadeur, par le premier secrétaire, par le secrétaire parti^
culieretpar trois attachée fW abord ^ tous ces personnages
avaient à cœur de connaître les petits secrets de leur position,
relativement au ministre dont ils dépendaient à Londres; en-
suite ils ne mirent guère moins d'insistance dans leurs ques-
tions sur tous ces insignifiants caquets de la capitale qui de-
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un psnoten amooês vfvm fat.
à imporUBl» dès q^'oa en est tssn éloigné pov
■e {dus cafendre i son oreffle leur hoardomeoieiit 910H-
dieu. Cette içresâîeatkfflL anonamte fol Ilaeident le fhs
déplaisant de mon arrivée après l'odieuse odear des qaab
de Beleia et le qpedade de la aiAe et dégoeniliée peipak-
lâm qu'on y décoarre.
Qn'oQ ne soppeee pas toviefois qo'i Fâge nùr de Tingt-uii
ans je iusse aaaez îeuna po«r ne laîaser aller de an» oftéé i
fûre des questions précipitéea. Ponr rien an monde je n'ensse
pis trahi b moÛMire caiiosilé eoacenant qaî qne ce fftt on
i|aoi que ce fikt à LiAonne. Aiqnrès de mes dédaigneos ooUè»
gnes en diplomatie^ je me donnai les airs de mieux connaître
tant ce qoi se passait sor le théftire de la guerre qne Wd*
Ungton ou Beresfard. Je voulus biea leur apprendre toot œ
qai aTsit euKen et tout œ qui devait suivre; je leur fis même
de l'état des partis à Lisbonne un tableau si exact , qne Ton
dut m'écouter avec une confiance illimîtéel
Avance besoin d*eipltquer à ces messieurs comment Tété
précédent j'avais passé des soirées entières avec des per-
sonnes à qui le bonheur du Portugal était aussi cher que leur
existence» et qui ne parlaient des beautés du Tage qu'avec le
adie d'un saint souvenir?
Le haut rocher de Lisbonne, tel que me Favait décrit Emil j
daas sa poétique conversation , m'était fatmilier avant qne
j'eusse parcouru les flots qui baignent ses abords» et je
reconnus de m£me les murailles aujestueuses du monastère
de Mafra. Loingtemps avant que nous eussions jeté l'ancre
dans le Tage, j'aurais pu peindre les tours de Saint-Julien et
le château de Belem» les blanches quintas et les couvents dont
la toitiure caractéristique sort du sein d'un feuillage vert» le
palais imposant de l'Àjuda, le vénérable portail de Saint-
Jérôme et les tours élevées de l'église métropolitaine qai se
réOéchisseat sur la surface des ondes.
S'il faut tout dire» j'amrais bien pu désirer ne connaître tous
ces lieux que par la description; car Bien sait si la scène ani-
mée où je les retrouvais gagnût beaacoup au teuit et aux éma-
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u» nmitou ▲vovis b'hii pat. MB
matàonê q«î vewmf provoqver mon oreille ei mon odoiat
laÊpùÊÙiÀt d'îoiagiiier «ne popvktte plus laide et plus d^qiA*
taule cpie la capiaÂUe dee quais de Belem. Pendant quelque!
. jooKS qiMPès mon arriTée, j'étais à toute heure tenté d'invo-
quer eomme des idéaliléa le parftun des fleura d'oranger et
la nmique dea guitares dont mes ronumesqves Portugaii
de Londres avaient eaabelU leurs descriptions. Les criaiUeries
des nendianls, les grognements des pourceau, Todeur de
oes quadrupèdes ei autres anîmaux immondes^ tels que le$
Boines dédiaussés, finissaient par fatiguer ma patience.
Mon sens de Vodorai est en tout temps très^niblemenl
ifheiè. Le moins ostensiMement développé de tous ks sena^
il n'en est pas le moins susceptible. Chose étrange que nous
tt'ajoos pas un terme qui définisae son imperièction ou son
fistiactioB 1 — Il en est un pour les sourds et les aveugles, il en
cit pour les vues courtes et les durs d'oreille; mais de quel
nom appeler ces fortunés individus qui traversent sans sow
eilkr un nmrché aux poissons ou une manufiicture de coUe
focte, ei qui en compensation se promènent sans ravissement
an milien d'une serre ou d'un tmilis embaumé par le thym)
Pour ma part» je déclare que ma plus vive anticipation des
jouissances du paradis consiste dans ces brises aromatiques
qui, selon le chantre d'Eden, peuvent
Diu^er tout Uà maux» hormis le désetpcMr (!)•
Quelque affreuse torture qui f&t infligée à ihes nerfis olfoc«
tifs sur les quais de Belem, je fus amplement récompensé par
la brise lorsque je traversais quelques-unes de ces vallées
délicieuses des bords du Mondego, toutes parfumées de la*-
vande, de romarin : là des bocages de citronniers, les lauriers
roses, les cyprès ou les cèdres, favorisés par les rayons du
soleil brûlant, communiquent à l'atmosphère les émanations
des contrées orientales. Mais auparavant combien j'avais eu
(D Ablê 10 ctifo M KMinffi M doifo^r. MiKOtt.
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868 LES PREMIÈRES AMOCRS D'UN FAT.
à souffrir I Mon irritation, après trois jours passés dans aa
hôtel empesté d'ail et de tabac» et sous les fenêtres duquel dix-
huit heures dans les vingt-quatre passaient les tambours et
les fifres de la parade militaire, mon irritation, dis-je, était
Tavant-coureur d'une maladie. J'avais vu plusieurs exemples
de ces constitutions qui n'échappent aux conséquences or*
dinaires du mal de mer que pour en subir les effets les
plus délétères sous une autre forme ; mais moi je n'en redou*
tais rien. N'ayant jamais éprouvé une heure d'indisposition,
je riais à l'idée d'être malade, et pendant les trois ou quatre
premiers jours qui suivirent mon débarquement, j'attribuai
mon malaise au changement de climat et de nourriture ou i
la fatigue.
Je me crus presque insulté quand ou me conseilla de voir
le médecin de l'ambassade; je fus encore plus piqué lorsque
ledit médecin, ayant été introduit dans ma chambré péremp*
ioirement par un des attachés, parla de saignée et de bouillon
de poulet. Mon indignation ne me servit pas à graiid'chose;
car trois jours après une fièvre bilieuse me fit infliger l'igno-
minie de la tonsure sans que j'eusse seulement la conscience
de ce que Ton me faisait. Au lieu de me rendre à Cintra, je
gardai le lit ; j'eus le délire et tous les paroxysmes d'une affec-
tion cérébrale.
Pauvre lady Ormingtonl — qu'elle était loin de se douter
que, lorsque dans nos adieux elle me disait de prendre garde
à la peste et à la fièvre jaune, son Benjamin emportait avec lui
le germe d'une maladie non moins dangereuse 1 Bref, au lieu
de recevoir par le paquebot qui lui annonçait mon arrivée
un singe et des chaînes de Lisbonne, ma chère mère risquait
d'apprendre que je dormais de mon dernier sommeil dans le
cimetière de San-Jeronimo.
En tout cas, je doute beaucoup que Ton m'eût longtemps
regretté ; mais ma sensibilité sur ce point ou sur tout autre
ne fut pas mise à l'épreuve, car pendant trois semaines je
demeurai dans un état de torpeur. Je ne savais pas mèm
que je souffrais, quoique, à en juger par les résultats, je dus
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LES PEEMIÈEES AMOURS D'UN FAT.
souffrir beaucoup , car dès que le danger fut passé, j'étais
bSble comme un enfant.
Une de mes premières impressions fut la réflexion pénible
que, tombé malade au milieu d'étrangers, A deux doigts de la
mort, j'avais reçu autant de soins et inspiré autant de sym-
pathie que j'en eusse trouvé dans mon pays et sous le toit
dé mon père. C'est un aveu, soit dit en passant, qu'on est
ass^ disposé à faire retomber sur ses proches, mais qui ne
fait tort qu'à nous-mêmes. Est-il un plus grand malheur que
de n'être pas aimé des siens autant qu'on voudrait et méri-
terait de l'être? Pour moi mais là-dessus ma franchise
permet à mon lecteur de me juger.
Le poète de mon temps dont l'imagination a été le plus
extraordinaire, celui dont la poésie a peut-être servi de moule
à la poésie de Byron, nous a fait connaître une de ses compo-
sitions, vraie curiosité psychologique : elle fut le produit d'un
lèTe à la suite probablement d'une dose d'opium ; mais un
Toyageur récent (lord Lindsey) assure que cette pièce est un
tableau si exact du paysage qu'on aperçoit du mont Liban,
qne lorsque ce voyageur, arrêté sous les cèdres de l'ancien
monde, voulut décrire le site qu'il avait sous les yeux, il ne
pat mieux faire que de répéter les fameux vers de Coleridge (1] .
Faut-il en inférer que le poète inspiré eut une révélation
littérale de la nature d'Orient? « Vraiment, dit Hamlet, il est
dans les cieux et sur la terre plus de choses que n'en a pu
rêver la philosophie d'Horatio. d Oui, et dans l'àme humaine
il est aussi plus de choses que n'en a pu rêver Hamlet, ou
Shakspeare lui-même. Qui sait s'il n'existe pas des sens encore
imparfaitement définis par la science psychologique? qui sait si
Tàme ne contient pas des mystères encore inconnus de la
métaphysique des écoles, mais très-perceptibles à ces orga-
nisations délicates qui ont la conscience des influences ma-
gnétiques?... influences qui feraient croire à des communica-
(1) NoTi DU DiABCTBUR. Allusion au fragment de Coleridge intitulé
Kubh-Khan.
5" SÉRIE.— TOME XI. 24
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370 LES PREMIÈRES AMOURS B'OK WkT.
lions avec le sionde invisible... si notre frêle et
nature pouvait être digne de la moindre cominuiiiGatio& «fec
les êtres surnaturels (1) 1
J.e ne saurais avoir aucun intérêt à me tromper, ni moi ai
les autres, et je jure que dans ma maladie à Belem, ma dbam-
bre fut un séjour d'apparitions. Pendant tout le temps qœ
mes médecins me déclarèrent dans le délire» je jure solett-
nellement que je voyais des lieux dont le souvenir est resté
ineffaçable dans ma mémoire, des lieux que j'aurais été ia-
capable d'inventer avec les idées étroites que j'avais alots en
peinture, car je n'avais vu de l'Angleterre que ses comtés les
plus prosaïques; Claude et Poussin, Salvator et Ruysdaeléiaieiat
pour moi des peintres aux beautés incomprises. £h bien, pen-
dant trois semaines, je vécus dans les contrées les plus pitto-
resques delà terre, parmi les roseaux et les palmiers de l'Asie,
dans des montagnes hérissées de bambous, dans des champs
avec des haies de cactus et d'aloës. O médecins matérialislesl
vous appeliez trouble du cerveau, hallucinations, mensonfes
des sens, ce qui peut-être était leur perception raffinéel Je ne
changerais pas, moi, les jours de mon existence la phis i^
tionnelle contre une seule nuit, une seule heure de cette lé*
yerie pendant laquelle un bon génie, une fée giudaît et sou-
tenait mes pas 1
Cette confiante foi en un monde transfigoré n'alla pas jw-
qu'à me faire oublier que je pourrais hien paraître trèsHrîdi-
cule à ceux auprès de qui je me vanterais de mes visioiis :
revenu à la santé, j'interrogeai seulement ma garde pour
savoir jusqu'à quel point les exclamations de mon ptéCendR
délireavaientpu trahir mes secrets ;j'interro(j^ le fidèle Trim,
qui ne m'avait pas quitté jour et nuil, couché au pied de mon
lit Je me convainquis heureusement de ma parfiûte discrétîoM;
personne n'avait rien omipris à mes paroles entrecoupées.
Dans l'intervalle, le courrier d'Angleterre m'avait i
(1] Note du teaddctiiuu U aenhlo ^o ee ^mi^uphi romtost fa pis-
fée du roman de Zanoni, de sir Ed. L. Biilwer.
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LSS PBBHIÈEB9 AU 0I7M B'UH FAT. S71
des teHotfl de ptfner... lettres de reproches sur papier roee,
liitlels mons don s«r papier timbré... enfin, sur papier ordi»
Daire, une communication de lord Ormington, qui, ton oam
par rintermédiaire de MM. Hanmer et Snatch, me faisait sa-
Toir tout son déplaisir à Toccasion de mon départ d'Angle-
terre précisément au moment où la famille était toute entière
occupée de l'heureiix mariage de buhi frère.
Mais ce n'était pas tout : la maison patentée de Soutfaaan»
ploa Boildings, investie par Sa Très*Honorable Seigneurie
du privilège de ne s^mcHiBer en son nom , daignait encera
m'intiiBer que, a si mon v<^age en Portugal avait pour but de
«leaonveler aies relations avec une certaine famille, ma peo*
»sioa aérait définitivemant suspendue dès qu'on recevrait la
I» moindre renseignement tendant à me représenter comsse
> jaloux de ciMitnicier une plus tendre alliance. »
Le vieux praciurettr faisait long feu , et tirait avant la b^
taille. J'étais depois plus d'un mois i Lisbonne» sans av<ùr
cherché la nsoîndre informatûm concernant les personoei
qu'il m'était interdit de revoir dans des termes si dura.
Quant à ce qui regardait les d' Acunba, je savais bien que» vu
la fréquence de ce nom à Lisbonne, autant aurait valu aller
par les rues de Londres demander une fronille du nom de
Saûth. Quant à Emily , je ne pouvais naturellement risquer
de la désigner aux jeunes gens en gants jaunes qui co*
piâent les dépêches échangées entre l'Angleterre et le
Portugal.
Lisbonne et ses environs étaient alors peuplés de mur--
ebands anglais. Le blocus hermétique des ports de France
Usaii de TEspsigne et du Portugal nos seuls refuges contra
Fhaaaîde dimat de la Grande-Bretagne. Je me déterminai 4
diifcrer oas enquêtes jusqu'à ce que je fosse en état d'aller ft
Guida en personne. Les prohibitions exténues dans l'épKre
eSoeUe de MM. Heniner et Snetcb n'avaient servi qu'à me
leadre plus impatient de firancbir le eordon sanitaire de ma
chambre 4e eialadef Je eortis donc une bonne quinzaine w
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373 LES PREMIÈRES AMOURS B'UN FAT.
moins avant Tépoque fixée pour ma première promenade au
grand air par cette respectable et aveugle corporation qu'on
appelle en tous pays la Fatmlié.
CHAPITRE IX.
O le bonheur de la convalescence 1 Socrate a décrit les
transports de Thomme qui s'échappe de sa prison ; mais la
transition de l'air renfermé de la chambre du malade à l'air
pur des champs, la transition de ces lugubres figures qui in-
terrogent tristement la v6tre A la vue des oiseaux du ciel qui
chantent et voltigent sur les arbres, cette transition n'est
guère moins ravissante : c'est un avant-goût du retour de
l'homme au jardin d'Eden.
Mais moi surtout, moi qui étais venu dans le pays des oran-
gers et des citronniers , bravant mon père et ses procureurs
uniquement pour revoir encore une fois la plus angélique
des figures humaines, n'avais-je pas un double motif de me ré-
jouir de la prochaine délivrance qui allait enfin me permettre
d'accomplir le but réel de mon voyage?
Impossible de faire une excursion à Cintra le premier jour
de ma sortie , ni même pendant toute la première semaine,
ce Mais tout vient à point quand on sait attendre, y> dit le pro-
verbe français; encore huit jours, et j'irai jusqu'au Richmond
de Lisbonne. Cintra n'était pas près de s'envoler de son pié-
destal de rocher; encore huit jours, et je pourrai presser la
main d'Emily dans la mienne.
Combien de fois j'avais compté les heures de ces huit jours!
comme je me recueillais chaque matin avec un redoublement
d'impatience I comme les rêves de ma fièvre avaient donné
de nouveaux élans à ma première passion ! Un nouveau jour
avait enfin lui pour mes yeux. Je commençais à apprécier
la perfection d'Emily, comme je ne l'avais jamais appréciée
auparavant: — la noble sécurité de son caractère, la naïve
et loyale confiance de son cœur, l'absence de toute pré-
tention et de toute affectation en elle; car c'étaient là des
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LES PREMIÈRES AMOURS D'uN FAT. 373
qualités que mon expérience des manières artificielles du
monde rendait doublement attrayantes. Je ne puis com-
prendre comment des hommes qui ne sont pas dépourvus
de sentiment et d'esprit peuvent se laisser captiver par des
femmes qu'ils ne voient jamais se livrer à une émotion na-
turelle, qu'ils n'entendent jamais avouer un sentiment sin-
cère. Selon moi y il n'est pas de charme plus irrésistible que
h société de ces personnes dont la physionomie réfléchit tous
les mouvements de leur &me , et dont toutes les remarques
on toutes les réponses naissent de l'impulsion directe du cœur.
J'étais sàr, par exemple, qu'en paraissant en la présence d'E-
m3y j'apprendrais tout d'abord, soit par son sourire expansif,
soit par sa froide sévérité , si elle ne me pardonnait pas ma
conduite, ou si son départ soudain d'Angleterre avait été une
égale source de chagrin pour elle et pour moi.
Je me disais qu'amant non déclaré , je n'avais épargné ce-
pendant aucun sein pour me faire bien venir d'elle , et que
mes attentions avaient été de celles qui ne doivent jamais
cesser une fois qu'elles ont été accueillies. — Oui, si je décou-
vre que ses regrets ont été aussi poignants que les miens , j'y
snis bien décidé, aucun sacrifice d'ambition mondaine ne
me coûtera pour m'assurer un trésor que la Providence semble
avoir placé exprès sur mon chemin. Elle sera à moi... m'é-
criai-je, ou... Je n'étais pas encore exactement fixé sur l'al-
ternative.
En faisant ainsi poser Emily devant moi avec les attributs
de ma fiancée , je retouchais aussi dans ma mémoire le por-
trait de sa beauté incomparable; beauté si fraîche, si pure
et si piqpante à la fois , comme celle des divinités du Prin-
temps ou de la Jeunesse. Devant cette image, ma tête s'exal-
tait. À force de l'évoquer, je la revoyais elle-même, là,
visiblement présente, mon idole, ma maltresse... l'épouse de
mon choix. O malheureux que j'étais de l'avoir laissée des
mois entiers exposée aux profanes suppositions du monde 1
an lieu de l'appeler sur mon lâche cœur en lui donnant ce nom
•acrél
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ftk UBS PREMliBBS AMOUB8 D'UN FAT.
Enfin , j'allais la revoir et réparer tous mes torts : le jov
que j'sd fixé pour courir à Cintra a Im enfin. — Brûlez Tes
fiyres, mon cher docteur, dis-je à mon fidèle et assida Esco-
IqHfi avant de partir.... j'ai par devers moi de meilleurs re-
mèdes que les forêts de quinquina et de cascarille q«e vous
m'infligez. Avant huit jours, je vous le promets , je ne «rai
plus le même homme , vous ne me reconnaîtrez plus. A tout
évtoement, c'est moi qui ne voua reconnaîtrai plus, et toub
me verrez vous dépasser rapide et fier comme cette brise dn
printemps qui rit de vps ordonnances.
— * Tant mieux, me répondit le docteur Arnold, tant mieux !
Mais j'aimerais tout autant que cette menace ne me fAt pas
adressée avec un œil si enflammé ou un pouls si précipité. Je
Tiens ce matin même, par Tordre de air Charles Stuart, d'^
crire à lord Ormington un brillant bulletin de votre conTS-
lescence. Si vous ne modérez pas votre ardeur et ne baissez
paa le ton de votre voix , je vais retarder le d^nrt de na
lettre jusqu'au mois prochain.
Je ne jugeai paa nécessaire de demander à TEscolape of-
ficiel s'il avait envoyé sa misaive doctorale a mon père par
le canal obligé de Southampton Buildings ; bref, j'étais trop
keureux ce jour-là pour m'inquiéter d'aucune parenté aa
monde.
Beaux sites de Cintra 1 combien je me réjouissais de recon*
naître dans vos accidents pittoresques les tableaux d'Enûlyt
Paux images semblaient marcher devant moi pendant (p^fi
gravissais la Calçada de cette région de çutnlaa ;...«rane était
k réalité du grand jour, les blanches muraQlea et la verdoie
qnl brillaient au soleil ; maia en même temps fadminîs la
tableau, la copie divine de ce beau paysage, tel que je le tenais
d'une voix si douce pour moi.
O haleine odorante des jardins l que de vie dans cet air
printanierl quelle magnifique résurrecticm de toute la natirB
dans ce monde de boutons et de fleurs qui naissaîoit aotoor
db moi! Me voilà sur la hauteur du presnier plateau; ao^«*
sus de ma tète se dressent les tours monastiques de Nossi
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LES rRBMTÈRBS AMOmS D'CIT PAT. 8T5
Senbora de Penfia. Aht que le fardeau de Texistence m'est
doux à porter I Je me sens le cœvr, ainon les ailes, d'un oiseaa.
Je taux toujours mieux en ce moment que le Cécil Danby de
tons les jours. Je suis un être humain, créé pour être heureux
elpoor rendre heureux; je porte mes joyeuses pensées et .
to« mes généreux sentiments sur l'autel d'une divinité.
CHAPITRE X.
Je demandai , c'est-à-dire mon domestique portugais de-
manda à un jeune vinhateiro que nous rencontrâmes en che-
min a?ec une longue perche sur l'épaule et une VMàinha sur
ses lèvres, personnage bien en harmonie avec la saison et le
site, — nous lui demandâmes, dis-je, s'il pouvait nous indi-
qua à Cintra le quinta d'un Anglais.
* Inqltst I nous cria-t-il après le salut ordinaire du pays ;
fwat Inglese! Il y a tant d'Anglais! Il y a le général, il y a
le commissaire général, il y a le chirurgien général, il y en a
lingt autres qui ont des quintas sur la montagne.
c Non, ce n'est pas un Anglais attaché à l'armée.
— Un fidalgo, donc ? ^
— Non , pas un fidalgo ; un Anglais anciennement établi
id; un marchand.
— Le senhor Barnet, dit alors le vigneron avec cet air de
joie honnête qui faisait deviner que ce nom lui rappelait une
influence bienfaisante, la richesse unie à la bonté. — No$sa #fr-
nkoral qui ne connaît pas la quinta de San-José?»
Et ce fut avec un empressement cordial qu'il indiqua au
cocher tousles détours qu'il avait à faire, tantôt à droite, tantôt
àganche, pour nous conduire à la maison de campagne que nous
demandions. Nous continuâmes notre route entre des murs de
dôtore, au-dessus desquels s'étendaient les rameaux des chê-
nes verts ou des lauriers, et coupés de distance en distance par
des grilles à travers lesquelles l'œil pouvait pénétrer dans
Fintérieur des jardins, et des plantations d'orangers de chaque
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376 LES PBEMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
quinta. Pour moi, la terre que je foulais était une terre sacrée.
Je jouissais déjà de la surprise d'Émily, de son gracieux ac-
cueil, de ses yeux rayonnants de plaisir ou versant de douces
larmes ; je jouissais de sa tendre reconnaissance pour tout ce
que j'avais bravé et tout ce que j'avais abandonné afin de
lui prouver que j'étais digne d'elle. A mesure que nous appro-
chions, ma tendre anxiété redoublait. Au dernier détour indi-
qué par le vinhateiro, je pouvais respirer à peine; mon cœur
battait si péniblement, que je sentais que je ne pouvais plus
supporter longtemps l'excès de mon émotion. Triste état pour
un fot d'être ainsi agité : mais je sortais d'une maladie de deux
mois, d'une maladie compliquée de trois médecins I
Enfin nous aperçûmes une grille plus apparente et plus
ornée que les autres : je la reconnus tout d'abord pour la
grille de San-José, à un petit bois d'arbres verts, dominé par
un vieux cyprès solitaire d'une hauteur prodigieuse, qu'Emily
m'avait décrit comme le premier objet qui de loin lui annon-
çait la maison paternelle.
Nous étions à la porte : la maison , bâtiment modeste en
pierres blanches, élevé de deux étages, ne différait guère des
autres quintas ; mais, plus rapprochée de la route, elle exposait
tout d'abord sa façade entifre aux regards. Jamais aspect de
maison ou d'édifice ne me parut plus splendide que celui-là
en ce moment solennel. Je dois ajouter qu'elle était entourée
d'amandiers dans toute la pompe de leur floraison. L'air sem-
blait doublement éclairé par ces myriadeis de petites étoiles
végétales, pourprées et tachetées, qui se détachaient en relief
sur le sombre feuillage d'un bosquet de pins rejetés derrière la
quinta. Mais je n'abuserai pas des figures de la poésie en com«
parant cette jolie maison blanche au milieu de ses arbres en
fleurs, et dorée par un brillant soleil, à une fiancée parée pour
sa noce. Les rossignols, qui ne chantent nulle part aussi mé-
lodieusement que sur les bords du Tage, conmnençaient leurs
hymnes d'amour dans ces bosquets enchantés. Je n'aurais ja-
mais pu imaginer un site plus gracieux pour y revoir la douce
et souriante figure d'Emily.
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LES PRBMiiRES AMOUBS D'DN FAT. 377
Les deux battants de la grille s'ouvrirent , mais je ne laissai
pas entrer la voiture. Je ne me sentais pas assez autorisé par
mes rapports avec cette demeure pour m'y introduire sans
l'avoir demandé. J'aperçus deux messieurs qui se promenaient
sur la large avenue sablée qui serpentait à l'ombre des aman-
diers : c'étaient deux hommes d'un certain &ge, et l'un était
probablement le propriétaire.
Je mis pied à terre, et demandai au concierge si c'était là
M. Barnet, montrant celui des deux messieurs qui venait de
suspendre tout à coup sa marche et de se retourner attenti-
vement, averti par le bruit de la grille roulant sur ses gonds.
Son regard même était si ardent d'attention, que, sans presque
attendre une réponse, je crus devoir h&ter le pas et lui expli-
quer le motif de ma visite. Heureusement pour le tremblement
nenrenx qui m'agitait , il m'épargna la moitié du chemin en
Tenant à ma rencontre.
a Monsieur, lui dis-je le chapeau à la main , et avec la po-
litesse la plus suppliante, j'ai pris la liberté de venir me pré-
senter chez vous, dans l'espoir que...
— Arrive-t-elle? me demanda-t^il tout bas en m'interrom-
paot, comme s'il eût craint d'être entendu par la personne
qai l'accompagnait. «
— Je m'appelle Gecil Danby, je n'ai pas l'honneur d'être
connu de vous personnellement, lui dis-je, pensant qu'il me
prenait pour un autre.
— Arrive-Uelle? répéta-t-il sur le même ton, et continuant
de me questionner des yeux avec la même fixité de regard.
—Vous vous méprenez, je le crains, monsieur, repris-je,
commençant à penser que je pouvais bien être moi-même dans
Terreur; j'ai eu l'honneur de connaître votre fille en Angle-
terre, et je...
— Arrive-t-elle ?» répéta encore le vieillard, toujours du
même ton, toujours avec cette même fixité de regard, qui ex-
citait déjà en moi une vague inquiétude. Je finis par ne plus
douter que je parlais A un homme privé de sa raison, avant
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afI8 UBS PRBMIÈmJiS AMOUBS B'IJK FAT.
niéme que j'eusse aperça les signes d'intelUgenoe que ne fai-
sait soD conpagnon.
Ayant surpris hii-mèoie oa de ces signes qui s'adressaient
à moi pour me Eure désister de la couyersation, ce fot sur
rintemiptenr que M. Bamet arrêta alors son œil interroga-
teur en lui demandant à son tour comme à moi :
« Arrive-t-elle ? simple question répétée avec le même air
de mystère.
— Tout à rheore, tout à l'heure, répondit Vautre arec ce
ton de complaisance dont on se sert pour tromper lesen&nts
et les insensés. — Mais, monsieur, vous avez fait une Jongue
promenade; ne devrions-nous pas rentrer pour nous leposeit
Ce gentleman a promis de revenir vous rendre visite une autre
fois.
— Une autre foisl murmura le vieillard en joignant les
mains et avec l'expression d'un profond désespoir; c'est loa-
jours une antre fois. r>
Cependant il prit tranquillement le bras que lui tendait son
compagnon (celui-ci me faisant signe d'attendre son retour
dans le jardin), et il fit doucement quelques pas vers la mai-
son; mais, l'instant d'après, il s'arrêta comme frappé soudain
d'une nouvelle idée, et se retournant encore de mon côté, tou-
jours avec le même regard et le même accent, il dit : «An
moins, avant de le laisser s'en aller, qu'il me dise si elle ar*
rive. » Puis, se rapprochant de moi et posant familièrement
une main sur mon bras et se penchant à mon oreille, il me
dit encore plus bas que tout à l'heure : ce Je ne le répét^ai i
personne, mais dites-moi la vérité... vous m'avez dit queroas
connaissiez Émily... eh bien, arrive-t-elle?
—Repensais laretrouver ici, monsieur, r^ondi&je pénible-
ment ému et n'osant pas lui refuser une réponse; voilà plu-
sieurs mois que nous nous sommes renc<Mitrés. J'appris
avec plaisir son heureux retour en Portugal ; c'est principa-
lement l'assurance de la revoir qui m'a fait entreprendre le
voyage de Lisbonne.
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LES VREMIÈBBS AMQI7BS B'UN FAT. 9N
— Alors voQS serez mon ami.... vm» m'aiderez à la cher-
cher, s'écria-4-il , se lirraiit tout à coup à une explosion de
sestimeiit passioDiié. Vous avei coanu Eoiîly; vous Tavez
appréciée peat-étre Tayez-vovs aimée. — Hais uon, vous
a'étes pas son père... voas ne pouviez l'aimer comme je Tai-
iiaîsI...yoQsn*auriez pu vous imposer le cruel courage de Té-
loigner de vous,* afin qu'elle pût être en sûreté en Angleterre,
dansrbenreose An^eterre... àFabri des terreurs de la guerre...
i l'abri de la mine qui menace d'engloutir le Portugal et tout
ce qui hii appartient... Savez-voiis comment <m traita ma fille
es Angleterre?... ma belle Emily, mon orgueil, ma gloire, la
consolation de ma vieillesse... on la persécuta, on Tavilit, on
mêla tna, monsieur. — La malédiction de Dieu sur eux I qu'ils
m soient punis par le feu étemel I — Mais arrive i-eUi?
lyoata-t-il en revenant, sans antre transition, de la fureur de
les imprécations à son premier accent, à sa douceur de tout
i l'heure... Je me sentis frissonner.
— Si TOUS TOUS agitez de la sorte, monsieur Bamet, dit
son compagnon avec une parole d'autorité qui révélait le sur-
veiUaiil de l'insensé , je ne pourrai plus vous permettre de-
main une promenade au jardin. Vous affligez ce monsieur,
qui est un étranger pour vous.
— Un étranger 1 Non pas, reprit le pauvre M. Barnet, qui
passa de nouveau une main sur mon bras ; je vois bien à sa
physionomie que ce n'est pas un étranger. Il me plaint , il
s'afflige pour moi.... pour Emily.... Il sait que longtemps se
passera avant qu'on laisse revenir ma chère enbnt : vous
Toyez bien qu'il n'ose pas répondre à mes questions sur elle...
et c'est ainsi que vous fiaites tous.... Personne... personne
Be vent m'apprendre si elle arrive.... Mais vous avez pro-
Mmeè votre nom tout à l'heure , poursuivit-il en se retour-
raïf encore vers moi et m'interrogeant avec sa Sévreuae
attmtion :
«--Dianby, lui répondis^je; Cecil Danby.
— Danby I ce nom devrait m'étre connu... Il me semble que
js le oonnais, s'écria-t-il avec un mouvement impatient des
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380 LBS PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT.
épaules; je ne sais comment je perds la mémoire.... II ne me
reste plus rien dans Tesprit.... Et ma fille aussi ne yonlat
plus rester. La pauvre Emily ne voulut pas rester à San-José.
On m'assure que je la reverrai... Mais quand... Ponvez-vous
me dire quand? — Foik, monsieur... monsieur Danbyl —
Anglais, n'est-ce pas? — Qu'étes-vous? — Arrive-t-elle ? Oh I
arrive-t-elle?...
— Vous feriez mieux de vous retirer, me dit le surveUlant
de M. Barnet avec le sang-froid d'une personne habituée à
de pareilles scènes; je vous rejoindrai tout à l'heure à la
porte , quand je l'aurai un peu calmé : il est toujours excité
ainsi par la présence d'étrangers, n
A ces mots, le vieillard se tourna avec une émotion de colère
contre lui : «Comment, s'écria-t-il , pouvez-vons appeler
étranger quelqu'un qui vient à San-José demander l'hospita-
lité au nom de ma fille? Ne savez-vous pas qu'Emily est tou-
jours la maîtresse ici? Ne savez-vous pas que lorsqu'elle me
reviendra, son premier soin sera de mettre hors delà maison
le brutal qui a osé tyranniser son pauvre vieux père?.... Me
battre comme un enfant I moi, un homme à cheveux blancs 1
Elle m'aimait tendrement, monsieur, continua-t-il en s'adres-
sant brusquement à moi; quoiqu'elle m'ait quitté, elle m'ai-
mait très-tendrement. Venez avec moi dans la maison , vous
y verrez mon portrait fait par elle.... On dit qu'il n'est pas
fini... Elle n'avait pas eu le temps de le finir avant de m'étre
enlevée.... Mais elle reviendra le terminer.... Abl elle devrait
déjà être ici depuis le temps , me dit^il en me montrant les
amandiers en fleurs.... et les oiseaux chantent... et le soIeU
brille.... comme si Emily était encore ici.... Oui, le soleil
brille .... trop , beaucoup trop .... Sa lumière brûle ma
pauvre tète. Et, monsieur c'est une saison bien triste
que le printemps!... Àrriverait'elle , monsieur^ que vous êtes
venu ici pour la voir? Ahl ahl nous les attraperons bien
encore... Ils pensent l'avoir ensevelie... mais je sais à quoi
m'en tenir. Je sais... je sais. ... qu'elle arrive I »
Il avait , en parlant ainsi, enlacé son bras dans le mien, et
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LES PREMIÈRES AMOURS D'CPT FAT. 381
son gardien me pria tout bas de vouloir bien l'aider à lui
rendre un peu de calme en l'accompagnant dans la quinta.
Cette proposition ne pouvait qu'être bien accueillie; les
forces commençaient à me manquer.
Comme nous nous approchions de la maison, la porte d'un
vestibule fut ouverte par deux domestiques , qui nous intro-
duisirent dans un vaste salon, dont les jalousies étaient fer-
mées; de sorte qu'en y entrant je ne pus d'abord distinguer
les objets, car je passais du grand soleil à une demi-obscurité,
le me laissai tonil>er sur un fauteuil... J'étais accablé.... Ahl
si l'horrible pressentiment provoqué par les rêves du pauvre
maniaque étaitfondésur laréalité !.. . Emily serait^elle morte?. . .
mortel
Un mot de question au gardien, qui restait debout devant
moi, aurait dissipé tous mes doutes ; mais je n'osais l'interroger.
Je ne me sentais pas le courage de connaître toute l'étendue
démon malheur. Il me prit une grande faiblesse... Il me
sembla distinguer autour de moi ce parfum particulier de va-
nille qui accompagnait autrefois la présence d'Emily. Comme
800 vieux père, je ne pus retenir mon exclamation in-
sensée : — Àrrive-t-éUe? m'écriai-je; et je perdis connais-
sance.
Quelques minutes durent s'écouler avant que je fusse revenu
de eet évanouissement. Quand je rouvris les yeux, ce fut avec
une sensation de froid. J'étais toujours assis sur le même
fauteuil; d'un cêté, le vieux père d'Emily en démence, ses
yeux fixés curieusement sur les miens; de l'autre, son sur-
veillant, qui tenait une de mes mains dans les siennes, comme
me tatant le pouls.... Grands dieux I allait-il exercer aussi
sur moi ses horribles fonctions ?
Cet homme s'adressa alors d'un air bourru à l'infortuné
vieillard : a II revient à lui, dit-il ; mais je vous avais dit que
vos étranges questions finiraient par l'excéder. Comment
pouvez-vous espérer que vos amis retournent vous voir si
vous les troublez et persécutez de la sorte ?j
— n n'est pasmon ami... maisVami d'Emily;et ses amis se-
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382 LES PKBMiteES AMOUBS O'UH FAT.
ront toujours indulgents pour noû » s'écria ie pMTre riéà^
lard; et il se pencha Ters moi avee une expression si piaifr-
tive , que mes forces finillîrent m'abandonner tout à Cail de
nouveau. Je restai immobile sur le fauteuil, comme un homme
étourdi et haletant.
Toutefois mes yeux s'étaient aocoetumés au joar sombre
de l'appartement. Je pus reoonnaitre peu à peu q«'il contenait
mille indications d» habitedes d'une fiemme : c'étaient don
instruments de musique, des lines, des fleurs. Sur la table»
je remarquai un tambour à broder; un loriot enchidné à un
perchoir agitait sans cesse ses ailes, comme impatient du
l'obscurité et du silence du salon. Mes terreurs commencé-
rent à se calmer. Pourquoi avoir si faussement interprété ha
paroles incohérentes d'un honune en démence i — £mily était
pnAablement dans la maison.... Oh 1 oui — et j'allais enfin à
mon tour adresser au gardien de M. Barnet l'inccnoante ^pet-
tion.... Ârriee^Udht au risque de lui persuader que la eon-
tagion de la folie avait gagné mon cerrean. ie me letni de
mon Cnitenil, et....
ce Ce sont les livres d'Eauly, c'est l'oufrage d'Emilf, me
dit le vieiliafd en me coupant la parole pour me condnira
lui-même courtoisement à la table. Si elle était ici, elle veos
montrerait ses gravnras... ses Uvres... et elle tous dmntarait
aussi pour vous prouver son plaisir A vous recevinr... Tumi,
il y a encore la marque laissée par eUe dans son valuBie fa-
vori. » fit H me montra une petite branche de myrte fléirie
entre les fisuillets des Poésies de Bams, auteur que nens
avions souvent, très-souvent cité et vanté easemble c Ccst
singulier qu'elle ne revienne pas pour terminer tout ce qu'elle
a laissé ici d'inachevé. On ne bûnae pas cenuM eela, pen-
dant des semaines entières, sa broderie ininriompmi et un
signet dans un livre. Je ne puis voûsdire, monsieur, eombicB
de jours se sont écoulés depuis que fui entendu de la n^-
sique dans ee salon. Vous saros cmmne etts dmntait : jamam
on n'entendit une voix phn douce sur ter»!... NdSiêmMiê...
lie raveat-vous jamab entemlM chanter iVW^SUIeiisià/ La Bteti
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LES vmsmftBBS AxoimB D'uir fax.
m'om janais le lépéter après qu'dle eat entendu mon
Eaîly 1.. £t maintenant pas nne noie... pas une senie note...
Bîen.«. rien... Un silence tel qne dm natin an soir tovs en-
tendez remuer la chaîne du pauvre Yilko. Je lâcherais bien le
paivre oîsean s'il ne lai amit appartenu... Il semble l'at-
tendre comnw moi... Tout le aMmde l'attend ici. »
Je frémis» éeonlant traîovrs arec une liorreur instindire
oeqn'il aUaît ajouter, partagé entre tous mes doutes et tontes
c Et si nous allions an-devnnt d'elle^ si nous allions la
«tercher ? s'écrift-l41 , oomme cédant à une idée Ivmineuse ,
mais toqonra avec le sonriie vague de la folie... Je sais oè
eue Cit conduite qnand on l'enlevn de San^osé... Si nous
allions ensemble jnsqne-lA pour l'appeler..* peut-être nous
lépoBdrait-elle, peni-étre retovmeraii-dle avec nous. — Priez
awsicnr de m'aeoompagner! (Il s'adressait à son gardien.)
B aw refasera si «snt ne vous joignes pas à moi pour le lui
demander. Personne n'ose ici rien Ûre que vous n'ayez
donné votre avis, s ponrsnivit41 avec un regard significatif.
Le gardien répoMËt prademment :
« Voules-^oos me promettre» monsieur, si nous cédons à
votre fimtaisie » de revenir tranquillement ensemble , et de
piendre quelques heures de regos? Vous savez que vous n'a-
vas pas fermé l'œil depuis deux mrits.
— VooUea-vous qne je m*endormÎ8se «piand Eraily «vaitan-
nencé «a visiteur t demanda le pauvre Bamet avec un de ces
seurves de finesse pnrtieuliers anz tnsensés. — - Mais je Tai
attendu et bien reçu, vous voyez, en dépit de vous. le lui ai
montré ses livres, ses flens, son oiseau &vori, et maintenant
je le oonduirai auprès d'elle..* c'est-à-dire si vous voulez me
le panaettre, n
le gardien ase tira i part
a Si vous venliea, me dit-il , vous prêter à cette fantaiste,
ce serait une oeuvre charitable. Voilà {dusieurs jours que les
farozfsams de M. Bamet ont été bien terribles; il est au-
tottid'hui un peu moins agité. Si je pouvais smilement lui feire
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aSk LES PREMIÈRES AMOURS D'UN FAT
verser quelques larmes, comme cela lui arrive après cette
excursion favorite, je lui assurerais une nuit de sommeil, b
Jecommençais à m'excnser en disant : <ic Je suis moinooième
si faible....
— Fai6Ie/ reprit le pauvre insensé, saisissant le mot... Oh 1
n'importe... vous vous appuierez sur mon bras... je voas
soutiendrai!... Nous irons ensemble voir Emily... Il n'y a
pas loin... AUan, la clef 1... Vous êtes un brave homme,
quoique brutal... Vous viendrez avec nous. Là... doucement.
Ne vous pressez pas, monsieur... Votre nom? Pardonnez ...
Ah 1 j'y suis ; M. Danby, n'est-ce pas? Oh 1 doucement... Elle
nous attendra, allez... Toujours si bonne... si patientel...
Elle ne se serait pas même fkchè^ contre le chien de la mai-
son... Elle nous attendra... elle nous attendra, d
Et tout en continuant à s'étendre sur l'éloge de sa fflle, il
me conduisit à travers une suite de chambres où le gardien
venait après nous. Une de ces chambres se faisait remarquer
par divers articles d'une toilette de femme, aussi bionique par
un air tout particulier de propreté et d'élégance : je devinai
que ce devait être la chambre de miss Barnet.
a Elle n'est pas ici, comme vous voyez, me dit le vieillard
en s'arrètant un moment devant l'alcêve froide et solitaire...
Elle aimait cette chambre... voyez... le portrait de son père
est là... en face de l'endroit où, lorsqu'elle était petite, obéis-
sant aux dernières recommandations de sa mère, elle s'age-
nouillait chaque soir et chaque matin en priant Dieu pour
moi... Personne ne prie pour moi maintenant. IHeu a aban-
donné la maison 1 »
Le gardien crut distinguer certains symptômes d'excitation
mentale, provoqués sans doute par la pièce où nous nous
trouvions, et il intervint pour lui dire : « Mais, monsieur
Barnet, vous aviez proposé à monsieur de le conduire auprès
d'elle... il ne faut pas manquer à votre parole.
— Manquer à ma parole... s'écria-tril, passant A uile autre
série de sensations... ne suis-je plus un gentilhomme, un
homme d'honneur?.,.. Ma fille m'a quitté... les soldats firan-
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LES FlBMlftRBS AM0VA8 D'UN FAT. 385
ç«9 ont brûté mes magasins et ravagé mes vignes... ils m'ont
ruiné; ils ont dévasté le Portugal ; mais je suis resté un homme
d'honneur, j'espère, un gentilhomme anglais,.. Ne me presses
pas, AUan ; vous savez que je n'aime pas à être trop pressé.
Je sais un gentilhomme, un homme d'honneur» et je n'ai ja-
mais manqué à ma parole I d
Et en parlant encore, il me conduisit hors de la chambre ;
pois arrivé dans un vestibule qui paraissait communiquer avee
le jardin, il essaya d'en ouvrir les portes vitrées. AUan tira
alors ane clef de sa poche et nous fit sortir. Nous marchâmes
seus une allée couverte qui aboutissait à l'extrémité du jai^
^n. Là encore le gardien eut besoin d'un passe-partout pour
ouvrir une petite porte par laquelle on descendait à un bois
d'orangers.
Qu'est-ce qu'un bois d'orangers aux yeux d'un habitant du
Portugal ? Rien de très-intéressant pour lui, accoutumé comme
il l'est à la feuille lustrée, aux fruits d'or et aux émanations
odorantes des blanches fleurs de' cet arbre des Hespérides :
c^est comme pour nous un verger planté de pommiers. Mais
ici c'était la première réalisation d'un bocage si souvent et si
pittoresquement décrit par Emily ; c'était l'asile où la rame-
nait si volontiers le souvenir des jeux de son en£&nce.
M. Barnet prit plaisir à me faire admirer plusieurs oran-
gers chargés de leur double trésor d'or et d'argent : a Emily les
admirait aussi quelquefois, me dii-il, mais passons, c'est plus
loin que...»
Nous étions en ce moment devant une autre porte qu'Allan
ouvrit aussi, et après l'avoir franchie je me trouvai dans un
petit clos... dont le gazon s'élevait de distance en distance
en tertres d'une forme particulière... Ah! pourquoi décrire
Le rieillard me conduisit lentement, respectueusement et
solennellement, à l'angle le plus éloigné de ce petit clos. Dans
ce coin retiré, un beau laurier jetait par dessus la muraille
de la quinta l'ombre épaisse de ses rameaux... il y avait sur
le 50l une dalle de pierre placée là tout récemment, car la
6* siniB.— TOMB XI. 25
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terre encco» iokWmeiiitfraleYéa mtoo» dft«e^bei«l»i»'a«iit
pas repria aa veféore, el quokpiM «loltoft d^w^cien pmi
éteiMt à e6tA toutes jaaiiîaa.
a C'ealid, ùwmuà vous I0 savez ptobabtaMiii, moiiaMtf»)^
«9iietiér« des Angbôa»)) me dit AllanàroreUle.,. (odieuâeeot-
fidence...]» Je ne puis pas lui penueltre d*y Yenic» aconit
pas Vy conduire seul... tegardea* ip>
Le pauvre vieillard &*était aeeaottitté; la i/ite peaehé«ai|r
k pierre, il parcourait d'un doigt iremblant toutes les MtMs
de cette insoripiioa :
friez pour téme
EBI^ILY RÀJtNET
dgie de 18 am
mocte le 17 février 1811.
QUA PRo ua.
Depuis trois semainea seulement dajae sw tombent ^\^
terre venait à peiae de se fermw sur eelte tMe biea wM^-
Oh! déaeapoir *- désespoiri Si j'axai» epii^a à SmrM ^
débarquant, j'ausaîa été è^ teia^s (jte la awvei^... 4® (^w^
la raison égarée desoA^albeureuKpèr&I... PoufquM^-'PM^
quoi avoir tant tardé à aïoitoaqplir mou ei^\i^im!l
Car ellet était morte le oœur brisé... Je s^^ tout» biiatftt
.^pfèa, de la lnoocte du digne homme q«i fiit une seconde
firi» appelé à mon ob^vei pour m'arrafeher eut si»^ iMS^
telles de ma propre douleur. C'était le même médeeia V^
l'avaU soignée d^«etAe mejladte de lacMR^i^ de«e dépéo^
mevit dQiM il avait eu à peu prèa seul la secret- U 9vait #
.aon amihv #on wufide^t. A, soi> Ut de mort» elle toiwi*
as^Wé quf) eon rappel subit d'Aqgl^erreen Portage euipav
cause les inE&mes bruits répandus à Londres par une vdûjfi
femilLe, offooftée de^battwtîMs qu'a^v^iit p(mI^eUe un d^^
membrea.
« L'homine sans entrailles aiiquel m'avait. confiée-moïkP^
dît :&nily mo^ranie» ayant reçu les remontra^9fesi ^ ^^^^^
cette (m^lei Qi n'oMiit pas brayec so^ d^airâi vi^^^^
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t9§ TmHlÈRKS ASOUM U*IU!I TAT. 987
TOjée de sa maison pour s'excuser à la fois auprès de mon
père et auprès de son noble client; il osa même m'accnser de
légèreté, de dupltcilé... (fune conduite honteuse. Mais ce ne
fut pas tout... Lui — celui-là même pour qui je subissais un
pareil ootnge; eehii denl laa ilôuatei et finmet vanteriea
m'avaient ainsi déshonorée — > lui aussi, en même temps, il
m'évita dans ma disgr&ce, il ne daigna plus même s'enquérir
de celle qu'il avait payée d'une si outrageante ingratitude...
mais n'importe... que Dieu lui pardonne comme je lui par-
donne ! i>
Quand ces paroTes me furent rapportées, je sentis que les
prières mêmes de cette âme pure ne suffiraient pas pour me
procurer le pardon du ciel. Les larmes tombaient des yeux de
monaffectueux docteur pendant qu'il me décrivait ce touchant
Ht de mort. Toute la science humaine avait été inutile... elle
n'avait pas voulu être consolée... elle avait dédaigné de vivre ;
nais elle expira en paix avec tous les hommes — une sainte*
unemartyrel
'Par une étrange coïncidence. Te docteur Arnold lui avait
fermé les yeux le même soir qu'il avait été appelé pour venir
me donner ses soins. Deux heures après avoir été témoin de
la dernière agonie de la victime, il était accouru au chevet
du bourreau. Sa main quittait à peine la froide main dTmilj,
qu'elle interrogeait déjà l'artère brûlante de la mienne.
Et je n'avais rien su de tout celai... Moi venu de si loin et
uniquement pour le bonheur de la revoir... j'avais entendu
la cloche qui demandait des prières pour son agonie et pour
sa mort... fàvais vu le deuil porté pour elle... j'avais... Ah!
Depuis ce jour^-*-^. . je ne {os plus le même hooune.
t Jfoneîrâ o/* a Coxcomb. )
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DE L'ESCLAYAGE
EN ORIENT ET DANS LE NORD DE L' AFRIQUE (1).
L'esclavage des noirs a été aboli dans les colonies anglaises;
les États-Unis font surveiller leurs côtes avec assez de soin
pour qu'on n'introduise pas de nouveaux esclaves dans leur
territoire, espérant ainsi arriver graduellement à rabolitioo
de l'esclavage; toutes les puissances européennes ont fait une
sainte ligue pour mettre un terme à la traite des noirs dans
TAtlantique ; mais, dans la Méditerranée, à côté de nos éta-
blissements et de ceux de l'Angleterre, ce commerce est très-
actif, et Ton n'a presque rien tenté pour s'y opposer. Il sera
difficile sans doute de faire cesser entièrement cette déporta-
tion violente de la race noire par la race blanche ; mais tout
est possible aux nations civilisées, et tôt ou tard l'humanité
n'aura plus à gémir sur l'impunité d'un trafic flétri à la fois
par les codes politiques de l'Europe et par les lois du chris-
tianisme.
C'est surtout aujourd'hui notre intention d'appeler l'atten-
tion sur la traite des noirs qui s'opère par terre jusqu'à Tri-
poli, Maroc et Tunis, et par mer jusque dans le Levant. Nous
examinerons donc quel est l'état de l'importation des esclaves
par la grande route du désert qui sépare l'Afrique méridionale
de l'Afrique septentrionale, quelle est la situation des es-
claves en Orient et dans le nord de l'Afrique.
L'existence de l'esclavage en Orient et dans l'Afrique sep-
(1) Ce trarail a été fait i nr lei relation! de diveri Toyageun anglais,
ifir lea documenta publiés par le Malta Time$, par les feuilles abolitiontt-
let de Londres, par le gouvernement français, ete., etc.
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DE l'esclavage Elf ORIENT, ETC. 389
tentrionale avait deyancé l'établissement de rislamisme ; les
populations placées entre l'Atlas et la Nigritie amènent de
temps immémorial vers la côte nord des esclaves noirs pris
en Ethiopie, en Abyssinie et dans le Soudan. Les Carthagi-
nois entretenaient avec Tintérienr de l'Afrique un commerce
considérable, surtout en esclaves noirs ; c'est parmi ces der>
niers que se recrutaient particulièrement les rameurs de la
marine carthaginoise, dont le nombre contribuait à la vitesse
renommée de ses vaisseaux. Asdrubal acheta en un seul jour
daq mille de ces rameurs. C'étaient les Garamantes, habitants
du Fezzan (Phasania des Romains), qui fournissaient aux
Carthaginois la plupart des esclaves noirs, ces Troglodytes
d'Ethiopie, qu'ils allaient, au dire d'Hérodote, chasser sur
des quadriges, précisément aux mêmes lieux où les Touaricks
et les Tibbons, descendants probables des Garamantes, vont
encore chercher des nègres pour les musulmans d'Egypte
et de Constantinople. Carthage fournissait des esclaves aux
Baléares et en général à toutes les Iles de la Méditerranée
qu'elle avait conquises, et d'où elle tirait des produits de
toute espèce.
Depuis la fondation de Carthage. jusqu'à nos jours, on peut
sans exagération évaluer à vingt-cinq millions le nombre des
noirs arrachés de leur pays pour être conduits en esclavage
dans le nord de l'Afrique et en Orient ; aujourd'hui encore
il y en a plus d'un million dans ces pays. L'établissement du
christianisme dans ces deux contrées dut arrêter quelques
instants cet in£àme trafic ; mais la loi musulmane lui ouvrit
de nouveaux débouchés, car Mahomet affranchissant un de
•es esclaves faisait un acte isolé d'humanité , et n'entendait
pas porter atteinte à la loi générale.
La traite des noirs est faite par les Arabes de cette lisière
du Sahara qui s'étend de Tripoli à Coûta, dans le Maroc, et
par les caravanes égyptiennes qui fréquentent le Darfour. Les
Arabes des états barbaresques n'étant pas assez riches pour
posséder un grand nombre d'esclaves, ont dû devenir les
•oortiersde l'Orient; leur position géographique leur en £a-
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900 DE I/8SCLAVAOB BS OUBIT'
dlîUât «durablement les mojrmB , et lenbltii les npfdmi
ce genre de courtage; ik avaieat là, à leara portai, me ca-
easioB de lucre à laquelle ils n*ont jamaisTéaialé. Les iritas
des parties les plus avancées du désert, aoit Adrabea^ soii Bv-
bèrea, se tieonent conatamment à Taffàt des laîséraUes pa-
. pulations noires de rintériewr, dont la venle est aqeanfkai
la branche, la plus productive de leur conmerce. Larâgesse
de Tripoli s'enfonce par une grande langue de terre a nerf
eents kilomètres environ vers le sud» entre 10 et 15% et saa
eoLtrémité la plus méridionale est soua le tropique daCsaser,
. entre le Sahara et le grand désert de m>ye ; les canvaMs
qui partent du Fezsan sont conduites presque en droite li|DB
vers le Soudan par une chaîne de montagnes qui travnse k
désert et lie le nord de T Afrique au midi; il n*y a qoequaln
oent soixante kilomètres de désert. Les Arabes parcoinat
en un jour, avec leurs chameaux, un espace de qoatre-fbfli
kilomètres, et ceux de Tripoli peuvent arriver dans le Swdm
le sixième jour de marche à partir de la frontière sud de h
Régence. Les caravanes tunisiennes ont à traverser, poir alhr
dans le centre de rAfrique , le Beled-ul-Bjérid et le fotà
désert de Sahara: la course est longue. On compte onwcsots
kilomètres de la pointe sud de la régence de Tunis an 9q^
dan ; mais on rencontre sur cette ligne une assez gnaée
quantité d'oasis, dont les habitants sont paisibles et wtàm
pillards que ceux du sud-est et du sud^ouest ; ils n'inqoi^
tent guère les caravanes. La régence d'Alger n'a plus de is-
lations directes avec l'Afrique centrale, ou du moins ces nit
lions sont bien peu fréquentes. Les caravanes du Marocsa^
au contraire, très-*nombreu6es et fort actives; la frontîèiesMl
de cet empire n'est séparée du Soudan que par un désert da
huit cent soixante kilomètres; Tombouctou se trouvai Tes*
trémitéde cette ligne, et le eommerce est très-important entte
cette dernière ville et Tafilet. Enfin l'Egypte entretient é0
reUtions très4réquentes avec le Sarfonr, enclavé dana la Si*-
dan. Voilà les qwtre grandes voies par lesipiellea les i
noirs arrivait en Orient et dana le nord de rAfrique.
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ET 1>ATO LE KQWD IM L'JàteigiTE Wt
tTiMt te f)lQ8 Miivent pHT des édi«ii|{ot cpM les eararaMr
«MTMt M pOBMâfitoii de qiielcpiM eentaine» de sègres qu'efle»
MtmtMni et TienneM vendre etisolte sur le littoral. Ces ee«*'
^ MHt RvréB par otn de leurs coiiipttri«tos qui leB ont
prieoiittterK par suite des dissensions perpétnelles qni
it dans VintéHeitr. Les objets d'échange sont : le sei, Ir
;, les Agnes , dn drap. Une des marchandises qui ont le
pilla de débit, un des appAto les pins sArs povr ees noirs qni
ilMident lenrs frères, ce sont les cornalines ^ snrtont ceHen
faf viennent de rArabie» et qui sent appelées cornalines àm
VAmen. Mais, ainsi que nous l'avons dit pkis haut, il airive
eMvent qne les caravanes «ont asset nombreuses et asséi Iriév
pour s'emparer, par une razzia on par trahison, dn
I entiers de nègres, et alors elles n'ont à donner ni ai^
gent ni objets d'échange. Elles se font aider dans ces entre*
prises par les Toureq des environs de Ghadaméa» de Qorarah
•Idea autres points habités dn désert. Les nègres qui arriraaf
<5 Teniboncton et du pays appelé par les Attibes Ouenaomi
(«i c'est le pins grand nombra) , viennent par le Sahara dm
Maroc et le pays des Beni-Mzab jusqu'à Tafilel ; d'autres ai»
liv«iit dans la régence de Tunis par Ghat et Ghadamès ; uA
fnnd nombre est importé par Tripoli.
Dn reste, riraportation des esclaves a beaucoup varié de^
fois dit ans; l'occnpation de l'Algérie par les Français, la
guerre civile qui désole la régence de Tripoli, l'appauvrisse»
sent dee popubitions de TOrient, ont porté les premiers conps
A ce trafic. Bans la régence de Tripoli, le chiflfre des impor^
MMm9aélédeMAàl,O0Oparan; en établissant une proi-
|Nyrtion de ft A fc avee le Maroc, de fi A S avec Tunis, de 9 A
è4iTecrigypte, on trouve qu'en dix ans il a été importé dli
■ridt'an nm^d de l'Afrique environ U,000 esclaves.
JLes noira, arrivés à teur premièra destination, sont exposés
Mr les mardiés pubBcs, et ceux qui ne sont pas achetée» et
Ami on n'oAfe qu'une MMe somme, sont dirigée vers leb
^nta de la cAta oA le besoin en est le plus urgent et le débit
la filneavantageat» AConstnntinople, Smyne, etc. On se sia-
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392 DE l'esclavage en orient
Tait autrefois de bâtiments grecs pour opérer ce transport ;
mais depuis la promulgation de la loi contre la traite rendue
par le gouvernement du roi Othon» le transport se lait sons
pavillon ottoman, et les navires grecs qui violent la loi de leur
pays et veulent échapper à la punition qui les menace» se ooo»
vrent de ces couleurs pour tromper la surveillance des agents
consulaires. C'est vers le mois d'avril que les nègres sont
amenés à la c^ par de grandes caravanes de cinq à six cents
chameaux, conduisant quatre ou cinq cents esclaves enchaî-
nés : ordinairement il en meurt en route un quart de douleor
ou de fatigue, car la marche forcée faite dans le désert est
très-pénible. Il £&ut convenir toutefois que les caravanes mon-
trent plus de sollicitude pour leurs noirs que les négriers en*
ropéens, dont les actes de cruauté dépassent tout oe que
l'homme peut imaginer de plus horrible.
Il y avait autrefois à Alger un marché d'esclaves près le pa-
lais du dey; il n'existe plus depuis la conquête; car, quoique
l'esclavage n'ait pas été aboli de foit à Alger, la vente des
noirs n'y est pas permise. A Tunis, les nègres se vendaient an
marché appelé £1-Barka , et dans quelques autres marchés
établis dans l'intérieur de la Régence; mais le bey les a tons
fait supprimer depuis l'année dernière. Il n'existe plus main-
tenant de marchés publics d'esclaves qu'A Soukara, sur les
confins du Maroc, à Tafilet, à Bengale (régence de Tripoli),
près du Caire (Egypte] ; à Smyrne et à Constantinople.
Autrefois le prix d'un noir arrivant de l'intérieur variait de
300 à 350 fir. L'esclave est alors très-ignorant et peu utile ;
mais lorsqu'un nègre ou une négresse avait appris à foire qnd-
que chose et commençait à parler l'arabe, il valait le double.
Aujourd'hui le prix des noirs est réduit de plus de la moitié.
Quelquefois les marchands d'esclaves, avant de les exposer
an marché , les font séjourner deux ou trois mois à la cam-
pagne, afin de leur enseigner un peu d'arabe et de s'en de-
fiûre plus avantageusement; ils sont ensuite exposés tout nns
sur le marché, où chacun vient les examiner. On prend gé-
néralement un esclave chez soi pendant trois jours : dans cet
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BT DANS LE NORP DB L'AFEIQUB. 399
intenralle, on examine 8*il n'a pas quelque défiiut grave ou
des ininnités et incommodités très-communes chez les nèr
grès. Au bout de ce temps l'acheteur confirme Tachât ou rend
l'esdaTè. .
Du moment qu'un noir est acheté par un musulman» il de-
vient sa propriété légitime aux yeux des Arabes, qui ne dif-
fiient pas en cela de nos colons planteurs, et les enfiints de
œt esclave lui appartiennent aussi. On s'occupe de convertir
i l'islamisme les nouveaux esclaves, tout en les initiant à
une profession ou à une industrie. En général, ils sont en-
suite dans une position qui se rapproche un peu de celle des
valets de ferme dans nos montagnes, prenant leurs repas avec
leurs maîtres, et travaillant soit aux champs, soit dans les
maisons ou sous la tente ; les femmes deviennent souvent les
concubines du chef de Camille , et quelquefois leurs femmes
légitimes. Quoique l'esclave ne puisse jamais être personnel-
lement propriétaire de quoi que ce soit , attendu que sa per-
sonne et ses biens sont à son maître , il en est qui savent
s'attirer la confiance et l'afiection de la fomille ; il en est qui
deviennent même les fondés de pouvoir du maître, quand
celui-ci est obligé de s'absenter.
Voici quelles sont les principales dispositions de la loi mu-
sulmane au sujet des esclaves : le droit de propriété du maître
sur l'esclave entraîne celui de disposer de lui par vente, do-
nation et testament. Dans le cas d'enlèvement, le mattfe con-
serve en tout temps le droit de revendiquer son esclave, et
même les enfants qui sont nés de l'esclave femelle : l'achat
ne constituerait pas un droit légitime de propriété en foveur
d'un détenteur nouveau. Le pouvoir du maître sur la personne
de l'esclave ne va pas jusqu'à lui permettre des violences non
justifiées; le cadi peut, le cas arrivant, contraindre le maître
à vendre l'esclave au marché. L'esclave n'a d'autres droits
que ceux qui lui sont expressément conférés par son maître;
s'il a plein pouvoir d'agir, il peut vendre et acheter, prendre
et donner à gage ; mais il ne peut se servir du mandat pour
se marier, ni marier d'autres esclaves , ni les affranchir, ni
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entier i (Att gr«tiiil. Si le tuikre fefttte ite psj^i: te^ <
Wiitractëes par l'eMls^, ks tfrèaiiotetB deviennent
«rfrê9 de là personncf de ce dernier ; 41» le ^Mdentiet ie |
tagent le prix au marc le franc de leur créance. L'c
tlèveiDa mandataire est à ttoitîé énaâfneipé; on en taronare la
pfCfute dans ce que wms teûcme^le dire, et dan ki dispoifc»
tton M{^Ie portant qne ri le prix de la Tèn^ de sa peiwnMi
ne couvre pa» tentes \èê dettes, il penl AtrereeheKhé pov
l'excédant. L'enfant de rescfave stfit la condttfovi de enaière»
à moins qne le maître ne soit son père et qn'il le reconsaien;
49ans ce dernier cas , il est égal aux enfents nés de fcinima
légitimes , et il est admis avec eux au partage de l'héritaffaL
Pendant le djebad, ou guerre sainte, les esclaves n*oiil pse 4
répondre à rappel de Timan. Bn général, l'esclave ne pent
eoM>attre sans l'autorisation du maître ; mais , lorsqoe le
danger est grand, par exemple lorsqu'il y a irraptioa de Ten*
nemi , tout ce qui peut combattre doit se rendre à l'appel de
Fiman, même l'esclave, sans le consentement du maître.
L'esclave devient libre par l'émancipation ou l'affiraiichl^
sèment pur et simple ; par la déclarafion du mettre qne Te»-
clave sera libre à sa mort : dans ce cas, il ne peut plue èin
'rendu ni donné par une disposition testamentaire. Gomme
cette disposition est révocable, le maître peut, s'il le joge à
propos, vendre l'esclave avant sa mort; par l'affiranchiee».
ment conditionnel , c'est-à^lire au moyen d'un traité par le-
quel le maître s'engage à affranchir l'esclave moyennant
somme que celui-ci s'oblige à payer. L'affranchissement a I
aussi par la reconnaissance d'un enftint; danece cas, l'en»-
Aint est libre en naissant, et la mère ne peut plus Aire vendae
ni considérée comme une propriété; mais le mattre peut ton»
jouTs la forcer â cohabiter avec lai ou Tépouser. Quand nu
esclave appartient à plusieurs maîtres, il peut être paitiell»-
ment affl^anchi ; son travail ou le produit qu'il m retire eet
alors divisé en deux parts , dont Tune lui appartient dana la
proportion de l'émancipation obtenue : reîdave peut anaal
Itre admis i racheter l'autre portion de aa libartA en à d^-
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ET tTAm LE K0ft9 tm t'ArRIQtE. 395
an jiige (fêlîe donné e* servage à tin étrahger , eii
«e rémrvMSl su poHlon du prîr cônrenu.
L'eBdâ^e tfilninelii rentre' dans la catégorie dès hommes
iflyres; senlemefft son patron et ses héritiers mftles conserrent
le droit d'hériter des biens de resclave , homme ou femme ,
i|ii^il a affranchi, lorsque ce dernier manque d'héritiers m&les ;
la loi défend au patron de renoncer à ce droit.
En résonié, les noirs sont moins malheureux en Orient et
dans le nord de TAfHqne qne dans nos colonies ; ils devien-
nent presque membres de la femille arabe, soit que les mœurs
<t la inamère de virre des peuples africains et orientaux aient
beaueoap de rapports et ne présentent pas ces différences
eifféflies qui se rencontrent dans nos colonies, soit que Tes-
dayedn pauvre éprouve moins de souffirances morales, moins
de aBiivais traitements, que celui du riche. Toutes les fois
4|oe la guerre sainte a été proclamée en Algérie, tous les noirs
capables de porter les armes ont marché avec leurs maîtres» et
n'ont pas profité des circonstances favorables qui se sont
offertes pour déserter et conquérir leur liberté ; la résolution
av6c laquelle ils se sont battus prouve qu'ils sont fortement
«ttachés à leurs maîtres.
Il j a en Algérie, surtout vers le Maroc, quelques tribus
qui descendent de la race noire. Ainsi la puissante tribu des
Gharabas, dans la province d*Oran, est composée des descen-
dants de nègres venus du Maroc â la suite du sultan Moulef-
Ismaîl. Lorsque leur chef fut pris et décapité dans la forêt
qni conserve encore son nom , ils restèrent dans le pays, et
s'untreat à des femmes arabes.
La mère du célèbre Monley-Ismaîl , qui pendant soixante
ans avait travaillé au développement de la prospérité du Ma-
roc, était une négresse. Ce chef ne renia pas son origine : il
se servit des noirs pour gouverner ses sujets et repeupler son
empire; il appela à lui plusieurs peuplades de nègres, choisît
parmi eox les hommes 4es plus robustes pour former sa car
nierie régulière; et depuis eette époque ils ont oonservé le
privilège de garder l'empemur, ses^ trésors et ses femmes. On
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396 DE l'esclavagb en orient
a vu plasieors fois les premiers ministres choisis parmi lei
nègres, qui sont préférés aux Maures pour remplir les pre-
mières charges de Tétat. Le gouvernement de toutes les places
et provinces méridionales du Maroc est confié i des noirs
d'une fidélité éprouvée.
Quelques tentatives ont été faites en Grèce, à Tunis, à Tri-
poli , pour entraver le commerce des noirs ; mais les efibrts
isolés sont toujours impuissants , et ne peuvent atteindre le
but qu'on s'est proposé. Depuis que les puissances ont pu
s'entendre sur la grande mesure de l'abolition de la traite des
noirs, cet odieux trafic a perdu une partie de son activité, et
la Guadeloupe , la Martinique , Bourbon , ne reçoivent tous
les ans qu'un nombre très-restreint de noirs, introduits frau-
duleusement dans ces lies par la tolérance du gouvernement
français, qui punit la traite sur mer et sur les côtes, et semble
l'encourager dans l'intérieur des îles. Nous nous expliquons.
Les autorités coloniales doivent avoir un état exact des noirs
de chaque habitation ; or, si tout à coup ce nombre aug*
mente, il y a évidemment un nouvel achat; si cet achat n'a
pas diminué le chiffre des noirs d'une autre habitation, il font
en conclure qu'une cargaison a été débarquée : dans ce cas,
il y a de la part du propriétaire complicité dans le crime de
traite, et la loi punit la complicité (1).
Mais le trafic des esclaves n'a pas diminué d'une manière
très-sensible en Orient et dans le nord de l'Afrique, quoique
(1) Les autorités de la Havane viennent d'adopter des mesures eflicaees
pour arrivera la suppression de la traiie des noirs. Elles ont publié un
décret portant que toute plantation sur laquelle on trouverait des nègres
Douvelleoient importés serait confisquée, et que les nègres seraient
affranchis, après avoir fait un apprentissage de quatre années. Aux termes
de ce décret, dii années de galère doivent être prononcées contre tout in-
dividu convaincu de s*ètre livrée la traite des noirs. Deui cargaisons d'e»-
daves récemment débarqués ont été saisies sur les plantations. Les auto-
rités exercent la plus grande vigilance. Deux vaisseaux étaient venus a
vue de la Havane. On savait qu'ils avaient des nègres à bord, et toutes
les tentatives faites pour opérer un débarquement ont échoué.
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ET DAKS LE NORD DE L'aFRIQUE. 39T
le prix des noirs soit bien bas et ne présente pas un grand
lacre anx marchands. La Grèce a, la première, proclamé Ta-
bolition de la traite ; le gouvernement du roi Othon a folt
promulgaer une loi qui défend , sous les peines les plus s^
vèreSy le commerce des esclaves dans son royaume : le roi
invite à lui prêter un concours efficace tous les agents def
gouvernements étrangers établis soit en Grèce, soit ailleurs.
Lebey de Tunis a suivi l'exemple du roi Othon; il a supprimé
tous les marchés d'esclaves dans la régence confiée à son ad^
ministration ; il a aussi défendu sous les peines les plus fortes
le commerce des noirs dans ses états , et il a émancipé ses
propres esclaves, invitant ses sujets A l'imiter.
Nous arrivons aux moyens qui nous semblent propres à
affiiîblir, sinon à arrêter complètement le commerce des en-
claves snr la Méditerranée. Voici les mesures qui pourraient
être prises par les puissances européennes : V obtenir de la
Porte et de Héhémet-Ali la suppression de tous les marchés
d'esclaves qui existent en Turquie, à Tripoli et en Egypte, et
la prohibition de la traite par le Fezzan et la Nubie; 2^ sur-
veiller les embarquements de noirs dans tous les ports et les
navires chargés de les transporter dans le Levant ; 3*^ fournir
aux caravanes arabes les moyens de rendre leurs voyages plus
lucratife par l'échange de marchandises que par la traite des
noirs.
Nous ne saurions trop recommander au gouvernement fran-
çais de faire surveiller le trafic des noirs qui se fait à Cons-
tantine, qui a, dit-on, pour intermédiaires des Européens. Le
gouvernement n'ignore pas aussi qu'il existe des esclaves à
Alger et dans toutes les villes occupées par l'armée française
qui n'ont pas été évacuées par les indigènes : c'est une ano-
malie qu'il feut feire disparaître ; car les Anglais, qui travail-
lent avec ardeur â l'abolition de l'esclavage dans les régences
de Tunis et de Tripoli , nous reprochent avec raison notre
tolérance. Partout où la loi française est en vigueur, nul ne
doit avoir un droit de propriété sur son semblable.
S'il n'y avait plus de marchés d'esclaves en Orient, et sLle
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398 V^ L'JS^CUIVAGE £K OVUBpT
commerce des noirs était déFendu dans les éteis de la Porte
et du vice-roi d'Egypte, les marchands maroaaiQs n^anrawnt
jplus qu'un intérêt ))ien minimeà riaiportation des esclaves*;
car ce n'est guère dana le Maroc ai ^n Algérie qu'ils tnoayeal
des placements avantageux pour leur laarchaifdlse, mais bita
dans le Levant. Ce débouché une fois fermé» la traita fiiite par
la voie de Tafilet diminuerait aussitôt. Par la s^ppression dei
marchés de Tripoli et l'interdiction du commerce des noîn
dans cette régence, on arriverait au même résultat. Enfia,
cjuand Méhémet-Ali le voudra, les caravanes du Darfonr nV
mèneront plus d'esclaves en Egypte. Or» nous cxoyoas que
les puissances européennes ont assez d'influence à Gonstanftir
nople et à Alexandrie pour obtenir tout ce ({l'elles deman-
deront au nom de l'humanité. Le sultan et le vice-roi enifiMl
à l'Europe des concessions autrement imperiaates, an risqjBa
de compromettre leur religion et leurs intérêts politiques.
Le transport des esclaves de la côte de Marae , de Tripoli
et de Bengale dans le Levant s'opère encore aujourd'hui par
des navires turcs et par des navires grecs sens paî^illoa ot*
toman ; l'embarquement a lieu au vu et su des agents coos»-
laires des puissances européennes : il est donc £acile de saisir
ces navires, puisqu'on peut les signaler à l'instant, et qae les
cargaisons de noirs passent en vue de nos ports de ViJtgèrie
et des stationnaires de Tunis, Tripoli, Smyrne, etc. Les bà*
timents de guerre français» anglais et autrichiens qoi sillon-
nent la Méditerranée dans tous les sens» ont le dteit de vi-
siter les navires grecs^ que l'on peut aisément distinguer des
navires turcs. On pourrait étendre le droit de visite à ces
derniers , si le sultan publiait un firman contre les iadividiis
qui font la traite. Les régences barbaresques étant tit^ pau-
vres pour acheter de nouveaux esclaves, et les expéditions
pour rOrient devenant périlleuses, il est probable que le dé-
sert de Sahara ne verrait plus passer des bandes de malheu-
reux noirs traînés en esclavage. Les gouvernements européens
doivent surtout recommander à leurs agents dans tous les
ports la plus active surveillance au sujet de rembanpifinent
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agents fermaient les yeux sur c^ •pàratioQg» dont ils «Qift
gfi%Uipe&w UvM^ins., ^ 4a# , m^^é la (ei;(>i|im«ndal»oa du
K^i Ofthaa, il3lMS4ieivt tendre aw& opposHioa^ ii«r d«ft lA-
tiwiàU 4P«e8» de»carg9iiBQiv»4« oair». Taules les loû devien-
iVttt iipiwfMwilirt, quand c«m f uil sont ohiu^gé» de leur 93(è-
0àoa p^n^t^^ ^'0% le» i^fe uvi^unéinent.
Kooa avoBft dit gu^ le« varehMids aprabcs n'avaient qa'np
Jwt » cetHÎ du epjii- SI on pantait leur foire campicndre ^lo
la aAcoM «nr dw articles d'Europe vendus dans l'Aficicpivs
ceatoale» et sur les articles de l'intérieur vendus dan&les poits
VttSwropéeii^, leur présenterait beaucoup plus d'avantagé
ff99 la ^raiie des noirs^, iU se bâteraient dâ trafiquor sur çt»
irit^to. l\ convient d'abonl de femner tws les déboucbés ap
.gbfimmii des esclaves ; alors las marchands donneront un
aatre ^mrs à leurs idées de spéculation, et iU ont assez de
tact et d'expérience pour choisir les objets qui peuvent lenr
donner dna béuéiftoes certains, pourvu que les maisons euro-
.giteAMs laa tifiimeot ^fiprovî^naés et aicbètent les produits
4e VAfriqpe«
£n prewvMt las mesures q^c nous venons d'indiquer aom-
mireioent» les gouvernements européens n'auront pas aboli
l'esclavage en Orieut et dans le nord de l'Afrique ; mais Us
l'auront relégué dans un petit cercle, qui se rétrécira de plus
en plus, car la moct et les actes d'émancipation diminueront
tous les jours le nombre des esclaves , et il sera difficile de
laacemplaiMr. (ka n'aiHia plus i craindie que le Maroc, àont
il ne fout attendre Mcuiie ooncassion^ mais dont on peutaiir-
iFeHIer te» eMeapovr an intevdire rexportalion des nèfres.
ABOLlTIOlf DE LA TRAITE DES ITOIRS A Tfjm9.
'L*abontion de la traite des noirs dans la régence de llinls
est un acte si important et si remarquable , que nous avons
cm devoir retracer les circonstances qui Tont accompagna,
et consigner ici , comoie éléments d'histoire , les félicitations
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bOO DE L'ESCLAVAGE EN OBIBHT
0t les encouragements adressés au bey par les sociétés aboii-
tionistes de Paris et de Londres.
Le bey de Tunis, à la sollicitation de sir Thomas Reade,
consul général d'Angleterre, du chevalier Rufib et de ses an-
tres conseillers, a supprimé tous les marchés d'esclaves dans
la régence, et a défendu la traite des noirs dans ses états : en
même temps, il a émancipé tous les noirs qui lui appart^
naient. Il est difficile d'évaluer le nombre des malheoreui
qui ont été ou qui pourront être délivrés si l'exemple du bey
trouve des imitateurs : chaque famille a de un à quatre e»-
daves, et certains propriétaires en ont jusqu'à trois cents. D
y a eu des affranchissements dans l'intérieur de la régence,
puisqu'il est arrivé à Tunis une centaine de noirs libres : le
bey leur a fait distribuer des provisions, et a ordonné i lean
anciens maîtres de les garder à leur service en qualité de do-
mestiques à gages, jusqu'à ce qu'ils trouvent à se placer con-
venablement.
A peine la décision du bey étaitrcUe connue à Halte et dans
quelques autres ports de la Méditerranée , que des adresses
de remerctment et de f&licitation furent signées par tons les
amis de l'humanité, et que le bey reçut des lettres très-flat-
teuses deV Institut d'Afrique et des sociétés formées à Paris et
à Londres pour l'abolition de l'esclavage.
LBTTRB DD BBT DE TUNIS A Sim TB01U8 BBADI.
De la part du serviteur du Dieu de gloire, le meschir Ahaei-
Bassa-Bey, prince du gouTernement tunisien ,
A notre allié le chevalier Thomas Reade, consul général dugOQ-
vernement anglais, à Tunis.
Ensuite de la conversation que nous avons eue au sujet deFeai-
barquemeni des esclaves nègres pour en faire commerce, doos de-
vons vous faire connatlre, comme à notre ami, que les priDcipes
sacrés de la création s'y refusent, et notre cœur bat de pitié loaUi
les fois que nous en écoutons le récit.
Quant à nous, nous n'avons pas personnellement même un esclave
selon les lois qui concernent la servi Inde des esclaves qu'on vend et
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ET BAKS LE NOBD DE L' AFRIQUE. (01
qii*on achète comme s'ils éUientdes animaux, parce que, dans no-
tre feligion, les restrictions à ce sQjet sont si séTères, qu'il serait
très^ifficile d'en maintenir les conditions.
Noos sommes du nombre de eeuz qui admirent les opinions du
gouvernement anglaisa ce sujet; la nôtre est entièrement d'accord
ifee celle de notre ami le parfait politique, le ministre lord Pal-
laenlon, et je la regarde comme un effet de la perfection et de la
boDtè de sa morale.
Nous défendons donc à présent l'exportation d'esclaves de notre
régence pour en faire un co mmerce.
Nous mettrons toute notre attention à affaiblir ce commerce. Et
paisse Dieu extirper ce traûc du monde ! Nous en espérons la ré-
compense du Dieu qui nous créa, et qui accorda à tous le don du
JDgement. Notre désir est que vous fassiez connaître à notre ami le
ministre susdit le contenu de notre présente lettre.
Conservez-vous dans la croyance de Dieu.
écrit le 9 de rabih 1257 (99 avril tShi).
LtrtKK DB Sia T. MUDB AD BBT.
Tunis, le 30 avril 1811.
Altesse,
Il y a peu d'événements dans ma vie qui m'aient inspiré une
joie égale à celle que j'ai éprouvée à la réception de la lettre dont
Votre Altesse m'a honoré à la dale d'hier» et il n'est rien qui
paisse faire rejaillir plus de gloire sur son nom» que les sentiments
qui y sont exprimés.
La promptitude avec laquelle Votre Altesseaaccueilli l'idéede pro-
hiber l'exportation des esclaves de son royaume, est digne de la bonté
de son cœur et des meilleures pages de Thistoire; elle répond à la
connaissance que j'avais de son caractère, et prouve combien son
esprit est supérieur à l'état moral des populations sur lesquelles il
règne.
Puisse Votre Altesse faire toujours de plus en plus le bonheur
de son royaume, accomplir toutes les améliorations qu'elle a en
vue, et suivre enfin Timpulsion de son cœur en extirpant de ses
états le commerce de l'espèce humaine.
5* SÉRIE.— TOME XI. 26
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m 1»E L'SSCULVAftB EU OllBR
iL'adviiratiMi de raniren récompeMera VoUe Altese ée ses ef-
IMi jponr la came de rtomanité, et i'apyrobetkm de saconecieiM
sera l'écho de la reconnaiiMMe àm menée chiiîiè cH dos Mttédic*
idoiM des malheorrnxeKlafes éMncipés.
Qae Ve<fe Alteiie agrée mes foetx poer ses — ccès dans me car»
tttère i|iii l*élèfe au aifen des prennes dt monde, et ^n\ eel digie
deao* géaie; qu'elle me permeiledB lui eifrimer lasympathit
et l'estime du gouvernement de S. M. pour Vot«e Ahease.
J'ai nrannettr, etc. Si§9^ .• T. Bi
UTTAB DU BBT AU CONSUL D AN CLBTBRltf.
De la part du serviteur de Dieu, elc
Vous savez combien le commerce de l'espèce humaine nous con-
trariait, et combien il offensait tous nos sentiments. Notre pîiié
envers les pauvres esclaves n'a point cessé d'animer notre sollicitude.
Nous avons donc jugé utile d'abolir la vente des noirs dans les mar-
chés, où le crieur public les mettait aux enchères, comme des ani-
maux; dans Tunis, notre capitale, aus&i hiea que dans toute la
régence.
Nous avons aboli le droit qui nous revenait sur leur vente, et
avons écrit dans ce sens à toutes les parties de notre régence.
Dieu sait l'élat de ces paavres gens, lorsque le crievir public les
exposait en vente dans le marché cenme des animax ; et eria,
•dans le seul but de profiler de la redevance ftxée pour fear vente;
mais une redevance pareille devait être méprisée par les geas qii
pensent avec humanité.
Cad sera , al Dieu le ppimet, une «erasîefi de efcawgei la mal-
iMsureose situation des esclaves sans eavser de perte aux eai^taos
de leurs propriétaires, et park volonté de Dieu, dans peu de temps
la nMsare sera coaaplétée par l'abolitian 4e •cette espèce de pra-
prîélé dans la régence entîè re.
Nous avons communiqué cette nouvelle à vous seul, conoMMit
l'accord de vos sentiments avec lesn^rcs à «eanfet.
Conservez-vooB dans la sauvegarde de Diem.
t2 regeb 1257 (6 septembre I84i).
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ET MM U VCttD HB X'^nUQUE. Mtt
sfrOnSl DU COffSVL.
Aiffnw,
Si, dans une autre occasion, j*ai pu à peine trouver des termes
poor TOUS exprimer mos admiration , fos demièiies r^hitioms
Tiennent encore augmenter mon embarras.
Par ordre de Votre Allesae, fe nègre n'est plus exporté; la mer
n'aura plus i gémir de l'infime trafic de l'espèce humaine ; la vente
publique a cessé; et d'après vos promesses, la régence n^est pas
-éloigDéede voir disparaître l'esclavage des noirs.
Quels litres à la reconnaissance du monde!
Altesse, Témancipation des noirs Taudra pour votre gloire plut
qoe la conquête d'un royaume. La faiblesse des noirs, ou la crvauté
deThomme^ les réduisait à la condition des brutes. L'habitude
avait donné à cet acte l'apparence delà légalité; mais Tuniven
terra avec satisfaction qu'il se trouve des hommes qui comprennent
les inlentions du Créateur en laissant fibres les blancs et les noirs.
La ?o/x de la médisance se taira devant vos trophées ; le philan-
trope les admirera , et l'histoire comparera les efforts de Votre
Altesse à l'apathie des autres; l'Anglclerre sera remplie d'en-"
thoosiasme; mon gouvernement vous en sera reconnaissant, et le
cœar de Votre Altesse sera plein d'une joie pure. L'esclave rendu
an monde apprendra à ses enfants à bénir celui qui a brisé ses
chaises. Le nom de Sidy-Ahmet-Ba$s»»Bey sera enseigné aux en-
iuiuà la manaellc, et accompagnera leurs prières dans leur jeune
âge.
De si grands progrès en peu d'années de règne, de si grandes
difficttUès vaiacnes, doivent étM déjà d'un bon augure pour le cœur
hUntaisant de Votre Altesse.
£lle a choisi le sentier qui conduit à la paix, à l'honneur, à la
coDsidératton dans œ monde et au bonheur dans l'autre. Puisse
Voire Altesse le parcourir pendant de longues années, accompagné
des vaux que je forme pour ses succès!
Qie Votre Altesse agrée les sentiments de mon profond respect
Signé : T. Reade.
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Mk DE l'esclavage en orient
INSTITUT D iFRIQUB.
PrésfaenU : MM. le duc de Doudeauville , le duc de ModUho-
rency , le lieutenant général marquis de Frégeville» le comte de
Laborde , aide de camp du roi» le comte de Paisent, giand d'Es-
pagne.
Bureau des présidents et du secrétaire général, 1, meSaint-Flo-
rentin, à Paris.
Paris, le 25 octobre 1841.
Monsieur 5
Nous prenons la liberté de vous prier de présenter à Son Alteise
le bey de Tunis Tadresse ci-jointe de VInstitut d'Jfriquef relatite
à l'acte bienfaisant dont vous avez été le promoteur.
. Nous sollicitons aussi votre appui et votre influence pour enga-
ger le chevalier Ruffo» ministre du bey, à se faire inscrire au nom-
bre des membres de notre Société.
Nous avons l'honneur, etc.
Signé : Prince de Rohan-Roghefokt, Président;
Hipp. DE Saiht-Anthoine , Secrétaire général.
A M. Thomas Reade^ consul d'Angleterre.
a son altesse le bbt de tunis.
Prince,
Nous avons appris avec joie que^ poussé par vos sentiments de
bienveillance et d'humanité, vous avez aboli le traûc des esclares
dans vos états.
Gloire et louanges vous sont dues pour avoir protégé les droits
si longtemps méconnus de cette malheureuse race d'hommes I
Nous espérons que vous userez de votre puissante influence sur
vos voisins pour les convertir à vos généreux principes.
En supprimant ce traûc, condamné d'ailleurs parles lois divlfl^
et humaines, vous avez fait non-seulement un acte de justice,
mais aussi un acte de saine politique. Les esclaves, privés de tonte
énergie par leur misérable condition, se trouvant aujourd'hui ré-
générés el capables de devenir d'utiles et laborieux citoyens, peu-
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ET DANS LE NORD DE L'AFRIQUE. 1^05
îent en peu de temps aider aux progrès de rindustrie, de Tagri-
CDltnre, dn commerce, et se ranger sons vos drapeaux, si cela de-
Tenait nécessaire.
VlmHtui ^Afrique se sentira heareux si tous acceptei le di-
plôme de protecteur qu'il prend la liberté de tous offrir.
Paisse la dirine Providence protéger longtemps Votre Altesse
pour la montrer comme un glorieux exemple aux chefs de tous les
ntres états barbaresques, et pour Télévation et la prospérité d
Tunis.
Noos avons l'honneur, etc.
Sigfié : Prince de Rohan-RocheforTy Président,
Hipp. DE Saint- Anthoine, Secrétaire général.
iVofo. Le bey a accepté avec plaisir le titre de protecteur de Tin»
stilot d'Afrique, qui lui avait été offert.
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REVUE ASIATIQUE.
VOYAGES.
ROONAWU».
n n'y a pas bien longtemps encore , la chaîne des monts
ffimMart <ni Mwmmkk était aitt rniVitu de VAme comme vn
monde inconnu des EuropéMs. Si l'on excepte les rehtîoBi
de quelques voyageurs des dix-septième et dix-huitième siè-
cles, telles que celles de Bernier et de Forster, ellesHaaèmes
fort incomplètes, on ne possédait rien ou presque rien snr
cette contrée curieuse. Les difficultés naturelles du voyage»
les périls sans nombre suscités par le fanatisme des popYi-
lations qu'il fallait traverser, en défendaient Taccès aux plus
aventureux. Peu de voyageurs étaient alors assez favorisés
pour pénétrer dans l'intérieur de la montagne sainte. Les Hin-
dous et les Persans ignoraient eux-mêmes ce sanctuaire sa-
cré, dont un respect religieux les tenait éloignés. De tous temps
ces peuples se sont fait une idée extraordinaire des monts
Himalaya. Les premiers les considèrent encore comme la r^
sidence mystérieuse du Dieu inconnu; les autres regardent
cette vaste chaîne comme les limites du monde, derrière les-
quelles commence la région des esprits.
Ainsi, la superstition des populations asiatiques, jointe i
Tombrage que leur inspirait la domination toujours croissante
des Anglais dans Tlnde, opposaient auxEuropéens une répul-
sion invincible. On connaît la fin déplorable du docteur Moor-
croft , victime de cette antipathie. Déguisé sous Thabit d*ao
fekhir ayant fait vœu de mutisme, il visita plusieurs contrées
intéressantes , se mêla aux caravanes , et atteignit de la sorte
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jBBqo'an rives Mcrées dm Mansaroinir. EMoungé par ow
pnmiefs raceis, il entreprit um antre pérégrijutian daule^
Moollao. Celte km, moins hesrenx on moins prudent» ss esh
notilélui fitevUier sea rôle; il pnrk, trahit pnr son lançt^pi
koMtame 4|nll arait reirèta» et monnit empoJBOnnéu
CeteBemple n'est pmot le seul de la mauvaise disposilio»
te Asiatiques contre les Européens; néanmoins depuis qnn
IsGsmpagnie des Indes a étendu ses concptètes et affennî m
paiMBoe , les excaraions dans T Asie centrale sont daTennw
jkÊA faciles et pins fréquentes. De temps en temps wa^omh'
i'hai, qnelqne nouvelle sone de ce monde plein de curiosHte
HÉèreMantes nous est rèrélée. Les monts Himalaya» si pm
eipkiés auparavant y commencent i Tètre avec plus de fnùL
I^S^ographie, la science, la poésie» rhiaéoire, en retirent îm*
ccssamment de nouvelles richesses. Déjà plusieurs observa^
tears de spécialités dîSërentes nous ont initiés aux menreiUen
aatarelles de tous genres que Ton rencontre à chaque pas am
milieu de ces géants de pierre couronnés de glaci^s qui na
fendent jamais. A M. James Uougb nous devons la connaiis-
ianoe des montagnes Bleues avec leur étonnante végétation*
le docteur Hamilton nous a donné la botanique des provio*
ees septentrionales de THindoustan. M. Royle a publié des
observations précieuses sur les vallées de Kachemire et kn
SMnts Himalaya. M. V* Jacquemont» mort beaucoup trop
ttt pour b science» étudia plus parliculièrenient la stnictnm
féologiqne de ces montagnes. En 1819» le capitaine HerbetI
découvrit la route du Koonawur» que le capitaine Weble vi*
Hta an peu plus tard. Enfin » le capitaine Alexandre Gérasd,
de la reiatâon duquel nous allons rapporter ici quelques fraf»
vaalft» mms a laissé sur cette région encore fort peu connm
des détaOs du plus haut intérêt.
le district de Koonawur dans THindoustan septentrional^
MAvé des monts Himmaleh , réalise en quelque aorte, pw
h boulé des sites et la richesse de la végétation» l'idée qon
^«s nous faisions de la Vallée heureuse. Bordé par la Su**
Uge» VwÊt des cinq rivières dont la réunion forme le Penc^
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U)8 ' KOONAWUR.
J&b [fleuve aux cinq sources) , il se trouve dans la situation la
plus délicieuse. Son étendue est d'environ quatre-vingts milles.
Les vallées et les collines de cette contrée sont rafratchies
par mille torrents, qui se précipitent avec fracas du haut des
monts, fuyant les neiges éternelles pour se confondre ensuite
dans la grande rivière , dont les eaux serpentent au bas. Les
scènes les plus pittoresques et en même temps les plus gran-
dioses s'ofFrent aux yeux de toutes parts. On ne peut contem-
pler ce vaste panorama sans éprouver un sentiment mêlé d*è-
tonnement et d'admiration : çà et là se déroulent à la vue des
collines émaillées de fleurs, des forêts séculaires de pins et de
mélèses attachées aux flancs des montagnes comme une cein*
ture verdoyante; des cascades innombrables bondissant de
roc en roc par dessus leurs cimes élancées, des murs de gra-
nit à pic, des précipices effrayants ; puis, plus haut, l'œil se
fixe enfin avec stupéfaction sur le gigantesque Himmaldi»
dont le front, constamment couvert d'une coupole de glace,
semble noyé dans l'azur foncé d'un ciel pur.
Perdue, cachée au sein de ces montagnes, la vallée de Roo-
nawur est restée longtemps ignorée des voyageurs. Il iallait
être excité par une ardente curiosité et un vif amour de la
science pour oser franchir ces passes dangereuses, ces sen-
tiers suspendus dans la région des nuages, seules voies de
communication praticables pour y arriver. La plupart des
défilés conduisant à cette zêne surpassent de beaucoup le
mont Blanc en élévation; très-peu sont au-dessous de oe
géant des Alpes.
On pourrait croire qu'une telle barrière aurait dû préser-
ver les habitants du Koonawur des vices et de roppression
qui ont réduit la vallée de Kachemire, autrefois si florissanie,
à la misère et à la ruine. Il n'en a pas été ainsi : les paisibles
populations de ces montagnes ont vu leur retraite violée et
leur sécurité troublée par des agresseurs. Du reste, quoique
la guerre ait pénétré de temps à autre dans le Koonawnr, ses
suites les plus déplorables en ont été néanmoins exclues, et
les habitants de la vallée conservent encore les vertus qui sont
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KOONAWUR. kWi
ordinairement Tattribut de l'indépendance. Hais avant de
parler de leurs mœurs et de ce qui les concerne particulière-
ment, nous accompagnerons le capitaine Gérard à travers
quelques-uns de ces défilés remarquables, dont les difficultés
et l'élévation constituent un des traits principaux de la ré-
gion dont nous nous occupons.
Quinze passes ou défilés conduisent du sud au Koonawur,
en passant sur THimAlaya extérieur. C'est celui de Boorendo
qui est le plus sûr et le plus fréquenté; toutefois il n'est pas
entièrement exempt de dangers. Selon le capitaine Gérard,
il n'aurait pas moins de 15,171 pieds de haut.
«Tonte la partie déboisée, dit-il, n'a pas au delà de sept
milles d'étendue , et les arbres sur le flanc s'élèvent jusqu'à
la distance de deux milles seulement de la crête. Plusieurs
malheurs sont arrivés dans cet endroit, malgré la fttcilité
qu'il offre, et il est tout aussi concevable que des accidents
T surviennent, qu'à Shatool, quoique ce défilé soit trèsHlange-
reux, par la raison que le chemin de Boorendo étant bon, on
ne craint pas de s'y hasarder, tandis qu'on n'ose guère tra-
verser l'autre. Les guides montrent aux voyageurs le lieu au-
dessous des limites de la forêt , où plus de vingt personnes
périrent, il y a environ six ans, en rapportant du sel de Koo-
nawur. La caravane fut surprise par la neige, IcMrsqu'elle était
encore de l'autre c6té de la montagne; mais plutôt que de
fiôre un long circuit de six ou sept jours de voyage, elle pré-
féra tenter de passer par le défilé. Le vent s'étant élevé pen-
dant le trajet, les voyageurs furent tellement engourdis par le
froid, qu'arrivés à la région des arbres, personne n'eut le
courage ni la force d'allumer du feu, et tous s'endormirent
pour ne plus s'éveiller. Dans le mois de décembre, quatre ans
auparavant, une autre troupe, composée à peu près d'un même
nombre de personnes, périt aussi gelée dans le voisinage du
défilé. Il
En allant vers l'est, hi hauteur des passes s'élève jusqu'à 16
ou 17,000 pieds. A cette élévation, la dureté de la neige per-
met ordinairement de les traverser pendant quelques mois de
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ut KOONAWVR.
Fannée avec des ehèrres et des montons chargés. Les con-
ciles de neige sur les créCes des mamelons infèrteiirsy dn cMé
de Fonest , sont souvent trompeuses , et de nombreux troir-
peaux avec leurs bergers s'y sont engloutis. Les montagnea
sur la frontière orientale du Koonawur, qui séparent ce dis-
trict de la Tartarie chinoise, ont encore une plus grande
baotenr. CTesl là que se trouve le défilé de Keo<^rung, de
18,313 pieds, on trots milles et demi de haut, ce qui est à peu
firès rétéTUttou où atteint le nuage le plus léger en été.
tf Le climat de ce pays, dit le capitaine Gérard, est si deux
dans la belle saison , que, bien que je traversasse le Keoo-
bnuig et le Gangtung an mois de juillet pendant une chute de
neige, la température de l'air ne s'abaissa pas au-dessous de
33* F. La seule chose qui inspira de la crainte aux guides
fat de perdre la route au milieu d'un nuage épais. Heureuse-
ment j'avais eu la précaution de m'orienter auparavant sur ta
position d'un monceau de pierres qi^ j'avais vu dans le d^
filé, et je me dirigeai à l'aide de ma boussole de poche, sasa
apercevoir nulle trace de sentier pendant fort longtemps.
Tant que nous fiâmes enveloppés dans le nuage, les guides ne
cessèrent de fiiire entendre un bruit semblable au rugisse-
ment des bètes féroces, afin que les personnes les plus éloi*
gnées de ma suite pussent suivre la direction indiquée par es
Siu>yen. Sans doute aucun voyageur chargé de bagage n^a»*
rait osé se risquer même dans les défilés les plus bas de I^Hi-
asàlaya extérieur, par un temps semblable à ceini que noos
tûmes en traversant le Gangtung, car il tomba de la neige el
eu givre tosAe la journée. )>
La même remarque peut s'appliquer également au défilé ds
Manemng, du côté septentrional du Koonawur, dont Téléfa*
tîon absoke est de 18,étâ pieds. Lorsque le capitaine Gérard
ie traversa au mrâ. d'août, il n'était couvert que d'un pied de
neige, tombée tout récemment; mais les anciennes cew
ehes dans les tonds eavîronnaals étaient d'une énorme pro-
fondeur.
Il ne suffifisit pas à l'ambition du capitaine Gétaid d'afsîr
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KOOHAWini. ili
fianehi les hmrteorB déji dtées; il perséf^ra dans la tentatire
et gniTv la grande montagne de Forgeool , à Tangle le plus
septentriond de la Solledge, et parrînt à noe crête de i9,Ml
pMs de banleiir abeolne. Cette élévation eat presqne égale à
oeRe qne M. de Hmnboldt atteignit snr le Cbimborazo. On
pnt s*en feire nne idée en snpposant q«e Shooter'ê^HiH soif
placée svLvSfunodan, et celle-ci sur le mont Blanc. Les sonnneta
4e rHinélayn difféient de ceax des Andes par la doncenr re-
lative de leur ciimat , provenant principalement d'une pinn
gnnde sécheresse de l'atmosphère. L'air y est si pur, si m»
réfié, qae l'ettl pent plonger an fond d'un horizon immense,
cty ëistiiigner nettement tous les objets : toutefois les transi-
tioas brusques de la température y sont fort incommodes. Il
n'est pas rare, sur ces cimes élevées» de passer tout à coup
d'an froid de 7 on 8 degrés, à âO* au-dessus de zéro. La ré^
Terbération des rayons du solcU par les {^aces et les neiges y
prodait même une chaleur insupportable dans le milieu du
îour. A répo<pie où notre voyageur se trouvait au Purgeool»
cette montagne était entièrement débarrassée de neige ; mais an
delà y vers le nord, la grande chaîne centrale de THimnialeh
se montrait dans le ciel tout enveloppée de son manteau blanc»
à l'immense hauteur de 29,000 pieds, ou environ cinq milles
et demi; hamleur que nous n'atteindrions pas tout à fait si
Boss placions le pic de Ténérîffe sur le sommet le plus élevé
dm Alpes,
Les chaînes extérieures de l'Himalaya sont assez élevées
pour arrêter au passage les nuages aqueux les plus ftigaces qui
se forment sur les plaines de l'Inde; c'est pourquoi, plus on
pénètre loin dans l'Himnaleh , moins il tombe de neige dans
lecoarantde Tannée. On peut expliquer par ce fait l'existenoe
des osaches dont les cimes les plus hautes sont perpétuelle
ï recouvertes. Tous les hivers, les neiges venant se dé-
sur la crête des chaînes dans nne proportion cpii dé-
passe la quantité fondue pendant les dmleurs de l'été, elles
s'y accumulent et y demeurent constantes. Nous savons aussi
qne rinemstation particulière à la zone des neiges perpé-
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kii KOOKAWUB.
tuelles de rHimmaleh, plus élevée ordinairement sur le flanc
septentrional que sur le flanc méridional des montagnes, est
attribuée à la chaleur des rayons du soleil réfractés par les
plateaux de Tintérieur. Les neiges alors s'y ramollissent» s'im-
prègnent d'eau durant les journées chaudes de Tété ; puis
quand la nuit vient, elles reprennent de la solidité et se trans-
forment en glace.
Entre tous les dangers auxquels on est exposé sur les crêtes
de l'Himmaleh , le plus grand provient du vent qui souffle
ordinairement avec une extrême violence; et comme il est
excessivement froid, il engourdit bientêt ceux qui y sont ex-
posés. Le voyageur surpris par cet aquilon glacial ne trouve
aucune espèce d'abri pour s'en préserver. Il est obligé sou-
vent de faire plusieurs milles à travers des sentiers anfirac-
tueux et glissants, avant d'atteindre un endroit où il puisse
se procurer du combustible. Ce qui augmente encore le péril,
c'est la raréfaction de l'atmosphère, qui produit chez l'homme
un grand afbiblissement. Ces effets de la dilatation de l'air sont
attribués par les montagnards à une plante vénéneuse dont
l'existence est mystérieuse et cachée. Les habitants des ré-
gions supérieures du Koonawur éprouvent si fréquemment
ce malaise, qu'ils peuvent déterminer avec certitude la hau-
teur comparative des différents défilés par la nature de leurs
sensations en les traversant. D'après ce que nous avons dit
du caractère particulier du climat et de l'atmosphère dans
cette partie de l'HimAlaya , les remarques suivantes du capi-
taine Gérard sur la culture de ces montagnes ne paraîtront
nullement surprenantes:
« Les limites des terrains cultivés sur le flanc sud-ouest de
l'Himmaleh, dit-il, atteignent à peine 10,000 pieds, et il est
assez singulier que la culture et la végétation s'élèvent i me-
sure qu'on avance vers l'intérieur de ce pays extraordinaire.
Sur la descente nord-est de la chaîne extérieure couverte de
neige, en allant vers l'ouest par le 78 degrés de longitude, la
culture s'étend dans l'endroit le plus élevé à 10,500 pieds.
Dans la vallée de la Buspa , elle monte jusqu'à 11,U)0 pieds ;
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K009AWUB. 413
et dans le Hungrang on trouve le grain à 13,000 pieds : c'est
je crois la position la plus haute de cette contrée où il mû-
risse. Les champs de blé que je vis à 13,000 pieds étaient
très-maigres , et les habitants m'assorèrent que le grain ne
mûrissait jamais complètement , quoique dans la Tartarie
chinoise il arrive à parfeite maturité dans le voisinage de
KooDg-loong, qui se trouve à 16,000 pieds environ au-des-
dessus du niveau de la mer, et dans le cercle de la con-
gélation.
n La variété des situations produit une bien plus grande
dîi&rence dans l'accélération ou le retard de la récolte, que
la hauteur. Nous en avons un exemple remarquable en cora- I
parant ensemble Numgea, Shipke et Nako. Le premier en-
droit n'est qu'à 9,300 pieds au-dessus de la mer, mais il est
entouré de si hautes montagnes, qu'il y a A peine neuf heures
de soleil dans le plus long jour. Au commencement d'août les
grains y étaient encore parfeitement verts, tandis que ceux
de Shipke A IbOO pieds plus haut, étaient jaunes, et quelques
récoltes se trouvaient même feites. Près de Nako, où la cul-
ture s'étend au moins à 12,700 pieds de hauteur, les grains
araient commencé à jaunir le même jour, et paraissaient bien
plus avancés qu'à Numgea.
)>0n dégage ordinairement le blé de l'épi en le faisant fou-
ler par de jeunes taureaux ou yaks, dans de grands enclos
circulaires, pavés d'ardoises, dont les murs d'enceinte ont un
pied et demi ou deux pieds de haut. Au centre de l'aire est
ao poteau, auquel les bestiaux sont attachés sur une ligne
formant un rayon, de manière à pouvoir tourner ensemble
autour de l'axe. Chacun d'eux est muselé, et j'en ai vu vingt
ou trente employés à la fois au foulage du grain, d
L'abricot cesse de mûrir à la hauteur de 11,000 pieds, tan-
dis que les groseilles y viennent parfaitement. Un buisson
épineux, assez semblable au genêt, couvre les flancs de la
montagne à 17,000 pieds d'élévation. On y rencontre aussi,
entées sous les touffes des rhododendrons, l'anémone et la
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kii KOCHTAVim.
eanpanvle. lin peu au-dessous, les sycomores et les bonkaux
déploient leur AM^aiique végëtalioa. Des baissons de gesé-
tnens (>arfiajneiit de loors rameaux odorants ratmospkère de
ee ravissant paysage. Les vignes sont généralement irfnntées
•or les bords des raîsseanx, à pen de distance des viUages.
Elles fonnent des beroemis épais soutenus par des treittages,
qui ont quelquefois jusqu'à an deMMnîlle de long. Leun
grappes yermniUes pendent à Tinlérieur sous le feuîlbige et
produisent un effet très-pittoresque, a A Tépoque où ces ber-
eeanxsottt tont^ouverts de pampres inerts, le voyaeeur peut
j irouTer mi' abri d'une fratcfaear cbmwante» inq)énétffnble
anx rayons du soleil. U ne faudrait pas cependant se basnrder
i y entrer seul ; on nenût mis inSsôUiblement en pièces par
les chiens qui les gardent. »
A la liste des fruits déjà mentiotnnés, on pent ajooler em^
oore les pêches, les noix€t les pommes. Ces dernières surtait
sont excellentes et y viennent en grande quantité. Les habi-
tants da Koonairur ne sont point du tout avures des prodnâb
de leur cnltore. Toutes les fois que notre voyageur passa avec
la suite dans des avenues d'abrîcotîers, il rencontra des vil-
lageois qui s'empressèrent de monter sur les arbres, pour les
secouer et en Caire tomber les fruits en abondance. La va-
riété du dnnat permettrait iicilement une grande diversité
d'objets de culture, si les circonstances étaient fevoraUes â
ce genre d'industrie; car dans un espace de dix ou doute
milles, vous trouvez au Koonairur le froid intense de la La-
poaie et la chaleur étouffante de la xone torrîde. Là ai don-
ment les rayons du soleîl, l'ataosphère y est embrasée, pen-
dant qu'il gèk fortement à l'ondire.
Parmi les traits caïuctéristîques de ce pays-silleuné de mon-
tagnes et entrecoupé d'un grand nombre de cataractes et de
torrents non gnédiles, nous n'aurons garde d'omeMra les
différents genres de ponts en usage peur les traverser. Le
mmgo on pont de bois n'est quelqnefois qu'une seule planche
jetée au-dessus d'un abîme, ou peut-^tre un tronc d'arbre dans
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KeOKAWUE. %tB
«ae position nicliaée, avec des eniaillures «n fome d'écho
kvs. Mais plus soaTent, an lieu de ponU, os trouve oe qù
les supplée décrit de la maaîère «livaate par le capitaÎDe Gé-
rard:
« La jh^Uy dit-il, est une espèce de pont de corde, \
pesé de cinq ou aix câbles laits d'une sorte d'herbe i
m»nfà. Ils sont tendus obliquement de la rive la plus élevée
i larive la plus basse et très^^i^^prochés les uns des autres,
iadossofi est un morceau de sapia creusé» qoe des cbevfllea
retiennent par le bas, ain qu'il ne pinsse s'échapper des ei^
hies. A ce mcm^eau de bois pendent quatre fortes cordesam-
qaeUes se trouve attachée une autre pièce de sapin servant de
àkfjt aux passagers et destinée aussi k recevoir les bagages.
Oa fût courir cette espèce de gUssoire an sMïyen de deux fi-»
eslles qu'on tire du bord opposé lorsque l'inclinaiBon ne
safit pas pour déterauAer la course. Quelquefois il suffit d'sh
handenner la glissoire i eUe-mème, et le passager arrive au
beid le plus bas avec tonte la rapidité que lui imprime la
peste des câbles. Ce mode de passage est assec sAr ; mais il
est irès^fraf aot pour ceiui qui n'y est point hdbitaé. Il est
diftcile de ne pas éprouver une sorte de terreur lorsqu'on se
v<ttt suspendu par quelques frêles cordes seuleffient au-des-
sus d'un abîme an fond duquel le torrent, formant mille cas-
cades, roule ses eaux en nHigissaat à une profondeur effirofu*
ble. Des nuées d'oiseaux sauvages attirés par le mirage des
eanx toomoient constamment dans le gouSre au aûMeu des
vapeiws des cataractes, et vous donnent le vertige.
»Gb fat à Bampoor que je traversai le pont le plus loag de
ce genre. Dans cet endroH, la rivière a 21i pieds de iarçe.
A Wangioo, elle n'a que 92 pieds; ssais la rapidité de ia
cosrse est telle, €|ue deux de mes domestiques l'ayant tra*
venée une fois, eurent si peur, qu'ils ne voulurent p» s'y
hasarder une seconde, et préférèrent la passerais nage. L'un
parvint avec beaucoup de difficulté au rivage opposé, dans
un état complet d'^isement, et l'autre se noya.
1» Le Muum, autre genre de pont suspendu, dont il csiste
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1^16 KOONAWUR.
un très-mauvais au-dessous de Numgea, est fait de petites
branches très-mal entrelacées et supportées par cinq ou six
cftbles servant à appuyer les pieds. Des cordes sont tendues
sur les côtés à environ quatre pieds au-dessus des autres,
pour se tenir. Elles sont réunies à celles du bas par un treil-
lage d'osier, dont les ouvertures ont un ou deux pieds de
large. Les cordes des côtés sont à une distance les unes des
autres très-incommode. Dans un endroit, ) ? se trouvent
même si éloignées, qu'une personne ne peut en atteindre deux
en ayant les bras étendus. Comme elles sont faites de maté-
riaux très-faibles, elles ne peuvent être suffisamment roidies,
en sorte que le pont forme une courbe d'environ un sixième
de cercle. De fréquents accidents ont lieu dans cet endroit.
Vers le mois d'août, c'est-à-dire un mois avant mon pas-
sage, deux personnes y périrent parce qu'une des cordes de
côté se rompit. Les guides qui m'accompagnaient m'apprirent
cet événement lorsque déjà dix ou douze personnes de ma
suite se trouvaient sur le pont, toutes chargées. Heureuse-
ment j'étais sur le bord. La nouvelle de cet accident parvint
à eux avec rapidité. Quelques-uns en prirent une telle épou-
vante, qu'ils n'osaient plus ni avancer ni reculer. Ils restè-
rent tremblants et indécis pendant longtemps sans pouvoir
retrouver leur courage. Deux d'entre eux, saisis de plus de
firayeur que les autres, précipitèrent ma tente dans la Sut-
ledje, qui grondait au bas. »
En outre de ces ponts grossiers et informes, on pratique
aussi les ponts de chaînes dans le Koona'wiir. Il y en a un
sur la Barrampooter dans le Thibet, dont la longueur, dit-on,
est de cinq cents pieds. Un grand nombre de personnes pé-
rissent tous les ans dans les rivières, à cause des moyens peu
sûrs de les traverser. Dans plusieurs endroits, les chemins
des montagnes ou plutôt les sentiers, sont aussi dangereux
que le passage des ponts. Les rochers qui se détachent conti-
nuellement des crêtes supérieures, les avalanches de neige
fréquentes, forcent les voyageurs à se hâter sans trop faire
attention aux difficultés de la route, et c'est ainsi que des ac-
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K009AWITR. 417
cidents nombreux arrivent consécutivement. On peut se feire
une idée des dangers que présentent les chemins dans ces
montagnes» par la description suivante :
« Çà et lày dit le capitaine Gérard, on rencontre des cou-
ches de neige durcies et inclinées d'un angle de trente ou
trente-cinq degrés, dans lesquelles on est obligé de creuser
des marches avec une hache pour pouvoir les gravir. Lors-
qu'on veut les descendre, le moyen le plus facile et le plus
prompt est de se laisser glisser tout naturellement jusqu'en
bas. Ces couches de neige ne constituent pas encore les plus
grandes difficultés. Les pas réellement les plus mauvais de
cette région sont les rochers inclinés et les pentes de sable
dur ou de petits cailloux, qui roulent sous les pieds vers un
torrent rapide et profond. Il feut ordinairement se déshabiller
peur en franchir quelques-uns, et si je ne me déchaussai
que dans un seul endroit, je fus obligé souvent de saisir la
main de quelqu'un des guides pour marcher sur les roches
glissantes dont les têtes saillissent hors de l'eau. Dans un pas-
sage, bien certainement le plus dangereux que j'aie vu, on fut
dans la nécessité de se servir de cordes pour monter et des-
cendre les bagages. De temps à autre on rencontre des mar-
ches en pierre, des troncs d'arbres avec des crans sur les-
quels il faut se tenir en équilibre et monter comme sur une
échelle. Afin d'éviter les détours, les gens du pays ont prati-
qué des chemins sur le flanc perpendiculaire des montagnes
en faisant arc-bouter des solives de roche en roche, ou en
dressant des échafaudages grossiers faits d'échalas enfoncés
horizontalement par un bout dans des crevasses et appuyés
par l'autre sur des arbres ou des poteaux inclinés sortant des
fentes des rochers au-dessous. Ces échalas recouverts de plan-
ches minces offrent ainsi au voyageur un sentier étroit et fra-
gile qui rampe après le flanc des rochers à pic, ou le long des
couches de neige. La couche la plus extraordinaire que j'aie
rencontrée dans mon voyage est dans la vallée de Teedoong;
elle s'appelle Rapeea. L'échafaudage suspendu sur sa décli-
vité avait 150 pieds de long. Il était construit dans le même
5* SÉRIE.— TOME XI. 27
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«yàlëiBe que œux doot ^ viens ide donner .k idescpîpiioi^
av^c cette difféirânioe sBulenant, que s» fûeux étaienl enfon*
ces horizontalement dansiles £eute6<de6)roohfirs.avec des ommi
pour les aflBi^ettti:, sans èlre fiouAenufi par le côté exténeur.
Jliné sans icease :fiar Je tocr^it 4fui fn«ig|U au pied «avec «loe
iaoroyablc fupenc, le voyageur «eut œ »frële chomin «hnmié
«OU6 ses pas -01 tie >|ieui «e défendre «d'un vif seoftiMent de
(creinie. Loraqne J'y passai, je île sentais 4naniblBr ai fort aon
anoi, «[ue je oi'aitendais à cdiaqae instant ià le voir «'éfiroidflr
dws-ksBxunuL»
Xie capîkaiBe (Gérard fiak enanke nae fieint«re4nès4aii>omMe
des .habîtanlBidu fik)Mawiiir :
«Lofi^ens de ceidistrict, dtt^il, sani ficanca, «ctife, géné-
reux, iioBpitalierB, et d'une iprobité .parfaite dans fea afiisirea.
Ayant peu d'expérience de Ja trompene» ils ne jont ni flié~
fiaufts m BQnpçoRBesx. JLa «iviUsation nia paini ettoare dé-
truit chee em ka westus matives. Fiers de leur payfi« ik ae
considèrent au-^esass des .autres .moatagaards. Cet «Kj^eîl
anème les gasantit de fbien ides vioea. ils coindcaient de i«a-
loir moins -que leurs voisinsy s'ik ne leur étaient ^
foor les qunHtés nMiralea. d
ûonune ik tne sont 'poumms ^e nédîooiBmenÉtde ;
km principBkimmnrilane eat :1a «viande. Le AécDfl^pasekv
faaiflsoB «rdtnaire, qnoiqae ks Uqoems i^tritnenflaB jie loor
déphÔBenA pas. Aa vesle, ik sont sabres en êoBtesn
Quant à ilbabiUemant, il consiËle enimeàiknise» un
de ikaae ÉdansliE, souvent tdembie, un Ponant de i
et deiuAme fii«lau;iet des^aaidierstde kine avacdeB;]
de cmr. K^dqnefois îk netleiitipar^deBaus knrs ;
bîttenenk in irètenant en poil de •dhàv^ie Jmpeirmédfle. les
fiammes :8eiiiaÉinQBeni4^ leiu» pamirea, <qui osasktatt^en et
gcandes carafes ide cmvre, placées isur k^devantdeikfn»-
tnne, des inaecfteta, et des ornemente ^de xibetrilks «en étaiB*et
ea msgtBt En igànéral, k pei^ik jne snaaqae (pas d'aÛMioe.
Lea Iroiqpeanx cnnqMiBettt ia princîpBle jnebasie des Ka^
Ba^fvurkns. Ouftne kass yaks (jeunes tamana], ils mai Aas
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KOONAIHTB. M9
nouions et des cbêrres à belle laine. Leur activité commer-
ciftle, car Us sont tous marchands, leur donne les moyens
de se procurer une foule d'objets de luxe, et varie agréable-
ment leurs occupations. Voici ce que dit le voyageur à ce
sajft:
« Les fCoonawuriens mènent une vie fort agréable et qui
n*a point la monotonie .ordinaire aux habitants des monta-
gnes. Dans le mois de novembre, il en vient un grand nom-
bre à Rampoor pour apporter des laines. Quelques-uns vont
d«ns les plantes «cheter des marchandises pour les marchés
de Garoo et de Leh. 1U vont aussi à la foire de flardwas.
Durant les mois de Tété, on les rencontre fréquemment ft
LA et à Caroo, oè fls sont très-iconnus. Ces pays leur offrent
beaucoup plus de facilité pour la circulation que le Koo-
nawur. Les chemins y sont si bons qu'ils ne portent rien eux-
mêmes; ils transportent toutes leurs marchandises à dos de
mriet, sur des chevaux, des ânes, des yaks et des moutons,
ftifiieurs même vont à^chevid et font des courses sur la route.
FanVress^amusent à chasser avec des fusils pendant le voyage,
tnent des lièvres et des cerfs, dont ils mangent la chair et
font du cuir de soulier avec la peau. Ceux qui restent chez
cm s'occupent de leurs vignes et veillent à leurs troupeaux,
qui4)endant quatre ou cinq mois de Vannée vont paître dans
llittérieur des montagnes. Les bergers se relèvent régulière-
ment et durairt tout le temps du paccage ; ils vivent dans de
prtites maisons nommées dogree ou shurnungy où ils fabri-
qnent du beurre.
«>La position de plusieurs de ces dogrees est très-romantique.
.Vsslses sur des coirines riantes, au milieu de bosquets de
fleurs odoriférantes, drapées extérieurement de rameaux verts
et fleuris, elles offrent un aspect ravissant. Quelques-unes,
ifl^ées au fond des valîées solitaires, sont entourées de hau-
tes montagnes, dont les cimes élancées jusqu'au ciel, avec
leur couronne de neiges perpétuelles ou leur front de granit
à découvert, menacent d'écraser au bas les paisibles trou-
p^Qx.Leurctnitra^e avec les sonlbres forêts de chênes cou-
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&20 KOONAWUB.
verts de mousses et de lichens flottant dans Tair comme les
franges d'une draperie, le vert clair des pins et des mélèzes
entourés d'une ceinture jaune de bouleaux et de rhododen*
drons en fleurs, forment un paysage à la fois majestueux et
pittoresque. En été le climat de ces lieux charmants est déli-
cieux. C'est sur les bords verdoyants des ruisseaux limpides,
alimentés par les neiges fondues, que les framboises, les
groseilles et les fraises sont d'un goût parfait. Les fraises
surtout ont un parfum dont l'air au loin est embaumé.
» Dans la saison froide, lorsqu'on est obligé de rentrer les
troupeaux, les Koonawuriens renfermés dans leurs villages
s'occupent à tisser des couvertures, des bonnets et des sou-
liers. Ces objets simples composent à peu près toute leur fa-
brication. Ils commencent de bonne heure à s'approvision-
ner de combustible et de nourriture pour les bestiaux. Celle-
ci consiste principalement en feuilles d'arbres, qu'ils entas-
sent sur les toits de leurs maisons. Du reste leur vie intérieure
pendant tout le temps de la saison rigoureuse est très-pa*
triarcale. Contents de peu, unis dans leur fomille, où la bonne
harmonie n'est jamais troublée, ils jouissent d'un bonheur
qui ferait presque envier leur sort. »
Les habitants du Koonawur célèbrent leurs fêtes annuelles
avec une joie pleine de franche expansion et une gaieté peu
connue dans beaucoup d'autres parties de l'Inde. Ils ont des
jeux de différentes espèces et d'une physionomie très-poétique
Ils s'ornent et s'entourent de guirlandes de fleurs et de vêle-
ments éclatants. Des musiciens jouent de divers instruments
dont ils doivent la variété et la perfection relative à leur voi-
sinage des sectateurs de Lama, dont toutes les formes du
culte sont accompagnées de musique. Tels sont les habitants
du bas Koonawur. Mais dans les parties les plus hautes de
la vallée, sur les collines découvertes et élevées, le peuple est
Bhoteeas, Tatars ou de race tatare , et sectateur de Lama.
C'est une race plus grande et plus forte que celle qui habite
le bas pays. Plusieurs de ces hommes ont une taillé de plus
de six pieds. Leurs traits ressemblent beaucoup au type chi-
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KOONAWCTR. (^21
nois; leurs manières sont franches et tout à fait dépouillées
de la timidité qui caractérise les Hindous. Le capitaine Gé-
rard les considère comme la plus belle nation des montagnes,
et bien supérieure aux habitants des plaines de llnde.
« Ces peuples, dit-il, sont d'un naturel doux, bienveillant
et fort éloigné de cette férocité inhérente au caractère ta-
tare. J'ai pu juger plusieurs fois de leur humanité. Etant i
Peenoo, dans le Speetee, je fus retenu deux jours au lit par
des douleurs rhumatismales. Leur sollicitude pendant tout ce
temps les fit s'occuper de moi comme si j'avais été de leur
famille; et cependant je leur étais complètement étranger;
j'étais même le premier Européen qu'ils eussent jamais vu.
Aussitôt que la nouvelle de ma maladie leur fut connue, ils
m'apportèrent du nerbissi (le doary), qu'ils regardent comme
un remède souverain contre beaucoup de maux. Plusieurs
vinrent avec du sucre et des épîces, tandis que d'autres s'oc-
cupaient à me faire du thé. Chacun d'eux cherchait à me té-
moigner de l'intérêt à sa manière , ce qui était assez fatigant
pour moi, bien que l'intention fùt bonne. Loin d'être indis-
crets néanmoins, ils ne restaient pas plus longtemps auprès
de mon lit que je ne le voulais.
» A cette époque, je négociais avec le premier de l'endroit,
afin d'obtenir la permission de m'en retourner par le défilé
de Tarée. Cet homme fit preuve d'un degré de fermeté que
je ne pus m'empêcher d'admirer, quoique j'en fusse très-con-
frarié. Il prétendit que les instructions qu'on lui avait don-
nées à l'égard de l'interdiction de ce passage étaient si posi-
tives, qu'il ne se permettrait jamais de les enfreindre. Rien
ne put le Eaire changer de résolution, pas même les 150 rou-
pies que je lui avais envoyées comme moyen conciliatoire, et
qu'il me rendit en me disant : « Vous aurez des chèvres, des
montons et des couvertures tant qu'il vous plaira, mais vous
ne prendrez pas ce chemin. Nous viendrons nous y poster
pour vous en barrer le passage. Vous avez, il est vrai, un
nombre suffisant de gens pour forcer la consigne, car nous
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432 KOONAWCIU
ne nous battrons pas contre vous; mais nous espérons qjoe
vous renoncerez à votre projet. »
» Les Tatares chinois sur celte frontière éloignée de leur
vaste empire sont tout aussi vigilants à empêcher rinlrufiion
des étrangers. Les plus belles promesses d'argent ne sau-
raient les décider à violer les ordres de Icujbs supérieurs. J'at-
teignis Tannée dernière les limites de leur contrée dans qua-
tre quartiers différents, sans pouvoir avancer d'un pas. La
même chose m'arriva en 1818, lorsque jje visitai Shipke avec
mon frère. Nous étions alors les premiers Européens qui s oS-
iraient à leurs yeux. »
On peut dire à la louang/B de ces giens,. que le vol, le men-
songe et la tromperie leur sont complètement inconnus. Ik
comprennent peut-être mieux que tous les autres peuples de
la terre rhonnèteté dans toute sa délicatesse. Ils oui de la
gaieté, de la vivacité, et ne sont point dépourvus d*éducar
tion; car les lamas, dont le nombre est très-grand parmi eux,
savent tous lire et écrire. Leurs habitations- se trouvent sou-
vent à 17,000 pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer,
et quoique placés sur la frange d'une congélation perpétuelle,
ils mènent une vie heureuse au milieu de la paix et de l'abon-
dance. L'anecdote suivante nous donnera une idée de la ma-
nière dont ils se préservent contre la rigueur du climat;
« La passe de Ludak, dit le capitaine Gérasd, est ordinair
rement praticable au milieu de l'hiver et ne se trouve jamais
fermée par la neige. J'avais entendu raconter des choses si
effrayantes sur les gelées de ce chemin, que j'étais- curieux
de voir comment les hommes s'habillaient pour n'être pas
engourdis par le froid. Putéa Ram satisfit bientôt mon désir.
Le jour suivant il se présenta à moi dans son costume d'hi-
ver, qui me parut tellement lourd, tellement embarrassant^^
que je ne concevais pas comment on pouvait marcher ainsi
accoutré. Voici de quoi se composait ce costume. Il avait un
vêtement de peau de mouton à longues manches, appelé
laftpa, dont la partie laineuse était tournée en d£dans, l'ex-
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KOONAWUR. k^
ièriear recouvert d'un sooklàt, espèce de couverture épaisse,
teiate %n bfeu ; de» pantalene pareils; dé grandis bas dte tatoe,
et par desso&tout cela les bottes d'usage, dont les pieds étaient
fourrés de deux pouces de laine. Les mains se trouvaient ga-
ranties par des gants de flanelle épaisse, montant jnsqu'au-
dfôsus des coudes. Une couverture s'enroulait autour de sa
taille; une autre était jetée sur ses épaules; enfin ua grand
dall eaveloppaii son bonnet et une partie de sa figure. Dans»
cet équipage on avait peine à distinguer la. févmc humaine.
Cétût phiièl un m(H)cean de bardes qu'une fecsoone véritar
Ueneni habillée. Tel est pourtant l'ajustemeat ordinaice dtt
leyageiir h>rsqn'il traverse ces cootrées pendant l'hiver; eiH
eofe a-t-il soin de se feîre toujours suivre d'une» mute cImv*-
gée de couvertures, et d'un autre lakpa^ toutes choses in*-
dispensables pour la nuit, lorsqu^il faut se coucher sur la
Berge. »
En quittant les vallées et tes hauteurs de l'Himmaleh, Te
capitaine Alexandre Gérard exprime le vœu philanthropique
que le commerce britannique, dont le développement a pris une
si rapfde extension à travers les barrières moutagoenses de la
frontière septentrionale de l'Inde, puisse ajouter au bien-^tre
de ces braves montagnaidâ,. sans introduire parmi eux les.
vices eh la corruption, ou sans détruire leur indépendance.
Les nations- qui marchent à ht tête de la civilisaiioo ne de-
naîeftt jaoMiû se rnootcer meÂas générenses û moins équir«
iible» qse- les populatioiis simptes et ignorantes subjuguées
par elfesw Sî jusqu'ici les. Imnières avaieiii toiiîoiirs servi la:
jMîee, la crMilîsation aurait des titres hma plus légifime» k
h re^aanaissmee des* homnies; nnia nallieiireiisemeiit om 119
peut ew dlseouyenir, îl en a éf6 souven* aufirement.
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su.
DERNIÈRES NOUVELLES DE L'INDE ET DE LA CHINE.
Octobre ISn.
Noos ayons peu de chose à ajouter aux nouvelles du mois der-
nier, surtout pour la Chine. Les Anglais ont pris la ville de Gha-
poo, entrepôt de commerce (rès-imporlant , situé à l'embouchure
d'une rivière, sur la côte nord-est de la province de Che-Keang.
La résistance qu'ils y ont éprouvée confirme tout ce qu'on sait de
l'obstination chinoise. On continue donc dans Tlnde à se récrier
contre la perte du temps; d^ailleurs, la guerre n'empêche pas le
commerce du thé : les Chinois ont besoin de placer ce produit;
et quoiqu'il en couteaux Anglais de le recevoir sans rien vendre en
retour, comment se passer de thé ? Les dernières nouvelles de Can-
ton sont du 7 juin.
Celles de Bombay portent la date du 27 août. Le Bombay Tïma
désespère de la nouvelle campagne que le gouverneur général de
rinde vient enfin d'ordonner. La saison est trpp avancée; les
troupes n'ont pas tout le matériel et tous les moyens de transport
qu'il leur faudrait pour être à Caboul avant les mauvais temps
d'automne. Cependant Tordre est sérieusement donné, à la grande
satisfaction des soldats, y compris les Cypayes, qui brûlent de pren-
dre leur revanche des dernières défaites. On cite avec enthousiasme
un bon mot du général Nott à Candahar, qui, lorsqu'on lui dit
qu'il devait se retirer sur l'Inde, aurait répondu : Par quelle route ?
par le défilé de Kudjusk ou par Caboul? Au reste, que ce soit par
Caboul, en effet, qu'il faille repasser pour l'honneur du drapeau
britannique, il ne s'agit plus de s'établir dans l'Affgbanistan; on
consent à tout perdre ^ fors Vhonneur. C'est aussi peut-être celte
conviction qui ne laisse pas que d'effrayer un peu les Affghansde
Caboul. En effet, si les Anglais rentraient dans leur ville pour s'y
fixer, ils y reviendraient en conquérants bénévoles, intéressés à s'y
faire des amis, un parti; mais avec la vengeance pour but exclu-
sif, qu'auront- ils à ménager? Ils ne laisseront que terreur et dé-
vastation sur leur passage. Cette réflexion préoccupe surtout les
castes ou tribus qui n'ont pris qu'une part très-indirecte à la r^
hellion^ puisque le mot est encore employé. Il existe, par exemple,
à Caboul, une classe de Kuzzilbashes, ou familles d'origine per-
sane, qui ne serait pas fâchée de détourner le malheur dans lequel
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BEENliRES NOUVELLES DE L'INDB. 425
tonte la population risque d'être eoYeloppèe par un siège et un
assaut. Les Kuzzilbashes voudraient se placer comme modérateurs
entre les Anglais et Akhbar-Khan. On cite encore le parti de Zé-
man-Shah comme très-disposé à traiter du renvoi des prisonniers
en dehors de Finfluence du vizir, car c'est le titre qne prend tou-
Akhbar auprès du nouveau shah Futteh-Jung. Il a été question
tantôt de les renvoyer sans condition pour faire acte de générosité,
et dans la persuasion que les Anglais se regarderaient comme sa-
t»6dts, ce qui serait possible; tantôt d'envoyer le lieutenant Co-
nally pour stipuler une rançon. Celui-ci a refusé, de peur d'indis-
poser Akhbar-Khan. Après tout, c'est Akhbar-Khan dont le cré-
dit domine les intrigues des autres chers, parce qu'il est le seul
sirdar qui ait su rallier à lui tout ce qu'il y a de nationalité à Ca-
boul, c'est-à-dire tout ce qui est antipathique à la domination an-
glaise. £h bien, Akhbar-Khan lui-même se conduit en homme qui
prévoit an dénouement funeste à sa puissance usurpée. Des lettres
eaeheiéet{êealed)f disent les journaux de l'Inde, sont arrivées à Cal-
cutta, écrites par les prisonniers et les prisonnières. Ces lettres sont
parfaitement d'accord avec les lettres non cachetées pour louer les
bons procédés de ce terrible et sanglant Akhbar : c*est le plus doux,
le plus familier des vainqueurs. Loin d'être un ogre^ il aime les en-
fants, pour les caresser, pour jouer avec eux. Henri IV n'élait pas
plus bonhomme avec sa famille qu'Akhbar avec les petits captifo
anglais. Quand il vient les visiter, c'est une fête. Ils accourent i
loi; Tun lui monte sur le dos, l'autre lui tire la barbe, etc. Ils Tin-
viteni à manger avec eux, et il accepte, etc. La même lettre qui
raconte ces anecdotes ajoute : « C'est le chef le plus habile, le plus
résolue! le plus ^nfr^tguf de rAffghanistan. » N'est-il pas présu-
mable qu'Akbbar-Khan n'est pas fâché de se faire une popularité
par l'intermédiaire de ses prisonniers, et que les prisonniers flat-
tent Akhbar pour justifier les concessions que leurs compatriotes
sont disposés à lui faire? On parle encore de relâcher Dost-Maho-
med, et toujours d'accord avec son fils, à moins que ce ne soit une
menace contre l'ambition de celui-ci.
En dernière analyse, voici la situation des Anglais dans l'Affgba-
nistan : ils possèdent toute la partie occidentale de ce royaume;
ils ont franchi les défilés si redoutés qui en défendent l'accès. Leurs
armées ne sont qu'à trente lieues de Caboul.... L'ordre est de mar-
cher en avant. Eh bien, tout cela est peut-être le signal de la
retraite, c'est-à-dire d'un traité avec Akhbar, malgré la résolution
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iSS HBRlfliRES IMUVEtLra DE l.'lNB«.
des Ghed, îe ben esprit des soldats et le désrr que dohrent éproiiTer
eciix-«i d» faive un mcHiTeiDefrt , Ibrsque la maladie les déchue
crueHemeii't dans les halles. Si, pwr une dernière chance, le traité
d^évaciiatlon n'avait pus Keu, on doute encore que le général Noll
et le général Pollock aient pu se joindre à Caboul le 1*.*' septembre
dernier; ce ne serait qu'en décembre que nous connaîtrions posr-
tÎTement le résultat des nouvelles instructions envoyées aux gén^
nux de- l'expédition par lord EUenborough.
Ou a dit que, pour se* dédommager de leurs revers du C^wêHb-
tan, les Angiats allaient s*em parer du Pendjab. Il paraît que Sher^
Singh se trouve toujours dans une position diflicile;* il ne cesse dé
solliciter l'intervention britanniqae. L'armée d'observation ras-
semblée sur les bords de l'Indus peut d'un moment à Uavtre être
dirigée sur Lahorc; mais il n'est pas à penser qu« rien dt sôrieox
ait lieu de ce côté avant que les afiatresde rAfTghanistan aient été
arrangées.
les dt-micrs- événements du cap de Bonne-Espérance ont excité
l'attention de la presse euiopéenne. On a cm un moment qm lu
Hollande allait prendre parti pour ces malheureux Boéri qoi
a;raient bien voulu se laisser vendre ou céder politiquement et
géograpbîquement à 1* Angleterre , mais à condition que ceDe-
ei respecterait leurs mœvrs, leurs idées> leurs coutumes. Cest im
déplorable spectacle que de voir une population de cinq mille boni-
mes abandonner ses propriétés , ses torts domestique» et ton» les
avantages de la aivilisation coloniale, pour aller, comme une pev-
pAade de sauvages, porter ses tentes dans le désert. L'Angleterre
n'a pi7s voulu abandonner sa suzeraineté à ces émigrant» : ses sol-
dats et les- fermiers boers en sont venus aux mainsv Hé nomftre a
d'abord favorisé ceux-ci ; mais des ren forte sont arrivés par terre et
par mer : il a failk» capituler. Ce qu'il y a de plus terrible pour les
valnciM de Per&-FCatail, c^esi qu'ils sont placés entre la ei^piiKatm
Bvmée, à laquelM ih ent dédaré la guerre, ( t les barbares de TÀf
finque centrale, tels que les Kalirs, qui voient en cwx les preAîen
ennemis civilisés qui sont verni» afatrefbi» les repousser, euxanari^
dons le désert* Nous aurons rooeasion de reparler de ces^événenents.
finfis l'oavRige du capitaine Harris (i), dont la Rmuê Bnti*mm
fur ai publié de» extrait»^ on trouve, les détails les plus exacinsar
Fhihioire des BȎKs.
it) Wild sports of Southern A frica,
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NOUVELLES DES SCIENCES ,
DB LA LITTÉRATURE , BES BBAUX-ART&, JbU GOMHfiHCI? ,
9E l'LNDUSTRIR, SB: L'A>GAieULTUBA,, BSe.
CORRESPONDANCE POUTIQUE ET LITTËRAinE
DR LA REVUE BRITANNIQUE.
OCTRin STR LE TOYAGB DE LA REINE. — 6LASC0W ET MANCHESTER EN
4M8. — CBARTISTES. — PALAIS. — SÉPULCRES BLANCHIS. — FCMÉE. —
lAfWN FAniB\RIV. — USINE». — RMVCPACTtmES DB COTOX. — OUTRfma
WURCJnBIRB. — BDSI«OB REUGIEIUtR. — LA FÊTl SAGRiV. —LA MAWOll
liAai9l&, ETC. — HOOTRLLIS M» SCMIMEA.
Londres, 3t octobre.
TarriTe de mon excursion dans les comtés du nord. — Je
n'ajouterai rien à ce (yie ].e vous ai écrit du voyage de la
reine. Une publication est annoncée qui nous en révélera le»,
moindres détails. Je faisais allusion à ces relations des pro*
menades royales de l'ancien répme britannique ; on les renour
relle pour k reine Victoria; MM. Adam et Charles Black^
libraires de Sa Majesté à Edimbourg, publieront, sous se&
auspices» yers le» premiers jours de 18U, un magnifique '
iRHparto avec gravure» qui aura pour titre : Mémorial ov
TR£ ROYAL PRDGRBSS IN ScoTLAND. Sir Thomas DicIiLandeE
est chargé du texte, ce qpii donnera un caractère littéraire 4
ce beau volume , car c'est lui qui publia dans le temps cette
description du déluge de Moray, que la&vtMs ^rttanmgiM
traduisit presque en entier. Je trouvai Glascow moins ému que
je De pensais de la préférence accordée par la. reine à Édimr
boQi^ : il existe toujours la même jalousie de marquise à
bourgeoise entre la noble capitale du reyaume de Bruce et la
grande cité commerçante et manufacturière;, mais celle-ci est
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i^28 NOUVELLES DES SCIENCES.
toute absorbée de ses préoccupations mercantiles , et tout ce
qu'elle a d'oisifs s'était contenté en courant à Edimbourg
prendre sa part du spectacle de la rue. On s'estimait heureux
à Glascow que le mouvement insurrectionnel du Lancashire
ne se fût pas propagé sur les bords de la Clyde. Glascow compte
à la fois plus de chartistes et plus de populace dangereuse
que Manchester. Vous avez assez souvent cité les statistiques
qui dissèquent annuellement les plaies de ces villes pour que
je me dispense de vous dire ce que j'en ai vu : je vous avouerai
même que ce qui m'a le plus émerveillé, c'est au contraire
la surface dorée qui recouvre tout cela. Depuis une année
seulement, à Manchester comme à Glascow, de nouveaux
quartiers se sont élevés par enchantement, et il y a des
rues entières de palais plutôt que de modestes maisons.
Comme la fumée des cheminées d'usine n'a pas encore noirci
la pierre, on peut, en style biblique, comparer tous ces édi-
fices à des sépulcres blanchis! — Il n'est pas jusqu'à ces mêmes
cheminées vomissant d'éternels nuages noirs mêlés de som-
bres éclairs, qui ne soient en général construites avec tant
de hardiesse et d'élégance qu'elles rivalisent avec les flèches
gothiques et les obélisques égyptiens. Toutes ces colonnes se
dressant vers le ciel comme les silent fingers du vers de
Wordsworth, ne produisent-elles donc que de \sl fumée? Que
devient tout le capital que ces fourneaux transforment sans
cesse? Est-ce la machine seule qui dévore le salaire de rou-
vrier ? Mais à Manchester les manufactures de machines mêmes
emploient plus de bras que le fonctionnement desdites ma-
chines n'en remplace. La manufacture de M. Fairbam, d'où il
sort tant de roues de fer, tant de cylindres, tant de locomo-
tives, etc., ne réunit pas moins de six cents serruriers,
fondeurs , forgerons et autres mécaniciens fils de Yulcain I
J'ai vu sortir de cette usine une petite roue de moulin qui
mesurait soixante pieds de diamètre. M. Fairbam consomme
soixante quintaux de métal par semaine, ou trois mille cent
vingt quintaux annuellement. J'ai interrogé les ouvriers eux-
mêmes sur le chiffre de leurs salaires ; eh bien , le moins bien
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NOUVELLES DES SCIENCES. &.29
rétribué gagne 25 shillings ( 36 fr. ) par semaine, et il en est
qui gagnent le triple. Remarquez encore que le capital qu'il
font pour acheter la matière première et payer l'ouvrier est
une avance feite à des consommateurs étrangers. Ainsi, vous
demandez chez M. Fairbarn pour qui est cet article ? Il est
pour Saint-Pétersbourg. Cet autre? pour Paris. Cet autre?
pour Calcutta. Cet autre? pour la Nouvelle-Galles du Sud. BreF,
ce sont les deux mondes qui se cotisent pour rembourser à
M. Fairbarn ses avances (1).
Maintenant, c'est surtout le coton que Manchester travaille.
Le coton fait mouvoir dans cette ville seule une force de
10,000 chevaux. C'est probablement, direz-vous, cette force
qui ûiit concurrence aux ouvriers. On vous répondra que
Manchester occupe encore M,000 bras d'enfants, de femmes
et d'hommes. Or, sans doute, il y a mieux pour l'enfance et
le sexe faible que ce travail : la philanthropie ou la philosophie
réclament leur intelligence (autre thèse à discuter); mais le
père de Êimille aime mieux dans ce pays que son petit garçon
lui apporte le soir son demi-shilling que de lui réciter une
table ou un chapitre de la Bible. Tout ce que je veux dire,
c'est qae l'ouvrier utilise ici jusqu'aux bras les plus débiles
de sa maison, et qu'ainsi il perçoit sa part de la circulation
incessante du capital monétaire. La plus forte manufacture
de coton à Manchester est celle de MM. Birley et compagnie.
Ces messieurs consomment annuellement &,000,000 de livres
pesant de coton! Ajoutez à cela 8,000 quintaux de charbon ,
5,000 gallons d'huile et 50 quintaux de suif pour graisser
leurs machines, qui équivalent à une force de 397 chevaux.
Eh bien, MM. Birley occupent 1,600 ouvriers, et leur payent
annuellement iS^O,000 £ (1,000,000 fr.) — Que conclure de
tout cela? que dans tous les malheurs du haut commerce de
Manchester comme des autres villes manufacturières, et dans
(1) H. Fairbarn a encore un établissement immense à Millwall, près de
Londres, où il occupe plus de 40O ouvriers et où il fabrique des baiteaui
i vapeur et autres b&timenU ou accessoires de bâtiments en fer.
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fraO NOUVELLES PES SCUBNGES.
la .détresse de l'ouvrier, -il £snt £aire une forte part aux i
^culatioBs, au jeu commeroiai, aMX «cies d'improbité même
défi gros capitalisies ou de leurs aBHOciés , Goanae à Timpré-
voyance fit aux babkudes imnorales de l'ouvrier. Voîct la
banque de Manchester qui fait banqueroute de 20,8M,08B:
certes il y a un fripon dans celie banque ; ^'oUà des omrwrs
igêi crient la faim : eh biea, Sa plupart ont laissé au comptoir
du puUdcain la moitié au moins de Imtrs gages. Vous ne pou--
vcz vous imaginer, monsieur, rintempéiance de l'eirvrier
wglais. Il.&ut dire autai que les déhitanis de li^aides saiient
admirablement séduioe ledit ronvriar. Les prédicateurs an^^
cans jaclament au mcnns leurs «naîlles le iUmanche; nais 11
s'est établi à Manchester des «abaoeis qui fastaiidaciense-
menlïûonottu»ence.i TégHae. ¥ûih lises sur une «oteigne : £ai
on fait jde la nmêiqut r^peu$€^ QatDen, vnffs Toyec au milien
d'tunegiande salle un mffte JbliaLlDtarie.qiii vous dhante 4m
airs de psaume; imaas tout mtianr de tla salie des tsAdea t%»-
Uflsent des nuditettES,^nâ éoouteai jesa^iûdnBt des pois d'rie on
de porter. Aivec une jpafeffle eafieigoe^anïec oetteanBÎqQn
dominicale qui jvrive dans la rue par latponie eRtnerhàilléi^
le petit gairçan sortant de l'école da dimancfae enire aaas
aorupule. U ium^ «d'abord «et bait ;à l'âmitatiaa .des komaKs;
ands i'enfittgnnmflnt (nmtndl pei^rt aMer plus lain, «lar 4eB -éeaK
sexasaont admis à œ rendes^aas pianx, ransîc6d<6tl)aidiiqiie.
Il y a déjà plus de ciaqnanteideioes Danoerts reUgifeasàffa»-
chfiBter; an général on paye {pour «y eiltaer conwne à Pterisavx
eoBc^rts Muiard; mais4m yauBrambauM» votre.prîx d'entrée
sur TûÉre consommation.
.€e n'est M, il est vrai, qU'ua dnspûinisrde vne4e3afpnade
^(aestion qui agite l'Anglfitanie.; tnaîs jeHaas.eavaiei'amaiq»
da docteur Taylor (l) , ti raasiMrBz^.danaia'daniifeBe Wm^
mâniter Rttiew^ un jurtidejair catmmagpa qae iimi fluiisais
sans doute à vos lecteurs ; vous conviendrez que je n'ai pas
très-mal vu ce que J'ai v.i|^ jst v^ous jdii:ez avecmoiqu'âl^aeiait
(1) NoUtifia TlmriintAe
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NOUVELLES ]>ES fiClENGES. 431
absurde de n'attribuer qu'à la lé{pâIation des céréales lami-
sère des clafises o&vrierefi.
Quant au ràle du chartifimfi dans les derniers anouvement^
il est. trè&^xsiBu aujourd'hui; ils ont laissé le fou s'allumer 6t
s'étendre. I.arfiqu'ils ont vu que les auvriers niécantents , à
force de recruter bon gré mal gré dans les atciliers, formaient
inearmée, ils s/ont "vemis leur dire : Youloz-vous des chefs?
niMifl MoHà ! Les ouvriers proclamaient :1a suspension des ira-
yami^xMBq^'iVaugmentatioH des sa^aireê: ils sont venus y suii-
stituer fie ^ue dans leur utopie sociale ils i^ppellcnt ïesaor^d
hûUdi^^ « la fête sacrée, » c'est-à-dire la cessation de toua
^laaai Jusqu'à ce qm la charte ioit reconnue loi de l'état. Alorg
le maayeflient a pias une couleur politique; mais c'est alocs
aussi -que, d'une part, oeux des ouvriers qui ne sont pas
ckartistfiB ont conunenoé À déserter, et que, d'une autre, le
gDuvesBAiBentE'esUdécidéàdi^erserles^ autres parles troupes,
n en est.sésuUé qu'en sait à peu près le nombre d'ouvriers
finrorables^aux chartistes, c'est-à^ire à une révolution sociale,
et ce nombre est efirayantv; mais on est aussi très-convaincu
que le j^svesnement ne s'abandonnera pas iui-môme si om
l'attaqne 4iceoteBi6ilt. C'est une crise qui jse renouvellera. La
dMUie Aût des jprogrès ; les femmes s'en mêlent et ont aussi
IfiODs SDeetii^ oà eHes usent de la parole.
La aott^le du traité Avec les £tats4lBis a été fort bien
raçue^A Jbnchestec, à Gksoow et à Liverpool ; on escose
parfiûtement k)cd Ashburton d'&voir tfaît boa mardié de
rtoBBeur national pour consolider les relatiinks commercialev
des deux peuple. On con^rend focilement cela quand on se
npiNaUe quelles sommes éfiomies4ses irais villes^t Birmingham
ont iHiflupM» dans les JBiats^Ujii&. Le choix du négociateur
disait assez4Hix>Amérii:ains qu'on v^xulait une paix marchande.
HoiHsealement lordÂ&hbuFton^st un lord d'origine commer-
QîaU, mai6iencore.c'^est de la jguerre de l'indépendanoe que
date l'imoiMaseioctune'des.Bariqg, dont il estlecepséseutant
pervemi. Yoîci nue ootejcurieufie sur .cette ismille,^» «'a de
rivale peut-Ake que la famille Aothichild^
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hSà NOUVELLES DES SCIENCES.
Les membres actuels de la maison Baring frères sont Tho-
mas Baring , le plus jeune fils de lord Ashburton ; Francis
Baring (l'ex-chancelier de Téchiquier) ; le capitaine Mildmay,
baronet de peu de fortune , gendre de lord Ashburton , et
Josué Bâtes, citoyen de Boston, qui a commencé par être
subrécargue d'un b&timent marchand. Le premier Baring qui
se fit connaître était le père d'Alexandre Baring, actuellement
lord Ashburton; c'était le fils d'un Allemand qui vint s'éta-
blir à Londres comme marchand de joujous d'enfants. A l'é-
poque de la guerre d'Amérique, Baring le père fit le commerce
très-impartialement avec les colonies et la mère-patrie. Son
fils, le lord actuel, était le voyageur de sa maison, lorsqu'il fit
la connaissance d'un Américain nommé Bingham , agent des
rebelles. La guerre finie, Bingham et les Baring s'entendirent
pour acheter toutes les créances sur les deux gouvernements
qu'ils purent se procurer à bas prix , soit des fournisseurs,
soit d'autres créanciers. Plusieurs de ces créances étaient
douteuses, mais ils eurent le secret de les faire admettre
toutes et de s'en faire rembourser en rentes ou fonds consoli-
dés. La hausse des fonds publics leur permit de réaliser ra-
pidement d'énonnes bénéfices. M. Alexandre Baring et son
frère épousèrent deux filles de M. Bingham, qui s'était établi
à Philadelphie avec un revenu de prince. M. Alexandre Baring
se retira de sa maison avec une immense fortune et y laissant
600,000 £ (2,000,000), auxquels il ajouta encore 1,100,000 fr.
en 1836. La maison Baring a des succursales à Liverpool, à
New-York, à la Nouvelle-Orléans, et dans plusieurs ports du
continent européen. Elle fait des affaires colossales, mais elle
a surtout de grands intérêts dans les finances américaines.
Les alliés de lord Ashburton aux États-Unis ont tiré grande
vanité de l'ambassade de ce hrd à moitié américain.
Je suis trop loin de la littérature pour vous en parler dans
cette lettre; j'aurais cependant une bonne transition, grâce
aux deux volumes de Dickens, American noiesy qui viennent
de paraître; ce sera pour le mois prochain. Je reste aujour-
d'hui votre correspondant industriel, économique, etc.
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NOUVELLES DES SCIBHCES. &38
BULLETIN
DBS SOCIÉTÉS SAVANTES D'ANGLETERRE.
BBBNIÈRE BÉDNION DE L'ASSOCIATION BRITANNIQUE POUR
l'avancement de la SCIENCE.
Suite.
M. MaUetcommunique encore une méthode pour empêcher Tac-
camalaUon des immondices, qui se faitsi fréquemment sur les flancs
des Taisseaax en fer, surtout sous les tropiques. Il a constaté que,
par ce moyen, on empêchait les plantes et les animaux de s'atta-
cher an fond des navires. 11 dit aussi quelques mots de la théork
ptr laquelle M. Nasmy th a tenté d'expliquer pourquoi les rails des
chemins de fer, sur lesquels les trains ne marchent que dans una
leole direction, s'oxydent, tandis que cela n'a pas lieu sur ceux où
les wagons marchent dans les deux directions* Déjà il a fait quel-
ques expériences dans le but d'éclaircîr cette question, mais il est
disposé à croire que la différence entre les deux conditions est plus
apparente que réelle.
Afpwreil voltatque Sune forée extraordinaire et trèi-peu die-
fendieux^ M. de Moleyns , persuadé que l'électro-magnétisme doit;
k une époque peu éloignée, fournir à Tinduslrie une force supé-
rieure à celle de la vapeur, a pensé qu'il serait d'une grande im-
portance d'arriver à communiquer la force d'attraction au Ter mal-
léable, à un prix qui permit de l'employer en concurrence avec la
tapeur, et croit avoir trouvé un procédé qui donne cet avantage,
sans lequel la Torce électro-magnétique, quelque énergie qu'on
lui suppose, ne sortirait pas des laboratoires de physique et de chi-
mie. Cet appareil renferme d'un côté une solution acidulée de ni-
trate d'ammoniaque en contact avec le platine ; de l'autre, une solu-
tion de nitrate d'ammoniaque et de zinc ; les deux solutions étant se-
inréesTunede l'autre par un diaphragme de bois, de terre cuite ou
de tout autre substance poreuse, sur laquelle les acides n'exercent
aucune action. Voici comment les solutions sont préparées : Six
onces de nitrate d'ammoniaque sont dissoutes dans deux onces d'eau
douce, et celte solution est combinée avec égale quantité, en me-
ssie, d'acide sulfurique pur du commerce. On doit avoir soin de
mêler Tacide graduellement, et même de faire le mélange dans une
5* SÉBIE.— TOME XI. 28
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préparation rëfrigérante, de manière à ce que la chaleur ne s'é-
lève pas au delà de cent degrés. Quant au muriale d'ammoniaq[iie,
on iedissmit dans^rean- douce ju^[u*à aatttrtlion/On.ne iMi point
employer le zinc amalgamé ni le zinc coulé. M. de Moleyns as-
sure qu*ayec une combinaison voltaTque consistant en une demi-
once de solution de nitrate acide et une once de solution saturée
de muriate d'ammoniaque, puis une plaque mince de platine de
trois pouces sur deux , entourée d'une plaque de zinc d'une égale
surface, il a réussi à soutenir un poids de deux mille livres avec
un aimant de la forme d'un fer à cheval, ayant seize pouces d*an
pôle à l'autre, et trois quarts de pouce de diamètre. La force d'at-
4raetion était, avant le contact, en proportion équivalente.
Taonmii^ •6£QTioif.--*GAobOGiB KT CtÉoaBArBiBTirrsiQOB. -«-ite
nombreuses eommuoications , dont il serait même trop long de
donner seulement la liste, sont faites dans cette section snr les an-
jets variési qu'embrasse If étude de la ^logie et de la géograpliie
.physique. Quelqnes-nns de ces attèmoires sur l'origine ihi cfaafffaan
de terre, -et, les causes qui lai ont donné les formes sons le
il se présente, n'offrent rien d'assez neuf ou d'assez imporlanli
«cette question si fréquemment agitée dans les aociClés aa^mtei
i4!Anglelerre, ipanr .que nous nons y arrêtions pAus longtemps.
4'au(r^Qt en grand «nombre, les autaun rapportent ds hiu i
Iraireaon favorablesè la doctrine.qui atlribneà Taiftiondei |
fledransporldAS blocs erratiques, lessiUons qu'on inrave snr le 1
des menUignes les plus élevées, ainsi qne ces surfaces pelles qnefifl
senteoit quelques rochers, et qui indiquentiun frottement pn
longtemps continué. Cette doelrkiedes glaciers, à laqndle te i
Agffssiz a peut-être eu le tort de donner Irop d^tension, man qn*il
a le premier formulée d'une manière générale, et qu'il a appliqoée
4vec lant desuccèl à l'élude des Alpes, partage aujonrd'èni tes «éolD-
gVbss ancrais en deux camps presque égaux. GependantteplaagvHad
nonibre d'^n(re eux «emUent admettre que eeMe théorie n^eat pas
^pplic#ble« comme l'ont avancé M. Agassii et le docteur ]
f ux plaines de l'Ecosse, où des causes d'nne autre nainro \
sent avoir produit les phénomènes que les fiartisana dea \
«Itribuent exdusivemeat à ces demieou
De$ pummittrsi fo$tiU$ de VJtngUitrrêy par le fMrotasinr Om».
Pans cie brata^l, qui (ait suite i plqsieoit «Qties t
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JHfcrmjMs vEs menaça. tSI
«ongrès ptéeëdeats, ce^lrorcsseur, «iirès avoir indiqué les ordres de
Bimiiiîl&Ms 4m'on wtroirre à Tètat fossile en Atigletate, -ftni re*
marquer qael'uB de ees ordres, celui des maMipiaux, a totalemeot
disparu de rancien monde , et qu'un autre ordre , fui n'existe
qu'en Eerope, où 11 est représenlè par leipetii nomfore de singes
qui se trowent encore sur le roc de <!rilira}tar, habitait autrefoik
le sol où «t stujoord'iiui l'Anglelcrre. Les fossiles les plus iii^
«èresBaiitsdèoiftidans-ce'trATail sofït ceux des grands quadrvpète
tumiTorcs» tels que Tours, le Itgre, rhyènè et le léopard. A l'œ*
CBsioB en genre urtUB, le profeéseor signale la différence qui extatu
cntfe TAnglètorre et FËurope continentale dans le nombre desca
4s86iks d'ours que contiennent les cavernes et les autres grandi
dépdis. Gesfossilea, trèa^eiHnmuns sur le contineni, soii très-imM
un Ant^eterre, od firédomioent au contraire les restes d'hyènos^
qui sont très-rares dans les cavernes k osscnenfs de i^AUenuf^ne.
Ou povrrait se deoMSider -si cetle différence dabs la dIstributioB
géographique des deux genrcs, à une époqtte «utédiluvienne <m
«Méi^adale, n'indique pas que, mène à cette époque, la Grande-
Bretagne était dqjà séparée du continent |Mir uA bras de mer. Le
fins lîiAe dépét de fossiles d'oars que 1^ «onnaifte actnellemerit
en Angleterre est la caverne dé^gtaée sous le nom de KetUê^-Boh^
près de Torquaf . Après avmt -signalé les nombreuses oavemes
et autres localttés éù i'tm trouve les restes d'une grande es-
pèce d'hyène» le {>rofes8eur se livre à l'examen des oaraelères dé
cotte uspèee^ tst des afBintés qu'elle peut mvoir avec les «spèoes en*
tore existMites.L'8i*cîenne hyène des cavernes anglaises ressemble
plusè rfty««Mi étoc^a de l'Afrique méridionale, qu^ VhpwM
^migariê du nord de l'Afrique «Ide l'Asio-MiBenre. On pourra m
iMre idée du «lombre des hyènes de l'espèoe ^mna âpeima^ que
nmnrtiisak l'Angleterre è une époque roeulées ^uaud on sawra
qu'ta a trouvé dans une seule caverne les restes de ptusdedeut à
trois cents Imdlvidus; par euemple^ dans celle de Keriby^oevstde.
Le doeteur Bucàlaud a uonstaté que les hyènes fsssiles se rançon^
Ireat en Angleterre, eomase sor leuèntinent^ dans deux «ondttiolB
dtfTdirenCffS) saveur : dana des eaiieittes et dans des dépéts forméspar
les ^anx cauRPiRHHSb
Lés vesMd'ttd «dlmiA de la fuce IHiuov surpassant en groasé«Rr
lé Itou m m tigre leyitfigms, eut été trsuvés dans les cavumesè
ossements de Ifendej-Hills, dans celles d'0resleirieideKent'%4foIé.
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436 NOUVELLES DES SCIENCES.
On a découvert dans les cavernes de Gailenreuth les os les plus
caractéristiques, et qui n'ont laissé aucun doute sur la nature réel-
lement féline de cette espèce remarquable que Ton a appelée
fdis gpelœa.
Ordre des eitaeéeê. La plupart des fossiles de cet ordre qu'on a
trouvés en Angleterre étaient dans des couches de sable peu éloi-
gnées du rivage de la mer ou des grandes rivières» dans le dépôt
marin ou dans la couche d'argile sur lesquels il repose ; mais bien
que ces formations soient superficielles et appartiennent aux épo-
ques les plus récentes de la géologie , les fossiles de cétacèes sont
toujours sur des points qui ont été abandonnés par la mer. Ainsi
le squelette d'un balénoptère, long de soixante-douze pieds, que
l'on a trouvé dans l'argile sur les bords du Forth, éuit à pins de
vingt pieds au-dessus du niveau de la plus haute marée. Plusieurs
os de baleine, découverts àDumer-Rock, étaient à plus de gaa-
rante pieds au-dessus da niveau actuel de la mer. Les vertèbres
d'une baleine, trouvées par M.Richardson dans la Reis, étaient à
dix pieds au dessus du point le plus élevé où monte la mer sur cette
côte. Beaucoup d'autres faits semblables sont rapportés, desquels
il résulte que l'Angleterre a déjà fourni des fossiles du genre te*
tefia, haXœnoptera9 physeierj delphinus^ monodon et phoeœna.
En terminant, l'auteur signale l'analogie remarquable entre les
autres fossiles trouvés dans les terrains oolithes de l'Angleterre, et
les formes qui existent encore, mais reléguées dans le continent
d'Australie et dans les mers qui l'entourent. C'est dans ces eaux
que nage le cistracion, qui a amené à reconnaître la nature de cei^
tains fossiles trouvés dans ces terrains, et qu'on reconnaît main-
tenant pour les denU de gigantesques et antiques poissons carti-
lagineux. Les térébratules et les trigonies fourmillent aujourd'hui
dans les mers de l'Australie, où elles servent de pâture au cistra-
cion, comme leurs analogues, qui ont disparu depuis longtemps ,
ont probablement fait pour les acrodi, etc. Des plantes telles que
les araucariées, les cycadées, abondent sur le sol de l'Australie, où
vivent encore en grand nombre les quadrupèdes marsupiaux , et
4Mrab8ent réellement compléter le tableau de ce qu'était, à une
époque bien éloignée, la surface de la terre, tandis que, dans notre
hémisphère, elles été modifiée par de nouvelles formations de ter-
rain et par des mammifères appartenant à un type plus élevé dans
l'échelle des animaux.
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NOUVELLES DBS SCIENCES. 437
QoATftiÈHB Sbction. ~ BoTANiQOB ET Gëologib. — De$ moyem
à^aecroiire la végétation^ par M. Webb-Hall. Ce sujet est d'une
bauie importaDce» non-seulement par ses rapports avec la richesse
et les ressources du pays, mais encore par les questions scientifi»
ques qui s'y rattachent. Deux points de vue différents, et que l'au-
teur de cette communication a embrassés à la fois, rappellent d'abord
les causes de la végétation, ainsi que les principes élémentaires qui
lui sont indispensables^ et montrent les changements progressifs
déterminés dans ces premiers éléments par la fermentation et la
combustion qui sont toujours en activité dans la végétation. Les
produits de ces deus modes de dissolution sont les éléments indis»
pensables au développement de la végétation, car le produit de la
végétation, après avoir été désagrégé en ses éléments constituants
par l'une de ces deux opérations, peut rentrer encore dans les
organes des végétaux, et activer ainsi leur croissance. C'est en par-
tant de ce principe sur lequel reposent les lois de la végétation, et
en plaçant dans le sol même les iources de la fermeniaiion et de la
combustion» dans des conditions de subdivisions mécaniques ex-
trêmement fi nesy et dans un état très-favorable à la solubilité, que
H. Daniel de Traverton a adopté sa méthode d'engrais, qui doit
a jottler àla ferlilité dn pays et faciliter la culture des plantes les
plus utUes. Les expériences longtemps continuées sur cette mé-
thode ont permis de constater combien les résultats en sont favo-
rableSy tandis que, d'un autre côté, il ressortait de la nature des
substances élémentaires employées et de la facilité avec laquelle
elles remplissent dans ces opérations le rôle qu'elles sont appelées
à y jouer, que l'Induction sur laquelle s'appuie cette méthode était
juste et d*accord avec les faits. — Après Ja lecture de cette commu-
nication, dont nous supprimons tous lés détails pratiques, il s'éta-
blit une discussion à laquelle plusieurs membres prennent part.
LeprofesseurDaubeny, reconnaissant que, dansTétatactuel, les en-
grais naturels sont insuffisants pour faire produire au sol de l'An-
gleterre la quantité d'aliments nécessaires pour son immense popu*
lation, en conclut qu'on doit nécessairement aller à la recherche de
tous les engrais artificiels possibles. C'est pour fournir aux céréales
la nourriture qu'elles ne trouvent plus dans le sol, que Ton a im-
importé du Pérou de grandes quantités de nitrate de soude. Celui
qui trouverait un moyen rapide et facile de transformer la fibre
ligneuse en humus, aurait rendu un service signalé à l'agricul-
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fea» ROUVBUJBB »E8 SC»irCB9,
tare moderne. ^ Le docleiii'-Playfairiie pente pM-qae-Ift matière
faitnminease qui Taii parlie de l'engraU de Daniel y sût d*aiiciHie
vUlité; il a va l'eau de goudron faire beaucoup de mal au gaies
sur lequel on l'avait versée, et il pense que Tengrais gagnerait à
être séparé de cette matière. — Le docteur Lanlroster reconnaît que
l'engrais de DanieU pourrait ne pas réussir sur tous les terrai»,
bien que, jusqu'à présent, on Tait toujours employé' avec suœès.
Hcontient probablement les ingrédients inorganiques que n'ont pas
oa dont n'ont pas assez- les champs où il a été mis avec sueoès; et
bien qu'il fournisse une grande quantité d'aeide carbonique et
d'ammoniaque, dont les plantes font une si forte consommation, il
est probable qu'il lui manque quelques principes qui pourraient
dire utiles dans d^utres terrains. On a dit que cet engrais eontlent
du soufre; le docteur a vu des plantes pousaer avec une vigueur
eslraord inaire dans certains cas où elles recevaient de petites qnan«
tités d'hydrogène sulfuré , et il regarde ce corps comme devant ,
dans certaines circonstances, fournir un utile engrais. La plupart
des substances organiques contiennent de petites quantités de sou-
fire. Il serait facile de faire arriver ce corps aux* plantes par la dé«
eompoaition des sulfates mis en contact avec la matière Yégétale dn-
sol. — Le professeur Johnston pense que Fengrais de Danieil ne
contient pas tous les principes nécessaires pour la nutrition des
plantes céréales, et qu'il doit échouer dans certains terrains. Il 7 a
longtemps que Sprengel, regaréantrhydrogène sulfuré ea petite
quantité comme favorable à la végétation , a pr>posé d'employer
les sulfures en guise d'engrais; et en effét^ il en avait' trouvé de
légères traces dans la plupart desr terrains. — Jâi Solly pense que
le bitume doit avoir une action mécanique sur le sol. Des pois et
des fèves, qu'il avait arrosés avec de l'eau sulfureuse^ ont pemaé
aveoviguear. Des choux, planté» sur du flimier d'où s'cKhalait une
grande quantité de gaz hydrogène sulfuré, ont pris un rapide ëo^
eioissement. Les eapérienees de Tnmer et de Qbrisiison provveaf
eependant quecegaz-est nuisible aux fiantes, quand- tan isiiinea
wnt ezpeséesâ ses émaoationst*
SixiÈHB SRCTiON. -* STATISTIQUE. -^ReeheTçku $wr tawtgrUUiU
4e$ fileun etdes raUaeheurs emphifésdani let fUaùureêde^MoMcàif^
Ws <^ Von ne file que de$ numéros é/eoÀ,.|^r IL AMennaaja
ShutUeworthâ On compte à Manchester, dixrneut fUatures oÀToa
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flÉ ÏBtoàùmk dflr.Dimièros éteré»; œioni les rèsunitt^oMMunsor
ÎMftqm tratailkQt do» ces dix-aeiif èteblineinetit» qaf
tila base ds la coinmitiMoatlon et M. Shnitlewwtb. AtmiC'
de^Dpmdoire ces résultats, nom' devent Mre eonmittre les eir-
parlesquelks l'aoteop a été amené à s'oceoper de ces
LesHenx où Ton Aie desnuinéros trè»4lns ont besoin,
on le sait, d*ètre à une température bien plu» ëkvèe que ceux où
PearfieUte que des numéros ordinaires , et de cette condition on*a
généralement conclu que la santé desowrriers qui 7 sent empK^yés
dskiélveexfiosée à plus de dangers que dans la plupart des autfw
mannfactares. D'après celte opinion généraiement adoptée, et
aunamd'ailkars itest Trai que les filenrs de fin sont dans des
eandîtMMS tout à fait spéciales, on a pensé, à l'époque où la com-
mission p#ur le traraîl dans les manufactures fut nommée en 1S89,
qnïl semit bon de recueillir des infomnatiotts: partielles sur ee»
onrricrs^EcliisivenneDt, et en les. considérant comme nne classe
distincte et séparée parmi les fileurs. Les personnes obargées de
aille enquête, désirant que les faits fussent recueillis dans de telles
candîtîons d'impartialité qu'ils pussent inspirer toute eonflance^
inèrent Tantenr , qui jnsqulalors n'arait pris aucune part aor
discnsHonssnr ce sujet et ne pouTaît a?oir aucun intérêt person*
nel dans le résultat de rinvesligatien, de ae charfser du soîn de df--
riger cette eaquê&e. Les précautions les plus sérieuses fnrent|»rissr
panr que les faits fusseAt recneillisaveo impartialité. Bes ques^
tionsaortoiisrles points sur lesquels on désirait ^s renseignemenia
fiarent reoaîsestéierites à obacun des filcnrs, arec inritation de rh*-
léchîr pendant deux jours avant de formuler leur réponse.
Ces! a|irèe«avoir examiné avec attenlIsBi etaeomptè tes* faitsTé*».
vHés par ces: réponses que M. Staltlewortb a construit lés tableau»
9V1I présente au congrès, et qui n'ont pn, ayant été anhevéstrep
Vuâ, être mis à.prefit par la commissiQn.à laquellcf ils étaient das<^
Veici.Iea principajix résultats^qni ressertent deces taUetna.
JLea dix-neuf filaiurefrtraTaillent ^ heurcsi pAn semaii
laient sa7, Ëleurs> tous adultes et âgés :
33 de 46 à 50 ans.
12 de 51 à 65
5 de 56 à 60
1 au-dcMus de 60
16 de moins de 20 ans
176 de
20
à 23
196 de
26
à 30
ISS de
31
à 35
102 de
36
é 40
8» de
41
à 45
837
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I^IM NOUVELLES DBS SCIENCES.
L*âge moyen de chacun de ces ouvriers est 82 ans, tandis que la
moyenne des années qu'ils ont passées à travailler dans ces mann-
fkctures est de 22 ans 10 mois ; 255 ou près de 30 i/2 pour ceni
ont quitté l'ouvrage pendant Tannée pour cause de maladie,
et la durée moyenne de leur absence pour cette cause a été de 24
jours 1/2 pour chacun, ce qui porte le nombre des jours de maladie
à 7 1/2 pour chacun des 837 ouvriers.
A ces ouvriers il faut ajouter 3,283 garçons et jeunes filles qui
sont employés comme rattacbeurs, ce qui donne environ quatre rat-
tacheurs pour un fileur. Sur ce nombre d'enfanls , 488 tiennent
aux fileurs par les liens de la parenté.
Sur le chiffre de 837 fileurs, 707 sont maries et ont eu 8,166 en-
fants, ce qui donne 4 i/2 pour chaque ménage. Sur ce nombre
d'enfants, i,244 sont morts et 1,922 restent vivants. 640 deces en-
lants avaient travaillé dans les filatures , et, de ces derniers , 48
seulement étaient morts , ou 2 3/4 pour 100; 58 ont été employés
à d'autres travaux, et 4, c'esuàdire 7 pour 100, ont succombé.
Il résulte de ces fails que la santé des ouvriers employés dans
les filatures où l'on fabrique les fils de numéros élevés souffre
moins qu'on ne l'avait prétendu de la température élevée dans la-
quelle ils sont obligés de passer soixante-neuf heures par semaine,
et que cette influence n'est pas plus fâcheuse même pour les en-
fants qui sont exposés à son action pendant le même temps.
On remarquera sans doute combien le nombre des vieillards est
peu considérable parmi ces ouvriers ; mais deux causes contribuent
à cette circonstance, qui sans cela pourrait être considérée comme
très-défavorable. La première, c'est qu'il n'y a que peu de temps
que cette industri<^ est établie; la seconde tient à ce que le travail
auquel les fileurs se livrent exigeant une vue très-fine, ib sont
obligés, lorsqu'ils vieillissent, de se livrer à d'autres occupations.
Ce n'est donc pas à l'influence de ces manufactures que l'on doit
attribuer la mortalité considérable de la population de Manchester ;
mais c'est à un autre ordre de causes, parmi lesquelles la misère,
Tétroitesse et la malpropreté des rues et des habitations , et l'ab-
sence d'une police hygiénique , paraissent mériter la première
place.
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NOUTELLBS BB8 8ClBNGEft. Ui
^tetotre C0ntcmporittne.
Louis- Philif^pe, par un Américain, — Quelques mois après
les éTénements de mai 18S9 , un recueil américain publia sous
forme de lettre un travail fort remarquable sur la situation
morale da peuple français à Tépoque où éclata cette dernière
tentative violente du parti républicain. L'écrit dont nous parlons,
réimprimé depuis en volume, a pour auleur le général Cass, mi-
nistre plénipotentiaire de TUnion-Américaine à Paris, qui fut re»
connu tout d'abord, malgré ses efforts pour garder l'anonyme.
Ubonorable général avait vu de près la lutte sanglante et déses»
pérée qu'engagèrent d'une manière si soudaine quelques hommes
téméraires contre une grande cité, contre une double armée de
militaires et de gardes nationaux. Descendu dans la rue au pre-
mier coup de fusil, le général Gass, en véritable et intrépide Amé-
ricain, voulut juger par lui-même de la portée du mouve-
ment insurrectionnel ; il se porta sans hésiter au cœur même de
la sédition. 11 parcourut seul et à pied les boulevards, les rues
Sûnl-Marlin et Saint- Denis, le théâtre ordinaire des émeutes
ptrisiennes. Il vit les barricades s'élever à la voix de quelques
chefs mystérieux cachant leurs armes et leurs habits noirs sous
des blouses grossières, et quelques instants plus tard il entendit
gronder U fusillade.
On se rappelle quelle fut l'issue de cette prise d'armes; on n'a
pas oublié non plus les mémorables et solennels débals de la cour
des pairs. Le général Cass suivit le procès des accusés avec assiduité,
et adressa à ses compatriotes le résultat des impressions et des ré-
flexions que lui suggérèrent les événements dont il avait été té-
moin. Esprit logique, M. Cass ne s'astreignit pas à raconter les
mille incidents de ce drame sanglant; c'est ce qu'a pu faire alors
le moindre gazetier; mais remontant des effets aux causes, il fit
voir avec cette sagacité, avec ce jugement si sur, qui forme le ca*
ractére dislinclif de son talent, il fit voir quelles étaient les véri-
tables sources du mal; puis, laissant de côté les barricades et touies
ees scènes afOigeantes, il peignit, toujours avec un rarebonbeur,
quelques-unes des mille faces de cette société française qui est
toujours pour l'étranger un objet de la plus vive curiosité.
I
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Nous ferons comme lui, nous tirerons un voile sur des faits qui
heureusement commencent à être loin de nous, et qui ne réveil-
lent dans le cœur de tout homme de bfen que des sentiments péni-
bles. Aussi ^ ce qui a assuré la vog^e constante qui accompagne
chaque édition de Fœuvre du général Gass, c'est non-senlement
cette raison supérieure arec laquelle il examine et juge les faits
généraux de la politique, mais encore cette variété qu'on y trouve,
ce choix si bien entenuu de peintures, de descriptions et dé por-
traits de tant dé personnages et de tant d'objets intéressants, fts^
sant en revue lès hommes et les choses, M. Cass émet des opinions
souvent neuves et fort remarquables sur la marche du gouverne-
ment et le mouvement des esprits en France; iltrace des aperçus
pleins de Gnesse sur le caractère et là portée de divers hommes d'é-
tat, et donne çà et Ta quelques conseils qui ne seraient nullement
k. dédaigner. Hâtons-nous d'ajouter que M. Cass sympathise vive-
ment avec Te caractère fi'ançais, et que, dans le cours de son ou-
vrage, il approuve très-souvent et ne blâme ou ne raille qu'avec la
plus grande réserve, bien que l'on devine k certaines allures parfbîs
un peu vives, à quelques alltsions à demi dissimulées, que le styFe
de l'honorable écrivain se prêterait volontiers à la malice et à
Pîronie.
Mais il est un illustre personnage auquel HT. Cass paye sans au-
cune restriction son tribut d*hommage et de respects. Ce person-
nage, c'est Sa Majesté le roi Louis-Philippe. Voici le portrait de ce
prince, esquissé par l'auteur lui-même : nos lecteurs jogerout ffW
est ressemblant : « Le roi Louis-Philippe est âgé d'environ soixante-
six ans (i). Tonterois, sa constitution vigoureuse ne présente aucun
signe de décadence. Robuste et un peu gros, le roi détdoîe néan-
moins beaucoup d'aisance et même d'élégance dans tous ses mon*
vements. Sa tête remarquable, son visage expressir, annoncent
clairement une haute intelligence. En un mot, Sa Majesté appar-
tient à ce petit nombre d'hommes privilégiés que l'on ne peot
rencontrer dans une rue, dans une foule, sans se retourner invo-
lontairement pour les considérer encore, en se demandant à soi-
méltne: Qtii sonMls? Aussi' tous les portraits de Louis-Philippe,
même ceux qui sont lè pltas médiocrement exécutés sous le rapport
(1) Le 0Mtd{QasiréerhBit aiil8i»i
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momUJiB» BS» M18VGB81 «W
it V$H, offi^Bl^ils^ ian§ ««ception une imaimMapce «Ma fidèki
te Iraiu de Sa Majesté» Le roi parle el écrîl rangllth aoMi: oo«<-
nmment et aussi oorreeteneBl qu'on gentlentir anglaifr ov amè^
Hmiu, et on assovequ'iMicDiieiaiiffiievimvlede rBoiefiene Ini^est
étreogère. Sa eenversation spîHtuelle et animée abende en obser»
vation» pleines de tact; de délieatesse et de haute reitoa. Les ? ei»
tai privées de Sa Majesté sont admirées de tout le monde, etDiea
a béni son intérieur en d6tant sesenfentsdes qualités les pkn aim«^
blcsy en leur lenr accordant les dont les plus précieux , le talent, lè
conrege, l'esprit, le beauté. Gomme père, eemme époux, la ooih
diiite de Louls*Philippe 6St< aiiodessus de tout étoge; oonvne
prince, oomme roi, nous sommes oenTaineu qoe, dans rexeroioa
de ses fonctions si importantes et si cKfliciles, Sa Majesté ne eon^
salle qne l'amour de rfaumaniléy les intérêts de sa couronne et
las inspirations de sa conscience. A l'appui de cette opinion , nons
oe citerons qn'on seul fait qui nous a été conté par M. Sle^
fCBsen, actuellement ministre de la république en AYtgletevre»
Un nnit, vers deux heures du matin. M» Stevenson fut obligé
de se rendre aux Tuileries penr une affaire tout exceptionnelle:
Introduit dans le cabinet du roi, M. Sterenson troaya Se Majesté
profondément occupée à parcourir une liasse volumineuse de p«^
piers. Or, ces papiers, qui absorbaient ainsi tou te son attentien*»
e^éCaîent IH pièces du procès d\in criminel condanmé à mort. Le
loi, eneffel, sent tout le prix du droit de faire grflce que luiat^
triime la constitution , et c'est pendent les léngoes el s»>lennella8
benrcs de le nuit qu'il eiemine avec le soin le pins- scrtipulea
les dossiers des condamnés. Apportant dans une matière aussi
grave oel admirable esprit d'ordre qui distingue d'ailleurs tousses'
actes, le roi tient un registre sur lequel il écrit lès noms des cou»-
tennés» là netura de leur crime et' sa décbion motivée. N'esl^er
pas là un neMe exeevple i proposer an»-magistret»ée tousiles paifi^
t»t monarchiques que républkains'?»
On ne saurait trop louer Sa Majesté de ses généreux penclmlsi
è k démence. H est beau de voir un roi censacsersei' wiKes'à ré-
visar ini-mé«ie leptecèè dès metlieweux que Hi'îoitien^iunMiBe^
fMtppésel'qni n'ont plos»d^éspoirqu'en là aisérieotée dn Dienioai
deleursnnverain. ITun metlefuitpettt«auwe-le>vleétionidaanifv
mais es mail H n^ penti II ne doil lepiuuenuar q«e sï^wpÊè» «p
.l|:a imwvé^M» lesfails^i.ent pvéeèâè^ov.aoeelBl-
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kkh NOUVELLES DES SCIENCES.
pagné le crime, quelque ciroooslance qui eo atténue rhorreor, car
Sa Majesté est afant tout le gardien suprême des lois qui défendent
la société, le ? engeur de la morale outragée.
Quand on réfléchit à la multiplicité des attribution) de la royanlé
en France, à ce système de centralisation excessive qui rapporte
au gouvernement la solution d'une infinité de questions qui» en
Amérique et en Angleterre, sont abandonnées au libre arbitre des
autorités locales; quand on réfléchit à la quantité innombrable
d'affaires qui ne s'expédient qu'après avoir reçu la sanction de la
signature royale, mais surtout quand on pense aux difficultés de
la politique tant intérieure qu'extérieure, à la position exception-
nelle de la dynastie de juillet, on ne peut s'empêcher de recoonaf ire
la main bienfaisante de la Providence qui a placé sur le trône de
France un prince qui, par sa raison, sa prudence, son génie, satis*
fait si bien aux exigences de sa situation. C'est qu'aussi le roi
Louis-Philippe a su profiler des enseignements du passé. Élevé an
sein d'une révolution qui, malgré bien des erreurs et bien des
crimes, a finalement régénéré la France , il a vu de près les hommes
et les choses, il a été mêlé de bonne heure aux agitations de la
Yie publique et au bruyant tumulte des armées ; enfin il a été mal-
heureux, il a été proscrit, il a souffert comme les autres hommes,
et c'est là ce qui le rend supérieur à tous les autres princes qui,
nés sur le trône et n'ayant jamais connu que la prospérité, restent
toute leur vie en dehors de l'humanité. Pour nous, nous lisons
toujours avec intérêt les détails que nous racontent des écrivains
aussi bien informés que le général Gass sur la jeunesse du roi des
Français. Nous suivons avec émotion les courses aventureuses de
ce jeune prince, naguère opulent, heureux, populaire, entouré de
courtisans, et réduit tout à coup à voyager seul et h pied, à errer
dans les montagnes de la Suisse, un bâton à la main, cachant son
nom illustre sous le nom obscur de Gorby, frappant aux portes des
monastères et demandant rhospitalité comme le plus humble des
pèlerins.
Tout le monde sait qu'à Reicbenau Louis-Philippe, à peine Agé
de vingt ans, privé de ressources, préféra exercer pendant près
d'une année les modestes mais honorables fonctions de professeur
plutôt que de demander des secours aux princes étrangers. Dès
qu'il fut un peu plus riche, il se rendit à Hambourg, parcou-
rut le Danemark, visita particulièrement Copenhague, £lseneor
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KOUYELLBS DES SCIENCES. US
et les jardins de Hamlet, le héros de Sbakspeare ; pnis traversant
le Sond» il aborda en Suède, Tit les principales Yilles, s'arrêta dans
le Dalécarlie et descendit dans ces mines célèbres d'où sortit, pour
gafpier un trône» le grand Gustave Wasa. Arrivé en Norwège, il
séjourna tour à tour à Christiania» où il faillit trahir son incognito ;
a Frederickshall, cette petite place de guerre qui coûta la vie à
Ourles XII ; à Drontheim, i Uammerfest, et parvint au cap Nord
le 34 août 1795. Après avoir visité la Laponie, une partie de la
Finlande, en ayant soin toutefois d'éviter de mettre le pied sur la
territoire russe, car les dispositions de l'impératrice Catherine
étaient loin de lui être fiivorables, il passa le golfe de Bothnie et
rentra en Suéde. Reconnu à Stockholm, traité avec les égards dus
à son rang par le roi et le duc de Sudermanie, régent du royaume,
Louis-Philippe refusa les oCTres qui lui furent faites d'entrer au
service de Suède en qualité d'officier général, et préféra continuer
à vivre obscurément i Hambourg. A son retour dans cette ville,
il trouva une lettre de sa mère, qui le priait de s'embarquer pour
l'Amérique; c'était à cette condition seulement que le Directoire
consentait à délivrer ses frères, toujours captifs, et à restituer
à sa mère quelques parcelles de ses biens. Louis-Philippe n'hésita
pas à promettre ce que sa mère lui demandait, et d'ailleurs de-
pois longtemps il sentait qu'il serait plus libre et plus heureux
ao delà des mers que dans cette Europe qui était et qui allait être
de plus en plus si profondément agitée. Voici quelques passages
de la lettre qu'il répondit i la duchesse sa mère : « Quand ma
tendre mère recevra cette lettre, ses ordres seront exécutés, et
je serai parti pour l'Amérique... Je ne crois plus que le bonheur
soit perdu pour moi sans ressource, puisque j'ai encore un moyen
d'adoucir les maux d'une mère si chérie... Je crois rêver quand je
pense que dans peu j'embrasserai mes frères, et que je serai réuni
à eux... Ce n'est pas que je me plaigne de ma destinée ; je n'ai
que trop senti combien elle pouvait être plus affreuse. Je ne la
croirai même pas malheureuse si, après avoir retrouvé mes frères,
j'apprends que notre mère chérie est aussi bien qu'elle peut l'être,
cl si j'ai pu encore une fois servir ma patrie en contribuant à sa
tranquillité, et par conséquent à son bonheur. Il n'y a pas de sa-
criBces qui m'aient coûté pour elle, et tant que je vivrai, il n'y en
a point que je ne sois prêt à lui faire. »
Débarqué à Philadelphie le 7i octobre 1796, Louis-Philippe eut
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4M ^OCVSLLm OU «CHEMBS.
•quelques maïs plus tard la joie d'élre rèttoî, après une longue «C
4»ruelle opération, a^ec ses jeunes frères, ai kilèressanta ions4«ux«
Je4uc de Montpeuaîer et le-eomle de Btaojolaia. Philadelphie étaiC
<alon le siège 4u/gouvenieBent fédénl, ^ Washioglon, qui êuît
eneore le obef de A* Uaioû , aocueillil avee dislinetion les Irais
|>fiBces et4es4&vâta à venir le visitera sa résîdeiice delioiitvemoiiy
toù il eonip<ait preadre bientôt sa reiraite. Louis-Philippe et ses
Jhrères assistèfeut à eette séance-mènioiuhle où l'illustre et vèuérable
jgénéral renonça pour lonjdofs à la vie publique, «t remit les rênes
4n goureruementè^son svecesseor, M • Adams. Le général Washing-
ton traça hii-mème riltnéraire des jesues princes à traters les
régions alors peu cotannes én4iord'et de Touest derUnion, ei leor
^onna-desleUros-d'iBIrodnoCMn fleuries principaux habîtaiiU des
¥iUes quHls 4enîen4 visiter. S. M. Lou«s*Philippe« conservé pré-
cieusement le souvenir des prévenances flatteuses de Washington
€ft <de toutes les circonstances relatives 4 son s^our^ux Étata-Unis.
« U te rappelé «ncore^ dit le f^énétal Gass» même après plus de
garante annéss, les moindres iparticuterités de ses excursions dans
oea ^sombres forêts et -anr les bords de nés grands lacs. C'est un
ylailir pMn de surprise pour un Américain que d'entendre le roi
«éter nvec tant de préeisien les noms mêmes des perso^es qu'il a
fenoenirèmdans notre pays, de IVntendre causer de tout œ ^n'il
y a vu, desnomitagnes èknas, des chutes du Niagara eu du Poto-
nmcy cnmmp a'él ne faismt que de ^itler l'Amérique^ ou comme
s'il éfeait lui-même «otre «ompatriote. »
•Le roi Lêuia^hîlîf^ tmîte «vec une laveur marquée Ions les
Américains de dsstindien qui Vont lui Ihire leur cour. Le titre de
citoyen dm Blats-Unis est même auffimnt pour être admis aux
Tuileries, et le général Chns nous apprend que dans nne seule
seirèe ilaprésenlé au roi oinquanie de sm eompaAciotesw L'hono-
tuUe généinl vante heanuanp la noble sîmpttoité avec laqudle le
rsi et «a iêH/Mt reçoifmu ceux qui ont l'honneur ^'être invités,
aokauxdftMTs etauc bals ém TuilerieB^soituuxIftteBqnise don-
nmttde tempsàautre dans te divuvsm résidsncm tofsto. Il oam-
pane eatle tnyale» nmk fmncha et natfdiaie tospilalité» au céré-
«mniilliaigantdmautrm oanra, ut il «ttaqne particttlfèiement
n?ns beauvenp de tervn rêliqnette «uratoMe de le «our 4'Ai«le-
terre. Il poursuit de ses moqneHm moManllB qnelfmsHtns de cm
«muls pmsnnagw qui, panant te «Ma Mflns iiteti«s» des
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NOUVELLIES DES SCIENCES. hVI
noms aussi anciens que la monarchie anglaise, se donnent tant de
peine pour joindre k leurs titres et è leurs «rmoîries la charge et
les insignes de majodorme ou de matlre de la garde-robe. 11 n'é-
pargne pas surtout lord K qui, revétn de la double dignité de
paird'Anglelerre et déjuge héréditaire de la cour de dernier res-
sort, jouit encore de l'emploi de gardien des chiens de chasse de
Sa Majesté la reine Victoria, et on sait que cet emploi n'est nul-
lement une sinétnre.
En terminant, le général Cass trace en quelques lignes bien sen-
ties le beau et touchant caractèrede la reine des Français, cette mère
si tendre, cette reine si généreuse, si compatissante, si sainte, cette
femme incomparable dont tous les partis respectent et honorent
les Yertas, et que la calomnie n'a jamais osé souiller de son venin.
Le dac d'Orléans, enlevé si récemment aux espérances de la géné-
TÉlion nouvelle, ce prince populaire dans la jeune armée, si aiïable
poor les artistes et les gens de lettres; la duchesse d'Orléans, re-
nommée autant pour ses talents et son esprit que pour la 'bonté
ile son cœur; S. A. "R.TÇl"» Adélaïde, princesse douée d'une intel-
ligence supérieure et d'un cœur charitable^ la princesse Clémen-
tine,Mle et gracieuse jeune fille, pleine d'esprit et de distinction;
Ions les membres enfin delà famille royale sont peints tour à tour
par le général Cass.
Les justes éloges donnés à la vie privée et publique du roi des
français par le cRgne représentant de la république des États-Unis
ne sonTt pas suspects flè partialité et doivent par cela même être
doublement agréables au prince qu! en estîobjet. Par sa position
(ffficielle, son caractère indépendant et élevé, ses opinions li bé-
nies bien connues, le général Cass était mieux que tout autre à
même de dire ce qu'il pensait et rien que ce qu'il pensait. Des
ouvrages comme celui que nous venons d'analyser éclairent Popi-
mon et la mettent en garde contre les préjugés fâclieux que les
tnttes quotidfîennes de la presse ne répandent que trop souvent
tans le public. Nous félicitons le général Cass de s^Stre imposé une
n noble t3die et de s'en être acquitté avec tant de succès.
J. J. V.
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CHRONIQUE LITTÉRAIRE
SI LÀ
REVUE BRITANNIQUE,
ET BULLETIN BIBL lOG R APOIQUE.
OCTOBU 1842.
Toutes les académies de province ne sont pas de ces filles sages
qui ▼ivent silencieuses et chastes derrière une mère coquette. Der-
nièrement nous citions quelques intelligences d'élite de l'académie
de Marseille ; le mois dernier c'est l'académie de MAcon qui a
tenu une séance publique qu'on a pu justement comparer aux
plus brillants tournois littéraires dont l'Institut donne de temps
en temps le spectacle au beau monde de Paris. Il faut dire , il est
Traiy sans prétendre reléguer dans l'ombre les autres académiciens
de Mâcon, que ce sont deux membres de l'Académie française qoi
cette fois ont jouté à armes courtoises, M. de Lacretelle et M. ô%
Lamartine. Le premier, arec ce poétique retour sur ses jeunes ans
que le vieillard d'Horace^ laudaiur temporis acti, confond dans
l'amour exclusif du passé» a critiqué la tendance des esprits veis
l'industrie et les arts industriels. Le second, en soutenant la Ihèst
contraire, a démontré avec la toute-puissance de sa parole qa'll y
avait un nouveau monde de poésie dans les mœurs démocratiques
et industrielles de l'époque. Gomme ces mœurs nous viennent un
peu de l'Angleterre (cette nation boutiquiére, ainsi que l'appelait
trop dédaigneusement peut-être Napoléon), M. de Lamartine a
défendu l'Angleterre elle-même sous ce point de vue. Le coup
d'œil du grand podte (M. de GhAteaubriand l'avait déjà prouvé, ce
nous semble) devient ici celui du grand politique. M. de Lamar-
tine, par de simples rapprochements, a révélé toute la portée de
certains actes, d'abord mal jugés, et de certaines inventions mal
appréciées, qui dans les desseins de la Providence sont les points
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CBROIIIQOB UTtAkAIKI BB LA AATUB BAITAHlflOVI. 449
de départ des continuelles transformations sociales de Thumanité.
Il a cité entre autres la conquête de l'Inde, accomplie d'hier, les
CMiséqnences probables de la guerre de la Chine, et enfin tout ce
que le monde moderne doit depuis vingt ans à la machine à va-
peur. Jamais économiste n'avait si bien défini les nouvelles lois de
la richesse publique : le travail, la liberté du travail et la concur-
rence.
« La richesse publique a trois lois inQexibles, absolues : le tra-
vail, la liberté du travail et la concurrence. Chacun doit travailler,
c'est la loi de la natare , la loi de l'esprit comme celle de la ma-
tière; chacun doit travailler librement , et enfin chacun ne doit
avoir d'autre limite à sa faculté de travailler et de produire que
la concurrence avec ceux qui travaillent et qui produisent comme
lui. Voilà la loi ! si on la viole, on devient arbitraire ou oppresseur,
00 gène l'un au profit de l'autre, ou l'on établit un véritable maxi-
mum de travail et de production qui non-seulement appauvrit et
ruine l'état, mab qui opprime, dans le travailleur, la plus inalié-
nable des libertés de l'homme, la liberté de nos sueurs!
> Je sais que des opinions qui se croient plus en avant formu-
lent une organisation forcée du travail et une répartition de la ri-
dwase publique en dehors de ces con ditions. Le temps a seul les
secrets du temps ; mais, dans l'état actuel de nos lumières et de
nos connaissances, nous croyons, nous, que la liberté est encore la
justice, et que rêver l'organisation forcée et arbitraire du travail,
c^est rêver la résurrection des castes de l'Inde au lien de l'égalité
aieendante du monde moderne, et la tyrannie du travail au lieu de
son indépendance et de sa rétribution par ses œuvres, etc., etc. *■
Qui ne serait ému par ce langage à la fois si beau et si logique,
parées idées qui remuent tant d'idées ! Aussi il parait que M. de La-
martine a reçu de nombreuses manifestations publiques et privées
de cette sympathie générale que nous estimons être la vraie popu-
larité. C'est à qui se mettra en communication , n'importe sous
qnd prétexte, ayec une si haute intelligence; c'est à qui pourra
édunger une lettre, une parole, deux lignes de prose ou un disti-
que avec l'orateur ou le poète. Nous aussi nous nous sommes sou-
venu que nous avions depuis longtemps deax ou trois motifs rai-
sonnables de nous mêler au cortège des politiques, au chœur des
rimeurs, et nous avons envoyé à Saint-Point notre épitre anglo-
française.
5« SÉRIE.— TOMB XI. 39
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JUO CBBeiH^uB LffrrteAii* mm sa tmtwm
lj£MBfiBBB& IX L'aUYBUUi»
M mL
Noble fils de la muse, est-ce aujourd'hai ta Yoix
Qui dffiend Tinduslrie et le peuple et sesdMiXa?
Ah 1 tu le prouves bien, grâces à toagénre,.
Yulcain, comme Apollon, a ses jours d'harmonie;.
Plus fort que lupiter, Saturne et les Titans,
Bans sa coucse il dévore et l'espace elle Temps.
Deui hommes de notre âge auront rempli Thratofre :
Debout après sa chute et rayonnant de gfoire,
L'un est sur sa colonne, immortel piédestal ;
L'autre, simple ouvrier, est presque son ègtl,
James Watt, qui, donnant à la matière une âme.
Par le f^u remplaça les voîTes et h rame.
Incomplets Fun sans l'autre, et rêvant pTos gramf fa^èv^
Que n*eussent-ils pas fait réunis tous l'es deux f
Ensemble dominant îa terre ferme et Fonde,
n fallait leurs deux mains pour contenir le menA;
Par ces rapides chars qui courent sur le flèr,
A Moscou l'Empereur eût devancé Hriver;
L'aigle des bulletins, invisible symbole.
Qui, sur tous les clochers, vivaft à sa paronB-,
A peine aurait pu suivre, en leur essor nouvenr.
Les aigles de métal rivés sur le chrapeou.
Quelle ère immense ouverte â cette arme agitée
Qui se crut à Tètroit dans PEtirope domptée T
Eh voyant tous les rois courbés à ses genoum,
L'Empereur leur eût dit : Asser, relévez-vourf
James Watt nous propose une lutte pftis bell^;
A u vieux monde donnons une ftn:e nouvelle ;
Le levier d^Archlmède est dl&couvert par Ivf,
De mon trône je veux lui fkîre un point d^ppid.
BfiiB FBnperevr n'am^vaînea qpe parl»^ftàn|.
Il dut tomber ! — C'est toi, réalisant ce rêve,
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MX BDUBUr MMJOWâPMQPB. 4li
GoDd fûéU^ qni |Heod« l'ouTner |Mir la auin
Anut fiûiB su Age d'or de aoU«4^ d'airain.
Car je fai bjen eonpris; la nuue |iopulaii«
Jle flatte point la ImiIc eo Gracf ue incendiaire,
Vêgaèn tu flétris d'un surnom mérité
lalidbe politique et l'immobilité (0;
Mais au peuple à son tour la même voix vient dire :
IkmTaille.*. ponr eréer et jamab pour détruire.
Pour nous tous le travail est devoir et vertu ;
YaîoeBieBt ses aïeux cent fois ont combattu»
Tonte noblesse oisive a forfait à sa race ;
Penple croisant les bras n'est plus que populace.
Milgié Vatage^ noos n'aurons pas la vanité de publier la réponse
dn poéie; on sait son exquise politesse, et nous gardons ses pré*
éeux compliments pour nous* Que si nos lecteurs trouvaient que
nent aoriona dû pousser plus loin escore notre discrétion, nous
avons ponr excnse oe que nous disons en té(e de l'article Poésie de
aelle Hvnison. deux qui avaient cru ne nous demander que quel-
ques vers ne savaient pas à quoi on s'expose» en ce siècle soi-disant
ptniilqnc, quand on frappe le rocher avec la verge de Molse« ou
plutôt, pour rentrer dans les miracles journaliers de la mécanique,
quand on dit à M. Mulot deereuser un puits artésien ! Le faubourg
Saint-Germain a failli être inondé par on déluge d'eau sablon neuse ,
qui par bonheur enfin se clarifie , k ce qu'on assure. Et puis, la
saison était fatalement choisie : Milton, un de nos saints en poésie,
sa trouTuit sortout en verve dans l'automne : or nn des derniers beaux
dimanehea de ce mois-ci noua avions justement parlé beaucoup de
MUten et des autres bardes britanniques pendant une longue pro^
aMnade faite avec nette ami et eollaboralenr O Id-Nick , un de oe^
lîltéralears dont la critique est si vivifiante. On ne cause pas im-
puBéuMDt poésie avec nn ami comme lui sous le^ longues allées de
nos bok, en fonlant U feuille qui se déudie déjà des arbres, et eo
ainriniat ceUe que le dernier aoleil de la saison achève de dorer
snr m télés. Nous oserions encore rajeler nue parlie de rinspiia-
IJOB qse noua avona cm IsUeaent rassentir sur «» ftolre de nos
Ci) Onaaniiiella la désignation àepmrUdes iomsif lanc^ d» la Ixi-
iteui propés poUtifue.
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452 CHRONIQUB UTTiAJkUB Dl LA miTVB BUTÂHmQIIB,
collaborateurs, qui revient tous les aiu à cette époque de son ck-
cursion aux Alpes avec une nouvelle provision de poétiques images
pour l'édition future de son encyclopédique Itinéraire de la Suisse ;
mais nous avouerons que notre jeune ami Ad. Joanne a on peu
écrasé notre pauvre petit paysage en le comparant à cette natare
grandiose, avec laquelle il est aussi familier à présent que le chas-
seur de Manfred.
Quant à nous, nous ne sommes pas exclusifs dans nos admira-
tions. Tout en plaçant bien haut ritinéraire-Joanne, nous ne dé-
daignerons pas, par exemple, les deux volumes que publie M. Baiily
de Lalonde sur Genève et le canton de Yaud (i ). Ce nouveau voyage
est encore encyclopédique. L'auteur décrit les sites, mais volon-
tiers par des citations, et l'on peut douter qu'il sente en enthousiaste
ces beautés de la montagne et du lac, qui font surtout rêver ou rimer,
et franchement, qui mettent souvent l'image à la place de la chose, le
reflet à la place du rayon. Son véritable amour est pour le monde des
livres, pour l'anecdote historique et littéraire. Un nom est une magie
pour M. de Lalonde; il n'en rencontre pas un sur son chemin, qa*il
ne le fasse aussitôt suivre d'une biographie, et au besoin d'une hiblio-
graphie. Ce goût-là ne l'empêche pas sans doute d'admirer le bd axor
du lac de Genève, ce tranquille océan, comme l'appelait Voltaire;
mais ce n'est pas lui qui écrira des pages et puis des pages sur ce
lac. Promenez-vous-y tant qu'il vous plaira, il s'enferme, lui, dans
la bibliothèque de Genève, et s'il en sort, ce n'est pas comme le
Bhêne sort du lac pour aller vagabonder jusqu'à la mer Méditer-
ranée ; non, M. de Lalonde a vu à Genève un manuscrit des Co»-
fesêions de Jean-Jacques, et il nous ramène bien vite à Paris, où i|
en existe un autre, afin de les coUationner. On sait, du reste, Uw^
ce qu'il y a de charme dans la bibliographie anecdutique, et nous
ne reprochons rien à notre érudit voyageur; nous lui savons même
gré de ses notices sur une foule d'illustrations genevoises anciennes
et récentes. Ainsi , non-seulement il ressuscite les vieux prêdics'*
leurs de la réforme calviniste, Calvin et ses sermons manuâcriH ,
mais encore il nous introduit auprès de M. Ilalan, chef des no-
miers ou méthodistes genevois. En bon catholique, M. de Lalonde
n'est pas fâché de soutenir une petite thèse avec ce célèbre aptoe,
(1) Le Léman ou Voyage pittoresque, historique et littéraire de Go'
nève et dane le canton de Vaud. 2 vol. Paris, ches Dentu, rue de Bussy, i7.
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n BULUTUr BDLIOaBÀVBIQUB. 453
qvi a en un grand succès dans plusieurs meetings évaDgèliques
d'Angleterre. C'est sans vanité qu'après nous avoir dit que M. Ma-
hn est un apôtre très-éloquent, très-érudit» etc. (suit la note bi-
bliographique des ouvrages de M. Malan}^ son adversaire assure
l'avoir batln à coups de textes. Le Wesley genevois est même réduit
au silence par le voyageur ; mais alors le voilà qui a recours contre
H. de Lalonde, à la musique, et il lui chante des psaumes avec
une voix de sy rêne. M. de Lalonde est un Ulysse chrétien, qui sou-
rit de cette mélodieuse ruse, ce Quoique sensible aux charmes de la
muslquct dit-il fièrement, je ne le fus point aux doux sons du mi-
nutre dogmatiseur ; en un mot, je ne me laissai pas plus captiver
par ses chants qu'ébranler par ses discours. » ~Eh bien ! nous qui,
dans notre paroxysme pindarique, cherchions du paysage, des
eaux, des montagnes, des clairs de lune, du lait pur et autres dé-
lices d'un voyage en Suisse, nous nous sommes laissé captiver par
les anecdotes littéraires de M. de Lalonde, et nous le remercions
de nous avoir appris beaucoup de choses que nous ignorions, tout
gens du métier que nous sommes, et même un peu bibliographes
de l'école de notre ami et maître Charles Nodier.
Et puis^ il faut bien la quitter, cette campagne où un été méri-
dional nous a fait de si beaux jours; elle tombe aussi, cette der-
nière feoille automnale qui couronnait l'arbre d'un triple dia-
dème d'or, de rubis et d'émeraudes. Adieu les champs que Dieu
fit, pour la ville que l'homme a faite, comme dit Cowper :
God made the conntry and man made the town.
Rentrons i Paris, où les bibliothèques se rouvrent, où le théâtre
Italien nous rend madame Viardot-Garcia, où TAcadémie royale
de Musique nous promet l'opéra de Casimir Delavigne; où, dans
la même semaine, Eug. Scribe a lu cinq actes au comité de la Co-
médie-Française et trois à celui de l'Opéra-Comique; où un acadè-
miden, M. Ancelot, ne dédaigne pas de se faire l'impressario du
Yandeville, le théfttre des flonflons; où enfin, M. Alexandre Dumas,
après avoir publié des vers sous le nom de son fils écolier (ah ! si le
nétit avait seulement fait ses dents! ) va foire jouer une imitation
de VHanUei de notre Shakspeare, etc. La librairie aussi relève la
télé, espérant que la réunion douanière de la Belgique et de la
Fiance va mettre au pilon la contrebçon. Les livres nouveaux e
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4M CHRONIQUE UTTiRAJLlUB PJS I^ BMYVM lUTANlCIQUB,
les réimpressions Tootabonder à la fois. M« CharlesGasseUii pobUe
la ^coodc partie des Mystères de PariSf ce romao ou M. Eng.
Sue imite Charles Dickens avec tant de bonheur, et dont les théâ-
tres vont s'emparer, séduits par la vogue de Mathide k la Porte-
Sain t-Marlin. M. Perrotin contione sa charmante édition des ÛEu^
vresde G.Sand (!> £t à cenom, jabux d'enregistrer lessnooès dt
nos auteurs nationaux à l'étranger, nous nous rappdons que» de-
puis un article déjà signalé, voici una auti» Revue^ une grande
B^vue, la JVeslmimUr, qui dit bardiment ; The §e»iug of ihis
remarkable woman has become generally appreciated. Tout le
monde peut comprendre cet anglais-là, qui atteste qu'enfin le gé-
nie de cet écrivain remarquable est apprécié géoéralemeni, même
en Angleterre, Suivent six pages d'analyse, qui prouvent que
l'Angleterre est prête à rendre à la France les hommages prodigua
par celle-ci an génie de lord Byroo.
Qui ne sait tout ce que les arts et les lettres doivent à un sim-
ple artiste, à celui qui, en collaboration avec ses amis Ch. Xodier
et de CaiUeux, publie l'ouvrage monumental de la France roman-
tique; à celui qui alla chercher en Egypte l'obélisque de Luxer,
et en Espagne tout un musée de tableaux , etc. ? M. le baron Taj-
lor vient encore d'émettre une idée qui, si elle était suivie, ferait
faire de nouveaux progrés à la sculpture : il s'agirait, d'accord sans
doute avec le procédé de M. Gannal pour l'embaumemenl des
corps, de rendre aux églises le droit des sépultures intérieures.
C'est ainsi que Sainte- Geneviève redeviendrait un vrai Panthéon
chrétien; que Notre-Dame n'aurait plus rien à envier à la gothi-
que nécropole de Londres, Westminster-Abbey. Celte idée noosa
frappés d'autant plus que le dernier numéro de la Quarierly R^-
vieto contient un bel article que nous ferons connaître à nos lec-
teurs sur l'ouvrage de II. Harkland, intitulé : Remarques sur les
églises anglaises et sur la convenance de faire servir les monu-
ments funèbres i des usages chrétiens et pieux.
M. Leroux de Linay a publié le deuxième volume des Chants
(1) œuvras complètes dt Geoffges Saaé, tam. IT, eoMMBMl A\
m Jfàrfulss, «ie. Gh«i f enaUii,
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ET BULLBTIN BIBLIOGRAPHIQUE. 4I{5
historiques français , dont tous avez parlé : nous attendons aussi
son second Tolume de la Noutèlle BBHoihéque bleue.
On est Tenu , il y a quelques jours, nous montrer une petite
boussole anglaise qoi n'etiqu'e» ciMvre dMrèy »M»à laquelle se
nttache une singulière succession de souvenirs. Cette boussole fui
primitivement envoyée, avec d'autres instruments d'astronomie, au
roi Louis XVI par un descendant de sir Isaac Newton. Il parait
que rinfortuné monarque l'avait donnée au dauphin, qui la porta
«Nclui dans la prison du Temple, où le jeune prince la remit, —
c'éuii sou deinierîduioo,-*-à wm ftdèU strrUturd^^la faMUe^ ^Hi
avait fait une tentative pour le faire èmàew. Cette penoaae,, ^i
anii été à l'école 4e Brieune «vee NafeléoB, FacfowpegM m
égy^.Là eUeeatoGcasioadenofttief sepelîtebessole avgàiéHlt
tl celui-ci l'ayant trouvée commode^ la kovassiekri fut Misée. Me-
venià eaFiaece» Kapoléoa, empereur, qui «raâ ses petite» mfn»
slki<»a, atucbant da ^ît k c«k Nutramest, y* fil gtaiversen iV,
«rmoméa de la ceisroBM-îmyérîa]»,, s^'ea lerrit deoeen. «RHjy^
pRs^el ne s'ea sépara que pendant sa captivité à SaiMefiétène ,
flDBUDe d'un talisman déson^tioatile» en piolftlr atMiqa^i
bit jadis Uve ILVii eafrti^ peer lecoeMllre aiwi par <
dramitLé.uii dévoùmcjiitdésiniéressé: la boussole appartient «Uore
afoudluû à la peMoanaqai raitçttedifttJaaiaM deiraaptfiaai^
àiiadajaard'MnDiLM. lemarédud Sealt avait ynpMè depiMM
celte wiîqaegaiwfcatiÉyi^rMriepMBaâ heaatjeraèjgtinaauaaii
an lavalidca comme eyant aeafià Fueagt perBuaaal daJAipaMin;
maie M^kgafcewikg drAaaiole rtâaiè de fc^ eéda» > tkre gimit i
ittst probable qu/gaalaè fera» deaefliaâ digaeedtt saavaaiaa^ni
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TABLE
DES MATIÈRES DU ONZIÈME VOLUME.
SBPTBMBRB BT OCTOBRE 1842. — 5« S^RIB.
Géographie. » Voyages. — Histoire Naturelle. ~ Les
steppes de la Russie Méridionale 5
Histoire. --Moeurs.— Législation. — Le duel S6
Mémoires. — Moeurs aristocratiques.' — Le Journal de
^ miss Burney (madame d'Arblay) 7S
Épisodes des Guerres de la Péninsule. — ^Trois chapitres de
la vie de Martin Diez» surnommé l'Empecinado f 15
Hiscellahées.— Romans.— Les premières amours d'un fat. . 14S
— Suite S59
Sciences.— Nouvelle chimie agricole.. • « 235
Colonies pénales de la Grande-Bretagne.— Excursion i Port-
Arthur Î49
BiOGRAPUB.— Art militaire.-^Lb Vie de Bliicher 279
Moeurs aristocratiques.— Les Chasseurs anglais en 1S43... lOS
Géographie politique.— Des Colonies anglaises comme posi-
tions militaires.— Sixième article. tto
Poésie.— Le Poète. — Lady Clare et lord Ronald.— Les Deux
Sœurs.— Un Tableau.— Le Dîner sur l'herbe 146
De l'Esclavage en Orient et dans le nord de l'Afrique SSS
Revue Asiatique. — Dernières nouvelles de l'Inde , de la
Chine, elc ISI et «4
YOVAGES. — Koonawur 40S
Nouvelles des Sciences , de la Littérature , du Com-
merce, etc 30} et 437
Chronique Littérarie et Bulletin Bibuographique.
Imprimerie de M** Y* DoNDir-DurRA, me Saint-Louis, 4«, an lUnif.
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REVUE
BRITANNIQUE.
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A
PARIS. — IMPlllMEBlE Di: M«c V* DONDEY-DUPRÉ,
m:s s/itr-tums, s'> 4G, ix miuiK
■■■H.s-i^^>^
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REVUE
BRITANNIQUE.
CHOIX D'ARTICLES
TRADUITS DES MEILLEURS ÉCRITS PÉRIODIQUES
DE LA GRANDE-BRETAGNE.
SOUS LA DIRECTION DE M. AHEDÉE PICHOT.
CINQUIEME SERIE.
TOME DOUZIÈNIE.
PARIS,
AU BUREAU DE LA REVUE, RUE DE LA VICTOIRE, 6;
CHEZ Madame y« dondey-dupré, ubraire, rue des pyramides;
CHEZ JULES RENOUARD^ UBRAIRE, RUE DE TOURNON, 6.
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NOVEMBRE 1842.
REVUE
BEITANNIQUE.
ômtirw Moraits. — 0Jtûttttt<pif*
LES MENDIANTS EN ANGLETERRE.
1842 (1).
La mendicité, — ce terrible fléau qui menace TAngleteiTe
des plus épouvantables catastrophes, -* diffère essentiellement
du paupérisme. La loi anglaise promet et assure des secours
efficaces aux pauvres, c'est-à-dire aux véritables indigents,
aux malades et aux infirmes ; mais elle inflige un châtiment
sévère à tous les individus que les agents de Tautorité publi-
que surprennent en flagrant délit de mendicité. Toutefois ce
système de rigueur est à peu près inutile : au lieu de dimi-
nuer, le nombre des mendiants s'accroît chaque jour dans
une proportion effrayante. En vain on a tenté d'appliquer les
(1) NoTB DU DiRBcnuR. Entre autres articlei publiés lur le même sujet,
TOjes le numéro de la B$vu9 Britannique du moîi de décembre 1839.
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6 LES MENDIANTS ÉT^ ÀKC^IÊTEUBE.
dépositions du wagrani act (la loi sur le vagabondage ], en
vain on a élevé sur tous les points du royaume des loorft-
houseSy ou maisons de travail, le mal n'a pas cessé de s'em-
pirer; si on ne se hâte d'y porter remède, il deviendra bien-
tôt incurable.
. Examiner la mendicité «ous ses différents aspecto» ea re-
chercher la c&«Èe premîérei en signaler àruttdfttLûfnpùMiqne
les rapides progrès , c'est tout ce cpie tious prètendtras ftrire
aujourd'hui, laissant à d'autres le soin de l'extirper. A chacun
sa tâche : le garde de nuit, qui du hant de sa tour sonne la clo-
che d'alarme, n'est pas chargé d'éteindre l'incendie.
Il importe avant tout, lorsqu'on parle de la mendicité, d'é-
tablir urne distinction capitale.
En effet, les mendiants se divisent en deux grandes caté-
gories : il y a
1** Les mendiants habituels, ou de profession;
â"* Les mendiants momentanés, ou por circomtance.
En d'autres termes :
La mendicité de la paresse,
Et la mendicité du malheur.
Autant la première catégorie est indigne de pardon et de
pitié, autant la seconde mérite tout notre intérêt. Aussi est-ce
sur les mendiants de cette classe que nous appelons princi-
palement l'attention. Mais d'abord, pour faire bien compTen-
dre notre pensée, citons quelques exemples de tnendicltéinth
mentanée ou accidentelle.
Premier exemple, — tJn tisserand de ^pîtalfieîds gagne nb
salaire à peine suffisant pour se nourrir et nourrir ^ fttmllle
avec tle légères infusions de thé, des pommes de terre et iSe
Teau froide. S'il meurt laissant, comme cela n'arrive qnetrê^
souvent, trois ou quatre enfants, que devient sa malheureoâe
veuve? l)'abord elïe met en gage une partie de son todbflior
et de Ses effets pour pouvoir faire ertlettèt son lamti.^ïttd-
ques jours après cette triste cérémonie , un de ses enfants
tombé malade : obligée de le soigner, ciRe ise 'p<fiiVit 'pktB tra-
vailler. Ses deux antres entants sont encore trop jeunes pour
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LES MMif S^IAUTS £7^ A^GIJIT£AR£. 7
gègoer Uar vie; «es faible3 ressounce» s'épuisent biejit6t. Le
pr#priàtaire e^fe le {u^yemeiit du loyer; puis, las d*attendre,
il bH saisir et yeadre les derniers meublas qui restaient à 1^
^urre femme. Que feraWL-elle alors » sajas aucune provision^
sus argent pojijr s'ea procurer, sans bois pour ^ chauffer, sans
Ut pour se cauefaer^dans cette chambre humide et démevd)lée
qsi loi rappelle de si cruels «ouvenirsj avec trois enfants ma-
lades et mourants de faim? Ira-t-elle demander un asile i un
deeesétsd>Us6ements que les commissaires des lois despauvres
eat bu élever sur le territoire de sa paroisse? mais dès qu'elle
en aura frajacbi le seuil elle sera séparée de ses enfants ; elle
les aime trop pour pouvoir les quitter. Aussi n*hésite-t-elle
pas un seul JLn3tant à prendre une autre résolution : eljle se fait
mendiante, — noja pour toujours, mais pendant quelques se-
naines, quelquefois même pendant plusieurs mois, — jusqu'sî
ce qu'elle ait atteint le village ou elle espère retrouver des
pareats et des amis et se procurer par son travail des moyens
d'existence. Elle part donc seule, à pied, portant un de ses
enfiajits surdon dos et traînant les deux autres après elle. Oh!
â un de ces heureux du monde qui à sa vue s'empressent de
délounier les yeux connaissait sa position , sans doute il ^e
Mterait de lui prodiguer les secours doxit elle a un si g^and
besoin. Hélas I nul ue sait, nul ne veut savoir qu'il ne lui reste
laème piu^ un dernier morceau de pain à partager entre ses
\tm enfants. D'abord elle n'ose pas tendre la. main , elle va
sans musndier jusqu'où ^es forces épuisées lui permettent d*al-
1er... Mais bientôt ses enfants pleurent et lui demandent à
iaai\ger; elle-même sent (horrible sensation!] qu'elle a faim...
M qu'il faut qu'elle conserve sa vie .pour sauver celle de ses
eofiuita. Les yeux ^pleins de larmes, ^es joues pâles et amai-
jlries icouvertes d'une légère rougeur, la démarche .in,certaînp,
elle se décide alors i jmplorer fiirtiyement 4e la cliarité pu-
JUiqne quelques faibles secours ; à la voir^ pn dirait qu^él^
fa conunettre vn vcrime. Malheur à elle ,sl uii policeman Pa-
per0oit1 il J'arrête et la traîne devant un magistrat, qui, tflus
U se contente de luiadreswr une.sév.ére .réprimande,
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8 LÉS MENDIANTS EN ANGLETERBB.
et ravertit, au nom de la loi, sous peine d'un longemprison-
fiement, de ne plus jamais mendier. Pour obtenir sa liberté,
la pauvre femme promet tout ce qu'on exige d'elle ; mus ce
serment dérisoire il lui sera impossible de le tenir. Comment
vivrait-elle si elle ne suppliait pas les habitants des villages
qu'elle traverse de lui faire l'aumàne? Ainsi elle se traîne jus-
qu'à ce qu'elle arrive au terme de son voyage , couverte de
haillons y vieillie de dix années, méconnaissable. Pendant
tout son voyage, elle n'a dû son existence et celle de ses en-
fants qu'à la mendicité. Ce n'est point un cas exceptionnel ;
de pareils faits se renouvellent malheureusement tous les jours
en Angleterre.
Deuxième exemple. — Un journalier agricole occupe dans le
Buckinghamshire une petite cabane avec sa femme et six en-
fants : une nuit le feu dévore cette masure et tout ce qu'elle
contenait; ses malheureux habitants, échappés aux flammes
de l'incendie , n'ont pas même pu sauver quelques haillons
pour se vêtir. Le propriétaire , furieux , les accusant de ce
désastre, refuse de les secourir; les pauvres seuls les plai-
gnent; mais que peuvent les pauvres pour eux? Ils n'ont
plus d'autre ressource que d'aller chercher iin asile à Vumon-'
tcorkhouse; telle est l'opinion générale. Quant à eux , ils ne
veulent pas aller dans cet asile : recueillis dans une grange
par leurs voisins , ils obtiennent de la charité publique des
vêtements usés , et ils se traînent de porte en porte , sollici-
tant quelques dons pécuniaires pour pouvoir acheter un aulre
mobilier et mener ensuite une vie indépendante dans une
nouvelle demeure. Pendant un certain temps ils ont vécu des
produits de la mendicité.
Troisième exemple, — Un ouvrier et sa femme sont renvoyés
de la fabrique dans laquelle ils travaillaient, et dont le pro-
priétaire a fait faillite. Ils étaient établis depuis peu de mois
dans le pays, et ils n'avaient pas encore pu placer à la caisse
d'épargne la plus légère économie. Privés d'ouvrage , sans
ressource aucune, se décideront-ils à profiter des avantages
que leur offr eYxinion tror^Aou^ef Nullement : ils vendent tout
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!lk
LES MENDIANTS BN ANGLETERRE. 9
ce qu'ils possèdent, payent leur loyer et leurs antres petites
dettes; puis, tous ces comptes soldés, ils se mettent en route,
nantis de 15 à SO francs qui leur restent, pour aller chercher
ailleurs de l'occupation. Ils marchent longtemps de village en
yiUage, de ville en ville; quand ils trouvent enfin unemanu-
iaeture qui puisse les employer, ils ont dépensé 50 ou 60 fir.
Comment s'étaient-ils procuré cette somme? Par la mendicité.
QwUriéme exemple. — Un autre ouvrier tombe et se casse
la jambe : il avait fiiit quelques économies ; mais sa maladie
est longue, et les frais qu'elle nécessite ont bientôt absorbé
entièrement ce petit pécule. Sa réserve épuisée, le malheu-
reux met successivement en gage tout son mobilier et tous ses
elfets, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus que son lit. a Allez à
rtHMon, D lui disent tous ses voisins; mais il ne veut pas, lui,
se trouver confondu avec les individus qui peuplent d'ordi-
naire de pareils établissements; il aime mieux, tant que sa
santé ne sera pas rétablie, devoir son existence à la charité
publique : sa femme et ses enfants vont de maison en maison
demander des secours pour leur mari et leur père malade.
Ces exemples suffiront; nous aurions pu en citer un plus
grand nombre, et surtout en choisir de plus saisissants et de
plus tristes, car nous ne connaissons que trop bien la misé*
rable condition des pauvres de l'Angleterre; mais pour le
moment nous nous contenterons d'affirmer que toutes nos
grandes routes sont couvertes d'un nombre considérable d'in-
dividus qui vivent d'aum6nes pendant quelques jours , une
semaine ou même un mois, et qui ne doivent pas être com-
pris dans la classe des beggars ou mendiants de profession.
Cependant il y a encore, qu'on ne s'y trompe point, d'au-
tres catégories de mendiants temporaires sur lesquelles nous
devons aussi appeler l'attention publique. Ainsi nos comtés
agricoles du midi fourmillent de paysans irlandais qui vien-
nent en Angleterre chercher de l'ouvrage pendant le temps
des récoltes du foin, des pois, du blé et du houblon , et qui
dans les intervalles de ces récoltes doivent presque entière-
ment à la charité publique leurs moyens d'existence. L'ar-
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llO LOS VEKDfAUTS BN iJTGUBTdllUK.
gent qa'ils ost gaené par kor tcavjîl, ils le {fanleai 9OÎ0ttsa-
sèment ponr leur xe&our. tctûi-il «a 4anps «Apportable? ili
eoacbent àêo» des igraogefi 4)a eov des baies qai les mettuai
i Tabri du veoi; quelquefois settiemcBt, loreque la jouraée a
élé bonne ou lorsque la pUâc ioube jMir iorr£«lB, Us se 4éei-
dent à passer la jMiii dans un des éiablîssemenis pid>Ucs «à
logent d'ordinaire tous les mendianis.
Llrlande nous envoie aussi diaque aanée au oeiiain
•ombre d'ouvriers manufacturiers qui accourent par Jbaiides
dans les comtés du nord , persuadés qu'ils y trouveront de
TiimTagc et des salaires élevés. Les isforUuiés ne tardent paa
A être victimes de leur trop confiante crédulité : parioui oà
ils se présentent, ils se voient repousses avec dédain. Ik «si
iumoependant, et ils ne veulent pas «ourir encove ; ils men-
dient. On leur a refusé du travail, on eA obligé de leur ao>
corder des secours. 11 n'y a pas d'ailleucs de mendiants plus
bardis, plus importuns, plus babiles et plus sAts de réumir
«que les mendiants irlandais : ils savent rire on pleurer i vo-
lonté, danser, chanter, fiairedes toucs de force ou d'adrea»e«
ils supportent admirablement toutes les privations; la misère
les tue rarement, à peine si elle parvient à alténer leur santé.
Ils sont si extraordinaires et si persévérants, qu'ib finissent
4oujours par obtenir oe qu'ils ont demandé. Que vous les reii-
<xmtriez dans les plus beaux villages des <)etttés 4e Bucking-
fcam ou de fierk , au mîlîeu des déseorte du comté de Suases
'OU le long des codes qni r^jardent la France « ils petournent
an Irlande. En effet, leur tmir d'Angleterre terminé, la pin-
part d'entre eux voat passer i'biwer dans les union$ irlan-
daises.
M albenreMement fom elle, «tne ces Mendiants âbcangeo,
r Angleterre «voit chaque foor angnenter dans une itroportion
défrayante «ne antre •daase dôfà trop auvÉareuse de aes pna-
^pves mendianÉs : «ena iroulens fMrfar.dea iiadigf ali» des aanr
•fagnes, ^fu des paamreB4igrico]es.
QefBstatons d'abord mi ftk déptoratâe^ maît i^ ai'eat ifie
4rop oertmi. Lersqu'/ik ont bemuumf id'enfiHiia en basJee,
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led hîAitmts <le6 <aHMpiignê» liés ou toMbés «b» nndigem»
se font en mendiant une position beaucoup plus so^iMartabis
que celte qoe povrmit \mr procurer levr trarrail : 8 on
9 ^ellings ptr senraine smit vnsuHsannts pour uae iMniHe
connposée, outre le père et la «lère, <le quatre o« -de dnq en*
hnts ; or te saluîre hebdomadaire d'un joumailier agricole
dépasse rarement cette «onme. Sv sa femme , oUigée de m-
gner elle-même ses enfents , ne gagne ries de Bon •côté , ils
manquent bientôt du plus strict nécessaire. Ils se contente-
ront de porter des haillons pour tout vêtement , d'aller nu-
pieds, et, malgré les conseils de leur ministre, ils ne se ren»
dront pas au temple ; le seul jour de la semaine où ils pour-
raient prendre quelque distraction ils resteront cachés au
fond de leur masure , tant ils rouf^raient d'éUder é tous les
yeux les tristes preuves de leur extrême misère. Ils sauront
aussi se priver de feu : quand ils auront froid, un soir d'hi-
ver, ils s'entasseront tous dans te même lit pour se tenir
chaud; mais le lendemain matin , au réveil, s'ils n'ont pas
même des pommes de terre ou du riz pour apaiser leur faim,
il faudra bien prendre un parti. Qu'ils n'espèrent plus se pro-
curer sans argent des objets de première nécessité : les bou-
chers, les boulangers, les épicinps, et en général *ous tes pe-
tits marchands , forcés de payer régulièrement leurs acfhats,
se ruineraient bientôt eux-mêmes s'ils vendaient à terme.
ÎTailleurs, depuis la promulgation de la nouvelte loi des pau-
vres, les classes ouvrières n'obtiennent plus aucun crédit.
IKaprès l'ancien système, les pauvres inscrits sur tes registres
de la paroisse recevaient à des époques fixées de certaines
sommes d'argent; sûrs d'être payés un jour, les petits mar-
chands leur faisaient crédit pour tes attirer chez «ux , mais
Us leur vendaient tout ce dont ils avaienHwsoin à dus prix
exorbitants. AujourdTiuî on ne leur donne que ^es secours
^n natnre dans Pintèrieur d'une maison de^rarmîl; tpeS <5i*-
dît pourraient-As obtenir? Aussi, lorsquSlswnlrWWfts aune
pareflle misère, s'ils ne veuleirt-pas îffter à T«f»*mt)u «lourtr
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13 LES MBNBIAirrS EN ANGLETERBE.
de fiiim, ils n'ont plus qu'une seule ressource, celle de se Caire
mendiants.
Nous n'exagérons rien, nous nous bornons à raconter des faits
incontestables. Dans la plupart de nos comtés purement agri*
colesy les salaires du journalier ne sont pas assez élevés pour
lui assurer une existence indépendante. Comment se procure-
rait-il, en effet, les provisions qui lui sont nécessaires avec le
produit qu'il retire de son travail, c'est-à-dire avec moins de
15 shell. (22 fir. ) par semaine? Or, nous ne saurions trop le répé-
ter, les deux tiers des ouvriers agricoles ne gagnent pas naéme
la moitié de cette somme. Un galhn de farine donne huit livres
de pain ; combien de livres de pain consomme par semaine
une fiamille composée du père , de la mère et de quatre en-
fiints! Or un gallon de farine coûte 1 shelling et 6 pence; un
homme et une femme qui n'ont ni viande, ni bière, ni lait, ni
poisson, mais qui depuis le dimanche matin jusqu'au samedi
soir se nourrissent seulement de pain, de puddings gras, de
pommes de terre et de petits morceaux de jambon , doivent
manger au moins chacun une livre de pain par jour, c'est-à-
dire quatorze livres par semaine; les quatre enfants en con-
somment pour leur part la même quantité; or, vingt-huit li-
vres de pain représentent trois gallons et demi de farine, oa
5 shellings 6 deniers; ne comptez rien pour. le temps perdu,
rien pour le sel, rien pour la levure; mais ces vingt-huit
livres de pain ne cuiront pas sans feu : en le mettant au plus
bas prix possible, le bois nécessaire à leur cuisson coûtera
au moins 6 pence. Ainsi, tout calcul fait, une famille compo-
sée du père, de la mère et de quatre enfants, dépensera
5 shellings et 9 pence (8 fr. ^0 c.) par semaine, seulement
pour le pain qu'elle consommera.
Supposons que la femme gagne, en travaillant aux champs
pendant la belle saison, le loyer de Tannée; supposons que
divers travaux extraordinaires et le glanage leur rapportent
une somme suffisante pour qu'ils puissent se procurer quel-
ques haillons et du bob, leur pain payé, il ne leur restera
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LES MBICDIANTS EN ANaLBTBBBB. 13
plus que 5 ou 6 shellings par semaine qu'ils emploieront à
acheter du thé, du sucre, du beurre, du fromage et des ha-
rengs salés. Que l'âge ou les maladies empêchent ce malheu-
reux père de famille de travailler douze ou quatorze heures
par jour, et il ira s'enfermer dans une icorkhotue ou il se fera
mendiant.
On nous dira, il est vrai, que certains individus ne dévorent
pas une aussi grande quantité de pain et se nourrissent, par
économie, de gruau, de pommes de terre et de puddings de
graisse ou de riz. Hélas! nous ne l'ignorons pas, il y a des
journaliers assez malheureux pour être obligés de se priver
même du nécessaire ; mais aussi ils dépérissent et meurent en
peu de temps. Un homme parfidtement valide a par semaine,
dans certaines uniims :
72 onecs d« pain,
10 1,^ pintes de graau,
15 onces de Tiande apprêtée,
1 1'2 lirre de pommes de terre»
4 1/2 pintes de soupe,
14 onces de pudding,
8 onces de fromage,
4 1/2 pintes de bouillon.
Toutes les maisons de travail ne donnent pas à leurs pau-
vres un pareil ordinaire; mais nous consentons à prendre
pour étalon celui qui est le plus généralement adopté : il se
compose par semaine de :
125 onces de pain, n 1 1/2 line de pommes de terre,
10 1/'2 pintes de gruau, 1 1/2 pinte de soupe,
8 onces de viande accommodée, 1 1/2 livre de liromage.
5 onces de lard. Il
Eh bien, nous ne craignons pas de l'affirmer, chaque comté
de l'Angleterre ne compte pas mille journaliers agricoles qui
puissent se procurer avec leurs salaires une nourriture aussi
variée et aussi substantielle, bien qu'ils travaillent souvent
depuis le lever jusqu'au coucher du soleil.
Quelles sont les conséquences d'un pareil état de choses?
Nous le répétons, les journaliers agricoles qui ne gagnent pas
une somme suffisante pour pouvoir se nourrir et nourrir leur
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iainiHe, sefiMii oûteDdu*!», Hom aYoas compté» dans Gw\^m
dBtricIs, le iBOMbro de» pMvteai qui, Ottlsvé lea diapoûliotti
ooêrcitfare» du miyraiil «f ^» ervei^ A^ yiUe on viUe «b deoMuih
dawt l'anmtee, et nom aroiu obtenu les fésullaUi sw«dU :
BuckiDgham septembre 1841 44
B07 âtHfidtnaadf aoMlMi.... 32
BrtghbA septeDibra 184t •••» 92
Dotivrea octobre 1841 S3
Haetiogs octobre 1841 60
HuDting^on août 1841 42
teicesler Bcptcmbre 1841 ^
Martow août 1841 33
Neitliitsfiini te^tmim^iUi. «
Oxford octobre 1841 -. 31
Portsmouth septembre 1841 71
Reading août 1841 49
Tunbridge WeW» wpteiib» «41 69
Tel e8t donc le nombre exact des mendiants vagabonds
(femmes et enfants compris) qui ont traversé en un seul jour
)e» villes d-dessiu dé^igaées. En multi{^liani ces chiffres par
celai de 366^ on pourra se fsure une idée approximative des
masses TTineMt efibayanles qui circulent incessammeat d'une
ville à l'autre. Ainsi, en admettant que ces chiffires ne s élè-
vent et ne s'abaissent jamais,
BuckinghamMraitfba^iMAiiBée visitée par 14,06S meadianU étrao^rs.
Bury St-EdmuiMta — 13,505 —
Brighton — 33,580 —
Diepuisle mois d'avril jusqu'au moisde décembre^le nojabre
des mendiants vagabonds est plus considérable que pendant
le reste de Tannée. En effet, depuis le conuaencemeni de dé-
cembre jttsqu'à la fin d'avril, les voyages à pied avec des
enfants deviennent trop fatigants et trop dangereux; d'ail-
lèOTs, les cbemins de tvaverae qui permettant d'échapper
aux poursuites dek police oesseat d'être praticables en hi-
ver ; les granges sont trop froides, les auits trop longues et
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trop «ombres, te» atrbergés tf()p ehères : la recette ne cot^-
vriraîe pas la dèfiense'. <c Nous retwirnerons dans les établis-
saBents publies, disaft derntëremenrt un mendiant, dès que
lldrer sera renu, et que fe commerce ira mal. »
Vb noutétonmns donc ptyfnf st desmflliers de joumaliets
agricoles aiment mieux mendier que traratHer; car le métier
de mendiant est beaucoup plus lucratif que celui dTourrier.
Dans la plupart de nos comtés ruraux, ott les salaires sont
insuffisants, la mendicrfè procure au confraîre une certaine
aisance. Nous avons recueilli nous-mêmes ou nous tenons
de personnes dignes de toute notre confiance les renseigne-
ments dont nous nous sommes servis pour établir la moyenne
de la recette journalière de certaines femilles, telle qu'elle est
indiquée dans le tableau suivant r
Tableau de la moyenne des recettes que font Journellement des familles
de m^diants agricoles composées du père, de la mère et de trois ou
qtmtfe enfcmu
Hoyenna
de la
recette journalière.
N» 1. William BélmeS', Mi flNuroe, veeHi Douvtm Mi. sk. den.
«nftDM e( «11 enikiit à la iimiimH«« f el ms eatirons. {032
N^ 2. iannei Sinitb, m femme et trois en- \ Caoterbury \
faMs ) et ses environs. / 0 3 8
N' 3. Patdck O'Remj, sa femme et cinq j Frigbton \
enfants } et ses environs. '046
^^ 4. Henry Mercer et trois filles , tous j Hastin^s |
chanteurs j et ses environs. ) 0 5 6
>'<" 5. James Rowe, sa femme et trois en- t Tunbridge l
ftnts inAks, tea» diamtenrs \ et ses eoTirons. ) 0 4 0
ei un petit garçou , vendant des [ et ses | 0 5 0
aUfimettete, Cnantanrt et mendiant. ( environs. j
N« 7. Safflue! Davis et ta fttnmtf arec sii ( )
enfAftis , cm^yoEt toM divers 1 WindMr I
moyens nour exciter la commiséra-^et ses environs./ 0 6 0
lion publique (
N • ft. Dsvid SattodeffS, sa jBsmme et quatre i Beadiog
enfants, vendant des allumettes < et ses }0 5 6
chimiques, chantant et mendiant. . ( environs.
H y a sans aucun doute des miniers de mendiants qui ne
font pas de si brillantes recettes ; mais outre les provisions de
I
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16 LES MENDIANTS EN ANGLBTEREB.
bouche et les vieux habits qu'ils vendent immédiatement, ils
amassent presque tous au moins 3 shellings par jour dans
certains comtés éloignés » et de k shellings à h shellings 6
pence, dans les pays fréquentés par des malades ou des bai-
gneurs. Or, en travaillant à la terre, ils ne gagneraient pas la
moitié de cette somme. Enfin, n'oublions pas de le remarquer,
plus le journalier agricole a d'enfants, plus il dépense, plos il
est misérable. Au contraire, les revenus du mendiant s'aug-
mentent dans la même proportion que sa famille : ses enfants,
qu'il envoie mendier dans différents quartiers, lui rapportent
beaucoup plus qu'ils ne lui coûtent.
Veut-on savoir maintenant à quelle somme s'élève la dé-
pense journalière d'une de ces familles de mendiants dont
nous avons fait connaître ci-dessus la recette moyenne :
Liv.
Logement pour une nuit dans un garni 0
( Thé 0
T\AU»^^^ ) Sucre 0
Déjeuner j^^^ ^
Pain 0
Pain 0
Dtner ... Lard ou harengs (outre la viande froide et les
provisions provenantdes dons volontaires). 0
Pain 0
Sonner ' Bière... 0
souper... Fromage 0
[ Biscuits ( pour les enfants) 0
Si la journée a été bonne , on ajoute au souper un peu de
bière et quelquefois de la viande fraîche cuite sur le gril.
Ainsi, pour nous résumer sur ce premier point, le nombre
des mendiants augmente chaque jour en Angleterre, parce
que , dans l'état actuel des choses , les indigents agriœles
gagnent plus facilement et plus sûrement leur vie en mendiant
qu'en travaillant. Elevez le taux des salaires ou abaissez le
prix des denrées de première nécessité; permettez , en un
(Ij La livre sterling vaut 25 fr., le shelling 1 fir. 60, le denkr sterling
la vingt-cinquième partie du shelling.
•h.
d.
0
8
0
0
0
.0
0
1 1/2
1 1/2
2
4 1;2
4 1/2
0
2
0
0
0
0
v
2
2
3
2 1,'2 11)
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LES MENDIANTS EN ANGLETERRE. 17
mol, à tous ces malheureux de se procurer par leur travail
des moyens d'existence suffisants, et nous ne craignons pas
d'affirmer qu'ils s'empresseront à l'instant même de renoncer
à cette vie vagabonde et oisive que la nécessité seule les
force d'adopter.
Mais, nous dira-t-on, n'existe-t-il pas en Angleterre une
loi contre les vagabonds [wagrant act)t Les commissaires
des lois des pauvres d'Irlande ne demandent-ils pas au par-
lement la promulgation d'un acte semblable, qui leur donne
les moyens de réprimer )a mendicité en Irlande? Gomment
donc la mendicité augmente-t-elle en Angleterre, malgré les
dispositions sévères de cette loi?
Avant de répondre à cette^question, il faut d'abord rappe-
ler les dispositions du wagrant act,
La loi actuellement en vigueur (5* année, Georges IV), qui
confirme, réforme ou abrège tous les anciens statuts, distingue
trois classes de vagabonds :
l*» Les individus qui vivent dans l'oisiveté et dans le désor-
dre [idle and disorderly persons),
2® Les mauvais sujets et les vagabonds (rognes and vaga-
tonds).
3° Les mauvais sujets incorrigibles {incorrigible rogues).
Cette division^établie, la loi s'explique ainsi :
Doit être considéré, dit-elle, comme [fainéant eiyivantdans le
disordre) idle and disorderly, toute personne qui, étant capable
de gagner, en tout ou en partie, par son travail ou par d'autres
moyens, sa nourriture et celle de sa famille, et qui, refusant
de s'occuper, tombe à la charge de la paroisse; qui revient
solliciter des secours dans une paroisse d'où il a été légale-
ment expulsé, à moins qu'il ne produise un certificat émané
du marguillier ou de l'inspecteur, et constatant qu'il est do-
micilié dans la paroisse; qui, faisant le métier de colpor-
teur, parcourt les comtés sans être muni d'une autorisation;
qui, exerçant la profession de prostituée , circule dans les
mes on sur les grandes routes, ou dans un lieu public, et
trouble la tranquillité ou se conduit d'une manière indécente ;
5* SÉRIE. — TOME XII. 2
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18 LES MENDIAirrS EN ANGLETERRE.
enfin , qui vagabonde çà et là , ou qui se place dans un lieu
public j dans une cour ou dans un passage pour mendier, ou
qui envoie ses enCants mendier. Toute personne comprise
dans cette catégorie peut être punie d'un emprisonnement
d'un mois au plus dans une maison de correction.
Les roguêê et les nagubtmds sont les personnes qui se rendent
coupables des délits ci-dessus désignés, après avoir déjà été
condamnée» comme iile and ditorderly^ — qui ont la prétention
de prédire l'avenir ou d'être chiromanciens ; — qui logent dans
des dépendances d'un bâtiment habité ou en plein air;— ^i
n'ont aucune ressource apparente, et qui ne peuvent pas
rendre un bon compte d'elles*mémes ; — qui exposent aux
yeux des passants, dans les rues ou dans un lieu public, des
livres ou des dessins obscènes, ou tout autre objet indécent;
w- qui se montrent nus dans les rues ou dans un lien public,
avec l'intention d'insulter quelques femmes; — qui tentent
d'obtenir des aumônes en étalant à tous les regards leurs
blessures ou leurs difformités; — qui recueillent sous de faux
prétextes des dons volontaires; — qui abandonnent leur do-
micile en laissant leur femme et leurs enfants à la charge de
la paroisse; — qui jouent ou qui parient pour des joueurs,
dans les rues ou dans tout autre lieu public, ou dans l'inté-
rieur des maisons, à des jeux de hasard ; — qui ont en leur
possession des instruments propres & forcer les serrures, ou
des fusils, ou d'autres armes offensives, avec l'intention de
s'en servir pour commettre des délits; — qui sont trouvées
cachées, avec des projets criminels, dans l'intérieur ou sur
le toit d'une maison habitée, ou d'un b&tiœent en constmc-
tion, dans une cour fermée, dans un jardin, dans une grange;
•<^qui, saiÊpçorméeê ou connues comme se livrant habituelle-
inent au vol, fréquentent les bords des rivières ou des cours
d'eau navigables, les canaux, les docks, les quais, les entre-
pôts, les rues et les routes adjacentes, avec l'intenUoa de
ccMnmettre des délits; — enfin, qui, arrêtées comme idU and
diBorderly^ résistent avec violence, et sont ensuite condamnées
comme s'étant rendues coupables des fidts qui leur étaient
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us MENDIANTS EN ANGLETEKBB. ff
imputés; — la peine infligée anx roguti et aux vagabondé est
on emprisonnement dont la durée ne peut pas excéder trois
mois.
Sons la dénomination générale de incorrigible rogweê^ sont
comprises toutes personnes qui s'échappent d'un lieu de
détention o& elles ont été enfermées par jugement en tertn
du wagrantaet; qui», ayant été condamnées comme mauvais
sujets (roquai ei vagabondi)^ commettent de nouveau, après
leur mise enlibertéy les mêmes délits qui les avaient feit eo»-
damner, on un autre délit puni de la même peine ; enfin qui»
arrêtées comme mauvais sujets et vagabonds^ résistent avec
violence aux agents de la force publique, et sont ensuite
condamnées comme s'étant rendues coupables des laits qui
leur étaient imputés. Les mauvais sujets incorrigibles peu-
vent être détenus préventivement dans une maison de cor-
rection jusqu'à l'ouverture des assises prochaines, poif
condamnés à l'emprisonnement et au travail forcé {harâ
labour) pendant une année au plus. Dans certains cas, les
juges infligent la peine du fouet, mais aux hommes seule*
ment.
Malgré cet acte, malgré les pouvoirs exorbitants que la loi
accorde aux représentants de la force publique, malgré l'éli-
blissement des maisons de travail, il existe actuellement en An-
gleterre ane population de mendiants si considérable, qu*dle
forme une sorte de nation particulière dans la nation, qu'elle
s'accroH de jour en jour, qu'elle a sa langue, ses signes de
ralliement, ses mœurs, ses demeures et ses lieux de refage,
sa littérature, sa science, et qu'elle prélève chaque année sor
les revenus de l'autre nation la somme énorme de i, 375,000 £
(34,375,000 francs), c'est-à-dire un tiers de Vimpôt total des
dîmes des pauvres [poor rates) (1).
WKoTËimalDACTËoa.Ce efciflfre paratira peat-étre trop élevé,
il efl m cMlrtire trop faible. En tÏÏeX, ch«qne r«m11le de
cempotée^six personnes reçoit en moyenne par année au moins IS £.
La populatîoo des quaranie-denx comtés de TÀngleiterre s*élève à
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20 tES MENDIANTS EN ANGLETEKRE.
Cette population se divise en plusieurs classes. Pour les
faire connaître à nos lecteurs nous emprunterons les frag-
ments suivants à un ouvrage remarquable publié récemment
à Birmingham, sous ce titre : « Exposé des divers moyens
qu'emploient journellement les vagabonds de toute espèce
pour tromper la crédulité publique ( An exposure of the va-
rions impositions daily practised by wagrants of etery descrip-
tions, in-8°), Birmingham, 18il. » Ce petit livre contient,
nous le savons, les résultats de longues, et patientes études.
Toutefois il s'occupe plus spécialement des mendiants de
profession.
Les mendiants de la première classe sont généralement désignés
sous le nom de silver heggars (roendianls d'argent); mais les
voyageurs les appellent lurkers.
Les lurkers sont les individus qui colportent de ville en ville
des lettres ou des faux certificats attestant qu'un 'incendie, an
naufrage ou d'autres accidents les ont réduits à la plus profonde
misère. Ces lettres, revêtues du sceau et de la signature d'un ou de
plusieurs magistrats, et rédigées souvent avec un talent remarqua-
ble,* ne manquent presque jamais de produire leur effet
Les lurkers se divisent en plusieurs classes qu'il importe de
faire connaître.
En première ligne se placent dans cette nombreuse catégorie
les fire lurkers, c'est-à-dire ceux qui se représentent comme ayant
perdu tout ce qu'ils possédaient dans un incendie. Ils sont por-
teurs de faux certificats revêtus des prétendues signatures de deux
magistrats et du ministre de la paroisse où l'incendie doit avoir
eu lieu. A ces pièces est joint d'ordinaire un livre de souscription
fabriqué tout exprès, avec les noms de personnes recommandables.
Dans la langue particulière des mendiants^ la fausse lettre s'ap-
pelle c^ sham ( une moquerie ), et le livre de souscription prend le
15,000,000 d'habitants. En ne comptant qu'un mendiant ou un vaga-
bond sur 100 habitants, il y aurait en Angleterre 1ISO,000 mendiants, soit
25,000 familles recevant chacune en moyenne par année 55 £ (1,375 fr.).
Or, pendant l'année qui a fini au mois de mars 1840, le budget des pan-
vres' avait atteint le chiffre de 4,300,000 £ (107,500,000 fr.).
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UES MENDIANTS EX ANGLETERRE. 21
nom d'un délicate. Une fois munis de leur sham et de leur deli-
cale, les larkers parcourent tous les comtes de TAnglelerre. J'en
ai connu un qui avait exercé cette profession pendant quatorze
années, et qui en avait retiré des bénéGces considérables.
Viennent ensuite les shipuirecked sailors lurkers ( les lurkers
marins naufragés )y ou ceux qui prennent la qualité de capitaines
on d'armateurs de navires marchands. Leur bâtiment a Tait nau-
frage, et ils n'ont rien arraché à la fureur des flots. La valeur de leur
cargaison s*élevait cependant à mille ou à deux mille livres sterling.
Les shipwrecked sailors lurkers sont bien habillés ; ils portent des
moustaches, des chaînes d'or ; ils ont aussi un récit fort bien écrit
deVafTreux événement qui les a complètement ruinés, et dont
raolhenticité est attestée par les signatures de plusieurs magistrats
d'un port de mer.
Les foreigners lurkers ( les lurkers étrangers) sont peut-être l^s
plus nombreux, car leur rôle est facile à jouer. Pendant les années
précédentes ils s'étaient presque tous métamorphosés en nobles
polonais, chassés de leur patrie par l'autocrate de la Russie, et
cherchant un asile sur la terre étrangère. Quelques-unes de leurs
lettres peuvent passer pour des chefs-d'œuvre d'éloquence. Partout
où ils sollicitent des secours, ils affectent de ne pas comprendre
l'anglais, et d*en prononcer horriblement mal les mots les plus
usuels. Un de ces lurkers, connu parmi les mendiants sous, le so-
briquet de lord Dundas II, a souvent gagné plusieurs gulnées dans
un seul jour. Les femmes préfèrent ce lurk à tous les autres. J'en
ai connu une qui en retirait de très-grands profits. El'e était ri-
chement vêtue, avait toujours un petit garçon à la main, et bara-
gouinait à merveille quelques lambeaux de phrases françaises.
Vaccident lurk est aussi très-usité. Ceux qui l'adoptent comme
profession ont toujours été, à en croire leurs faux certificats, ruinés
entièrement par un épouvantable accident, un ouragan, une inon-
dation, etc. ; ils ne peuvent plus subvenir à leurs besoins et à ceux
de leur malheureuse famille. Leur recette varie de cinq shillings à
une livre par jour.
Le iick lurk ou le lurk des malades, o£fre encore plus de va-
riété : 1* celui-ci s'applique des vésicatoires sur les bras, pour faire
croire qu'il a été cruellement brûlé; 2^ celui-là porte ses bras et
ses mains en écharpe, et dit qu'il a été paralysé par le feu du ciel ;
a* Tan se met au lit et feint d'être malade pour tromper les per-
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s LES MENDIANTS EN ANGLETBERE.
aoBoes qui, avant d'accorder quelques secours aux prières de sa
fenme, voudraient s'assurer par elles-mêmes de la vérité de ses al-
légatîoBs; 4« l'autre simule des attaques d'épilepsie; l^ certaines
femmes se prétendent enceintes et dénuées de toute ressource;
C*#iutres mendient pour leurs enfants, qui, disent-elles, sont re-
iMiia au lit par la fièvre scarlatine ou par une autre maladie, et
fsi manquent de tout; 7* certains individus couverts de blessures
aimiilées, se bornent à demander des vieux linges et des bouteilles
Tidcs pour mettre les droguas nécessaires à leur guérison. J*ai vu
«a Hamme qui en un seul jour avaif amassé ainsi treize livres de
toile blanche , et cinq douzaines de fioles en verre. Le vieux linge
et le verre trouvent toujours des acheteurs.
li» deaf and dumb htrk^ le lurk des sourds et muets, est une
industrie spéciale qui rapporte aussi d'assez gros bénéfices. La
flvpsrl des deaf et dumb lurhers disent la bonne fortune. Tous ils
portent avec eux une ardoise et on crayon pour écrire leurs ques-
tions et leurs réponses. Quelques-uns d'entre eux continuent par-
Ims à jouer leur rôle de sourds et muets dans les garnis où ils se
logent; mais leur ruse (st presque toujours découverte par les au-
tres mendiants.
7. Le servanfs hrker où le lurker domestique est décemment
vêtu et ressemble à s'y méprendre au serviteur d'une bonne mai-
ses. Un malheur inouï lui a fait perdre sa place, et il n'a pu jus-
qu'alors s*en procurer une autre, malgré les excellents cerlificats
iont il est porteur. Cependant il se trouve réduit à la plus profonde
iéiresse. Qui n'aurait pitié de son infortune? Aussi partout où le
lervant's lurker se présente, est^-ilsûr d'être bien accueilli, princi-
palement par les domestiques. En général, le servants hirker a
dans sa poche le cottrt guidt, ou guide de la cour, qui lui indique
les demeures des principales familles de la noblesse et de la
gmtry.
s. Le coUier's lurk^ le lurk des mineurs ou des charbonniers, est
csploité par des milliers d'individus qui ne sont jamais descendus
ians une mine de charbon, et qui se font passer pour des mineurs
sans ouvrage. A les en croire, la mine dans laquelle ils étaient oe-
cspés vient d'être inondée ou bouchée par un éboulement. Les col-
lerai lurkers parcourent les comtés par bandes de sept ou huit îo-
iividtis ; les uns déposent dans les maisons des récits imprimés de
faccident prétendu qui les a privés de travail, et ils reviennent les
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LES MENDIANTS EN ANGLETEEBB. 23
chercher quelques heures après. Les autres sont au contraire por**
teors de narrations manuscrites certifiées véritables par les fausses
signatures des propriétaires de la mine. Le collier^ê lurk rapporte
en moyenne quatone ou quinze shillings par jour.
9 el 10. Le weaver'ê îurh, ou le lurk du iinerandf et le eotiam
spinmêTÊ Iwrkj on le lurk des fllateurs de cotou, ne sont pas moins
Incntife» Ils se pratiquent de la même manière; seulement on reo-
contre quelques eoUon spinnerê lurkers, qui offrent en Tetate du
coliis à coudre qu'ils affirment avoir fabriqué eux-mêmes.
11. Enfin Us ealendêrer lurkers sont les mendiants qui se re-*
plèseolent eomme des calendreurs, qu'une crise commerciale et
l'istradnctiott des machines ont fait renvoyer de leurs ateliers.
Prtfqnetous ils déposent des pièces fsusses, imprimées ou manu--
scrttesy à l'appui de leurs demandes.
Les high flyen, ou les hegging leller writer», les mendiants par
lettres, composent la seconde classe des mendiants. On désigne
sons ce nom général tous les individus qui adressent k certaines
personnes des lettres remplies de récits imaginaires, et qui set te^
minent par la demande d'un secours en argent ou en nature. A
Londres et dans les pays de bains, celte profession rapporte de
cinq shillings à une livre par jour.
Les shtUlatc eoves sont les imposteurs qui parcourent les comtés
en se faisant passer pour des marins naufragés. Ils se multiplient
surtout aux approches de l'hiver, et vont par bandes de huit à dix
individus. Chaque troupe a son orateur. Les shallow coves sont i
peine couverts de haillons, et ils demandent surtout les vieux ha-
bila. Ayant le soin de ne s'adresser qu'aux familles riches, ils
réalisent parfois d'assez jolis bénéfices.
l^esshallou) motls sont des femmes qui, à l'instar des skallow
fovesvont presque entièrement nues, et sollicitent des vêtements.
A les entendre, elles ont été réduites par une longue et cruelle
maladie à la plus profonde misère. Peut-on leur refuser une vieille
roibe pour se garantir du froid ? Tout ce qu'on leur donne elles le
vendent J'ai connu une shallmo moU qui, en l'espace de dix jours^
amassa à Âingston^ sur la Tamise, une garde-robe valant de sept à
faoh livres sterling*
La classe des eaégersf on des mendiants de profession, des men-
diants avoués, se subdivise aussi en plusieurs classes. On nomme
cadgers on the dawnrighê (cadgers avoués ou au grand jour) ceux
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2^ LES MENDIANTS EX ANGLETERRE.
qui mendient de porle en porte; cadgers on ihe fly (cadgers à U
dérobée ou à la course ), ceux qui mendient sur la iober ( la grande
roule). Le cadging on the fly est une profession très-lucrative
dans les environs des pays de bains ou des grandes villes. Ceux
qui s'y adonnent gagnent généralement plusieurs shillings dans
une journée. Quant au cadging on the downrijht (de porte en
porte), il n'offre plus aujourd'hui les mêmes avantages qu'autre-
fois; mais cependant il est encore exercé par plusieurs milliers
d'individus qu'il fait vivre dans une certaine aisance. J'ai vu plu-
sieurs fois des cadgers on the downright rejeter avec dédain des
aliments que des personnes charitables leur avaient donnés, et
dont des ouvriers se fussent régalés avec un vif plaisir. Les ead^
gers d'un âge tendre [kiddies) sont si bien instruits par leurs
parents de toutes les ruses du métier, qu'ils font souvent de meil-
leures journées que les cadgers d'un âge mûr.
11 y a des cadgers qui écrivent avec de la craie de courtes sen-
tences sur de petits drapeaux ; on les appelle screevers. En général
ces sentences ressemblent à celle que je vais citer:
HuDger is a sbarp ihorn, and bileth keen;
I cannot get work, and to beg 1 am asliamed.
« La faim est une épine aiguë, et elle fait de cruelles piqûres.
» Je ne puis pas me procurer de l'ouvrage, et j'ai honte de meDdier. »
Ce moyen est presque infaillible. Partout où le screever arbore
son étendard, il fait une ample moisson de browns (half pence),
et souvent môme il voit tomber dans son chapeau plus d'un fan-
ner et d'un bob (six pence et shilling). Sa recelte s*élève quel-
quefois à sept shillings par jour.
Les cadgers se tiennent-ils debout ou assis à la même place,
dans les villes ou sur les bords des grandes routes, ils font partie
de la catégorie désignée sous le nom général de cadgers sitting on
standir^g pad. Les uns se prétendent aveugles, les autres se disent
épileptiques et hors d'état de travailler. Ils réalisent souvent des
sommes considérables.
Les match seîlers ou marchands d'allumettes, ne vivent pas en
général des bénéfices de leur petit commerce, mais d'aumônes. Ils
n'ofifrent jamais leur marchandise dans les maisons ou ils espèrent
tbtenir quelques secours, soit en argent, soit en nature.
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LES MENDIANTS EN ANGLETERRE. 25
Les cross eoves sont les mendiants qui gagnent aussi leur vie on
(Ae rroxfy c'est-à-dire en volant; car ils ne se font dans l'occasion
aucun scrupule de dérober tout ce qui leur tombe sous la main;
quelquerois même ils se permettent de star the glaze, c'est-à-dire
de briser ou de couper les carreaux des fenêtres.
Les prigs (les voleurs de poche, autrement dits voleurs à la tire)
fréquentent d'ordinaire les courses de chevaux, les foires, les com-
bats de coqs. Ce sont pour la plupart, ainsi que les cross coves, des
jeunes gens habitués depuis leur enfance au vagabondage et à la
mendicité, et en connaissante fond toutes les ressources.
Les paîmers se livrent à une curieuse spécialité. Ils entrent
dans tontes les boutiques, demandant des harp^halfpenceeioî-
frant treize pence ordinaires pour la monnaie d'un shilling en
harp halfpence. Séduits par l'appât du gain, les marchands ne
manquent pas de verser tout le contenu de leur caisse ^ur leur
comptoir afln d*en retirer toutes les pièces demandées. Les pal-
mers les aident dans cette recherche, et escamotent habilement en-
tre leurs doigts un certain nombre de pence.
Uauteur de TouvTage qui nous a fourni ces curieux frag-
ments termine en conseillant à tous ses concitoyens de ne jamais
faire laumône à de pareils mendiants. Les raisons qu'il donne
à lappui de son opinion nous paraissent concluantes. Si elles
étaient plus connues, et mieux appréciées de tous les indivi-
dus auxquels* son livre s'adresse, le nombre des mendiants ne
tarderait pas à diminuer d'une manière sensible. Sans
doute les véritables indigents continueraient toujours de sol-
liciter et d'obtenir de la charité publique les secours dont ils
auraient besoin. Mais la mendicité coupable, la mendicité
considérée comme une profession et comme une science ces-
serait bientôt de faire des dupes et par conséquent d'exister.
Ce serait un incendie qui s'éteindrait peu à peu faute d'ali-
ments. Si elle ne disparaissait pas entièrement, ce qui semble
impossible, elle deviendrait de plus en plus rare.
Du reste, que la mendicité habituelle, ou de la paresse,
reste stationnaire ou diminue, nous nous en inquiétons peu
pour le moment; c'est un mal social de tous les temps et de
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26 LES MENDIANTS EN ANGLETERRE.
tous les pays. Ce qui nous effraye, c'est l'augmentation pro-
gressive du nombre des mendiants temporaires, surtout dans
les districts agricoles, de ces ouvriers malheureux dont les
salaires sont insuffisants, et qui ne voulant ni mourir de faim,
ni entrer dans une um'ofi, se voient obligés de mendier ponr se
procurer des moyens d'existence. Pourquoi le wagrant aet est-
il une lettre morte? Pourquoi les fermiers, au lieu de Favoriser
les recherches des agents de la police, ouvrent-ils chaque soir
les portes de leurs granges et de leurs écuries, et préparent-
ils d'avance des lits de paille ou de foin aux pauvres qui
viendront y passer la nuit ? Pourquoi les magistrats eux-mêmes
hésitent-ils à appliquer la loi?... c'est que la misère est si
grande dans les districts agricoles, que pour de pareilles in-
fortunes les cœurs les plus durs ne peuvent avoir que des
sentimeats de pitié. D'ailleurs toutes les prisons et toutes les
maisons de charité existantes ne contiendraient pas la dixième
partie de la population à laquelle pourraient s'appliquer le»
dispositions de la loi contre les vagabonds.
La misère actuelle est donc la cause première de Taugmen-
tation effirayante du nombre des mendiants.
Gomment remédier à un pareil état de choses ? Commeof
ékver le taux des salaires ou abaisser le taux des denrées?
Comment donner aux ouvriers honnêtes les moyens de gagner
leur vie en travaillant? Nous l'avons déjà dit, ce sont des
questions que nous ne voulons pas traiter dans cet article.
{Edinburgk Remew.)
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^iitoirt. — |)l)Uo«opl)te (i).
LES PREMIERS JÉSUITES.
I.
IG.'VACB DK LOrOLl* — FRANÇOIS XAVUK.
Le 15 août 1534, à l'heure où toute la chrétienté catho-
lique s'éveillait pour célébrer Tassomption de la mère du
Christ, on vit une petite troupe de religieux descendre le
parvis de la cathédrale parisienne et traverser la ville encore
silencieuse. Eux-mème^ observaient un silence profond, si ce
n'est quand ils chantaient par moment quelques versets des
hjmnes matinales. Ils montèrent ainsi jusqu'au sommet de la
Colline des Martyrs, et descendirent dans la crypte creusée i
l'endroit même où l'apôtre de la Gaule avait cueilli jadis la
pafane sanglante. Un homme de stature moyenne , sur le
front dépouillé duquel la trace de bien des souffrances était
empreinte, et dont un teint basané révélait l'origine étrangère,
gaidah cette sombre phalange avec la précision mécanique
et les gestes réguliers d'un chef guerrier. Ses yeux éttnce-
(i) NoTB DU DIRECTEUR. Cet «rticle est de ThoDorable Babington Uà-
caulay, l'ex-mmûtre de la guerre du cabinet ^hig. Entre autres mérites,
fl OMu a paru le pendant obligé de Tarticle sur Port-Royal. Voir la
itevue Briîatmifve, mai et juin de cette année.
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28 LES PREMIERS JÉSUITES.
lants au fond de leurs creuses orbites, étaient de ceux que le
physionomiste interprète le plus aisément, et auxquels il re-
connaît ce pouvoir fascinateur dont un petit nombre d'hom-
mes, agents énergiques du bien ou du mal, sont investis ici-
bas. Vous retrouverez cette figure en tète de presque tous les
livres du seizième siècle publiés par la compagnie de Jésus :
c'était celle d'Ignace de Loyola.
Près de lui, sous les voûtes de Saint-Denis, un autre pieux
serviteur de Dieu vint s'agenouiller. Sa contenance mâle, sa
démarche ferme et joyeuse, ses traits nobles et ouverts, la
sérénité de ses grands yeux bleus contrastaient avec l'aus-
térité solennelle de ce pieux pèlerinage. François-Xavier,
jeune encore et récemment sorti du monde, unissait à la di-
gnité du grand d'Espagne — sa naissance lui donnait ce titre,
— la grâce que l'habitude des cours avait développée chez
Tex-page de la reine de Castille.
Pierre Faber, naguère berger dans les montagnes de Sa-
voie et maintenant élevé aux saints ordres, était monté à
l'autel. Nicolas Alphonso Bobadilla et Simon Rodriguez, —
l'un professeur, l'autre élève de philosophie, — lui servaient
d'acolytes. Au pi^d de l'autel, ces deux êtres frêles et en ap-
parence si peu faits pour les«fatigues de l'apostolat, c'étaient
Alphonso Salmeron et son ami de cœur JagoLay nez, destiné
à remplacer plus tard Ignace de Loyola. Le saint sacriûce
s'accomplit; le pain sacré toucha leurs lèvres; leurs voix
unies s'élevèrent ensuite prononçant un serment qui, reli-
gieusement gardé entre tous, devait agir puissamment sur l'a-
venir des nations.
Tout le monde sait quelle fut la jeunesse de Loyola, sa vie
dissipée de courtisan poète et de cavalier amoureux; com-
ment une blessure reçue au siège de Pampelune, en lui fer-
mant la carrière des combats et de la galanterie, rejeta dans
une voie nouvelle cet esprit ambitieux que de pieuses lec-
tures fanatisèrent tout à coup. Nous ne redirons pas, après
tant d'autres, les bizarres exploits de ce chevalier de la Vierge,
qui fut pieux avant d'avoir cessé d'être sensuel, et dont les
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LES PREMIERS JÉSUITES. 29
premières extases subirent le reflet erotique des mœurs de
son temps et de son pays. Nous ne le montrerons pas non
plus lacérant son corps avec l'impassibilité du fakir indien,
et ne cessant ses jeûnes, ses macérations, ses tortures phy-
siques et morales, qu'au moment où l'enthousiasme religieux
allait dégénérer chez lui en une sombre folie. Ce tableau est
partout (1). Ce que nous pouvons dire seulement, en résu-
mantlc sens caché d'une histoire bien connue, c'est que jamais
peut-être un homme ne réunit à ce point des dons aussi dis-
parates , et, dupe d'une imagination exaltée au delà de toute
poésie, n'y joignit un sens plus droit, des ressources plus
nombreuses et une habileté pratique plus consommée. Partici-
pant à la fois de Swedenborg et de Franklin, Loyola nous a
prouvé que la fusion de deux natures en apparence si oppo-
sées n'avait rien d'impossible et de monstrueux.
En reprenant sa place dans la société humaine, au sortir
d'une solitude hantée par de véritables visions, Ignace y adopta
la conduite et y remplit les devoirs que lui imposait sa profes-
sion religieuse. Ses premiers travaux, accomplis à cette épo-
que, produisirent un livre assez peu connu des littérateurs
pfoianes, mais dont l'Eglise n'a pas perdu le souvenir. Il y a
peu d'années, le successeur actuel de saint Pierre ordonna
une nouvelle traduction latine du manuscrit de Loyola, la seule
qui existât imprimée se trouvant défigurée par de nombreuses
incorrections. Sous cette nouvelle forme, l'ouvrage dont nous
parlons a été recommandé à toute la chrétienté par une
bulle de Paul III et par une lettre encyclique du Général des
Jésuites (2). Nous n'ajouterons pas à d'aussi augustes suffrages
la sanction très-peu souhaitée que leur pourraient donner quel-
ques hérétiques du Nord ; seulement nous ferons remarquer
(1) Voyez \a Revue Britannique, 2» série, tomeVIII, page 261.
(2) Ce livre a été imprimé, en Angleterre, en 1827; il a pour titre :
Exercitia spirUualia S. P. Ignalii Loyolœ, cum vertione literali ex
autO'jrapho hispanico, PrœmiUuntur R, P. Joftnais Roothmbn, pr«-
positi generalis Societatie Jeeu , Hterœ encyclicœ ad patres et fratreê
^jttêdem tocietatii, de epiritualium exercitiorutn. 5. P*N. studio etutu.
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30 USS PREMIERS lÉSUITES.
que sur ce sojet, Knox loi-même» s'il reprenait possession de sa
chaire, serait du même avis que le Saint-Siège. Les Exerdeu
êjnritueU sont, à proprement parler, un manuel de conrer-
sion ; ils proposent un plan de discipline intérieure, au moyen
duquel, en quatre semaines, ni plus ni moins, la métamor-
phose d'un pécheur en fidèle serviteur du Christ est de point
en point réalisée. C'est par la terreur et l'humiliation que ce
travail commence. Elles durent huit jours. Après cette pre-
mière période, une seconde de même durée se consacre i ce
que l'écrivain chevaleresque appelle <t l'enrôlement dans l'ar-
mée croyante. » On passe ce temps à étudier la vie du chef di-
vin de cette armée et à choisir, avec les précautions les plus
scrupuleuses, le mode d'existence, soit mondaine, soit régu-
lière où l'on croit pouvoir suivre avec le moins de périls les
traces du Sauveur des hommes. Pour soutenir le soldat de la
croix dans la guerre immortelle qu'il va déclarer i Vesprit
du mal, il doit arrêter sa pensée, pendant la troisième se-
maine, sur Tablme de malheurs où descendit le Fils de Dieu
pour racheter la race d'Adam ; puis enfin les huit derniers
jours sont consacrés i des méditations plus consolantes, et
tandis que l'àme, encore prisonnière, mais dégagée de ses
liens, chante avec ferveur son triomphe, ses aspirations l'em-
portent vers le ciel, où elle contemple au sein des mystères
irrévélés, des gloires que l'imagination n'avait pu concevoir
encore : alors, et alors seulement, s'achève cette veille des
armes spirituelles par une sorte d'holocauste intérieur, où
toutes les joies humaines, tous les intérêts humains disparais-
sent consumés par le feu de l'amour céleste, sur l'autel d'un
cœur régénéré.
Au premier coup d'œil, un esprit sceptique pourra ranger
parmi les visions étranges des académiciens de Laputa, cette
espèce de procédé mécanique, qui modèle une révolution de
la conscience sur le cours d'une révolution lunaire. Mais pre-
nons-y garde, dans sa grande œuvre, la seule qui soit vérita-
blement digne de survivre au travail des siècles, Ignace ne
s'est pas montré un rêveur absurde; son instinct d'un ordre
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LES PREMIERS JÉSUITES. 31
rare et supérieur lui permettait de revêtir toutes les transfor-
matioDs de la sagesse mondaine et d'en adopter tous les cal-
culs, alors même qu'il se livrait sans réserve & des extases
dont le monde n'a pas l'intelligence et avec lesquelles il sym-
pathise peu. Sous ce point de vue, son esprit ressemblait au
corps de François-Xavier, l'un de ses plus grands disciples,
qui, lorsqu'il prêchait ou administrait le baptême, s'enlevait
majestueux vers les cieux, tandis que ses pieds tenaient en-
core i la terre. Les Exercices ipirituds eux-mêmes, si éloignés
qu'ils semblent des moyens par lesquels se domptent au sein
des affaires et des plaisirs terrestres les convictions indivi-
duelles, ne pouvaient être conçus que par un homme habitué
i contempler le drame des passions et à juger avec un discer-
nement supérieur les acteurs qu'il met en scène. Un autre
éloge que nous devons à ce livre, c'est que, presque toujoxnrs
fidèle à ce qu'on peut appeler l'orthodoxie évangélique, il
supporterait en plusieurs de ses parties l'examen d'un synode
protestant. Ignace, s'il accordait aux demi-dieux de Rome
des hommages que nous devons regarder comme entachés
d'idolAtrie, réservait à l'Être auguste qui seul y a droit, sa
suprême adoration. S'il attribuait aux rites expiatoires une
confiance mal fondée selon nous, cette confiance il l'accor-
dait aussi aux souffrances plus qu'humaines de cette parcelle
divine cachée sous notre périssable et faible organisation.
Deux siècles plus tard, un des hommes qui ont le plus libre-
ment respiré ici-bas l'atmosphère des régions invisibles, a
produit une œuvre qui offre de frappants rapports avec les
Exercices $pirifnel$: c'est qu'il y avait entre Philip Boddridge
et Ignace de Loyola ces points de contact qu'on retrouvera
toujours, — quelque éloignés qu'ils soient à la circonférence
de ce vaste cercle, -^ceux qui ont pour centre commun le
grand et réel objet de la religion chrétienne.
Kitre la publication des Exereicee spiritueïâ et les vœux so-
lennels prononcés à Montmartre, neuf ans s'étaient écoulés.
Pèlerinages, hauts faits ascétiques, œuvres miraculeuses, parm
lesquelles il faut surtout compter la vie même du saint conser-
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32 LES PREMIERS JÉSUITES.
vée à travers les périls de toutes sortes où rentralnait sa
piété martiale, remplirent ce laps de temps. Une sorte de
vision brillante marchait devant lui, et pour la suivre rien
ne coûtait à son inflexible courage. Le jour où il en eut la
perception la plus distincte fut peut-être celui où, agenouillé
sur la montagne des Oliviers, il y pressait de ses lèvTcs la
trace indélébile que le pied du Rédempteur y a laissée. A cet
endroit sacré, où sa sublime tâche avait pris fin, il fut peut-
être donné à son ardent adorateur de discerner dans un avenir
que Tœil de la foi pouvait seul sonder, la longue succession
de travaux que devaient accomplir des missionnaires animés
par son exemple d'un enthousiasme nouveau. Cependant que
d'obstacles s'élevaient entre Loyola et ce but glorieux I A trente
ans, il ne possédait que la langue de son pays, la science
bornée des camps et le souvenir de quelques biographies de
paladins ou de saints. Quelle prodigieuse confiance pouvait le
désigner à lui-même comme le maître prédestiné de ceux qui
devaient instruire le monde? N'importe; sans calculer ses es-
pérances, il reprit la route deBarcelone, où on le vit se mêler aux
enfants pour apprendre avec eux les premiers rudiments de
la langue latine. Ici nous revient, mêlé à l'admiration qu'une
pareille énergie nous doit imposer, le souvenir railleur de
ces luttes que l'héroïque écolier prétendait avoir soutenues
contre le malin esprit. Celui-ci, disait-il, revêtant les dehors
d'un ange de lumière, troublait la mémoire de son antago-
niste en le conviant, lorsqu'il conjuguait le verbe amo^ à des
élans d'amour divin réveillé par les divers sens des mots
qu'il était contraint de prononcer ; une piété inopportune
s'opposait ainsi aux progrès du saint élève, qui fut contraint
de faire intervenir entre lui et le démon, la discipline sévère
du pédagogue. Celui-ci, flagellant fort libéral, réussit à mer-
veille dans ce singulier exorcisme; amo et tous ses temps de-
vinrent familiers à Ignace. N'est-ce pas ainsi que Thomas à
Kempis apprit à parler intelligiblement? et le docte Erasme
ne révéla-t-il pas sous le fouet du professeur qu'il avait trou-
blé dans ses dévotions, les trésors cachés de son intelligence
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LES PREMIEBS JÉSUITES. 33
et de sa mémoire? De même pour Ignace, que son énergie
rendit vainqueur de tous les obstacles» et qui devint en 1528
élève d'humanités et de philosophie à l'université de Paris.
Se fût-on douté à cette époque, en voyant une sorte de
jfirère mendiant qui foulait de ses pieds nus les routes des
Pays-Bas et de l'Angleterre , — méprisé des savants dont il
venait demander les leçons, — repoussé des riches auxquels il
tendait humblement la main; — se fût-on douté, disons-nous,
que cet homme roulait dans sa pensée des ambitions plus
vastes que celles des Valois et des Tudor? Il en était ainsi
cependant, et ce fut à l'université de Paris que les projets
d'Ignace, longtemps caressés, commencèrent à se réaliser.
L'Espagne était alors une terre aventureuse, où les compa-
triotes de Gonzalve et de Fernand Cortez écoutaient volon-
tiers quiconque les appelait à la conquête, soit de ce monde
soitde l'autre. Gràcesà cet esprit de docilité téméraire, Loyola
put faire de ses compagnons d'étude autant de fervents dis-
ciples. Ce n'était pas un convertisseur vulgaire. Aux natures
timides et contemplatives, il savait prescrire les exercices les
plus redoutables de l'activité chrétienne. Il domptait l'ardeur
des caractères expansifs et gais, par l'audace, la vivacité, le
merveilleux entraînement de ses exhortations. S'agissait-il
d'un débauché engourdi par les jouissances sensuelles, et que
rien n'avait pu toucher jusqu'alors, Ignace se montrait à lui
plongé jusqu'au cou dans un marais ghicé, pour le tenter
par cet empire souverain de l'esprit sur la matière. Falhdt-
il parler au cœur d'un prêtre endurci dans le péché, il allait
s'agenouiller à ses pieds, et par le récit pathétique de ses
frutes passées, par l'humble expression de ses remords, par
les flots de larmes que ce souvenir lui arrachait, il ouvrait
dans le sein du confesseur étonné, attendri, confus, les vi-
res sources de la pénitence. On le vit engager une partie
coatre un joueur effréné à condition que le perdant se«
Fait pendant un mois à la disposition de son antagoniste; et
venant à gagner, il prescrivit au sien la retraite et la prière
pendant un mois. D'autres cédèrent tout d'abord et sans lutte
5* SÉRIE. — TOME XII. S
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àia éoiàAt infiueiiee de wmk eMmpile «et 'demn^me; c'ert
faomi ceax-^là'qiie forent dMA^ à 4ok «ceepimo près, 1m
prenaîers inenibves de sott orére mi ^vocRtu*; oe«K4à mtaid
•^£41.^1014)611» jirènnt^eifli^vesinaiin â'ateoompaeiierleiir
fire 9|»rhuel dans la «rnsmi Cfu'il «e proposait 4e perler ea
0PileBiiiie,'Cni,-fli4e6 dbèwm de «e paysleor ètaietft fermée, ût
m'alicrincMieà hi diapoBilmiîadMolue^iimeRir&AeMee^
Miimpètaeiix'ipi^esMiiit'Mé les prenîen*MaiK*del2DYcte
«ns 4a peiléatiM iqu'^H «mit irèvèe, fl 4ie 'iEi«t pas «'«UenAie
àJe^mr^aniproiMlIve, fMftelteqiM*queB4éMM,«(mteiiicn9e
«BtMpiîae. )Laimuirt sesdiacipteBAvFarifi, sm* 4eB fifres 4fe
JiBive F Aec, icfin J9tt^lB7«ch0raM<Nit kws'étaAM» 9<
4it pMr4 'Espagne, 4)ù31 ^«"ouMl 'einMer de «emélleB :
«AnrMtt pfaui iie «aspagHe, «l0e aoostrampeiilHfetieaiflt
iM(;nTn rl'unnfinnfUmltf ^^^'""^^ a^ec^es Murs «éMafts.
BnaTUver de fëWseirieiHeiitDB eemmeneèroirt tear pHeri*
teee vers^la vitle •èk&mé^. fVançàwIKtfmf éltriti levff'tètei.
Ce^caraHer^Gcm^K, gutéàtA ime'sâifitevMiciiiie an senfi^
MefftS'âe ^vanité qa-II^fiffrit mie«ère de BawipèmfrHé'âaHB tow
les «esercMes 4a>eerpB, se 'prépam penr le* voyage-en liasit ses
jBufceB'et set bm» «de oatfleteltoB ^serréèa. Cte^fat mwi^im'g
poavMKvit aa iieÉ>e«wc mn^coiiêtaitce laeédéntoateime, jtE9^
^àise <|ae ia 44uâr >OOTvodée^t peor wm
lîpB]oa(ts4Bpii lacaanpiâauneBft. TinefiiArifeiOB URiiierieAse smp»
|tta>radtiBiittle4AeBclni«ii^M, ^ leroiaHM pfaaesqw md
«RHifae eni Wawrait m {>iiMr aani proniptcuiMt. Les samfa
nfageiiia «vqoigiifrait i ^kmm <%«nHae^étwmairt dont ils
amiieift reeo«M tadtenté. lA ils se rtfdkretti ilans les Mpt-»
iMs«a«x eepviees les |AaBTëbirtaifls,tft1es exploits de'Ksmr,
knqovrseBiperK par sea afle, allSrenlîà'des extrtaiitès que
sms ne aaanoas Tefin sans sonlefer chez 'nos iGdtesrs oes
aipagnanoes pli]!siq!ies aasqwelfes nous ii'avoBS pas niissioii
de les Mdorcnr. Vsadis qvTH s^tffligeait nnsi les toitures du
pa^^loire. l'ardent nissiomiaire «spirait pST'arraiice toas les
aavis^Biriei«8 4a séjour «èîeste. !Par deux fois, ses liorribles
f&iiteaees et les ^enfrreneBFts fiétreax doot elles ëttàsot sm^
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vies le mndtifeiireiit irox piMfted 4«i %Mrt)eani , 4et 4«yis ces fM^
mentd, qu'il croyatft «mp^Âmes, fl se iltmijMnra placer Mus ks
yemiflela fbule, dMis «qmkpie «nAreft publie, afin ^ 4^ê^
ner par )« spettatole 'de stm èpùneiiieMt 4ft «Hé Mi pAlear nM
leçofi deirtiière à«enx poiir i]m se^ lè^wes lié ^MMivêJiièiil ftaft
afHSenlenr une «enlc par ote.
fie tête prodiges, tpCîlk •se^îMil'MewmipRis par tes ««Ints 4%
ftome on ceux de Mfrmit*z, sftteiftet^ une si gravide ««périorité
de riMelleet «tir fetjjstfiiscASiefn plrfsiqQe, <Sfi*i^ ne jXMivteitt
tttt eirrisagéi» «sms wi sentimeiift voisin d«i t^sq^t. £a «omnie
peiiif%nt, 16 raKir qn ««gué svr 10s cranpram wng^aiics oo,
sws^^effS^eMMta&bé, pMT mpMit«r attltat ^"^il est en M
llKmeur de tfm sup^Ufee^ !M«s apparaît cKHanie le suicide !•
I^hs «MfMq«ié#t ^des iie«x it te iMtiiis «ii§dt « Même. Sm
hommage est dd moifis ^pprdprfé A la^ditinité qu'il ymt ha»-
mnw. An^cenimlf^ llÊft^ dM» 4oftl Igmee •et ses «dbépeiits
ont pria te mùm , égaleisaent \ict)ddè«x ées ilhisîens 4» tMi^
Cime «4 4ee MidMiew iMUérielleB qai dégmdeM mytre iia«-
tMe> «ereponasaltt *«^«i<ydëte««MiBie4««^m le repos a« seîM
de fa ^te 4ioisesfiqtte> im les 'OOMelatiom iiiKoonites que
riidiiime«lil#gié d^M peMtft fieaideati remontre mix miUe d6^
tM» êè an pénlMs MiAe. IPmr ^«1414 tt «èfeait fiMctte dtea*-
gbMT «n wMe iHoiM logique en ÊÊ/bîmà en IwnÉnnie av«e«a
dflNMeM- <ft «MiaadlèMMe 8étMlé> <i(ae e^fte rediercfae d'é>-
MgttdM v<t(lto«flfl>» tiBaàaMftidea«OF(Bdas, 'oes ia^tiles touè^
i«iili»a*ei4i!isparteapt»iaicffsme«ii)re^
JéMa. fiâfif^àÊi lnHÉtna eut te tort de teètanm^ iHefteouragen^ de
paMi(«r ces wtm^agaïkices^ ftM «estèrîtair él«it««B6i défait ^be
criiiée Wi ttaifPagMii^ mm iii 4«Mt dtMr, «os dltee araé 4e
p»inte»ii«MiaigQèft,«0n«4giMe iauntaévèreetàHasi vebvtait:
Laa^MSMnesdNiiéiiqiies'enipalpatdesfnsôirt >
q«{ hAsftMit à l'èntréeiieB ohamina ardÉs^ iguoe Tùfiit aea f
diirtplia» i toat de MitfMMRi^ laiigtîr et 6È£oanri»er aatonr
de J«i,4M<is f oélotr tettt adminiatrer tfaritrés aeoottrê que i^ahd
de Ml faânfeafnes pitapliéÉiw : ixTem gnérifèa^ ^disait*!, ei»
raisttfé» , lis gttéristâettt qndqaefna. X'«n dea ph» detfx et
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36 LES PREMIEES JESUITES.
des plus résignés — c'était Rodriguez, — s'étant écarté pour
chercher des secours dans un ermitage solitaire , trouva sur
son chemin , armé d'une épée nue et proférant des menaces
atroces, une sorte de géant à l'aspect terrible. Un autre jour,
Ignace était à l'autel, récitant le Confiteor, au moment même
où un autre de ses compagnons (Hosez) rendait le dernier sour
pir. A ces mots : « et omnibus êanctiSy » l'innombrable armée
des saints et des martyrs déroula ses brillantes phalanges aux
yeux du prêtre ébloui, et parmi eux, resplendissant de gloire,
il déclara qu'il apercevait le frère bien-aimé qui venait de les
quitter. Voyageant avec Laynez, Ignace eut une vision encore
plus solennelle : elle lui montra l'invisible Toutr-Puissant ,
celui-là dont le nom ne doit pas être pris en vain , et aapiés
de lui le Sauveur des hommes courbé soos sa croix : a A Rome 1
disait ce dernier, à Rome je vous serai propice. »
n ne fiiut pas croire néanmoins que de pareils artifices, —
devons-nous les nommer *ainsi ?-* renouvelés chaque jour,
maintenaient seuls l'autorité d'Ignace sur ses compagnons. Il
avait à s'assurer la soumission d'âmes élevées, dont le zèle et
Tintrépide résignation égalaient sa résignation et son zèle. Pour
cela, les pénitences corporelles, les rêves extatiques, n'aa-
raîent pas suffi pendant les dix longues années que dura leur
discipline expiatoire. Or Loyola n'était pas tdlement perdu
dans la contemplation du monde immatériel , qu'il n'eût éto-
dié à fond et celui où il vivait, et les frcnltés des eréatores qui
r habitaient avec lui. Il s'était rendu compte depuis longtemps
de l'influence qu'exercent sur le cœur humain la connaissance
de lui-même, une activité perpétuelle et l'habitude de la souf-
france; aussi tournait-il sans cesse les regards de ses disci-
ples sur les profonds abîmes et les détours ténébreux de leur
conscience, jusqu'à ce qu'une sorte de £atigiie inconnue les
repoussât de cette contemplation extrême, de l'angoisse et de
l'humiliation qu'elle amène naturellement , à celle des mys-
tères consolateurs et glorieux qu'offrent les régions séraphi-
ques. Il les dressait à une activité sans relâche qui épuisait
tous les moyens. avant de renoncer à une fin quelconque» et
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LES PREMIERS JÉSUITES. 37
des efforts qui avaient dû tout d'abord leur coûter le plus, il
arait fait autant d^exercices spontanément recherchés et ac-
complis avec une sorte de joie. Il les avait accoutumés à toutes
les privations, à toutes les souffrances qu'une ingénieuse vo-
lonté peut imaginer , jusqu'à ce que la résignation , devenue
habitude, en eût fait des plaisirs aussi réels qu'ils sont incom-
préhensibles à quiconque ne les a jamais goûtés. Amalgamant
en eux l'esprit stoîque , l'orgueil du mystagogue , l'enthou-
siasme ardent du prosélytisme , il jeta ainsi les bases d'une
instilation mieux adaptée qu'aucune autre ne le fut jamais à
la mission que son fondateur lui destinait.
Il faut en convenir , de toutes les occupations auxquelles
rh<Hnme peut vouer ses premières années, aucune ne modifie
son caractère d'une manière aussi décidée et ne lui imprime
un cachet aussi durable que la profession des armes ; aucune
ne met en jeu aussi régulièrement et pour autant d'emplois
divers nos facultés sympathiques; et lorsqu'une fois, pour
une raison ou pour une autre , l'intelligence du soldat, trop
souvent perdue dans une sorte de torpeur , s'éveille à des
idées nouvelles , à des désirs que sa profession ne lui rend
pas familiers, ces idées et ces désirs le trouvent investi d'une
puissance supérieure qu'il doit aux sains enseignements de
cette école pratique. Ce qui domine chez Loyola, et cela jus-
qu'à son dernier jour, c'est le génie ferme et décidé du sol-
dat. Ses disciples avaient en lui tour à tour un général dont
l'autorité ne pouvait être mise en question, un camarade sur
la cordialité duquel ils devaient compter et qui prenait sa
part de tous les dangers et de toutes les misères bravées par
ses ordres ; dans leurs campagnes religieuses , un stratégiste
consommé, dont le coup d'œil était sûr, la décision prompte,
la surveillance infatigable. H avait de ces maximes qu'on re-
trouve à chaque instant dans la bouche des grands capitaines.
n savait le secret de ces manœuvres hardies qui assurent le
succès des batailles. Engagé avec des forces inégales contre
un ennemi supérieur en nombre, il n'hésitait pas, l'heure ve-
nue, à diviser sa petite armée, calculant à merveille la portée
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des vagiie» Ittrveur» (fie àthibUm ^ef^m&BA^ Msites. mx loin,
•îittaii dftAft )e& r^H^ <bi Vmmibî qWoa a devant soi. L'idée
dft ¥aÛBete le kubinuûsiiie e« coAveriwaoi 4 la foi da BUme
toojhe» lei^ m^ioBs harbMe» oa i denù «i.viU»éeft qû avaioat
j«8€pe*là 4ek0W^ i^ b v^va&Mi» ehrétiesM» éta»i m. 4e
«wptaDfi gig^iite84|di(^^ûppk& i la fin^ cpiele» homms
aifiéf «tviK pMmaA eMeevev 9eak.» H «ai laptdte cabn 4e
. |l^[9të0a €h«rebjDil k dâtrakeyAag^etosie par lanrioe de aas
MtouMs kdieniMft. Lesscpe ma. faojfil. 6it. anAlé, eo ae Art
pas poiiir lui aa aiédiocre ivvrail qpia^d». ^ABdar le comc et
d'éprouver les foro^ft <te&UQl»aantfT «|P^Ii^ wniait M^kqG^ é
«eH^ cMKvve si difiktte ai si ba»ir49U9a« U fiaUaiideahonmes
9Qpériei»s<MA*6eiitoMn( aw. s^dac^iaag da» saaa al. ai», ta-
iraût^ valgaws^ dé la. ra^ea bimawa t. ma^ sojiteaaaai anan
am tentatîaaa «le.feai aatlae Vaisiivilà 4a Valait ai. te eaa-
a^iaftce dehantes fiMuIiiis. Caa mis«iowviiaaq dawmi aa traa-
Yf^préparéa à toat faîte,. 4lo«l oaas» awa da prima saut,
p«aar atosi djfe, e4 séné y avoir xiSéobi d'aKaa«a» UadavaîaaC
4lre^ cooaamés da ce- aèla cpia. les sQuftraaca^ ai. lea dAsu^
pmtffmwi^ a'éieigaani paa» mm» aa mâma lesipa iQpmiir
a^ iaipalaioiia q/«i d'ua aoldai d'al)ocd docile foot souvaat
an, cbef indâpeadaïKL Après y aiiroîr aiâraïaanyt riflédii,. aisvi
pl^ saa parplaxiiés mdmas, Ut 61 dea chpix iFséprochaUea aans
asii^eptiaa. Xe plaa baavaax da tM»as fat oéaianoàis cdoi qai
(eaaba s«r rboonne doajb ooiia avoaa rappelé laa cnidlaB aior-
iHBcalftOfi^ peadant 1» voyaga à. Rooiew
frao^ois. Xavier,, cadei d/uA» nomi^reusa bmilla^ éiait aé
an tS06^ àsm»^ Qbèïtea^da sea Mctoes, au miUaa dca Pyré-
aéaa. Actif et colN»te> dlbainaur gaie et d'esprit, ajfdaat,. le
j^uaeaioatBQiaad pr4iaii;u«ia oml\» émua aux lé^odisamiU-
iaires de sa. aiaisoa, et Uavai^ réY4 dujwib tpule soaeofiinae
ai» explaiita fs» lMiaa)«. il davait barooéine un jpuc iUnatwr
sou gloriaugi^ Ug^^age. Maj6^ U jalousa teodfaasa de se8:pai;»Bts
yauF cet enfant^ dernier, fruit de leur hyaien, détauimases
visées entheasia&tes, e(r Veavoya^diâputei; les-paLnes^Uttécairas
les lices. pai^Ublas da l'université de Pari^ IL n'y aurait
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m^ smbJairaiDA pwQir l'y. mUmui jiwqitVui. bmi^ » 9^
Mme aloée^ jp»phite80 da fiojec domestiqpi^ n'avait;. %rf
mimoniaiitdliispiiaiÉîoQ., prédit la menceillftim curttmril
l'iminorteUe H&mxpmm qii raaendaiant..Qn<te sacrifii^ at
devailr-oapM fiuro pou aa fiitur saint, glaûee^ ^noûr dirrJK^
S^se caiholiiQifil Oq n'bétHta plus,, at on. a^Apoîaa. pavr !•
flttii^mi; «L «ûIU^ da SainterBarJbe „ jaaqp'4 oa <||i;u 9a Ot
mis en étafcde niliYaiûr à sasdépanm par las, laçansi^pA
donnait conama professanrde philDMqjhia. Sa^^haîve bthîe»*
Uieniouéa d^nna foola atndiense, at saisaaiMé^.malieiiiMii
pas les pins riche»eft lea^pkis mblaa. R las domoMt». wiftJè;;
•ais*à oAté d'aoz,. non paa*ay^eoanx9. na homnie aartvanaiil
dont les^pairek» mjBtériensa&exârçaiant sw Vaapol do^jawn
fKoftaams nna influanne prosqna naeqpe ;.~«ial vétn^, mm
de haoie t^manua; ••-^désîniicessé da tontes pamianss. in»
manifestant cette asdenr c^intanna deagens (gie hantenadM»
aacrat ;— solm dedisoonrs» mais, qiundil parlait, singilUi»^
ment persoasif. at antsainani : teL était le charma Tn'Tqiiinn
de Lofok jftfait snx aan jeiui^ con(iagnon,. atdont calojrcifca
défiaadit longtemps aïoint dfy céder. La gaieté faisait la fenA
dn. casactàne de Fnmcois Xavier,. eU son g^ave monitaw W
fimniaanià nn.inépuisable^ijyetde rires et de railleries» Qi^
elt ifit qpB I0 cinnc du légev jaune homme cherchait dans^vnn
aaliie quelquefois^amèjce les moyens^de se soustraire à de so»
lennalles- impressions, qu'il ne pouvait ni accepter de bon^
ai éviter cependant. Sait qn'il se livrât à. ses habitudes da plai-
» frivole ,.soit qu!U poursuivit les recherches de la sciiyicn
sons les ombrages qui bordaient alors les méandres vèrdojanli^
de kSeine^ Ignace se retrouvait toa|purs près de Ihî pour hi
lùie analysât dans leuc néant les charmes de la société» du
rétnde ou de Isi nature, et c^uel qu'eût été leur entretian,,li(
même question la tamûnait toujours , saisissante et redmir*
fable : «c En quoi la conquête du monde sert-^lla à rhonuMu
ai,, gagnant tout larestft, il perd son &me? ArDéj ce moniki
dwt Xaviac cherchait i a'en^arei lui faisait resswtîr TocdH
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hÙ LES PREMIERS JÉSUITES.
naire effet de ses attractions perfides ; tout en l'enivrant d'a-
musements et d'éloges, il enlevait au philosophe séduit, arec
l'empire de soi-même , ses élèves et ses profits. Ignace lui
rendit les uns et les autres. Il s'était feit le panégyriste du
génie et de l'éloquence de son ami, et lorsqu'il lui présentait
les disciples attirés par le miel de ses éloges, il répétait en sa
présence les discours flatteurs qu'il avait fait entendre au de-
hors; ensuite, si le professeur charmé se laissait aller à l'exal-
tation de son amour-propre caressé , Ignace la refrénait sur-
le-champ par son éternelle question : « A quoi tout cela
sert-il ? » De nouvelles impnidences rendirent inutiles ces res-
sources nouvelles ; mais le zèle^ et l'amitié de Loyola ne se
rebutèrent point. Pauvre entre les pauvres , il se retrouvait
pourtant, le jour de la détresse venu, en état de pourvoir aux
besoins de Xavier. C'était à l'aide d'aumônes humblement
sollicitées qu'il nourrissait la somptueuse paresse de son ami;
mais en lui livrant ce pécule sans cesse renouvelé, il ne man-
quait jamais de lui répéter avec une solennité légèrement mé-
prisante son invariable et désolante question : a A quoi tout
cela sert-il? » Sous cette étreinte robuste à laquelle il ne pou-
vait se soustraire, en face de cet austère compagnon toujours
secourable, toujours indulgent , mais sans pitié dans sa ten-
dresse, Xavier cédait de jour en jour davantage à Virrésîs-
tible fascination. L'impassibilité de son mattre s'étendit à lui;
les peines et les plaisirs terrestres cessèrent de compter dans
sa vie, et après avoir accompli les rites initiatoires des Exer^
cices 'Spiritueït, il dépassa tous les membres de la Compagnie
de Jésus par sa dévotion fervente et la rigueur de sa disci-
pline.
Pour si brillante que fût la couronne dont il s'assurait la
possession dans un autre monde, il n'eût peut-être pas laissé
dans celui-ci de souvenir durable et vivant, si Jean III de
Portugal, ayant résolu de propager la foi chrétienne chei les
peuples de l'Inde qui lui étaient directement soumis , ou sur
lesquels son influence pouvait s'étendre, n'avait demandé au
pape de lui choisir un chef pour cette pacifique croisade. Le
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LES PIIEMIERS JÉSmTES. <kl
satBt-pére, sur Taris dlgnace, désigna François Xavier ; on
n'aarait pn faire un choix meilleur, ni trouver quelqu'un qui
reçût d*un cœur aussi joyeux une mission de travail infatigable,
de souffirances et de mort. Souvent, dans ses visions nocturnes,
il avait senti peser sur ses épaules la forme gigantesque
d'un Indien sauvage, à peau basanée ; souvent il avait tra-
versé des mers orageuses, enduré les désastres du naufrage et
de la famine, subi toutes sortes de persécutions et de dangers ;
alors et à mesure que ces images prenaient un caractère plus
dbayant, il sentait s'accrottre sa soif de glorieux sacrifices,
et demandait avec plus d'ardeur qu'il lui fût donné d'en
consommer de plus pénibles encore pour la conversion de
ThiuiaBité. Lorsqu'il vit ses désirs sur le point d'être accom*
plis et l'oeuvre terrible s'ouvrir devant lui, sa joie, que toute
parole se refuserait à peindre, né trouva pour s'exprimer que
soupirs et sanglots passionnés. Ce (ut avec une gaieté singu-
lièfe et des discours empreints de la plus vive allégresse
qu'il fit la route de Rome à Lisbonne en longeant les Pyré-
nées à la tète des compagnons de son futur pèlerinage. Alors
qu'il descendait les pentes méridionales de ces montagnes, il
eût pu voir s'élever à l'horiicon les tours qui avaient abrité
son enCance et autour desquelles sa jeunesse rêveuse avait
erré. Là vivait encore cette tendre mère qui pendant dix-huit
années avait pourvu jour par jour aux besoins de son bon-
heur; là, cette sœur sanctifiée qui avait la première annoncé
sa hante vocation. Il aurait pu les voir, disons-nous, si son
regard n'eût été ailleurs, et si son âme, perdue dans de plus
hantes régions, ne se fût trouvée inaccessible à tout sentiment
humain, même aux plus sacrés. Il allait vers un monde déchu
porter les- paroles de pardon, et il n'avait pas une heure à
peidre, pas une larme à donner, avant de les quitter pour
toujours, aux êtres qu'il aimait et vénérait le plus ici-bas.
Ce n'est pas sur de simples conjectures que nous dirons
comment sa conduite fut appréciée : — « Je me soucie fort
peu, tTè»-illustrissime docteur, du jugement que les hommes
peuvent porter sur moi : ceux-là surtout qui le prononcent
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ayani d'awii: eoteodu. et compâ& » Ce fut ea ces tmanesv i
demipaiUeuFSM à dfi«iLiadigaéa,.q[fE'il r^ondtt aux zmiûa-
Uances. d'un de se3r garenia, bomme caseectable sel^A^ le
monde>< ecçlésia^tiqiae bien avisé*, bien i«até , tcanqpîUa eanr
djdat à< la; mitce. et an bonheur céleste^ qui: dans^ sa; ptndenee
canoniq^ie creyaii toutsimpleaiont son ne^mrJBnajféedfl Mîtv
JLa.foi'e.t la^rajontâ réunies, donnante aîsémeni Vm d^xmkiir
ai4»nnair^ 4 Tétro c|»'eUafr empoEtont y^m> mn but ifmefigtetUmr
jpur& jugé chiniériqiae* .
Ken. des^ yens moniilés de lannea înMOtlmteitoea
attechéstaar le mage, tandis qw le naMice «vr
sfembayquapouf l'Inde deaeeiidaifcle Tage ei owi(Tail(aie*yQiles
an. ^eat €e: vmsacaui portait mille aoUUto qu/on «ovofuli i
Gaa* renforcer lag^tmisen portagaiae^ otJee plnsiawres^ <!!«»•
Ixe eux» ne jf^Mead paa impunément un demm tegfmé. anr
oettcf terre qui s'effiabQ^it derriëi» eus,.swa€nsQmbrtt6 fadiade
manKmniersy sesriehes bocages-anxfeuiied'ocy ame les tan*
qpulles aoaventa, et les yîUa&aimées:qn!ila cadrât. sons leun
détUieusL ombrage; Seul, Xavier montiait un frenl: mfoft^
nant. U savait, que sespiedane fouleraient pluales-monijlfaes
nalaleS). et pourtant, il ne; s» senUdi pas. exilée U ne devaîÉ
plus compter pour sa neuOTtui» et son vêtement ipie sur k
ebarilié de ses Qompagnon&de route; néanmoins^lfrpmiBèe dm
lendemain ne le troublaii pas» U allait ooiwofitîr des
dont la langiie et le ncon màma lui étaient inenattuft;
doute ne. racj^ètait. Épuisé pav un mal da mer qpi L'a
aMRsrel&ehe» nlayant pour aUmentsqua oeix.deat m'araienl pM
voulu les plus infimes matelots^ eoucbantsur d^^paqnetade
e(acd&gps^ilia'étaity4>uéaujservicedies malades». etecmataoïaMnl
en &6a de la. mort et de I» débauohe^ il vivail, miaistcenasida
4» consolation» et de paix, iu sem de cetle foule flotlanln il
savait tour à. tour se créer une solitude piense et se mAier
ensuite; a la vîe^ commuae avec toute la liberté d'un* hcHoome
duf monde égal à tons- par aa naissance, supérieiir pas son
aamir». Snirwt que l'occasion s'offrait^ il caasait aveciLa vka*
vol et ses officiers» de. guerre ou do commerce^ de poUtîi^
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M de iwvigstîm.PMrtnipftiABirlwsoldtlBdese'MvvOT
pmrio^ «hi je», ft ûvrMlMt pour les dbtraive despaeee-len^
■•iwdaBgwen, MmèMe, se vêlant à leus^pavtios, il tActaU
àMitmer par sa piéswc» el ses^dkeoim 1m. eieèft qa'll ne
Kwdeiiaingalioibfliiîisevl B'tB aapmil p»
lia assaisy tenspaaMtomi la aiâBwaa àMaaambiqaav ai ane
ièm aDdéinq«0B0Mifa Vap6twdMlndfesLd'aw>Buiaè ptéi-
Mais, ca n'était pa» an db otB. loontsa» q«e dompte
Viainrilé phyiqaa. Chaqae foi» qaa sm» aMi
an îstawaHa de^ velèdKv il aa andnai» ^Mqn'an
lit de ses compagnona da iianifianse pava caiaaar bass ts»-
tenas m ipalaynr Inaca paiaaa aorpoialies. Vil obserrateur
FeM jÊgê^ awMU» Mfera lav laa hiaïaii ly ses
^L'asIwBaiBttlleplaa keaaangreè fe pfaïasaialitba»-
«a'iia aaawAwuH à fiaa^. tsaiaawiieijnBiQMnt après tevrdrfr-
part da IJabaftM. Là» Xafiar £at aaandalisé* (noua dîiioas
«ffnqré si la crainte eM pa approchea da lai) par TanÎTeiseBe
déptafvaltaa daa habîÉaats : elle se lArélaîl par dea actes de
hnààliÊé révattaBÉe- qai cmoMeisant bes cniasa de rkcnoase
airilîsé envers Im «Me fhm faibb qu'il est parreau à scua-
atttfeie. lUvier seatit qne lis.amf easonttnazres dapiédieaftîan
dafaîant éokowr caaira daa habâtodas déjà TieiUies> et u» e»-
éNRiaseanal ipw la raiaao poUticpi» étaîA toaîanrs piMa A
aacDser. Ansai te vit-oa traverser tes rves de la yiUe tenant à
k aMîn une banjianÉs ciiidiette et soppliani la foide étonnée
de Ini eaTOfer des enfinnis à instraîre dans- k FeKgioR ipie
k» Mbilanta de &>» n'avaient pas, après tant, dijurée.QiMî-
^'H n'eèb jamais ressenti tea doaceB.éiaotianadalApnltoauii,
A dannaiè qna ea sentiiKnè était na (tes pka^ paiai
bite&dakvoiaalé hnmane.En afiet, TéeoIfrfipi'iLaTaiii i
se remplît bienéôt; ity véont i|neh|ae taaips^ maltae assidn, ami
ja^aas et davx, paie a iendifc ses éeoHar» àteucsipaoenla»
eartain d'avoûr aiasi dépoaé an seia des iuniUes lyaakpms
psmiiu da piété ipm ramaor filial se chatgiaraîkda démlepper
pbmtaadL
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kh LES PBEHIEBS JÉSUITES.
D'autres misères l'appelaient : il se fit le serviteur assida
des hôpitaux, et choisit entre tous ceux dont personne n'osait
approcher, ces maisons de lépreux qui rebutaient le zèle des
plus dévoués missionnaires. Au sortir de là il se plongeait
sans crainte parmi d'autres lépreux, gangrenés à l'àme, ceux-
là ; et après s'être fiiit bien venir par la vivacité de son esprit
à la table des vicieux, il employait cet esprit même" et toutes
les ressources de la flatterie la plus adroite à les ramener
dans le sentier du bien. Fort de sa pureté, plus fort encore
du souvenir de sa propre conversion, il acceptait sans rougir
l'amitié des publicains et des pécheurs. La sainte vérité l'iso-
lait d'eux et prévenait toute contagion.
Il fut conduit ainsi dans des routes ardues et pénibles. A
cette époque, comme aujourd'hui, une pêcherie de perles était
établie sur la cête de Malabar; à cette époque, comme au-
jourd'hui, les plongeurs qu'elle employait formaient une caste
isolée et vouée au mépris. Xavier n'entendit parler d'eux
qu'après un an de résidence à Goa. On lui- dit qu'ils étaient
ignorants et misérables, il n'en demanda pas davantage. Sa
cloche retentit encore une fois sur ce rivage brèlé du soJeil,
et il rassembla encore auprès de lui des troupes d'écoliers
dociles et curieux. Quinze mois durant il résida parmi ces
êtres abjects, nourri comme eux de riz et d'eau, reposant
dans les mêmes huttes, et ne s'accordant jamais plus de trois
heures de sommeil par jour. Au bout de ce temps, il était
devenu leur médecin, l'unique arbitre de leurs différends, et
leur porte-paroles auprès du gouvernement de Goa, auquel ils
demandaient la remise d'une portion de leurs impôts. L'évêque
de cette ville lui avait donné deux interprètes, mais Tardent
missionnaire souffrait impatiemment ce moyen détourné de
communiquer avec les hommes qu'il voulait faire siens. U fit
traduire dans le dialecte indien la plupart des symboles et
des prières catholiques ; puis, sans les comprendre d'abord
lui-même, il les récitait avec cette voix passionnée et ces
gestes éloquents qui agissent si puissamment sur les hommes.
Tous les obstacles cédèrent bientôt devant son zèle in&ti-
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LBS PRBMIEftS jéSUITES. &5
gable; il fat en état de causer, de prêcher et d'écrire dans le
langage de ces pauvres gens. Le crucifix surmonta l'entrée de
plus d'une chaumière, marque de consécration dévote, et Ton
rit les pensées d'espoir et de remords qui s'associent à la
contemplation de ce signe vénéré, animer la physionomie de
plus d'un paysan jusque-là perdu dans l'ignorance. « Je
n'ajouterai rien, écrivait notre ap6tre à Loyola, vers ce temps
de ses missions, — je n'ajouterai rien, si ce n'est que les
hommes qui viennent avec nous travailler au salut des idolâtres,
reçoivent d'en iHmt d'inappréciables consolations , et que s!
le bonhenr est quelque part ici-bas, c'est bien certainement
parmi nous qu'on le trouve. »
Une incursion des habitants de Madura (Madras) détruisit
rétaUissemént des pécheurs, qui se considéraient maintenant
comme les enfents de Xarier : leurs modestes chapelles furent
détruites, eux-mêmes chassés jusque dans les rochers stériles
et les bancs de sable qui bordent les rives occidentales
du détroit de Manar. Mais leur père accourut aussitôt
pour partager leur affliction et obtenir du vice-roi de Goa
qu'on les secourût et qu'on les nourrit. Puis , leur confiance
ranimée, il entreprit une tâche plus difficile que de prêcher à
des êtres sans ressources le renoncement aux biens d'ici-bas
et l'espoir d'une vie meilleure.
n s'avança vers Travancore pour fiiire entendre la voix de
Dieu au rajah et à ses courtisans. Nous comprenons qu'on
hésite à croire ce qui va suivre, et pourtant nulle histoire
reposant sur le témoignage humain ne nous est arrivée plus
certaine et phis authentique d'un pays où il n'a été permis &
personne de l'aller vérifier. Cet étranger isolé, pauvre et sans
protection, franchit, comme si elles n'eussent rien eu de réel,
les barrières que lui opposait la différence des langues et des
races; arec due focilité qui tenait du prodige, il se créa des
moyens de communication intellectuelle. Peut-être fut-il
d'abord mal compris par ces peuplades d'Orient, habituées à
des dogmes compliqués et que la simplicité du christianisme
devait dfcoater à première vue ; mais une sorte d'entraînement
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4«
syn^ftlhifiie ^tri se vetrMve À des dogrés dtffémate dans t»
qa'.oiiywryagtappelT fa fièvre 4mwo61ytiiMic,4e6 miumiimti
fetvtmi BfAkie. Le& phls en^piiteflésià^tniitoe les ieûptes ék
ridoiâtgiefapeatceag-làmtWM quWay amitvqslesfihMaseanfc.
Les mènes aiams ^i lesMaientoéttstniite èlevàiest, ilft^phoi^
des ^lises ofarètàennes. Le reyeaiie ëe T^ntvdmome fwt Uemèt
en |piK>ie«ttK«(>ttveBeift8t^«o<Nwya4fBfiM4 1 «èvdttlMti
re^giel^se. &tMv«trusi^AïMièsinfîetdes-égliien MdMiea, les
bcalmuies -ea «HpelègeirtaMMoièOliim .fcr >et imfai^ i
okeatrîBterdtotiM delà 4e«pe^4er4Miod«UieHs ^
de leur peivimi:. UfieiiiyaaiMl éÉrangère jetak^d'ail Iwii diriis
la balance une arme plus puissante i|«e leilrs4AwUiàaies. Im
iMotràpeat sur Ja 4tailîève 4e VrwmÊOMd. SJk^i&t w i
vwi^aloK du iea^ «aie lorak des «in^
ittin^ êcm^0mt de 'obe^Wercaltiawi. ileeMMtsiirUéhèàihPe
des4MMriaals<iuîe'«appiiètaieii^^là;eepk<^ praasiemiiit
des tr^iqpesdv i^h, it cmbÊ&jihÊÊi, tas yMix HnfliinwnAi, k
V4MX triiiii»laale, eapiOie^M deuUe^M^
la foi, il jppoMnga »e ^malédictiott iSoteMielle mt Je» «gre»-
seorsu^pies. Esè^U besoin -dUieiAer ifm la «mlêsneïeeta mx
soldato ^ue cette bisanpe sftpÊgiiiêtk veMti id'étacÉnaer.? qm
Xavier dut à ses services gueraien la ced^oaaiâMNioe «sua
bornes du cigali vAÎAqttur,, et ifne 'Cehii^i mit ma firatid
Père —.ainsi i'^y^Iait-il» — À V^àm de truies Ids (Mséoiii-
tiens que les brahmiaes amiettt iNirdîes oMlee M ?
.Même aw lèvres d'wi aaoète et d'«É «Éibi» ta
et riaflnenoe politiqiM eenservont qiifliyrtj t>ea de
lités eaivMAtes. Le Grand Mue du t^^ de TtaMMoae m
Art pas esen^ de TexottaliM qa'îis jproddmmà. fita iU»
pfaonse de Sotiia, ptaîn «e <|«aWtaMoeltanl0a, «uiia fiÉUe
dans rexmsîDe de aen «itonAè» IfoimttMtté'Oelteépofw
rinde porinsràe. XAvtar (teltaneat ilito.efMtail fctt) fit4ta^
mander i LisbMiie ta 4<flg|^ ide -ce yieMw. te éomotH
cette liamfiesae <m MngeaMU^e.^pMmliMite tas 1
de k terre deraoït ta nessifwrdii fiM^daâwito.
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«9
■ait l^HpMro, «t le^oi itam panriiigiHi laiiB AnoHe^oette 'wnvi^-
tk»; «car 'Souri ^BuoranAm, «eemne phis4\iii<gnMii'p«rsM^
mge poHtiqiie, soi» te -poids An méeenteiHeineM'flB&erdtfM*
DkiMB le-oependant, «n 4lt •vriok'ixynlre M ^ds'rqmiclMift
plot «rwes i^e 'oens ^ 'MMesse. Vers Textréniilé wp^
tnMrioute >fc Geyiaii ^sft placée l'ite 4e Kaitâr., ^ , éa
tMBpe^de Xavier, éépeiiMidHnepmicipin^ sdjftiBeiite) eeHe
delifen, •«« Tégarit elevs me eoHe 'de fiiflq^eil pwîa».
iM'iamAûMBB g^éUâent «onvertisl la toi icbrMîetine, «et près*
qm tocs avmeBt-expft fatir iipodUBie scms le fer de» botn^
MRK. (Jn*nimacre'0ffienY?«!t Mt éeishc oenaftené^fUiTtc»,
hfH'», faMnwB »et ^ttflrtte, mtentsie martyrs ;elo«lte%piR»'
nfttMe ^trâgMBe avaM *es p^enr dAweweinent )e mevrlre ihi
fÊ$4àÊé «kl wi Ae Mhia, «lèoilté par lee orârêB 'de wn pèt«<
Kcas, la^époftiikm fl^n soov^eràititKnipam^etlaeeiH
4e*fle8 AmMHMs n^ert pasuii Moyen pénid 4m«iil*
iim tX^«r; ;c*e»t là ao «eoiAnAre ne des ptas wh
s-OQttsMirtioiiiienes des dyna^es ^urcrpéentiea
nÊVtft. Sfltot Fratuçob Xavier l«i-aiê»ie Ta lie»
Hev^e *wÊc 8^1 vtffteraJMe ^svRraçe* a sa «einaftcie cicpf ooioey
Seoa éqvpa «m «piAite faite -ifai devait ifHer détrAn^r to
tym de laAia, et jmudre-scm re^amne Mit ^[froviiices déjft
cwiqaiecjë po«r le IkA Très-floRle. lie saint, Tnffigaé, •vcnAot
Mm pnrfie de Texpédhien, €ft promit, aaiiom da'cîel, tontes
sortes «de trion|Mies. Mris ses pTéffidtiotis ne ^ riMisèrenX
pas. L'armotteftt portugais fct Sspersé. Sonâi ^expia "Comme
i TtmKiMuie hs'dhattees 'mauvaises fine «es armes avaioBt ren»
•oÉliées, -et "Xavier vola iFune Ime nffeiiigable vers d^antres
dmttpB'do foerte apàAndle.
l.'ovÉloire ^t le toinbeande sainftlliomas, le premier pré**
diosltoer ^lirBUeu 4e rinde, i6laienl, an temps dont nous pai^'
tow* aar la oMe de tioroeMmdél, pr^ de Iféliapoar. Oa "y
Boniralt vue ffpMt finoMe rt trtîrBe, '0% cet apMre ^osKStalt
pMRT Wre SIS dèveâmis;«lem' le roc vtf,ime croix ^eii roBel
mmiMAM mie soanoe^VMt tiietfARsai«les, près de laqaëito
fl e'a^gettOttflliA. Bar um iRHft^m* voisina, tme ^g^o8*{)tt^it«
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iS us PBEMIEKS JÉSUITES.
dont Tautel de marbre gatdant, après quinze siècles, les taches
que le sang, du martyr y avait laissées , attestait que son
cadayre vénéré y avait été livré à la sépulture. Xavier s'y re-
tira pour y attendre les manifestations de la volonté céleste.
Si nous 0n croyons sous serment un de ses compagnons de
pèlerinage, il y passa sept jours entiers sans rompre le jeâne
on le silence : dignes préparatifs de la lutte qui approchait.
Les esprits malins erraient la nuit près du tombeau de rap6-
tre, et nonobstant la protection de la Vierge, Xavier dut su-
bir leurs atteintes obscènes; bien plus, ils le maltraitèrent
corporellementj au point que ses travaux et sa vie fiiilUr^t
trouver là un terme prématuré. Ayant épuisé ces violences
sans lasser son héroïque résignation. Us eurent bienlètrer
cours à des moyens plus doux, et par-là même plus perfides.
Sous les vêtements et avec Textérieur des célestes musiciens
qui exécutent près du trône de Dieu Tétemel concert des ac-
tions de grâce, ils vinrent distraire le guerrier chrétien de ses
ferventes oraisons et de ses projets contre eux ; mais la séduc-
tion demeura sans effet comme la force; Xavier obtint les con-
seils et les lumières qu'il demandait, et le premier navire qui
partit de Ck)romandel pour la ville de Malacca porta Fobéîs-
sant missionnaire dans ce grand bazar du commerce ori^tal.
Trente années auparavant, Alphonse Albuquerque s'en ètmt
emparé. C'était la ville sensuelle par excellence, et de Ions
les séjours du monde le plus énervant. Lorsque la cloche du
missionnaire, cette compagne fidèle, retentit dans ses mes
populeuses, la curiosité s'éveilla d'abord, la crainte suivit,
les railleries prirent leur place. Xavier était préparé à tout,
et ce messager de la colère divine jugea que cette fois il ne
fallait pas aller au-devant de l'aversion et. du mépris. Sans
beaucoup de peine , il redevint, au moins dans ses dtscours,
le plus enjoué cavalier de la ville. Battus avec leurs propres
armes, ses compatriotes, tout dissolus qu'ils étaient, reconnu-
rentl'irrésistible autorité d'un dévouement si respectable, em-
belli et relevé par la grâce de celui qui le professait. Aiasi
prospéra, ou du moins sembla prospérer, l'œuvre réfonna*
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trice. Des autels diessés en plein vent snpplédrent TinsafS-
sance des églises ; nne foule de pénitents se pressa autour des
confessionaux; les traductions des livres pieux se multiplié*
rent ; «t le saint, toujours en avant des labeurs qui s'organi-
saient grftce à lui 9 se consacrait avec toute l'activité de son
esprit à étudier la formation de Tidiome nialais, l'un des plus
doux qui soient aux lèvres humaines. Mais la corruption avait
jeté de trop profondes racines pour être ainsi vaincue dés^les
premiers efforts. Les habitants de Malacca comblèrent la me-
sare de leurs crimes par une rechute qui semblait ne plus
laisser d'espoir à la religion. Xavier reprit alors les rudes
laçons et là parole austère du prophète indigné; il annonça
ia main du ciel levée sur la cité coupable, et secouant aux
portes là poussière de ses pieds, il reprit vers Amboine son
iniatigable voyage.
Cette Ile, qui dépendait alors des vastes domaines possé-
dés en Orient par le Portugal, avait à peine vu commencer
les travaux apostoliques de François Xavier, lorsqu'une flotte
espagnole menaça ses rives. Ce n'étaient pas seulement des
agresseurs, mais bien aussi des corsaires, car Charles-Quint
avait formellement désavoué leur expédition. La peste, d'ail-
leurs , faisait rage parmi eux , et Xavier put montrer que ,
dsDs sa charité vraiment universelle et catholiqne, il com-
prenait aussi bien les ennemis de son pays que lés soldats
portugais. H passait les jours et lès nuits sur les navires in-
fectés, prodiguant aux malades et aux désespérés les soins de
la médecine et de la religion. Le courroux du ciel , placé
comme une fournaise ardente sur la tète de ces bandits, les
avait préparés à recevoir d'une Ame moins endurcie les pieux
conseils du missionnaire, et Xavier eut la gloire bien rare,
si die n'est pas unique, de repousser une invasion armée par
la seule force de l'abnégation et de l'amour chrétien.
Mais qu'était la gloire pour lui? que lui importaient les
louanges, la reconnaissance des hommes? A l'heure même
où les Espagnols quittaient paisiblement Amboine, il aban-
donnait, lui aussi, cette ville qu'il venait de soustraire aux
5* SÉRIE. — TOME XII. ï
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■1 i9t ntmvinÊmrm^
fenqe «lue la âi§np», ») %'iiiV%MA* bés^t ij# 1» ]}^fif^ Kf^
déiqeoi. sentie, qm *if9k^m \^^ffm muff^^Vmm fiw bob {^r-
fiuaés et ^s iiû«»a d'Qi:> k UM plfg^mm igomef^ hm
le courage di y ptoéllr§r, n^Jl«K^ to^i 1^ ^MUgW? 4h i«<Vi4^
Gb ^i wcéte 001 i^fift, «V^Ut^î^Ui. f^ qK4 el«f^ ç^ l»omuets
tÎM^s, c'est qu'il iji'y a ¥iep à gag^^l^ 9W le» fiWVQTsiow
d^infidèks; ^ cepmdaMt V^moiop Aw^ à^iiril ^ monti^er
H^oios téméirako et «loin» péooFctDii (919 W §Çiir4i4e p^^oa dis
Va^arice? ies Indiefi^ m'empçisppnQço^t» dite^voi|«7 C'est ii
«B honneur auquel qe doit p^v^Mlr^ P9|9 9£Vi(W im pa^uvre
pécheur comme moi ; mais ce que je puis dire, c'^ qu'ils n'iur
ve&teroBi aucune tocUire, «^ucnu ^iippUp^ ^e j^ ne bq^ prêt
à souffrir dix miUe feiis pwr le^ 9i^ d'uê? f^îo ^fi|^ » £t ikb
croyez pas que ce HM là le toDgag^ 4'iw.hiMïW^ wmplék^
ment insensible aqxcbyrmes de V^vi^ei^kge^^^fMl^p^çBA au-
dessus de tonte éi;ao4ioa eit i^ tq^ frj)rya|i]ç, <^ C^^es-jfnoi,
tvès-ebers itères (nous e«t«»y4)9« e^i^ç^ q^ d'i]#^ de ses
letti^es à l'Ordre ).; Wea q«'il s^t ^i^ de çQfipc^dre la
maxime &vs||agéltqoû, qn'iiftç Vie afti^iQU^ e$t <Wi1^t^ à ({ojh
eonque donne la sienne p<Mftr \^ service du S^igfKiMW? , te nao-
ment venu du sacrifiiee, c^tte m^^imc ^'oli^^^^^ci^ et s^'est plus
aussi aisômeui cç^nçue. E^^ s'obâçwT^^A ^i^»7. ^ Q'est à ce
point que si Dieu mfim» m desp^Ai^ pa^. su^ nons^ pi>ur nous
la rappeler et s'ea 6vire riniyarpr^t^» ^Oii^s. S^WW^ exposée à
la méconnaitce coinpl^em^p^ ; q'^^ ^^ q^ nms so&t
montrées touto pptee,fjBib^le^^ c^ noi^ {r^gilj^^. )>»
^1 a pu se juges faîMe^ ^i. &(^Wt ^^W W^ éi^riv^t ces li-
gnes; mais depuiîi P^ d^ %^^. JH^q»'?^x ^ô,tfes( contem-
porains, les aupaJ^s dj^ V\mpii^\^ 9?^^^^^ m^^^tj^e^ pas une
autre &me porAéq 4'UP ^a^ si, y/^g^agHeu,iç 4 l,'ei|Aoi)^ de U
misère et dupf^nl. La €mLlfl!'%Qif« U«¥^» Ifi % efc lepoispn
des assa^WA, il ^uA iov^i, If r^tveç ç^ pQf)]^i\îre ^ jn^s^a 4V
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k mamf pana ks p\m hcccv-
Utf kite9[4aéUBtttetovfittés!Cmlr»]iij« B>aii8 Vùù deNara
[me éts ibhqoes), an pM 4'm Mlct«^ dkboui, twdi»
qw le» cotoDoe» delea t'éferaéMÉ ims te ciel» que la terra
Analée vmflail «ras ses fâeib, ei «pie hw éckiin stlIoDiiMi
h Me ^PCBaMt se Mftèter eur dB»lefrettt»de lave en fiiâioB^,
mmïtyof&mqm fiit enfeacke à U foule aeeottme uitoiit
ér M ém cadrartaiicms impèrietises. ei aolenaelle». H e^ vraii
qe'il w se fit fiote d'sttjribiier moL haàemeêXs- des démona
k»braMsMMstrM qn teayersaient l'atmosplière, et de man-
trat eetBMe amtsfltl ém Ineaxs infonudtts les rifevalions liuiaif-
SiQSfs 4« ciel enflanflÉ^ Pieuse fiiande saim do«tey nais qat
ciraetéme cette aèseaee de serof vies centf qnée depuis lots
cli«fz k» cofimirtBsqw» de la Gonpasnicr de Jésua. Un autce
'pm, fédififlecfH'tt aviné €e»sacré pe«ff la eâtination du saint
sacrifiée AU Temrecsé de foad or comUe pavita tremblement
fcttm; les^ firifelea eflbaryés prirciiC la fiiito;. maïs Xavieii
denevvavi înifMisgiMe devant FaKBiel en ruines , acheva la
flifsiènease cérénenie av«c «ne eonfiaiice inébranlable dans
leefegvMdelaPtéscflee RéeHe. L'AvèMaieai donna raison à
cette Merwltape Ihéariey et Xaivier put se irfjfouir, — 0 a pris
htméiffesein deneusdirecfaels Ataievtalees ses aentimentsy
— ii put se réj0Ofr, diseas^^Mn»^ db en cpie les déBU>itô de
iVe, mis en knte par Tépée de Varckaa^^ abandonnaient
enfin les^ lieax dfk Us avarewt si longtemps végné. Cette inter-
pT^tatiow nufve l'un phénonène si fiKileneftt eiqHiqué par
)s seieuce mederne fera san» doutesovrwe phis d'un orgueil-
1<^\ éeoliev; mais- se ce dernier oonnaStbien les lois de Tuni-
ven pliysîqm' oa immarlériel^ que François Xaivier n'a pas
même soupçonnée», le raissionuanie^ «» revanche, forsaé i
^èirMe des lien^ maityra et de la philaftlbropîe active, pos-
s<^iait tout. auÉrernsHt que tes hoaiatea ordiaaipes la science
^T Créolesr et de ses voies cadiées.
Après, avoir purcotru la plua gmde portâu» de F Archipel
mten, FnMfoô&lkmev revint i Ifekeca», dont ses exhorta*-
HoB9 et ses» prières* ataieut eucoee à oonjsver les menatautes
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()2 I.BS PmBMIBmS JÉSUITBS/
destinées. Alarsidin; prince mahométah de Sumatra» était venv
jeter le siégé devant cette ville à la tête d'nrié floite et d'nnè
année' considérables: Mal préparée à* se défendre'du o6té de
la terre, la gariiisoh portugaise avait encore moins de res*
sources pourùiié lutte nàvale.'Sêpt mauvaises barques pres-
que hors dé service composaient tontes les forces maritimes
des assiégés. Aussi une alarme' universelle s'empara-t-elle de
la citè^ alarmé qui redoubla lofsqu'oii la vit partagée par le
gouverneur. Il était àéjà' question de capituler, et l'esprit de
chevalerie se taisait honteusement devant les menaces et les
bravades des Musulmans. Ce fiit à ce ïnoinent que sur sa pe-
tite barcpie à demi détruite par les tempêtes, le messager da
Dieu de pâix'entVa dans le port assiégé. Mais il venait le cri
de guerre à là bouche ; car Xavier n'avait jamais cessé d'être
un gehlif homme espagnol ; et il regardait comme une véri-
table ignominie que; dés gens de noble lignage, sujets du Roi
Très-Fidèle, fussent ainsi bravés par des barbares, et que des
adorateurs dû Christ parussent craindre lés disciples de Tim-
posteur arabe. Il prit la direction de la défense. Par son con-
seil, oh radouba promptement et on équipa pour la mer les
sept navires démantelés; il assigna un commandant A cfia-
cun, et après avoir électrisé les équipages par ses promesses
dé victoire et de salut, il les envoya hardiment contre la flotte
ennemie. Par malheur, au moment de franchir l'entrée du
port, le vaisseau amiral fut poussé vers la terre et se perdit.
Aussitôt de nouvelles terreurs remplacèrent l'espoir et la joie
qui venaient de renaître; Xavier, tout à l'heure l'idole du
peuple, devint l'objet de ses aveugles malédictions. Ce brus-
que changement le trouva impassible et serein; il reprocha
froidement au gouverneur sa pusillanimité, ranima le courage
des troupes, et rendit confiance à la multitude par ses flatte-
ries prophétiques. La flottille mit de nouveau à la voiJe et
fut entraînée en pleine mer par une sorte de tempête qui s'é-
leva au moment même de son départ. Plusieurs jours s'écoa-
lèrent sans qu'on en eût de nouvelles, et cette incertitude dé-
truisit une fois encore » avec le crédit du missionnaire , les
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UB PKBMUBM JÉ9IIITB8. (S)
espérances des assiégés. Les sinistres avantFConrenrs de la
dèEûte circnlèrent derechef; on affirma que.les mahométan^
oraient débarqué à six lieues de là yiHe» et le nom de Xavier
ne fut plus répété qu'avec des cris de vengeance. Il était i
genoux devant l'autel , et la sainteté du lieu le préservait à
peine des fureurs de la populace , qui voulait se venger en
l'immolant d'avoir suivi ses désastreux conseils. Tout à coup
sa poitrine sembla se gonfler sous le poids d'une émotion pro-
fonde; il éleva le crucifix qu'il tenait, et, le regard brillant,
avec des accents qui trahissaient une sorte de possession in-
térieure, il implora le Ciel en feveur des soldats qui défen-
daient sa cause. Cette invocation sans motifs apparents indi-
quait une communion mystérieuse entre le saint et les pouvoirs
surnaturels.' Elle fut suivie d'un silence de stupeur qui depuis
une demi-heure tenait la foule dans une angoisse étonnée,
lorsque Xavier, se rélevant tout à coup et donnant à sa voix
l'éclat guerrier de la trompette, s'écria « que le Christ avait
vaincu 1 — Nos soldats, ajouta-t-il, chargent à cette heure leurs
ennemis en désordre; un grand carnage a presque détruit
l'armée des infidèles; nous n'avons perdu que quatre de nos
défenseurs. Vendredi prochain nous reverrons notre flotté et
saurons les détails de ce glorieux événement. » Il n'est pas
besoin d'ajouter que ces paroles prophétiques se vérifièrent
de point en point, et qu'au jour dit la population de Malacca,
précédée par ses troupes victorieuses , suivit son libérateur
au pied des autels. Là, tandis que le bruit des cloches mêlé
aux décharges d'artillerie, aux hymnes des prêtres et aux cla-
meurs de la multitude , attestait l'enthousiasme dont il était
l'objet, Xavier, que tous ces bruits humains troublaient peu,
demandait à son divin maître une mission nouvelle et de plus
rudes travaux. Il repartit presque aussitôt pour les côtes de
•Coronttudel.
S'il revint à Gfoa pauvre et seul comme jadis, du moins y
rappoittaîtHl une renommée singulièrement agrandie : des
'Chres de rindi|s aux borda de la mer Jaune , oh n'entendait
dé lui qiie. réoité vagues él merveilleux. Aux yenx de ces pe^-
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«M «mtfan mmorieux qai» pour <|>ih|»b iwitw, Ibni i
eendre «m dimilé |Mnii les kouBes. SoitHiilB krail i
nua, il pofiséd»! le don d'uUquilé., poafiait diMOurir à la
fow sar plusieun sojeU enTÎngl langages diTen» m cMMaia-
sait ni la ckalevr, ai le ifiroid^ ai la faim, ni la fatfgjae; aiaît
de fréquentes canféreaeeB arec les «Ma» iiiTisbka, fidèles
ezécnteurs de toutes ses ToloBtés; resiamcilaii les morts ci
traversait au besoin les ooéans, enq>orlé a« sain d'sne troaihe
Paimi eeax dont «es rumeors feai^èreat le pins
l'esprit , il se trouva ua Japonais noDuné Angk dont la i
acîence était boorrelée par le reaioids de phisieaiB actMms
criminelles. Les rites expiatoii», -ooinme les reasoaraes de la
dissipation, «l'avaient pu ie soulager jasfu'alors. Ilvial; àMa-
laoca dierdier auprès du nervellleux éftrvig^ la paéx cpt'il
n'avait pu trouver aillears. Xavier le fit înusiédiateaaeQt partir
pour Cpoa, luî et deux serviteurs associés à son triste vojaye;.
Il voyait en eux, d'un coup d'ceîl prophétique^ les ftituts in-
«tninients d'une grande «ouvre qui avait tenté sa pensée : c'é-
tait la eoaversîQa du i!apoo , jusqne-li fénné aux inîsaioo-
«aires de la foi chrétîenae. Ils entràront, par ses soins, dans
le collège qu'il avait Im-mèaie établi à fica, et ils y recorai^
V«nseigaement partkRdîer que nécessîtaii leur rUe à venir.
Ils mirent d'ailleurs une telle ardeur à s'instruire» qu'en trèa>
peu de temps ils ftirent jugés dignes non-seulement du iup»
(éme, mais aussi d'entrer dans la Gomftagnie de Jésus» dont
ils étaient déjà -eu état de pratiquer les eserdoes spirituels.
Le moment était venu pour Xavier de faire trêve à ses ins-
meiises travaux; il avait besoin de silence et de solitude.
Trop longtemps mêlé i la tourbe humaine, il sentait qne ces
continuels rapports do la créatave nrec la créature^ ^Mkpn
élevées et quelque saintes que soient nos intentions |unn»rt
Tss, finissent ton^purs par altérer la déUoatssse du sens intime
auquel notm àan doit de eonnaltiv ses véritaMes tenMs
et sa véritaUa tcndànoB* H se f«ticn done^ poor y iiinB
av^ kiinnème, dans une aorte da déanrt «i Isa ;
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ses plans, et tandis qu'il y prenait un repos chèrement MhtfMr
jn»" tto tfAVall «i]A4MiâaM, Il ^f Htaffdoutla sAnir demie à <$e8
tmmê éiiiMtlfiïèà, k eêépmm hftftd<«ifillbiift$ qfii «ont limt
à ta tbii \k ttiMëHké des Fofttft et fMf rA^fi^se afitietptei
WRè eë lié f^t II fffli'^tiè tii6¥ë de «|ii^l4{tiM mifidnes, et rfat.
pMe i^prit àVëtf «de àMê^i" iidfffèlto «à tKde et péfrilteufd
ilclié.-
n y liVdit à pëjfiè (jnàtre «n9 <}tte le» Pôrttfgsfis sèvàienl d«^
(MitM )è fàlpcrA, Ièl^i}ii« jtahfiéir «t le» tfcrt9 acd)y«efir ^i)
^flàit ft^onnAiy din^ cjttè nottë FéttoM Vd, parUr^fiil de Om*
potar arier pmév dahë (nette lie Vé 9mhmi àè hf Ibi iiMf»
ttenne. C^tHitie à rotdfttstire ; Fe^ da^^ lÈlt pfùdenii ebfMlto'
lié M ibSLnqnètéfdi peisf; e^Mnne à rcràtttàîi^^ il n'en liflé
compté. LùjoltL ê^é\ conncrt Ie*r làofAf» de §Bl dèeréte tMfiancdr
«Id fte ptiis vt>ns èfjtpîîttiè^ , M éferiraît-fl , fe jtyiê «rec lâF»
q«é!kl|'éMti^{)^ndi^ éelôftfg toyagè; il esit daifg(«lretix à l'eg^
tWflîe, el noTrt tegatfdon* fAfmme très-hetireùse la flotte en»
V6t^ ^ MpoÉl é(ut 9éf {jfiM'e bMiiâëfttè pArtieiit à en sauter
m*. Itemmoitts je ne tfee«ilerai pm devant ce danger, l'an dm
ptmgtBiiAs tfao jW éftCfmrts jn^fi'ieî. NotteAeljfnear Wil
AR ccyAnatfi^é par dë^ i^télàtîons hitétietflidÀ qfuelté riolie
ïï^fMi He pays tëtrâ Aattfe a! Foftibf^ de la croiii que noég
atttos y pïiftitè¥. >3^
Quoi (|Mè roti puift^ pëiïdér dér c^s tétélM)(/yiKlifvléviMii1e0^
i) est certain que tiefifde graind et-dg stfbHttie ne s'est aoeoHH»'
pfi ^ tetftf dé' nfotiH pù#eiiieri( ÊufflaM ^ tfuMi ff est-èë pm
U^eqal nons étotine; niai?, nOti$^-|'àyou6tiê,(^ A'e^ti^paârMnw
s^^iRlitise qn^ h^iW Voyons ré^nte^ di^n* fe inêMè lHôtÈUm um*
▼oioiilft eomplèteincfM indépemfcirtte dttt cfAtfài4 id^Igsftn^j «»
cê5f)<?Édarii hr etS^tM^lMsâtfèe ÈtppfëKfùéâ^' dtefr TnMSMKéft prtiti^s'
qiië^ «t de^ nHXMb qdi' fbnf «gif la plt^tf dè§ iMifinméi. êas>
lÉMeA^lÉilÉë <yft XêrViëf (XMiHlift f«¥^^ Aipllliy àmi pkv ùtm
oçéWfitféëd AMAftq^É^ j* H MA^tMf I âfe!^ fWreé dei MM^Qw
une sorte de code «^ rM félt#9(H^^(Aa«^ë ptf^kà thfwr
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56 tBs. pmmiins . jtepiTBi..
née. La raisoA hmnaine se lasse à expliquer de tels con-
trastes.
L'arrivée de Xayier anJapon fat précédée par des événe-
ments qni lui semblaient de bon augure. Quelques marchands
portugais, autorisés à résider dans le port principal» y babi-
talent upe maison bautée, à ce qu'on disait, par des spectres.
La présence de ces êtres fantastiques s'annonçait d'ordinaire
par des bruits aigus et discordants. Quand ils se révélaient à
la vue , c'était sous les.dehors que la pâture attribue aux
habitants des régions infernales. Les Portugais, quoiqu'ils ne
fussent investis dlaucun caractère sacré , n'en avaient pas
moins exorcisé leur demeure en promenant autour des mu-
railles le signe vénéré du salut, et la puissance de ce charme
inconnu avait éveillé dans la ville une avide curiosité. De
plus, parmi les légendes nationales, il en existait dont les
missionnaires chrétiens pouvaient tirer bon parti : ils y trou-
vaient déjà la tradition d'un Dieiu engendré par une Yie^e,
et Xaca , fils d'Amida , comme Jésus , fils de Marie , passait
pour avoir^consaçré toute une vie d'austérités excessives à
racheter les crimes des hommes. Le pays était couvert de
temples élevés en Thonneur de la Mère et du Fils, à qui des
croyants fanatiques ofifraient chaque jour le sacrifice de leur
vie. C'était à croire que l'esprit de mensonge avait voulu af-
fermir son empire sur le Japon par une parodie dérisoire des
institutions, catholiques. Cette ressemblance étrange ne se
bornait pas là : sous le nom de Saco, un pontife suprême y
jouait le.r6le du saint-père à Rome ; c'était à lui que les évè-
ques de cette hiérarchie païenne, — les Fundi, — danandaient
leur consécration et juraient d'obéir, quelle que fftt sa volonté
toujours infijdllible. Au-dessous des Fundi se trouvaient pla-
cés les bonzes, — autant vaut dire les prêtres, — qui, pour
compléter la ressemblance, enseignaient et picétendiiient sni-
vre une discipline ascétique. Mais ici la comparaison doit
s'arrêter , car la chronique lyoute que ces bonzes étaient de
grands fripons et de misérables hypocrites.
On le voit» Xavier trouvait un terrain tout préparé pour
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1.18 raimms liMiTW. 57
rccefoir des dogmes qa'oB pont ait à peine dire nonreaùx en
ce pays, et n'avait pas à lutter contre des opinions dixûoaétra-
lement opposées A celles qu'il voulait faire prévaloir. Auge,
— qu'on appelait maintenant Paul de Sainte-Foi ; — . fut en*- :
rojé vers son souverain» dont naguère il avait été Tami, et
lui porta un po^rait de la Vierge et de Teniant Jésus devant >
lequel le monarque et ses courtisans se prosternèrent très-
volontiers.* Xavier cependant, — nous nous servons de ses
propres paroles,-^ demeurait au milieu de ce peuple stupide,
véritable statue immobile et miietté. Elle allait bientôt s'ani-
mer au contact du feu sacré; le marbre ne devait pas rester'
longtemps sans voix. et. sans parole. Par. un de ces. efforts
prodigieux que la foi explique au chrétien fervent et la pas-
sion au sceptique» quelques semaines suffirent à Xavier pour >
se mettre en état d'expliquer devant les Japonais, dans leur;
pn^re langue et en termes compréhensibles pour tousses
auditeurs, la mission dont il était chargé. Bien mieux : il pro- .
voqua les bonzes à des controverses publiques sur tous les
pointa de doctrine. où il. se. trouvait en désaccord avec eux. >
Ces. querelles théologiques eurent de nombreux arbitres et .
portèrent le trouble dans beaucoup de ces bonnes tètes japo- :
naises sérieuses, et dénudées. Mais les arguments. ne suffi-;
saient pas pour déterminer une conversion complète, il fallait
latter de pratiques aussi bien que d'intelligence.: Par bon- >
heur, Xavier était un ascète tout aussi résolu que les bonzes, :
les Fnndi, ou le grand Saco lui-même. Cangoxima, ville esseni-:
tiellement voluptueuse; ne put refuser, son admiration à un:
homme sur lequel les sens n'avaient. plus aucun empire; elle
voyait dans cette impassibilité qu'elle ne pouvait s'expliquer,'
un gage de sa mission surnaturelle.. Cette conclusion n^était;
peâirètre pas absolument rigoureuse ; mais elle s'étayait des.
miracles que Xavier, au dire de son historien, réalisait chaque ,
jour devant les peuples émerveiUés..Le poisson, trèsrrare au-
trefins dans la baie deCangoxima, y vint à sa yoix par bandes
énormes, et surchargea désormais les filets du; p^heur . Les
lépreux farwi gnéris; les morts se levèrent idë leurs cercueils
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DmixbonHW fltobiMil fl«vtmt <m MutfèMtteitfe «élestos. Qm
fimtil leâ pveMèi«9i «l à vt«i diM le» MnHnrtan^iiMM d«
cette eaime expddHiM. lié roete des Mj[Hiiifti» éemMeit é^m^
tant mieux fermier êm terrée à la IttallAni qli'elki éctalaîl e»
rayons pl«» vib et plat ébkmliatfata* Le im eetea btentM
dTétre fiiTorable an nkiioiinaif e^ èk \à vlei^^ «tihri de dcan eeim
pognoae, dut porter danee lea «late vMslAë le nmsage mal
accnailli de la clémeace divine.
Sans autre viatique que les vaees eacffa éestiiiée au aaorl^
fioe de la meese, il se rendit à Firando^ pwt de mer et eap^
taie du royaume de ee nom. Pluehnrs navii^ fmtugais y
étaient à l'ancre. Ils ânnc^ncèrent son arrivée avec toutes les
pompes du eèrëmonial aaul^e$«^des pavillons de toutes
couleurs flottant aux mûts^ les matelots groupés sur les haiH-
bans, les trompettes sonaaat sur le pont et l'iârtfllerie gron^
dant aiMlessous. -^ Cet accueit jeta la population de Firaftdo
dans toute sorte d'étoniiements et de oariosités. On se
demandait généralement, mais oans pouvoir l'expliquer^ la
cause de ces hommages rendus par les riches eommerçanfs
étrangers au plus humble de leurs compatriotes. Ce Ait Je
modeste pèlerin lai«>mème qui se changea de les AJre cMS^
prendre au souverain devant lequel il parut entooté de tonte
la pompe que les Européens purent déployer en s<m hcmMw.
On ne peut dovter que les évolutions militaires^ le eorlége
aimé, le bruit du eanon> ne fussent, eneetteoeoasion commeen
bien d'autre», de puissants afutiliaires À Vesuvre évangélîque.
François X»rier, tout en méprisant de grand coeur cet éclat
matériel de la grandeur humaine, sut en implorer 1% secours
huaiitiattt lorsqu'il penea bire mlemt écouter ainsi la voixde
réiernel sagesse : il entrevoyait un utile emploi de cea no»"
\«ltes retaodarces^à Misaoo, qui' était âlovi le siège de l'crin^
dtt^ Japo», el vers taquefle il dirige» immédiatemeifl ses psa«
hes noms méasrdei giliudea ctléaeifilkiées dmÉs* lesquelles
sm voyage le eonduMit nous senteMoi^e as^ouid^bui' trts^
peu^familieiv^àivoete^a&tM iRmlii^ »tm nr
GMnaiBsemp gaètfe AnufigueM^ «epHàtaF es M^oe», «k fl*
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troim Me )Mpakti»ii> «adàtcie par l'babitadfe dat» jom i
sneiis, et oè ses nfcorMioiiB tu repentir kH'Taluraat «yee
nHi kmoltes le» dangers d'une lapidatkMi heveosemeiii i»«
e»iDplèl6. «cSiBgiiiier bonse, remarquaient sommairenieat lea
Tetaptoeux habftanto d'Amangucbi, qui ne voudrait nous ao«
corder qu'un seul dieu et uneseule feame t » Awn le jaièrenlM
ik i demi nur hors des porta sans autre provisiom qu'un sac
de riz s6dié au soleil^ et sans étatree oompagnooa que Iroitf
doses aéopiiytes disysoé» à partager sa vie périlleuse et bu-
Cétaii an fart de l^kvrer : d'épaisses forêts, des montagnes
à pic, des fleuves à deaû gdés, d'immeases plaines couvertes
de neige non fisulée séparaient Xavier de Meaco. D perdit uli
mois entier à tcaverser ces selitudes où la cruauté et le dié*
pns des honanes qu'il rencontrait ça et là lui ieaaaîent seatif
pins vivement encore les rigueurs de la nature. Une fois entre
autres, les voyageurs furent accostés dans un jongle épaia
paruacaralier porteur d'un assez pesant fardeau. Xavier of*
Irit de s'en charger si cet homme voulait en revanche leur
servir de gnide et les remettre sur le bon chemin. Ceci fut
coaveau; mais le cheval déchargé fui d'heure en heure pouseé
k des allures plus rapides. Le missionnaire suivait haletant
et sans faire entendhre un seul mot de plainte. A la fin eepe»-
dantses pieds écorchés et ses épaules meurtries lui refosaûl
len-iccy il tomba comme à demi mort sur la route. Le reste
de son eftrajant voyage s'accomplit dans une conmiuniott
perpétneHe et silencieuse avec l'Homme-Dieu, pour lequel il
Bouffirait joyeusement et sacriiait toute chose ; à peine- de
temps à autre ouvrait-il la bouche pour somteoir Pospoir et
le courage de ses eempagnons. Enfin parurent les murs- de
Meaco. A leur vue^ quelque espoir de repos dut caresser eeMe
Moniptable pensée, et faire passer on irisson. de joie dans
cc^cerps du fer. Vahie et trompeuse esf énanoe^l Aarivé' ap
iMy iidéeowrnt que son voyage siraiiéte fint en pure pertri;»
Seaeo était e« proie aas hofreur^d'un siège. Lekpruît daa
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tt LS6 PHBXIBIS JÉSUITBS.
\ armes étouffait to«te parole de religion, el le pape da Japon
\ lui-mèmey le grand Saco, ne pouvait accorder quelque atten-
tion qu'à des plans de guerre et de défense. Empruntant alors
au Psalmiste ses cantiques sur le départ d'Israël au sortir de
la terre d'Egypte, le saint apAtre se replongea dans le désert
et reprit courageusement la route d'Amanguchi.
Xavier décrit les Japonais à peu près avec les mêmes cou-
leurs qu'un Romain du siècle d'Auguste aurait employées pour
peindre les habitants de la Grèce, et connue des gens adonnés i
toutes les voluptés, soit de l'intelligence, soit des sens ; peuples
égoïstes, gais^ perfides, à la fois subtils et frivoles, querel-
leurs et avides de causerie : « Leur manie de questions, dit-
il, est véritablement incroyable, surtout lorsqu'ils ont a£Eure
à des étrangers, dont ils se jouent sans le moindre égard. i»
Entouré par ices. bavards d'Amanguchi et accablé par eux de
questions incessantes sur l'immortalité de l'âme, le mouve-
ment des planètes, les éclipses, l'arc-en-ciel, le péché, la
grâce,' lé paradis et l'enfer , il résuma toutes les parties de
cet exainen et tâcha d'y répondre en bloc. En effet, tous ces
problèiàeS se trouvaient résolus du même coup. Astronomes,
météorologues, métaphysiciens et prêtres trouvèrent tons à se
satisfaire dans une réponse qui semblait faite spécialement
pour chacun d'eux, bien qu'elle s'adressât à la fois aux uns
et aux autres. Du moins est-ce ainsi que le rapportait, quatre
ans après l'événement, le père. Antonio. Quadros; qui écrivait
sur les lieux mêmes ; et l'on peut lire ce fait avec les preuves
à l'appui, dans l'enquête que nécessita la.canonisation.de
Xaviei*. On s'étoiinera peujqùe,.si.merveilleusement:doué,;.il
ait avancé rapidement la conversion.de ce peuple d'abord si
méprisant et si moqueur: Amanguchi devint le centre de Tipr
struction chrétienne au Japon, et en . conséqupn<^ Iç grand
théâtre de la controverse.religieuàe. Il reàte de .(es poiémi-:
ques une sorte dé procèfrrverbal.parfaitêiï^èat^authentique où
de bien autres :ergotéurs. que les :bQnï^s.d'AmaQguohi:pptt^
raient apprendre à discuter. les. :matièré% to«cba!i|t:à'.lâ:fo.l
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LIS nBHins lÉsmnrss. 61
Même sur les bancs d'Oxford ou de €aÉibrigè on voit me-
ttent des daels dialectiques souteeus avec plas d'art et d'à-
chàm'ettiênt. ' ^
Tout à coup, an miliea de ses controverses fanmaines, Xa*
viér éttietfdit derechef an dedans dé lui cette voix à laquelle
il ne manquait jamais d'obéir sans hésiter. Elle l'appelait
i'Fiichëo, capitable dtf royaume dé Bnngo^ ville importante
assise près de la mer, et dans le port de laquelle, — c'était
un bonrg appelé Figier; *— un riche navire portugais se trou-
Tait alors à l'ancre. Ce navire, lorsque ràrriyée du saint fut
aniioiieëé (Xavier était alors investi d'une renommée univer-
selle), ce navire, disôns-noûs, fit feu de toutes ses batteries
et réveilla si bien led échos d'alentour, que le souverain de
Fucbeo, cpielque peu troublé, envoya des messagers chargés
4e lui faire connaître la cause de tout ce tumulte. Sa surprise
fut extrême quand ils la lui rapportèrent, et lorsqu'il sut que
Ce salât royal était adressé au plus abject des mendiaiits, à
on homme dont les Japonais disaient énergiquemént que« la
vermine même dont il était couvert avait en dégoût l'être
misérable et abhorré dont elle était réduite à se repaître. »
L'impassibiliié de Xavier aurait aisément ténu contre ces ex-
pressions du dégoût qu'il inspirait : mais les remontrances de
ses compatriotes et l'expérience que lui-même avait faite quel-
ques mois auparavant, le décidèrent à revêtir de plus bril-
lants dehors. Il profita des ressources qu'on lui ofrit, et se
rendit à Fucheo, précédé de trente Portugais richement vêtus
et couverts de chaînes d'or et de pierreries. Autour d'eux,
dans leur costume de fête, tous les serviteurs et tous les es-
claves des négociants chrétiens ; ensuite, dans une chaloupe
dont le bois disparaissait sous les riches tapis de la Qiine et
qui livrait au vent mille baiideroUes de soie, émaillées de di-
verses couleurs, on voyait, assis sous une sorte de dais, l'a-
pêtre des Indes lui-même, vêtu de velours vert et de brocart.
Ses rameurs et ceux des barques qui le suivaient battaient les
flots en mesure, au bruit des trompettes, des flûtes et des
hautbois. Lorsque le cortège aborda et se mit en marche vers
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le palida to ponau ^ cafîtaineiAit ii«riMi^riii(aif^ la iAto
Bsa ^oM hÂ^Mttoilt nM^ lîni A kMUmr de préeédtr k
missionnaire, dont il semblait ainsi Técnjer ou le BWÎordwm>
Cinq Mlm de ms pmeipaw offittorft, chacm porteur de
qnehii» riche efrande, s'Atûent placés airtovr de œdemier,
•I Xerâr MHméBMi dane l'impooemAe «Uîliido d'mi chef liêo-
dal» ei'avançeil lentement à l'abri d'm magwiftqne paraaoU
f«e des esdanrn leneient aillerais de sa tète. U trayeraa
atnei me double fiée de siKotats hommes d'armea einroyés i
sa roMiaakce pomr lai finie hooMor, et U Miansea des ha-
vangaes e&nhnooteases avee toa bftte royal; rafqpelant pear
eelte oecamea tonte la gcâoe el la dàgniâè cpl'û avait dû na-
gnèie k la ieéipieDftattûR des comrs et a» conmeree des soar
Le roi (Ib Bud^d pafak avw étèquelqvi peu dans les dîa-
positions aaAipapales de notre Heeri VIII » et il mèdtlaît^ ce
semble» ima rÀMrite eonire le Saco et sa djnastîe spîntueUe
Aussi dès k pvcaaîèRe onlrerus la«fia^441 échapper quelques
propos anaifueb aaeaa benee orthodoxe ne pomiak prêter
ane omUe résigaée^ L'un d^eas, le saïaaA Fknkmdoao , ne
eraigait pas de s'éteter hautement cMiae ces Mfésîee éma-
nées du somranda t <t Comment osezHv^oosy s'éeria eet éminent
ttiéelogiefH entreprendre la solatioa de qnekfae point de doc-
trine sBQ»«(roir jttmaÎB étndiè à Fusâvfisîté de Fiananna? Là
seulement eenit révéiés les. anystèrea de FesisleDee divine. Si
TOUS êtes phmgé dans Ti^noiance ,. censnltes lee doctears
chargés de vons iastiuîre. Me voicî tant le premier prêt à
eoppléev à FinSnnité de rotre îatfiUsgenee. b On le voit ,. les
parafes d« sage Farândosa anAîeiptieBA de; tseie siècles sur
les prétention» df ane aahrnmifcé- bien anfarmneni câh&bre que
oelle de Ftanainm. Mans le grand docttear de. Bango s'attira
des réponses brès^ifféretttea de ceUes que reçoitent aujour.
d'htti chez aoas les pi^isina de la Ibéoenaiie* La cour de
FuckfiOft éjkaît dibumeur raiUeuae :. ifiam te boa» ias^istaii poar
maiateaie son antorilé saecniatale» pins il pnMaU à rire à ses
msoints; ani^timis.. La mi hâsMtae h^^mk i» la pairtie et
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MuA^mm^^ymÊm «Mlfs^i MugbiMe^ éfignmmm wotn
U imaiftcttMMiffté» w'tf fi&U(»ta«t 4a dmiMir^ par sm bin"
flUiw 4i«Mi4iiA» m^ P^Kkipto teré«»9flft>k 4* sa nmmn oéleato.
Xivitfr jfiit b«i9«icwp «iow irnilé p«r oq mcnurqua, et, tw^
)0W« 4èrQné (to c»lto sotf 4o «M¥trtM» qui «araofakiMe 1«
vMtable i^pâUre» )1 pritohiik, «ft^cbiwft «t diacutalt av^ uiui
lMl«w«uHM«««)tfiiLiri«'#iifcm[i «Neporeney
WU9 ^MÂ d« qftQi» répunAaitri) «mjtexQooeQt à Imr» suppli-
(HiiAM, i^ »uis nMif t aw jonfeaMice» eft 9u hieiirètre physique.
Ha «oiimlose, mm repos» «i^ vtei, c'eM d'arraohetr à Salao
lei àMi poiM kaqpisMM IMmi m'a f«N aeeowir ioi 4e Tantra
eiUinhé dia la tore, » Im hooa^a de Fucheo ne pouvaient
opposer ancuoe nfoiiUiica eficaco i we ferveur pereîHe.
L'un des plus éminents brisa ses idoles et devint chrétien;
mt ceata 4» aaa 4i9oi)pies snivireat îmipédiatiement son
exfinpk^ i£ foi hoàtmèmm y incrédule» dissolii (il &ut saroir
gré à ces malivea du mende «ke leura moindres aoAeteaionaX
ht touché au foiiA d'evdaDuer que Toa punti eèvèrement
les vices qu'il pratiquait encore; ii avouait de plua qu'ils hii
appwr^iaîent ptna Udeox que jaauie larsqn'il en contem-
plait le reflet sur la face du saint, aakoir vi^at et fidèle. Xa-^
viçf , da teata^ ne ^ bornait pas à uno muette ceasare } U in-
«al^y Umt à touD m^açaai et pafthétiqaa, auprès de son
njal preaélyta. Le enhe d^ Xaca et d'Aaûda semblait tou^
iher à sa vuineçr ç'Mait une oecasteo salenarile qui exigeait
et ^ aéf easctait las pbia ^nanda saerifleea.
iliefatta trente ana l^ m jsièros de la tbî dea bonzes avaient
élèeeseigiiéa^ dan& le plus oèlèbte de kuDs oollégea, par un
docteiu^ qui passail paat^aVair 4pp«o&>ndl toutes les branches
du satoÎDteiraBtroet do-fa^ié^élationdivinev Co saint homme,
aassitèf aprèa a^rair pi^mplgad ïes orades d'une sagesse plus
qu'baoïatnQy se retirai* ibins» maa. prof end^ solitiMe, loin de
teas toa «égarés et e'y tenait en oenMMiaieation directe avec
iea étaea inunortéla. fnaareodotio » ^^ ainsi- s'appelait-il , ««-
anâonça qu1ipfejataiN^una>^i^îte à la ville et aa palais de Fu-
cheo. G^étaiè, fMv ainsi dive» l^flla do Théll», èpiu par le
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6k LES PBBMBAS JÉSUmS.
désarroi des Grecs , et prenant sa lance massive pour reair
enfin à leur aide sur une rive que ses pas disaient trembler.
Ainsi s'avança le héros de la théologie japonaise, prêt à guer»
royer contre le prêtre ennemi ; et de même s'élevèrent parmi
les bonzes soudainement secourus les clameurs d*un triomphe
anticipé. La terreur fut universelle dans le camp des néo-
phytes encore incertains. Le monarque licencieux commença
lui-même à trembler » et tout sembla prédire la ruine de Xa-
vier et de son culte. Quand les deuk antagonistes furent en
présence , leur débat s'ouvrit par cette question solennelle,
que Fucarondono jeta d'un ton méprisant à l'apêtre chrétien:
« Me connaissez-vous, ou plutôt vous 80uvenez*vous de moi?
— Je ne vous ai jamais vu avant ce moment, r> répliqua le
saiiit.
■ Et le bonze d'ajouter aussitôt : « Un homme qui a eu aftire '
à moi dans mille occasions et qui n'ose paà ine reconnaître
sera aisément convaincu de fraude. Vous reste-t-il , ajouta le
profond docteur, quelques-uns de ces dieux que vous me ven-
dîtes au port de Frenajona?
•—Je n'ai jamais été marchand, dit le missionnaire, et ne
résidai jamais à Frenajona. . .
• — Vous avez une mauvaise mémoire, r^liqua son antago-
niste avec un sourire dédaigneux. Il y a cinq cents ans, jour
pour jour, à l'heure qu'il est, que vous et moi nous rencon-
trâmes à ce marché célèbre ; à telles enseignes que vous me
vendîtes cent pièces dé soie, outre les dieux dont j'ai parlé,
ce qui me procura l'occasion d'un négoce très-avantàgeux. »
Et partant de cette doctrine fevorite de la transmigration des
âmes, le sage se mit à développer les autres secrets de la me
ture : l'éternité de la matière, la formation spontanée de tous
les êtres organisés, et l'épuration progressive de l'esprit hu-
main, toujours de plus en plus noble, toujours de plus en plus
saint, jusqu'à ce qu'il atteigne à la mémoire parfiiitedes
chosea passées et retrouve le souvenir exact de toutes ses trans-
formations à travers les siècles ; placé dès lors sur les hautaus
d'une expérience vingt fois centenaire, au sein de la multitude
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LBS PREMIERS JÉSUITES. 65
abrutie dont les souvenirs sont confinés dans l'étroite limite
de son existence la plus récente. Un Portugais qui assistait
au débat nous assure que Xavier réfuta victorieusement cette '
argumentation embarrassante; mais il ne nous dit point I
quelles furent ses réponses, et ceci est malheureux. « Je n'ai,
s'écrie cet historien, ni assez de science ni assez de présomp- i
tion pour exposer en détail les raisonnements subtils et so-
lides par lesquels notre saint triompha des vaines imagina-
tions mises en avant par le bonze. »
Cependant la victoire fut incomplète : Fucarondono ras-
sembla ses forces dispersées et revint à l'attaque , accompa-
gné de plus de trois mille bonzes. Xavier, de son c6té, repa-
rut sur le champ de la controverse , suivi par les officiers
portugais dans leur plus riche costume. Ils se tenaient tou-
jours tète nue en sa présence, et s'agenouillaient chaque fois
qu'il leur adressait la parole. La dispute roula cette fois sur
plus d'un point épineux. On demanda par exemple à Xavier
pourquoi, célébrant des messes pour les morts, il condamnait
la coutume japonaise de donner aux bonzes des billets de
crédit dont l'escompte se feisait au profit des personnes décé-
dées. Bref, les questions furent si subtiles et si ardues, que
Xavier et son compagnon, — c'est ce dernier qui rapporte les
détails de cette polémique , -— furent poussés à croire que
l'esprit du mal lui-même était venu inspirer leurs adversaires.
Quant au bonheur de leurs réponses, le même historien l'at-
tribue modestement aux prières incessantes que , durant le
débat, les chrétiens ne cessèrent d'offrir à Dieu , en lui de-
mandant la victoire pour leurs champions. Le récit de cette
seconde polémique est plein de détails et fort animé. Nous en
extrairons seulement la conclusion donnée par l'arbitre royal
devant lequel avaient lieu ces joutes intellectuelles : « Autant
que j'en puis juger, dit-il, le père Xavier parle seul avec quel*
que raison. Quant aux autres, ils paraissent ne connaître guère
ce dont ils veulent discourir. Il leur fendrait des idées plus*
nettes et moins de violence pour comprendre ces question»
difficiles. Si vous manquez de foi, continua-t-il en s'adressant
S* SiRIS.— TOME XII. 6
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66 LES PREMIERS JÉSUITES.
aux bonzes, faites au moins usage de votre raison ; elle doit
vous enseigner à ne pas nier des vérités évidentes, et surtout
n'aboyez pas comme autant de chiens irrités. » Ce fut par ces
paroles que le roi de Bungo rompit les conférences. Mais, en
dépit dé son influence royale et de cette judicieuse décision,
le chroniqueur portugais reconnaît que Tétat des opinions
resta le même de côté et d'autre; en outre, à partir de ce jour,
l'œuvre de conversion sembla ne plus avancer. Le naïf écri-
vain s'étonne très-sérieusement que des logiciens si complè-
tement réfutés n'en aient pas moins persisté dans leurs er-
reurs , et que des pratiques convaincues d'être i la fius
insensées et criminelles soient, nonobstant ce, demeurées ea
honneur. Il serait consolant de croire que cette surprise est
fondée ; que Tobstinaiion du peuple de Fungo, circonscrite
dans ce royaume, est en quelque sorte un caprice isolé de la
nature; que partout ailleurs qu'au Japon l'enseignement pe-
ligieux est entre les mains d'hoaunes candides et sincères;
et qu'on ne trouve nulle part un professeur de théologie pas-
sionnément attaché à de mauvaises doctrines , comme Tétait
jadis le savant Fucarondono.
Xavier poursuivait depuis trois ans ses travaux émngéàb-
quesau Japon ^ lorsque de fâcheuses nouvelles coBcemaat
l'église de Goa le rappelèrent dans cette dernière cité. Sa tra-
versée de retour s'accomplit sur des mers périlleuses oui des
navigateurs affamés d'or osaient â peine se risquer à cette
é()oque dénuée de connaissances nautiques. Là , comme le
vaisseau qu'il montait, tirant après lui une petite embaiea-
tion prise à ia vemorque, courait devant le mousson, les cor-
dages qui unissaient les deux navires se brisèrent tout à coiqi,
et quelques minutes après ils étaient complètement hors de
vue. Les comps^nons de Xavier, qui pr^i^pie tous Rvaîeot ou
des parents ou des amis sur la chaloupe .ainsi emportée, dé-
jploraient le sort de ces malheureux, tout eu s'attristani d'a-
vance sur leur propre naufri^e, regardé comme ioévitdl^le.
En effet, trois ^andes journées durant, ils oourarent à l'a-
veugle^ entraînés par la force des éléments, qui semblaient se
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LES PREMIERS JÉSUITES. CT
jouer d*eux et de leur terreur , sur un océan dont les ondes
bouillonnantes écumaient comme exposées à la flamme d'un
ardent foyer. Xavier pleurait aussi, mais de reconnaissance ;
son Dieu , toujours présent, se révélait à lui par la voix fu-
rieuse de l'ouragan, et versait dans son cœur une sécurité in-
altérable. « Ne vous affligez pas, mon ami, disait-il gaiement
à Edouard de Gama, qui déplorait la perte d'un frère enlevé
avec la chaloupe dont nous avons parlé; — d'ici à trois jours la
fille aura rejoint sa mère. » Ces trois jours furent longs et ter-
ribles, mais comme le troisième allait finir, une voile apparut
à Thorison. Défiant l'effort des vents cnnanis, elle arrivait en
droite ligne sur le navire portugais et elle glissa bientôt dans ses
eaux tranquilles, comme l'oiseau marin qui, de retour après
uneeoojrse fatigante, lisse à loisir sur la^vague encore agitée
son plamage souillé d'écume. Chacun là-dessus de crier aQ
miracle, et c'était justice. En effet, non-seulement on retrour
vait d'une bçon surnaturelle la barque perdue, mais sur le
pont de cette barque se voyait Xavier lui-même, miracu-
leusement doublé. Les deux équipages ^ la fois, pendant
ces trois journées de dangers et d'alarmes, avaient été pro-
tégés et consolés par le saint apôtre. Ce prestige néanmoins
ne dura que quelques minutes, et dès que les deux capitaines
se fnréot hélés l'un l'autre, il n'y eut plus tout à coup qu'un
sed François Xavier debout è côté d*Édouard de Gama, sur
le pont de la Croix-SaipUey — ainsi s'appelait le vaisseau du
Commodore. Ce bâtiment reçut en cette occasion une charte
d'immunité directement émanée du ciel, et qui le mettait à
Tabri de tout danger. Tant que ses planches tinrent Tune à
l'autre, il put hanter impunément des parages que tout autre
cAt trouvés fonestes.
Pendant ce merveilleux voyage, Xavier et Jago de Pereyra,
commandant du navire , s'étaiei^t ouverts l'un à l'autre. Ce
dernier, bien qu'adonné aja commerce, avait de plus hauts
desseins que les vulgaires marchands. Ce n'est pas lui qui, de
nos jours, e&t borné ses désirs à passer de l'opium en contre-
bande. Il poursuivait deux grands résultats : la conversion
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68 LES PREMIERS JÉSUITES.
de l'empire chinois et sa propre nomination au poste d'am-
bassadeur près la Cour Céleste à Pékin. L'apôtre et le com-
merçant mirent en commun pour cette gigantesque aven-
ture, l'un son influence et sa vie , l'autre sa fortune entière.
Us menèrent vivement les choses ; car dès le printemps de
l'année suivante, la Croix-Sainte partit de Goa pour les por-
ter l'un et l'autre vers les côtes encore inexplorées de la Chine.
En passant à Malacca, Xavier apprit que ses prédictions s'é-
taient accomplies en partie. La peste, ce fléau divin, ravageait
le peuple orgueilleux et sensuel qui avait méprisé les avis de
l'apôtre. Il se fit aussitôt descendre à terre, peu disposé à lais-
ser sans secours les misérables si justement frappés. Rien ne
pouvait lui faire oublier qu'ils étaient ses frères, et tout cédait
en lui à l'appel de l'ardente charité. Vaisseaux, collèges,
églises, se métamorphosèrent à sa voix en autant de lazarets.
Il passait les nuits au milieu des malades et des mourants,
et s'il les quittait pendant le jour, c'était pour aller de porte
en porte mendier la nourriture et les remèdes dont ils avaient
besoin. La Chine même fut oubliée momentanément, et tant
qu'une victime de la peste réclama ses soins, l'apôtre ne se
sentit pas le courage d'abandonner son lit de douleur pour
marcher à la conquête des âmes.
Enfin, le fléau cessa de sévir, et la Croix-Sainte s'apprêtait
à quitter le port de Malacca, lorsque des difficultés nouvelles
s'élevèrent, que Xavier lui-même, tout prophète qu'il était,
n'avait pas prévues. Le gouverneur don Alvaro d'Alayde,
grand d'Espagne de première classe, n'était nullement disposé
i favoriser l'ambassade de Pereyra; il regardait l'honneur de
représenter la couronne de Portugal auprès du plus grand
roi de la terre comme fort au-dessus des prétentions d*nn
homme du peuple. Le lui confier était faire en quelque sorte
un vol à la noble maison d'Alayde, dont le représentant s'a-
baissait^aussi jusqu'à convoiter des appointements qu'on pré-
voyait devoir être fort considérables. Par toutes ces raisons,
le gouverneur fut d'avis que l'expédition projetée n'était
point avantageuse aux intérêts bien entendus de Jean III. Pe-
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LES PEEMIBES JÉSUITES. 89
reyra comparut devant lui en suppliant , et voulut conjurer ses
refus par un présent de 30,000 couronnes. Tous ceux qu'in»
téressaient le commerce et la conversion de la Chine unirent
leurs sollicitations à celles du futur ambassadeur; mais ce fut
eo vain : Alvaro, brandissant sa canne sur la tète des gens
prosternés à ses pieds, jura que l'ambassade projetée né par*
tirait pas tant qu'il aurait le gouvernement de Halacca et la
capitainerie générale des mers portugaises. Les semaines suc-
cédaient aux semaines, sans qu'on pût ébranler cette volonté
contraire, et la saison favorable tirait à sa fin, lorsque Xa-
vier, après bien des hésitations, prit le parti de revendiqua
une autorité dont il était secrètement investi. Un bref papal
lui conférait le titre et l'autorité de nonce apostolique en
Orient. Il le produisit alors pour la première fois, et montra ses
mains armées des foudres ecclésiastiques. Alvaro ne se laissa
pasefrayer, et la sentence d'excommunication éclata aussitôt
sur sa tète et sur celle de ses adhérents. Il n'y répondit qu'en
séquestrant la Croix-Sainte. Xavier écrivit pour se plaindre
au roi ; le gouverneur intercepta ses lettres. Le vicaire du vi-
caire de Jésus^hrist ne pouvait plus en appeler qu'à Dieu
pour le soutien de sa juste cause. Ainsi fit^il; et après s'être
prosterné au pied des autels, il se releva, fort d'espérances
nouvelles. La CroiX'Saintef maintenant au service d' Alvaro,
allait partir pour l'ile de Sancian, à l'embouchure de la rivière
de Canton, le seul point de l'empire où les Portugais eussent
la permission de commercer. Xavier résolut de s'y foire con-
duire, et de se rendre ensuite à Hacao pour y prêcher l'Évan-
gile. Ceci devait nécessairement l'amener dans les cachots
de l'empereur; mais là, il aurait pour compagnons de cap-
tivité des habitants du Céleste Empire, à la conversion des-
quels il se promettait de travailler, voulant à tout prix, et
dût-il même lui en coûter la vie, déposer dans ce pays le
germe de la foi qu'il se sentait appelé à propager : c'était
un projet qu' Alvaro ne prétendait contrarier en aucune fa-
çon. La CroiX'Sainte fiit de nouveau équipée; et l'apôtre des
Indes, suivi d'une foule étonnée, sortit de Malacca pour se
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n LES PREMIEES JÉSUITES.
rendre au rivage. On le vit s'agenouiller sur le sable et la
face contre terre, prier silencieusement avec une ardeur pas-
sionnée. Un tremblement nerveux agitait son corps, et sa poi-
trine gonflée semblait prête à se rompre. Quel était le sens
de cette agonie extatique? quelles prévisions merveillensefl
troublaient à ce point une âme si ferme? C'est ce que nul
n'osait deviner ni demander à Tapôtre : seulement une ter^
reur contagieuse, communiquée par le regard an regard,
^'emparait des assistants devenus muets : on eût dit le
oalme qui précède les premiers éclats du tonnerre» alors que
le firmament se prépare aux tempêtes qui le vont déchirer.
Xavier se leva bientôt, non plus avec ce visage afFectneux et
doux qu'on lui voyait d'ordinaire , mais le front rayonnant
d'une indignation divine. Isaïe n'était pas plus menaçant
t|uand il annonçait la colère de Dieu au roi de l'antique Ba-
bylone. Debout sur un rescif entouré d'eau, l'apôtre détacha
ses sandales , les frappa l'une contre l'autre avec une action
véhémente, et les jetant ensuite loin de lui dans un transport
d'horreur pour la poussière dont elles étaient encore soaillëes,
îl sauta pieds nus dans le vaisseau qui devait l'emporter loin de
la cité maudite et vainement avertie. *
L'ile de Sancian, où il arriva bientôt après, n'était qu'une
factorerie commerciale, et les marchands qui venaient y sé-
journer pendant une partie de l'année s'opposèrent avec
énergie à ce qu'il pénétrât plus avant dans le Céleste Empire.
Us voulaient bien croire aux prodiges qu'on racontait de
Xavier; ils ne doutaient pas que, dans une forêt infestée de
tigres, il avait bravé la fureur de ces animaux sans autre arme
qu'un vase d'eau bénite. Mais les mandarins leur semblaient
encore plus redoutables , et sans aucun doute ils voudraient
punir les prédications de l'apôtre aux dépens de ses compa-
triotes les moins soucieux de conversions religieuses. En vain
Xavier leur répéta cette question de Loyola, qui avait eu tant
d'influence sur son esprit; en vain d^nanda-t-il à ces hooH
mes avides d'entasser couronnes sur couronnes et moïdores
sur moïdores : -* c<à quoi cela sert-il?» Ils ne purent jamais
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LES PREMIERS JÉSUITES. Tl
comprendre ce désintéressement sublime, et ils quittèrent
rile sans avoir voulu fournir à Xavier les moyens de traverser
le détroit qui le séparait de Macao. Il restait sans abri, sans
aliments, mais non sans espérance, à la merci des officiers
d'AIvaro, qui consentirent cependant à le reprendre à bord
pour le conduire à Siam , dont le roi devait prochainement
envoyer une ambassade en Chine. Xavier espérait qu'il lui
serait permis de s'introduire parmi les négociateurs siamois
dans cette terre jusqu'alors fermée à ses vœux.
Hais ses labeurs terrestres et ses nobles ambitions al-
laient s'arrêter pour jamais ; l'ange de la mort venait récla-
mer cette Ame mieux préparée qu'aucune autre à compa-
raître devant la justice éternelle. Xavier était alors sur le
navire qui allait l'emmener à Siam. Il demanda et obtint
qu'on le déposât sur le rivage, où il comptait attendre sa fin
dans un recueillement plus absolu. Gisant sur cette c6te nue
et tandis qu'un vent glacé ajoutait à ses dernières souffrances,
il lutta seul contre les ardeurs mortelles de la fièvre qui ache-
vait de dévorer sa vie. Saint abandon, majestueuse agonie au
prix desquelles le plus heureux, le plus entouré des enfants
des hommes n'a que solitude et détresse. Sur la tète du mou-
rant se dressait le crucifix rédempteur, gage d'une heureuse
éternité; devant ses yeux éteints, remplacés par ceux de la
foi, se pressaient en foule les ministres célestes de paix et de
consolation; leurs hymnes triomphales se faisant jour pour
la première fos dans la prison de chair que le saint allait
quitter, retentissaient à son oreille charmée; d'indicibles
pleurs couvraient ses joues; enfin, sous le froid baiser de la
mort, tous ses traits prirent un instant l'éclat anticipé de sa
gloire prochaine; il se souleva, les mains appuyées sur le
signe du salut : « In te , Domine, speraviy non confundar in
œtemum, » s'écria-t-il, et courbant la tète, il rendit l'esprit
[Edinburgh Review.)
(La 2« partie à la prochaine livraison.)
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Mémoivts. — iltoeurs ^trîstxrrrattques*
LE JOURNAL DE MISS BURNET (1)
(madame d'arblay).
su.
LA DÉMENCE DU ROI GEORGES III.
Nous laisserons maintenant la parole à miss Burney. D'a-
près ce qu'on a trouvé dans la première partie de notre
compte rendu, chacun a pu se faire une idée juste du rôle
qu'elle jouait à la cour de Georges III; des attributions qui
lui étaient dévolues ; des sympathies et des antipathies qu'elle
y avait rencontrées; de ses dispositions à l'égard de chacun;
de l'esprit qui présidait à ses jugements ; du sombre nuage
que l'ennui et le malaise de son amour-propre répandaient
parfois sur les menus détails de cette monotone existence.
Un lecteur perspicace,— et nous devons toujours compter sur
la perspicacité de nos lecteurs,— est donc maintenant en état
de replacer chaque chose et chaque individu sous son vrai
jour.
Nous nous bornerons à lui rappeler sommairement à
quels événements politiques , à quelle situation difficile se
(i) Voir le numéro de septembre pour le premier extrait.
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LE JOURNAL DE MISS BURNBT 73
rattachent la crise intérieure, le malheur domestique dont le
tableau va passer sous ses yeux.
Cinq ans avant Tépoque où nous allons être reportés , la
grande lutte du ministère de coalition contre Tautorité
royale s'était terminée par le triomphe de cette dernière. Fox
et lord North , unissant leurs forces parlementaires dès que
la fin des hostilités en Amérique eut fait disparaître la prin-
cipale cause de Teurs divisions, avaient constitué, comme on
sait, une majorité compacte au sein des communes, et par
elle, espéraient dominer à la fois l'autorité royale et le pouvoir
aristocratique. Le champ de bataille , habilement choisi, fiit
cette mesure capitale qui devait retirer le gouvernement des
Indes à la Compagnie, et le faire passer entre les mains d'une
commission à la composition de laquelle le monarque devait
rester étranger : le parlement se la réservait.
Un pareil acte d'autorité, réalisé au profit du corps électif,
bouleversait la constitution, et créait au sein du gouvernement
existant un gouvernement nouveau, — m imperio ttnperfum,—
dont Vînfluence et l'autorité, tendant à grandir sans cesse,
compromettaient évidemment le pouvoir exécutif. Lord Thur-
low n'avait pas trop dit, en affirmant avec une certaine em-
phase que le bill de l'Inde, s'il était adopté, arracherait la
couronne au monarque pour la placer sur le front de Fox.
Georges III pressentit la catastrophe, et pour la prévenir,
déploya tout ce qui lui restait de ressource^; décidé, s'il était
vaincu, à retourner dans le Hanovre,. plutôt que de subir à
Londres le joug d'une oligarchie parlementaire. On sait com-
ment, le 8 décembre 1783, le bill adopté déjà par une grande
majorité de la Chambre basse fut rejeté par un petit nombre
de pairs dévoués à leur mattre. Ce fut à cette occasion que
Pitt s'empara du ministère, et presque seul contre une oppo-
sition formidable, à force de sang-froid, d'éloquence, décou-
rage et d'habileté, rendit aux principes conservateurs dont il
était le glorieux représentant, leur prédominance un moment
menacée. Ce fut l'aiiiaire de trois mois. En voyant au bout de
ce temps l'opinion changée, le parlement dissous et une
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^h LE JOURNAL BE MISS BDRNET.
ehambre nouvelle, remplie de confiance dans un homme d'é-
tat à peine âgé de vingt-six ans , Sheridan s*écria que Pitt
avait vaincu les communes. Lord North dut avouer en fré-
missant, « que ce jeune homme était né ministre; b et Fox vit
échouer contre le nouveau bill de llnde » que le gouverneBient
substituait au sien , tous les efforts de sa prodigieuse élo-
quence.
Les deux ou trois ans qui s'écoulèrent ensuite foirent con-
sacrés à relever les finances et l'administration de l'état fi^
cheux où elles étaient plongées depuis le passage de lord North
aux affitires. D'un autre côté, profitant des craintes qu'inspi-
rait au cabinet prussien, alors dirigé par Herteberg, l'il-
lianoe redoutable de Catherine et de Joseph II « Pitt parvint
à conclure entre l'Angleterre, la Prusse et la Hollande, sou-
mise désormais au stathoudérat héréditaire, le célèbre traité
de Los, qui anéantit en Hollande l'influence ducabinet de Ver-
sailles, et rétablit dans le nord de l'Europe la suprémitie
anglaise, si affiiiblie par la guerre d'Amérique.
Le traité de la triple alliance fut signé le 13 juin 1788.
Il va sans dire que de tous ces £aits, pas un ne se trouve
écrit dans le journal de notre spirituelle narratrice. Le 13 fé-
vrier de la même année seulement, son attention fiit appelée
vers les événements publics à l'occasion du procès de Wamn
Hastings, qui commença ce jour-la. Miss Burney assista au
début de cette mémorable poursuite (1). Acquise à toutes les
opinions du monde où elle vivait, l'auteur d*EveUnm prenait
le plus vif intérêt à l'accusé : elle discutait avec Wjmdham,
pendant la lecture de l'acte d'accusation, les charges portées
contre Hastings par la commission dont Wyndham Im-mèBe
fiiisait partie. Après le célèbre discours de Burke, saluée au
sortir de la chambre par cet homme illustre,-* et ière, en dé-
pit d'elle-même, de ce léger hommage, — elle ne hri rendait ce*
tl] Les lecteurs de la Revue Britannique n'ont pas oubné sans doute
k tableau de cette séance si largement dessiné dans le brillant artide
sur Warreo Haatiogs.
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LE JOUBNAL DE MISS BURNEY. 75
pendant sa politesse qu'avec lapins ingrate réserve : bref, cette
solennité, comme toutes les antres, lui servit à se mettre en
scène, toujours embarrassée d'elle*m«me, de sa célébrité, de
•es moindres propos et de ses moindres démarches. Nous al-
loa» la retrouver ainsi dans les ligaes qui précèdent la pre-
mière mention du tragique événement près de fondre alors
ittr la fiimille royale. On lit, en effet, dans la même page du
Jmo'Md (tome k, partie vi, page 270) :
Mardi 14 octobre 1788. J'ai encore eu ce soir un de mes
anciens tourments depuhUmti. Nos beaux officiers, en reve-
nant du concert, semblaient se communiquer à voix basse
quelques observations mystérieuses : je l'avais remarqué, sans
savoir de quoi il s'agissait. Tout à coup le colonel Golds-
worthy s'approche de ma table à thé, où il pose, sans dire
titre chose que « Voici, madame, » un numéro de journal;
après quoi il tourne sur ses talons, et sort à grands pas de
l'appartement.
le me suis trouvée alors en fece de l'article suivant : « Le
siJeoce littéraire que miss Burney garde depuis quelque temps
est vraiment à regretter. Aucun romancier de nos jours n'a
autant de titres qu'elle à l'estime du public et à nos éloges;
ses personnages sont toujours dépeints avec une grande ori-
gioalité de crayon et une rare vivacité de coloris ; en outre,
sa morale est de l'ordre le plus pur et le plus élevé. »
Vous me demanderez peut-être pourquoi ces éloges m'in-^
quiètent et me g^ent; mais c'est que vraiment, mes chers
anis, toute mention de mon nom est pour moi un sujet d'alar*
mes; je ne sais jamais si ce qui doit la suivre est éloge ou blâme,
et mon ancienne répugnance à être connue me revient avec
chaque panique. D'ailleurs, plus je regarde autour de moi, et
plus le danger d'attirer sur soi l'attention me demeure- incon-
testablement démontré. L'envie est à l'éloge une compagne
aussi fidèle que la raillerie au malheur.
Vendredi 17 octobre. Notre retour à Windsor (la cour était
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76 LE JOURNAL DE MISS BDRNET.
alors à Kew) se trouve retardé jusqu'à demain. Le roi n'est
pas bien portant; depuis quelques semaines, sa santé n'a ja-
mais été complètement bonne. J'espère cependant qu'il n'j
a pas de graves alarmes à concevoir; mais le vague même
de ses plaintes est quelque chose de fiàcheux, et sa santé
d'ailleurs est si précieuse I...
J'ai passé une grande partie du jour avec notre aimable
reine , occupée à lire les Commentaires biographiques du doc-
teur Hunter sur la Bible. Sans avoir rien de très-frappant,
ils méritent le succès qu'ils ont obtenu.
Samedi 18 octobre. Le roi était mieux ce matin. Ma royale
maîtresse m'a dit que sir Georges Baker (1) déciderait si
nous devons retourner à Windsor dès aujourd'hui , ou seu-
lement demain.
Dimanche 19. Le voyage à Windsor est encore remis , et
l'état du roi ne s'améliore pas. Que le ciel le garde de mail
Il y dans sa plus légère indisposition de quoi causer d'indi-
cibles frayeurs.
Je reste beaucoup auprès delà reine, qui est, à ce qu'il me
semble, fort inquiète, mais qui ne parle jamais de ses crain-
tes. Nous lisons Hunter, et c'est là le principal sujet de nos
entretiens
Nous voici condamnés à passer encore quelque temps ici;
et comme nos préparatifs n'étaient faits que pour un jour ou
deux, nous ne savons plus à quel saint vouer nos toilettes;
nos ressources littéraires se bornent à trois volumes , et j'ai
pour toute société M. de Luc et miss Planta. Dans un pareil
dénuement, ne sachant que foire, j'ai commencé une tragé-
die : ma situation d'esprit n'admettait rien de moins triste.
Lundi 20 octobre. Le roi a passé une nuit affreuse : nous
avons tous été cruellement eifrayés; mais l'accès est passé,
Dieu merci, et S. H. va mieux ce matin.
Le mieux dont parle ici miss Burney se soutint pendant les
(1) Médecin ordinaire da roi et de la reine ; né en 1722, créé iMronet
en 1766, élu en 1797 président de l'Académie de médecine. Son mérite
littéraire lui faisait une place k part dans sa profession. Il est mort en 1S09.
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LE JOURNAL DE MISS BURNEY. 77
jours suivants. Le 25, autorisé par sir Georges Baker, le voyage
de Windsor eut lieu. Le 26, qui était un dimanche, on ob-
tint du roi qu'il n'irait pas à la chapelle. Miss Burney le ren-
contra dans un couloir qui menait à la chambre de la reine.
n m'arrêta, dit-elle, et m'entretint de sa santé près d'une
demi-heure, avec une volubilité de paroles et de gestes où se
révélait clairement un reste de fièvre. Il dort à peine, m'a-t-il
dit, quelques minutes chaque nuit; et vraiment, si on ne par-
vient pas à lui rendre le sommeil, il est menacé d'une fièvre
cérâ)rale. On le voit à son agitation involontaire et à la sus-
ceptibilité de ses nerfe, ébranlés au moindre bruit. Sa bien-
veillance et sa bonté naturelles n'en sont nullement altérées;
elles semblent au contraire emprunter à son état d'émotion
continuelle je ne sais quoi de plus pénétrant et déplus attendri.
Il assure tout le monde qu'il se porte bien : sa crainte uni-
que, diraitron, est de nous causer quelque frayeur, ou de
déranger en quoi que ce soit nos habitudes. Il m'a paru
nûeax que la nuit dernière. Personne cependant ne parle de
sa maladie, et chacun garde pour soi les conjectures qu'elle
lai 59ggère.
Saoïedi V novembre. Notre monarque bien-aimé ne se réta-
blit pas rapidement : la fiiiblesse est telle qu'il marche depuis
quelques jours comme un gouttent. Il continue cependant à
parler très-haut et à forcer son organe, qui est maintenant en-
roué à foire peine. La reine est évidenunent de plus en plus in-
quiète. Nous lisions ce matin ensemble les discours du doc-
teur Hunter (1). Par deux fois, à des passages pathétiques,
S. M. s'est laissée aller à fondre en larmes, a Dans quel état
sont mes nerfial s'est-elle écriée, et ne suis-je pas vraiment
folle! qu'en penses-vous , miss Burney ?
(1) Né en Écosie en 1741, ordonné en 1766 mlDiitre de Sonth-Leith.
Ed 1771, il détint paiteur de rÉglIse presbjtérieone d'Ecosse à Londoa-
wall; auteur d'une M»^rapM« iocrée en lept tolumes et traducteur de It
Phyiiognomonie de Latater. Mort à Bristol en 1802.
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78 LE iOUBNAL DE MISS BURNET.
.-«Non, madame» » laî ai-je répondu, trop iallmidée pour
ajouter ua seul mot.
£lle s'est ranimée cependant, et nous avons fini noire lec«^
ture, après quoi elle est remontée et s'est mise à jouer quel*
ques airs sur le clavecin delà princesse Augusta.
Le roi chassait : je n'ai jamais vu la reine si inquiète de
son retour. Dès qu'il eut mis pied à terre, il envoya un psge
chargé de lui porter du caft mélangé de quinquina deas le
cabinet de toilette de la rein« : elle a voulu le préparer elle-
même , et lui a fait demander Msmte comment il Tavait
trouvé.
Le roi s'aperçoit bien du changement emvemi en lui, et des
inquiétudes qu'il donne à la reine. On le dirait et il se croit,—
Bîeu veuillequ'il se trompe !-««inenaoéd'ttnâbraiilemeiitcofli-
plet dans sa robuste constitution. J'étais présente à sa pre-
mière entrevue aveclady Effingham, après son dernier re-
tmr i Windsor : «c Ha chère Effjr, lui cria-t4l, vous me voyes
devenu tout d^un coup un vieillard. »>
Cette exelaïaatioam'aSBeta tellement, que je faillis quitter
la chambre; mats je retrouvai la force de demeurer, lorsque
j'entendis lady Effingham, avec sa manière bienveillante, mais
positive et «rètée, lui répondre tranquillement : a Kous
vieillissons tous, sire; voyez^moi plutôt. »
11 lui HUHitra alors une banne qu^il venait de se foire ap*
porter :
« Je ne puis plus, lui dtt-il, bouger sans eela; chaque heure
qui passe m'enlève quelque force. Tf> Et tout en prenaat sa
potion, il ajoutai « Fort heureosenAent j'ai la reine pour mé-
decin , et je ne sais pas d'homme qui en pAt avoir un meil-
leur. Elle est aussi mon amie, et je dirai de son amitié ce que
je dis de ses soins : rien 4t meilleur n'échut jamais à per-
sonne. »
. Je ne sais comment la reine prit sur elle de ne pas éclater,
tant ces paroles touchantes empruntaient de puissai¥:e à l'al-
tératiou des traits et à l'enrouciBQeAt de lajroix'qui les pro-
nonçait ; pour ma part, j'étais vivement émue.
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LB JOURNAL DE MISS BURICET. 79
Je n'oublierai jamais non plus ce qui s'est passé ce soir. Lors*
que je suis descendue dans le cabinet de toilette de la reine,
son royal époux était encore avec elle. Il a pour habitude de
Ff conduire avant de se retirer. En ce moment , il la priait de
ne pas lui adresser la parole, quaiul une fois il serait rentré dans
sa chambre, a et cela, disait-il, pour que son sommeil ne fût
pas troublé ; car, avant tout, il avait besoin de dormir. » U ré-
péta cette phrase atf moins cent fois de suite, et Dieu sait si
elle était superflue : la pauvre reine, une fois couchée, ne pro*
nonce jamais un seul mot. S'adressant alors à moi, le roi me
dit qu'il était réellement très-bien portant, à cela près qu'il
ne pouvait s'endormir.
Tout ceci était dit sur le ton le plus alFeetseux, et bien
évidenuMSt dans le but de tranquilliser la reine, de nous
eaimer tous et de nous faire plaisir. Jamais il ne m'avait
adressé la parole avec plus de douceur et d'aménité; mais il
y arait daBs sa voix et dans le tremblement de ses mains
quelque ckose de convulsif qui indiquait, en eSét, un grand
besma de sommeil. Aussi pendant toute la nuit demeurai-je
eo proie anx plus vives inquiétudes. S'il ne dort pas mainte-
nant, me disais-je, il aura le délire demain matin.
Dimanebê 2 notembre. Le roi était mieux, et on a obtenu
de lui de ne pas se rendre à la prière La reine et les prîn*
osies y sont allées. Après leur départ, je m'acheminais vers
ma chambre; mais le roi m'a rappelée, et jusqu'au retour de
sa iamiUe, c'estnà-dire pendant environ une demi-teure, il
■i*a parlé sans discontinuer de sa santé toujours meilleure;
a le repos seul lui fait faute, et néanmoins il a dormi cette
nuit comme un enfant. » Tout cela, du ton le plus gracieux
et le pins doux; niais bien loin de me calmer, tant de cen-
descendance ajoutait au regret q«e j'ai de le voir souffirîr..
Lundi 3. L'instabilité de la s^nté du monarque et lechati-^
gement qu'on remarque en hii laissent fteiut à ^craindre t si
rirritation de ses nerfs n'est pas apaisée de feçon ou d'autre ,-
je le crois à la veille de quelque terrible attaque. Uneirayeur
secrète semble dominer la reine, et l'effort qu'.eUe fait pour
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80 LE JOURNAL DE MISS BURNET.
conserver un extérieur serein lorsque nous sommes autour
d'elle, m'attriste au delà de toute expression. Aujourd'hui,
seule avec elle, j'ai vu s'évanouir cette fausse apparence, et
tout à coup un accès de larmes et de sanglots succéder au
sourire qu'elle s'impose : c'était un spectacle navrant...
De temps à autre, elle se lève et parcourt la chambre de
long en large sans dire un seul mot , mais livrée à de secrètes
angoisses et à des irrésolutions que trahissent de fréquents
hochements de tète. Très-souvent elle s'enferme avecmissGold-
sworthy, à qui elle demande sans doute comment son frère a
trouvé le roi.
Les princes sont tous deux venus àEew plusieurs fois pour
voir S. M. Le duc d'York y est venu aussi, et sa visite a faut
le plus grand plaisir à son père, qui a témoigné combien le
touchait vivement cet intérêt pour sa santé : ce Mais Frédéric
est si bon I d ajoutait-il .
Ce soir, le général Budé m'a fort effirayée en m'apprenant
que le docteur Heberden venait d'être mandé. Il est vrai
qu'un supplément de secours semblait devenir indispensable;
mais la profonde aversion du roi pour les médecins rend
vraiment effirayante l'arrivée d'un nouveau venu. On ajoute^
du reste , qu'il ne s'agit que d'une consultation, mais que
l'état du monarque n'a nullement empiré.
Mardi 4 novembre. Même emploi du temps que pendant
les journées précédentes. La reine est plongée dans une som-
bre inquiétude. L'état du monarque est devenu presque in-
compréhensible : toute la maison est en désordre et comme
effi'ayée. On a remis de nouveau le jour de 'réception, et nous
restons décidément à Windsor.
Mercredi 5. O jour terrible I la lecture de mes notes m'est
si pénible, que plusieurs fois le courage m'a manqué pour les
continuer. Je ne veux pas cependant omettre cette journée;
elle ne s'eifacera jamais de ma mémoire, et je dois à mes chers
amis la clef de tous ces récits, qui ont sans doute transpiré
au dehors.
Le matin, je trouvai ma pauvre maîtresse en proie à une
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lE JOCRIfAL DE MISS BCRNEY. 81
tristesse toujours plus grande; elle semblait appréhender
quelque chose d'horrible, et ne compter, pour s'y résigner,
que sur les secours de la religion. Depuis quelque temps ,
nos conversations roulaient presque toutes sur cette idée mé-
lancolique.
Je ne soupçonnais pas encore la nature de ses craintes.
Une maladie grave du roi, la ruine irréparable de sa robuste
sauté, une vieillesse prématurée, des infirmités soudaines,
telles étaient, croyais-je, les menaces de la destinée Mais
ces prévisions, quelque affreuses qu'elles fassent, n'arrivaient
pas jusqu'à la réalité.
Depuis quelques jours, je ne sortais plus, trop affligée pour
(fuitter le château où la reine elle-même demeurait assidA-
ment. Personne n'y était admis; il n'est pas jusqu'à \ady Ef-
fingham qui n'ait dû , pendant ces deux derniers jours , se
contenter des nouvelles de la fomille royale, qui lui étaient
transmises par un page.
A midi, le roi est sorti en voiture pour prendre l'air avec
la princesse royale. Je m'étais mis à la fenêtre pour le voir
partir. Son sourire était doux et bienveillant comme à l'or-
dinaire; mais il donnait au postillon des ordres si multipliés,
et sortit deux fois du carrosse pour y remonter aussitôt, avec
une telle précipitation , que mes craintes relativement à quelque
fièvre dangereuse me reprirent avec une nouvelle fbrce. Hé-
las 1 combien j'imaginais peu qu'il se passerait tant de jours,
et si tristes, avant que je pusse le revoir I
Lorsque je descendis chez ma pauvre reine, je trouvai son
courage plus abattu que jamais. Je ne sais quelle anecdote pu-
bliée par le Mùrninq-Herald, relativement à l'indisposition du
monarque, l'avait profondément irritée Elle déclarait haute-
ment que, selon elle, il fallait poursuivre i^mprimeur ; elle m'or-
donna de brûler le journal, et se mit à chercher par quelle
personne fl serait convenaUe de faire adresser au journaliste
un avertissement sévère sur le danger qu'il courrait à l'avenir
en insérant des articles si calomnieux. Jelui nommaiM. Fairly,
attaché à son service personnel, et dont le caractère délicat
5* SÉBIE.— TOMB XII. 6
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62 lE iOVENAL DE MISS B17RNB¥.
et discret offrait toutes les garanties désirables pour une mifr*
sion de ce genre. <( Esi-il ici? » s'écria S. M. Je répondis que
noa, mais qu'on raUendait sous peu de jours.
Je vis par là que mon avis avait son approbation. Peuaprès,
la princesse royale revint de la promenade. Elle mol^agai^
ment chez sa mère, et lui rendit compte en allemand de ce
qui s'était passé. Je vis, à rexpression du visage de S»M.,qae
les nouvelles étaient bonnes.
Bientôt après et sans être attendu, le prince de fiaHes ar-
riva et se fit introduire chez la r^e. Il était parti le matia
même de Brighthelmstone. Un sentiment dissimulé des deax
paru donnait un cacaetère solennel ei conUraint à cette ealr&-
vuie. La r^ine demanda au prince s'il ne comptait paaretoor-
mv à Brighthelmstone. Il lui répondit affirmativemeni^ et
qu'il partiraît. le lendw^n ; il exprima ensuite le désir de bu
parler en pwticnlier, et tous deax se retirèrent soseioble
dans une autre pièce.
J'éteis à p^e remontée chez moi, où je me perdais earé-
fie^UiMSs^ttr rétat desehosesi lorsqu-'une chaise de poste s*a^
rétaprès des grilles, etje vis M. Fairly en dcscendreavecson
fils Charles» Hmarcbaît péniblement, et semblait n^P^ ^
tout à fait semiS' de sa. dernière indisposition.
Quoiqwteès^eureusede son arrivée, qui^ dans ce momeot
d'idacmea» nfiMiait à lai reine son confid^oyt le plus apprécié,
jeil^puSiT^Iampôeherde ficisBonner en songeaniquelapronp-
titude de son retour (îenait san& doute à quelqpe messs^^ ^
unet déterminé pej? l'importance dos év.én(Nnents.
. Ja (ttnai/swW avec miss Planta : noua gardives toutes
d^UKUH^aUiHioc} preaque absolu; moi» 4ominée par une tri^
les^40l»tf J0W me re^idaispas bien compte; elle, ancomaat
4€(bia«4sst «h^sea dont; eUe. s'interdisait de parler. Koos
4em«u4nie^ wsembtey)sq^'à.si]i.heures,.mai6| sansiclumger
4'wMiîASr paroles que quelques propos insignifiaiat^ soi 1^
iiiteUisa/sqi)Qnt,proba^e a désiré 4lu monarque.
Ql^^i9fk^, WJ^ trâliquÂUit^ .a^Uiaordinaire régnait im
li^mterl'halv^tatiaa^ p^raoue ne bougeaijt; on ji'eiitendait »-
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UB SaCKKÂMs BE JII» BUBMET. 81
dise rois, aucun faraiL €e vtfOê niuaHé, aulien de rihnçr
Vlafiélmte» wmbiiii mflttge ditcua aur ses gardes ; et quaai
à moi, je ne s&ÊÈm îaoïpabfe de loat«nlre ekose que de
prêter l'oreîMe à -œi étêOÊgt iHeiiee.
Vere sept heures, mc/n étmnUkpm vkii si'appmidf e qie
la «Brique était diooauBBBdée et les nuaioieos mconMlft
ben dn chftteao.
Le goAt proBOBcé de & X. fmair h iiMtsîipaa, qQ*«a vmti
joMiB'alerB regardfecaMBW calBMntl'irrhatien de «es nerfs,
denaoBt à eotle pndiibitsaB une asseï grande àtipertenoeb ie
ne la eOBiprenaîs fias; elle i^ootaiti rimprâw de tevt ee <|Bi
se passait autour de moi
(àfrès qmlqBafl détails anr me ràiniOB qui «ut lieu chez
eDe» ai doBi kmslaa.penDUiiages gnrdèveBt les ub» Tia*è*iria
des aBÉrai «ae réaervie abaaiue, laias Banny raounte qn'jella
(ksaaoracBia mmh avec 11. Faialji (1).]
Boas éfioBS'eBf n seuls ; omis je ae pOBrais articuler «ne
parale^eiilseftaîaaitBonuiieaam.CetlepaBBeloBgueetaémnse
imtpariaecBaser ta vérhaUe efm, .et Je trambiameiit ifléè^
rieur daat je me aantîs fiasaîa aas mit tout à finit hors d^'état
de ie ifuestHMiBer sur la sHuation des choaea. Si. je n'jivaiB
pas eu i lamain «n petit euvrage de broderie ;qui bk doiaiail
une oBnteaasHief j'ancaîs ètéforete, fomt pteadieSBr aïoi, de
quitter la chambre.
le^aae.iiu'il ésiMa^iiiea réflotteas^ bien qm toutd'aberd
il m'eètceueiparfiriÉeniaiit.aa ooucaBt delontce qui sa pas-»
sait; Buîs iscaime je ooatiaaiaif à me taire, il me dcBumâa si
îe saBaia.à «piel pMut les >choaes étaîest >enpîri^:, etdaBs
quel triste état le roi se trouvait.
Im. cxaîBte.qBe me cau^✠prapas nexne penuit'pas'fleaui
(f) Ce nom ie'Paiil^ t^neèré), comme celui de turbulent, n'eit qu*ua
p0etidoaym< par kqulA'mîis'Mjriiey^étfigiie m detf^fBderrdelareSm.
fiHetfvMi, a es qu'H staiMa^ aaNz laBninpiait sfae^a pefsoansffe» m,
Jaafaaiiti» bîea qM^H m^^M^ àgA,9ff#uHitOTjBoailaérAses.della«f(ite
tgm^HMêJigmMmM fkUMv^^mJ^ VU J?Aldyt
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8i^ LE JOVBKAL DE MISS BUEIIET.
répondre autrement que par un regard inquiet. Heareuse-
ment il en comprit le sens, et sans attendre une autre ques-
tion, me révéla dans toute leur affreuse vérité les événements
dont je soupçonnais à peine la mystérieuse horreur.
Quel récit, 6 mes amisl Pendant le dtner, le roi, saisi tout
à coup d'un délire complet, avait enfin réalisé les craintes
qu'inspirait son état à toutes les personnes dont il était ha-
bituellement entouré. La reine, dominée par la terreur, avait
eu aussitôt une attaque de nerfis; toutes les princesses étaient
consternées; le prince de Galles pleurait à grosses larmes;
personne ne savait ce qui allait suivre, et n'osait à cet égard
former la moindre conjecture.
M. Fairly me parla dé la pauvre reine dans les termes de
la compassion la plus vive. C'était du fond de l'Ame, disait-O,
qu'il s'apitoyait sur sa destinée, sur celles de ses charmantes
filles, et sur cet avenir inconnu qui s'ouvrait pour elles toutes.
Je l'écoutais sans dire un mot; mais lorsqu'il eut passé en
revue toutes les personnes qu'atteignait d'abord le (atal évé-
nement, il ajouta, m'examinant avec intérêt et bonté : « Mais
vous, ch^e miss Bumey, comment étes-rous? seres-vous as-
sez forte, assez courageuse pour toutes les épreuves qui vous
restent à subir? De pareilles scènes troubleront-elles impur-
némént votre frêle existence? Vous ne semblés guère feite
pour en supporter l'horreur.
—Vous vous trompez, m'éeriai-je; dans un moment comme
celui-ci, je saurai m'ouMier moi<»méme pour ne songer qu'A
ma bonne maltresse. Je sens par&dtement qu'il ne m'est pas
permis auprès d'elle de songer à d'autres malheurs qu'aux
siens. »
Il passa tonte la soirée avec moi, et alors comme avpara-
vaut, nous n'entendîmes ni voix ni, mouvement d'aucune es-
pèce. Un silence de mort régnait de tous côtés. Il me dit vers
dix heures : « Je retourne chez moi» où l'on viendra sans
doute me chercher si je suis nécessaire. » Puis il se décida
cependant A descendre dans l'appartement des écuyers
pour y attendre quelques nouvelles. Nous nous séparâmes.
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LE JOUENAt DE MISS BURKET. 85
prévoyant mille malheurs. En me quittant, il prit ma main,
et me recommanda d'un ton pénétré le sang-froid et le cou-
rage.
Si le début de cette soirée avait été e£Frayantet triste, que ne
devint-elle pas après te départ de M.Fairly 1 Je demeurai deux
longues heures seule, sans'rien savoir, craignant tout et ne
pouvant dire à personne ce que j'éprouvais. Je crus qu'elles
ne finiraient jamais. A minuit, j'aurais juré que j'attendais
ainsi depuis deux jours. J'ouvris une porte alors pour écouter
dans le passage si rien ne bougeait. Pas un bruit ne frappa
mon oreille; on eût dit que ma chambre était en dehors du
monde vivant. Personne, pas même les domestiques, ne tra-
versait les escaliers ou les passages qui mènent à mon appar-
tement.
J'aurais donné bonne chose d'en sortir moi-même à la dé-
robée pour aller aux informations, voir une figure quelcon-
que et entendre une voix humaine; mais je n'osais courir le
risque de n'être pas chez moi, si Ton venait m'appeler à l'im-
proviste.
Je rentrai dans ma chambre , et une autre heure se passa
en conjectures toujours plus sinistres.
Quelques minutes après une heure du matin, j'entendis
monter quelqu'un ; ma porte s'ouvrit, et un page m'avertit de
descendre chez la reine.
Je trouvai à peine la force de m'y transporter, à peine celle
de pénétrer dans la chambre royale. Je me sentais étourdie,
et mes jambes se dérobaient sous moi. Mais après cette pre-
mière impression, je me calmai peu à peu; les conseils de
M. Fairly ne furent point perdus pour moi; ils avaient trann
quilUsé, sinon fortifié mon âme, qui, sans lui, eût été, en
hce -de scènes pareilles, livrée sans défense à de tumultueuscis
émotions.
Ma pauvre mattressel je n'oublierai jamais la figure qu'elle
oflrit à mes regards. Une pâleur de spectre était répandue sur
ses traits. Lady Elisabeth Waldegrave et miss Goldsworthy
la soutenaient sur le fauteuil où elle s'était assise pour qu'on
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te déshabiU&t; son earpA était affaisA^ Mr hûnondne; sa ph]-
BtoowiM éUit oafaoe.
Ces deux dames m'aidèrent à défaire sa toilette, ou pour
pBglw phl9 vrai» e» fM moi: qy l«iir |fféUi au asaes inutile
4fK:9«rs>; car, {urâseatea d^p^îa plwlMgteiini»», ella» s'étaient
vaS»niM9s e€iBtr« leuf éA(»tio«, toadU qm mea maûi» Ivmi-
WatMles çt mac yeux viMKî9 aft'aiQ^ècMM4 de &ire mo^ sar-
i» éotmai à U peine u». îukf>' camphré» q«e sir Georges Bi-
Iwr bi avait ordoiHièda presdare. a Qw j'ai ficotdl y> s'ëaria-
ê^elk i ce momast» eft èUepo» sa maHa saa la miemie. k
crus senàir k eiaataat dki aMtfbre, et mao aafiiir se trontapris
cawncdana ma ftan.
Le roi , sur les instances de sir Georges Baker, avait con-
aenii à passer la «rit dans bichaiBbre voâdnB, pw éfiaMt pour
ka amifFEMaees de lai raii^. Quaflài iMi-^ndue,. il ae tadait
tien entendre. En cooséqncflace*, etieoBfanBémeot à aesot-
drea., os avait dvesaé un lit pooa luft dans le second cabinet
de toilette de la reine, immédiatement contigu à la chandiTQà
eattcber : il n'avait pas voalu a'dtoigiaer davuiaag».
J'aurais volontiers passé la nuia dana le pdit calnnet àe
toilette de Vautae côté de la ckanbaeàcQndier ^nais S. M. ne
Toul«l pas le peraiettre. Elle ordxiooaàSaadya, aafcmmede
garde-robe, qui remplaçait mistress XUatkjr, dfise tenir daas
eetle pelHe pièce. Lady Elisabeth d'emBadUA aaasi à tester;
mi&aofts teçteiea ordre de rous vetireir dans noachanères.
X obéis bien à regret; il m'en coûtait de qnîtteir laraoe.
J'allai cepeadlanli me siettra an ]àK décidée à: eonaenrcr ailaBi
que possiUe les forces qui Hie, devenaient et néoassaÎNaL Ce-
pendant je Qepus doi;mir9 ^ j^ a» eroUpae qne cette-noil^là,
persotme dana le ebilewi GMl fltm que aM^idi^oaé à femcr
l'œil.
Jmdi ^' Je me levai. £i i$U benres, et aii'babtHai i la kàte
sans attendce.le joun. Dans uaiOiQnientpamilî je- ni'ain*ais ja-
mais s» me tenir, fbe» ipoi j«aqa'à e^Q qu'oa la'appelàL Un
épaia brouillard interoepiai4l09.pi)e9aiépea laeiira dei'anrere,
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et je chetdiai ma Tomeà tàtc>ii8 don» les passage» (dMKmrB,
etpérant que Sand^s, oa éout ««tre se trouvant «or ma route,
ne diraàt commettt la mrit s'était passée.
Lorsque j'arrivai dans le petit cabiffet de toflette, je m'at^
rètai, irrésoloe; je venais d'entendre des voii d'hommes. Un
tsi brait, dans le cabinet de toilette de S. M. , nie causa la
pfais cruelle épouvante. J'attendis quelqpies minutes. ., la porte
s'oQvrit enfin , et je vis sortir le colonel €oldswotthy avec
H. Batterscoinbe : c'en était assez pour apaiser ma première
apptAension ; mais je demeurai assez surprise de les trouver
li de si bonne heuro. Ils y avaient tous deux pusse la nuit ,
si bien que Sandys. Les pages, tant ceux de la reine que
du xoi, étaient restés é^lement debout, disposés dans
les corridors et dans les antichambres. Toutes les figures^
Uémes et bouleversées, portaient la même expression d'hor-
Mv et d'anxiété.
Je restai là, mêlée à cette foule inquiète, jusqu'à ce qu'on
appela Sandys de la part de la reine qui demandait une paire
de gants. Je ne pus résister au mouvement qui me poussait
v«r8 elle : j'entrai donc dans l'appartement; mats une fois )à,
intimidée d'une démarche qu'elle pouvait ne pas approuver,
je Nstai sur le seuil de la porte. La reine était encore au lit
et sur son séant; i c6té d'elle, miss Goldsvortby sur un ta^
beoret.
S. M., les yeux baissés, ne s'aperçut pas que j'étais là.
lEsB Goldsworthy, tournée de mon côté, l'en avertit à voix
basse. Aàon elle pencha la tète hors de ses rideaux et me de*
manda très^ouoement : aMist Borney, comment allez-vous ? »
Profondément affectée, je courus vers elle et voulais lui
fépondre, mais «i torrent de larmes arrêta ma voix.
Je les retcoate en ce moment, cbers amis, et te nuage
qu'elles r^andent sur mes yeux m'empêche presque d'écrire ;
mais il iaut pourtant que cette histoire tragique vous soît
ooBBue danatow ses détails.
On Taurait aisément crue morte tant ses traits immobiles
tlaf^urdu tembeau. Mais l'attendrissement est con^
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88 LE JOUBNAL DE HISS BURNBT.
tagieux; des larmes commencèreut à se moatrer au bprd de
ses paupières, et de plus en plus émue, elle fut contrainte de
s'abandonner à leur amer eatrainement ; toute sa volonté n'au*
rait pas suffi pour les arriver , mais elle n'essaya pas, et lors-
qu'elles séchèrent d'elles-mêmes, lorsque peu à peu ses
sanglots eurent cessé : ce }e vous remercie, miss Burney, me
dit-elle ; je vous dois d'avoir pleuré. C'est un grand soulage*
ment pour moi ; pendant cette horrible nuit qui vient de s'è-
couler, j'ai voulu mais je n'ai pu trouver des larmes. »
J'appris alors ce qui s'était passé. Au milieu de la nuit, ie
roi, saisi d'une appréhension soudaine, ^avait voulu s'assurer
par lui-même que la reine n'avait pas quitté le château. Uq
flambeau à la main, il était venu dans sa chambre, avait ouvert
les rideaux, et s'était convaincu, miss Goldsworthy ne l'ayant
pas quittée, que ses volontés étaient suivies de point en point.
Ceci l'avait calmé pour quelques instants; mais il était resté
dans la chambre pendant une demi-heure, et la parole humaine
doit désespérer de peindre les angoisses auxquelles la reine
avait été livrée pendant tout le cours de cette visite nocturne.
La crainte qu'elle ne se renouvelât suffisait pour la faire
trembler des pieds à la tête.
En ce moment le royal malade était encore dans la chambre
voisine où sir Georges Baker et le docteur Heberden veil\aieni
avec les pages sur tous ses mouvements. Le colonel Gold-
sworthy se tenait à portée de paraître au premier appel.
S. M. parlait sans relâche, d'une voix si faible et si enrouée
qu'on n'entendait pas une seule de ses paroles; mais leur
accent était toujours celui de la bienveillance la plus im-
chante et de la plus gracieuse bonté.
On jugeait convenable que la reine ne se levât point, de
peur que son royal époux ne fât offensé si elle ne se rendait
pas auprès de lui. En ce moment, au contraire, il était satis-
fait de la savoir au lit, occupée, croyait^il, â se soigner.
Mais quelle situation pour elle I Aussi désormais ne son-
geait-elle plus â me renvoyer. Elle m'ordonna au contraire
de rester dans son appartement, et me permit de m'asseoir ;
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L£ lOUBKAL DE MISS VUKSEU. 89
|e De songeai pas à refoser» tant j'étais tremblante. Lady Eli-
sabeth vint bientôt noos rejoindre, et nous restâmes toutes
trois auprès d'elle. De temps à autre elle fli'enjoignait d'écou-
te afin de savoir ce que faisait ou disait le roi. J'obéissais de
mon mieuXy rapportant, sans trop altérer la vérité^ tout ce qui
pouvait en ce moment atténuer un peu ses inquiétudes. A
peine cependant me permettais-je quelques omissions néces-
saires. Rien ne saurait donner une idée de cette triste tftcbe,
et je firémis encore à présent quand je me rappelle le son de
celte Toix épuisée : a J'ai mal aux nerfs, criait l'infortuné mo-
narque; je ne suis pas malade, mais j'ai mal aux nerfs: si
vous voulez savoir ce que j'ai, le voilà. Mais je vous aime tous
deux beaucoup; seulement dites-moi la vérité. C'est surtout
le docteur Heberden que j'aime. Jamais il ne m'a dit un men^
songe. Sir Georges m'a dit un mensonge, un mensonge blanc,
selon lui ; mais je déteste les mensonges blancs : si vous me
dites des mensonges, j'aime bien mieux qu'ils soient noirs (1) . i>
Telles étai^t les paroles qu'il répétait sans cesse en y
mêlant çà et là d'autres phrases, mais revenant toujours i
celJes-ci, qu'il articulait avec une expression déchirante.
• ..•.••...••••■ • • ..«.
La reine m'a ordonné de lui apporter son livre d'heures et
de lui lire le service des trépassés ; c'est à peine si j'ai pu lui
obéir; la voix de l'autre chambre résonnait continuellement
à mes oreilles.
Au milieu de la nuit, d'après la demande de sir Georges
Baker lui-même, qui, subitement indisposé, ne put suffire à sa
rade tAche, on a envoyé chercher par un messager le docteur
Warren. Les deux autres médecins ne veulent prendre aucun
parti décisif avant d'avoir conféré avec lui, et jusqu'alors la
pauvre reine restera dans une indécision forcée sur ce qui lui
reste âfiiire. Tout le monde semble convaincu de la nécessité
d'une séparation, mais personne n'ose le premier en donner
le conseil.
(1) White li0, hlaek lie; mensonge innocent, mensonge coupable. Nous
•tons ?ouIu liisier à ces mou leur caractère puéril.
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90 VR lOimNAL PC MI«9 BURNET.
Les princesses ont eoroyé demamder la pemnssion de Temr
chez leur mère. Fondant aassitèt en larmes, elle a déclaré
^'elle ne pbuvaitr ni les roir ni prier avec elles tant q«e
dorerait cette terrible sitaation. A cbscpie instant le roi pcm-
Tait entrer chez elle dans des dispositions qn'il était înpoa-
âiblede prévoir, et néanmoins, arant d'en être otteieHeoMiit
requise par les médecins, elle était détermîaée à ne pasvortir
de ehez elle. Qui pofnvait dire oè le délire s'arrêterait? fit
cependant rien n'étant préparé ponr en réprimer de fiiroe les
périlleuses manifestations. De to«s o6tés les eraintes les pfais
vives, nulle part le courage d'anticiper sur les prèeaBatâms i
prendre.
Les princes ont également fait dire à S. M. qa'ils étaient
à ses ordres ; mais à pins forte raison refnse*-t-eHe de les voir.
Et ce simple message Ta remplie d'un effroi qu'eBe n'a pn
eaiièremeni dtssimnler.
Enfin le bruit s'est répandu que le doctenr Warren était
arrivé. Jamais mon cœur n'avait battu d'une si vive joie; j'ai
faîUî courir an-devant de lui pour lui souhaiter la bien-venne.
Dieu sait avec queUe impatience nous attendions tontes son
arrêt , et comme elle a été déçue ! Il n'a pu pénétrer jusqu'au
rei, qui n'a jamais voulu l'admettre en sa présence. S. M., lors-
qu'on ne la contrarie pas, est on ne peut pins calme et Uen-
veillante; mais en revanche elle ne souffre ancane résistance
à ses ordres, et ne permet pas la plus légère objection. Open*
dant oo a caché le docteur Warren dans un petit rédoit d'où
il pouvait entendre la voix du monarque, suivre à peu près
ce qui se passait dans l'appartement et recevoir de «mute en
minnte les renseignements qui lui étaient transmis par sir
Georges Baker^ concernant l'élévatîon da peals, l'état ie la
pnauy et tons les syaifitèmes extérieurs qui ponvtamtt servir à
l'éekms.
IhpiranÉ ceA LatervaUe^nonsoonptionsà^haqeeîaaKanl qpie
le docteur Warren viendrait apporter à la reine le résritai de
ses observations ; mais nous atien^imes en vain» il ne parut
pas, et n'envoya aucun messa^^e. hn reine Gq)eadattâ demeo-
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LB MDBNAL DS UK» BirmKinr. M
mit e» proie aux plus rires anxiétés. EHe enrDya un p«ge à
sk Georges Baker : il fit réponére qu^^ii n'avait rievi à dire eA
son propre et privé nom. Bile ft demander M Hawkins, le
chirurgien de la maison royale ; comme son collègue il s'en
référa au docteor Warre».
Ladjr Elisabeth et mis^ Go4dswoythf I» suppKèvent alors
de passer dans une pièce fans* éloigaée, oè v» parvint pas i
ehaqoe- rnstant la roix da pauvre malade; elle^eonseiitit se«te>
nefti à se lerer et à passer dans le petit catânet de toilette
où, sans quitter ses v^-tements de nuit, elle attendit la déeîsiott
des médeeins sur ce qa'eUe avait à faire.
Enfin lady Elisabeth fiit înFormée par «n des pages qoe le
éfMJkim Warren avait quitté son pente tfebservation.
La panvre reine, tont en lames, se prépara dès levs i lut
ésmer audience. So» tro«Me, son agitation étaient au comble.
JR ne vint pas^.
La sorprise it bientôt place à TimpatieiKe, et lady ÉKsa-
beth fut derechef envoyée aux informations.
EHe revint, et dît que le docteur Warren était parti.
c Courez! qu'on Tarréte, qu'on le ramène! s'écria S. M. ;
il hnt que je le yoie,.il fiiut que je sache au moins ce que j'ai
i frire, y^
L'e«pressioti déchirante de sa physionomie, tandis qu'elle
donnait ces ordres, m*émut et me troubla profondément.
Confese et ne sachant quel parti prendre, lady Elisabeth
sortit de nouveau. Elle n'avait pas tout dit, car elle tetiaH
dijà du colonel GoWsworthy que le docteur Warren et ses
éetti eollégues, parti» depuis- longtemps^ étaient trop loin (fa
dtâteau pour qu*on songeAt à les rappeler.
Ils s'étaient rendus auprès du prince de Galles;
Je n'ai jamais vu d'être plus profendément blessé que
M le fat la reine à cette étrange noufrelle. H était él&Ac vrai
q«e désoniNHS, -—même en ce 4|uî concernait le roi, — elle
n'était plus que la seconde* personne de Tétat. Les pleurr
séchèrent amssitAt : l'indignation vint ajouter ses tortures à
etllas d'une dooleurtrop vraie.
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92 LE JOURNAL DE MISS BU]|I(ET,
Un quart d'heure s'était à peine écoulé lorsque le colouel
Goldsworthy envoya demander audience. La reine ne prit
que le temps de jeter un manteau sur ses épaules, et ordonna
qu'on l'introduisît immédiatement.
Il apportait en substance la consultation délibérée ^itre les
trois médecins. Ils étaient d'avis : «c que S. M. allAt résider
dans un appartement plus éloigné; car le désir de la voir
contribuait à entretenir le roi dans une agitation qu'il (allait
calmer à tout prix, et contre laquelle son éloignement était le
meilleur remède. »
La reine se conforma strictement à l'avis qu'on lui notifiait
ainsi. Nous l'aidâmes^ lady Elisabeth» miss Goldsworthy et
moi, dans tous les arrangements que nécessita le changeaient
ordonné. Elle choisit un appartement situé dans le même
corps de logis, mais où une seule porte donnait accès : il con-
sistait en deux pièces, chambre à coucher et cabinet de toi-
lette. C'était celui de la dame d'honneur, lorsque par hasard
elle était de service.
Au moment d'y entrer, la pauvre reine se laissa aller en-
core une fois à son désespoir, a Que vais-je devenir, quevais-je
devenir ? » répéta-t-elle à plusieurs reprises avec un accent
déchirant qui trouva écho dans nos cœurs. Je ne saurais dire
combien d'appréhensions compliquées ces simples paroles me
révélèrent.
On envoya aussit6t chercher les princesses. Les trois aînées
se h&tèrent d'accourir. Quelle rencontre I Ces enfants, poor
ne pas lyouter à l'affliction de leur mère, s'efforçaient de
cacher leur émotion, mais elle, tout à foit domptée par la
douleur, sanglotait en les pressant sur sa poitrine, et les
arrosait de ses larmes.
Elles passèrent toutes ensemble dans la chambre à coucher,
où la reine nous permit enfin de donner quelques soins à sa
toilette ; mais elle ne voulut pas quitter le long peignoir blanc
qu'elle garde pendant qu'on la coifie.
Envoyée pour chercher je ne sais quel objet qu'elle avait
laissé dans l'autre appartemeiit, j'ouvris précipitamment la
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LB JOURNAL DE MISS BFRWEY. 93
porte et feilliâ hearter un gentteman qui arrivait à çrands
pas dans le corridor.
« La reine est-elle îciî me demanda-t-il , et je reconnus
alors le prince de Galles.
— Oaî, répliquai-je en frissonnant à la pensée de la scène
qui allait suivre; dois-je avertir S. M. que Votre Altesse
royale reut être admise? d
Ma pensée était d'épargner à ma maîtresse un brusque sai-
sissement; mais le prince n'avait nullement l'idée de paraître
devant elle sans être annoncé : il se montnr au contraire rem-
pli de respect, et demeura sur le seuil de la porte, tandis que
je rentrais pour prévenir 8. M. Il me rappela même pour
ajouter ces paroles à mon message : « Vous voudrez bien dire
à la reine que je suis venu prendre ses ordres. »
l«s larmes de 8. M. redoublèrent lorsqu'elle apprit l'arrivée
de son fils; néanmoins elle l'admit à l'instant même auprès
d'ene.
le me retirai alors; les deux autres dames passèrent dans
la cbambre de lady Elisabetb, qui est auprès des nouveaux
appartements de la reine.
n était près de deux heures du matin quand je quittai S. M.
En traversant pour me retirer le cabinet de toilette, je
trouvai miss Goldsworthy assez embarrassée d'un message que
lui avait donné la reine : il était destiné à son frère, et le
colonel devait se trouver dans une pièce contiguê à la chambre
du roi; la pauvre jeune personne était presque déshabillée,
et ne savait comment parvenir jusque-là sans rencontrer les
princes, qu'elle savait errants de tous cêtés. Je me chargeai
volontiers de la suppléer, ce qu'elle accepta avec reconnais-
sance. Quant à moi, pourvu que je me rendisse utile, peu
m'importaient, en vérité, les rencontres.
Lorsque j'ouvris avec précaution la porte de la chambre
qui m'avait été désignée, je la vis presque entièrement rem-
plie d'officiers et de pages, assis le long des murs sur des
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M LE #«ir«KAl. I>E MISS BUB0£T.
chaises et âes soft», tous^rdant le plus proSd&d nlenee.
A cette vue mon premier mouvement fut use aorte de su-
aissemeni effrayé : il y avait quelque ckose d'alarmaat et de
terrible à cette pensée que le pauvre roi» séparé de tous ces
haflEM»e$ par uae seule pcurte» ne se doutait pas qu'ils étaient
là, tapis daiOfi le silence et l'obscurité pour veiller sar sa
démence, dont on redoutait à chaque insiaftt les effets. — ie
ne distinguais personae, À TeKOepiion des denix princes placés
près d'une vâUeuse, à leure piai^nes dd diamante qui wlé-
tarent ses ftûbles rayaafi ; laais avant de retirer la léte j'a¥»s
proiLoneé ie neai du oalMel, et If. Faîrlf vint me 4ire qoe»
harassé de fatiigue» M. Aoldsirorthy «était aUése jet^ sur «oa
Ht.
Ce matin j'étais eneere^aivee «sa pauArje matines^ fersqae le
prince de Galles est entré -ea toute haie dans rapj>arteoient.
Après quelques excuses sur cette arrivée inattendue, il a dcfuné
i la reine en quelques paroles ^éACKgM|ues lebuiletiadela mit
ddrnièpe* Celite lûatoiie étaii terrible et navrante. Le rai, se
levant au milieu de la nuit, n'avait pas voulu sonfiErir ^i'^mi
l'empèchàt de passer dans la chambre voisine. Il y a trouvé
la nombreuse assemblée donij'ai parlé : «et aspect inattendu
l*a jeté dans on igrand tcqubk -ti dans 4ioergraode coost^ma-
4ion, et il a demandé 4'u0e voij; altéîiée pi^mr qp/ei motif test
«te monde étaiJt snr pied. Plusieurs auJxe^ /ffropos ont snb»t
<et particulû^remeot l'éloge fréquewme^ f^pèté de sçm ciier
^'Prédérjç (leduc d'Y<>rk],.qu'ilooa)inait tonthautâon&rori
«t 9an' nnui.41 014» criait^il»: Frédncia f^ anon smùl m £iU
farince était U; méconnu j^^.son,père,, qui. Jui donnai]^ san^
Je v^Mf, les pku vives marques da tandressn.
Sir Gnorges Baker se trouvait également au nombre àe$
assistants, qui le pressaient iaus de cecAnduirelcxoidajis sa
^andire ; mais au:i premières paroles qu'il }]a:onoi\ça, le ma-
Jade, le prenant par la main, ^e conduisit daaj^ l'embrasure
dSine croîfiée^^ là il ini xeprocha de n'^re qu'une vieille
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LB JOUBNAL OE MISS AURHET. M
femme et de ne riea eatefidre à som iodîsposilion pureoieal
Donreiise, difiai^iL
Persoïuie cependant, malgré les eidKMrtation» à Toix basse
et les geste» impératif du prinee 4e Galtes, n'osait prendca
SOT soi de raïasn^ S. M« dans aa chambre. U. se passa ainei
QQ teDoqpa aasess. eoiisidéeable. Enfin ce fui M Fairly qui eut
rbeaneor de cette entreprise délicate : il marcha dfsoii an
menarqm, et le {«renanl par le bras, le sopplia de s'aller
mettre au lit; ensuite il le tira légèrement après lui en lui
Asaat ipCii faUait saivïe ce oeaseîL Le malade déclara fj^ïû
n*en ferait rko» et î^ouia aigrement : a Qui ètes-voua? — Je
sais M, Fairiy> sire, répondit ceiui^i ; Votre Majesté m'a tau-
îeurs téiii^0nébeaueeiip de baaté; jf veux à mon loor vous
preui^r ma nsosonaissance en ^wm ramenant dans votre lit :
il y va de votre santés de voe jours; il bmi donnûr, b
Ge ton déeidé. it la plusi grande inqpression sur le loî, et
dans sa surprise il se laissa coqdiûre eana plus césiater que
n'aurait iaît ua eniuit»....
A partir du ft navembre, le ptinoe de GaUes prit nécessai*
reaieat la direotion de tout ce qui conoernait la maison
royale; elle; fiii pac ses ordres fermée à tous les vi»teur5.
HiaaBiimsy se trouva ainsi eompléiemeat isolée, et ne vpyaît
pius que 11. Fairly oa H. de. Lue. Bneope leurs visites étaient:
•dlas races* Son< récit ae bdiae donc à des- incidents trop» pw
imporlaiift» iMiur trouver ici leur place. Nous lea^nésumoasen
quelques piela*
Vu quatrsàma médeoia^ sir Luose Pépys» Aita^d^int: aux
Irais autres préeM^mnent • nommés :: il douaa dlabord de
geandes espé^ces-^et un mieux, «sensible i»i|fi|i]|afeS'iNfi^
dictions fovorables; mais cette amélioration dura peu de
jovn, let) fat euivie d^aecidenis#plus graine» qœ^le* ptremiers.
f>a déeidaqueletei-qutlteniit Windsor et serait «oaduit i
Kew. TeS étifit l*atî^ dès médecins et la volonté dtf prince de
Galles ; mais le roi avait ce sèiouf en aversion, et la reîne, qui
avait jusqu'alors aveuglément obéi aux avis des quatre doc-
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96 LE JOURNAL 0E MISS BCRNET.
leurs, était retenue cette fois par la crainte de contrarier trop
vivement son époux. Ce conseil privé fit comparaître les mé-
decins, et leur demanda sous serment d'affirmer que la trans-
lation du roi était absolument nécessaire. Le lord grand
chancelier et M. Pitt durent ensuite vérifier par eux-mêmes
l'état du monarque. Après leur visite le départ fdt résolu, ce
qui entraînait l'emploi de la force ; car on pouvait préroir
que le roi ne s'éloignerait de Windsor qu'à son corps défen-
dant. On ne parvint à l'y décider qu'en lui promettant de lai
faire voir la reine, et cette espérance dont on l'avait bercé
ne se réalisa point, car on ne jugea pas convenable de rap-
procher les augustes époux; toute la famille royale avait
précédé le monarque. Miss Burney entre dans beaucoup de
détails sur l'arrangement intérieur du château de Kew ; nous
dirons seulement que le roi occupait le rez-de^^haussée don-
nant sur les jardins, où on ne lui permettait cependant pas de
se promener. L'appartement placé au-dessus de celui qu'il
occupait demeura sans habitant et complètement fermé, afin
que le bruit des pas ne fit pas naître en lui l'idée d'y monter.
On commençait à parler de la régence dans le cours du mois
de décembre; et l'état du roi empirant toujours, on appela le
docteur Willis, médecin de Lincoln, renommé pour le traite-
ment des maladies intellectuelles (1). Sous cette nouvelle di-
rection, la santé du monarque parut s'améliorer de nouveau
èhaque jour. Le parlement se faisait rendre compte des symp-
tômes qu'elle offrait, et le bulletin médical exerçait comme
de raison une grande influence sur les débats politiques.
Le 30 janvier» les communes firent offirtr à la reine une adresse
de condoléance sur l'état de son royal époux; elle fut pré-
sentée par un très-petit nombre de membres, tous choisis
(1) Le docteur Franeis WillU était à la fols eoelësiattifut et i
Principalement inatroît dasa tout ce qui concernait le traitement des na-
ladief mentales , U avait établi i ses frais près de Greatford , dans le
Lincoinsbire, un hôpital d'aliénés. Miss Burney le représente comme ao
homme très-riche, d'un caractère indépendant et d'une rare tranquillité
d'âme. Le docteur Willis est mort en 1807.
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LE lOITHNAL DE MISS BUBKET. 97
fârmi les officiers de la maison royale. Voilà pour les inci-
dents historiques.
Quant aux détails de vie privée, miss Bnrney n'en donne
que d'assez insignifiants, et Ton ne peut lui en savoir mauvais
gré lorsqu'on réfléchit à l'état de réclusion complète auquel
la conctomnait le régime intérieur du palais. Sa santé finit
par en être altérée, et les médecins lui ordonnèrent expressé-
ment la promenade et l'air extérieur. Un des officiers pré-
posés à la garde des jardins de Richmond lui procura une
clef qui lui en ouvrait l'entrée. Sur les remontrances de sir
Lucas Pepys, elle eut aussi la permission de se promener dans
les jardins de Kev, aux heures où le roi, dont ta captivité se
rdàchait peu à peu, serait enfermé dans ses appartements.
Chaque matin elle faisait demander au docteur Willis le pro-
gramme des excursions royales, et réglait les siennes d'après
ce renseignement officiel. Il fallait que nos lecteurs fussent au
courant de ces circonstances, en elles-mêmes peu importantes,
pour comprendre la scène dramatique qu'ils vont lire :
— Palais de Kew, lundi 3 février 1789. J'ai eu ce matin une
dtô plus belles payeurs qui aient jamais troublé ma tranquille
existence.
J'avais feit demander au docteur John Willis où je pouvais
me promener en toute sécurité. Sa réponse avait été que le
roi devant, ce jour-là, visiter les jardins de Richmond, ceux
de Kew étaient à ma disposition.
H était convenu entre nous que si par hasard et malgré
toutes nos précautions, je venais à rencontrer le roi, personne
ne lui signalerait ma présence, et que je ferais tout mon pos-
sible pour m'échapper sans être vue. Un ordre général nous
défend de nous présenter jamais devant S. M.
En conséquence, à l'heure dont je pouvais disposer le plus
librement, je suis descendue dans les jardins, et j'en avais à peu
près feit le tour avec cette allure rapide que vous me connais-
sez, lorsque j'aperçus tout à coup, à travers quelques arbres,
deux ou trois figures humaines. Me fiant aux instructions du
5* SÉRIE. —TOME XII. 7
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88 LB JOURNAL DE MISS «URVE¥.
docteur JobB, je les pris d'abord pour des ouvriers oq des
jardiniers; cependant j'y regardai de mon mieux, et coauneib
arrivaient à un endroit moins onri^ragé, je crus recoosaltre
dans l'un de ces promeneurs la personne mène de S. M . l
Alarmée au deli de tout ce que je puis dire, je n'essajs
pas de vérifier le fait; mais tournant les talons awailôt, je
pris la fuite en courant de mon mieuji. Mais qnelle fut ma ter-
reur d'entendre quelqu'un qui me suivait, et enreconaaissaBl
la voix enrouée du monarque qui m'appelait en criant : « M»
Burney l miss Burney l »
11 m'a semblé que j'allais mourir. Je ne savais pas au jaste
dans quel état S. M. pouvait se trouver ; seulement je me
rappelais les ordres qui avaient été donnés pour que chacun
évitât de se trouver sur sa route ; je savais anssi que la reine
désapprouverait hautement toute rencontre de ce genre qn'ette
n'aurait pas autorisée ; je savais enfin qu'en m'éefaappant après
que le roi m'aurait vue, je risquais, ses nerfs étant fort irrités,
d'augmenter cet état d'agitation et de m'attirer son déplaisir.
Néanmoins, trop épouvantée pour m'arréter, je continuai à
courir, cherchant de l'œil, parmi tous les petits labyrinthes
dont le jardin est rempli, un chemin abrégé qpi me condnbft
aux portes.
Cependant j'entendais toujours derrière moi le retentisse-
ment précipité de la course, et la pauvre voix enrouée qui se
fjE^iguait à m'appeler. Le bruit devenait même de plus en pins
fort, car les médecins de service s'étaient mis euxHOAémes
à la poursuite de leur maître, et ils lui criaient tous deux de
ne pas s'échauffer ainsi sans ménagement
Bon Dieu, quelle course 1 je n'aurais pas fui plus vite de-
vant une éruption du Vésuve ; et en pareil cas, si la penr
m'eût donné une agilité pareille à celle que j'ai déployée
ce matin, je n'aurais pas senti sous mes pieds la lave brûlante,
— tout au moins la chaleur des cendres. Mes pieds en ton*
chant le sol ne m'apportaient aucune sensation distincte.
Bientôt après j'entendis des voix plus perçantes et moins
agitées qui criaient : « Arrêtez! arrêtez î arrêtez ! »
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LF JOïJfLNAt DE MISS BCRKEY. M
Pour rîen su monde je n'aurais obéi; je ne savais ce qu'on
Tonbît de moi ; mais je me rappelais mes conventions avec le
doHenr John, el j'y restais fidèle. La frayeur aidait en ceci mes
répncfnances bien pins vives depuis que j'avais commencé à
fiiir. A quoi pouvait ne pas m'exposer en effet la colère fié^
vreuse du malade et son ressentiment allnmé par ma première
désobéissance!
Je continuai donc à courir, et d'un pas si leste que certaine-
ment aucun de ceux qui me donnaient chasse ne m'auraient
attrapée, si ces mots n'étaient distinctement parvenus à mes
oreilles : « Le docteur Willis vous supplie d'arrêter!
—Je ne puis ! je ne puis! » répliquanje, courant toujours.
Mais la même voix reprit : « Il le feut, madame; cette course
feit mal au rot. »
Alors seulement je fis halte dans un état de terreur qui
ressemblait à une agonie. En me retournant je vis que les
deux médecins avaient rattrapé le monarque, maintenant
placé entre eux deux ; à peu de distance se tenaient les trois
domestiques qui escortaient toujours le docteur Willis pour
lui prêter main-forte au besoin. Dès qu'ils me virent les
attendre, ils ralentirent le pas, et tel était l'excès de ma
frayeur que j'étais déjà remise d'une course qui en tout autre
temps m'aurait laissé pour une heure au moins hors d'haleine^
A mesure qu'ils approchaient, je repris heureusement un
peu de présence d'esprit, et cette idée me frappa que pour
apaiser la colère causée par ma fuite, je devais montrer autant
de confiance qu'elle décelait de frayeur; aussi affirontai-je le
danger d'une façon tout à fait résolue; seulement je fis signe
au plus proche des domestiques de venir se placer à mes
côtés.
Lorsqu'ils furent à quelques pas de moi, le roi me demanda :
« Pourquoi donc couriez-vous ainsi? »
11 était impossible de répondre catégoriquement à cette
question. Tavisai par bonheur, — le ton assez doux de sa
voix me rassurait un peu, — qu'en allant au-devant de loi
j'apaiserais en grande partie ses soupçons et sa mauvaise
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100 LE JOURNAL DE MISS BCRNET.
humeur. Cette résolution était combattue cependant par le
frémissement de mes nerfis, et je compte chaque pas que je
fis alors parmi mes plus grands efForts de courage personnel.
J'en fus récompensée; car en levant les yeux je trouvai sur
sa physionomie la bénigne expression qu'elle prenait d'ordi-
naire lorsqu'il m'adressait la parole : le regard seulement était
un peu égaré. Mais faites-vous une idée de ma surprise lorsque
je sentis les deux mains du monarque s'appuyer sur mon
épaule, et, sur mes joues, un baiser tout aCféctueuxl...
Je ne sais comment je ne m'évanouis point lorsque je le vis
ouvrir les bras. Ma première idée fut qu'il voulait m' étouffer :
les Willis cependant, qui ne l'avaient jamais vu avant celte
fatale maladie, n'ont pu se douter à quel point c'était là de
sa part une action bizarre; leur physionomie n'a exprimé ni
terreur ni étonnement; ils ont souri d'un air joyeux, imaginant
peut-être que cette manière de saluer était ordinaire à lear
malade.
Après tout, ce n'était que la joie bien naturelle d'unhonune
pour qui ma vue était un gage de délivrance prochaine, et
chez qui le sentiment de l'étiquette n'avait pas survécu à tant
d'autres plus essentiels.
Il me parla du plaisir qu'il avait à me voir en termes si
chaleureux, et avec une telle expression de sincérité, que toute
ma terreur s'évanouit bientôt. Mon étonnement en le voyant
si près de sa guérison, et la joie que la sienne me causait,
écartèrent bientôt tout sentiment fâcheux. Je me sentis prête
à me jeter à ses pieds pour lui exprimer autant que je l'aorais
pu à quel point j'étais émue.
Suivit une conversation qui me sera toujours présente.
Quand il me vit rassurée, il devint de plus en plus gai, affec-
tant de me retenir auprès de lui, tandis qu'il écartait du geste
les domestiques et les Willis eux-mêmes, qui, pour lui com-
plaire, se retirèrent à quelques pas. J'avoue qu'en ce moment
je n'étais pas complètement tranquille ; mais ce que j'éprou-
vais ne ressemblait en rien à ma frayeur primitive. 11 me parla
sans ordre de tout ce qui lui passa par la tète : ce qui restait
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LB aOCRNAL DE MISS BUBKET. 101
de sa maladie semblait exalter seulement son imagination,
mais sans que sa raison fût positivement troublée. 11 n'avait
pas tout empire sur ses paroles , mais si fait bien la con-
science de sa pensée et de ses jugements.
Que ne me dit-il pas ! — Il semblait prendre plaisir à m' ou-
vrir son cœur, — à m'expliquer tous ses sentiments, — à me
Cure connaître toutes ses vues.
Je vous donnerai brièvement le sommaire de sa causerie;
car je suis sûre que vous êtes curieux de la connaître, et il ne
peat rien arriver qui rende fort importantes les paroles
d'an homme aussi peu maître de lui. Le roi m'assura qu'il était
toute fait bien, aussi bien qu'il eût jamais été de sa vie; et
ensuite il me demanda de mes nouvelles;— conunent j'allais?
—si j'étais moins tracassée?
Jugez si ces questions, et le sens qu'elles impliquaient,
durent me paraître surprenants I et jugez si mon étonnement
diminua quand il se mit à les expliquer! Il s'informa de la
coadjutrice (1), et il ajouta en riant : a Ne vous occupez pas
d'elle, ne vous laissez pas marcher sur le pied; je suis votre
ami : ne vous laissez pas abattre par ses mauvais procédés I
Je sais qu'elle vous a fsdi passer de mauvais moments, mais
ne vous occupez pas d'elle. »
Complètement abasourdie par ces insinuations, je ne ré-
pondis rien, me contentant de m'incliner respectueusement
lorsqu'il m'assura de son amitié.
D ajouta presque aussitôt : « Ne pensez qu'à votre père, à
votre fiimille; que ce soit là l'unique objet de vos préoccu*
pations. »
Comme j'étais disposée à lui obéir en ceci I
U me T^iéta tout ce que je viens d'écrire presque dans les
mime termes, mais il finit cette fois par quelque chose de
plus sérieux. II s'arrêta tout à coup, m'obligea de m'arrèter
si, et posant sa nmin sur son cœur, il me dit lentement,
(1) ]>ésignatioB Ironique de Mrs. Sehwellenberg.
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lOS LE JOURNAL DE MISS BORNBV.
d'ttfie £»çon grave et solennelle : « le vous prot^ttrai, je voni
le promets ; dorénavant coniptei sur moi. »
Je le remerciai ; les Willis, qui semblèrent le croire un poi
trop agité, s'approchèreui d« nous, et lui proposèrent de me
kîsser continuer ma promenade : a Non, non, non, non, »
cria-t-il vingt fois de suiie dans autant de secondes; et comne
sa physionomie redevenait gaîe, ils nous laissèrent derechef
marclier de conserve.
Alors il me oonta je ne sais qneUa histoire de ses pages
contre lesquels il s'anima singulièrement II en voulait wr-
tout à M. Ernst, qu'il me dit avok élevé lui-même. J'e^iére
que ses idées sur ces jeunes ^ns ne sont que ie résultai de
aa maladie.
Il m'adressa ensuite quelques qaestions qé, m'embirrtssà-
ren4 fort» concernant des rapports qaî lui avaient éié fiûts
depuis son indisposition ; rapports dont il soupçonnait à bon
droit la fausseté, car j'aurais pu les démentir aussttM : néan-
moins il pouvait être dangereux de lui Êiire connaître ea ce
Bioment la vérité. J'ignorais en efiet les moiib bons ou oaa-
▼ais qu'on avait pu avoir de l'induire en erreur; aussi me
gnrdabje bien de parler» et je fus aussi discrète que si j'avais
eu de bonnes raisons pour cela. J'ai l'espoir que moasilenoe
Ae nuira à personne; mats ce fut le moment le plus difficile
<de la oonversaiioa.
Immédiatement après, le roi nie parla longtemps de ama
cber père, et me fit mille cpiestions sur son EiHoirt deiamur
mqme. €ed le conduisit A un de ses «v^ts fovorîs, la vîede
Handel. Il me raconta un grand nombre d'anecdotes rela-
tives à ce musicien célèbre, et entre antres oc^ élan praphéti-
qne qni hmêiéwt en nofttrani Georges UI eftoaie entet :
a Tantqnevivia cepetitbonhMnme, ma musique «emamiNn
pas de piHAectava. » Il m'autonsait, «goMta-lril, à racosler
eeoîàmon pèie.
Il passa ensuite en revue la plupart de ses oratorio favoriSy
cherchant à retrouver les principaux thèmes^ et les cheewsde
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LE JOUmVAL DC MIM JUJRNET. IM
Aacnn d'eux; mais r^Mrovaiiient de «a v^x doniuiit qvelcpi^
chose de lerrîbie à ses eiiaats improvisés. Ils atarnèreaC le
docteur WiUis, qui aecoiirut aussitôt pour mettre fin A cette
bligHe^ et qni proposa de netiTeam une séparation. « Non,
•0a» acn, non, s'écria encore S. M.; non, pas encore; j'ai
^jMiqiie ehoee i lui dire aniparavanl. »
Le doctow Willis, qui s*eliorce de se rendre toujours agréft»
kk; alors même que sa oomplaisafiee lui coûte le pins, céda
pomr la troteîème fois.
Molffe bon prince .riK>rda tout aussitâi un sujet bien Mt
pe«r m*attfiflÉer : ce fut le eouveair de notre yieîtte amie Mrs.
Maaf . Atoc qnette chaleur et quelle bonté il parlait d'dle I
« C'était mon anue, s'éeria-tril, et je la payais d'une affactîoa
bien vraîe : lorsque je l'ai perdue, j'ai^éerit quelque part ua
aHBorgwdnw qui la eoneerne : je vais vous le montrer. »
Ce que disant, il tira de sa poche un portefeuille et le par-
courut qudque temps, mais sans y trourer ce qu'il cherchait.
fies larmes remplissaîent ees yeux; il les essaya, et ce
gerte éreiUa de nouveau l'inquiétude du docteur WilUs :
« Allons, sire, lui crta-tril, il £aut rentrer, et laisser eelAe
dame continuer sa promenade ; voilà bien longtemps que vous
rsufM I . nous dlous rentrer, s'il plaît à Votre Majesté.
— Non, nea, eria «ux>re le roi; j'ai quelques questions à
lui £aûre; voëà ai longtonps que je vis hors du «onde : jeae
aaia vrainsent plus rien. )»
Ces paroles m'allèrent au cœur. Nous recommençftmes A
mnncher. U s'inébrma de diffèrenies personnes, entre autms
As Mrs. Boocawea, à laquelle il s'iatéressait , ditHÎl, paroe qu'elle
auaît été l'amie de Mrs. Many. Pour la même naisMi, il me
dsmaadades nsavellesde M. Frederick Montagu, dont il om
dit arec boflté : «le aais<^'ilaun ^jrand respect pour moi,
bien qu'il se soit yotnt au vote de l'opposition. » il passa en-
suite à lord ficay de Wiltoa, sir Watkin Wynii, an duc de
Beanfort et k quelques antres.
.Aûs Hme dit 4|u'ii tétait très-mécontent de plusieurs ^praads
ottriers de la conroaae , et qu'il entendait renouveler sous
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lOilh LE JOURNAL DE MISS BURNEY.
peu toute sa maison. Alors, tirant un papier de son porte-
feuille, il me montra la liste projetée de ses nominations.
C'était bien là certainement Tincident le plus étrange de
notre causerie; le docteur John Willis, sérieusement alarmé,
voulut de nouveau nous séparer. Cependant, sous prétexte
qu'il avait trois mots à me dire, le roi obtint encore une ibis
qu'on nous laissât ensemble. Ce fut de mon père qu'il fut
alors question. Le roi m'en parla sur le ton plus affectueux:
c'était à lui, me dit-il, que revenait de droit le poste de maî-
tre de chapelle, induement occupé par ce pauvre Parsons,
qui n'entendait rien à sa besogne : a Mais, cria-t-il, dans
toute cette affaire, lord Salisbury s'est montré fort mal dis-
posé pour le docteur Burney. Ce n'est pas la seule raison
que j'aie de lui en vouloir; aussi, son nom sera effacé,
et votre père remis en place, dès que je redeviendrai
libre. y>
Je n'entendis pas sans émotion ces derniers mots.
c( Puis enfin, reprit S. M., qu'a donc obtenu votre père,
après tout? Et peutr-on compter pour quelque chose sa petite
place à Chelsea? Fil fil fi! mais soyez tranquille, je pren-
drai soin de lui, je m'en occuperai moi-même., d
A quoi il ajouta sur-le-champ : a Pour lord Salisbury, vous
pouvez voir par ce mémorandum qu'il est déjà destitué.
Beaucoup d'autres le seront également. Il faut que mon ser-
vice s'améliore; et une fois mattre des affaires, je gouvernerai
avec un sceptre de fer! i»
Ces derniers mots ne lui ressemblaient guère, et firent
tressaillir les deux bons médecins. Ils n'aimaient pas à le
contrarier, et d'ailleurs se plaisaient à me laisser voir com-
bien son état était amélioré; mais cependant, le ton animé
qu'il avait pris et l'extrême volubilité de sa parole commen-
çaient à leur donner de véritables inquiétudes.
Lorsqu'il vit qu'il fallait nous séparer, il s'arrêta pour
prendre congé de moi, et revenant sur ce qu'il m'avait dit de
la .coadjutrice : m N'ayez d'elle aucune crainte, s'écria-t-il ;
comptez sur moi ; je serai votre ami toute ma vie I — - Je vous
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LE JOURNAL DE MISS BUBXET. 105
donne ici ma parole de me montrer toujours votre amil » Et
m'embrassant comme il avait fait en m*abordant, il me laissa
m'éloigner.
Quelle scène! quelles impressions diverses 1 Celle qui do-
minait les autres était le plaisir de voir notre bon roi si bien
rendu à lui-même et si peu éloigné de sa guérison.
J'allai aussitôt trouver la reine, à qui je brûlais de raconter
celte entrevue en lui expliquant que je n'avais rien fait pour
qu'elle eût lieu. Son étonnement fut grand, et plus grande
encore la curiosité avec laquelle elle écouta les moindres dé-
tails de mon récit. Je passai sous silence les questions em-
barrassantes qui m'avaient été adressées, et presque tout ce
(jpii concernait Mrs. Schwellenberg, car elle aurait pu s'en
trouver blessée.
En peu d'instants, ma rencontre avec le monarque devint
pour toute la maison un sujet d'inépuisables commentaires.
Je fiis obligée de le raconter à tous et à chacun ; ce qui me
coûta d'autant moins, qu'en leur faisant connaître mes pro-
nostics fiivoTables, je répandais autour de moi la joie la plus
vive et la plus sincère.
Mardi 3. J'ai appris avec une grande satisfaction ce matin
par les deux Willis, .que S. M. ne s'était pas trouvée plus
souffrante après notre longue conférence
Vendredi 6. M. Fairly m'a communiqué le projet de bill
relatif à l'organisation de la régence : ce titre seul m'a effirayée.
On venait justement de l'imprimer, et il a pris la peine de
m'en expliquer les principales dispositions.
Ma pauvre maîtresse est vivement s^ectée de cette mesure
politique
Mardi 10. Le roi va de mieux en mieux; et malgré quel-
ques temps d'arrêt , donne toujours l'espoir d'une guérison
très-prochaine. Les Willis sont pour nous de véritables mes-
sagers célestes, envoyés pour rendre la paix, le bonheur et la
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106 LE iOCBNAL DE MUS BUmNCT.
santé aux habitants de ce miaèrafole palais. .
Samedi ik. Le roi est infiniment mieux. La patience naih
4}uera-'t-eUe donc aa pays, et me pofurailron attendre quel-
ques jours avant de résoudre cette effrayante question de la
régence?
Deux des princesses royales accompagnent régnliéremeat
leur mère, autorisée Hiaitttenaat à voir toas les soirs son
royal épovx. L'impatience avec laquelle elles attendent que
leur (onr aoît venu, et comptent les heures qui séparent dia-
que visite, est tout ce qu'on peut imaginer de plus touchant.
Ce soir, la princesse Elisabeth et la princesse Marie sont
deseendnesdans b chambre de Mrs. 8ehwellenberg,oi] fêtais
encore ; et là, dans Teffiision de leur joie naïve , elles se sont
auses à dianter des morceaux à deux voix pendant presque
taote la soirée. Je les écoutais avec un indicible plaisir.
16 février. Tout va bien : le roi se prépare à recevoir soas
peu le lord grand-<^ancelier. On doit feire à S. M. un rapport
détaillé sur Tétat politique cki pays et sur ce qui s'est passé
durant sa maladie.
Mercredi 18. J'ai eu ce natin Tun des specAacIes les plus
consolants qui se soient oflFerts à moi depuis bien longtemps.
De la route où je passais en voiture, j'ai vu le roi et lareine,
accompagnés par le docteur Willis,«e promener en se donnant
fe bras dans les jardins 4e Richmond, tout près de la ferme.
l^iisse le ciel les bénir, et ne pas compromettre de nouveau
la sécurité qui nous est rendue I
Jeudi 19. Douce «t mémorable journée. Sur une motion du
lord-chancelier, la Chambre des pairs a repovssé le projet de
régence.
HuzzaI huzzal
et ce soir, pour la prenriëfre fois, le roi eât monté dans
le nakm pour y prendre le thé avec la reine et les prtn-
cesses.*
Mon ooMn* était si plein de joie et de reconnaissance, qu'A
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LE JOURNAL BE MI13S BUENEY, 167
grand'peine pouvais-je respirer. Remercions le ciel d'un si
graad bienfait.
Lundi 23. J'ai revu le roi dans le cabinet de la reine. Il a
souri de Tétonnement que je n'ai pu dissimuler à son aspect,
et après m'avoir dit qu'il avait attendu à dessein mon arri-
Tée:tt Je suis tout à fait bien maintenant, a-t41 ajouté ; déjà,
quand vous m^avez vu, j'étais à peu près rétabli ; mais je vous
attrapperais aujourd'hui bien plus tôt qu'alors. » Après quoi
il est sorti.
Ainsi s'est achevé le mois de février 1789. Dieu mereil
{Diary and Letters oflhe author o/*£velina.)
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f«. — MotnY9.
ESQUISSES AMÉRICAINES.
Premier extrait.
PHILADELPHIE ET SA PRISON.
On va de New-York à Philadelphie par le chemin de fer,
et c'est un trajet qui prend ordinairement cinq à six heures.
Nous partîmes par une belle soirée. Je m'étais placé près
d'une des portières de notre wagon, et je voulais admirer le
coucher du soleil, lorsque je fus surpris de voir sortir comme
un nuage de petites plumes des fenêtres du wagon qui précé-
dait le nôtre. Je m'imaginais d'abord que les voyageurs s'a-
musaient à jeter au vent le contenu de quelque vieil oreiller;
mais je vis bientôt que cette pluie n'était que trop liquide et
provenait de la salive américaine : l'expectoration dans ce
pays-ci est un jet d'eau continuel qui rivalise avec ceux de
Versailles, ou plutôt avec les cascades du Niagara (1).
Je fis connaissance, dans cette excursion, avec un jeune,
doux et modeste quaker, qui eut une singulière manière d'en-
trer en conversation : « Je suis , me dit-il gravement et à
demi-voix, le petit-fils d'un homme qui inventa le moyen de
(1) Note du traducteur. On sait combien les Anglais ont de répa-
gnance pour la salive : ils se cachent pour cracher comme pour émettre
tout autre excrétion naturelle : nous ne saurions trouver cette délieatesfe
excessive.
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ESQUISSES AMÉRIGAIXE8. 109
distiller à froid Thuile de ricin. » Je me souviendrai de lui
toutes les fois que j'aurai besoin d'un purgatif.
Nous entrâmes à Philadelphie assez tard dans la soirée.
Avant de me coucher je mis la tête à la fenêtre, et j'aperçus
de Tautre côté de la place un assez bel édifice en marbre
blanc qui avait un aspect de mélancolie lugubre , un air de
spectre. J'attribuai cet effet à l'influence de la nuit, et quand
je me levai le lendemain matin, je m'attendais à voir les gra-
dins du portique couverts de groupes animés ; mais la porte
était encore close, c'était toujours le même air de tristesse ;
on eût dit que ce. froid et sombre édifice ne pouvait avoir
d'autre visiteur que la statue du Festin de pierre. Je deman-
dai ce qu'était ce monument, et ma surprise cessa : c'était le
tombeau de bien des fortunes , la grande catacombe de
maintes opérations financières , la mémorable Banque des
États-Uxis.
La ruine de cette banque et ses fatales conséquences, me
dit-on de toutes parts, avaient répandu la désolation sur Phi-
ladelphie ; cette désolation durait encore ; je suis témoin que
Philadelphie était dans le deuil.
C'est une belle ville , mais d'une régularité désespérante.
Après m'être promené une heure ou deux, je sentais que j'au-
rais donné tout au monde pour une rue tortueuse. Le collet
de mon habit semblait s'empeser et le bord de mon chapeau
s'étendre sous l'influence quakeresse; mes cheveux se reti-
raient et me donnaient un air de tête ronde; mes mains se
croisaient d'elles-mêmes sur ma poitrine avec le calme de la
béatitude puritaine; bref, il me prenait des envies de me
fixer dansMark-Lane, près de la halle, et d'y faire une grande
fortune en spéculant sur les grains.
Philadelphie est très-abondamment pourvue d'eau claire
qui l'arrose sous toutes les formes de fontaine possibles. Les
réservoirs de cette eau , placés sur une hauteur près de la
ville, sont à la fois un monument d'agrément et d'utilité; on
y a fait un jardin parfaitement entretenu. L'homme a dit à la
rivière : Tu feras là une halte , tu rempliras des bassins , et
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110 BSOVISSBS AMRBICAINSS.
c'est moi qui diriger»! ensuite ton eaa snr tonte la viRe. Et
effet, Teau court dans tontes les maisons et y monte à pen de
frais jusqu'aux étages les plus élerés.
Philadelphie possède dirers établissements puMies , entre
autres un excellent hôpital, — un hôpital de quakers, ma»
que ne borne pas à cette secte les bienfiiits de son institu-
tion ; — une vieille iHbKothèque bien tranquille, nommée du
non de Franklin; une bourse, un hdtel des postes, etc., etc.
On montre à ThApital un tableau de West , et ce n'est pas
gratuitement; mais le produit de la recette est destiné i aug-
menter les ressources de la maison , il n^ a rien à dire. Ce
tableau représente notre Sauveur guérissant les malades ; c*est
peut-être un des meilleurs tableaux du peintre. J'en ai dit
assez pour le louer ou le critiquer : cela dépend du goût des
lecteurs.
Dans la même salle on voit un très^oeau portrait par
M. Sully, artiste américain très-distingué.
Je ne séjournai pas longtemps à Philadelphie , mais je fiis
très-content de la société que je pus y voir. S'il fallait la ca-
ractériser d*ane manière générale, je dirais que cette société
est plus provinciale que celle de Boston ou de New- York ;
on y a quelques légères prétentions de goût et de critiqae
qui rappellent un peu les innocentes discussions sur Shaks-
peare et la musique que le bon Goldsmith prête aux person-
nages du Vicaire de Wakefield. A peu de distance de Philadel-
phie s*élève , non achevé encore , un magnifique édifice qai
sera le collège Gérard. C'est une des fondations léguées par
Stephen Gérard, le riche Américain. Si l'architecte complète
ce monument d'après le dessin original , ce sera le pins bel
édifice des temps modernes. Mais le legs du fondateur est le
sujet d'un procès, et pendant qu'on plaide pour et contre le
collège, le collège est là qui attend les maçons. Il en est du
reste ainsi de beaucoup d'autres grandes entreprises en Amé-
rique, où l'on trouve plus de choses qui se feront demain que
de choses faites.
Hors la ville est une grande prison appelée le Pénitentiaire
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ESQUISSES ▲MÉRICAINES. 111
de l'Est , dirigée d'après un système particulier à TÉtat de
P^DsylVanie : c'est le système de la réclusion solitaire, réclu-
sion stricte jusqu'à la plus extrême sérérité; les effets en sont,
«elon moi, cruds et blâmables.
Je n'attaque pas les intentions de ce système; je suis con-
vaincu qu'il n'a été inventé que dans on but d'humanité et de
réforme morale ; mais ceux qui ont fait cette belle découverte
dans le régime des prisons, et les braves gens qui en exécu-
tent le règlement , sont dans l'erreur la plus complète. Je
crois peu de personnes capables d'apprécier tout ce qu'il y a
de tortures et d'angoisses dans cet épouvantable châtiment
prolongé pendaAt des années. Plus j'y ai réfléchi , plus j'ai
cherché à m'en rendre compte, plus j'ai interrogé ceux qui
l'ont enduré et qui seuls peuvent en mesurer l'borreur, plus
je reste conyaincu que c'est un supplice que l'homme n'a pas
le droit d'infliger à l'homme. Ce n'est plus le corps ici que
vous bourrelez, c'est le cerveau même, cet organe mystérieux
de la pensée. Parce que ses cicatrices et ses plaies affreuses
ne sont pas visibles à l'œil, palpables au toucher, parce que
vous n'arrachez pas à votre semblable de ces cris déchirants
qui vous feraient frissonner, ne croyez pas que vous soyez
des bourreaux moins barbares que ceux qui mettaient le coih
pable sur la roue et le chevalet. Je dénonce cette peine se-
crète, justement parce qu'elle ne peut appeler à son secours
comme celle qui se voit au soleil. Mais si on en abrégeait la
dorée?... je me suis demandé encore cela. Je déclare solen-
nellement que si j'avais en main l'autorité qui peut répondre
01» ou nan^ je ne consentirais jamais à sanctionner la réclu-
sion solitaire; et si j'avais eu le malheur d'y condamner une
seule créature humaine, il me semble qu'il n'y aurait ni hon-
neurs ni récompenses qui pourraient me le faire oublier, et
me procurer un instant de repos dans mes promenades le
jour, dans mon lit la nuit.
Je fus accompa{;né à cette prison par deux employés de l'é-
tablissement même. Je passai toute une journée à aller de
cellule en cellule, interrogeant les prisonniers. Toute facilité
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112 ESQUISSES AMÉRICAINES.
de voir et d'observer me fut accordée avec les grâces de la
courtoisie la plus bénévole; rien ne me fut caché; on satisfit
à toutes mes questions avec franchise et sans réserve. A mon
tour , je ne peux trop louer Tordre parfait qui règne dans la
maison ; je ne saurais mettre en doute les intentions excel-
lentes de tous ceux qui appartiennent directement à l'admi-
nistration.
Entre le corps du pénitentiaire et le mur extérieur il est un
jardin spacieux : nous entrâmes par un guichet pratiqué dans
la porte massive, et nous suivîmes le sentier tout droit jus-
qu'à son extrémité, qui aboutit à une large pièce d'où par-
tent, comme les rayons d'une roue, sept longs corridors. De
chaque côté de chacun de ces couloirs est une longue suite
de cellules basses , avec un numéro sur chaque porte. An-
dessus est une galerie sur laquelle s'ouvrent d'autres cellules
en nombre égal, mais plus étroites, parce qu'elles ne sont pas
précédées d'une espèce de petit palier, ou vestibule extérieur;
ce qui fait que pour que chaque habitant des deux étages ait
la même mesure d'air et d'exercice, ceux de l'étage supérieur
habitent chacun deux cellules communiquant l'une à l'autre.
Quand vous vous placez au point central, et que votre œil
plonge tour à tour dans ces sombres passages, il y a quelque
chose de très-imposant dans le repos et le calme qui vous en-
tourent. Par moments vous distinguez bien le bruit de la na-
vette d'un tisserand ou du tranchet d'un cordonnier solitaire;
mais ce bruit , étouffé par l'épaisseur des murs et la double
porte de chaque cachot, ne sert qu'à rendre le silence géné-
ral plus profond et plus solennel. Quand un prisonnier est
amené dans cette triste geôle, on lui met sur la tète et la face
un capuchon noir , emblème du rideau qui va tomber entre
lui et le monde des vivants ; c'est dans ce lugubre costume
qu'il est conduit à la cellule d'où il ne sortira plus que le
terme de son emprisonnement ne soit expiré. Il n'entend ja-
mais plus parler de femme ou d'enfant, de maison ou de £&-
mille, de la vie ou de la mort d'aucune créature. Il voit les
employés de la prison, mais à cette exception près il ne voit
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ESQUISSES AMÉAICAINSS. 118
plus une figure hamainey il n'entend plus une voix hamaine ;
c'est un homme enterré tout vivant, qu'on pourra bien exhu-
mer après le laps des années, mais qui, en attendant, reste
mort à tout, excepté aux angoisses de son esprit, à l'horreur
de son désespoir.
Son nom, son crime, le terme de son supplice sont incon-
nus inéme à l'employé qui lui distribue sa ration journalière,
n y a un numéro sur sa porte; il existe un livre dont le gou-
verneur de la prison a une copie et Tinstructeur moral une
autre : dans ce livre est le sommaire de son histoire ; dans
ces pages seules on peut connaître l'indication de sa vie. Quoi-
qu'il vive dix années de suite dans la même cellule, il n'a lui-
même aucun moyen de savoir jusqu'au dernier instant dans
quelle partie de rétablissement est située cette cellule, quelle
espèce d*hommes il a près de lui, si même il a un voisin vi-
vant, et si on ne l'a pas recelé dans quelque^coin isolé de la
grande prison, où entre lui et le plus proche compagnon de
son horrible solitude sont des murs, des corridors, des portes
de fer.
Toutes les cellules ont doubles portes : la porte extérieure
en chêne dur, et la seconde en fer; à celle-ci est pratiquée uiie
trappe à travers laquelle on donne au prisonnier sa nourri-
ture. 11 a une Bible, une ardoise, un crayon et quelquefois
aussi, mais sous certaines restrictions, quelques autres livres,
du papier, de l'encre et une plume. Son rasoir, son plat à
barbe, sa cuvette, sa cruche, sont suspendus à la muraille
ou reluisent sur une petite tablette. Un robinet d'eaii fraîche
s'ouvre dans chaque cellule, et le prisonnier peut y puiser à
son gré. Pendant lé jour, sa couchette se replie contre le mur
et lui laisse un peu plus d'espace pour travailler. Il a sous la
main son métier, son établi, ou sa navette : bref, dans cette
étroite enceinte, il travaille, il dort, il s'éveille et compte les
saisons en vieillissant.
Le premier prisonnier que je vis était occupé à tisser. Il
était là depuis six ans, et devait, je crois, y demeurer trois
ans encore. Son crime consistait à avoir recelé des marchan-
5* SÉRIE. — TOME XII. 8
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ll&i ESQUISSES AMÉRIGAINfiS.
dises volées ; mais même après un si long emprisonnement,
il niait sa culpabilité, disant qu'on l'avait condamné injuste-
ment : c'était un condamné en récidive.
Il suspendit son travail quand nous entrâmes, Ata ses lu*
nettes et répondit à tout ce qu'on lui demandait, mais tou-
jours après une singulière sorte d'hésitation ou de pause, avec
une voix basse et pensive. Il était coiffé d'un chapeau de
papier de sa façon, et ce ne fut pas sans plaisir qu'il vit
qu'on le remarquait et le trouvait original. Il avait aussi très-
ingénieusement fabriqué une manière d'horloge de Hollande
avec toutes sortes de matériaux, et c'était sa burette à vi-
naigre qui faisait fonction du pendule. S'apercevant que cette
mécanique m'intéressait, il la regarda lui-même avec une or-
gueilleuse satisfaction, en me disant qu'il songeait à la per-
fectionner; il espérait que le marteau et le petit morceau de
cristal sur lequel il frappait ne tarderaient pas à jouer un air.
Il avait encore extrait des couleurs du tissu qu'il travaillaifi
pour peindre quelques pauvres figures sur la muraille, une
entre autres au-dessus de la porte, et qu'il appelait « la Dame
du Lac. ))
n sourit de l'attention que j'accordai à toutes ces inventions
par lesquelles il tâchait de se distraire ; mais lorsque je fixai
sur lui-même mon regard, je vis que sa lèvre tremblait, et
j'aurais pu compter les battements de son cœur. C'était mu
homme marié. J'oublie comment cela se fit, mais lorsque l'on
fit allusion â cette circonstance, il secoua la tête au mot de
femme, se détourna et cacha son visage dans ses mains.
<c Mais vous êtes résigné à présent, » dit un de mes conduc-
teurs après une courte pause, qui lui avait donné le temps de
reprendre sa première attitude.
Il répondit avec un soupir qui exprimait le plus amer dés-
espoir : c( Oh I oui; oh I oui I je suis résigné 1 — Et vous êtes
devenu meilleur, n'est-ce pas ? — Ah 1 je l'espère ; assurément
je l'espère I — Et le temps passe assez vite... — Le temps est
bien long entre ces quatre murs, messieurs, » reprit-il.
Et en disant ces mots, il promena lentement, bien lente-
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ses regards «alovr de M, et dans ce iiMMiyeiiient ses
contractèrent une étrange expressiony comme s'il efif
cherché un souvenir impossible à trouver. Un moment après
ilsonpira péniblement, remit ses lunettes et reprit son ouvrage.
nans une antre cellule était un Allemand condamné pour vol
àciiiq années d'emprisonnement, dont les deux premières ve-
naieot d'expirer. Au moyen de couleurs procurées de la même
manière que le n"* 1, il avait peint à fresque avec un vrai talent
ses quatre murailles et le plafond. II s'était imaginé encore
de creuser avec beaucoup d'art le petit espace de terre qu'il
avait sous les pieds et d'y pratiquer au centre un petit lit qui
ressemblait assez i un tombeau. Il y avait quelque chose d'ex-
tnM>rdinaire dans le goût et l'adresse qu'on remarquait dans
tout ce qu'il avait fait. Et cependant on ne saurait imaginer
on air plus doattu, plus découragé, plus misérable que le sien.
Non, jamais je n'ai vu un tableau plus vrai de la douleur et du
désespoir. Mon cœur saignait à le contempler ; mais surtout ce
fut cpiand il eut pris à part un dos employés qui m'accompa-
gnaient et que, les larmes aux yeux, le retenant par son habit,
af^ec ses mains tremblantes, comme s'il avait peur qu'il lui
échappât, il lui demanda s'il n'avait aucun espoir de la com-
mutation de son horrible sentence... Non, rien ne saurait être
plus déchirant.
Dans une troisième cellule était un gros et robuste serru-
rier, au teint noir, occupé à faire des écrous et autres ou-
vrages de son métier ; celui-là était près de l'expiration de
son temps de réclusion. Il avait été non-seulement un très-
adroit voleur, mais fameux par son audace et le nombre de
ses condamnations; il nous fit une longue histoire de ses
prouesses: ce récit Tamasait; il racontait, comme un narra*
teuT d*anecdotes, qu'il avait ici volé des couverts d'ar-
gent, et là des lunettes du même métal : il s'applaudissait
surtout de son talent à guetter ses victimes et à ne plus per-
dre de vue un butin une fois qu'il avait fixé l'œil sur l'objet
de sa convoitise. Tout en se vantant du passé, ce drôle-là,
franc hypocrite, ne laissa pas de nous déclarer qu'il benis-
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116 ESQUISSES AllÉBIGAINES.
sait le jour où il était entré dans la prison : à le croire, il en
sortirait corrigé, et il s'était bien promis de ne plus cooh
mettre un vol de sa vie.
On me montra un prisonnier à qui on permettait, par one
ftiveur spéciale, d'élever des lapins. Comme sa cellule exha-
lait en conséquence un parfum un peu trop musqué, on se
contenta de le faire venir sur le seuil de sa porte. Il y consen-
tit et fit voir son visage hagard , en faisant une ombre de sa
main à. ses yeux éblouis de la clarté inaccoutumée à laquelle
il était convié. Ge fut pour moi une apparition que cette 6*
gure blême, étiolé^, qui semblait réellement sortir d'une
tombe. II avait dans son sein un lapin blanc : lorsque la pe-
tite béte déposée à terre battit en retraite et que son maître
se glissa lui-même après elle timidement dans sa cellule, je
me demandai quel était le plus noble animal des deux, rbonune
ou le lapin.
Nous visitâmes ensuite un voleur, un Anglais, qui com-
mençait seulement depuis peu de jours une réclusion de sept
;aus, un vaurien au front déprimé, aux lèvres minces, au
tant pâle, pour qui des visiteurs n'avaient encore que peu
d'attrait, un homme capable de tout, et qui m'eût volontiers
poignardé avec son tranchet de savetier, si ce n'eût été le
risque d'encourir une aggravation de peine. Nous entrâmes
aussi dans la cellule d'un second Allemand écroué depuis la
veille et qui, étendu sur son lit, se leva en sursaut à notre
approche en nous demandant du travail. Je vis un poète qui
après avoir fait deux journées d'ouvrage en vingt-quatre heu-
res, une pour lui, une autre pour la prison, trouvait le temps
d'écrire des vers sur la mer et les vaisseaux (il était marin de
son état), sur le jus enivrant de la grappe et les douceurs de
l'amitié I Enfin j'en vis beaucoup ; les uns rougissaient en aper-
cevant leurs visiteurs, d'autres devenaient très-pâles. Deux
ou trois avaient auprès d'eux des infirmières prisonnières
parce qu'ils étaient malades, et un vieux nègre bien gras à
qui on avait amputé la jambe dans la prison, était soi-
gné par un savant chirurgien, captif lui-même comme son
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ESQUISSES AMiAICAINES. HT
blessé. Assis sur Tescalier et occupé à je ne sais plus quoi,
était un joli enftint de couleur . « N'y a-t-il donc pas à Phila-
delphie une maison de refuge pour les jeunes délinquants? )>
demandai-je : «Il y en a une, me répondit-on, mais seulement
pour les enfants blancs. » Noble aristocratie dans le crime!
Il y avait un matelot prisonnier depuis plus de onze ans, et
qai devait sortir dans peu de mois. Onze années de réclusion
solitaire !
« Je vous félicite d'être bientôt libre, lui dis-je. — Que ré-
pondit-il?— Rien. — Qu*a-t-il à regarder ses mains, à déchi-
queter sa peau autour de ses ongles, et puis à fixer les yeux
par moments sur les froides murailles qui ont vu blanchir ses
cheveux? — C'est son caprice, me dit un de mes cicérones.
— ^Hais ne vous regarde-t-il jamais en fece? Est-ce tous les
joors qu'il émiette ainsi la peau de ses doigts? — C'est son ca-
price , rien de plus, d
C'est aussi son caprice de dire qu'il ne songe guère à sortir
de la prison ; qu'il n'est nullement enchanté de voir appro-
cher sa délivrance; qu'il l'avait bien désirée autrefois, mais
qa'il Y & longtemps, et qu'il n'a plus de souci pour rien. Si
c'est son caprice d'être un homme misérable, désolé, anéanti,
Dieu m'est témoin qu'il peut satisfaire amplement ce bizarre
caprice.
Je vis, dans trois cellules contiguës, trois jeunes femmes
convaincues toutes les trois d'avoir voulu voler celui qui les
avait dénoncées à la justice. Bans la solitude et le silence de
leur captivité, elles étaient devenues tout à fait belles. Elles
avaient l'air triste, très-triste, et elles m'auraient facilement
arraché des larmes de compassion , mais sans m'inspirer la
même espèce de sympathie que les prisonniers de l'autre sexe.
L'une était une jeune fille qui n'avait pas encore vingt ans.
Sa cellule, blanche comme neige, était décorée du travail d'un
des prisonniers qui l'avaient précédée. Le soleil y pénétrait par
une petite ouverture du plafond, d'où l'on apercevait un coin
du ciel azuré. Elle avait l'air calme et repentant. Elle se di-
sait elle-même résignée , et je fus tenté de la croire. Mais
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118 SSa^lSSB^ ÂV ÉUGAIKKft.
«n de mes compagnons ayant ajouté : « Finalement» vois èta
heoreuâc? » à ce mot, elle faisait évidemment un effort, un
effort pénible comme pour répondre oui , lorsque , levMt
les yeux et apercevant ce petit coin du ciel qui lui rappek
Tair libre , elle fondit en larmes et dit : a Je tâche de Fètrel
je ne me plains pas cependant il est bien naturel q«e je
désire de temps en temps sortir de cette cellule : je ne puis
m'empècher de le désirer. » Et elle se mit à sanglota, la
pauvre fille.
Bref, je visitai toutes les cellules, et je n'ai oublié aucune
des fi{j;ures que je vis, aucune des paroles que j'entendis; tous
les incidents que je remarquai sont présents à mon imagina
tion. Toutefois, que le lecteur me permette d'écarter ces
images pénibles pour citer Tépisode moins triste d'une autre
visite que je fis dans une prison dirigée sur le même plan à
Pitsburgh
Après avoir tout vu là comme au pénitentiaire de Phila-
delphie, je demandai au gouverneur s'il n'avait pas parmi sfis
prisonniers un individu qui devait être bientôt rendu à la
liberté. Il en avait un qui justement devait sortir le lende-
main, mais qui n'avait été prisonnier que deux ans.
Doux ausl — je repassai dans ma mémoire deux années de
ma propre vie, — deux années de liberté, heureuses, écoulées
rapidement au milieu de Taisance et des agréments de la for-
tune , — et je me figurai quoi vide elles feraient dans mon
bonheur, ces deux mêmes années, combien elles seraieit
longues, passées dans uue captivité solitaire! J'ai devant les
yeux la figure de cet homme qui allait être relâché le lende-
main. Cette figure-là, dans son expression de bonheur, eie
fit peut-être plus d'impression encore que les autres dans lesr
expression de misère. Comme il était facile et naturel à ee
détenu de dire que le système était ua excellent système, et
qu'à tout prendre, le temps passait vite dans le péaitenliûie,
que» lorsqu'un homme comprenait enfin ^u'il avaîl violé b
loi et devait en être puni^ il se résignait, etc., eie.
La porte de la ceUule venait de se refernaei s«r lui, kNBh
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ESQUISSES AHÉRICAI^VES. It9
qn'il rappela mon conducteur, qui alla lui parler et revînt
me rejoindre dans le corridor. « Qu*avait-il donc à vousdiret
demandai-je.
— Ahl qu'il araît peur que les semelles de ses bottes ne
fussent plus bonnes, tant elles étaient usées lorsqu'il les avait
quittées pour prendre la chaussure de la maison, et qu'il me
serait très-obligé si je les lui foisais raccommoder pour de-
main. ))
Ces bottes, il y avait deux ans qu'on les lui avait fttées.
le saisis cette occasion pour m'informer de ce que faisaient
ordinairement les détenus immédiatement après leur libéra-
tion. « Ils doivent bien trembler en sortant, disais-je.
—Eh! mais non, me fut-il répondu ; ce n'est pas un trem-
blement, mais un frisson, et comme une révolution complète
du système nerveux. Us ne peuvent signer leur nom sur le
registre; quelquefois ils ne peuvent même tenir la plume; on
dirait qu'ils ne savent plus ce qu'ils font ni où ils sont, et quel-
quefois ils s'asseyent et puis se relèvent vingt fois dansune mi-
nute. Cela a lieu dans le bureau où l'on les ramène avec le
capuchon sur la tôte, comme lorsqu'ils ont été conduits à leur
cellole. Dès qu'ils ont franchi la porte, ils s'arrêtent, regar-
dent tantAtd'iin cAté, tantôt de l'autre, ne sachant quelle dî-
teclion prendre : quelquefois ils vacillent et chancellent
comme s'ils étaient ivres , et quelquefois ils sont forcés de
»*appuyersur la barrière, tant ils se sentent faibles; mais iîs
finissent par s'éloigner et disparaître.
Revenons au pénitentiaire de Philadelphie.
En parcourant ces cellules solitaires, et en examinant les
physionomies de ceux qui y étaient détenus, je cherchai à me
figurer quelles étaient les pensées et les sensations naturelles
à leur position. Je me représentai un prisonnier à qui on
•nlè?e le capuchon qui lui couvre la tête pour la dernière
fois, et qui repasse sa longue et monotone existence de dix
©u douze années.
B'abord cet homme est étourdi; son emprisonnement n'est
plus qu'une vision hideuse, lorsque sa vie précédente rede-
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190 ESQUISSES AMÉRICAINES.
vient la réalité. — Il se jette sur son Ut, et y reste abandonné
au désespoir. Par degrés, l'insupportable solitude et le déso-
lant silence qui l'entourent le tirent de sa stupeur. La pre-
mière fois qu'on ouvre la trappe de sa porte de fer, il supplie
humblement qu'on lui donne du travail : « DonnezHmoi quel-
que chose à faire, ou je deviendrai fou. d
n obtient de l'ouvrage, mais il ne peut encore travailler que
par accès. Une réflexion aCFreuse vient à tous moments l'inter-
rompre; c'est l'involontaire calcul du nombre d'années qu'il
lui feudra passer dans ce cercueil de pierre. Tout & coup ce
calcul pèse sur sa pensée comme une masse brûlante sous la-
quelle il étouffe. Il se dresse en sursaut, il va et vient dans
rétroite cellule, étendant les deux mains qui touchent les mu-
railles, et les croisant aussitôt sur sa tète, il croit entendre
une voix secrète qui lui conseille de se briser le crâne.
Il se recouche enfin sur son grabat, et y reste à se désoler.
Soudain encore il se relève en sursaut, se demandant s'il est
bien seul, s'il n'a pas au moins de voisin ; et il écoute, mais
en vain, son oreille n'interrogeant que le silence.
Mais non; quoiqu'il n'entende rien, d'autres prisonniers
sont sous le même toit , car il se souvient qu'on lui a d^
crit autrefois la prison, alors qu'il ne pensait guère y venir
un jour. On lui a raconté que les cellules étaient constiMites
de manière que les détenus ne pouvaient être entendus les uns
des autres, quoique chacun pût l'être des geôliers. Où est son
plus proche voisin ? A droite ou à gauche? Ou bien est-il entre
deux? Ces voisins sont-ils assis en ce moment, ou debout?
lui fusant face ou lui tournant le dos? Comment sont4Is ha-
billés? Sont-ils là depuis longtemps? Sont-ils beaucoup affiiî-
blis, usés par l'effet de leur réclusion? Sont-ils pâles, blêmes,
ayant l'air de spectres? Pensent-ils, eux aussi, à leur roisin?
Osant à peine respirer, écoutant sa propre pensée, il évo-
que un compagnon de captivité qui lui tourne le dos dans la
cellule voisine, et qui en parcourt l'enceinte en long et en
large. Il n'a aucune idée du visage de cet autre, mais il est
certain qu'il y a là un autre homme qui marche les épaules
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ESQUISSES AMÉRICAUfES. 121
ToAtées. Sans la cellule du c6té opposé, il place une autre
figure dont il ne peut pas voir non plus la face. Tous les
jours, et souvent dans les insomnies de ses nuits, il pense à
ces deux hommes, il y pense jusqu'à ce qu'il en ait presque
lerertige. 11 ne les change jamais , il voit toujours les deux
mteies, — le vieillard à droite, le jeune homme à gai iche, —
et leurs visages cachés ajoutent à ses tortures; ils sont pour
lui voilés d'un mystère qui le fait frémir.
Les jours succèdent aux jours... . les jours, qu'il personnifie
aussi, avec leur pas solennel et lent comme celui des pleu-
reuses qu'on loue pour un cortège de deuil. Il commence à
sentir que les murailles nues de sa cellule ont en elles quel-
que chose de terrible; que leur couleur blanche est horrible ;
que leur surfece polie lui glace le sang ; qu'il y a un coin
odieux qui le persécute. Chaque matin, en se réveillant, il se
cache la tète sous sa couverture et frissonne en croyant que
le plafond a des yeux pour le voir. La lumière bénie du jour
elle-4nème se glisse jusqu'à lui comme un fontôme à la tète
hideuse, plongeant son ironique regard à travers le trou percé
pour servir de fonètre à sa prison.
Lentement, mais sûrement, les terreurs de cet odieux coin
grossissent et se multiplient; elles l'obsèdent continuelle-
ment; elles envahissent son repos; elles rendent ses' songes
afreux, ses nuits pleines d'épouvante. D'abord il n'avait eu
qu'une étrange antipathie pour ce coin-là, parce qu'il lui
paraissait produire dans son cerveau un vide correspon-
dant, étrange sensation qui lui infligeait d'atroces tortures;
il commença ensuite à en avoir peur ; puis il se prit à en ré-
ver et à entendre des voix qui le lui indiquaient sans cesse.
Enfin ce lui fut insupportable de le regarder. A présent,
chaque nuit, l'obscurité engendre là un spectre, une ombre,
quelque chose de silencieux, d'effrayant, qui s'y cache et s'y
fait voir, mais qu'il ne saurait décrire, oiseau, animal, nain,
géant, masque difforme.
Il existe un petit vestibule à sa cellule : quelquefois il n'o-
sera pas y entrer; quelquefois, quand il y sera, il n'osera plus
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rapasaer dau sa cdhile. La irait HtM ;»c*est ilors ie bxàtm
du coin qui reparaît. Une fois (une aeole foû, dans le désespoff
I de la peur ), il oaa ee placer hn-mâDM dana ce coin M
I et ea chasser le fiwtâme; nais oelni-ci se rèfiigia sur sa cmi*
chette et y resta jusqu'au lendemain. Au crépuscule et tos*
jours i la môme heure» une voix l'appelle par son nom; riest
I la nuit, la nuit complète, et c'est son métier à tisser m ai
navette qui commence à s'animer. Quoil cet iDstroment^n
seule consolation, son ami, lui aussi il'se traasfonne» il loi
fiât peur et le guette d'un air sinistre jusqu'au matiol
Finalement, peu à peu, une à une, ces images le quittait,
revenant quelquefois, inattendues, mais à de plus longs ii^
tervalles et moins horribles. Le prisonnier a reçu la viole
d'une homme qui lui a parlé religion; il a lu sa Bible, il a
écrit une prière sur son ardoise et Fa suspendue à la munilk
comme une sorte de protection assurée et une pensée dn
ciel qui adoucira sa solitude. II rêve maintenant de ses es-
tants ou de sa femme... nais il est sur qu'ib sont morts on
qu'ils l'ont abandonné. Il répand facilement des lames, il
est soumis, humble et abattu. De temps en temps revient son
ancienne angoisse; peu de chose suffit pour la réveîlier, le
son le plus familier, le parfom d'une fleur qui s'est igaiie
dans l'air jusqu'à lui; mais cette angoisse- ne dure plut si
longtemps, car le monde extérieur est devenu sa vision et
cette vie solitaire la réalité.
Si le temps de son emprisonnement est court, —]• ▼^
dire comparativement, car il ne saurait jamais être court, ^
si le terme approche... le dernier semestre esr peut^tue le
pire de tous; car c'est alors qu'il se dit que sa prison peat
être incendiée et qu'il serait ensevdi sous ses raines bê-
lantes, ou qu'il est destiné à mourir avant d'être libre, on qte
quelque nouvelle accusation, quelque erreur de la jnstiee
prolongera sa captivité, ou enfin que quelque funeste ineî-
dent, n'importe lequel, s'opposera à sa libération déSmtfie.
Et cela est naturel, et c'est ce qu^il est impossMe à la raison
es réfuter, parce qu'après avoir été retranché longtemps ëe
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la vie humaine, après avoir taut soufièrt dans aon isolemett^
tout lai parait probable, tout, excepté soa retour à Texistenoe
conmone et à la société de ses semblables.
Mais si son emprisonnement a été très-long, la perspective
de sa délivrance Tétourdit et le frappe de confusion. Son
cœur brisé pourra bien battre un moment à cette idée du
moude extérieur, à Tidée de ce qui s*y est passé, par rapport
k loi, depuis tant d'années, mais c'est là tout. La porte de
sa cellale est restée trop longtemps fermée sur toutes ses ea^
pérànces et toutes ses craintes : mieux aurait valu pour lui,
se dit-il, qu'on le pendit que de le condamner à cette inter-
minable épreuve pour le renvoyer parmi les hommes, quand
il n'y a plus rien de commun entre les hommes et lui (1).
Sur le visage hagard de tous les prisonniers que je vis dans
ces pénitentiaires, je remarquai une même expression. Je ne
sais à quoi la comparer. J'y trouvais quelque chose de cette
attention forcée qu'on voit sur les visages des sourds et des
aveugles, mêlée à une sorte d'horreur, comme s'ils avaient
tous été secrètement terrifiés. Dans toutes les petites cbam^
bres où j'entrai, à toutes les grilles ù travers lesquelles j^
regardai, il me sembla voir la même physionomie effrayante.
Elle s'est fixée dans ma mémoire avec la fascination d'un dp.
ces portraits qui vous suivent partout. Faites passer en revue
devant moi une centaine d'hommes, dont un seul sortira de
ces pénitentiaires, je suis certain de le reconnaître tout de
suite.
J'ai dit que quant aux femmes, l'emprisonnement cellu-
laire a pour résultat d'adoucir et d'épurer leur expression.
Est-ce l'effet de leur meilleure nature qui se perfectionne
encore dans la solitude? est-ce parce que ce sont des créar
(1) Note du directeub. Cette esquisse psychologique est uo de ces pas-
sages qui distÎD^ent M. Charles Dickens des romanciers ordinaires; il
ut peut être curieux de la rapprocher de la scène de la prison dans les
ftagMa»u remaïqualbleff 4e Bopnmbé JIImI^ qu9 noua aven» publié» iDaf
la titra de te CloeAe ém tacite (Toir U Mmuù MHÊormiqm d'octotett.
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lik ESQUISSES AMÉBIGAINES.
tnres natarellement plus douces, plus patientes, plus £aites
à la Souffrance? Je ne sais, mais cela est ainsi. Cependant,
selon moi, pour elles aussi ce châtiment est tout aussi crael,
tout aussi injuste que pour les hommes.
Ma conviction intime est qu'indépendamment de la torture
morale, — torture qui est si épouvantable que l'imagination ne
saurait jamais atteindre à la réalité, — Femprisonnement so-
litaire jette r&me dans un état morbide qui la rend incapable
désormais de subir le rude contact et l'activité du monde.
Oui, je maintiendrai mon opinion : ceux qui ont été soumis
à cette peine doivent rentrer dans la société moralement
énervés et malades. Il est plusieurs exemples d'hommes qui,
par leur propre choix ou par suite d'une condamnation, ont
vécu dans une solitude parfaite, mais je ne m'en rappelle
aucun, même dans l'histoire des philosophes et des intelli*
gences vigoureuses, qui ne nous démontre que cette solitude
rigoureuse produit toujours quelque désordre dans les idées
ou quelque sombre hallucination. Combien de fantômes
monstrueux qui, conçus dans le doute et le désespoir, en-
fentés et nourris dans la solitude, se sont ensuite montrés à
la terre pour jeter une partie de leur difformité sur la création
et assombrir la face du ciel !
Les suicides sont rares parmi les prisonniers : ils y sont
nàème à peu près inconnus; mais aucun argument en favear
du système ne saurait être raisonnablement déduit de cette
circonstance, quoiqu'on l'ait souvent fait valoir. Tous ceux qui
ont étudié les maladies de l'âme savent parfaitement qu'elles
peuvent causer l'excès de l'abattement et du désespoir, que le
malheur peut changer tout un caractère et détruire toute son
énergie sans pousser le malheureux jusqu'à se détruire. Cela
se voit souvent.
L'emprisonnement solitaire allanguit les organes des sens
et mine peu à peu toutes les forces du corps; voilà ce qu'il y
a de certain. Je fis remarquer à ceux qui m'accompagnaient
dans ce même pénitentiaire de Philadelphie que les criminels
détenus depuis longtemps devenaient sourds. Âccoutamés i
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ESQUISSBS AMÉRICAINES. 125
voir tous les jours ces misérables, ils furent très-surpris de
ma remarque et la trouvèrent tout à fait mal fondée. Cepen-
dant, ayant choisi eux-mêmes un prisonnier pour me démon-
trer Terreur de mon impression, ils furent obligés de convenir
qu'il j avait bien quelque chose de vrai , lorsque ce prison-
nier, qui, certes, n'était pas d'accord avec moi, nous dit, d'un
air de bonne foi irrésistible, qu'il ne savait comment cela se
feisait, mais qu'il se sentait devenir dur d'oreille.
Je le répète donc, cet emprisonnement solitaire est une
peine singulièrement injuste ; et c'est sans contredit l'homme
le moins criminel qu'elle affecte le plus. Comme moyen de
réfonnation, je ne le crois nullement supérieur à cet autre sys-
tème qui permet aux détenus de travailler en commun , mais
sans pouvoir communiquer ensemble. On me cita des exem-
ples, mais il n'est aucun de ces prisonniers qu'on m'assura
être sortis corrigés du pénitentiaire, qui ne se fftt également
amendé par la simple réclusion silencieuse. Quant aux crimi-
nels endurcis, tels que le voleur nègre et le voleur anglais,
les plus enthousiastes partisans de l'emprisonnement cellu-
laire n'espèrent guère leur conversion.
11 me semble que s'il est un argument qui peut suffire,
contre ce système, c'est l'objection que jamais rien de bon ou
d'honnête ne sortira d'une solitude si peu naturelle, sous
l'influence de lacjuelle un chien ou l'animal le plus intelligent
(le la création finirait par se désespérer et épuiser les forces
de sa vie. Mais quand on pense, de plus, combien ce châti-
ment est cruel et sévère, combien d'inconvénients déplo-
rables, que je ne saurais même indiquer ici, parlent contre la
vie solitaire, quand surtout il ne s'agit pas de choisir entre
ce système et un autre mauvais ou inconnu, mais entre ce
système et un autre que chacun s'accorde à trouver excellent,
comment ne pas abandonner celui qui promet si peu de bien
el peut produire tant de mal?
Je vais terminer ce chapitre par une anecdote curieuse qui
me fut racontée dans cette visite au pénitentiaire de Phila-
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tus BSQCIMBS KWknCkWES,
delphie, et qai, non-senleaieiit tient au sujet, mais encore a
le mérite d'y faire an peu diyersion.
A l'une des assemblées périodiques des inspecteurs de cette
prison, on ouvrier de Philadelphie se présenta devant le co-
mité , implorant comme une faveur d'être logé dans une
cellule. Quand on lui demanda le motif d'une si étrange pé-
tition, il répondit qu'il avait un irrésistible penchant à l'i-
vrognerie et s'y livrait constamment au risque de se perdre;
ne se sentant aucun courage pour combattre ce vice, il vou-
lait se mettre à Tabri de la tentation. On lui fit observer que
le pénitentiaire n'était destiné qu'aux criminels jugés et coo-
damnés par la loi ; on lui conseilla de lutter contre lui-même,
on lui donna enfin toutes sortes de bonnes raisons et de bons
conseils, sur quoi il se relira très-peu satisfait de l'accueil
fait à sa pétition extravagante.
Il retint, fut renvoyé encore et revint une troisième fois,
puis une quatrième ; bref, il se montra si sincère et si impor-
tun , que le comité finit par se consulter : « Certainement,
dit un des inspecteurs, voilà un drôle que l'ivrognerie amè-
nera ici malgré nous, si nous ne l'admettons pas de bonne
grâce : ne vaut-il pas mieux renfermer? il sera bientôt dégoûté
de notre régime et nous serons débarrassés de lui. » On Ini
fit donc signer un acte par lequel il s'interdisait de jamais
poursuivre les inspecteurs devant la justice pour détention
arbitraire : il déclara dans cette pièce qu'il entrait dans la
prison par goût et par choix. On lui dit bien que l'employé
aurait ordre de le relâcher à toute heure du jour ou de la nuit
quand il frapperait à sa porte pour faire connaître qu'il en
avait assez; mais on ajouta que si une fois il sortait il ne se-
rait plus admis. Tout étant convenu, notre ouvrier fut con-
duit en prison et installé dans une cellule.
Dans cette cellule, cet homme trop faible pour voir on
verre de liqueur sur sa table sans le vider,— dans cette cellule
solitaire, — il demeura environ deux ans, travaillant de son
métier de cordonnier. A Texpiration de ce terme, sa santé
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déclina, et le chirurgien recDmmanda qu'on le fit bêcher
qaelqaefois au grand air dans le jardin : Tordonnance ne lui
fit aucune peine, et cette nouvelle occupation lui rendit toute
sa gaieté.
Un jour qu'il labourait gaiement une plate-bande, il s'aper-
çât en levant la tête que le guichet de la porte extérieure
était ouvert ; il vit au delà le sillon bien connu de la route
poudreuse et les champs brûlés du soleil. A cette vue son in-
stinct de prisonnier fat le plus fort : il jeta tout à coup sa
bêche, se sauva de toute la vitesse de ses jambes et Ton ne
le revit plus.
{Boz- American noies [i].)
(1) Non DU DiASCTfnm. Nous nous proposons de donner encore un ex-
tnit de cet ovTrtga, qui a été Himprinié daM la collection anglaise do
M. Baudrj, uo vol. Prix : 6 fr.
Od trouvera ua article sur le r^ime péaitentiaire des Étati-Uois dans
la Bévue Britannique, I'« série, tome XXIÎ, page 129.
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£onbtt9 3lnnen et SBoïftmt.
SI.
LA DOUANE.
C'est par la Tamise queVétranger devrait entrer à Londres.
La largeur de ce beau fleuve, les navires qui couvrent ses
eaux de leurs masses sombres; la vapeur épaisse au trarers
de laquelle on devine les lignes des Sabriques gigantesques
qui bordent tristement ses rivages : tout n'annonce-i-il pas
une grandeur sérieuse, une grave et solennelle magnificence?
Je le demande à celui que la vapeur transporte de TEibc ou
du Rhin, de Boulogne, de Calais ou du Havre, en passant de-
vant la tour de Londres jusqu'à la Douane. Avant l'invention
des bâtiments à vapeur, le voyageur venant du conllnenl dé-
barquait ordinairement à Harwicb ou à Douvres , et la pre-
mière page de son journal pouvait être consacrée à louer
Texcellence des chevaux, le luxe, Tentretien des voitures pu-
bliques, des chemins, la rapidité avec laquelle on voyage en
Angleterre, l'aspect riant des paysages anglais, l'air de
prospérité des villages, l'élégance des chaumières et le bien-
être qui semble régner dans toutes les localités qu'il avait
parcourues avant d'apercevoir ce grand marché des peuples,
qu'on appelle Londres. Mais à présent l'étranger est jeté
d'un seul bond dans le tourbillon de la capitale, sans la pré-
paration graduelle d'un voyage de plus de soixante -dii
milles.
Le quai spacieux et bien sablé qui borde la façade de la
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LA DOUANE. 129
Douane, est le seul qu'offre le port de Londres, sauf un petit
bout de quai devant la tour. Quoique peu visité par les dan-
dys et les dames à la mode, qui cherchent leur bonheur dans
Tadmiration réciproque qu'ils excitent sous les frais ombrages
da jardin de Kinsington et des parcs, ce lieu promet des
jouissances réelles. Là , les rayons d'un beau soleil d'hiver
paraissent moins faibles et réchauffent le convalescent , qui
y trouve un abri contre les vents du nord. Une belle journée
passée en partie sur ce quai offre le tableau le plus vivant
et le plus pittoresque.
A l'extrémité occidentale du quai se trouve Billingsgate^.
ce grand marché aux poissons de la métropole, avec son pe-
tit dock pour la flottille des pécheurs. Ces pécheurs arrivent
successivement tant que la marée les sert, et viennent placer
leurs embarcations dans le bassin. La forme de ces embar-
cations varie autant que leurs cargaisons. Celles qui se pres-
sent sont probablement chargées de maquereaux : elles font
bien de profiter de la marée; car du moment de leur entrée
dans le port dépend le prix avantageux ou désavantageux de
la rente. Si la marée ne leur est pas favorable, la vapeur les
prend à la remorque. Quelques barques sont de très-petite
dimension, et là xvous trouvez, en général, un patron qui sait
de bonne heure utiliser sa famille. Deux garçons souvent en
bas âge lui servent d'aides, tandis que sa femme et le reste des
enfants s'occupent sous son toit à sécher et à raccommoder
les filets. — Les barques dont la cargaison a été vendue se
préparent à partir. Leurs voiles se déploient ; au moment fa-
vorable, on les voit descendre la rivière dans un ordre suc-
cessif, et disparaître promptement à la vue.
Un peu àl'ouest de Billingsgate sont les embarcadères des ba-
teaux à vapeur allant àGreenwich,Woolwich,Gravesend, etc.
L'arrivée et le départ de ces bateaux ne discontinuent pas. A
leur passage devant la Douane, des accords harmonieux vien-
nent frapper l'oreille : chaque bateau emmène à son bord trois
ou quatre musiciens chargés d'égayer la traversée des nom-
breux passagers. D'un autre côté , l'on distingue des allèges
5* SÉRIE. — TOME XII. 9
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i3A LA, savAicE.
chargés de eharbi>as et de toutes softesr de BMurekaiidisesqw,
dans leurs tr^^ets les plu» kmf^y ne vont (fœ du Pool [endroit
où arrivent lesvaisseaux lourdement chaFgés] jusqu'aux ponts
de Londres.
La navigation intérieure ^ eelle^ de» canaux , envoie aussi
dans la Tamise ses larges bateaux qui contribuent à animer
cette scène si vivante; puis arrivent die petits sloops em-
ployés l'été au cabotage, mais qui, n'osant l'hiver s'aventQ-
rer sur la mer, desservent aussi les canaux de rintérieur.Plus
loin, de légers esquifs sillonnent le fleuve et descendent leurs
passager» aux escaliers de la rivière. Ils passent et repassent
avec les promeneurs qui aiment à vi^ter la Tamise. A droite,
le magnifique pont de Londres, avec ses nobles arches, vous
'montre sa foule de passants à pied, en équipages, en omnibofl,
en fiacres, en cabriolets, en charrettes, ei en baquets. Le flux
et reflux de la rivière, celui de la foule qui va, vient et s'é-
coule comme la vie, occasionnent une rumeur qui nous laisse
à peine le loisir de nous apercevoir que nous sonunes Tun des
acteurs de ce grand drame, et que notre existence glisse et
s'échappe comme les eaux du fleuve vers l'Océan.
Mais voyez ce pyroscaphe soulevant l'onde qui mugit autour
de lui sous l'impétuosité de sa marche : son pont est couvert
d'étrangers, peut-être de proscrits et de touristes anglais, qiû
ont passé les uns sept jours ,. les autres sept mois, ou même
sept ans, sur le continent C'est un spectacle curieux que celui
des individus qui sont successivement débarqués de ce bâti-
ment à vapeur aux escaliers de la Douane. Que de sensations
différentes doit exciter le premier contact du sol britannique
sur les joyeux enfants de la France, sur l'impressionnable
Italien, sur le flegmatique Allemand l Mais Londres, celle
ville-monde, les acceptera tous, s'ils possèdent des talents,
une aptitude, une spécialité. Le magasin des bagages des py-
roscaphes est une des grandes divisions de l'hôtel des Doua-
nes à Londres ; le nombre toujours croissant des passagers
entre ce port et le continent a rendu cette division indispen-
sable , afin d'accélérer le payement des (koits^ ce qui a lieu
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LA IMHIANS. 191
avec la phi6 grande promptitude possible. Les articles frappés
de droit» sont prineipaleaieiit les livres, la porcelaine, les
instnunents de musique, les modes, Teau de Cologne, les gra-
vures et les souliers Tenant de France, de lloliande et de
Hambourg. Le droit.perçu annuellement sur les bagages des
passagers s^élève à environ ^,000 £ (100^000 fr.] Les com-
missaires de la douane ont donné des instructions libérales et
iadulgentes i Tégard des voyageurs : le mémo esprit préside
à leur exécution.
Il parait que toutes les nations occidentales ont hérite des
Romains de Tusage de prélever certaines taxes sur les arriva-
ges et sur Texpédition des marchandises dans un port de mer.
Ces prélèrementa venaient en aide aux souverains, amélio-
raient leurs revenus et les intéressaient à encourager le com-
meree. Lo chroniquenr Stow fait observer^que les négociants
et les niarehands ne sont pas seulement faits pour s'enrichir
et enrichir le pays, mais qu'aussi ils ont une bonne toison que le
prince peut t(mdre lorsqu'il le trouve bon. C'est par égard pour
cette riche toison qu'en quelque sorte les intérêts des deux
parties étaient identiques. D'après une lettre de Charlcmagne
écrite à Offa, roi des Merciens, il parait^'que les Anglais qui
faisaient le voyage de Rome portaient souvent le bourdon et
la besace pour entrer en fraude des objets d'or et d'argent,
parce qu'ils étaient, comme pèlerins, exempts de payer des
droits. Cbarlemagne désirait que les véritables pèlerins pus-
sent voyager en paix sans aucun désagrément, mais il voulait
aussi que ceux qui voyageaient moins dans un but religieux
qn'afia de se procurer du gain , fussent contraints de payer
les droits là où des droits étaient exigibles.
Un pea plus d'un siècle après, Ëlhehed II (A. D. 978-1016)
tint conseil à Wantage, dans le Berkshire, pour fixer un droit
de péage sur les bâtiments et marchandises arrivant à Billings-
gate, qpi était alors, à ce qu'il paraît, le principal lieu de
débarquement à Londres. Il fut stipulé que tout petit bateau
payerak un d^m^penny (5 c.}; tout grand bateau à voiles un
penny [10 e*)^. chaqjue navire, quatre penee {W c] ; qu'un bà-
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182 LA DOUANE.
timent chargé de bois payerait ane pièce de bois, et qae les
bateaux chargés de poisson payeraient un half penny ou an
penny, selon leur tonnage.
Après la conquête par Guillaume de Normandie, des droits
de douane furent perçus, non-seulement par le roi, aux
ports extérieurs, mais aussi par le seigneur sous la protection
duquel la ville se trouvait.
Le Que^n's Hythe, nommé depuis Queenhithe (port la
Reine), parait avoir été le lieu de débarquement le plas&-
vorisé après la conquête. En 122&, Henri III ordonna aux
officiers de la Tour d'arrêter les navires qui arrivaient des
Cinq Ports dans la rivière , et de les forcer à ne décharger
leurs grains qu'au port la Reine exclusivement. Deux ans
plus tard, les mêmes officiers devaient saisir tout le pois-
son qui serait mis en vente à une autre place qu'à ce port.
En 12M, les baillis du port la Reine portèrent plainte d'une
infraction à leurs droits; quatorze navires étrangers chaigés
de poisson avaient débarqué leurs marchandises à Billings-
gate. Une pénalité de kO shillings (50 fr.) fut prononcée pour
l'avenir contre de semblables violations du droit des baillis,
mais il fut permis aux bâtiments appartenant aux bourgeois
de Londres de les décharger où bon leur semblerait.
En 12&6, Richard, comte de Cromwell, disposa en foyeur
de la ville de Londres, de sa part aux droits et privilèges du
port la Reine pour une somme annuelle de 50 £ (1250 fr.],
payable en deux termes, à Pâques et à la Saint-Michel. Ce
lieu de débarquement ressortait alors des shérifis de Lon-
dres; il était si fréquenté en 1302 par les navires y appor-
tant du poisson, du sel, des combustibles et autres marchan-
dises, qu'on y employait plus de trente mesureurs et porte-
faix. Le mesureur en chef avait sous ses ordres huit maîtres
portefaix, chacun desquels avait sous lui trois portefoix su-
balternes. Les portefaix étaient tenus, sous peine de destitu-
tion, de fournir un cheval et sept sacs; malgré cette charge
et la médiocrité de leur salaire, ces gens vivaient bien. En
13^5, les navires abordant à Dowgate durent payer les droits
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LA DOUANE. 188
qu'ils auraient payés s'ils fassent remontés jusqa'au^jport la
Reine. Un siècle plus tard, si deux navires arrivaient en
même temps, l'un des deux devait se rendre à Billingsgate ;
s'il y en avait trois, deux devaient rester au port la Reine
et l'autre aller à Billingsgate; ainsi ce fut toujours le part
la Reine qui fut le plus favorisé. A la longue, Billingsgate
obtint la préférence. Situé à l'est du pont, ce point est plus
commode en efiet pour l'approche des navires portant des
mftts de perroquets. Fabyan, qui écrivait à la fin du quin-
zième siècle, dit que les droits perçus au port la /terne avaient
tellement diminué qu'ils ne rapportaient plus que 15 £
[375 fr.) par an. Les mesureurs et les portefaix de ce port
tombèrent dans la misère, les arrivages de grains y étant
rares depuis que les boulangers et les bourgeois de Londres
se rendaieùt à la campagne pour y acheter aux fermiers au
prix de la localité, les grains qu'ils employaient. Sur la rive
septentrionale de la Tamise dans Tbames-street , il y avait
des débarcadères, des magasins et des caves appartenant
aux négociants qui demeuraient dans les rues conduisant à
la rivière. Le nombre des étrangers chefs de maison s'éleva
bientôt à cinquante-et-un , quoique trente ans auparavant il
n'y en eût que trois, qui étaient des Pay»-Bas.
Ces étrangers habitaient les plus belles maisons du quar-
tier et payaient volontiers un loyer de 20 £ par an (2500 fr.)
pour des maisons qui jusque-là n'avaient été louées qu'à
raison de quatre marcs. Plus leurs habitations étaient rap-
prochées de la rivière, plus le prix en était élevé. A cette
époque, le commerce extérieur de TAngleterre était presque
entièrement entre les mains d'étrangers. Dans un acte de
1377, il est dit que ces étrangers ne faisaient pas seulement
le commerce des marchandises introduites par eux d'autres
pays, mais qu'ils opéraient dans les ports où ils s'établissaient,
et même ailleurs, des achats et des ventes, avec la même li-
berté que le ferait tout sujet du roi.
Ce fut à la fin du quinzième siècle que l'Angleterre vit la
seconde phase de son progrès commercial. D'abord pauvre
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et barbare, elle ne reçoit que très-accidentcHement les étra»-
gers, sans leur faire éprouver la moindre tentation 4e s'y
établir. Lorsque sa richesse s'accrott , les étrangers ne dé-
daignent même pas son commerce intérieur ; leur inteffi-
gence et leur habileté les en rend bientôt maîtres. Mais phs
tard , lorsque l'Angleterre comprit sa force et sa valeur, qui
lui avaient été révélées par ces étrangers ^ax-mémes, swi
commerce s'étendit, se développa par les mains de ses pm-
pres enfants.
Au commencement du quinzième siècle, en iM& et Ui5,
la circulation de la monnaie d'argent connue sous le nom de
galley halfpence (demi-sou des galères) fut prohibée. Cette
monnaie était apportée à Londres par les galères génoises,
qui y arrivaient chargées de vin et d'autres marchandises. Le
quai où abordaient ces galères a toujours conser>'é le nom de
quai des Galères [Galley Qiiay). Près de là se trouvaient de
vastes magasins. Les marchands de vin de Bordeaux enrent
la permission d'en construire dans le quartier deVintry.
Thames-strcet était alors remplie d'étrangers de tous les
pays, qui avaient des relations avec TAngleterre. Uncabant-
restaurant en rassemblait un grand nombre dans ses salles
enfumées. La grosse dame qui tenait cet établissement étaât|
selon Sto^, connue sous le nom de mère Mam^Pouidin^ [la
mère madame Poudding). La grand'salle de in maison andt
sans doute été construite par des charpentiers de naWrei,
car son toit ressemblait à une galère renversée la qnSle en
Tair, et tout rétablissement avait plutôt t'apparenee d'vn
vaisseau que celle d'une maison.
Avant l'époque où le commerce étranger de TAngleterm «nt
passé entre les mains des marchands anglais , ie roi , h ao-
blesse etle haut clergé s'engageaientdansées spécttkrttoM cat^
merciales. Souvent les rois d'Angleterre aoeordteewtA cet«ftt
des permissions spéciales aux papes, mk caidîMax et «tB»
dignitaires ecclésiastiques étrangers poarl'expeitttMii des lai-
nes et autres mardiandises, sans payer loi^roits, IcsatsittUant
ainsi aux religieux de «tentes esf^èees M An^jMtive, loiyiib
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1.4 mHTAHS. 195
iHaieiit exemptés de eei dpoits. Les monies de CKieaiix de-
vinrent les plus forts négociants en laines 4e rAngteterre; et
maigre l'inlerveiitiott du parlement, en tiiik, ses édita ne
fireat empAcher ni les communautés ecdésiastiques, ni au-
«■a ÛMJKvîdn Jippaiteiiant à TÉglise, de £ftfre te eommeroe.
D'an autre eôtè , oq considérait comme one grande fovear
rexemptioa de droits accordée à un laïque; car, en 1296, un
ordre du sceau pwvé arjant accordé à Aylmer de Valence
rexportatîon , san$ droits , de vingt sacs de laine , il y était
dît : C^ci devra êtrt exécuté dans le p^ grand secreî, afin que
tantree per9onne$, excitées par son exe$npk^ me demtmdeiit pas
ieferndssion semblaUe.
Bes gardes furent placés dans les différents ports, et les
iKveauxde rÉchiquiersurveiUatent les fraudes qui pouvaient
aTOir lieu pour éluder les droits dus au roi sur les laines, etc.
des dovaniers primitifs ne pouvaient être propriétaires de
taisseanx. Le négociant qui tentait de frauder les droits voyait
«a cargaisoB saisie. En 1297, le maire et les citoyens de Lon-
^TOft, obéissant aux ordres du roi , firent faire à Londres «ne
Maaoe aemblable à celle dont on se servait déjà pour peser
la laine. Après avoir été examinée par rÉchiquier, elle fat
expédiée à Lynn. L'endroit oà cotte balance fut conservée
sw le quai où Toqu débarquait la laine était une douane, dans
tonte Tacception du mot.
Bu 1382, Jobn Cburcbmau , épicier en {[tim à Londres, fit
(HUMtrume, sur mn quai mosiimé le Quai aux Laines, <x .pour
iaftnuupiillilé des marchande, d aine maison dont la spécialité
^teit le pesage des Jatsies da«5 le port de Londres . On raconte
<pie le roi ordonna que durait la vie du «asdit fiobn ce f^
sage se ieraîl dans cette anème maison; qu'«He serait pourvue
de compattiments pour y gai4er les poids et les isalasioes,
Msi que d'un comptoir p«nr>lee gapdiena, les conÉràkuiu^
^Qouuis et «oqplojdB du pesais , et que les •entiées £A mt*-
te sersikHt ^mlides^ ombhm «'3 ue ttt agi ide celles i|Hi
«nmnt lieu auuanrusBt dan^ las eadroîte destinés i ces
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136 LA DOUANE.
opérations. Telle fut» à ce qu'on pense, la première douane
régulièrement établie à Londres.
Avant le seizième siècle , la suprématie commerciale de
Londres sur les autres ports fut sensible. En 120i, une taxe
connue seulement sous la dénomination de quinzième^ sans
qu'on puisse maintenant en donner la définition, si ce n'est
qu'elle se percevait sur le commerce étranger, produisait i
Londres 836 £ (21,900 fr.) ; à Boston, 780 £ (19,500 fr.); i
Lynn, 650 £ (16,250 fr.), et à Southampton, 712 £ (17,800
h ) . Mais vers la fin du seizième siècle, ces ports extérieurs tom-
bèrent en décadence, et le commerce de Londres atteignit nn
degré de prospérité qu'il n'avait jamais eu jusque-là. Eal3S3,
neuf entrepAts furent établis dans autant de villes, etl'on était
forcé d'y déposer toutes les marchandises qui devaient être
mises en vente ou embarquées. Sous peine de félonie, il fat
interdit aux négociants indigènes d'exporter aucune des mar-
chandises entreposées, consistant en laines, peaux de mon-
tons, cuirs, plomb et fer-blanc; c'étaient là les principaux
articles d'exportation que le pays produisait. Les entrepôts
avaient pour but la commodité des commerçants étrangers et
le recouvrement plus assuré des droits d'exportation. Eo
1613, les droits de douane au port de Londres s'élerèrent
à 109,572 £ (2,738,4^20 fr.], et ceux des ports extérieurs seor
lement à 38,502 £ (962,550 fr.).
En 1559, la première année du règne d'Elisabeth, d'impor-
tantes mesures furent prises à l'égard du mode de perception
des droits de douanes, et l'on peut les considérer comme le
principe du système actuel. Jusqu'en 1590, les droits de doua-
nes, à Londres, éUient affermés pour 20,000 £ (500,000 fr.)
par an; mais ce revenu, remis entre les mains des officiers de
la couronne, en rapporta 30,000 (750,000 fr.). Bientôt l'é-
tablissement de la Compagnie des Indes et d'autres grandes
Sociétés commerciales, à la fin du seizième siècle, vint aug-
menter le commerce et les revenus de la douane de Londres.
De 1671 à 1688, D'Avenant, le premier inspecteur générai
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Uk DOUAIIE. 137
des entrées et sorties, calcule les revenus de la douane an-
glaise à 555,752 £ par an, ou 13,883,800 fir.
L'ancien bAtiment de la douane, détruit par le grand in-
' cendie de Londres, fut remplacé par un édifice plus con-
sidérable. Pendant les cinquante années qui suivirent son
établissement, le commerce prit un nouvel essor. De 1700 à
1T21, les douanes anglaises s'élevèrent à 1,352,764^ £ par an
(33318,000 fr.]; et ce nouvel édifice, consumé par le feu en
1718, oe suffisant déjà plus aux opérations, fut remplacé par
ao antre plus spacieux et plus commode. On put augmenter
le nombre des employés, et obvier aux retards dont se plai-
gnaient les négociants. En 1725, le produit de la douane de
Londres s'élevait à près de 1,5000,000 £ ( 37,500,000 fr.] ,
surpassant ainsi les revenus annuels de toutes les douanes
d'Angleterre de 1700 à 1714. La fin de ce siècle vit s'élever
les revenus de la douane de Londres à plus de 6,000,000 £
(150,000,000 fr.) ; et déjà l'on éprouvait que le bâtiment exis-
tant devenait , ainsi que l'avait été le précédent , beaucoup
trop petit, lorsque, le 12 février 181ih, il fut aussi entièrement
détruit par le feu. C'était le troisième bâtiment de ce genre
qui avait été consumé par cet élément destructeur. L'incendie
hi terrible; les pertes immenses, tant en marchandises qu'en
documents précieux. Dix maisons de James-street partagèrent
le sort de la douane. Le tort qu'en essuya le commerce fut
tf^grand ; une stagnation s'ensuivit dans les afiiaires. Les
navires qui arrivaient ne pouvaient opérer leurs décharge-
ments, tandis que ceux qui étaient en partance ne pouvaient
mettre à la voile, faute des papiers devenus nécessaires ; mais
bientôt un local provisoire fut mis à la disposition de la
douane, et les affaires reprirent leur cours.
A l'occasion des fouilles qui eurent lieu pour établir les
fondations de l'édifice de la douane actuelle, l'architecte eut
i lutter contre de nombreuses difficultés, occasionnées par la
variété de la nature des couches du terrain, dont quelques-
Qoes offraient de la solidité, et d'autres peu de fermeté. II
Ulut avoir recours aux pilotis. Lors des travaux on reconnut
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138 U SWCIAMM,
l'AncÂen lit <d'iuie pantie de la Tanise ; le ssiAe y Mut sot-
blable à celui de ia livière 0I jonché de roseaux laSIés à des
chrysaUdes d'iAseotesjwiixatiques, ainsi que denAvles arrirées
à difSérentfi degrés de déoompoaitidtt. Oa y découvrit annl
des pièces de moiuiaîe et d'autos antkpittés.
La noavelle douane fut ouverte au pabUe le 12 uni 1817;
mais bieatèt les fondaiîofis s'alEaissèrent ; une paitie de l'édi-
fice fut démoli pour être reconslnut aar. des bases plus eolides.
Oa attribua ce malheur  des fliaiversations «caadalenses, e^
les dépenses ainsi prodiguées presque en pare perte fiirent
constatées s'ékver à près d'un deminnillion de livres sterlitg
(11,500,000 fr.}. L'édifice, tel qu'il existe aujourd'hui, nesore
sur sa façade quatre cent cpiatre-vingt-huit pieds de loig
C'est U que se perçoit presque la moitié du produit des douaaes
4es trois royaumes : en i&t-Q le diiffre des droits de douaie
4au port de Londres s'éleva à 11,11«,«8S £ (277,917,125 fr.),
tandis que le total de ces droits ne fut pour tout le rojamne
4fae de 23,3^1,813 £ (âSS,SV3,325 fr.). yverpooi seul figure
dans cette somme pour &.,607,326 £ (115,18S,lâO fr.). Les frais
de perception s'élèvent pour la Grande-Bretagne à environ
& p. 0/0, et pour l'Irlande à un peu pins de 12 p. 0/0. Le
Aombre des personnes employées dans cette partie est d'en-
viron 11,500. — Les variations qu'éprouve le mouvement
oommercial sont soigneusement consignées dans les bureaflx
de l'inspecteur général, et le public en est fréquemonent ii^
iormé par des notices imprimées et puiiliées par ordre dn
parlement. Chaque jour il pacaH un boUetin oontenant le re-
levé dee importations et des exportaticm», ainsi que celni de
ranivée et du départ des navires. Outre les magasins et les
caves, la douane eontient esTiron cent soixante-dix pièces
^necupées par les divens employés de cette adwnistration ;
liantes eee pièces «mit d'une f^nunde rimplkité ; la chaoÉore
du eonaeil aenie est JégèraBent décorée, et oontient les ipir-
imûts de^iemoges Ui et de Gm^e» IV ; ee dernier peintfir
rir ThMUS Lairranœ. La salle des expédîlions dite fon^^r^p
fot probaUemeat la phi» vante de ice ^ence on enrope^éfe
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''^ ■ l.\tBet7A!IC. 189
mesnre 190 pieds de long mv 66 de large; 6a fiiviiteifr «ftt
de W & 50 pieds. Les caves sont à î'abri du fieu, «t l'on y
maintient la température eoniFenable «hk Tins «* a«x «sprtts
qn'on y dépose quand les douaniers ou* fait une saisie. En
générai le service de T'étaWissement se feit à rintérieur ^r
pfins de trois cents employés; celui de r«rtérieur occupe
beaucoup plus de inonde , mais leur nombre Tarie eéloA les
arrivages ou les départs.
Avant 1825 les statuts concernant les douanes s'étaient mul-
tipliés outre mesure; ils dataient du règne dTdouard I" : on
en comptait quinze cents.— ^ Cette masse de règlements offrait
de nombreuses contradictions, dont la confusion embarrassait
les plus expérimentés et portait un préjudice notable au com-
merce. L'Angleterre' doit à MM. Iluskisson et J. D. Hume la
révision de ces statuts, qu'ils réduisirent à onze règlements
très-simples, et Ton s'occupe encore d'une nouvelle rédaction,
afin d'éviter les vexations dans l'application des droits non
énoncés* dans les tarifs, vexations qui ne laissent pas que
d'avoir leur côté plaisant. Voici deux faits qui le prouveront.
Un gentleman avait fait venir d'Egypte une momie ; les em-
ployés de la douane ne furent pas médiocrement embarrassés
de savoir comment ils classeraient cet article non énoncé au
tarif. Ces restes mortels, ces muscles embaumés et conservés
depuis trois mille ans, ne pouvaient être estimés comme ma-
tières premières; on se décida à les considérer comme un
objet fabriqué. Le propriétaire , inquiet de sa momie et ne
voulant pas qu'elle fAt saisie, déclara que sa valeur était
de 100 £ (10,000 fr.). Cette déclaration lui coûta 200 £
(5,000 fr.] à raison de 50 p. 0/0 de la marchandise soi-disant
fabriquée à l'étranger qu'il introduisait. (M. Huskisson a ré-
duit les droits sur les objets de matière première non classés
au tarif de 20 à 10^ p. 0/0, et ceux sur les articles fabriqués non
classés, de 50 à 20 p. 0|0.]
L'autre fait est relatif à la glace à rafraîchir, importée de
la Norvège. A l'arrivée des navires contenant cette marchan-
dise, des doutes s'élevèrent sur le droit qu'elle devait payer.
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IM LA DOUAHB.
La doaane en référa au trésor, et le trésor consulta le con-
seil du commerce; après bien des délibérations, il -fat décidé
que cette glace pourrait entrer en payant les droits dus sur
ce que le tarif désigne comme dry goods (marchandises sè-
ches); mais, comme Tun des orateurs de la chambre des
lords le fit remarquer dans la séance du 15 fémer 18(S,
« la glace était fondue lorsque la question fut résolue. »
(Kmght's Limdon.) (1)
(1) Non DU RÉDACTBOB. Cet article est eitrait d'une publieatioo pé-
riodique qui rappelle l'Idée de l'ancien Tableau da Paris , par Mercier.
L'onyrage est déjà au troisième Tolume , et parait par Unaisoni illm-
trées.
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MÏ5ttiianén»
JOURNAL D'UN MÉDECIN.
NOOTULB ston.
SI.
LE DISTILLATEUR.
En relisant aujourd'hui cette foule d'événements où j'ai
figuré tantôt comme acteur, tantôt comme témoin, qui se sont
passés sons mes yeux ou dont j'ai reçu la confidence dans ma
longue carrière, je m'aperçois que je n'ai pas toujours suivi
exactement l'ordre chronologique, et que j'ai omis de parler
de plusieurs foits intéressants ; en voici un, par exemple, qui
se rapporte à mon début dans la profession médicale. C'est
par celui-ci que je commencerai le travail dont je m'occupe
maintenant, et qui consiste à compléter mes mémoires.
Je venais d'achever mes études; j'avais obtenu mon di-
pl6me; couronné du laurier d'Esculape, praticien avoué par
la fecnlté, je me promettais déjà une belle clieirtèle, comme
si tous les malades avaient pu lire ma thèse ou assister à mes
brillants examens. Mais, hélas I après le stage de l'école il
faut le stage du monde : heureux encore le jeune docteur qui
trouve son premier patient après l'avoir bien cherché et bien
attendu I Je compris que le temps seul pouvait réaliser mes
espérances, et que d'ailleurs j'avais encore à étudier.
J'hésitais encore entre plusieurs localités qui m'offiraient
des chances diverses, sans savoir à laquelle je devais donner
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la préférence pour me fixer, lorsque, grâce aux sollicitations
de quelques amis, je fi» atladiè à Tk^ital d'une petite ville
dlrlande. II entrait dans mes fonctions de tenir un journal
où je notais les différents cas de maladie, leurs causes, leur
marche, les variations successives des symptômes. En tèle de
ces rapports, je devais mentionner brièv^nent le nom des
individus, leur constitution physique, leur profession et les
circonstances qui avaient précédé leur entrée.
L'appartement que j'occupais à l'hôpital donnait sur la
cour. De mon cabinet, je pouvais apercevoir l'avenue qui
conduisait à la porte principale, et qui débouchait dans une
des rues les plus solitaires de la ville. Un soir que j'étais
assis devant ma fenêtre, j'entendis une grande rumeur dans
cette rue si peu fréquentée. En même temps que la porte
de l'hôpital s'ouvrait, je vis briller l'uniforme écarlate et les
armes de quatre à cinq soldats. Ils entouraient une charrette
et s'efforçaient d'écarter une foule de curieux.
Ce cortège passa lentement sous la porte cocbére, qoi se
referioa sur la multitude désappointée. Lorsque la charrette
se fut avancée à une certaine distance dans lavenue, j'y di^
ting^i, éteBidtt sur un n^atelas, un homme dont le corps dis-
paraissait presque sous des draps et des couvertures* C'était
UA patient qu'on amenait, mais dans quel étran^je équipage!
ie descendis pour prendre quelques informations. Le caporal
me dit qu'il s'agissait d'un distillateur en fraude, qui avait
été capturé récemment, et qu'on amenait d'assez loin pour
être renfermé dans la geôle de la ville. Comme ce malheu-
reux, en se défendant, avait été grièvement blessé, on le lo*
geait d'abord à l'hôpital; mais une sentinelle devait veiller
sur lui nuit et jour en attendant qu'il mourût de sa blessure
ott qu'il pût être transféré à son cachot.
le donnai immédiateoient des ordres pour sa réception, i^
lui fis dresser un lit dans une petite chand^re, à la porte de
laquelle un des soldais s'installa gravement. La présence de
ce ttilitaire dans un tel lieu était pour le moins quelque chose
d'inusité.
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La bknvBiUaBMte et le» soins qûé j« prodiguai* â mon ma-
lade me vaiuTent aes bomtes grâces. Un verre de Hqaeur que*
je iHrescmis dd lai donner pav maivîère de sëmnlant acheva
de le gaguer. Il me dit qu'il se ftommait Philippe Enis, mais
je sniseonvainca qve ee a' était point là son vrai nom. Je fus
étonné de L'entendre s'exprimar correctement et en excellent
anglsâs; il avait bien^ qnand il parlait, nn certain accent de
province^ mais cet accent ne re9seiiû)lait en rien au grossier
patois de la localité.
En procédant à l'examen de ses blessures, je trouvai que
tout soQ corpft n'était qu'une plaie , et qoe ses quatre mem-
bres étaient fracturés. Véritablement la question de savoir
comment, réduit à un pareil état, il avait pu vivre une heuîre
et supporteries fati{jues du transport en voilure, a toujours-
éié et est eitcore pour moi un problème insoluble.
Cet infortuné était incapable de remuer un seul muscle ex-
cepté ceux du cou et de la face. Il demeurait étendu sur le
dos dans une immobilité complète. Parfois seulement 11 im-
primait à sa tèle une secousse subite, qu'il accompagnait
d'une contorsion de la bouche, moitié grotesque moitié hor-
rible.
Ce qu'il souffrait est au-dessus de toute expression. Il disait
lui-même qu'à chaque essai de mouvement il sentait comme
uo fer rouge qu'on eût passé entre ses vêtements et sa peau.
Sou visage et ses cheveux étaient trempés de sueur. Ses re-
gaids, tantôt mourants, tantôt hagards et remplis d'un fetr
^uvage, indiquaient d'une manière effrayante les angoisses
auxquelles il était en proie. Souvent il paoraissait prêt à pous-
ser des hurlements de douleur ; puis serrant les dents avec
force, il retenait le gémissement qui allait lui écha|^er, et
il Tcspif ait lentement sans faire entendre le moindre bruit.
Les os de ses membres inférieurs étaient ecMiplétement bri-
sés : ses deux jambes avaient été comme broyées. 11 semblait
ne pas en souffrir : en effet toute sensibilité y était éteinte, et
elles étaient pour lui comme si elles n'eussent pas existé.
En un mot, la vie et la pensée s'^ëtaient réfogiées dans sa tète
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ikk LE DI9TILLATEUB.
comme dans un dernier asile. La désorganisation qui arait
frappé le reste de son corps menaçait de gagner rapidement
le cerveau. Aucune opération chirurgicale n'était praticable :
rien ne pouvait sauver cet infortuné.
* C'était un homme de petite taille, mince, brun de peau, et
dont les traits, fortement accentués et très-expressifs, indi-
quaient un caractère énergique, des passions violentes. Ses
cheveux commençaient à grisonner, et les pommettes de ses
joues étaient marquées d'un rouge foncé, indice des ardeurs
de la fièvre.
Il affectait cependant une tranquillité de paroles et de vi-
sage qui devait être le résultat d'un grand effort sur lui-
même : en général il se montrait très-préoccupé du désir de
mourir résolument.
« Tous vos soins sont superflus, docteur, me dit-il ; mon
sac est vidé, je le sens... Le bourreau sera bien attrapé par
ma mort... Voulez-vous commander qu'on me donne encore
une petite goutte de votre dernière médecine... vous savez?...
c'est la seule chose que vous puissiez faire pour moi main-
tenant.
— Non, mon brave homme, lui dis-je : je crains même que
vous n'ayez abusé de ce cordial avant d'entrer ici.
— C'est vrai... j'en ai bu dans tous les cabarets que nous
avonsrencontrés sur la route... sans cela, j'aurais sauté le pas
dès ce matin... Ce n'est point que les spiritueux me soulagent
beaucoup ; mais pendant que je suis au nombre des vivants,
. pourquoi ne me procurerais-je point les jouissances qui sont
en mon pouvoir ? Dans le lieu où je vais passer, il n'y aura, je
suppose, ni gin ni whisky... quelles que soient les autres
choses qu'on y trouve. »
J'étais effrayé de la tranquillité affectée avec laquelle cet
homme parlait de sa fin prochaine ; mais son air et son langage
piquaient ma curiosité : je le pressai de questions, afin de ti-
rer de lui ce qu'il m'importait de connaître. Il refusa d'abord
opiniâtrement de me satisfaire. A la fin, jugeant que le meil-
leur moyen de vaincre sa défiance, c'était de lui expliquer
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LE DISTILLATEUR. lUi
l'objet de mon enquête, je lui montrai plusieurs autres rap-
ports qui contenaient les mêmes détails que ceux que je lui
demandais.
n réfléchit un moment.
« Docteur, me dit-il , comme s'il eût saisi une nouvelle
suite d'idées, combien d'heures ai-je encore à vivre?... Al-
lons, soyez franc : m'accordec-vous une heure?... deux heu-
res?... trois heures d'existence ?...i»
Je n'eus garde de fixer un chiffre et de répondre d'une
manière précise à cette question. Je me bornai à hocher la
tète avec une expression qui ne compromettait pas ma science
du diagnostic.
« Eh bien, reprit le blessé, il en sera ce qu'il plaira à Dieu. . .
en attendant, causons... Pourquoi ne vous dirais-je pas ce
que vous désirez apprendre? et même deux ou trois choses
de plus?... Ces choses-là, docteur, je les ai tenues secrètes
pendant vingt ans... Par le ciel! je n'osais pas y arrêter ma
pensée, encore moins en parler... mais aujourd'hui, je sens
que je trouverai un peu de soulagement à les confier à quel-
qu'un... ce sera comme une expiation. »
n s'arrêta : sa figure, d'une pâleur livide, s'était contractée
subitement; une douleur aiguë l'avait saisi : je vis tout son
fitre frémir de l'excès de la souffrance, l'orbite de ses yeux
tourner et ses lèvres devenir bleuâtres.
Après ce paroxysme, il reprit d'une voix foible , mais qui
s'aSermit par degrés:
<K Approchez-vous de moi, docteur : le rapport que vous
rédigerez d'après ce que je vais vous dire, pourra profiter à
d'autres personnes qu'aux médecins... Lorsque j'atteignis
l'âge de vingt-deux ans, je ressemblais à un poulain sauvage
qui s'est échappé. Je hantais de préférence les mauvaises
compagnies : j'aimais le sexe, j'aimais le jeu, j'aimais tout ce
qui dissipe et corrompt les jeunes gens; les courses, les pa-
ris, la chasse, les combats de coqs et de chiens. De très-bonne
heure je m'étais adonné à boire... Non, vraiment, je ne me
5* SÉRIE. —-TOME Xll. 10
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ih6 JJB AUHUàTSDB.
souviens pas d'avoir été sobre i aucune iépoi|ae de ma vie.
jQue cela ne vous étonne pojnt ; mon père était distillateur.
Sa distillerie était la plus considérable qu'il y eût dans topt
le sud de l'Irlande.
» Il dirigeait lui-même les travaux de la fabrique: aous
logions dans l'établissement. Mon père n'avait point d'antre
enfent que moi. Ma mère av^Mt quitté le domicile conjugal...
peu importe à quel sujet. . . en sorte que personne ne surveillait
ma conduite. Je passais mon temps nu milieu des ouvriers;
aussi eus-je bien viJte appris ce que c'était que le irliiskf ,
comment on le maltait, comment on le distillait, et enio,
docteur, comment on le buvait. Mon père.., je serai juste
envers lui... mon père était trc^nàgé, obstiné dans sesopi-
nions, absolu dans ses volontés, de plus, rigide observateor
des formalités de la religion... Je crois fermement que sa dé-
votion était sincère; il appartenait à une des sectes les pks
intolérantes du protestantisme, et son austérité était extr&oe.
Économe jusqu'à l'avarice, ayant en horreur la moindre dé-
pense, morose, renfrogné, dur pour lui-même et pour les
autres, il regardait la gaieté la plus innocente comme oae
coupable frivolité.
T» L'objet de toutes les pensées qu'il daignait accorder aux
aoins de ce monde, c'était sa distillerie. Il l'avait faite ce
qu'elle était; il y mettait son oi^eil et sa joie. Il avait pour
elle cet amour que ressent nn père pour le fils qu'il a élevé
et qui est devenu un homme remarquable.
» Quant à ma mère. Je l'ai à peine connue. Ses parents
l'avaient mariée malgré elle à un homme qu'elle n'aimait pas.
Cette union ne fut jamais heureuse. Je vous ai dit qaelle
espèce d'homme était mon père; ma pauvre mère était légère»
étourdie... comment se serait-elle entendue avec le puritain
auquel on l'avait livrée? On l'a accusée de plusieurs autres
choses encore que je ne répéterai pas... Un soir elle quitta le
domicile conjugal, ou en fut chassée... on ne s'accorde pas U-
dessus. Ce qui est certain, c'est que depuis pette époque elle
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hE :»i6TIUL4TE0£. AU
«èoa flépirée 4e um f^re. JélM 44ji ^imad Jonqa'elle
aMrat.. . je n'ai januM pu sav^w {ïisAciséiDeDt •qsel georo de
■■hdie ravak ea^rtée.
» Eh bîeii, moA père chercha^ après tout, à me donner
■■e éducation telle que le permettaieiit ses moyens pécn*-
Dîaîres et les ressources du pajs. De plus» U Toolui qw fe
jD'eocopasfie sérieusement des travaux de la distillerie» étant
destiné » dâsakril , à contiimer et à étendre son oommeroe...
CéUîi là sa phcase favorite, monsieur : c'était Tidée qn'il ne
nestait de caresser. Il avait Tair non pas d'avoir fondé aoe
iribriqne pour élever son fils, mais d'avoir créé son fils femt
donner de Texienaion i son établisscnneni.
» Mais j'étais paresseux^ débanckél... malgré mes efbcis
pour lui cacher cette vérité, il la découvrit enfin. Gela oooa-
sionna parfois enire nous des scènes terriblesi car mon
père étai4 d'une violence extrême, et mes passions à moi ne
c— naissaient pas de frein. Nous vivions dans une solitude
nbaoliie et ne recevions personne. Nous avions trois domes-
tiques seulement; un pauvre vieux serviteur affligé d'une ma*-
Jadie chronique et qui était dans un état voisin del'enfiince ;
nne femme qui faisait la cuisine, et une fille pour les gros
oovrages. Une maison ainsi composée ne m'offirait n^ attrait,
eC je m'absenlais du logis toutes les fois que j'en trouvais
l'occasion*
» Bientôt cependant ce séjour acquit pour moi un charme
irrésistible; les distractions que je courais chercher ailleurs
cessèrent de me plaire. Une tentation mille fois plus forte
m'absorba uniquement...
(Ici Philippe Erris fît une de ces pauses effrayantes pendant
lesqnelies l'esprit luttait contre les souffrances du corps. Quel-
ques gouttes de cordial, et surtout l'énergie morale qu'il avait
conservée à un degré étonnant, le ranimèrent. U continua : )
» ia cause de ce changement extraordinaire était bien
simple. Rri>tttée des brusqueries de mon père, la fille qui
noos nurvail avait demandé son congé... Une autre avait pris
sa place.
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us LE DISTILLATECB.
D D'où venait cette autre? où et comment mon père l'avait-
il découverte? je l'ignoraiB, et je ne m'embarrassais pas de h
savoir; mais dès que je l'eus vue, dès que mon regard eat
rencontré le sien, je jurai... ce souvenir m'accable et me
défend de me plaindre de ma destinée I... je jurai que je p^
rirais ou qu'elle serait à moi.
s> Elle était belle I... bien belle!... quels mots emploierai-
je pour vous la peindre?... Jamais mes yeux ne se sont repo-
sés sur une femme avec cette volupté inefiable que je goûtab
à la contempler... il me semble que Tbomme le plus insen-
sible eût été forcé de l'aimer... que l'homme occupé des pro-
jets les plus grands et les plus sérieux eût tout oublié, tout
sacrifié, pour obtenir d'elle un regard, un sourire... Cette
femme, docteur, a exercé sur ma vie une influence fatale;
elle a été pour moi un mauvais ange, un démon... et cepen-
dant, lorsque je songe à elle, lorsque je me retrace les traits
de son visage, le son de sa voix et l'expression enchanteresse
de ses yeux, je tressaille. . . et ce corps mutilé est encore agité
d'unfirisson convulsif...
» Elle était Irlandaise : cette grâce de mouvements, ce
pouvoir fascinateur qui distingue les filles de l'Irlande, elle
le possédait... Sa beauté n'avait point ce charme virginal
qui écarte les pensées profanes, et qu'on aime d'autant plus
qu'on le respecte davantage... non, docteur : c'était une
digne fille d'Eve après sa chute... il y avait en elle quelque
chose de satanique , et l'amour qu'elle inspirait , cet amour
brûlant, plein de délire et de frénésies, vous donnait un
avant-goût des tourments de l'enfer.
» J'avais juré, en la voyant, qu'elle serait à moi... imagi-
nez un jeune loup jurant de détruire un boa constrictor... Je
cherchais encore les moyens de mettre mon plan à exécu-
tion , que déjà elle m'avait enlacé dans ses réseaux : avant
même d'avoir commencé l'attaque que je méditais contre
"^Ile, j'étais à sa merci, et ma perte était consonomée.
^ Pendant plusieurs mois, à partir de ce moment, je ne quit-
tai plus la maison. Je m*enivrai de mon funeste amour :
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LE DI8TILLATEUB. ikft
j'achevai de perdre tonte raison, tont empire snr moi-même.
Pour expliquer à mon père ce changement dans mes habi-
tudes, j'alléguai que j'étais malade... certes, monsieur, je ne
mentais point : j'étais bien réellement malade, et le mal qui
me frappait, aucune science humaine ne pouvait le guérir.
Fanny, c'était son nom, me domina entièrement : elle devint
pour moi une créature d'un ordre supérieur; un être redou-
table que je devais fléchir par des prières et me rendre pro-
pice par des offrandes.
» J'ai su plus tard ce que c'est d'être possédé par la haine
et la vengeance ; mais, croyez-moi, docteur, ces deux passions,
même dans leur plus furieuse énergie, ne sont rien en com-
paraison d'un amour tel que le mien... je ne m'appartenais
plus : je n'avais plus la force de penser, de vouloir : l'argent
de mon père, je le prodiguais à cette femme et aux parents
qu'elle désignait à mes libéralités. — Gomme les registres dont
j'étais chargé étaient fort mal tenus, je réussis à faire entrer
dans l'établissement un cousin de Fanny en qualité de pre-
mier commis. Elle me l'avait vivement recommandé, et l'as-
pect misérable de cet homme, qui d'ailleurs paraissait
très-intelligent, plaidait suffisamment en sa faveur.
1» Si Fanny n'avait exigé de moi que de rargentI...Maisle
croirez-vous, monsieur : je lui sacrifiai jusqu'à ma religion :
pour lui plaire, je me fis catholique romain... C'est honteux
à dire : un sourire et un baiser triomphèrent de l'éloquence
et des arguments de Luther, de Calvin, de Knoxt Quant à
moi personnellement, cette apostasie me coûta peu et ne me
causa point de remords. Mauvais protestant, tiède catholique,
je ne m'inquiétais point de ce que je devais croire et profes-
ser : je n'avais qu'un but, conserver l'amour de Fanny;
c'était là ma religion, c'était mon dieu... Mais mon père!
mais ce sectaire fanatique 1 comment lui apprendre une pa-
reille nouvelle? quel effet produirait-elle sur lui?... malgré
l'excès de mon aveuglement, je voyais fort bien que je ris-
quais d'être déshérité. J'eus peur du ressentiment que j'allais
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SQScHer conUre moi, «I je gavé» le secret le plue profnd mr
iBO» ckangenent <fe creyance.
i> Doetear, une goalte de cordial... Ci» soaven»4i
sent ila fois dow et terribles... ÏHeu de temps après, Vwamfr
cédant enfin ànesardenifeessuppHcations^ consentit àameoer
un prêtre, et nous Mmes anariés dandestineoient... 0 moa*
aieart ce fol on heuren jour que eehii de mon mariaget
Les maux qui en ont résulté sont infinis : lontes les tortarea
de l'esprit et du corps, je les ai depw» éprouvées; mais
pou» goûter encore ces délices dignes do ciel, je recommen-
cerais s'il le fellait ma vie, une vie qui a été si anséndile, et
que je termine par une telle mortt
» Tout entier à mon bonheur, je négligeais de plus en phm
tes afeires de la fabrique; mes dépenses continuaient d'ang-
menter, tant qu'enfin mon père s'en alarma el conçut qael^
ques soupçons.
» Cependant Fanny éteit toujours dans- la maison en qoa-
Klé de servante. Son cousin Ormond, qui occupait l'emploi
de premier commis, avaiît su conquérir Tafféction et la bieo-
^ vefftance de mon père. Réglé dans ses habitudes, exact à
remplir ses devoirs, il s^entendail encore merveilleusemeDi *
fibtter les manies de son patron. Celui-ci ne tarda point à lui
accorder une confiance ilHmîtée.
» Cet état de choses dura quelque temps. Peu à peu Piviosn
à laquelle je m'abandonnais se dissipa. Je vis clairement queHa
était ma situation : d'un moment à l'autre^ mon père pouraHr
découvrir ce que j'avais tant d'intérêt à lui cacher, et alor»
qu'en résulterait-il?... Je dépendais entièrement de- lui... ftr
moi-même, j'étais incapable de gagner ma vie. Je n'avaia
qu'une connaissance théorique de l'art du distillatear, la
pratique me manquait... en outre-, mes goûts, me» habîlwtef
étaient incompatibles avec un travail quotidien... Que mo»
père retirât la main qui me soutenait, je tombais dans la
misère, j'étais réduit à mendier mon pain... et celte qae
f avais associée à mon sorti... F%inny, aux yeux de qra' j'ataw
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bât hfSlef les richesses qui deraieitt être un jotrr mon par-
tegel... Fanny, qne f aurais yoahi asseoir sur an trAnc, en-
TËronner de luxe et de jouissances I qa'anait-ellc devenir?
pavfTe, m'aimerait-elle encore t.. . N'être plus aimé d'elle»
(fêtait renoncer à la vie.
» Ce ftit alors^ monsieur, qu'if s'éleva en moi dliorribles
pensées... Si mon père mourait, me disais-je, j'hériterais de
ses biens... je serais riclte... je pourrais satisfaire tous ler
eaprice^de Fanny... Ce que c'estl^que le coeur de l'homme»
docteur, de Phomme que dominent et entraînent ses pas-
sions!... Oui, je commençai à espérer, puis à souhaiter la
mort de mon père... puis ce fiit une idée fixe qui s'empara de
moi. Je me procurai des Hvres oà j'étudiais comment on peut
secrètement et sans être soupçonné hâter la fin d'un homme-
Tous Irémissez , docteur... bahl vous êtes jeune; dans quel-
ques années vous écouterez plus tranquillement de pareils
aveox. . . vous y . serez habitué. . . »
Le hii est que j'étais saisi d'horreur. Ce malheureux, qui
comptait à peine parmi les vivants, retraçait avec une énergie
effinayante les passions qui l'avaient animé. Pour les peindre»
3 semblait oublier son corps mutilé, ses souffrances, sa mort»
qui s'avançait rapidement. Ses yeux étincelaient; son teint
Ihride se colorait par moment de sinistres clartés; sa voix
rauque avait une expression pénétrante. La force qui le sou-
tenait était une espèce de galvanisme ; mais ce galvanisme»
par ses effets .et sa durée, déconcertait les prévisions de la
science.
B s'aperçut de mon trouble, et il sourît amèrement, comme
si mon ignorance du cœur humain hii eût Ikit pitié.
« Attendez, reprît-il avec un regard perçant, je n'ai pas
tout dit... et je veux que la confession soit complète... Oui^
monsieur, je m*ètais ftimiliarisé avec l'idée d'un crime affreux. ..
Je méditais de tuer mon père, lorsqu'une fois il' parut devant
moi, les traits bouleversés par l'indignation , l'injure et la
menace â la bouche... II savait enfin la vérité : sa colère ne
connaissait pa» de bornes, t'austère gravité dont il s'env^
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183 LE DISTILLATEUR.
loppait d'ordinaire avait fait place à une agitation foriboade.
Ses mains tremblaient; sa voix était saccadée. Il protesta que
je n'étais point son fils. Il se répandit en invectives contre
moi, contre ma mère et contre la fomille de ma mère. D
maudit même le pays où j'étais né. J'étais, profikait-il, on
inCàme apostat... j'étais un voleur contre lequel il armerait la
vindicte des lois... Mon mariage ne méritait point d'être
appelé de ce nom; ce n'était qu'une vaine cérémonie célébrée
par un prêtre catholique... une honteuse union contractée
avec une fille perdue... Jamais la fortune qu'il avait amassée
ne servirait à nourrir la servante que j'osais appeler ma
femme, ni le fils de ma mère... il ne me laisserait pas va
farthing; il me déshériterait, et il informerait le public, par
la voie des journaux, que toute relation était rompue entre
nous...
» Vous vous imaginez peut-être que je baissai devant lai
une tête humiliée, et que, dans ma confusion, je ne troarai
pas un seul mot à lui répliquer... Non, non; sa colère avait
enflammé ma colère : mon naturel indomptable était digne de
lutter contre le sien. Je l'accusai à mon tour d'hypocrisie,
d'avarice, de déloyauté; je lui reprochai la barbarie dont il
avait usé envers ma mère ; je lui dis qu'il avait mérité son
déshonneur, et que je me réjouissais, moi, de pouvoir douter
que je fusse son fils
» C'en était trop : il ne fut plus maître de la rage qui le
transportait; il leva le bras... il me frappa... Le dirai-jel
cette agression me causa une joie féroce : je ripostai ; je rendis
coup pour coup... Nos imprécations et le bruit de la lutte
attirèrent les ouvriers de la fabrique: on nous sépara; on
mit fin à ce combat abominable!... Il était temps I le crime
que j'avais rêvé, j'étais sur le point de l'accomplir... J'avais
aperçu un rasoir sur la cheminée... un moment de plus, doc-
teur, peut-être je devenais parricide. x>
(Ici Philippe Erris s'arrêta, épuisé. Ses yeux étaient fer-
més ; ses lèvres murmuraient faiblement des paroles que je ne
pouvais pas entendre, et qui étaient, je l'espère du moins,
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LE DISTILLATSUR. 158
Teipression du repentir. Après nne pause pins longue que
les précédentes» il reprit ] :
« Aussitôt que mon père eut recouvré le pouroir d'articuler
on mot, il commanda aux assistants de s'emparer de moi; et
comme je me débattais avec fureur, luinnème les aida de ses
mains, et je fus expulsé violemment delà maison. Au bout
de quelques minutes, Fanny, ma femme adorée, fut aussi,
malgré ses cris déchirants, jetée à la porte, et on lança après
elle ses hardes roulées«en paquet... puis la porte se referma,
et nous restâmes tous deux au milieu de la rue, entourés d'une
foule de curieux et exposés à la pitié, aux risées, aux ques-
tions, aux commentaires...
» Nous nous éloignâmes au plus vite.
» le conduisis ma femme à la ville voisine; je cherchai un
logement modeste où je l'installai, et avec le produit de la
vente de quelques bijoux qu'elle avait conservés sur elle,
nous vécûmes pendant un certain temps.
n Les menaces de mon père furent promptement suivies
d'effet. Une première note insérée dans les journaux informa
le poblic que Patrick Erris ne payerait point les dettes con-
tractées par son fils Philippe à partir de telle époque.
»Un second avis annonça que la fabrique dirigée par
Patrick Erris aurait désormais pour raison sociale Erris et
Ormond, M. John Ormond étant de moitié dans ladite entre-
prise. Cet avis était signé Patrick Erris et John Ormond.
D Après cela, docteur, je ne pouvais plus me faire illusion
sur les dispositions de mon père à mon égard. J'exposai fran-
chement à Fanny notre situation : je voulais la consoler par
mes caresses et puiser près d'elle un peu de courage... mais
comment fus-je accueilli? par des larmes, par des reproches,
par des mots durs et offensants... Pour ellej'avais tout perdu,
et voilà quelle était ma récompense 1 ... A partir de ce moment,
Fanny se montra toute autre envers moi. Elle devint opi-r
nifttre, querelleuse, maussade. C'étaient des bouderies inter-
minables : jamais un sourire I jamais un mot de tendressel
J'avais perdu son cœur en perdant mon héritage.. Tout cela
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IK U l)T8Tn.fjLT£CR.-
éurit dans Tordre, n'esfK^e past et faBrais ea tort de" me
plaindre... mais moi je l'aimais comme anx pit^nriers jours^
notre miton; loin de s'af&ibiir, ma passion pour elle s'était
etaftée... Qne n'ai-je pas soaffert en ht voyant passer de
Pailectton à TindîfKrence, et de rindifPërence an dédainf
Qnels efforts n'ai-je pas fkits pour la ramener I Tout fdt in-
ntîfe : eRe ne m'ahnait plus ; et mes prières, mes larmes, mes
fhrenr», achevaient de l'éloigner de moi... Je me consomais
dans des doutes affrenr que dissipaîefit des clartés plus hor-
ribles encore... Etait-ce vrai? quoi f Fanny en aimait us
autre!... Ahf cet autre, quèVqrfil fftt, je lui vouait tfàVance
une haine implacable; je mé promettais de tirer de M une
vengeance égale aux tortures qu'il me cisiusaitV^
» Docteur, avez-vous aimé? Savez-vous ce que c'fest que
d'être jatoux?... Nonl... alors vous ne pouvez me compren-
dre... La jalousie!... pour la plaindre, pour l'excuser, il fout
l'avoir ressentie.
y> Je communiquai à Fanny mes soupçons ; elle garda on
froid silence, et ne daigna pas même me rassurer en se justi-
fiant.
» Mon caractère s'aigrit. La diminution rapide de nos res-
sources ajoutait encore à mes craintes, à mes perplexités. La
misère était à notre porte : j'allais apprendre tout ce qu'il y a
d'horrible dans ce mot le besoin!
» Le ciel m'est témoin, docteur, que si je redoutais cette
épreuve, c'était pour Fanny et non point pour moi... Illusîon
de r'amourî je me figurais que si elle vivait avec moi dans le
luxe et Tabondance, je pourrais recouvrer «on affection per-
due. Je me persuadais que ma pauvreté seule m'avait aliéné
son cœur : je me disais.. ... les raisons que je me donnais à
moi-même furent sans doute bien spécieuses ; car à force cTy
songer, je résolus de me vaincre, de chercher à Béchir te
ressentiment de mon père, dlmplorer son pardon, de m'hu-
milier devant lui.
» Oui, docteur, je formai ce projet, et, qui plus est, je l'exé-
cutai. Jugez par là de l'excès de ma passion I. . . Oui, je domptai
Digitized try VjOOQ IC
EB BUVlSIIASEiac lU
nwD oignet) qui se révoltait à l 'idée d'Y» panifier dénuttcbeb. .
oui, je repris le ebemi» de eetle maiflon d'où gavais- étfr ehasaè
bmitetisenent.. . cwi, je me présentai en snppliaat devaat mon
père, et je forçai ma bouche à prononeer des paroles d'excuae
et de repentir.
» IKeif du ciel I je frémis quand j'y songe.. . Hoa père était:
dans ses ateliers r il ne parut pâle, défeit et vieilli de dix ans^
»Hais son visage seul avait changé; son caractère infleadUe
étant resté le mène. Ma vue vauiflia sa ccdère : il reftisa de^
nf entendre. . . Je le conjurais cependant de tout oublier. . . j'en:
appelais k la tendresse qu'il m'avait jadis témoignée. . . Jefisî»
sBBceld, moTvsieiir, en présence des ouvriers de la fiatbriqaev-
des hommes que j^avais eus sons mes ordres, et que je ren**
àm téinoins de* mon humiliation. . . Mon père fut sourd à
toutes mes prières... Alors je me tournai vers Ormond, qm
étMlàses eétés, et je leconjurai deplaider ma cause. . .Ormond^
qui me devait tout, me répondit par un regard de mépris, et
8w tm signe de mon père, les ouvriers me saisirent et me:
repoQssèrent hors de la maison.
^ l^onr la seconde fois on me chassait 1
» Qwe se passa-t-il alors datis ma tète ? Je l'ignore. . . Ce qœ
jfr me rappelle, c'est que- deux heures après et à quelques
«SIes de le, un constable m'arrêtait comme étant en état
f ivresse, et me conduisait à la maison de détention.
»J'y restai quarante-huit heures, et j'eus tout le temps ém
l'^p^ser dans mon esprit les moindres détails de mon entre**
vue avec mon père. Ce qui m'étonnait le plus, c'était lacoifr-
dutte d<e John Ormond. Lui que j'avans Mi ce qu'il était, il
n'avait pas trouvé à dire un seul mot en ma feiveur !.. . Ah l:
docteur, j'étais encore jeune et inexpérimenté... je cpoyaia k
J^recomraissance de ceux que j'avais obligés* . . folie! décep-
tion don* je suis reyewu avec le temps I. . . Sûrenient, pensaifrje,
Onsead intercédera pour moi; it attendra un moment pao-
pice... c'est un ami dévoué sur lequel je dbis compter... B.
faQt que je le* vole secrètement, afin de combiner mes alforte
avec fes siens*
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1S6 LB BISTILLATBIJK.
» C'est pourquoi, lorsque je fus libre et que je sentis les
dures atteintes de la faim... j'en étais réduit là, docteurl...
j'épiai l'instant où John Ormond quittait chaque soir la dis-
tillerie et retournait à sa demeure.
x> Je l'abordai amicalement, et commençai à m'ourrir i lai
dans toute l'eiïusion de mon cœur. Dés les premiers mots 0
m'arrêta, et d'un ton familièrement protecteur :
«Ecoutez-moi, Philippe, me dit-il: je vous déclare une
fois pour toutes et je vous prie de vous rappeler à l'avenir
que je désire n'avoir rien de commun avec vous. .. votre père
fera ce qu'il voudra, je ne m'en mêle point... ainsi, bonsoir...
ne me retenez pas plus longtemps... Mes amitiés à Fannj:
dites-lui que j'espère qu'elle ne m'a pas oublié.
X) D'après ce que je vous ai raconté de mon histoire, vous
savez combien mon caractère est fougueux; ce nouvel ou-
trage mettait le comble à la mesure. Le ton de raillerie impor
dente avec lequel Ormond avait prononcé le nom de Fanny
acheva de m'éter la raison. Être insulté par un tel hommel...
Je lui sautai à la gorge et je m'efforçai de le terrasser.
Il Mais il était taillé en athlète et doué d'une vigueur peo
commune : il résista à mes secousses et me renversa sous lui;
puis s'armant d'une houssine qu'il tenait à la main , il m'en
sangla le corps et le visage. Tant qu'il me resta quelqaes
forces, je me débattis sous son étreinte puissante; à début
des mains, j'employais les dents, je mordais, je déchirais...
tout fut inutile : Ormond réussit à me contenir, il redoubla
les coups qu'il ne cessait de me porter; enfin la douleur, l'é-
puisement, l'excès de la rage, me réduisirent à l'impuissance
de nuire. Je demeurai étendu sur la terre , meurtri, sanglant
et inanimé.
» Lorsque je revins à moi, j'étais seul... Ormond s'était
éloigné, dédaignant de me livrer aux constables, et m'abao-
donnant à ma destinée. Je regagnai ma demeure. La nuit était
sombre, le brouillard épais; je marchais en tâtonnant au m-
lieu des ténèbres... Quelles idées je roulais dans ma tétel
quels projets de vengeance je caressais I... Ormond m'était
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U PmiLLATBUm. 117
rapèrieiir en forces physiques., soitl je ne le pfOToqaerais
point à la latte; je l'attaqaerais à chances plus égales... je
me vengerais de lui, dossè-je périr, dnssé-je acheter ma vie*
toîre de la perte de mon Ame.
-» ]>octeur , je serais tenté de croire que » pendant cette
noit-Ii , mes imprécations et mes fîirears évoquèrent un dé*
mon, et qu'entre lui et moi un pacte infernal fut conclu.
1» Je retournai près de Fanny ; là m'attendaient des repro-
ches, des plaintes, des querelles, qui ne me laissaient ni re-
pos ni répit. Les jours, les semaines se succédèrent» notre
situation continua d'empirer : il nous fallut tomber de chute
en chute, descendre ce qu'on appelle les échelons de la so*
ciété, et cacher notre misère au milieu de gens aussi pauvres
et anssi dégradés que nous...
j> J'aurais cependant supporté ce genre de vie, tout affreux
qa'U était, si Fanny m'en avait tenu compte, si elle eût payift
d'an peu d'amour et de pitié ce que je souCFrais pour elle;
un regard , un sourire de Fanny eût ravivé mon courage.
Pauvre, mais aimé d'elle, j'aurais encore été le plus heureux
des hommes... Mais tout me manquait à la fois; Fanny était
la première à m'abandonner... Eh bien , doctemr, contre tant
de maux et de chagrins je recourus au gin et au whisky ; je
me réfugiai dans l'ivrognerie, je m'étudiai à m'abrutir; je fis
en sorte que ma raison , continuellement obscurcie par les
vapeurs de l'alcool , ne pût point se dégager des ténèbres
dont elle était enveloppée. J'étais si à plaindre quand je n'é-
tais pas ivrel... C'est ainsi que j'errais en chancelant à travers
les rues de la ville, hué par les enfants et les oisift, et devenu
poor les honnêtes gens un objet de mépris et de dégoût.
y> Un jour que j'avais été enfermé dans la maison de correc»
tion et forcé de m'abstenir de toute liqueur alcoolique, je me
mis à réfléchir qu'en restant fidèle à ce système d'ivrognerie,
je n'accomplirais jamais mes projets de vengeance. Cette idée
me frappa; je résolus d'être plus sobre à l'avenir, et rendu à
la liberté , je songeai à exécuter la promesse que je m'étais
fiûte à moi^me.
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us a MmuMEvm.
-m SmtmB -aae ^«Ite ée cordW, ^Mieiur^. Lattses^M le-
preBére dw fonces afia de vaw caeonter les aoiwelles qae
)) Mon père , après m'avoir déshériié par son CeataoïeBlf
amait élé aéquaalvé éaas ue maÎBoa <le fous. Son associé,
Jbki OnKMid^ dirigMÂt «ettl la naison de commerce. La voix
puhiîqM «i'aeo«aaît kaulemeat d'avoir, par iBeo ûioondaifte,
cane la déflE»Boe de mon père. Qusait à Jolm Ormoiid, on
vaaÉait mm aAWiàé^ aoa inidligence» aon appUoition aazaf-
fûnea. J'appris-encore qu'il avait accrédité le bruit <pie j'é-
tais imssi atteîat de folie*.. Le d^pna fcomnie ai'aiiiait<pn8Bf ,
6Ï1 Tavait pu, près de aM>a père, à Tbôpital.
% Un débttaat de wàisky, chez lequel je ai'étais arrêté, ne
donna tous ces détails. Je poursuivis na route «a ooéditant
aar ce que je venais d'apprendre, et à travers un labyrinthe
de ruelles et de passades, je regagnai le misérable tandis où
j'avais laissé ma femme. A mesure que j'approdiais, de fi-
cheux pressentiments me serraient le cœur : je m'inquiétais
de Taccaeil que j'allais recev<Mr ; je me demandais si pendant
aion absence aucun malheur n'était arrivé a Fanny...
1» fe parvins jusqu'à mon logement... ^le n'y était pas...
J'interrogeai des voisins. elle s'était enfuie avec on
amant 1
» Un amant t.. . Mon Dieul de tous les coups qui m'avaieai
firappé, celui-ci était le plus rude; j'en demeurai étourdi,
comme si ce déooûment de nos amours n'eAt pas été iogkpie,
comme si je n'avais pas dà m'y attendre... Mais il n'était
point dans mon caractère de m'arrèter à de vaines lamenta-
tions. Cet amant, quel étaitr41?... Une vois intërienreme
criait qne c'était Ormond... Oui, rbomme qui avait rérélé à
mon père le secret de mon mariage et de mon chang^nent de
reUgioa, l'honm^ qui m'avait £sit chasser de la maison pa-
ternelle pour se mettre i ma place, un tel homme avait dû
achever son œuvre en me ravissant mon dernier bien, le oosar
de ma femme... Peut-être même que depuis longtenqps... Oh!
quel soupçon horrible !.. ce parent qu'elle m'avait reoofli-
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maadé arec tant dlailancest ce n'était peat-étns qu'un auMuat
dégoiaéJ...
DJeprû ma course en insensé» au milieu des ténèbres;
mais je ne courus point au hasard, la haine dirigeait mes pas:
ce M elle qui me conduisit aux abords de Tiuibitation de
ID09 ennemi.». Une. voiture attendait â la porte d'entrée...
Bientôt la porte s'oavrit, et caché dans l'ombre que projetait
uns maison jroifiine, je vis paraître un homme et nue femme.. .
C'était Qnnond... c'était Fanny... Fanny somptueusement
jiaTèe] Elle s'appofait à son liras, elle le regardait avec cette
exjprasion enivrante qui m'avait autrefois ôté le jugement et
la raison... Ah! docteur, docteur I les tortures physiques qui
ae idlécbirent et la perspective de la mort qui s'approche,
qa'est-ceque tout cela, en comparaison d'un pareil souvenir?
D Tous deux montèrent en voiture et prirent place Tum i
c6té de l'autre. On inaugurait ce soir-là le théâtre de la petite
rille où je demeurais, et qui était située à peu de distance de
la fiabrique. Fanny et Ormond partirent en riant dans cette
direction; la roue de leur voiture effleura mon corps... Ils ne
sorent pas m'apercevoir; l'instinct de la conservation ne les
arertii pas de ma présence... J'étais à leur piste cependant...
je les suivais comme un loup suit sa proie, en guettant le
moment de l'attaquer.
» Vous vous étonnez peut-être, monsieur, que je ne les aie
pas tués tous deux à l'instant même ?... Patience, docteur I II
7 a des ra£Gnements de souffrance que l'on savoure quelque-
fois avec un plaisir £àroce... On aime à se sentir bien mal-
heureux, bien outragé, bien trahi, pour être plus en droit de
aiaudire la Providence, de détester l'espèce humaine et de se
Tengsr... Les tuer tous deuxl et comment raurais*-je fait? je
n'avais point d'armes; Ormond m'eût terrassé encore une foift,
il m'e&t terrassé â $e$ yeuxL,. Non, non 1 plutôt la mort que
cette dernière honte !... J'étais dévoré de haine et de jalousie,
mais je cdculais mes chances, afin de frapper des coups plus
sûrs.
i'arrivaî ^n même temps que Fanny et son amant au péri-
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160 LE DISTILLATEUR.
style du théâtre : ils se perdirent sous le vestibule, au milieu
d'une foule joyeuse; je ne pouvais les suivre plus loin... je
n'avais pas de quoi acheter une place aux secondes ga-
leries !
)» Cette nuit-là je conunis mon premier vol... Cent fois au-
paravant j'avais filé la carte, triché au jeu, et exercé toute
autre industrie de ce genre; mais je n'avais jamais volé...
Eh bien, c'était un degré qui me restait à firanchir : je le fran-
chis... et avec le produit de mon vol je me procurai un pis-
tolet, des balles, de la poudre... puis je me promenai aux
abords du théâtre. Que les heures me semblèrent longues I Je
songeais aux perfidies dont j'avais été victime... Onnond,
s'autorisant de sa prétendue parenté, avait sans doute recueilli
ma femme sous son toit. 'Cet homme, si soigneux de sa répu-
tation , avait ainsi trouvé le moyen de concilier ses plaisirs
avec la décence publique; et tandis que je me consumaàs eu
prison, Fanny et lui... Ah! combien il me tardait de m'ac-
quitter envers eux et de leur payer d'un seul coup toutes mes
dettes I
» Ce moment si désiré arriva enfin I La représentation était
terminée , la foule s'écoulait du thé&tre : Ormond sortit, ac-
compagné de sa maîtresse ; ils remontèrent en voiture, et je
m'élançai sur leurs traces.
)» Il faisait une belle nuit, une nuit pleine de silence et de
tranquillité ; mais que m'importait à moi ce calme de la na-
ture?... un orage terrible grondait dans mon cœur... Je dis-
tinguais la voix des deux perfides... ils causaient en riant...
et j'étais là, haletant, épuisé de fatigue et de besoin, conrert
de haillons 1... Il y eut un instant où la voiture, parvenue au
pied d'une colline, ralentit sa marche... J'armai mon pistolet...
je m'approchai de la portière... je levai le bras... mais une
réflexion subite me retint. Qu'allais-je faire? les tuer au mi-
lieu de leur joie , les tuer sans qu'ils se sentissent mourir,
sans qu'ils connussent même la main qui les frappait !.«
Était-ce là me venger comme je le voulais?
» Je les laissai vivre ; leur voiture s'éloigna. Quant à eux,
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LB DISTILLATEUR» Ifii
occupés uniquement Fan de l'autre» Us ne m'avaient pas aperçu.
» J'étais donc seul au monde, déshérité de mon père, aban-
donné de ma femme, dépouillé de mon patrimoine, dénué de
tous moyens d'existence 1 J'essayai d'un travail honnête, j'en-
trai conune simple ouvrier dans une distillerie. .. mes habitudes
d'ivrognerie m'en firent renvoyer au bout d'une semaine.
j> Alors j'étouffai tous mes scrupules, et je m'associai à une
bande de fraudeurs déterminés qui distillaient des liqueurs
dans les endroits les pltite retirés des montagnes. Notre troupe
se composait de douze hommes plus ou moins dégradés, plus
on moins perdus de vices*et de crimes. Pour écouler nos pro-
duits, nous faisions la contrebande entre l'Ile de Man et l'An-
gleterre. Les connaissances que je possédais de l'art du dis-
tillateur me valurent un accueil distingué ; j'étais pour ces
hommes une acquisition précieuse, et je devins tout d'abord
un des personnages les plus influents de la troupe. L'appareil
dont nous nous servions était du genre le plus simple, et fa-
cile à transporter d'une place dans une autre. Nous changions
fréquemment de cachette : notre atelier était tantôt une hutte
an milieu des marais, tantôt une caverne creusée dans le
flanc des montagnes, tantôt des roches escarpées situées au
bord de la mer; mais nous choisissions toujours notre em-
placement dans un rayon peu éloigné de la ville qui était le
centre de nos opérations.
j> Les ruines d'un vieux château que vous connaissez peut-
être, docteur, car il n'est qu'à vingt milles d'ici, sur la côte^
nons avaient abrités pendant quelque temps. Le voisinage de
la mer nous était d'une grande commodité. L'édifice, à l'ex-
ception d'une tour qui était restée debout, présentait un amas
confus de pierres et de briques ; irexistait sous cette tour une
voûte spacieuse , qui n'avait d'autre, issue et d'autre accès
qu'un escalier étroit fermé par une trappe. Seulement, pour
établir un courant d'air qui facilitât le dégagement de lafuméCi
nous avions pratiqué un trou assez large dans l'épaisseur de la
muraille. Le point où ce conduit aboutissait au dehors était
masqué par des touffes de buissons et le feuillage d'un lierre.
5* SÉRIE. — TOME XII. il
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» QaékftB ayantBg^iisef que fikt cette caobettasoiis benonp
éê raf»ports, comme elle- était insaioJbiie, nous pilnesle parti
dfj venonceff, et d0» nous étaUlHMadaaa les toines aiNiii*-
dOMnées d'un vieux moulini. €b mouli» était aîtiiépcè» de Iv
«dte, à râigt milles d'ici fOU' VxpfMà MUi^^MaÙL
» Amw endroit f» pouvait mieux noms conve». B était
MiDiiré dto' rochers au ttîlieades(|afll»OQ saglisiait sans être
«perça ; un ruisseau- cpà bapgoaat lo pûsd datées miMs allât
se: jeter dans la mer ; pitt» laift, da côté de la tersr, s'éten*»
éffîent'des landes incultes el/preMpekchabitdes. Nî9ii»fmflioiis
nntîr par eau tout ce dont nous airinos- besoift. Be petite
slbop^fiiis Toilters transportaient, àil» Samu des ombres 4a
hp umt, les produits de notre induetoie. Noua eommeaçàmeft
à opérer sur unevasCie édidie; nouai nienioi»< mm joyeose
tie. Cette époque toute remplie d'eKcès et de seuUlaie» fofl
pourtant une de celles où je ftia le moina malheueeuB. foo-
btiaia Ormond, j'oubliais Fanny, Fanay, qne jfairaÎBr tant a£-
Htèe', et qui m'avait trabi si indignement!.. Et Umqne je ae
peuvaie me débarrasser de eette image,, je bavais^ Le vUsk;
é^it une ressource toujours prête; j'en «sais Isacgenent
»-CependMiIa quantité de liqueuns que non» distillions en
frmidte éveilla Tattention des fabricants : nne snciébé se fbinMi
peur la suppression de ce commerce itticito, et Ton pEanùâi
de grandes récompenses à qui dénoscenaitles) coupables. Le
sèerâtairer^ le soeiévé, celui quii en^ était. le memine le plus
actif, c'était John Oïmond, chef detkbmaiaen Earis et Ovmoid.
Mflrib* les mesuresi que Ton prenait peur nefse anreetafcien
né" troublaient guère noftre sécurité. N'aurienanieun pas dans
fe fine principale du* drstttct un agent fan mms inibannait de
f(lirt? TVbue croyions être sers* de lut; eenwse s'il eiiataît on
seuP honraie qui puisse ne pas être tmié par TappAt dn ffim\
Wotre agent devait Fôtre... il'le fat.
if Un matin que j'étais resHè avec un de mes eempagnoas,
nommé Tommy, dans te» ruines du vieux nfeûiîn, Tomafr
t[txit était couché par terre, distingua^ ttn> bruit seurd^ parett à
cefui des pas de plusièu» bonmes qm s'appredunent. Noni
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LE DISTUXATEUIL 1S8
crfanes d'abord qne c'éUient nos cftHiaradea. En elBèt , ils
éUitat partis* de bonne heure avec une petite charrette pour
aUev chercher du graift dont nous manquions*. Tonuny écouta
plas alieatiTement, et il reconnut le pas mesuré d'une troupe
d'inËintecie^. Aussitôt nous nous élançâmes hors des ruines^
et nous vtmes à cent pas de distance un. détachement de mi-
lice que guidaient un officier de Tacciee et John Ormond.
» JcAn Ormond était monté sur un cheval magnifique dont
il avait qiie)qua|ieineà maîtriser l'ardeur. li nous distingua
panni l#s rochers , oit nous nous étions d'abord réfugiés ; il
me rtconnat^ et à l'instant U donna à sa troupe le signal de
nous poursuivre V lui-même se précipita sur nos traces.
» Mais, la naâuie du terrain facilitait notre évasion ; nous
pûmes gagner le rivage et nous jeter dans une petite barque
qpiy était amarrée en cas de surprise. Nous poussâmes au
large ; il était temps : Ormond nous serrait de près , et nous
a'avioM pas donné trois coups de rame que déjà il galopait
sur k bord de la mer.. En voyant que nous lui échappions,
sa rage fut extrême; il poussa son cheval au milieu de l'eau.
L'animal se débattit, se cabra,, et finît par renverser son ca-
valier snr k sable. Ormond, qui n'avait point lâché la bride, se
releva, et je le vis qui accablait sa monture de coups furieux.
» Lorsifie nous eùme» mis entre nous et nos ennemis une
diatanee assez gyande, nous cessâmes de ramer et nous sui-
vimes des yeux leura mouvements. L'officier de l'accise dé-
ploya un papier qu'il parut lire à haute voix ; cette formalité
accomplie, las soldats procédèrent â la destruction de notre
appareil et de tout ce qui nous servait i distiller.
» Pendant ce temps-lâ > docteur „ je demeurais appuyé sur
ma rame, considérant d'un œil fixe cet homme qui avait causé
tous mes maux , et cpii en ce moment encore se montrait
acharné à ma perte. C'était lui qui excitait le zèle des soldats :
il allait ,. d venait d'un air affairé , et semblait prendre un
plaisir cruel à l'œuvre de destructioA... De quel tort étais-je
coupable envers cet homme?... Dikpius grand de tous: je
l'avais obligé.
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I6'l- LE BISTILLATBUR.
» Tommy proférait mille imprécations, mille injures, qu'il
envoyait de loin à Tofficier de Taccise et aux soldats... Moi,
docteur, je ne disais rien; mais quel silence que celui-làl Je
n'étais occupé que d'une seule pensée, d'un seul désir, la
vengeance I Dans le secret de mon cœur, je priais... oui,
monsieur , je priais Satan qu'il me fournît Toccasion et le
moyen de me venger ; à ce prix, je lui livrais mon âme.
» Lorsque les soldats eurent brisé notre appareil , ils mi-
rent le feu à une quantité assez considérable d'alcool que
nous avions en provision : les flammes jaillirent par les cre-
vasses du vieux bâtiment et s'élevèrent en colonnes tourbillon-
nantes qui se balançaient à droite et à gauche, sous l'impul-
sion du vent. Ce spectacle effraya le cheval de John Ormond;
son maître essaya inutilement de le contenir; l'animal, qui
avait pris le mors aux dents, emporta son cavalier à travers
les landes du voisinage.
» Quelques moments après nous vîmes l'officier de l'accise
et le détachement de milice se diriger vers la ville en lon-
geigit la côte. Ormond ne les accompagnait pas.
» Lorsque nous crûmes n'avoir plus rien à craindre
pour notre sûreté , nous nous rapprochâmes du rira^e.
Les ruines du moulin étaient telles que nous les avions
laissées; mais tout y avait été brûlé, fracassé. Il ne res-
tait pas un alambic qui fât intact. N'ayant plus rien à faire
dans ce lieu de désolation, nous regagnâmes notre barque.
Une courte traversée nous conduisit à une petite anse creusée
dans les rochers. Après y avoir caché notre bateau, nous
primes le chemin de la tour dont j'ai déjà parlé. Nous ne l'ha-
bitions plus, mais elle continuait de nous ser>'ir de magasin.
C'était là que nos compagnons s'étaient rendus dans la matinée.
» En y arrivant, nous fûmes extrêmement étonnés d'aper-
cevoir au milieu des ruines le cheval d'Ormond attaché à un
fragment de muraille et trempé de sueur. En même temps,
nous entendîmes dans l'intérieur de la tour un bruit de voiî
irritées et menaçantes. Deux hommes de notre bande accou-
rurent au-devant de nous, et, pleins de joie, ils nous racon-
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LE DISTILLATEUR. 165
tèrent que comme ils se disposaient à partir, Ormond lui-
même, entratoé par son cheval, était venu tomber au milieu
d'eux. Ils s'étaient assurés de sa personne, et, après l'avoir
garrotté, ils l'avaient transporté dans notre ancienne ca-
chette.
r> A cette nouvelle, docteur, tout mon sang reflua violem-
ment vers ma tète; un éblouissement passa sur mes yeux ;
mon cœur battit avec force dans ma poitrine. Je demeurai
sans voix... je me sentais tenté de fléchir les genoux et de
rendre grâce à e$lui que j'avais invoqué naguère, et qui m'avait
si bien exaucé!
)» Cependant Tommy annonça à nos compagnons la cata-
strophe du moulin et la part active que le prisonnier y avait
prise. Des imprécations, des cris de triomphe et de vengeance
accueillirent cette nouvelle. Ils étaient là huit hommes qui
ne connaissaient d'autre loi que leurs passions, huit hommes
pour lesquels Ormond avait été un persécuteur infatigable, et
qui brûlaient de lui rendre tout le mal qu'il leur avait fait ;
mais leur soif de vengeance, qu'était-ce en comparaison de
la mienne?
— Je veux le voir, leur dis-je : amenez-le ici, que nous
nous voyions tous deux face à facelL'instant d'après, la trappe
se leva, et John Ormond, poussé par deux de nos hommes,
parut au milieu de nous.
)) A son aspect, docteur, une joie inexprimable remplit
tout mon être I
D II avait les deux jambes liées, et il trébuchait à chaque
pas. La transition subite des ténèbres à la lumière éblouis-
sait sa vue. Tommy s'élança sur lui, et il le frappa de toute
sa force. Le malheureux poussa un cri perçant et tomba
par terre. Ses gardiens le remirent sur ses pieds, tandis que
l'on s'efforçait d'apaiser Tommy, dont la fureur était à son
comble.
» Lorsque Ormond leva les yeux, et qu'il me vit debout
devant lui, sa figure, qui était pâle d'effroi, prit une teinte
verdàtre. ^Ses genoux faiblirent, ses dents claquèrent, un
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166 LE MSTiLlATEOE.
tremblemetit conralsif agita s» membres. Le nûsèrable avait
peur... je jouissais déliciensemeHt de ses angoisses.
D Ah! que, si je ne m^éiaîs pas ftit violence, j'aurais «« de
plaisir à raccabler d'tywtragesl que j'aurais voulu lui cradicr
à la face tous les noms injurieux qu'il méritait 1... N'enaran-
je pas bien !e droit? ma {Aaee usurpée, mon partrimoine roiéi
ma femme séduite!.^, mais feus la force tie me vaSncre: je
gardai Ta digmté d'un juge, et me ccnteritai de la joie de hi
annoncer qu'il allait mtnirir.
y> En ^entendant cet arrêt sortir de ma bouche... (povTU»-
je en prononcer un autre?) il devint livide. H 4teB<fitven
nous des mains suppKantes *: il demamia 'grâce «t merci... Q
nous oflrit... fi m'oFfrit 'à moi... une somme d'argent, Yedtki
du passé, et les moyens de nous échapper d'Afigtetene...
nous Tcfiisârmes de l'écouter. On l'enfenna de nouveau sots
la voûte, et on plaça sur la trappe quelques 'grosses pieires
pour en sceller l'entrée.
» Ormond devait être mis ù mort; mais comment? et pv
quî?...Tommy proposait déjà de s'en rapporter à la décision
du sort, lorsque j'offris de me charger de Taffaire. Mes cama-
rades insistaient pour que chacun de nous eût sa part égale
de responsabilité. Mais je leur racontai brièvement mon his-
toire. Je leur peignis mon besoin de vengeance... LateBr
geance I ils comprirent ce mot : ce que je réclamais me M
concédé.
)) Voici le plan que mes compagnons adoptèrent :
» Ils s'occuperaient sans délai de régler les aRaires que
nous avions dans le pays : Tommy reviendrait m'avertir lorsque
tout serait terminé. J'irais les rejoindre à un certain eadmit
de la cftte, et nous gagnerions ensemble le continent ou TA-
mérique.
» Ils partirent: je demeurai seul pendant un jour, rem-
ployais une partie de mon temps à soigner le cheval d'Ormond
qui m'avait été laissé, et auquel je prod^;uais la puîHe et l'a-
voine. J'aimais é le contempler. T^'était-ce pas lui qmn'arait
!îvréentrelesmainsnipn ennemi?. . Quelquefois aussi j'allfis
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ids oifiTiixâiEnB. vu
m mur les piemB qw hrmm&ai renkrée de la vefliéei
j'écoutais les gémissements plaintifis de moiiipvisonaiec, «t
îedélibâraîs ^ea moMèoie mt le genre de onoct cjiie je lui fe-
■n ioi mna towante, Toomiy «était de reloiir. Il m'iirfbnM
(qiie:MM8caii)imgnQnan*Btlendaieat.plii0 quesMi. LeiMBifiitt
êêM étui «donc ananréU... lïoiis écartâmes Jes pieores qoi
étaient entassées sur la trappe, et après aYoir fe*é dans Ig
Miabre'Oiiirerteetin bg^i defaraachea depin Plumées, aeus
descendîmes...
» imàffm&gi doctaur, fwl fat aotre étoiuiemeiit ea ae tcau-
immi ^Moi^tÊUMiwo» oetie voftte. Nous crimes éteadhiepiar
ierre la oicdB qui avait «ervi à le garrotter... Mais lai» qu'é*-
tait-il devenu?... Mon désappointement n'avait point de.bfiff«
•aes : j'étais cooiaie la bèie £uive à laquelle oa ealève sa
proie» et je racissaîs de fureur. Pkus calme, plus maître 4e
ses seas, Tommy promena autour -de lui un regard attentif^
etanasHôt il comprît toute la vérité... )e vous ai parlé d'aa
trou que nous avions pratiqué dans Tépaissear du mur, afin
d'éMsUrini caarant d'air : Ormond avait profité de oe moyen
d'évasion; il avait coupé ses liens en frottant la corde conlve
les aapèritéB des pierres, puis 11 s'était glissé dand le coa-
dvtty el par des efforts désespérés il avait réussi i se fraQier
une voie.... Je croyais qu'il s'était échappé, lorsque je l'euv-
tendîs remuer dans les profondeiars de la tour« Nous courù-
imes, Tommy et 0M>i, au point où aboutissait le conduit. ..^
4î>Enioad avait passé sa tète bors du trou ; il s'agitait des veiup
et des épaules pour ae dégager iiMst à iait Tous ses mua-
«ckes étaient Éendus; son visage trempé de sueur et de sang...
» Nous luons randlmee maîtres de lui avant qu'il ptt faîfp
usage de ses mains. Ce ne fuC pas sans peine qae nous en vtq-
mies à faowt. Biea qu'affaibli par la fiitigue, la soif et lafum,
îl nous opposa «ne vigoureuse résistance; mais nous étions
•deux contve lui. Après une lutte acharnée, nous le renversA»-
4mas par terre » épuisé, paatelant;jQouB kû ^rrottAmesles
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168 LE DISTILLATEUR.
pieds et Ies*genoux. Qaant à ses mains, elles forent attadiées
derrière son dos.
» Il demeura un instant immobile; pnis, rassemblant ses
dernières forces, il se mit à crier au meurtre! au secoursl...
Sa voix avait une effrayante énergie, retentissait bruyamment
dans le silence de la nuit... Je lui enfonçai dans la bouche le
manche de mon couteau en guise de bâillon, et par ce moyea
je le réduisis à se taire.
--*Ne feriez-vous pas mieux de Texpédier tout de suiteTme
demanda Tommy.
<— «Non, répondis*je; j'ai mon projet Apprêtez la petite
charrette qui nous sert à voiturer le grain; attelez-y le cheval
de cet homme.... quand vous aurez fini, vous viendrez me le
dire.
» Pendant que cela s'exécutait, je restai debout à cAté d'Or-
mond , qui continuait à s'agiter par des soubresauts terri-
bles. Le malheureux grondait sourdement; il haletait, il
écumait, il se roulait par terre : ses liens, qu'il cherchait à
rompre, lui entraient dans les chairs...
D Enfin, Tommy revint m'annoncer que la charrette était
prête : il m'aida à y porter notre prisonnier, qui se d^tiit
encore violemment. Xe montai sur le siège de la voiture; je
pris en main les rênes du cheval, puis m'adressant à mon
compagnon :
— Maintenant, Tommy, lui dis-je, je n'ai plus besoin de
vous. Songez à votre sûreté. Retournez vers nos gens... Si
au lever du soleil je ne les ai pas rejoints, qu'ils ne s'occa-
pent pas de moi et m'abandonnent à mon sort.
» En même temps, je fouettai le cheval, qui partit au grand
trot. Tommy me suivit des yeux pendant une minute : bientôt
l'obscurité le déroba à ma vue. \
(En cet endroit, Philippe Erris s'arrêta de nouveau, et
parut recueillir ses souvenirs. Cette dernière partie de sa
narration l'avait beaucoup fetigué; j'étais moi-même vive^
ment affecté de tout ce qpe je venais d'entendre, et je redoo-
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LE DISTILLATEUR. ^69
tais ce qui allait suivre, pressentant quelque chose d'affireux.
Je profitai de l'interruption pour administrer au malade les
fiaibles soulagements dont la science pouvait disposer. Afin
de ménager ses forces et de ralentir les progrès du mal, je lui
prescrivis le repos et le silence; mais il secoua la tète, et
entr'ouvrant ses yeux qu'il tenait fermés, et qui brillaient de
Tardeur de la fièvre: )
« Non, docteur, dit-il, mes instants sont comptés.. Lais-
sez-moi achever ce récit pendant qu'il me reste encore un
peu de forces Je crois même que le besoin de parler me
prête une vie £actice... Je vous disais que Tommy s'était éloi-
gné, et que je me trouvais seul dans la charrette avec mon
prisonnier. Ormond tenta encore des eCforts prodigieux pour
se d&arrasser de ses liens Je lui fis sentir la pointe de
mon poignard, et je l'assurai qu'au moindre essai de ce genre
je le tuerais sans pitié. Effrayé de cette menace, il se tint
tranquille... Je lui ôtai le bâillon que je lui avais mis.
i> Le malheureux avait repris quelque espoir : ma tran-
quillité apparente , l'espace de temps qui s'était écoulé depuis
que je lui avais signifié son arrêt de mort, et enfin cette dernière
marque de douceur, toutes ces circonstances lui avaient rendu
le courage. II crut que je me laisserais fléchir, que je par-
donnerais... II oubliait combien il m'avait offensé! ,
— Jeune mattre, me dit-il d'une voix suppliante, — c'était
ainsi que m'appelaient tous les ouvriers de la fabrique , et
Ormond lui-même , à l'époque où il était premier commis ,
ne me nommait jamais autrement; — jeune mattre, poursui*
vit-il après une pause, au nom du ciel I que voulez-vous faire
de moi?
D Je ne répondis rien, et je pressai l'allure du cheval. La
voiture roulait avec rapidité sur une lande sablonneuse. La
nuit était sombre ; une tempête se formait vers le couchant.
—Que voulez-vous faire de moi? demanda encore le mai-
heureux Ormond. Ohl gràcel... pitié!... J'ai été bien coupa-
ble envers vous; oui, bien coupable I... mais je merepens, et
je veux réparer tous mes torts.
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tro I-E DISTILLATECK.
Réparer 1 rèpliqnai-je d'un ton iromque: mon père crt
devenu insensé.
Il recomTcra la raison-; îl vous rendra sofi affection. Je
plaiderai votre canse avec autant de zèle que Mais épar-
gnez-moi, jeune matttre, épargnez-^noi!
— Mon héritage est perdu...
— Je vous restituerai la moitié de vos Wcns ; je vous asso-
cierai à ma fiibrique... mais grâce, au liom de Dieuî... faites-
moi grâce de la vie'I
—Ma femme, m*écriai-je d'une voix étouffée, en énumérai*
les griefe que j'avais contre lui; cette maHieureuse que voob
avez sÊduHe...
— Grâce î gnàcel s'écria Ormond : j*ui abusé de votre con-
fence; j'4iiété ingrat, perfide... <iHil accorflez-moi la rie; ne
me tuez point ; je serai votre esclave ; je vous restituerai vos
biens, non pas la moitié, mais le tout. .. Oh ! ne me tuez poinS
Le testament que votre père a fait en ma faveur, je le détnri-
rai; je ne garderai rien.
» Docteur, l'accent de cet hmmne était véritablement dè-
cliirant... Il me semble que je l'entends encore... Cependait
la voiture roulait toujours ; le vent mêlait ses siffiemeits m
sowrd murmure de la mer.
— G^âce! continua Ormond. If on Bteul par quelles pa-
roles faut-il vous implorer? quels mots irouverai-je pour
vous attendrir ? Accordez^mdi la vie a«cordez-moi tm
•jour... une heure...
» Il ne voyait point mon visage; maïs l'inflexion de ma
voix lui révélait que ma ^détermination était inébranlable.
» C'est qu'en ce moment suprême je ne montrais ai *e»-
•portement ni fureur : j'étais ctùme «et inflexible conme la
loi eîle-nréme.
» Une seule chose me TCSftait à apprendre : je relîfls te
rtnes du cheval; je me dressai sur mes jambes, et domnianl
"Ownond de toute ma haruteur : r
— }ohn Ormond, proférai-je, êtes-vous parent de Fanny?
— Non, répliqua-t-il; nous vous avons trempé; nous ae
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£fi VISTILLATCim. tTt
sommes point {Mireols.... le ne vous cacherai rien-; qoemes
«veax Tovs prourent mon r^eotir.
— El Ainsi, ajovtai-je, arMt mon mariage...
—JNoua étions d'tntdUgence; l'argent que ¥om lui ^nMTi^
(RfieE, eHe me le dennait... Elle est «Aenoilié daw tous mes
torts... Gitce, encore -une foisl tous voyez cooibien }e adk
indigne de voire eolère
» ie ne répondis rien ; il m'eût èU ioiposaiUe d'mitic«Ier
une parole. Je saisis Onnond par le corps, et je le rejetai hore
de la voiture. Il tomba comme une masse smr la lerre. Je
m'élançai apprès loi...
» Alors, docteur, oe misérable comprît qu'il allait anourir,
quoiqu'il ne devinât point encore le genre -de son suppliée.
U se feleva aur ses genoux il attesta le Dieu vivant.... il
invoqua le oom de ma mère; il me conjura par to«8 les noms
qu'il put imaginen*... Les larmes, les sanglots étoaflanent sa
voix*, ses angoisses, son agonie ne sauraient s'exprimer. ..*«
Je regardais cet homme qui se traînait â mes pieds je
conoaissats donc ce que c'était que la vengeance I celle que je
goûtais était bien celle que j'avais révéel
» Je m'approchai d'Ormond.
n Souviens-toi, lui dis-je, de cette nuit oA, accompagné de
Fanny, ta sortais du théâtre... j'étais derrière vous, le pisto-
let au poing : je pouvais vous tuer tom deux... si je ne l'ai
pas fait, c'est qu'il me fallait mieux que cela... j'ai ce que je
voulais.
» Et en même temps je le renversai la fece contre terre i
je m'emparai de «es jambes, et, au moyen d'une corde dodt
j'étais muni, je les attachai solidement au derrière de laofaÉa#-
Tette.
D Ormood commençait â comprendnel
]» Les cris «pi'il se mît â pousser n'avanenjt rien d'hsmain':
ik remplissaient l'espace, «et le vent, q«ii soufflait de la mer^
les emportait vers les montagnes... je m'élançai sur le siège
de la voiture. ..j'excitai lecheval à grands conps'defaoussine...
il partit eonune un trait!
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172 !«£ DISTILLATEUR.
» Docteur I... docteur I ce fut une course infernale 1
» Le chemin était pierreux, taillé au milieu des rochers et
semé de gros cailloux. Mes passions longtemps comprimées
s'étaient exaltées jusqu'au délire... je n'osais point regarder
derrière moi, mais j'entendais parmi le bruit des roues... oui,
docteur... ne frémissez pas... j'entendais le choc d'une tète
qui se heurtait à toutes les pierres du chemin.
» Et je criais, en avant I en avant 1 et je stimulais le cheval,
qui redoublait de vitesse 1
D Oui, ce fut vraiment une course infernale. La t^npète
qui se préparait depuis une heure s'était enfin déchaînée: les
éclairs flamboyaient : le tonnerre grondait : les éléments lut-
taient confondus. Le cheval, devenu furieux, emportait la
voiture à travers les rochers, imprimant les secousses les
plus violentes au fardeau qu'il traînait derrière lui.
» Cette course dura pendant trois milles. A la fin une des
roues se brisa : le cheval s'abattit sur un tas de pierres, et je
fus renversé avec la charrette, qui était à moitié fracassée,
mais à laquelle le corps mutilé d'Ormond pendait encore!
Une pareille chute aurait dd me tuer ; je me relevai meariri,
mais sans blessure. Mon premier mouvement fut de dégager
le cheval, qui s'était embarrassé dans ses harnais et qui était
tout tremblant et tout couvert d'écume. Après l'avoir atta-
ché à un arbre, j'examinai en quel état était n^a victime.
» Ormond était mort : son tronc mutilé n'avait plus de
tête : fracassée par les secousses ou usée par le frottement, elle
avait disparu... Le seul vestige qui en restât, c'était un lam-
beau de la peau du cou... le haut de la poitrine était ouvert.
Le cadavre était encore chaud, et il s'en exhalait une vapeur
tiède qui montait en fumée légère au milieu du brouillard de
la nuit... Quant au sang... Mais pourquoi vous cachei*voQS
la face?... pourquoi détournet-vous la tète comme si voas ne
pouviez supporter ces images?... Vous le plaignez, Iim7...
vous avez horreur de moi?... Ehl monsieur 1 il n'est mort
qu'une fois, et j'ai souffert... je souffre mille morts I... »
(Il est certain que l'image de cette tète rebondissant sur les
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LE DISTILLATBI7B. 173
cailloux, cette route semée de débris humains, m'avait frappé
d'épouvante, moi qui avais vu dans les hôpitaux et dans les
salles de dissection bien des spectacles hideux . Je voulus
encore prescrire le silence à Philippe Erris et mettre fin i
ce récit effroyable : les forces de ce malheureux semblaient
s'être ranimées, il continua : cependant sa voix ne vibrait
pins comme auparavant; l'exaltation morale qui le soutenait
commençait à s'affaiblir par degrés.)
« Je contemplai pendant quelques instants ce qui restait
du malheureux Ormond. Je m'étonnais de ne plus me sentir
de haine contre lui... j'aurais cru que le plaisir de la ven-
{jeance satisfaite eût duré plus longtemps! Il fallait me dé-
barrasser de ce cadavre. Voici le moyen que j'employai :
je détachai les cordes qui garrottaient les jambes et les
mains. Je pliai le corps en deux et je l'assujettis avec ces
cordes : il n'était pas encore roide... puis j'essayai de le char-
ger sur le cheval... mais dès que je m'approchai, l'animal
oumt ses naseaux, aspira Tair, poussa un hennissement de
ierrear, et se cabra pour me fuir... on eût dit qu'il sentait le
sang de son maître!... Que faire? me charger de ce fardeau I...
j'y répugnais... et même... pourquoi ne l'avouerais-je pas?...
la vue de ce corps sans tète commençait à produire sur mes
nerfs un effet étrange... Je couvris d'un mouchoir les yeux
du cheval : je réussis à placer le cadavre en travers sur son
dos : une heure après j'atteignis l'endroit du rivage où m'at-
tendaient mes compagnons. '■•
T) Je leur racontai la manière dont j'avais mis à mort le
prisonnier. Ils m'écoutèrent sans m'interrompre : lorsque
j'eus fini, ils ne m'adressèrent aucune observation. Nous
transportâmes le corps dans notre barque. Nous rendîmes la
liberté au cheval, en lui laissant le soin de chercher un nou-
veau mattre. Lorsque nous fûmes arrivés au milieu du cana
Saint-Georges, les restes d'Ormond furent jetés à la mer pour
servir de pâture aux poissons.
» Mon histoire touchée sa fin, docteur; les forces me
manquent... la vie m'abandonne... il faut pourtant achever.. f
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vu IM DffSTlLLATSUB.
w Nous ga^^BioMs ks cMes de la Hotlandev et mtie (f onpe
sedûpetsa; q«nit à moi, jenenai pctidaBà TÎAgt aBDéesanê
eûieiice vagobottde sac ton» les peints da glotM : aokht,
manfl^ légociant, pUntenr^ je fis tons les métieca, jusqu'à
ctM de paala... mais je sois foreé dTabréger...
B Eb bîeii, il y a im mti^ je ms. cetarouTai, Je ne a^s pv
quelle: soîle d'aiventures, sor le soi de Flrlmde... Ea Yériié^
docteur, quoique j'aie toujesrs refésé de leereîre, aa diiait
(fÊlumei main invisible càonsbit tantes choses ieirhasw.. le temps
et FéieifpKflMnt ne to«s dérobent poini à son aetkm.^ elle
veaDT ramène au besoin de cpatce nîHe lie«ss, pour (pie veus
meoriez là o& il esl décidé que voua devrez mourir.^ Après
tout, ce n'est peut-être cpi'une illnsioor... Je suis révéra es
Iikinde, simplement poace qne je voulaîs revoir mon pays
nilaL J'étais envèlé dans une bande de bohémiens, nous
avions travaillé. a»mme moisaosneiirs en Ecosse.
» A quelques milles d'ici, j'ena l'idée de reprendre mon
aAcifin métier de. distiUaieitr en frande ; je ne songeais point
Bff gain queje. refirtfaia de mon ancienne industrie; mais i
la. faucilité qu'elle m'offrait d'avoir A ma disposition antani
de gin et de; nFhialiy cpie }'«» voudrais. L'habitude de boire
dea liqwemw. dbtUléea avait dégiénéré chez moi ea nn besoin
impérieux..*, je b«vais pour m'oubMer 1
ikMoa projet,, cpne je commanî^pioi à mes compagnons, fut
adopAét d'une commune vois. Nous résolûmes de noua fixer
dans cet endroit dont je connaissais toutes les ressooroes, et
je parti» pour acheter ce qpai nous était nécessaire. En par-
oomrant la ville jj& rencontrm une femme qni chantait dans les
mes et dooi l'aspect me Crapfia.. Je la. regardai plus atteo-
tk«emem.«* e'étaii eUe» doctew. .. c'était Fanny l
» O puissance d'un premier amour t Fanny était beik en-
core. Le temps» la. misère^ la dégradation, ne l'avaient point
entièrement dépouiHée est et charme séducteur qui m'avail
été si funeste. Mais quand mémo elle eût perdu tout le près-
tigfe de sabeanté,, j^ n'aurais, pas laiasA de la revoir avec plaisir.
U algxA sa trahison^ je ne l'avais iunads haie. Ma vengeance
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LE mSTILLÀTEUa. IZik
s'était atlaq^ée à son complice et non 'pas à elle. Il me sem*
blait naturel qu'elle m'eût quitté pour un autre, et je compre-
nais que l'excès de mon amour eût dû effaroucher le sien.
1» Je fus donc heureux de la retrouver après vingt années
de séparation. Elle ne me reconnut que lorsque je me fus
nomméy et le premier étonnement passé, elle me fit un accueil
affectueux. La scène d'explications, de reproches, d'excuses,.
de récriminations que nous eûmes ensemble, je ne vous la
décrirai point, docteur ; pour peu que vous ayez d'expérience,
Yoos devinez commentceIa.se termina. Fanny reprit sur moi
tout son empire.
D Elle me raconta que plusieurs semaines après la dîspa-
rilfon d'Ormond, son cheval avait été trouvé en la possession
de deux marchands colporteurs. Ces hommes Pavaient ren-
contré sur le bord de 1^ mer. Une enquête avait eu Keu. Les
témoignages de TofScier de l'accise et des soldats de milice
anratent sd)outi à cette conclusion que le malheureux OrmondJ
avait pu être tué par sa monture.
>► A mon tour je racontai à Fanaj de quelle mort son com-
plice avaîl péril Je triomphai en h» détaillant tontes ce»
afreusas circonstaoees... Elle m^écouta en silence et sans
QBnmaBtaicesw. Son visage, qpe j'iatorogeais ayidement^ nés
décela ancnoe émotion. J'ausaiS' vouln qu'elle se raontEfttplua
aSsctée.. Cette insensibilité me chcMiMs^t... je ne voyais past
qp'ella étaât tregi.ex9g(&Bée pour éU» vraie.
» Faoi^ eanseatit à me soivce et à. Caire pairie de notia
bande- Douée d'une assurasee imperturbable, iogpnieuae à.
JuventeB dea stsatagèmea» habile, à mettre en défaut la yâgi?-
laace des» douaniers et des g^ns de llaccise,, elle xums rendil
IflB. pliW'gfiaiids servioesi.
i^^os aràMS'établi notce laboratoire dans les mines doni
jfB voufraî* parl6,.soiis cette tour où j,'a¥ais ving^ années ai^ar
la^aot tenu. Ormoad enfermé. La voûte existait encore tj/]
Metav^QseBqpe toujours aeul, occupé des travaux de la diSf*
tiUesie, tandis %ie mes^eonpiagjaons allaient acheter du grain^
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176 LE DISTILLATEUR,
des pommes de teirre, etc., ou vendre les produits de notre
fabrication.
» C'était là que je travaillais un matin, plongé que j'étais
dans une demi-ivresse, lorsque tout à coup j'entendis en de-
hors un bruit confus de pas et de voix ; mais je me rassurai
presque aussitôt en distinguant parmi ces voix celle de ma
femme. Je demeurai où j'étais, persuadé que nos gens étaient
de retour.
y> Mais, docteur, ce bruit avait quelque chose d'inusité...
on marchait, on parlait avec précaution... puis, avant que
j'eusse pris sérieusement l'alarme et pour>'u à ma sûreté, au
bout de l'escalier qui servait d'accès et d'issue à la voûte, un
bruissement d'armes retentit.
» Il y avait trahisqn... j'étais perdu!
» — C'est là I prononça une voix que je ne connaissais que
trop ; il est là-dessous... descendez l'escalier; vous trouverez
l'assassin du malheureux Ôrmoud.
D 0 Fanny I Fanny 1... vous m'aviez vendu et livrél... c'était
de votre main que je devais recevoir ce dernier coupl
» Quoique traqué comme un renard dans un terrier sans
issue, je ne désespérai pas de mon salut. Je songeai aussitôt
à ce conduit par lequel Ormond avait failli s'échapper. 3'ètais
moins fort de taille, plus agile que lui... Je me glissai daas
le trou, et avec les plus pénibles efforts je pénétrai jusqu'au
milieu du mur, lequel avait huit à neuf pieds d'épaisseur, la
obstacle imprévu m'empêcha d'avancer plus loin... cet ob-
stacle, c'était une grosse pierre qui, s'étant détachée, bouchait
presque entièrement le conduit; il fallait la retirer, l'écar-
ter... mais comment? Le temps pressait; déjà mes ennemis
descendaient l'escalier... Résolu d'élargir la voie, je tendis
mes muscles, je roidis mon corps; de la tète et des épaules je
fis un effort puissant... prodigieux... A ma première secousse
je sentis que la voûte cédait... à la seconde, l'obstacle fut
écarté, le passage s'ouvrit... mais en ce moment, docteur, en
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LB BISTILLATEUB. 177
ce moment où j'allais être libre la tour s'écroula avec un fracas
épooTantable, et je fus broyé sous ses débris.
» Ce que je devins alors, je Tignore. Je me rappelle comme
une avalanche de montagnes, un coup de tonnerre... puis
rien... II parait que je demeurai longtemps évanoui... Lorsque
je repris mes sens , je me trouvai enseveli sous un amas de
pierres qui m'écrasaient la poitrine : mes pieds, mes jambes,
je ne les sentais plus... mais ce que j'éprouvais de déchire-
ments, de douleurs aiguës, égalait le supplice des damnés.
thés soldats de milice me retirèrent du milieu des débris
de ]a tour; quelques-uns d'entre eux avaient péri sous la
voûte... Fanny y avait été tuée...
» Et ainsi, docteur, je me suis vengé d'Ormond... Fanny a
vengé son amant... et voil^ qu'elle-même... décidément il y
a quelque chose I... Pauvre Fanny 1 j'aurais voulu ne pas
mourir de sa main... je voudrais... Retenez cela, docteur. «
Cette tète bondissant sur les cailloux. . . ces lambeaux de chair. . .
ee tronc mutilé... oui, je voudrais n'avoir pas tué Ormondl d
Philippe Erris cessa de parler. Ses dernières phrases
avaient été murmurées d'une voix éteinte. Il tomba dans un
délire effrayant qui dura plusieurs heures, et pendant lequel
il fut poursuivi des images les plus poignantes. Je vis alors
pour la première fois combien la créature qui s'est souillée
d'an meurtre a de la peine à mourir.
Vers le milieu de la nuit, cette longue agonie se termina
enfin. Je m'éloignai du chevet du mourant; je m'enfuis, saisi
d'horreur et de pitié... La porte de la chambre était encore
gardée par une sentinelle qui veillait sur son prisonnier.,
son prisonnier 1 Philippe Erris n'appartenait plus à la justice
humaine ; il comparaissait devant le tribunal de Dieu.
(New Monthly Magazine.)
5* SÉBIE. — TOME XII. 12
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REVUE ASIATIQUE.
DERNIÈRES NOUVELLES DE L'INDE ET DE LA CHINE.
Deux malles de Tlnde sont arrÎTies ce mois-ci, et (elle est l'iin-
portance des dépêches apportées par la seconde, à la dateda is ce-
tobre, qu'elles doivent seules occuper l'attention. Après tant d'bésh
Cations sur les côtes de la Chine, après l'affreux désastre de rhirer
dernier dans le Caboul, un double triomphe oonronne la politique
anglaise, triomphe qui promet d'ouvrir enfin Tempire chinobnx
Anglais, et leur permet de rentrer vengés des Affgbans dans rMe
anglaise. Vjiiiaiic Journal ayant paru avant les nouvelks di
le octobre, nous n'avons d'autres renseignements, ce moi»-ci»que
eeux de la presse quotidienne; nous devons donc previsoiiesMOI
ooiis contenter d'ejilraire quelques détails de» nonvriies conteooci
dans le fiamèsy Timeê.
L'expédition anglaise^ forte de 70 voiles el portant 9,ooo hommes
de débarquement environ, avait été retenue jusqu'au e ioillet
devant Wo-Sing. Ce ne fut que le 20 qu'elle se présenU défaut
Tchin-Kiang-Fou , ville située sur la rive gauche du Tan-tse-
Riang , à io milles de Nankin. Dès le lendemain , 21, les Anglais
s'en étaient emparés d'assaut, et voici en abrégé la relation d'an
des acteurs de ce combat :
R L*assaut de Tchin-Klang a été le plus important comme aossi
le plus sanglant combat encore livré en Chine. L'armée de terre a
presque seule donné. Les troupes, partagées en trois brigades, de-
vaient attaquer la ville chacune sur un point différent. Le l»teao
à vapeur VJuckland eut seul, de tous les bâtiments, rhonneor
d'appuyer l'artillerie royale chargée de faire une brèche dans la
partie de la muraille qui a vue sur le fleuve. C'était le point par
lequel la colonne du centre devait s'introduire dans la place.
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murtiBXB RotrvBLLn m i*iini>s; m
» La mat qui etttoare k tille est bèti en briques, batit de vingt-
dnq OQ trente pieds ^ parMlement bien gArni de bastions, d^ellik^
brasures, de traverses, etc. ; il était armé de pièces de 12 et dé 9)
sans compter les plerriers. La partie qui avoisine la rivière, i envi-
ron denx cents pas de distante, s*élève sur nn terrain difficile et
très-iDcliné. C'est sur ce point que l'jiuckiand et l'artillerie royale
placée sur une éminence voisine , ouvrirent leur feu vers les dit
beures dd matin. On ne leur laissa pas le temps de ftire brèche.
Depuis une demi-heure ils foudroyaient les remparts, qui leur ri^
postaient avec une extrême vivacité, lorsque les sapeurà du génie^
suivis du 56* régiment de Tarmée royale et de trois régiments
indiens de Madras, s'avancèrent avec des échelles et forcèrent l'ar*
tiilerie à cesser son feu. Les échelles furent dressées contre le mur
aveé une rapidité magique, et les grenadiers du 66* s'y élancèrent
sons un feu très^vif qui leur coûta beaucoup de mondé tués et
blessés* Le premier qui escalada le rempart , ce fut le lieutenant
Gnddy» qui fit preuTc en cette occasion de la plus grande bravouroi
En arrivant au badt de la muraille, il agita son épée en signe de
vict0ire; puis, s'asseyent avec un incroyable sang-froid sur le para^
pet, il aida ses hommes à monter. C'est un miracle qu'au milieu
de la gréie des balles il n'ait pas été tué d'un coup de fusil ou pré-
cipité du haut du rempart: il en fût qiiitte poOr iine blessure att
pied. Un quart d'heure après, le drapeau du ô&«, arboré sur la mtt«r
raille, fut salué par trois vigoureux hourrahs des mariils attentifs
à l'action du haut de leurs mfltures. Cependant la ville n'était pal
prise, et l'on eut forte faire pour chasser l'ennemi du rempart ; les
Tartares chargèrent plusieurs fois la lance ou l'épëe à la main, b|
disputèrent avec acharnement chaque pouce de terrain» A la fid
cependant la baïonnette anglaise triompha; mais en abandonnant
la muraille, les Tartares allèrent se poster dans les malsons, d'où ils
dirigèrent pendant longtemps un feu très*vif et très-meurtrier* Il
follut cinqou six heures de combat dans les rues pour que tes soldats
cédassent la place.
9 Les autres brigades ont été aussi heureuses, mais elles ont perdu»
comme le 55% beaucoup de monde dans les combats des rues. La
brigade dt| centre comptait à elle seule 150 hommes tués on
blessés.
» La chaleur était très-grande, et plusieurs soldats ont été fra^
pis de coups de soleil mortels*
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180 DERNliBES NOUVELLES BE L'INDB.
» La Teille du combat on disait qu'il n'y avait i>as plus de 1,000
ou de 1,600 soldats tartares dans la place; aujourd'hui on en porte
Je nombre à 6,000 hommes.
9 C'est la discipline et non pas le courage qui manque aux Chi-
nois. Leurs chefs surtout, sentant la victoire leur échapper, lan*
calent leurs chevaux au galop et venaient mourir en braves sur les
baïonnettes anglaises.
. » Le lendemain, la ville était déserte, et montrait à chaque pas
le plus cruel spectacle. Les morts et les blessés de l'ennemi , quoi-
qu'il en eût emporté un grand nombre , gisaient dans toutes les
directions, sans que personne songeât à secourir ceux qui respi-
raient encore. Toutes les maisons avaient été forcées et pillées; les
marchandises lès plus précieuses, les thés, les soieries, les four-
rures , étaient répandues par les rues. Toutes les maisons qui ap-
partenaient ou qu'on avait cru appartenir au gouvernement étaieot
ou complètement brûlées ou encore en proie à Tincendie, que per-
sonne ne cherchait à arrêter. Gomme dans les autres villes, cette
victoire a déterminé une effrayante multitude de suicides; on troo-
vait des hommes, des femmes et des enfants qui s'étaient étrangles;
on en retirait des puits par douzaines !
» Maintenant la population ne semble avoir conservé aucun seo-
timent hostile à l'égard du vainqueur. On voit souTcnt des gens
qui viennent faire des cadeaux de fruits. Leurs légumes sont ex-
cellents ; leurs haricots, de même espèce que ceux de la France,
leurs céleris, leurs concombres sont délicieux. Ils ne veulent pas
qu'on les paye, et demandent seulement en retour un morceau de
papier sur lequel ils font écrire : « Protection anglaiêe. » La vo-
laille est exquise.
» Le Yiang-tzé-Kiang est un noble fleuve; à son embouchure la
navigation est difficile, mais à quarante milles plus haut son lit est
très-profond, et ici, è Tchin-Kiang, où il a environ un mille et
demi de large, on ne trouve pas partout de mouillage pour les
bâtiments, tant il est profond 1 Le courant, surtout è la marée
montante, est très-rapide; un canot armé de six avirons ne peut
pas le remonter.
» Le pays, sur la rive gauche du fleuve, est dans quelques parties
magnifique et très-pittoresque; la rive droite est parfaitement
plate et marécageuse.
» Cet assaut a coûté aux Anglais, d'après les rapports offidefs,
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HBRKiiBXS ROUrStUS M L'INDS. 181
34 hommes taés dont 4 offiden, et 145 blessés, dont il offi-
ciers.
» L'expédition laissa à Tchin-Kiang one garnison de deux mille
hommes, commandée par le général Schœdde, et trois petites fré«
gâtes aTec deux bateaux à vapeur ; pois elle remonta le fleuve jus-
qu'en vue de Nankin, où elle arriva le 7 août. La joarnée du 8 se
passa en préparatifs, et le 9 on débarqua les troupes commandées
par lord Saltoun sur une éminence à Touest. En même temps, les
navires prenaient leurs postes de combat ; mais les murs de la ville
étaient déjà tout couverts de pavillons parlementaires. Trois man-
darins d'un rang élevé sollicitèrent une entrevue de sir Henry Pot-
tinger.Ils étalentautorisés à traiter delà paix, et une lettre signéede
l'empereur disait que, comprenant enfin qu'il lui était absolument
impossible de se défendre, il était prêt à accepter toutes les condi-
tions qui ne porteraient pas atteinte à Thonneur du Céleste Empire.
» Ces trois négociateurs étaient Ki-Yeng, prince de la famille
impériale et général en chef des troupes tartares; E-le-pou, gou-
verneur do Thé-Kiang en 1841, rentré en grâce après avoir été
dégradé pour avoir rendu les prisonniers anglais lors de Tévacua-
tion de Ttle de Chusan, et enfin Gnu, général des deux provinces
de Kiang-Souet Kiang-Si. Les négociations durèrent jusqu'ap 29,
jour où la paix fut enfin signée à bord du vaisseau de ligne le Corn-
walliê. Fidèles à leur système de conserver le plus longtemps
possible leur empire derrière un paravent, si on peut parler ainsi,
les Chinois, à ce qu'il parait, font tout ce qu'ils peuvent pour
empêcher les vainqueurs de visiter la ville où les environs.
» Nankin, d'après ce que l'on a vu, ne semble pas une ville forte;
ses murs, qui ont généralement trente-cinq à quarante pieds de
haut, n'en ont pas plus de dix en certains endroits, et sont en
ruines sur quelques autres. Le mur d'enceinte extérieure est très-
ancien et doit avoir de trente à trente-cinq milles de circonférence
(de 9 à 10 lieues), il renferme une grande étendue de terrains
vagues. Il y a encore à l'inlèrieur deux autres murs d'enceinte
commandés tous les deux par des édifices voisins ou par des hau-
teurs naturelles. Personne n'a encore pu voir la fameuse tour de
porcelaine; elle est en dehors de la ville, un peu au sud. Quatre
bâtiments ont remonté encore cinq ou six milles au-dessus de Nan-
kin , et quelques petits bateaux à vapeur doivent faire une recon-
naissance dans le haut pays. Les Chinois affirment qu'un bâtiment
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Uiftr .povmiît mMuit^t joiq^'è tànq ctntt millêi av^lMnii ëe
Nankin, et trouverait partout beaucoup d'eau et un courant tfèi*
f«pi4e# ht faU est que i# Çarml^ulHê eat menillè ici par Mnxaote.
dfi( pHtda d'eau. »
Voici lei tenue» dans lee^Hels air Henry PatUnger anueuee la
paii dans une proclamation officielle t
» Le pltoîpotentiaire de S. M. B. en Ghiue a Fextréme plaisir
d'annoncer aux aujeta de S. M. qu'il a aujourd'hui conclu et signé
avec les eommissairea ohiaois disignéa pour négocier avec fati, qb
traité dont vpici le» plu» importante» dispositions :
1» i<» Paix 9t amitié durables eatre le» deux nation»; V" la Ckine
payera 21 oàilUons de dollars pendant l'année courante et les trois
nnnéç» qui suivront ; »<" le» porls de Canton» Aonoy, Fou^tdMm-foa,
Ning-po et Shang-hal seront ouverts au commerce an^is; dtt
agent» consulaire» seront nommés pour y résider» et des tarif» réga-i
Uer» et y^itw des droits d'importation et d'exportalioa (aussi
bien que de transit à l'intérieur) seront établis et publié»; V l'ik
de Qong-Kong sera cédée à^ perpétuité à $. M* B* et à se» héritieis
et successeurs ; k^ tous les sujets de S. M. B,» iudigèues de r£a-
i^e ou des In4es qui pourraient être prisonqiers dan» une parti»
quelconque de l'empire d? la Chine seront mi» en libertés»»
Qondition ; 0^ un acte d'amnistie; complète et entière sera publié
par l'Empereur; il ser^ revêtu- de sa signature et de son soeaa.
Cette amnistie sera accordée à tous sujets chinois qui auronl ptis
4u service ou entretenu des relations avec les Anglais» on qui su-
rent habile le» ville» chinoises occupée» par le» Anglais» ou qui
auront réaidé dans les ville» chinoises occupées par les Anglais. 7* Les
relation» seront conduite» dans def termes d'égalité parfaite eatre
le» officiers de» deux gouvernements ; lorsque l'on aura reçu Tafr-
aenliment de l'Empereur à ce traité, et aprè» le payement des
premiers six millions de piastres» lès forces de S. M. B. se retire*
ront de Nankin et d^ grand canaK Le poste militaire de Cbin-bai
sera également évacué* Mais les lies de Chusau et Kou-long-soa
seront occupées juqu'à parfait payement des sommes siipuléeset
jusqu'à ce que les arrangements pour l'ouverture de» ports soient
complétés.
p En publiant celte nouvelle très-satisfaisante» le plénipotea-
tiaire de S. M. renonce à faire l'éloge de l'énergie, du dévouement et
de la valeur qui ont distingué tott»le»Qfficier»et»oldi^ 4» (ro«fCi ^
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SL H. ««i odlooiLtribQèàMS mportanfts 6t htÊtmÊoi réroUali. L«
droitt MUi$ de k manière %mï pihtèàt wroùi ttni doute feeraniis
ptr l« prenîèM» utorilé*. Ko tUonduU» It piéBipoCentiaira 4e
S. M. B. mieite les sojet» d« S. 11. m Chéneà rœcMiflB d'm fdx
qv'il espère e| croil dtTeir.èlie ègaleniiii an»la§wiB an toîeli
etauxiiitérèladeVABgielamaide k GUm.<-*M«i giid»l»
» A bord de U frégate i vapeur the Queen, dans k rifière Yao0i«
tsérKiwg^fB me 4e Hankio, m i» août is^f.
>^ P^or copie eottnmie 7
» SigiiéE. Halcolh^ secrétaire de légtfkm. 9
Quant aux nouTclles du Gaboulistan , nous ne pouvons qu'indi-
quer k marche victorieuse des armées combinées qui viennent de
prouTer aux peuples de l'Iode que la tactique européenne leur dé-
fend de profiter longtemps de leurs avantages. Mais de leur côté,
les Anglais ont ravagé le pays conquis comme s*ils renonçaient à
jamais s'y établir. Voici ce que nous apprend le Bombay Times, en
attendant les correspondances particulières :
« Près du Koord de Caboul» le 1 3 septembre, après avoir passé les
défilés si funestes y en janvier dernier, à Tarmée anglaise, les
troupes du général Pollock ont trouvé Ukbar-Rhan à la tête de
16,000 Affghans, décidés à leur barrer le passage. L'ennemi a vail-
Umment combattu : il a fallu souvent enlever les positions à la
baïonnette; mais les AflTghans ont fini par être mis en déroute com-
plète, laissant aux mains des Anglais 3 drapeaux, S canons et une
grande quantité de munitions de guerre. La perte des Anglais a
été de 32 hommes tués et 130 blessés. Le 16, le général Pollock a
pris possession du Bala-Hîssar, qui est comme le Kremlin de Ca-
boul. Plus de 700 hommes sont allés à la recherche des prisonniers.
» Le général Nott, après avoir achevé une marche triomphante de
200 milles, a battu et mis en déroute une armée de 13,000 Affghans;
puis il a marché sur Ghuzna, s'en est emparé et l'a détruit. U a
eu 2 officiers et 20 hommes tués, 4 officiers et 400 hommes blessés.
11 a rendu la liberté à 327 prisonniers cipayes. Les prisonniers eu-
ropéens avaient été précédemment conduits à Caboul.
» Le général Pollock a quitté Gundamuck, le 7 septembre, pour
traterser la ligne où sont arrivés les désastres du mois de janvier
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i9h DERHitEES NOUVELLES DE L'INDE.
dernier, et une étendue de 70 milles dans le pays le plus imprtii-
eable de tout l'Afighanistan. Il a rencontré une forte résistance. 11
a perdu un officier et a en 240 hommes tués ou blessés. Il est arrirè
à Caboul le 1 6. Mrs. Trevor et ses huit enfants, le capitaine Ander-
son, Mrs. Anderson et ses trois enfants, le capitaine Troop elle
docteur Campbell^ sont arrivés immédiatement au camp. Nous re-
grettons de ne pas trouver dans cette liste le nom de l'héroïque lady
Sale.
Le Scinde est tranquille. Il y a encore un peu d'agitation dans
Bundle-Khund. Lord Ellenborough a ordonné la reprise des tranox
du grand canal Douab.
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NOUVELLES DES SCIENCES,
DE tA LITTÉRATURE , DES BEAUX-ARTS , DU GOUMERGB ,
DB l'industrie y DE L'AGRIGULTURB , ETC.
CORRESPONDANCE POUTIQUE ET LITTÉRAIRE
DB LA REVUE BRITANNIQUE.
IficaOlOGIB. — LB OOCTBOR CHÀNNING. — PHIUSlBftS DBS ^ATS-OHIS-— DOC-
TEUR ULBN. — HOJÏB. — CRUICBSHÂKKS. — ALLAN CUNNINGHAH. —
aSBOUL BT JASMIN. — POÉSIES DB MACACLAT. — l'QISTOIRB ROMAINB BN
LÉGKIIDBS. ~ KBBPSAKBS. — SALON DB BAS-BLBCS. — TH. HILLER. — Œ.
DIOtlNS. — PBBSSB AHJÊRICAINB. — M. WEBSTBR. — MISTHBSS TROLLOPB.
- n— CATALiia BT !!«• SAQUI. ^ M. CLBYBLAND. — LB8 HOUSTIOUBS. —
TOTAGIB. — ROMANS, «TC., RTC.
Londres, 20 novembre-
Ma lettre de ce mois-ci, le mois du jour des Morts [AlhouU
%),ri8que d'être un long article du nécrologe littéraire. Nous
avons d'abord appris par les journaux des États-Unis la mort
du docteur Channing (William-Ellery Channing), le grand
sermonnaire américain , du petit nombre de ceux dont les
œuvres sont réimprimées en Angleterre. C'était un grand rhé-
teor^nn prédicateur chrétien et moraliste, qui n'a jamais com-
pris la littérature écrite que comme le pâle fac-similé de la
littérature parlée. Né Français , le docteur Channing aurait
feil surtout des oraisons funèbres. Ce genre , qui est beau-
coup le sien, convient admirablement à l'emphase naturelle
des Américains. II leur faut des phrases avant tout (excepté
dans le commerce , bien entendu] ; la phrase est le fort de
leurs plus illustres tribuns et avocats. M. Webster lui-même,
cet homme d'afhires, qui vient de jouer sous jambe lord Ash-
bnrton, ne se refuse pas les sesquipedalia verba, M. Everett est
ttn phrasier, Patrick Henry en était un, et Carlyle, cet écrivain
original, ce penseur profond, mais au style germanique, mais
déclamatear,mai8accepté sous toutes réserves par les hommes
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186 NOUVELLES DES SCIENCES.
de goût en Angleterre comme en France, Carlyleatoutdesnite
fait école en Alnérique ; il y a tout de suite trouvé sa doublure
dans le prédicateur Emerson (1). La forme, en général calme,
des théologiens anglicans, ne pouvait aller au docteur Chan-
ning. Pour terminer mes comparaisons, il préférait Burke à Pitt.
Cependant, avec toute- saa onpkase américaine, le docteur
Channing était un véritable orateur. La Revue Britannique 2i
donné des extraits de ses discours, je n'ai donc pas à le £stire con-
nattre à vos lecteurs : àm^ toute autre Revuo» je céderais à la
vanité de découvrir le docteur Channing, comme ce professeur
émdit qai vient de iiefmvrir Charles Lamb en i8l^3, après
l*avoîrtraduit en partie avant 1880. Maïs vous avez surtout cité
les deux discours du docteur Channing qu'on a le plus sou-
vent réimprimés , ses Sermom-pamphlete sur Napoléon et sur
Milton. Il ne me reste qu'à esquisser quelques mots da bio-
graphie. Le docteur Channing était né le 7 avril 17S0,à
Newport (Rhodelsland); c'est à Bennington (Vermont) qu'il
est mort le 2 octobre dernier. U descendait d'ua des signalai-
res de lafameuse Déclaratùmie lind^endmce ; et dans la «Ko-
{^aphie Américaine», il a rendu hommage aux vertus de son
^and-père William EUery . Son pèr^ était marchand et le des-
tinait à la profession de médecin; mais le jeune Cbaaai&| fut
bieat6tobUgé de s'occuper exclusivement de sa prc^ressuté,
i|u lieu de poursuivre les études pénibles de Tari de fpètix.
Cette santé avait été brillante» robuste même* On le vit touti
001^) dépérir, et jusqu'à Ufin de sa vie il ressembla à Veaibra
d'un corps plutôt qu'à la substance. On eût dit i|ue eeike osr
ture grêle» presque tranc^arente » n'avait que le soufle;
quand» après avoir étudié la théologie, il se livra à la piédi-
cation, il se fit peu à peu, à force d'art» une voix qui nemaft*
quait pas de soaorité. Le docteur Channu^, aa aortk de VU*
Qiverûté d'Harvaf d, où il futordonaé^ profieasaiieafiecehs
doctrines presbytériennes; mais dans ua ^ays ceauMhi
£tat»illnis, où il n'y a rien qui sessenbfe à l'aiiitèea M di
fl) iM dtwsufi d^Eaieno» ont été rânprfaiés réœmnBiiC à hmétt
mm ip jntMdaOîqa ^Um rw>at>>
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foi, il est difficile que les intelligences un peu vigoureodee n&
se laissent pas aller à une indépendance complèle. Le docteur
Cbauning se déclara d'al;>ordpour la secte des Unitaires; pui»
avec le temps, afin de parler à un public plus nombreux, il
ëTita les discussions dogmatiques , et préféra prononcer ses
discours sur des sujets de haute morale, de politique géné^
raie, d'histoire même. C'est ainsi q^'il fut tour à tour Vorateur
de la paix universelle, de la tempérance» de Féducation, de
Tabolition de resclavage, etc. Sa dernière exUbitiom p^K«
<;»e (style américain, qui fait du missionnaire un vrai oomé*
dieu) eut lieu en août dernier à Lenox (Masaachusaets), où il
parla sur rémancipation des nègres.
La science a perdu ce mois-ci le docteur A. AHea, iewe
encore, et connu par ses études sur les étymologies latines.
Le même jour [6 novembre] , est mort aussi un des hommes
qui ont le plus remué de sympathies et d'antipathies dans les
longues luttes politiques que provoqua après 1915 le mî-*
nistère Castlereagh : c'est le libraire Uone, libraire et auteur.
Honese jeta à corps perdu dans l'opposition de cette époque*
A chaque meeting , à chaque émeute, on était sûr de le reot*
contrer pérorant avec fougue. Il comprit aussi qu'en sa qua-
lité d'éditeur, il avait d'autres armes sous la main, et il ne le»
négligea pas. Il publia de petites satires, de petits pamphlets,
et pour les rendre plus piquants, il appela le crayon du earict-^
turiate au secours de la plume. Hélas l tous ces op^scules ma-*
lins seraient peut^re tout à fait oubhés, si Hooe n'avait
deviné et employé le talent alors bien jeune et bien inconnu
de G. Cruickshanks, cet artiste dont tous les éditeurs ae dis-*
pulent les spirituels croquis, et que Henri Monnier, e«
France, reconnaît pour son maître. Les i^mateurs rechercha
rojit toiqours ces premiers essais de Cruickshanks, qui bik
aujourd'hui peu de caricatures politiques, laissant cette partie
à l'artiste fécond qu'on ne connaît que par )es initiales de H. S.
Malbeoreus^vient Hone ne se contenta pm do ft^ire la guert^
aux torya, il la fit au clergé, U la fit presque à Diffot^ i Die»
soupfi(Hki^P9^1uidetorssni9^tawtlimàw
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188 NOUVELLES DES SCIENCES.
alors incertaines. Tout cela valut à l'éditeur radical des procès
qui firent du bruit. Il finit par se croire la dupe de son propre
parti, et ruiné ou à peu près, il fit de la littérature plus in-
nocente dans les Magazines, Il est aussi Tauteur de deux vo-
lumes très-populaires , le Livre de chaque jour et le Livre de
l'année^ dont le débit considérable n'avait pas suffi à payer
toutes ses dettes, car il est mort encore insolvable. La femme
et les enfants de ce pauvre diable, que deviendront-ils? Les
idées qui enthousiasmèrent Hone en 1815 ont cependant
triomphé en grande partie. Sir Robert Peel lui-même en a
accepté plusieurs. Hélasl c'est en politique qu'est vrai surtout
le sic vos non vohisi
Je dois maintenant vous entretenir d'un mort tout à hii
littéraire , d'Âllan Cunningham, un de ces poètes sortis du
peuple, comme il y en a eu tant, et comme il y en a encore
en Angleterre, double enfantement de la Bible et de la litté-
rature légendaire. Nous avons bien en France un poëte-boa-
langer; mais M. Reboul, quoique méridional, écrit dans la
langue de Lamartine. Sa poésie n'a ni la forme ni les idées
de la poésie populaire. Reboul a parfaitement secoué le son et
la farine de ses habits : c'est presque un classique de salon
et de collège. Nous avons un poète-coiffeur. Jasmin; mais ce-
lui-là est, au contraire, si complètement gascon, qu'il n'a de
lecteurs que dans son arrondissement. La critique parisienne
s'est un peu trop vantée en ayant l'air de le comprendre;
tandis qu'ici, depuis Burns, le dialecte écossais est devenu
un idiome littéraire. On le lit, on h chante^ à Londres comme
à Edimbourg, dans les salons, au théâtre, etc. Allan Cunnin-
gham fut un des héritiers légitimes et reconnus de Burns. Ses
ballades vivront. Il était né à Dumfries dans une famille de
paysans. Son père le mit en apprentissage chez un maçon.
De bonne heure, le jeune Allan lut tous les livres qu'il
pouvait se procurer. Cependant le livre ne lui fit pas dédai-
gner la littérature naïve du chanteur des rues, de l'ouvrier
et du paysan de la basse Ecosse^ Il eût suivi au bout du
monde un mendiant, rapsode en guenilles, qui lui fredonnait
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NOUVEtlBS PEd SCIBNCB5. 189
quelque légende : en uu mot, la renommée de Burn» Vempé*
chait de dormir ^ et en 1810 le jeune maçon fut un des colla-
borateurs des Vieilles Poésies des comtés de Nithdale et de Gai-
loway^ éditées par M. Cromeck. Allan Cunningham fournit à
ce recueil quelques chansons transmises réellement par la tra-
dition orale ; mais son ambition d*auteur ne résista pas à la
facilité de fabriquer, comme Macpherson et Chatterton, de
vieilles légendes et de vieilles chansons. Le succès lui a permis
de revendiquer depuis ces enfants supposés de la muse desoM
rhymers. On les retrouve dans son recueil à lui ; car il finit par
publier ses propres œuvres sans cet artifice : il fit des poëmes-
légendes, comme ja Vierge d^Elvar^ la Syrène de Galloway^ etc.;
des poemes-drames, comme Sir Marmaduke Maxwell; des ro*
mans, PaulJones^ Sir Michael Scott. Il collabora aux Magazines
mensuels. — Enfin, recommandé au libraire Murray par sir
Walter Scott, il fit pour la Family Library six volumes vraiment
excellents : les Biographies des ÀrehitecteSf des Peintres et des
Sculpteurs. Le littérateur n'avait pas absorbé Touvrier ; mais le
maçon était devenu un artiste, et son compatriote sir Francis
Chantrey l'avait mis à la tête de son atelier de sculpture pour
surveiller les travaux, tenir ses livres, etc., etc. Quelques jours
avant de mourir, il venait de terminer les Mémoires de son
autre compatriote sir David Wilkie. Allan Cunningham avait
une grande activité et une grande facilité. Ce qu'il y a de par-
ticulier dans ce maçon-littérateur, c'est qu'en conservant
fidèlement l'inspiration de la naïveté écossaise dans ses lé*
gendes ou chroniques d'Ecosse, il avait appris à écrire la
bonne prose anglaise. Quelques-unes de ses biographies sont
des notices parfaites, qu'on peut comparer aux meilleures de
Samuel Johnson. Singulière éducation littéraire dans ce siècle
de littérature factice et de mœurs factices, que celle de ces
Ecossais qui portent dans la littérature anglaise le parfum de
la montagne ou de la forêt 1 Voici encore un des génies les
plus énergiques de ce temps-ci, un orateur parlementaire, un
critique érudit, un homme d'état, un ex-ministre de la guerre»
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qai, dans lél loisirs que lui laisse la défaite dé ôoA parti,
s'amuse... à mettre en légendes Thistoire romaine.
C'est assez vous parler des morts , et c'est Thonorable
B» Macaulay que je viensde citer. C'est lui qui publie unyolame
intitulé : Lays ofaneieM Rome. A propos de cette publication,
quelques journaux politiques se sont récriés : Quoi! lesched
des whigs se font portes 1 Mais ils ont donc abdiqué, trahi
peut-^tre? Ils font des rers, ils chantent! mais croient-ils que
nous leur jouerons du violon? Est-ce pour divertir nos sei-
gneurs les tories t Est^e pour offirir un eofemplairt dWevr i
la belle bibliothèque de sir Robert PeelT etc. Qu'il est difficile
de contenter les partis vaincus 1 l'honorable M. Maeaulat
aura-t^il tort à nos yeux, nous qui sommes son innocent
public? Certes, non; ce volume est d'abord précédé d'une
préfoce, beau morceau de critique, où l'auteur analyse admi*
rablement le système de Niehbur; mais les vers?... Ehbisn,
les vers sont de la bonne école, dignes de Scott, quoiqu'il y
ait peut-être une sorte de dissonance dans les prouesses
d'Horatius ou dans la bataille du lac Régille, etc., racontées
avec des expressions qui rappellent le Lai du dernier Méwt-
irel, la Dame du Lac^ Marmion^ etc. Le volume se termine
par le récit de la mort tragique de Virginie; et ici le poète
au vers de huit syllabes des poëmes de sir Walte Scott
substitue un grand vers de quatorze, qui a plus de gravité.
Le discours de Virginius au moment où il va poignarder sa
fille est d'une tendresse touchante, le vous envoie le rolume:
jugez vous-même, et faites traduire au moins la préfece poûf
vos lecteurs ; sir Robert Peel ne vous en voudra pas : ce grand
ministre aime les beaux vers, même ceux des vhigs. Le vicdi
poëteWordsworth occupait, comme vous savez, une place dans
l'enregistrement au bord du lac de Windermere; singulière
place pour un poëtel singulière résidence pour un emplojédu
fisc! Sir Robert Peel a fait accepter la démission de l'Homère
des Iakistes au profit de son fils, et en même temps la reine a
accordé au père une pension de trois cents livres sterling.
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iromrBUBS bbs mibitcbi. l^
(Tesl doublé justice» parce que Wordaworth a non-eeslement
£ût de fort beaax yers, mais encore des vers qui ne lui ont
pas rapporté beancoup d'argent. Les épigrammes de lord
Byron avaient cruellement contribué à cette impopularité.
Nous Terrons si M. Tennyson, qui est un peu de cette école
lyrique» la ressuscitera; mais M. Tennyson a eu le bon esprit
de jeter sur cette sentimentale poésie du nord quelques
rayons plus chauds et plus colorés de Tamour méridional.
Voici le BU>ment où les chœurs des rimenrs de boudoir
couvrent tous les chants de poètes de leurs gazouillements :
les mmtMk et les ktepsakei ont paru» veux-je dire ; ceux même
des Etat-Unis sont arrivés : mais dans toutes ces fmilieê J^hU
€cr» quelle sibylle aurait le courage de chercher le sens du
dernier soupir de quelques vieux cygnes et les premiers va-
gissements de ces muses qui remplaceront un jour Scott^
Byron» Moore et Tennyson lui-même? C'est dans ces livres
reliés en moire ou en maroquin gaufré qu'ont débuté quelr
quefois de vrais talents » Bulwer» Allan Cunningham» mais
surtout les dames poètes» Felicia Hemans, Letitia Landon»
Mrs. Norton, lady Blessington» etc. Celle-ci a peu à peu acca-
paré YtdiioTêhxf des trois ou quatre keepsakes où l'on trouve
le reflet imprimé des lectures de ses soirées. Un poëte ro-
mancier, un de ces s$lf edueated authars (auteurs qui se sont
âevés eux-mêmes], comme je vous disais tout à l'heure qu'ij
y en a tant ici,— Th. Miller a fait un tableau satirique asses
piquant de ces salons de bas^bleus dans un roman à séries
qu'il intitule la Fis de F homme de lettrée^ et où il se met en
scène lui-même sous un nom supposé. M. Th. Miller est aussi
libraire» et il se donne les honneurs de l'illustration calcograr
phique : avant d'écrire et d'imprimer, il faisait de ses main^
et vendait des paniers dans la rue. Hélas I dit-il quelquefois
dans l'élan de ses déceptions littéraires, si je me suis fait
poète» c'est que je ne croyais pas qu'il y eût autant de con-
currence dans ce métier que dans celui de vannier.
Charles Dickens, à peine de retour d'Amérique» annonce
déjà qu'il va nous donner ,un nouveau romau sur les mœurs
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!192 NOUVELLES DES SCIENCES.
anglaises, toujours comme une publication périodique et arec
le secours du crayon de Cruicksfaanks, de Calcott, de Phiz,
ou de tout autre. En attendant, Charles Dickens n'apasTouIu
nous priver du récit de son voyage, et il Ta publié sous le
titre d'American-Notes. Que vous dirai-je de cet ouvrage? qu'il
y a sans doute des chapitres excellents pour votre Revue: eh
bien, prenez-les; mais permettez-moi de vous avouer que je
suis du nombre des lecteurs désappointés : non que je de-
mandasse à M Charles Dickens une belle théorie à la Mon-
tesquieu sur les États-Unis, clans le genre du livre français de
M. de Tocqueville, ni une foule d'indiscrétions et de comé-
rages à la Mrs Trollope ( observateur qui, du reste, ne
manque ni d'esprit ni de vérité ). Non; mais puisque
M Charles Dickens renonçait à ces personnages iictiB, qni
l'ont si bien servi dans ses Pidacick' paperê; puisqu'il se
montrait à nous comme M. Charles Dickens esq., il (allait
que le père de Boz ou de Pickwick produisit quelque chose
qui fût digne des enfants de son imagination. Une des qualités
de M. Charles Dickens a été jusqu'ici de s'oublier lui-même,
d'être tout à fait le personnage qu'il invente, ce qui contri-
bue à loealiier la fiction, comme dit Shakspeare, à réaliur son
Eidolon, comme dit le capitaine Clutterbuck. Eh bien, pour
la première fois qu'il se met en scène, l'auteur donne par trop
-d'importance à son vrai mot : un bon tiers du voyage est
consacré à nous apprendre qu'il a eu le mal de mer et sa
femme aussi ! 11 nous enferme avec lui dans la prison du pa-
quebot aussi longtemps que le ferait Cooper, le romancier
de la mer. Puis, débarqués, nous n'avons pour nos peines que
des esquisses, des notes^ c'est-à-dire des fragments... rf«««
volumes, mais pas un livre. Encore un coup, ce n'est pas
assez. Par bonheur du moins, quoique inférieur au capitaine
Basil Hall, à M. Buckingham, à Mrs. Trollope , au capitaine
Marryat même, le nouveau voyageur a le secret de nous amu-
ser ; j'en conviens : il retrouve souvent la loupe microscopique
de Boz : si son œil n'embrasse pas bien l'ensemble, il sai-
sit merveilleusement les détails : aucune caricature ne hi
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KOUTBLLBS DES SCIENCES. 193
échappe 9 et il est à regretter que la peur des récriminations
ait rendu ce peintre ingénieux si sobre de portraits. De l'aveu
d'un autre observateur compétent, le spirituel et original
Sam Slick (Halliburton), tous ceux qu'il a croqués sont d'une
ressemblance frappante. Cet Oncle Sam qui a si curieusement
anatomisé les Américains, déclare qu'aucun livre sur TAmé-
rique ne lui a fait le même plaisir. Cet éloge, tout exagéré qu'il
est dans la bouche d'un rival modeste , consolera le nouveau
touriste de bien des critiques; car vous devez voir que les
Magazines de Londres ne sont pas unanimes pour rendre jus-
tice à H. Charles Dickens.
Mais quel orage attend son livre en Amérique mémel M.Char-
les Dickens ne craint pas de déclarer qu'il ne sait pas de pire
fléau que la presse des États-Unis. Il cite divers articles qui
prouveraient que tous les publicistes de l'Union sont des coupe-
jarrets littéraires : non content de ses citations, il renvoie en-
core ses lecteurs à une diatribe contre la presse américaine,
qu'on trouve dans la dernière livraison de la Foreign Quar-
Udy ReineiCy où nous lisons en eflet une attaque bien incon-
venable contre un homme d'état, M. Webster, aujourd'hui
ministre, peut-être demain président. A propos de bottes, la
Louisville Gazette accusa un jour M. Webster d'avoir voulu
violer une jeune et belle dame. L'anecdote, très-peu politique,
eut un énorme succès. Ce qui nous surprend, c'est que le fait
étant faux, M.Webster ne se crut pas moins obligé de le dé-
mentir et Caire démentir par des certificats scellés des sceaux
de la république. Là-dessus la gazette de Louisville, conti-
nuant sa calomnie, répond : a Nous avons dit que M.Webster
avait voulu w^asser la femme d'un de ses commis en lui
disant : Madame^ c'est un des privilèges de ma place. Nous nous
sommes trompés... C'estrà-dire ce n'était pas h femm3 d'un
commis, mais la femme d'un solliciteur. »
Ni la Revue ni M. Charles Dickens ne nous apprennent par
quels certificats nouveaux M. Webster démentit cette odieuse
rétractation; mais il parait en eflFèt que les journalistes des
États-Unis ont d'étranges licences.
5* SÉRIE. —TOME XII. 13
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19b iraOYSUBfl »BS:
l'ainommé Mrs. TroUppe^son .dernier* cmvragiB nous i
.bien loin des États-Unis. Cette Corinne boQi|[eoise a tooIb
anssi faire son Italie. J'ai ouvert .le .nouveau voyage de 06
bas-bleu avec une pcéveniion que j'avoue.
Je ne pouvais penser qu'il y eût lanHHBdresya^ialkieei-
tre Mrs. TroUope et la patrie des artistes. Je m'attendais i
des blasphèmes analogues â ceux de feu M. Sitooa, qui.ae
croyait ni au génie de Raphaël ni au. chant du ro^ignol. Sh
bien, le soleil italien a allumé le coeur de la ^statue. EDea'a
pas répudié tous ses préjugés, mais eUe a une «orie d'inpir-
tialité qui lui permet de trouver de la Qourioisieet presquede
l'esprit au pape régnant, que iout le monde sait itre un aoioe
sans prétention, un souverain sans cbadatauisme. Il est vr^
que Mrs. TroUope, présentée àSaSainteté avec une pacotille
d'Anglais, sortdelafoule»4ésûinéecoiumeuuedaaie littéiwe,
et le pape lui exprime le regret dene pouvoir Ure^ses ouvragas!
Dans cette pacotille se trouvait aussi un.Ecosaaisen costame
de highlander, et le pape l'examina encore plus curieuscaiept
que la dame littémire ; comme.c'est un grand |>riseur, il s^ina-
gina, dit Mrs. TroUope, que la>poudri^e du mogategnard était
sa tabatière. Mrs. TroUope. est « un peu moina respectoeose
.envers les cardinaux, qui, :iielou.elle, abusent de l'éti^uUte
qui les entoure et tieuneut tropioi^gtemps debout les dames
auxquelles Us adressent. Iscparole. £lle raconte enfin une aaeo-
dote qui donnerait. beau jeu à eette intolérance dont on »-
cnse si volontiers et .bieUrà.tart la police, ecdésiastiipie de
Rome. Pendant la célébration, de la messe de Pâques â Saint-
Pierre, au moment de l'élévation, de l'hostie, alors que tous
.les assistants se prosternent,, on entendit tout à coup dans
une des galeries latésalesicJbniit d'une bouteiUe.de Champa-
gne lançant soabouebonv^aujdafoad.. C'étaient des Anglais
qui parodiaient par, un .bonid^euner.jaxîomjuunioii sous les
deux espèces. Il .fut question im moment d'interdire l'entrée
des églises aux protestants ^p/vidant les. offices; mais la bante
cour ecclésiastique finit par oublier le .scandale afin que tant
le monde l'oubliât. — A Pompei, A N^plesi, 4 Florence, Mrs.
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Xrpl)op0 se laisse peu â pe^ aller à des a4scèi9 d'^jtbovsiaflowe
Si «Ue se permet l'analyse du bas-bien, ^c'e^t tout au plus
pour mnis &ire coiuiaUre ^ théorie sur )a sibylle de Cumes,
tju'eUe sonpi^oiwe d'avoir jété [bien avant Mesmer) «ne adepte
da mesmerismel Toute tory qi^'elle est enfin , elle n'est pas
ti;è9-Midul£^nte pour cet antiaonstitutix)nnel prince de Mo*
dène, qui pro^prît la Jeu»e France de ses fatals» et regarde Ia
barbe de nps dandys comme équivalant à un placard sédk-
Uenx. Une des personnes de la société de Mrs. TroUope fut
obligée de se faire raser pour obtenir un passe-port, et l'oa
devine que Mrs. Trollope elle-même n'entra pas dans les étata
de ce despote saps avoir bien regardé au miroir si le mauvais
géiÛB des femmes de lettres ne lui avait pas £ait pousser mali«-
lùeusement un poil de moustache sur la lèvre. Mais Théroîne
de Mrs. Trollope, en Italie^ c'est madame Catalani» qui la re-
çoit aviec toute sa charmante amabilité dans la villa qu'elle
habile près de Florence. Madame Catalani chante même pour
^Uel Certes, Mrs. Trollope eût été presque . excusable si,
l^omme le grave M. Simon, elle eût, après ,ce bonheur-là, ^it
le procès jdu rossj\{;noL
JI Sàxki que madame Catalani ait réellement conservé le
xJxarme de sa voix et l'éclat de sa beauté, car Mrs. Trollopç
n'aime que les jeunes magiciennes, et elle traite impitoyable-
jQneat de vieille sorcière une autre artiste qui cependant ac^
^eomplit à ses ;yeux [mais pas pour elle seule, il est vrai) le
jpirodige de maiciher ou voler à travers les airs. )Est-ce sur le
xoa^antique manche à balai que ce voyage aérien alieu? Non;
jp'eat sur la cosde teudiie des saltimbanques, car c'est la Sa-
jnense madame JSaqw, c'est la divine sauteuse du boulevard
4u Temple que Mrs. Trollope rencontre à JFlorence, prome-
MAt^ jbcayers Ji'horia;an.d'un cirque ou d'uae salle de spec-
tade la JuiAe Hdeuffi-êt légère dfi ses soixante et dix ans. Je
xais vons.cibir Uttéralemcmt Mi:s. Trollope :,
#(.Po)ir^.onJlînuer nos distractioais de voyageurs, nous ne
yjaitàmesplns^exleuic palais, mais nous allâmes honorer de
notre présence une antiquité d'un autre genre, à savoir, une
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196 NOUVELLES DES SCIENCES.
vieille , très-vieille femme. A notre surprise extrême, nous
avions été prévenus depuis quelques jours que Madame Sa-
QUi devait enchanter la métropole toscane par une série des
plus difficiles prouesses qui eussent jamais été exécutées sur
la corde tendue. Je m'imaginais que la téméraire danseuse de
l'affiche devait être une descendante de la madame Saqui
dont j'avais admiré la jeunesse, et qui avait laissé à sa pe-
tite-fille l'héritage de sa pantoufle verte... Je me trompais ;
ce n'était pas une petite-fille... c'était l'immortelle madame
Saqui elle-même : cela ressemblait si bien à un miracle, que
nous résolûmes d'aller voir un spectacle qui, par lui-même ,
n'est pas de ceux qui ont beaucoup d'attraits pour moi. Si
l'étonnement suffisait pour procurer du plaisir, nous aurions
pu véritablement jouir de cette exhibition surnaturelle: mais
nous y éprouvâmes plus de peine que de plaisir. On nous
dit que cette vieille extraordinaire avait soixante-dix ans;
et malheureusement pour nous, notre loge étant très-près de
la scène , nous pûmes voir à ses traits ratatinés qu'elle aurait
pu s'en donner quatre-vingts sans exagération. Ce fat un
spectacle terrible I Tant de vigueur, tant de souplesse, n'im-
porte à quel âge, ne sont pas des dons communs de la nature;
mais possédés par une vieille si décrépite, ces dons avaient
quelque chose de bien effirayant, d!horrible même, en vérité !
Je comprends que la iaim et la misère obligent une pauvre
femme à se montrer ainsi en public ; mais est-ce là le motif
qui pousse encore madame Saqui sur la corde? Ah! du moins,
si ses amis lui conseillaient d'y paraître dans le costume et les
attributs d'une vieille sorcière; si elle y montait à cheval sur
un balai, et au lieu d'un balancier, si elle exécutait ses tours
armée d'une quenouille, j'avoue que nous aurions encore
frémi; il y aurait eu au moins une -idée poétique dans cette
mise en scène d'accord avec l'âge de l'illustre sauteuse ; mais
quelles émotions pouvions-nous éprouver à la voir parée
de tous les colifichets de la toilette adultère d'une fille de l'O-
péra ; puis, après avoir feit ses tours gymnastiques, remonter
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NOUVELLES DES SCIENCES. 197
jusqu'au Edte delà corde, en agitant deux grands drapeaux, tout
cela par-dessus la tète des spectateurs du parterre? Je m'at*'
tendais à quelque chute, & quelque catastrophe épouvantable;
et je n'étais pas la seule; car je remarquai dans la salle une
extraordinaire et silencieuse attente, éloquente expression
du cauchemar qui nous oppressait tous. Enfin, lorsqu'au re-
tour de son ascension, l'horrible sorcière s'arrêta au milieu
du théâtre, et y déploya bruyanunent ses deux étendards, il
se fit une acclamation générale, qu'elle prit sans doute pour
un applaudissement; cri de dégoût plutôt, j'ose le dire. Quant
à mes amis et moi, nous nous levâmes alors, et nous esquivâ-
mes, un peu honteux de nous être trouvés à pareille fête. »
Les voyages ont abondé ce mois-ci. Je vous citerai encore
im Récit de voyiiges et d* entreprises commerciales ^ par Richard
J. Qeyeland, qui est une réimpression d'un ouvrage popu-
laire en Amérique. Ce M. J. Cleveland rivalise en même temps
avec son homonyme, dont l'abbé Prévost fit, je crois, un fils
de Cromwell, et avec Robinson Crusoé. Ses merveilleuses
pérégrinations ne sont cependant qu'une histoire vraie; si
elles rappellent les romans que je viens de citer, c'est parce
que tous les artifices de la fiction sont nécessaires pour arri-
ver au même intérêt. Le tort littéraire de M. Cleveland, c'est
de tout dire; c'est de faire un journal et non un livre, non
une œuvre d'art ; et quand on imprime pour amuser son
lecteur autant que pour l'instruire, on ne risque rien de ne
pas lui dire toute la vérité, ou du moins tous les détails de
la vérité. Aussi l'analyse d'un pareil ouvrage est impossible;
je le cite comme une mine où les romanciers pourraient
puiser trois ou quatre romans maritimes. Je dirai seule-
ment que M. Cleveland fut un armateur qui courut long-
temps après la fortune, fit à sa recherche le tour du monde,
la saisit quelquefois, et ne put jamais la conserver. Je signa-
lerai encore une singularité de ce voyageur accompli, c'est
qu'il n'a jamais bu un verre de vin ou de liqueur, ni fumé
une pipe ou un cigare. C'est à cela qu'il attribue d'avoir
encore une santé de fera soixante-dix ans; et il a bravé peste,
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naufrages, périls de tontes sortes, san^ avoir jamaik éti b
moindre Indisposition, le pins petit mal de tête (t).
]'ai In encore avec beanconp d'amnsemeiit le Xktitm
résidence à Mosquita-Shote, par Th. Vonng. Le p^ays des Mob^
tiques est situé entre les 11* et 15* degrés de latitude nord,
prés de la baie de Honduras. C'est ce pays de Voyais, oirfc
eossais Mac-Grcgor s'était hît cacique. Ce coin de l'Aflié-
riqne centrale n'est pas senlemeftf i^dontable par les inseci^r
^i lui donnent son nom, et antres petites bétes, dont la sh
gesse et Tomniscience du Créateur nous révélera qtidqttt
jour l'utilité dans le meilleur des mondes possibles : des rep
tUes plus gros, quoique sans ailes, vous y attendent; le dt-
mat y est pestilentiel; mais d'ailleurs, dit M. Th. Yoang,o!iy
trouve tous les agréments de la vie : que ces voyageurs ont
des conclusions ravissantes I Allez donc manger du bon pois-
son et du bon gibier dans un pays où si, par malheur, ufl
Insecte vous entame la peau, vous êtes sucé vif par des taf*
(f) « Je ne sais point et ne fus jamais membre d'une société ds l
MDoe , mais j'en ai pratiqué les maximes avant que ces sociétés fosseolil*
irtatées. A l'époque où je commençai ma carrière maritime, on regardait
comme une chose reçue que boire du grog et chiquer du tabacéuient^*'
lement indispensables pour faire un bon marin. CétailbraYerleridicnle
que de s'en dispenser ; mais je le bravai. Ceux qui m'auront lu poorroilt
voir que j'ai navigué dans toutes les parties du monde, depuis leseliM
degré de latitude sud jusqu'au seizième de latitude nord, qnelfoelMi
dans des bâtiments d'une telle dimension et avec an équipage li (M
nombreux, qu'il faliait sans cesse s'exposer à l'humidité et au froid. J'ai^
soumis a Tinfluence des localités les moins saines: à Bataviai ravagé pu
les fièvres ; à Saint-Bias, où les indigènes eux-mêmes n'habitent qu'osa
partie de l'année ; à la Havane, où j'ai résidé cinq ans. J'ai subi la e»p*
Ovlté et la prison ; j'ai été Yolé, ruiné; j'ai passé par toutes lesaotiétà
dé la vie. Eh bien, je suis part enu è ma soiiante-huillème aoBéeni'
«vok jamais pris une goutte de liqueur^ un terre de vin» de hïk9t ^
porter on d'ale; je n'ai jamais fumé ni chiqué : loin d'en avoir ssafaW
l'attribue h cette tempérance la conservation de ma santé : je ne ooiastf
la migraine que de nom, et excepté les fièvres que me donnèrent qnv'
quefo'is les excitations et les inquiétudes de ma Tie sgitée, je n'ai jamais
Âé malade. V
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mnrvBUBS mis sctmcts: 199*
rd'autvwiiMecte»tSi, par etetnple, voas laissex dans la
sayanne votre cheval blessé, vous le retrouvez le lendemain i
rétat de squelette. M. Yonng vante beaucoup les tortues de
c»paf84à; il eet malheureux pour les pauvres bêles qu'elles
aoienf bornes* à manger; car avec lévr cuirasse, ce seraient
les seules créatures de Dieu dont on envierait l'existence au
nMieu dés nuées de moustiques qui bourdonnent autour de-
L'éditeur Momy, toujours difficile dans le choix de ses
fiAHcatîons, vient de nous donner un bon et savant voyage
de M. W. J. Hamilton, intitulé : Recherches dans VÀeie-Mi-
tmwé, lePontei V Arménie* Ces contrées; jadis si glorieuses de
civilisation y n'ofl^nt aux voyageurs que des vestiges de
classique splendeur et elles n'intéressent plus que les
frudits. M. W. J. HanrilCon les rendra-t-il plus populaires?
Son livre n'est pas moins précieux que celui M. Texier, qu'il
iie^ néglige pas de citer.
Je n'ai pas lu encore deux gros volumes du docteur Davy»
frère du célèbre chimiste, sur les lies Ioniennes : la France a
ocecupé ces lies avant les Anglais, et le général Vaudoncourt
nous les a fait connaître par un bon ouvrage.
le vous signale deux nouvelles relations de la dernière cam-
pigne anglaise en Chine : 1"^ Deux années en Chine, etc., par*
Di Macplierson ; 2^ Narrative of the expédition to China, par
le commandant J. Ëlliott Bingham. Ces voyageurs n'ont en*
eore vu que les côtes : je vous avoue que je ne veux plus lire
que celui qui me conduira à Pékin. Au reste, si la guerre ,
CMUne on le dit, est terminée enfm, il faudra bien se con*^
tent^ de résumer le peu que nous aurons appris de nouveau
depria deux ans emr le Céleste Empire, qui se moquera long-
leMpa encore de la Aordare Europe.
fla- histoire, je ne puis vous indiquer que la publication
daaLetttea de Marte Stuart, éditées par Mrs. Strickland, qw
prfiik en mime tempe une assez curieuse biographie des*
d'Aiigiisterre;.Le8^ nouvelles XeHrer à» Marie Siuorr
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aOO NOUVELLES DES SCIENCES.
sqnt la reproduction da recueil du prince Lebanoff, traduit
et annoté.
Le colonel Miles vient de traduire du persan une HisUnn
d'Hyder-Aly. Il est curieux de connaître l'opinion des histo-
riens asiatiques et sur leurs propres héros, et sur leurs Yain-
queurs. L'historien persan se nomme Meer-Hustein-Aly-Khan-
Kermaniy et, avec l'antiphrase de l'humilité orientale, il se
qualifie d'étudiant de l'école de l'ignorance. Nous dirions,
nous, de l'Académie des ignorantins ; mais ce prétendu igno-
rant ayant été trois ans au service de Tipou-Saîb, a eu i sa
disposition la belle bibliothèque de ce prince , et il s'en est
servi en homme habile. A travers la pompe de son style, il
nous fait un récit fort animé des exploits de cet Achille de
l'Asie, qui était bien digne d'avoir son Homère; d'ailleurs
il révèle peu de faits nouveaux, les historiens anglais ayant
déjà épuisé la matière.
Je ne serais pas embarrassé si je voulais vous parler main-
tenant des romanciers. Depuis deux mois , ils ont produit
abondamment, et l'année prochaine ne sera guère moins
féconde s'ils tiennent toutes les promesses des annonces.
M. J. B. Fraser a publié un roman persan : Ali Nemrou,
ou l'Aventurier buchtiare. Cet ouvrage est égal aux meilleurs
de Morier. L'auteur, qui sait son Asie en résident anglais, a
fort ingénieusement illustré les mœurs persanes dans une
fiction de la bonne école.
M. Charles Whitehead, auteur d'un Solitaire (qui n'est pas
celui de M. d'Arlincourt] , a réimprimé en trois volumes un
roman biographique sur Richard Savage, que vous avez pu
lire par chapitres mensuels dans le Bentley's MiseeUany, Ce
roman n'est pas sans valeur. Le héros y prétait; car c'est celui
qui a fourni à Johnson le sujet d'une biographie si romanes
que. Je vous en parle, parce qu'un conteur français, qui a son
genre de talent, certes, a publié aussi à Paris, sous le titre de
la Couronne d'épines, un roman de Richard Savage, qui était
bien, si je m'en souviens, la plus antibritannique de toutes
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NOUVELLES DES SCIENCES. 201
les fictions. Cet auteur devrait apprendre l'anglais et traduire
sans rancune le roman de M. Ch. Whitehead, qui vaut un peu
mieux que le sien.
Nous avions le roman maritime, le roman militaire, le ro-
man chasseur, une Mrs. Stone vient de créer le roman manu-
&cturier : cette Pénélope-auteur avait préalablement publié
rhistoire des travaux à Taiguille [the art of needUwork). Son
roman a pour titre : William Longshawe the cotton lord. La
ville de Manchester est la véritable héroïne du livre. Je vous
avoue n'avoir pas encore achevé le premier volume. Si je ne
voos en parle plus , c'est que je n'aurais qu'à le critiquer :
mon silence sera un acte de galanterie envers Mrs. Stone.
Que vous dirai-je de la FiUe de V avare f par M. Harrison
Ainsirorth(l)? Ce romancier est de ceux qui croient que la
quantité vaut mieux que la qualité. Son dernier ouvrage a la
prétention de peindre les mœurs du dix-huitième siècle à
Londres : nous y voyons les beaux des comédies feshionables
d'Etheredge,deCibber, deCongreve, deWycherley ; ce ne sont
que promenades au Yauxhall, au Ranelagh, etc., etc.; des la-
quais, vrais crispins, se font passer pour leurs maîtres, afin de
faire des conquêtes, etc., etc. Tout cela sent bien les mouches
et la poudre : j'aime mieux les comédies dont M. Ainsworth
a un peu atEadi le dialogue en l'épurant. Toutefois quelques
scènes de mélodrame rappellent aussi les scènes de terreur
qui , malgré la protestation des gens de goût, ont fait le suc-
cès de Rokwood et de Jack Shippard. L'avare de M. Ains-
worth est calqué sur un type parfait; mais il ne vaut pas
l'avare de Nigel^ et quelque élégante que soit sa fille, j'aime
encore mieux la longue et sèche fille de l'Harpagon de
YÀUace.
On ne sait pas encore le titre du prochain roman de
Charles Dickens : la première livraison ne paraîtra que le
1** janvier, et vous en recevrez le premier exemplaire ainsi
que le premier de la nouvelle publication de H. Lorrequer.
(1) Réimprimé en un volume (prii 5 fr.) par M. Baudry.
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9Q3 IfODVBLLES DSS SCIKIICKS,
Puisque vous voulez donner aussi mensuellement à vosleo-
teurs un de ces romans qpi.ont ici tant de succès, peut-être fe-
liez-vous mieux de préférer celui qu'annonce sir E. Bulwer,
son titre promet : le Dernier des barom. Vous- l'aurez aussi i
temps, ainsi qu'un quatrième ouvrage, dont H. Bentley m'a
promis les bonnes feuilles : vous pourrez donc choisir. Quant
à Cooper, qui publie ces jours-ci Jack of the lantom, on le
Feu follet, notre infatigable M. Defauconpret ne vous laisse-
rait pas le plaisir d'en offrir la. primeur à vos abonnés.
Je crains d'avoir dépassé la mesure dans ma lettre , et je
remets à la prochaine ce que j'avais à vous dire des. théâtres.
BULLETIN
DES SOCIÉTÉS SAVANTES D'ANGLETERRE.
OBRNIÈRE RÉUNION DB L'ASSOCIATION BRITANNIQUE POVI
l'avancement PB LA SG1BNGE.
Fin.
Influence du travail dans les manufactures sur le dévdopps-
ment de la phthisie pulmonaire , par M. Nobèle. On a accusé, et
a?ec quelque apparence de raison, le séjour et le travail des manu-
faclures de prédisposer à la phthisie, et sous ce point de vue la po-
pulation de Manchester se trouve dans des conditions très-dèfaTO-
rables. Si une protestation devait s'élever contre cette hypolhèsc,
c'est surtout du congres réuni à Manchester qu'elle devait partir;
c^est ce qui est arrivé. Nous venons de voir un défenseur de cette
▼ille soutenir que si la mortalité y est^'plus élevée que dans d'an-
fires villes, et surtout que dans d'autres villes non manufacturières,
ce n'est pas au travail dans les manufactures qu'il faut l'attrihaer,
puisque dans celles même qui sont regardées généralement comme
ks i^us malsaines, la santé des onvriers est aussi bonne que par-
tout aillenrs* Dans le mémoire dont nous venons de donner le titr^
l'aoteor cbercfae à repousser le reproche fait aux villes maonfact»'
riéres, et surtout à celle de Manchester, d'augmenter beaucoup la
disposition déjji si forte de Ir pepulaticn à la phthisie lubeittt-
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MffiMnil âm^mtie yhlhwfec ceM des hslncaiits de viUtt non mm
fliiflttlinilèref (fol 00111 caieTé» pvr la méMe ««ledie. B'apiè» lé
Merasemeiit der fD4i., on coapptftit k Manclnster et» SeironL49»9tt
ftwîlléâ; or, en fsad il j ettt M73 morti, dont 1 ,4M fmvDt ca»'
iée» par hi phibisie, ce qui donne an mort phihisique ponr 24 fa-
diîllee^ ef Z jffnhhiq^ts «iir 19 morts' de toat autre maladie.
BlHis le comté agricole d'fiwet ^ 4u> compte a3y4«3 famlilesyle
nombre deg morts dues^ à ki philinie a été en isao de ir^ou et In
chiffre Iota) des mon» d^ e,a&2 , ce qai donne comparaliyemeift
4 morts par la pbibisie sur 2f pour le comté agricole, et a sut 19
ponr la rille mannr»cturière. Dans le district agricole qui eeni«
pneadle Cambridgesbire, rHutingdonsbire et le» divisionaimériv
Acncles dnLineolnsbire, formant en tout une population de e7,aAt|
fanillesi le nombre total des morts a été dans la même année de
7>3oe^ et celui des morts causées par la pbtbisie seule de t^aoe, on
près de 1 sur 5. Ainsi, tout en reconnaissant que la mortalité gè»
nènle est .beaucoup moins élevée dans les* districts agricoles r ^
ne peut nier que la mort par la pbtbisie n'y soit plus M^
quente. A Liverpool, sur 43,026 femilles, la mortalité générale a
été de 9,181, et celle des pbthisiques de 1,723« Ainsi donc en
compte à Lirérpool 3 phthidqnes enlevé» annuellement snr 49 ia>
milles, et 3 seulement à Manchester sur 68. A Birmingham la pro^
portion est encore plus en faveur de Mancbester, car il y menrl
diaque année l phihisique pour 86 familles. A Londres, la pro«
portfon des décès par la consomption estdanele rapport de 2 ponr
105 familles, et celle de la mortalité générale -avec la mortalité pai
la phthisie est, comme à Mancbester, de 8 snr ig. A l'exception de
fai métropole^ Manchester compte moins de cas de phthiaie compa*'
rés à bi mortalité générale qu'aucun des districts ci*dessu8 indi-
quée; aussi M» Nobèle en conelnt-ilque le travail dans les manufac-
ttrres n'a aneune influence directe sur la production de cette mala-
die. Si on consulte le registre des décès de Mancbester pendant
trois années,, et depuis l'âge de 15 ans jusqu'à celui de 40, on re^
emnait qp^ la mort causée par la phihisie a frappé 174 personnes
qnl travaillaient dans tes manufactnresi, 690 ayant d'aulresi oemn*
pations, et vn sans indication d'emploi. Parmi les 174 ootrîers
des manufactures, 4& sont portés comme fileurs, 49* comme dévi-
deun (winders)/28 comme raltacheurs 22 comme cardeurs et ton-
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90k KOUVBLLBS DES SaBHCEB.
dears , et 25 sans autre désignation que d'être employés dans les
manufactures. M. Nobèle conclut de tous ces faits et beaucoup
d'autres semblables que les manufactures n'exercent pas sur la
production des scrofules et sur une de leurs formes particulières^
laphthisici Tinfluence spéciale et mairaisanlequ'onleuraailribuée.
Rapport sur la statistique vitale de Manchester, préparé par la
Société de statistique de cette ville. Ce que Ton appelle oommoné-
ment la ville de Manchester peut être considéré comme comprenant
huit juridictions différentes : Manchester, Ardwick, CharLton-sor-
Medlocki Hulme, Salford, Pendleton, Brougfaton et Cheetham, for-
mant, en 1841, une population de ao5,993 habitants, et qui pré-
sente des caractères différents sous le point de vue physique et mo>
rai dans chacune de ces divisions, suivant qu'elles renferment an
plus ou moius grand nombre d'habitants appartenant à la classe
aisée, ou d'ouvriers habiles et qui reçoivent une haute paye. Ainsi
deux de ces parties,etles moins populeuses, Gheethamet Brougfaton,
sont spécialement habitées par la classe riche, qui forme encore une
forte minorité à Ardwick et à Gbarlton, tandis que Hulm, Man-
chester, Salford et Pendleton le sont surtout par les ouvriers, et eih
core ces dernières parties diff^èrent entre elles, suivant la condilioa
plus ou moins comfortable dans laquelle se trouvent les ouvriers qù
les habitent ; car tandis que Hulme et les parties de Gbarlton et
d'Ardvrick qui se trouvent sur les bords du Medlock attirent ^^é-
cialement les ouvriers habiles , ceux dont les gains sont le plus
élevés, Manchester et une grande partie de Salford, avec leur épaisse
fumée, leurs rues étroites dans les anciens quartiers , leurs cours
et leurs celliers, retiennent le plus grand nombre de ceux qui for*
ment les dernières classes et les moins rétribuées. Le tableau sui-
vant fera comprendre la différence de rapidité avec laquelle la po-
pulation de ces différentes parties est arrivée au chiffre actuel.
ISOI. IStl- iS3I. ISSl. tl4l.
Gharltott-sur-Hedloek. .. 675 %t5Hi 8,209 20,<S69 S84M
Httlme 1,677 3,061 4,234 9,624 26,982
Ardwick 1,762 2,763 3,545 5,524 9,906
Cheetham et Crumpsell. . 1,204 1,798 2,937 5,903 8,837
Broughton 866 825 880 1,580 3,794
Salford 13,611 19,114 25.772 40,786 63,209
Pendleston 3,611 4,805 5.948 8,435 11,03S
Manchester 70,409 79,459 108,016 142,026 163,856
305,943
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HOUVELLES DES SCIENCES. 205
La circonstanee qaî a le plus conlribné à affaiblir le moral et à
élever la mortalité de qnelqaes-iiDes des parties de la tille, c'est
l'empressement avec lequel toutes les personnes riches auxquelles
leur position permet de changer de résidence quittent depuis quel*
ques années les quartiers de Manchester et de Salford, soit pour
s*éIoigner de l'incommodité de la fumée, du bruit et du fracas des
affaires, soft à cause du haut prix que coûtent au centra de la Wlle
le terrain et les logements. Il résuite de cette migration continuelle
que de vastes quartiers de la Tille ne sont occupés que par des ou*
friers. Cet état de choses, qui peut être utile à la santé des fomilles
opulentes, établit une séparation trop distincte entre les deux classes
dont se compose la population de cette vaste cîlé, entre ceux qui
dirigent (the employers) et ceux qui travaillent (the employed), ce
qui peut, à une époque plus ou moins éloignée, devenir funeste
aux deux classes. Les auteurs jettent ensuite un coup d'œil sur les
caractères géologiques et météorologiques du lieu où se trouve
Manchester, sans donner aucun renseignement sur la nature des
travaux de cette grande population, sur sa manière de vivre, l'élé-
vation des salaires, les sociétés mutuelles, toutes circonstances qui
ont une si grande influence sur la santé et la longévité des popu-
lations. Nous terminerons donc par quelques données sur le climat
de Manchester, qui est, de l'aveu môme des étrangers, doux et tem-
péré, mais humide et extrêmement variable sous le point de vue
de l'humidité et de la température. Le ciel y est fréquemment couvert,
le froid rarement très-prononcé, et la neige, quand il en tombe,
n'est qu'en petite quantité et ne tarde pas à fondre. Le caractère le .
plus remarquable de ce climat, c'est la rapidité du passage de l'hu*
midité à la sécheresse ; le mois de décembre étant à peu près le plus
humide et janvier le plus sec des mois de Tannée.
Augmentation de la valeur de la propriété dam le Lancashire
du sud depuis la révolution, par M. Ashworth. Tel était autrefois,
disent les anciens chroniqueurs, l'état de cette partie du pays, que
Guillaume le Conquérant en revenant de l'expédition contre York,
ne put qu'avec peine se frayer une route à travers les marais et les
argiles qui le couvraient à cette époque. Sous le règne de Jac-
ques I», l'antiquaire Camden éprouva une espèce d'effroi en ap-
prochant des frontières du Lancashire méridional , ainsi qu'il
le dit lui-même, se mit sous la protection de Dieu, comme si
il allait pénétrer dans un pays barbare. La première estimation
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«iitbe»li«ue Û9 te v«leifir ijbB k fffoprièlé m dorai» p«r It eoUia-
II* 46bwortli« «rappMsbiAl iceftte 4ioiUatMiiHte eiUe vu • iU Mf^
ate «o itS^lf 4»iNr lataKeidii «omlé, IkU ivir quel ii»ai«aie >«ci»W'
«toa^Qt « pms depuis c^iu époque le rewma 4«s iDéiuM tocalilè^
fWuntiitt^oiRr exeokple ia TiUa de Bofttoa» qwi fui Uvie lui oii|e ai>
MSÎDa pour 0 ) £ 16 tbiUiiigc, ae qm loii maNipliaBt pv 5 4kNMw
te aomne de J 09 £ Mt»me te :pMd«it ftanael de tonles tes pre^
priétesctefcciite vîlte.; >»ii I64i «ecaévie piwdiiUMnael a élééf«liii
powrte tase du caaxlé à 9d;»eç £. -GeinpaïaiH eof ûte J'an^OMa^
Èêàkia dete viieHr4e te-paapriété «te» i^Ue» a^cicfâe» 4a Quelle 4f
iMioattee fliwc raugmeiHakMii 4e8 dteUieis oà des atanuCactum
«pt é^étaWes, il teii reiBarqiicr que ilad«Mi4rfle Manatectawièiiiea
MOi-ttniteiiitftUccrttla prospèrilé 4eBltettx#à eUea'esl dèvetetpp^
flaai 8 quVJte a aussi létead^i «es iiteafatla sur taus tes 4ialfiQl« envi-
fflomanifi^ aagmentMil Je •sifloq^k renanu de te 4errede i,^ael
mkéme de 3^dO p. otùs La ùmi ide Jftoaaandal couvre un 9s§m
-dewin^t wUe carrés « «i au €ommanoarofat du aeteîème sîèole ae
fcomptatt rqi^e «A baMèanls; aaiîoitrd'ëtti il y eu a pius 4e 24»oa#»
^ tant «èoemaxeui te (erre toute une ei éettioée à te culCayre j a
èlé affermée à on prix «dix- lois {dus .ètevé %ae aahii q«'<elte ra{^ar-
•tiit il y a nn aîècle. Datis k« loealtbèa t^ua popateasaa , te éeaie
)dastànée à lia tir «'afferaie àtm ^x bwn filas 4Aevé ^oope^ et ^ai
varie dei20àiao £ par aa , ce iqui eal -pl»s povf ua md acae
II» te Tei^QH de tonte te lonèt (de i,6aa aenes) :80»a te régae de
Jaoqnas i^. Xoas de ia péaiateii de te teae des terres, aooreiicap
aanuil Iat4&valué à 1^062 £, >at «a i^4i é 40«oa6 £« ^ ^ui fait
ose aufawnlaAioB de 4,^00 p. a/a en .1^9 aiM,«lAe4i^oao p. ^
depuis le temps de leeqMbes i*'^
^ternaiiB BBGTioK. ^£ciaKaBsaiiM^iiiat}Ba««*^ iSte i'mplçii.du fer
dan$ ia >eûmtruclim é» paisnesmo^ par M- <iraDlhaMei. U n'as^t
fas poaaibte de dpaanr aux asabaaaaK <onal0a»U .en bote te ktmt
iqni offre te ■aaina 4e aéateteDoe à i'îaipalateai et t'eau aaas nuire
A leur aoiidké, taidte cfue le^'eat tecaalcaife aaee Jes «afasaaia •oai-
*alruil6 ea iér, «t aapendant tes paaaasaeuas ide «tariPes aestcut iaa-
jauffs fidèles «os laandas et épateiw icoaatraitiaBS aa bote, vateal
avac ladâfféaeneeJea ^naas si eadtaietai tefteos c|tte l'aa abtiisi
:aaae teler, et ne tiennent anauarcoaaptede la aqpMoriléqu^ apt
anr tesJbâtimiMh aanah'uilawp d»isaa»sie iawpi»4a M>m» ^ete
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àmtèe^ de rarrimage, do «omfof t et nféme de la dépense. Un antro
afanlagesur leqaellf. GranCkam însif te beaftconp, c'est l'origine
des matières premières, qui, dans la construction des navires en
bois, «ont lovies tirées de l'étranger, 'tandis qoe dans celle des na-
râes^en fer tovt le pnx de k maîn^œuvre et de la matière pre-
mière reste en Angleterre. Prenant pour eieraple Vlndoiîan^ qnia
esûté 72/HM£ , il fait remarier que le bois, dont le prix s'est
èleTé à 49^000 £, a été presque entièrement tiré des Indes. Dans
■B vaiisean en 1er de la ?ale»rde72,000 £, la main-d'eeovre, s'él^
tant -saule à 07,000 £, ne sortirait pas du pays, et les 5,000 ^ que
eaùVeiait la matiève premiète, le fer, ne seraient probablement pai
portées ailkars. Pour prouver arec quelle facililè les bateaux ea
fer peuvent résister à des accidents qui mettraient en pièces les
plus lories constructions en bois, il rapporte que VAcadia ayant
heurté un navire en fer, ce dernier fut complètement submergé,
toutes ses œuvres en bois furent brisées ; mais aussitôt que VAcadia
fut passé, le navire se releva comme Teût fait une pièce de liège,
toute la partie construite en fer n'ayant éprouyé Aucune altération,
et trois hommes qui se trouvaient dans la cabixie furent ramenés
sains et saufs.
Roffori ibi 'OomUé chargé ^infaért des r^okerches 9ur la meil-
iêmne /orme à àtumar ^mx navire» , pair M. Scott fiussel. €e rap-
port deva&tiétre prabaUemenjt imprimé, J'aateur se borne à pré-
senter qoelfaes 'COOêidératmis |$énénks svr les expériences aux-
quelles la cooMBimans'^st (livrée et-sor les résultats obtenus. Les
expériences, au nombre de plus de 20,000, sur la résistance éproo-
vée par les fonmes -difSèrentos de navires , ont été faites avec plus
de 100 moièitide Garce «t dedimenaîons mariées, depuis celle des
petits modèles.de M ponces de long jusqu'à oelle des navires de US,
se, 2*0 f pieds, cit d'une charge ée 4,000 4omieaux et pins, tantôt
sur le résenoir qui se troove près de la ^résidence du rapporteur,
laBldtanr laMier. Séendes essais de «e genre ont déjà été faits,
soit par des coupsaavaiits , soit par de riches particuliers , et ont
eoÉlé sans fruit beajoceiip d'arfent, de peines et de travaux. Les
esnses de naânsuoeès «ont iîgn«lées par WL. Rosael , qui a dû lea
éviter .qt Innrver de «dnrMIea wefm ^expérimeiMafion. £n atten-
dant que les-résultats de œ lniirall <a«ent été publiés, nous rappoi^
terans l'expia humm Siivanle, yii>proitye totfle riniumioe qu'exerce
la SaroR ccdie^as uvâm «ur leur r«q|iidît!é, indépendamment de
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a08 NOUVELLES DES SCIENCES.
toutes les autres circonstances. — Quatre bateaux d'environ 25 pMs
de longy ayant tous les mêmes dimensions en largeur et en profoii-
deur, la même capacité, la même pesanteur et le même tiiaat
d'eau , ont été remorqués en même temps , dans les mêmes circoa*
stances et avec la même vitesse; leurs formes étaient si analogucSi
que les différences auraient probablement échappé à un cûl peu
expérimenté; c'étaient quatre bateaux qui passaient tons pour très-
bons, et chacun d'eux trouvait des admirateurs qui préféraient fi
forme à celle des autres. Qui ne croirait, d'^iprès cela, que ces ba-
teaux devaient présenter la même résistance ? Et pourtant, maigre
cette ressemblance si complète sous tons les points de vue, 4 l'ex-
ception de la forme, il y eut de telles différences, que la résistasoe
était double chez l'un de ce qu'elle était chez un autre. Ainsi, i
une vitesse de 7 milles 1/8 à l'heure, ils présentaient la résisUnoe
suivante :
1'* forme, 56,6 livres de résistance.
2« 138,5
8« 102,9
4« 90,2
Ce qu'il y a de très-remarqnable dans cette expérienee, c'est que
le bateau n"* i, qui a éprouvé le moins de résistance, était aussi ce-
lui qui se trouvait le mieux à la mer, le plus sec et le plus (àeik à
manœuvrer. Tout ce qu'on peut conclure de cette expérience, c'est
que la forme du navire a sur sa vitesse plus dlnfluence qu'on ne le
pense communément.
InstrumetU pour indiquer la viiesêe des navireê, par M. J. S. Ros-
sel. La valeur de cet instrumrat repose sur un principe d'hydro-
dynamique bien connu, et dont on avait déjà tenté plusieurs fois,
mais en vain, de faire l'application au même objet; c'est que si
un réservoir est rempli d'eau jusqu'à une certaine hauteur et qu'il
présente à sa partie inférieure un orifice, l'eau s'en écoule ivec
une rapidité proportionnée à sa hauteur, et également que si ce ré-
servoir est vide et son oriOce tourné vers un courant d'eau, celte
dernière s'élève dans le réservoir à une hauteur proporttonnce à
la vitesse du courant. Voici maintenant en quoi consiste l'appareil
construit sur ces principes : un tube placé à l'avant du navire va
directement à son centre de gravité où il se termine par un tube
vertical de verre dans lequel Feaa s'élève ou s'abaisse; à ce tube
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HOmrBLUBS DES 8GIBHGBS. 909
est attachée une échelle mobile dont on place le séro de niveaa
ayec le point aaqael l'eau arrive lorsque le navire est au repos.
L'élévation de l'eau dans ce tube» lorsque le vaisseau est mis en
mouvement, indique la rapidité avec laquelle il pénètre dans l'eau.
M. Russell a constaté l'exactitude de cet indicateur, plus de vingt
fois» sur des navires qui parcouraient une distance connue de 15 3/8
milles, et l'a reconnu bien supérieur aux autres moyens employés
jusqu'ici. En plaçant un robinet immédiatement au-dessous du
tube de verre, il a pu arriver à une grande régularité et obtenir des
indications dont l'exactitude ne laisse rien à désirer, à un ving-
tième de mille près. D'après les résultats de ces expériences, il a
construit une échelle dont nous donnons un extrait. La première
col<mne indique la vitesse en milles par heure, et la seconde la
hauteur de l'eau dans le tube, au-dessus de la ligne zéro, exprimée
en pieds.
Klks i rbeare.
neds m l'échelle.
MiUes & rheure.
Pieds larrechelle.
15
7»8625
7
1,647
13
5,6800
5
0,84
11
4,067
3
0,3025
9
2.722
1
0,0336
Beekerehêi sur la eomhuition du charbon de terre dans le hut
t obtenir r effet le plus puissant et d^ empêcher la production de la
fismée, par M. Fairbairn. Jusqu'ici on apporté peu d'attention, sur-
tout aux environs de Manchester, dans l'économie du charbon de
terre employé à chauffer les machines à vapeur. Plusieurs causes
cependant contribuent à augmenter dans une proportion con-
sidérable et sans utilité la consommation de ce combustible pr^
deux. Le premier que signale M. Fairbairn est le défaut de con-
naissances nécessaires chez les hommes auxquels est confié le soin
des fourneaux, et qui les chargent souvent au delà de ce qu'il est
nécessaire et de ce que comporte l'étendue et la disposition des sur-
foces, dans le but d'obtenir plus d'effet, tandis qu'en réalité l'excès
de charbon qu'ils emploient est entraîné sous forme de fumée noire
et épaisse, et sert à chauffer inutilement l'air qui s'échappe par la
cheminée. La seconde cause est le défaut de proportion qui existe
souvent entre l'étendue du foyer et celle de la surface de la chau-
dière exposée à l'action du feu. Le rapport entre ces deux parties
offre de grandes différences, même dans des appareils qui passent
5* SÉEIB. — TOME Xil. ik
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Mé» eeR6lraîl9. Attx ettTiroas de Manebesfer^ rétenMë dt
fyf&r tsi à iselte de Id chaodièrtf djins le MppoH de 1 1 à t; dans les
lÉackiiies du comté de Gornooeilles, la ebaodière présente bien
pilift de sorfaee ; dane quelques autres^ att contraire, die en offre
Meatieoup moiM; dans les maehines de la marine royale, c'est la
j^i^Dportlon de 14 à l qui dottHne» Celte dernière proportion est
Mie à laquelle Tauteur donne la préférence, ear eHe permet de
oiangeren Tapeur et en unelieure 7,46 livres d'eau atee f livre de
leii ëbarbon, ce qui est te'maximiim que Fon ait encore olHeno dans
Ifttff strict de Manchester. Bn augmentant la surfkee de la ebaudiêre
oh adopte le système de combustion lente, et l'évapora lion est aug-
mentée; c'est celui qu'on suit dans le pays de Gornooailles. La
Moyenne de dix nmcbines, à peu pris de même fbree, qui maf>
chent à Manchester présente les résultats suifunb ; Féree de la ma-
chine , 44,5 chevaux portée jusqu'à 57,3 ; étendue du foyer, 4S,f
pieds carrés; surface du bouilloir, 542,5 pieds carrés ; hauteur de
la cheminée, 1 17 ; quantité de charbon coasomée par heure et pour
chaque force de cheyal, lo,6 livres. — M. Taylor fait remarquer qae
pendant, que les machines des environs de Manchester cousa-
ment cbaqae heure et pour chaque force de cheval, io,S de dur-
bon de terre, celles de Gornouailles n'en exigent pendant le
même temps et pour prodoire la même fbrce qtie 2 f /2 livres. Bien
qu'aucune des usines de cette contrée n'ait encore adopté les ingê'
nieux moyens auxquels on a recours à Manchester et ailleurs pour
dètrQire toute la ftimée, cependant dans ta paroisse de Gennap, o(k
l^)n compte 35 hautes cheminées dont 1 8 sont ta propriété de M. Tay-
lor, on n'en voit pas sortir la moindre trace dé fumée. Mais ces usines
présentent deux conditions importantes qu^m ne trouve pas ail-
leurs ; c'est que la surface de la chaudière exposée au feu du fhyer
eèt plus large, et que les chauffeurs sont des hommes de éhotr qui
apportent une sérieuse attention dans leur travail. Depuis plus de
vlôgt ans les plus soîgheUx transforment, s&ns perte, leur honilfeen
coke. On pèse régulièrement le charbon qui leur est donné, et le trt-
i^n des mactiiiies est enregistré pour chaque semaine, et même dans
qlieTqiie^ usines pour chaque Jout; cette mesure excite rémulatioo
pit-ibi ces hommes, qni ne tardent pas, quand le ttavatt d'une mt>
cfibe commence à faiblir, d'en chercher la cause. Les chauffeursdu
Cbiiiouailles entretiennent loujours leur feu vifet peu masiif, pla-
çàht en avant îe charbon de terre pour quil soit transfbrmèen ooln
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afiDl d'être Iranaporié dans rimèritiur ouSme do fojor. Loi9^«.I#:
boiiilloir offre une sorface assez èteodjie à ractloo du &o, et qn^
ce dernier est conduit avec intelligence, les brevets oontreia fnmte
MAt inutiles.
Cette note de M. Taylor, à Toccasion des brevets contre la fanaiey.
venait à la suite de l'exposition faite par plusieurs membres fies
mo|ens qu'ils emploient dans leurs usines pour bràler dans I^
fojer même de la machine la fumée épaisse qui, dans la plunari
des fourneaux chauffés au charbon de terre,, s'échappe parlacb^-
minée, occasionnant ainsi me perte de combustible, et ces nuées
Caisses qu'on voit si souvent se former au-dessns des iieui oà rin»
dustaie emploie un grand nombre de fourneaux* Ce» moypms^
pour lesquels plusieurs membres du congrès ont pris des bieviMs
ctqn'Us décrivent devant lefiongris, loposent tous sur ee pHncHNi
qni avait été deviné par les chauffeurs du CornoasiUcnpqiis la. fu-
mée produite par la combustion commençante da cbaxbon de tene
esloonsumêe,avecproductiQn d'une nouvelle quanti té dn calorique,
qiuuid, avant d'arriver à la cheminée, elle travetse VAfi>]ierardfl«|,
vue masse de charbon incandescent* Quelque» Biots sur Im prin->
cîpauxde ces brevets que nous ne pouvons faire oonnaUie complet
lement, prouveront la vérité de cette assertion. L'uni, M» Jucbes,
emploie pour gril de son fojer des chaînes sana fin qui louraeni
continuellement sur des. cylindres avec un mouvement d'nn poniie
par minute; tout le charbon transformé d'abord en eeke prAseuAe
en arrivant au fond du fojer une masse ineandeseenle sur Jar
quelle rient passer et se détruire la îamU du charbon que J'nn
charge coutinuelkment en avant du gril.*^n autre. If. Wadding^
ton, se contente de donner aux barres de fer ^ui iDrmeat son giil
une inclinaison d'avant en arrière qui suffit pour que le cbariieis
descende lentement depuis IVMivertiURe où on le charge ywpi'w
fond du foyer, éprouvant dans cette iravecsée les mêmes modifijfli«
UensquedansleprooédédeM.Jockes.— 4JnAroisième,JLGtwnnuitt|»
a deux boniUnics, puis deux laKaseaux qui eommwaqueni V^^.
avec rentre eidonlehacnn a un f assafe «oomnntqumit «veotla
cheminée et qu'on Cerme du c6té oà en mei le eharho»«; la
fumée qui se dégage est forcée lalors de passer |iar l'ouvertose^e
communication dans l'auire fofer qui est inranriesfeni etlad^.
composée l'inalant mémei puis §uand le eiiasbon j^lacé dans-la
premier fo|er est dereau louge^ la 4Dommunicationj>nvea la if^pr
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212 NOUVELLES DES SCIENCES.
minée est rétablie, et celle da foyer opposé est fermée pendant
qa'on le charge de charbon neaf dont la famée épaisse est forcée de
passer à travers Vautre foyer, où elle se purifle et sort par la ch^
minée à l'état gazeax on de vapeur transparente. — Un qualrième,
M. Gbanler, avait appliqué une méthode peu différente des deax
premières à de petits fourneaux seulement, k ceux, par exemple,
que Ton emploie dans la fabrication du savon, et en avait obtenu
une économie de 20, 30 et 40 pour cent.
Supériorité des eêsieux droits sur les essieux coudés pour le ter-
vice des locomotives sur les chemins de fer. Etude des causes fvî
déterminent la rupture fréquente de ces essieux, par le professeur
Yignole. C'est par un préjugé sans fondement que les essieux con-
dés sont généralement préférés aux droits, auxquels ils sont inî^
rieurs sous presque tous les points de vue. Avec les essieax droits
on a plas d'espace pour le mécanisme; le bouilloir peut être abaissé
de quinze pouces , ce qui diminue les dangers en rapprochant le
centre de gravité des rails,- et la dépense première ainsi que celles
de réparation sont notablement diminuées. Tous ces avantages ont
été constatés siir le chemin de fer de Dublin à Kingstown, où Ton a
adopté les essieux droits. Non-seulement les frais d'établissement et
de réparation ont éprouvé une diminution notable, mais aucan acci-
dent n'est arrivé par suite de rupture, eti! en est résulté une telle
économie d'emplacement, qu'on a pu placer le tender sous la ma-
chine même, ce qui fixait aussi bas que possible le centre de gra-
vité et dispensait de faire marcher le tender à part. Avec celte dis-
position, la machine peut parcourir quinze milles sans s'arrêter
pour prendre de l'eau. Mais ce n'est pas sans peine que M. Vi-
gnole a introduit sur ce chemin de fer l'usage des essieux droiis,
car l'opinion publique était en faveur des coudés^ et les administra
tiens des chemins de fer partageant le plus souvent l'erreur du pu-
blic, les essieux coudés ont été admis partout. — Ces assertions,
contredites par un seul membre du congrès, sont au con-
traire appuyées par plusieurs d'entre eux. M. Fairbaim rapporte
qu'il tient de l'ingénieur de la ligne sur le Leeds, que lesessieui
courbes sont constamment détériorés par les percussions, les se-
cousses, etc., et que pour éviter le danger des fractures on dernit
les renouveler périodiquement. Enfin M. Grantham, qui lui-même
fabrique des essieux courbes, a reconnu que les droits sont moins
sujets à se briser, et que les essieux courbes d'après la manière dont
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NOUTBLLES DBS SCIBNCBS. S13
ils 90Dt placés perdent one partie de leur force et soDt exposés à se
fraciorer*
Une discussion inléressante s'élève alors sur la cause de ces frac-
tares^ qui s'opèrent d'une manière si inattendue, et qui, d'après
les accidents arrivés depuis quelque temps, font de l'essieu la par-
tie la plus importante sous le point de vue des dangers sur les che-
mins de fer. Plusieurs opinions sont émises à cette occasion, et bien
qa'aucune d'elles ne réunisse tous les suffrages, cependant celle qui
parait obtenir le plus grand nombre d'assentiments, bien qu'ex-
pliquée d'une manière différente, l'attribue au déplacement des
molécules des couches profondes du fer , par les commotions et les
secousses que l'essieu reçoit alternativement et en sens inverse.
Quant à l'électricité, qu'on avait accusée un peu légèrement de
produire par sa présence ces graves fractures, sans nier qu'il ne
s'y en développe pendant ces instants, comme au reste dans tous les
autres phénomènes de la nature, on peut cependant dire qu'elle
n*est pour rien dans la cause de ces accidents. Le fer de Fessieu,
pressé alternativement par.de puissants chocs, dans une direction
opposée, reçoit des ébranlements qui détruisent la force de cohé-
sion par laquelle les molécules des parties intérieures sont mainte-
nues et semblent leur rendre la liberté ; et aussitôt elles obéissent à
une force i laquelle elles n'échappent pas lorsqu'elles sont en li-
berté, à celle de la cristallisation, et prennent la forme cristalline ;
œ qui diminue considérablement la force de résistance de l'essieu,
dont les couches superficielles ont seules conservé l'aspect fibreux
et tenace qui est la cause de la force et de la résistance élastique
du fer. Il parait cependant que différentes opérations qu'on fait
subir aux fers modifient, c'est-è-dire augmentent ou diminuent
cette disposition à cristalliser à l'iutérieur ssns Tinfluence de fortea
▼ibrations. Plusieurs faits de ce genre sont cités par divers membres
du congrès, mais quelque remarquables qu'ils soient, ils n'offrent
point un caractère de généralité assez prononcé pour que nous les
reprodubions tous ici. Quelques degrés du thermomètre 4e plus
suffisent par exemple pour changer complètement les dispositions
du fer sons ce point de vue. Ainsi M. Nasmyth présente un mor-
ceau de fer qu'il vient de prendre chex un marchand, et sur lequel
il fait une entaille avec un ciseau ; puis le frappe avec un marteau
à la température de soixante degrés Fabrenheith ; au quatrième
coup de marteau la barre de fer se brise^ offrant dans sa cassure Tas-
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^k ItûXmVLlËê DES SCISICGES.
pea cristeffin. fais, la souinettaTit h une tempértlare plus èleiie
de quarante degrés Fahrenheith, il la frappe de nouTeaUyetcen'at
qu'an yinglième coup que se brise la barre, don t la cassure offrecelte
Ms l'aspect fibreux ou ligneux. Ce fait et beaucoup d'autres qa»
nous pourrions emprunter à la discussion, maïs qui fi*ont pas plas
de valeur comme explication, prouvent combien la science est ca-
core peu «Tancée, même sur des points qui sont d'une obsenntÎM
fournalière et qui se rattachent aux intérêts les plas chers de Fia-
dustrie et de ffaumanitè.
l^^raMton en nivtam de la mer Morie.^ Le lieatcnaut SjfliMi,
de la marine royale britannsque, officier trèi^aucontuiné i fûreds
réiètements précis» mande de Jaffa , le 38 norenibie 1841, qail
Tient de termimr sa tréangulaiion de h partie australe de fa Syne,
en employant un excellent théodolite de 7 pouces de diamètra, raja
vëoemment d'Ao^etems. « J'ai réussie dit le IfeutenantSyiBoad^i
. » déterminer les niveaux respectifs de la Médiferranée et de II amt
' » Jforte : ie tniAve le niveau de cette dernière de 489 mètres ptai
» bas que ia maison la plus élevée de Jaifa. »
Le savant voyageur de Nubie, de Palestine et de rAsie-Mineoie,
M.' Aussegger, avait trouvé :
- . « Au-de»0U8 ^u niveau de la Méditerranée,
» le niveau des eaux de la mer Morte, — 436 mètres.
• Le niveau du lac Tibérias, — 203 mètres.
Y Jértobo, — Tio mètres. »
M, Russegger avait trouvé au-dessous da niveau de ia llédill^
ranée:
K Uébron, 4-924 mètres.
» Jérusalem, au oauvent des Francs, + ^^ mètres;
« Bettiléfaem, 4- 834 mètres. »
tks délcrminations du degré d'ébuUition de Teaii, qui, pour élic
esnetes, exigeni beaucoup de soin , et qui , malbeureusemeat, s'é-
'4ateul pas oofnspondanles, avaient donné k MM. Moor et IM'
yoor la dépression du niveau de ia mer Morte, des résaltus^
«8ciilaient«iitf« na at a94 meures. M. CaiUé, en discutant lesht»-
Umé barométriqaes dtt M. Benon y a'^arrêtail à 4 10 mètrai.
il n'y a, par oonaéquent, entre révaluation de M. GaMèetlif
UMStfres baramAtriques et trîgonomèlriqaes ée MM. RnsBeg ger et
•irmmd, qu'uat Mérewee de 1 s aètres.
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CHRONIQUE LITTÉRAIRE
B£VUC BRITANNIQUE,
ST BULLCTIIV BIBLIOGRAPHIQUE.
NOTRMBRB 1842.
L'union douanière de la France et de la Belgique provoque de-
puis quelque temps des discussions sérieuses. Les hommes d'étal
et les économistes ont vivement combattu pour et contre; tous la
intérêts se sont émus, toutes les doctrines ont eu leurs cbampîonSi
et cependant le dernier mol qui a tout résumé, c'est que la ques^
tion fCest Tpas mûre : — Ajournement. Soit de sa propre inspim-
tion, soit par les articles choisis dans les Bévues anglaises, la Betue
Britannique a toujours soutenu le principe de la plus grande
extension possible de nos relations commerciales. Bans aucun
lecueil ce principe n'a été plus souvent controversé. Notre intérêt
est toujours le même, et voilà toute la librairie levée en masse ei|
faveur d'une mesure qui semblerait avoir pour premier résultatd'an-
Duler celte plaie dévorante des éditeurs et des auteurs, la contre*-
iaçon belge. £h bien ! celte déloyale industrie peut malheureuse^
ment être citée à l'appui de l'opinion qui repousse une alliance
tfop intime avec une nation telle que la Belgique, si c'est unt
nation celle dont il est impossible de définir la nationalité. Que
de précautions diplomatiques el commerciales à prendre avec ui^
peuple industriel qui vous dit qu'il ne sera honnête et loyal qn*i
telles et telles conditions I Que les Belges s'en prennent donc $
eux-mêmes des défiances qu'ils ont inspirées aux meilleurs esprit^
ftux consciences politiques les plus libérales.
Nous aimons en cette circonstance à renvoyer nos lecteurs sinon
inos propres arlides, du moins à l'ouvrage souvent cfté par nooi
de M. de Lanourais. M. Léon Faucher, un des plus habiles avocall
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tl6 CBftONlQUB LirriRAUX DB LA miTUB BmiTAHinQUI.
de l'union douanière, publie aussi une brochure où la question est
enYisagée sous toutes ses faces.
L'activité de nos théfttres, grands et petits, défraye largenmtle
feuilleton dramatique là où le roman quotidien n'envahit pas jus-
qu'aux colonnes classiques du lundi. Notre chronique , on le sait,
n'a pas la prétention d'être toujours au courant; mais il est des
affiches auxquelles notre curiosité britannique ne résiste pas* Nous
sommes donc allés voir le Faiueau fantôme, et dans le lihreUo
nous avons reconnu une singulière macédoine des romans de Scott
et de Marryat. Nos confrères érudits ont de plus signalé dans ee
poème un ingrédient allemand ; nous dirons à notre tour que la
primitive source du Flying Dutehman se trouve dans les seènes
maritimes du capitaine Basil Hall , traduites en français dqmis
longtemps, et où Marryat a pris non-seulement le cadre, mais q«d-
ques personnages de sa fiction , qui , par parenthèse, est le moias
gai et le moins amusant de ses ouvrages. L'Opéra françab se res-
sent de cette tristesse, et cependant la magnificence de l'Académie
royale ne lui a pas manqué. Mais quand on se prend à penser
que tous ces beaux messieurs et toutes ces belles dames ne sont que
des êtres fantastiques ou des trépassés couverts d'oripeaux, on aime-
rait autant la danse des morts dans sa vérité matérielle, moitié
burlesque, moitié tragique.
Nous aurions voulu pouvoir parler des premiers du Fils dt
Cromweîl de la Comédie-Française; mais cette pièce deM. E.
Scribe ne sera probablement jouée qu'à la fin du mois. H pufttt
que la censure l'avait arrêtée un moment, effrayée des allusions
politiques. L'auteur a été obligé de répondre sur sa tête de Ttiifio-
eence de Richard Cromvyell et de Vinnocenee de Charles II. A-t*il
garanti aussi celle des courtisans qui doivent passer de l'un à l'au-
tre dans sa pièce comme dans l'histoire? En attendant, la Comédie*
Française a rempli sa salle avec la reprise de Frédégande ei BrwM-
hauty tragédie qui a paru bien vieillie depuis quinze ans, mais oo
H"« Rachel prouve qu'elle pourrait , si elle voulait , être infidèle à
Corneille et à Racine en faveur des pauvres auteurs du drame mo-
derne.
L'Odéon supplée toujours la qualité parla quantité; aussi n't-
fons-nous pu voir toutes les nouveautés, tantôt littéraires, tantôt
amusantes, que ce théâtre prodigue au petit nombre d'amateoif
dévoués qui passent les ponts.
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■T BULLinir BI1LI06RAFB1QQB. Si7
L'Opèrft-Comiqne mêle agréablement les reprises anx pièces
Bonvelles» et ne laisse jamais trop yieilHr une pièce avant d'en
avoir d«inè one autre. C'est ainsi que depuis deux mois le Kioê-
fiK est Tenu an secours du Roi d'Vveiotj et que sous peu de jours
la Pari dm diable viendra au secours du Kiosque. La Part du dia-
Na est, aasure-t-on, non-seulement un charmant opéra avec musi-
que de M. Auber» mais encore une comédie où BI. Scrilie a semé à
pleines mains le sel attique de sou esprit.
Avec M. Anoelot pour directeur, le théâtre du Vaudeville devait
naturellement devenir une petite succursale de la Comédie-Fran-
çaise : r Hôtel de Rambouillet est donc une pièce littéraire qui pou*
vait se passer du couplet. Madame Ancelot en est l'auteur. On y
reconnaît ce mélange de sentiment et d'esprit qui caractérise ce gra-
cieux talent. Il y a bien çà et là quelques phrases qui sentent peut-
être le précieux; mais nous sommes chez M"** de Rambouillet.
Le public a revu avec plaisir, à ce théâtre, la reprise d*Elle est
folle! drame ingénieux et touchant, un de ces emprunts nom-
breux faits à la Beviie Britannique, emprunt légitime d'ailleurs,
que nous savons très-bien distinguer de ces plagiats plus ou moins
bien déguisés dont la Revue a si souvent à se plaindre.
Amal, qu'on voulait ravir au Vaudeville, y sera toujours le héros
des bouffonneries de l'ancien et du nouveau genre. Les Variétés
ont heureusement rappelé Odry et Vernet, qui le valent bien. Le
Palai»-Royal a aussi un farceur qui crotl en renommée, Ravel, sans
parler de cette plaisante voix fêlée, appelée Alcide-Tousez. Rref, si
les grands comédiens sont un peu rares sur nos théâtres , les gro-
tesques ne manquent pas. Nous sommes de ceux qui ne confondent
pas avec ces farceurs l'artiste si fin et de si bon goût qui vient en-
core de créer au Gymnase le rôle de Garrick dans le Docteur Ro-
bin» Garrick lui-même eût applaudi Bouffé.
Nous n'avons rien dit des théâtres à mélodrames : la Porte-Saint-
Martin vit encore du grand succès de Aiathilde. L'Ambigu vient de
mettre en scène , sous des noms légèrement défigurés , Nelson et
lady Hamilton. L'Angleterre saura gré à M. Frédéric Soulié de
cette respectueuse réserve en faveur de son plus illustre amiral et
de sa plus illustre courtisane.
A propos des scandales sur lesquels les théâtres en Angleterre
comme en France établissent assez volontiers leurs succès d'argent,
le dernier numéro de fAthenœum nous révèle une spéculation qui
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fjodig^e» DernièraMOt, lei tribunaux afaat Mlcttli d«. pnoèi
îmeoté fiar lord FrancforLà cette mathemvBie tUe^ ataitcn
. pouvoir iFokr impanèineiit ion galant bienlUlear, un dircttear è
: ladres cet allé attendre Alice Lowe, oette paovre 'volme, au av-
4ir de aa prison, et Ta engagée poar remplir des râlee ée eanelAN
mr son tkéâtre : on ne peut pas joitar plus impndeasment SfK
fwpoÊition publique. « Et bobs aosHoei la aonîe Anglelinila
s'écrie VAthemBum*
POESIE. ■
THE MIBWAT OF UH.
Kei mezao dcl (
nÀNTE.
Arrivé, comme Dante, au milieu du chemin.
Lorsque je veux parfois regarder en arrière.
Je ne vois plus d*amis, isolé pèlerin.
Qu'à la balte du cimetière.
Si je porte en avant mon regard alarmé
Sur la pente pour mot de plus en plus rapide,
De cercueils le chemin est encore semé...
Aucun ne reste longtemps vide.
Peut-être le premier est4l déjà le mien : ^
Arrêtons-nous ici... Non, non; vaine espéraneel
Tous réclament leurs morts. Vous reculez ? fih bien!
Vers vous votre cercueil s'avance.
Par ce cercueil béant vous êtes fasciné;
Il ne vous attend plus; vivant, il vousdéwMe.
Voulez'voos, en poltron, mourir le dos toorné?
Fuyez, il vous attônt encore.
Ah ! mieux vaut, sans hftter ni ralentir le pas|
Sans vaniteux courante et sans terreur fu|ieste,
Cheminer jusqu'au bout» en prenant par Je bns
Le dernier ami qui vous resta.
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Ft pris qnand rtieurê sonne, licnreoi alors, beùreux,
6i« rÂuitdeceltti qui se dèlouroe et Uembls,
Vous yoycï un cercueil qui s^onrre pour tous dcox,
£t vous easevfiljt eosemble»
219
DlCTIOaRAIM OS8 MOUS AMCISH» BT
■0MUU6 <lefl viilet «t arr^Dcliite-
nestide r«mpire chinois, indiquant
leB latitudes et longitudes de tous
lu chefii-iieux, el les époques aux-
quelles leurs noms ont varié, par
M. Kdeuard Biot; ouvrage accom-
Y^êé d'uae'carie de la Cliiae, dres-
sée par /^eu KUprotb. Paris, Benja-
iNo JDuprat» libraire, rue du Cloltre-
&aJafc-BenoU. n» 7. Prix : 16 fr.
Sous ce titre, M. Edouard Biot
fient de publier un ouvrage qui doit
Moguliéremeiit faciliter l'étude de
l'histoire et de ta géographie de la
Chine; car les noms des arroodis-
semeats et des ville» de ce vaste em-
pire ont varié étrau •.'émeut depuis
l'aiiiiquité , et les géographies chi-
ooisesqui préseDieni les dWcrs noms
M]ece>sivenieot perlés p^r chaque
lecalité importante, manquant toates
de tables qui permettent de remonter
aisémeot du nom ancien au nom
noderne. De 1à icaulte une dirfi>
culte constante qui ne pouvait être
levée que par le dépouillement corn-
^ de toutes let» géographies. M. Ed.
Biot a exé<-,uté ce long et pénible
travail, qui lui a fourui plus de huit
mille noms différents. Il les a tous
cbssés par ordre alphabétique, sui-
vant la prouoneiaiion française, de
sorte que l'on peut sr servir de sou
4Miyrage sans être initié à la langue
chiuMsa. 11 a donné pour chaque
«Hi l'époque eà il était usité, et
AMé les latitude -et longitude de
<iuM|iM chef-lieu, d'après les obser-
vaiiana 4es niiasi4»«nairea et des na-
vigaleurs européens.
Eu o«tre, il a placé en tête de son
^tioMiaira «n tableau comparatif
do l'orthographe des sona chinolt»
dans les trois langues, française»
anglaise et portugaise, et ce ta-
bleau est indispensable * consulter
pour écrire avec lear véritable pro-
nonciation française les noms des
villes chinoises que nous transmet-
tent les docaments anglais. Enfin il
a joint à son ouvrage une grande
carte de la Chine dressée d'après
les meilleurs documents par le cé-
lèbre orientaliste feu Klaprotti , et
resiée inédite jusqu'ici, M. Ed. Bîot
Ta ptibli(>e en y faisant les derniè-
res corrections.
Nous recommandons d'une ma-
nière spéciale cette carte et Toih-
vrago de M. Biot à tous ceux de nos
lecreurs qui voudront suivre avec
quelque exactitude les progrès fu»
turs de la guerre si importante entre
la Chine et les Anglais.
Mœurs, instincts kt smcuLARiTis
DE LA VIB DES ANIMAUX UaMMIFÈRBS;
par R. P. Lesson. Paris, Paulin,
i vol. in-18. Prix : 3 fr. 50 c.
M, Paulin continue avec autant
de bonheur que de persévérance la
collection qu'il a commencée il y a
deux ans, sous le litre de Bibliothèque
des connaissances uiilrs. ( Format et
prix de la bibliothèque Charpeu lier.)
Le volumo publié tout réceomicnt,
par M. Lesson, le savant continua-
teur de Bulfon, et routeur du Voyais
amour du monde f aura, nous n'en
doutons pa5, Le même succès qufi
ses aînés. Il e.st peu de science plus
mobile que celle de rhi&toire natu-
relle. A Tépoque où vivait Buffon,
on ne connaissait exactement qu'un
peiit nombre de mammifcres exo-
tiques, et, avouoBs-le, ce qu'on
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2S0 cEftOHiQui UTxiEAimi Di hà. MMWVE iBiTAinnoini,
on savait se réduisait à des aper-
çus fort vagues ou fort incomplets.
Depuis vingt - cinq ans , de nom-
breux voyages lointains ont, par la
masse de leurs découvertes, chan-
gé la face de nos connaissances et
ajouté des observations déuillées et
précises aux récits superficiels ou
erronés dont beaucoup d'animaux
étrangers avaient été l'objet. Ce sont
ces faits nouveaux et avérés que
H. Lesson a réunis dans ce volume,
écrit pour les gens du monde, et
dans lequel cependant les natura-
listes puiseront d'utiles renseigae-
ments. Son livre, complément in-
dispensable de tous les ouvrages
d'histoire naturelle qui concernent
les mammifères, est un véritable
service rendu à la science. Il pren-
dra place dans toutes les bibliothè-
ques d'élite, à côté de ses confrères
de la collection Paulin : VHistoire
générale des voyages, de» découvert
ie$ maritimes et continentales (3 vol.)t
traduite de l'anglais, par deux col-
laborateurs de la Revue Britannique,
HH. Adolphe Jeanne et Old Nick;
les Manuels d'histoire ancienne et
moderne (2 vol.)f ^^ '^' ^^^'* ^®>
Manuels de l'histoire de la philoso-
phie ancienne et de la philosophie
moderne (% vol.), par M. Renouvier ;
le Livre des proverbes français
(î vol.), par le Roux de Lincy; les
Musées d'Italie, par Louis Viar-
dpi, etc., etc. Nous engageons vive-
ment H. Lesson à compléter son
travail et & offrir aux gens du mon-
de, dans une série de petits volu-
mes à bon marché, le tableau des
mœurs des oiseaux, des reptiles, des
poissons et des mollusques , avec
l'exposé des faits les plus piquants
de l'histoire générale et particulière
de ces diverses classes.
Un vtLLioif DB FAITS, aidc-mé-
moire universel des sciences, des
arts et des lettres, par MM. J. Ri-
card, Desportes, Paul Gervais, Léon
Lalanne, Ludovic Lalanne, A. le
Pileur, doct. médecin, Gb. Martins,
Gh. Vergé, doct. en droit, et Young.
1 voL grand in-l8,de 1656 colonnes
(23 feuilles), contenant la matière
de 10 vol. in-3«. Prix : 12 fr. Paris,
J. J. Dubochet et compagnie, édi*
teurs, rue de Seine, 33, 1342.
Il y a quelques années on publia
en Angleterre un ouvrage intitulé: A
million of facts. Ge livre eut un succès
brillant, quoique sous le rapport
scientifique et littéraire il laissât
beaucoup à désirer. Le manque de
méthode, l'omission de certaioes
sciences importantes, des errean
nombreuses dans les faits, des héré-
sies incroyables dans les théories,
en faisaient une œuvre trop impar-
faite pour être jamais utile aux per-
sonnes qui veulent ne puiser qu'i
des sources entièrement dignes de
confiance. A peine la curiosité ba-
nale de l'ignorance peut-elle être sa-
tisfaite par une accumulation indi-
gesle de faits dont un assez grand
nombre sont au moins douteux.
Gependant l'idée qui avait doaaé
naissance à ce livre était bonne, le
titre excellent, l'exécution typogra-
phique admirable. Les éditeurs fran-
çais du Million de faits ont donc
emprunté à l'ouvrage anglais lidée
première, le litre et la disposition
typographique. Mais le but qu'ils se
sont proposé est d'un ordre plu
élevé. Tout en mettant leur livre ft
la portée des esprits qui, par suite
de circonstances diverses, ne pos-
sèdent que des connaissances peu
étendues, ils ont voulu qu'il pût être
utilement consul té par des personnes
d'une instruction solide. Les faits
7 apparaissent dépouillés des raison-
nements qui trop souvent les rendent
plus difficiles & reconnaître a des
esprits peu familiarisés avec les étu-
des sérieuses; cependant ils sont
présentés dans leur ordre logique et
sont réunis en assez grand nombre
pour justifier aux yeux même des
gens instruits le titre d'Aide-mé-
moire universel, qu'ils ont joint à
celui de un Million de faits.
Le Million de faits esc une véri-
table encyclopédie qui, bieo que
réduite à un seul volume très-porU-
tif, comprend toutes les branchesdes
connaissances humaines , '•■•Jjj
dans un ordre à peu près senblable
a celui que l'illustre Ampère avait
proposé dans sa Philosophie des
sciences. Les divers traités spécianx
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R BIILLITDI BnUOaBAVUQUI*
»i
dont se compote cette encyclopédie
ont été rédigés par des jeunes gens
déjà connns dans le monde scienti-
fique et littéraire, et dont cei impor-
tant travail ne peut qu*augmenter la
réputation. Ainsi M. Léon Lalanne,
ancien élève de TEcole polytechni-
que, aujourd'hui ingénieur des pools
et chaussées, a traité des mnihéma-
tiques, de la physique, de Ja chimie,
de la géologie, de la technologie, du
commerce et de l'art militaire, de
Yarithmétique tociale; H. A. le Pi-
lent, docteur en médecine de la Fa-
culté de Paris, de Vanaiomie, de la
phyiiolojie et delV/yyiéntf.-M. Char-
les Vergé, docteur' en droit, de la
légiitafion ; M. Charles Martins, doc-
teur es sciences, de la météorologie^
de la phy tique du globe, de la géo-
logie et de la botanique; M. J. Ri-
card, de la philotophie, de la litté-
rature, de la poésie et des beaux-
arts; M. Ludovic Lalannc, élève de
l'Ecole des chartes, de la paléogra-
phiCf de la numismatique, de la chro-
nologie, de Vhistoire, de la philolo-
gie, delà géographie, delà biographie
française et de la mythologie; M. Paul
Genrais, de la zoologie; M. Young,
de l'agriculture, et M. Desportes,
de Véducation.
Une table analytique des matières,
une table indicative des figures, et
un index alphabétique renfermant
plus de huit mille mots, complètent
ce magnifique volume, qui s'adresse
i toutes les intelligences et & toutes
les bourses; à l'instituteur , au
curé et au maire de village comme
aux savanu, aux artistes et aux
gens du monde. Nous n'aurons pas
même la satisfaction de prédire son
succès, que nous devons nous bor-
ner ft constater. 4,000 exemplaires
ont été vendus en l'espace de deux
mois.~Quel plus bel éloge pouvons-
nous faire de celle utile publica-
tion?
BOHAWS.
Lis PBTITC8 msiacs ni la vib
BVHsraB ; par Old Nick et Granville.
1 beau vol, in-8». Paris, Fournier,
éditeur, 7, rue Saint-Benoit. Prix :
Ufr.
Il y aura bientét quarante années
parut en Angleterre un ouvrage inti-
tulé : « Les misères de la vie humaine^
ou les Gémissements de Thimothj
Testy et de Samuel Sensitive, avee
quelques soupirs supplémentaires de
Mrs. Testy; en douze dialogues.»
Cet ouvrage eut un succès extraor-
dinaire. Neuf éditions furent enle-
vées en moins d'une année. Walter
Scott en fit le plus grand éloge dans
un article de YBdinburgh Review,
octobre 1806. Les petites misères
anglaises avaient pour auteur un
respectable ecclésiastique, le Rév.
James Beresford.
Dès le début de son article, Wal-
ter Scott déclarait avec une certaine
solennité qu'un pareil livre ne pou-
vait être fait que par un Anglais, et
pour des Anglais. «Le vériiable An-
glais, disait-il, a besoin d'être mal-
heureux. 11 aime à se plaindre de
ses infortunes, à se montrer, dans
certaines occasions, plus grand que
la douleur qu'il endure. En un mot^
il mendie, emprunte, vole ou fabri-
que même des calamités plutôt que
de souffrir d'une disette inaccoutu-
mée de chagrins. Il ne serait pas
heureux s'il n'était pas malheureux,
et peut-être cette manie du suicide,
que tous les étrangers reprochent à
John Bull, doit être attribuée avec
plus de raison à sa passion pour
toute espèce d'infortune, qu'à l'in-
fluence des brouillards et aux effets
physiques des fumées de charbons de
lerre. Les misères de la vie ne sont
vraiment appréciées & leur juste
valeur, et cultivées comme elles mé-
ritent de l'être, que sous notre ciel
brumeux. Le Français, toujours aima-
ble et gai, ne les ressent pas, ou bien
il s'en moque avec son voisin. L'Espa-
Snol est trop fier pour permettre à
e pareilles niaiseries de troubler sa
gravité et sa grandeur. L'Ecossais an
sang calme les enduro patiemment
sans se douter qu'elles soient de
véritables maux , et si par hasard
elles lui causent quelque ennui, il
se détourne pour les éviter. Lo fou-
gueux Irlandais s>n débarrasse vio-
lemment en une seconde, ou il se
persuade qu'elles lui causent un
grand plaisir. Le flegmatique HoU
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2SS CBRONIQOB UTTiRAIBB HA LA ESTQX BBITAKmOlir,
landais les dérobe à ta vue derrière
la fumée de sa pipe; tandis que
rÀlIemand, sans cesse plongé dans
ses rêveries philosophiques, oe s^af-
flige oue pour rbumaniié, et mépri:;c
avec la plus profonde indifférence
toutes les petites douleurs qui vien-
nent Passaillir. »
La prédiction de Walter Scott ne
s*est pas réalisée. Deux Français ont
entrepris à leur tour, cette année
même» de raconter et de représenter
à des Français, les PeO'fef mUêres de
la vie humaine. Malgré Tanathème
lancé contre leur ouvrage par Til-
lustre romancier écossais, ils ont
obtenu, non-seulement dans leur
aimable et jojeusc patrie, mais en-
core dans la fiére Espagne » dans
la flegmatique Hollande , dans la
rêveuse Allemagne, un succès plus
0rand peut*étre que celui qui, il y
aara bicntéi quarante années, avait
fait, sous le ciel brumeux de TAn-
gleierre, la fortune du livre devenu
célèbre du révérend James Beres-
ford. Old Nick et Granville se sont
l^ien gardés d'imiter l'admirable >eu
ieiprit, comme disait», en 1S06,
V£dinburgh Bavîm>, de Tauteur des
Miseries of humaji life. Ils ont été
aussi Français que ce digne ecclé-
siastique s'était montré Anglais;
aussi spirituels, aussi variés au'il
avait éié lourd et monotone. Au lieu
d'ennuver leurs lecteurs, ils Tamu-
aant, ils ne leur inspirent pas des
idées de suicide et de mort, ils leur
(ont perdre le souvenir de leurs
cbagrins en les contraignant de rire
de ceux dont ils se moquent. Leur
livre a été pendant une année en-
tière une sorte d'arène où ces deux
nobles champions, l'écrivain et le
dessinateur, armés l'un de sa plume
acérée et railleuse, l'autre de lion
crayon si vrai et si fin, se disputaient
hebdomadairement la palme du
triomphe sous les yeux du specta-
teur étonné et ravi. La lutte est ter-
minée. La critique, juge du combat,
se sachant à qui décerner k prix,
les proclame tous deux vainqueurs,
lùre d'avance que les dix mille abon-
nés actuels des Misères de la vie
humaine raii lieront sou arrêt, et
qu'une foule non moins imposante
de nouveaux sottscripteora < .,^
avant le f* janvier 1843, une adhé-
sion pleine et entière.
Jérômb Patosot a la aacBftcaa
d'oui posiTtOH sociALi; par M. *'*,
184S. Paris, Paulin, libraire-édi-
teur, rue de Seine, 33. I vol. in-8*.
Prix : 7 fr. 50.
Jérôme Paturot est on bon gros
garçon, joufBu, rose, aimable et gai,
qui, marié à une excellente ména-
gère, et père de plusieurs enfants,
exerce dans la rue Saint-0eus la
profession de bonnetier. Cn jour aoe
de ses pratiques hésitait à faire u
choix entre un bonnet de coton bbî
et un bonnet de coton rayé. — Pre-
nez celui-ci, lui dit Jérôme en loi
en présenUnt un troisième; ce sont
les bonnets de ce genre que M. Vic-
tor Hugo préfère. L'acheteur était
un homme lettré. Au nom de Tao-
teur d'Hernani, il a éprouvé uac
émotion visible. Alors Jérôme Patu-
rot engage avec lui uneconversatioa
artistique, littéraire, politique, phi-
losophique, industrielle et religiease.
Puis il Roi t par lui raconter son his-
toire ; il n'a pas toujours eu le bon-
heur de vendre des bonnets de colon
dans son magasin de la rue Saiot-
Denis; lui aussi il a rêvé la gloire;
lui aussi, il a maigri, jaune et tiiite^
lui aussi il a couru pendant dix an-
nées de sa vie après noe poslttoa
sociale. Quelle profession n^a-t-îl
pas exercée, le pauvre garçon? D*a-
bord poète chevelu, puis saiot-ii-
roonien , puis directeur fondateur
des mines de bitume de Maroc,
puis rédacteur en chefd^un journal
littéraire paraissant quelquefois ,
puis feuilletoniste, puis journaliste
ministériel, avec ses amis Saint-
Ernest, le médecin, et Talmoni,
l'homme de loi ; puis philosophe in-
compris, disciple de H. Jean Eîret,
l'inventeur des livres qui ne fîoisseoL
pas. Que vous dirai- je encore? n'ajaot
réussi à rien, diVgoAté de la vie et
de Tespèce humaine, espérant d'ail-
leurs, car Jean Birot ka l\|i promet,
qu'il reaaitra un jo«r aouToraia de
quelque rovaume pAos ou moi ne (ar«
tune, il se déeido A nieUre fin a sea
jours, il s'asphyxie avec sa Maliipa«
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bonne 61Ie».ciiii ne rnfrenit rien
nii la poésie ni à 11 phtlesopUe
transcendante fumais qdi a du (hml
sens et da cœur. Heureusement ce
double suicide n*a pas lieu. L^oncle
Ptturot, averti à temps, vient sau-
ver son neveu; Jérôme xenbnce à
tontes ses illusions à. et cpàstot à
reprendre le fonds de coîamerce de
ion oncle ; il éponst Û^iaatr. «t il
devient aussi sage ^ aussi frais ,
aussi gras« aussi heurens, anssi
nebe qu*il était fou ^' jaiMM. maigre^
triste et pauvre.
Comme on le voit par eette rapide
et sèche analyse, c« livre est nne
paraphrase de ce fameux Teta de
Boileau :
Soyei plutôt maçon, ti c^est rotre ulenu
n a eu et il aura un immense suc-
cès. «- Nous ne lai ferons qu'un
reproche, celui d*étre trop court et
peut-être incomplet, liais la critique
ne doit pas so montrer trop exigean-
te. Elle rencontre bien rarement un
livre plus spirituel, plus moral],
mieux écrit que l'histoire de Jô-
rAme Paturot. C'est une bonne for-
tune qu'elle éprouve le besoin de
proclamer sans trouUer sa joie par
des regrets exagérés. L'auteur de
eet ouvrage, remarquable à tant de
titres, a désiré, nousne savons pour-
<IQoi, garder Tanonyme , mais tout
le monde a reconnu l*esprit obaer-
Tateur, la critique fine et sévère, et
la plume exercée dTnu homme de
lettres à qui l'Académie denne des
prix en attendant qu'elle lui accorde
oae place bien méritée parmi les
Bembres de la section des sciences
morales et politiques.
ÉLOOi OE LA Foui. — Eoctna
AUI. — PBIRTCai AO HOTBII Attl.
— La BihUothéqua d'éliu^ éditée
ilB£lO#KAVHtOim. ttP
par M. Charles fosselin , Tient de
s'enrichir de trois toluaes'; VÉloge
de la Folie d^raeiae ne serait
qu'an opuscule ^ se fendrait dans
quelques pages de e«tlc collection,
compacte encore dans son élégance
typographique; mm e« t: h armant
hiadinage philose^iqna «st précédé
â» là vie d'Kraftme, par un de nos
S-anda criiiqoes» M. D. Nisard. La
evwm Bf4tamique a aussi publié
dansaa qaairtéisa série une remar-
quat4o biographie d^EraiBie. Eugène
Àfëtn^ de Bulwer, méritait de figu-
rer dans les rottiaiis de choix, car
e*est Un des plus dramatiques de
Tau leur toglais. La traduction est
de ]tf. Sefauconpiet. C'eal une heu-
reuse idée d'avoir réimprimé aussi
rhistoTre de la Peinture au moyen
àge^ dISmerie David. Ces trois pu-
Uicatioaa seront a«tt;igj de trois au-
tres avant k fin d» rinnO
HOBALB.
L< Livn» Mi coKcn, ouTrage dédié
à la jeunesse; par M. A. L. Martin.
Paris, cheà Ed. Têtu, S» rue J. J.
Uousaeau. — Nous aimons les livres
sans i^réteatioBs qui, eomme celui-
ci, r^unisseot soasia forme drama-
tique du diatoguoi une foule de pen-.
sées morales (pril faudrait aller
chercher dans «inquantA auteurs.
M. L. A. Uartin emprunte ici aux
philosophes de tous les temps un
TrûiUëur l'umiiiép qui Tant mieux
que celui de Cicéron ; car H. Martin
n'a pas oublié la eharkê^ cette ami-
tié da chrétien qui tend à faire du
^nre bumoi» une seule famille. Les
anecdotes viennent au secours des
adages dans ce petit tolume, qui
aura du succès parmi les livres
d'étrennes.
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224
CHmOHIQUI LlTT^mAIM DB LA ftlTUS BaiTAJOll^.
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DÉCEMBRE 1842.
REVUE
BRITANNIQUE.
t9. — Momxs.
LA RUSSIE ET LES RUSSES
EH 1»! ET ISki (1).
US TOTAGBS BIf AUSSIB. — LB CAPITAINE STBRUXG BT LB CAPITAIXB JBSSE.—
AUITÉE A ODBSSA. — LB LnZABBT. — LORD BTROIf A LA 1K>UANB. —
mi FASSB-PORT POUR L'INTArIBCR. ~ LB9 CHINOTNIKS. — LES TRIANGLES
n LE QOAEER* — D*0DB8SA A HOSCOU. — LA COHETITUTIOIf OB LA POLO-
CNS. — LES SERFS RUSSES. — LA CLASSE MOYENNE. — UNE ENQUÊTE. —
U NOBLESSE ET LB CLERCé. — PORTRAIT DE L'EMPBRBUR NICOLAS. —
L'iRpiRATRICB. — LA MORT DE MOREAO. — LE CATÉCHISME DE SOOWAROW.
— LA POLIGB RUSSE. -* LB GÉNÉRAL RUSSE ET LB MBNDUNT POLONAIS. —
SA»T-PÉTERSBUURG BT M. KOUL. — LA NEVA. — UN VERRE D'bAU POUR
90O ROUBLES. — UNE POSITION DANGEBECSB. — INONDATION DB 1824.—
U DÉBÂCLE DU THÉ A LA GLACE. — LES ISTVOSTCHIKS. — QUELQUES EXEM-
PLES DE LONGÉVITÉ.— ADIBUX A ftAINT^ÉTEBSBOURG.
Les voyages en Russie deviennent à la mode. II y a nn an
i peine, nons analysions les intéressantes relations de lord
(1) NoTB DU DIRBGTBOR. Li Rwu9 Britannique a publié depuis ces
deniires umém diven sriieles sur U Russie; au mois d'octobre 1838,
6* SiRlB. —-TOME XII. 15
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LA RUSSIE ET LES RUSSES
Londonderry, de M. Bremner et du Rev. Lister Venables;
«pielcpiM mois plus tard, les Lettres écrilei de la Baltique nous
fournissaient de curieux renseignements sur la partie la moins
connue de Vimmense empire des cz^rs ; trois nouveaux ou-
Trages, anglais ou traduits de Tallemand en anglais, publiés
tout récemment, nous permettent aujourd'hui de compléter
nos précédentcA études, dont le succès a été dû —^ noua ne
Fî^aorons pas -r- à la nature même du sujet et à la collal^o-
ration forcée des divers touristes qui nous avaient prêté si
généreusement leur science et leur esprit.
Pour cette fois, nous n'emprunterons pas le plus petit ex-
trait au meilleur peut-être des trois ouvrages nouveaux qui
viennent de paraître, La Russie sous Nicolas /•% traduit
d'un supplément du Conversations lexiccn. Nous nous con-
tenterons de le recommander, comme un vade me<:um indis-
pensable, à ceux de nos lecteurs qjai désirent visiter on
connaître la Russie et les Russes. C'est un heureux méhnge
d'histoire et de statistique, impossible à analyser, une riche
collection de faits, d'observations et de chiffires amassée pen-
dant plusieurs années par un savant allemand, et qu'un de
nos compatriotes, le capitaine Anthony C. Sterling, a mise
en ordre avec une intelligence rare et une clarté meneil-
leuse.
L'ouvrage dn capitaine Jesse ( Souvenirs d'un capitaine en
demi' solde à la recherche de la santé, ou la Russie , la Circam
et la Crimée en 1839. et 1840, 2 vol. in-8^ Londres, 1841) ne
peut pas se comparer à celui de son collègue, M. Anthony
C. Sterling. Le capitaine Jesse a feit le tour de l'Europe pour
Us Souverains du Nord; au mois de mars 1839, la Cour et la Ville àt
Saint' Pétershourg ; au mois de mars 1840, V Eglise gréco-russe.; au mois
de juio 1841, Situation de la presse en Russie; aa mois de juillet 1811»
Progrès et Avenir du commerce et de Vindustrie de la Russie; au mois
d'octobre 1841, V Estonie; eu mois de décembre 1841, les Voyageurs an-
glais en Ruuie; enûu dftpâ lalivraiaoo d'août. dQ o^te aanée, ff4^>*
etdapt la livraison de septembre, lesStef^^ 4« l/s Rsêsssg-n
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chercber Ui santé qu'il avait perdue dans l'Inde, et il se
borne à nous raconter aussi simplement que possible ses im-
pressions de Yoyageen lUissie. I>e temps en temps un peu lé-
ger et babillard, il se montre en général bon observateur, il
écrit bien et il a de l'esprit. S'il n'instruit pas toujours, jamais
du moins il n'ennuie. On lit ses deux volumes sans iatîgue,
avec intérêt, souvent avec plaisir, et malgré desdéfouts» faciles
d*aîUeiirs à corriger, on regrette presque en les terminant
qne le capitaine Jesse ait retrouvé sit6t la santé.
Ce fîit le 21 juin 18^0, à sept heures du matin, que le capi*
taine Jesse débarqua au lazaret d'Odessa. Il avait quitté
Constanttnople trois jours auparavant. A peine eutf-il mis pied
à terre, on le conduisit dans une petite chambre où se- trou-
vèrent bientôt entassés quarante-huit passagers, lo capitaine
du bâtiment qui Tavait amené, et dix*>huit hommes d'équipage.
La plupart de ces passagers étaient des Russes, des Juifs, des
Tartares, des Grecs et dos Esclavons, d'une malpropreté telle
quele&odears qoi s'exhalaient de leurs corps dans cette pièce
basse, étroite, mal aérée, eussent suffi pour donner la peste à
leurs malheureux compagnons de voyage. £n outre, lecapitaine
Jesse n'eut pas lieu d'être flatté de la réception, des autorités
russes : «c Qu'est-oa qu'un officier anglais peut venir faire en
BBsaîet n lui demanda-t^n à plusieurs reprises. Une hemie
aprôs il comparaissait
dans le simple appareil
D*uoe beauU qu'on vient d'arracher au sommeil,
devant le médecin, le direotenr du lazaret, son commis et
plusieurs, soldats. D'abord on lui prit sa montre, son ar-
gent ^ son portefeuille et tout ce qu'il avait sur lui; on
plonçe^ ces divers objets, la montre exceptée, dans une so-
lution de chlorure de chaux, puis on lui fît lever successive-
ment les deux bras, afia de s'assurer qu'il n'avait aucun
bouton sous les aisselles. Cette cérémonie terminée, il obtint,
la permissioa de s'habiller^ et il alla louer, moyennant 5S^
roubles pour quioze jours, deux chambres à une dame russe,
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228 LA RUSSIE ET LES RUSSES
qui en avait obtenu six de la générosité du directeur. Inutile
de raconter ici les petites misères de la quarantaine, qai,
malheureusement pour les voyageurs, se ressemblent dans
tous les lazarets de Tunivers. Ajoutons seulement que durant
cet emprisonnement forcé de deux longues semaines, le capi-
taine Jesse releva à ses dépens les nombreuses erreurs da
maréchal Marmont.
Enfin le jour de la délivrance arriva. Après une nouvelle
inspection, le docteur accorda la liberté aux prisonniers. Un
prêtre luthérien vint leur faire jurer sur TEvangile qu'ils
n'avaient rien caché aux autorités sanitaires, et le capitaine
Jesse fit à sa grande satisfaction son entrée en Russie. Tou-
tefois une dernière douleur lui était encore réservée: il loi
fallut se séparer de son auteur favori, lord Byron. Les doua-
niers gardèrent, pour les envoyer à Saint-Pétersbourg, les
œuvres complètes de notre illustre poète et l'histoire de l'ar-
rivée miraculeuse de la Sania^Casa à Lorette. Défense for-
melle est faite à tous les agents des douanes russes de laisser
pénétrer dans l'empire un seul exemplaire de lord Byron;
non pas que l'empereur veuille empêcher ses sujets de lire
le récit des amours de don Juan, — la censure admet sans mot
dire les romans les plus licencieux, — mais ^colas punit ainsi
lord Byron d*avoir osé parler en termes fort peu respectueux
de l'impératrice Catherine :
And Calheriae, ivho loved ail things saye hcr lord.
(Canf. II, Don Juan.)
Le capitaine Jesse nous parait avoir manqué dans cette
mémorable circonstance de sa présence d'esprit habituelle.
Que ne faisait-il habilement disparaître les titres des volumes
proscrits! les douaniers ne regardent d'ordinaire que la pre-
mière page d'un livre. Ils jugent un voyageur sur sa physio-
nomie, un ouvrage suspect par son frontispice. Un de nos amis
qui visita dernièrement Saint-Pétersbourg avait emporté
avec ses handrbooks et ses cartes, un petit traité d'astronomie,
intitulé « Rémlutionê des corps cikstes. » Dès que le douanier
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EN 181^1 ET 1843 2S9
eut jeté les yeui sur ce mot incendiaire Révolutîoni, il ferma
le livre et le mit dans sa poche. Il fat impossible de lui foire
comprendre que c'était un ouvrage scientifique ; non content
de ravoir confisqué, il donna ordre à la police d'exercer la
plus active surveillance sur toutes les démarches du dan-
gereux étranger qui avait tenté d'introduire dans l'empire des
czars un traité des Révolutions.
Après avoir pris quelques semaines de repos, le capitaine
Jesse fit un petit voyage en Crimée, puis il revint passer l'hi-
ver à Odessa. Nous ne le suivrons pas aujpurd'hui dans cette
intéressante excursion» qui mérite un article à part; nous nous
mettrons immédiatement en route avec lui au printemps sui-
vant pour la capitale de la Russie. Laissons-le toutefois ra-
conter d'abord ses préparatife de départ, car le fragment
que nous allons lui emprunter renferme une .peinture cu-
rieuse des moeurs de la classe moyenne russe, qu'on désigne
sous le nom général de ehinovniks ou la classe des titrés:
• Au mois d'avril, les acacias voisins de notre hôtel commencèrent
à segarnirde feuilles, et des nuages de poussière, s^élevant dans les
airs, nous annoncèrent que les routes devenaient praticables. Je
songeai ï quitter Odessa pour me diriger vers le nord ; mais il me
fallait, avant de pou voir partir, me procurer un passe^port à Vinté-
rieur, ce qui nécessiterait, me disait-on, de longues et d'ennuyeu-
ses démarches. J'eus alors, pour la première fois, l'occasion d'ob-
server un des nombreux expédients à l'aide desquels le gouverne-
ment russe augmente son budget des recettes. Dans les établissements
publics et dans les tribunaux, toutes les affaires se traitent par écrit
sur des feuilles de papier timbré ; on n'y reçoit aucune demande
qui n'est pas ornée de l'aigle impérial. Or, le plus petit morceau
de papier timbré ceû te environ sept pence de notre monnaie. . . (70 c.)
Cependant la dépense d'argent n'est rien pour l'étranger, si on la
eompare à la perte de temps que ce système lui occasionne.
D*abord, je fus obligé de porter moi-même à la police ma carie
àetfjour. Mais les employés me déclarèrent qu'ils ne pourraient
la faire remettre à leur chef suprême que lorsqu'elle serait accom-
pagnée d'une pétition explicative. Comme je ne sais pas écrire
le russe, j'allai dans les environs de la police m'adresser à un écri-
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'^310 LA IIOSSIB ^T LES BUSSES
t«in public, Cfiii conscfntît à me servit deseetémlre. Ayant dèp(»é
'ensuite an bareau des {lasse-ports «la pétition sur papier timbré
avec ma carte de séjour, jeretoupnai à mon bôteL Celle première
démarche m'avait pris (rois heures. Le lendemain mtlio, à ]*heilTe
. qu'on m'avaU indiquée la veille, je me rendis de nouveau à la police.
J'eus la satisfaction de voir raignille de Thorlogc faire deux fois le
tour du cadran, et ce spectacle un peu monotone commeoçaità
m ennuyer, lorsqu'un commis vint m annoncer Theureuse nouvelle
que je pouvais le suivre. Je m'clancai aussitôt à sa suile. Nous nous
fauGlâmcs ainsi, lui devant, moi derrière, à travers une Toale
compacte de pétitionnaires du plus bas étage. EnGn mon guide
s*arrêlant, me laissa en présence d'un individu vêtu d'un habit
Tert garni de boutons de cuivre , c'csi^à-dire de Tuniforme ci-
vil. — A son ton et à ses manières, je le pris au premier aspect
pour le comte Benkendorf en personne ; mais je m*aperçus bientèt
que c'était tout simplement un ckinoeHik. Un troisième documeot
administratif avait été ajouté pendant mon afasenceù ceuxque j'avais
déposés la veille; aussi me fallut*il payer le prix de la feuille de pt-
pier timbré, et l'homme à l'habit vert paraissait tellement occupé
qu'il oublia ^e me rendre la monnaie de la pièce que je lui remis.
Mon guide me conduisit alors auprès de dix ou d<Mizc employés
qui signèrent et contresignèrent lei trois pièces. Après m*avoirfait
visiter ainsi tous les bureaux de la police, à l'exception cependant
de celui où je désirais aller, il me ramena en présence de l'homme
à l'habit vert, lit, je payai une quatrième feuille de papier timbré,
et l'homme à l'habit vert était encore si affairé, qu'il n'eut pas le
temps de me régler mon petit compte. J'eus le bon esprit de me
soumet tne sans mot dire à celle escroquerie. Le chinovnik me fit
un profond salut, me pria de loi laisser tous mes papiers, et m'en-
gagea à revenir le lendemain. Avaot de rentrer à mon hôtel, j'ap-
pris que ce nouveau délai avait pour but de donner à la police le
temps de s*assttrer si je laissais des dettes dans la ville. Le lende-
main j'étais encore à înon poste à rhenredîte; mats cette fois toutes
les fortnalités légales avaient été évidemment remplies ; j'aperce-
vais mes papiers en règle aur une tablc% Cependant l'homme à
riiabit vert ne semblait pas vouloir me voir et me recoDoskre,
bien que plusieurs individus obtimisent ce qu'ils lui demandaient
La foule augmentait au lieu de diminuer autour de lui. Certain
d'avance que si je ne prenais pas un parti décisif je serais eoeore
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EN 18^1 ET 1»2. »i
renvoyé au Icndemjin, je mis la main à ma poche. Le cbinoTnik
comprit admirablement ce geste; il me lendit aussitôt mes papiers,
et prit mon argent en échange atec un incroyable sang-froid, c li-
rais pieds nos, me dit-il, si je me contentais de mes appointements.^i
Enfin j'avais acquis le droit de pénétrer dans le sanctuaire ok
trône le chef delà police. En Itnssie^ tous les boréaux des adni^
nistrationspuhliques se ressemblent : ce sont en général despîèott
carrées, ne renfermant entre leurs quatre murailles tines qu^uii
poêle de briques qui s*éicve dans un coin jusqu'au plafond, UM
table et quelques chaises. Bien qu*il ne fût qu'un fonctionnait^
dvil, je trouvai le chef de la police vêtu d'un brillant nnifemi,
et selon l'usage, la poitrine étinceknte de décorations.
An milieu de la table, qui était couverte de papiers, s'élevaH le
palladium de la police d'Odessa. Cet objet extraordinaire, qt! W-^
cnpe toujours une place importante dans la pièce princifmle éb
toutes les administrations publiques en Russie, ne diflfôre pas bcÊn-
coup d'an métronome; seulement il n'a que trois côtés an lien de
quatre, et il est plos^ volumineux, et fabriqué soit avec du enivre^
soit avec du fer doré. L'aigle impérial en couronne le sommet.
Sur chacune des faces sont gravées des instructions adressées an
nom du czar h tous les employés de l'empire. On leur conseille
principalement de ne pas se laisser corrompre. Pierre le Grand eA,
dit-on, l'inventeur de celte espèce de moniteur public, qui ne pro-
duisit malheureusement pas reflet moral qu'il en espérait. Ainsi,
pour ne citer qu*un exemple, le chef de la police d'Odessa a amaM
unefortune supérieure au produit brutde ses appointements penéant
un siècle. Mais si personne ne profite de leurs enseignements moetly
du moins tout le monde témoigne aux triangles une vénération tt*
ligieusc. Jamais un Russe n'entre dans la pièce où ils se trônteit
placés sans leur (Herson chapeau, car ils sont en quelque sorte les
représentants du pouvoir impérial. Les serfs s'agenouillent en leur
présence comme devant un iiulel.Les étrangers ne pouvant dcrtkier
la sainteté d'un pareil emblème, s'exposent souvent h de aèVèl^
remontrances. A mon entrée dans le bureau du chef de la police,
un employé me mennça de m'arracher mon chapeau de force,
SI je ne faisais pas un profond salut au triangle. Cette singulière
coutume donna lien un jour à une scène fort plaisante. Un de nef
amis, qui en fut témoin, me Ta racontée. M. A* **^ membre de la
société des Amis, était venu réclamer à la poate d'Odeaea dea lettres
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aa2 LA RUSSIE ET LES RUSSES
qa*il allendait d'Angleterre ; il entra dans la pièce principale sans
ôter son chapeau. Grande rumeur parmi les employés; les chi-
noTniks étaient pctriûés de surprise et d'horreur. « Découvrez-
vous donc 9 monsieur, dit de sa voix la plus menaçante le chef de
bureau à M. A***. Ne voyez-vous pas le triangle» monsieur?»
M. A***' n'obéissait pas. — « A la porte I à la porte ! » crièrent la
chinovniks. Et comme M. A*** ne paraissait nullement disposé à
sortir de bonne volonté, ils allaient employer la violence pour le
chasser. En ce moment, un de ses compatriotes domicilié à Odessa,
elqni l'avait accompagné jusqu'à la porte, entendant du bruit, pé-
nétra dans ce sanctuaire redoutable, le chapeau à la main. « Mod-
sieur, dit-il au directeur de la poste, ce gentleman est resté la léte
couverte en la présence de l'emp ereur lui-même; certes il ne se dé-
couvrira pas devant un triangle de fer. — Cela est impossible, ré-
pondit le directeur. — Cela est impossible, hurlèrent en chœar
ses satellites. — Mais je vous dis pourtant la vérité, répliqua le dé-
fenseur de M. A***, car mon ami est un quaker. — Un quoi? de-
manda le directeur. — Un quaker. — Qu'est-ce que c'est qu'an
quaker? à quelle classe de la société appartient un quaker? » Bref, le
pacificateur eut toutes les peines du monde pour soustraire M. A*'*
et son chapeau à la fureur vengeresse des clûnovniks delà poste
d'Odessa (1).
liais reprenons la suite de mon récit. Cette signature que j'arais
si longtemps attendue me fut accordée, et je sortis de la police poar
n'y plus revenir. Toutefois je n'étais pas enccre possesseur de mon
passe-port : on ne me remit qu'un certificat attestant qucjenede-
vais rien à personne. Je me vis obligé de me rendre dans les bu-
leanz du gouverneur militaire, où j'adorai deux triangles, et où
je vidai plusieurs fois ma bourse dan s les poches des employés aranl
de pouvoir obtenirenfin mon passc>port.Cen'était pas tout: comme
je voulais voyager en poste, je dus aller demander aux cbinofnil^
d'une autre administration un padaroshna^ c'est-à-dire un ordre
dn gouvernement pour des chevaux de poste (s). »
(1) NoTB DU m^ÀcnuR. Il y a quatorze classes ou grades entre l'ea»-
pereur et la dernière classe des chinovniks. Les mêmes disclnetioassott
établies en Chine, et, coïncidence assez extraordinaire, c'est le même
mot, le mot chin, qui, daos les deux langues, la langue russe et la laogiie
chinoise, est Téquivalent do mot français ruti^.
(9) jjlon !>■ L'AOTBom. Les maîtres de poste sont obligés de donner des
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Le 29 mai, le capitaine Jesse quitta Odessa» emporté Tapi«-
dement vers le nord de l'empire par quatre ob^aux, qui ne
se seraient pas vendus 4 £ au bazar de King-street. Il s'était
débarrassé d'une partie de son bagage, en l'envoyant par mer
en Angleterre, et U avait rempli sa voiture d'objets de première
nécessité : batterie de cuisina; provisions de bouche, toiles à
matelas, etc., service de table, etc.; car il n'est pas tou-
jours facile de se procurer les choses les plus indispensables
dans ce pays, quia la prétention d'être aussi civilisé que la
France ou que l'Angleterre. Heureux le voyageur, si, dans
certaines localités, il peut trouver de la paille ou du foin pour
se foire un lit improvisé.'
D'Odessa i Moscoir il n'y a pas de route proprement dite.
Des poteaux de trois mètres environ de hauteur, solidement
plantés dans le sol de loin en loin, indiquent aux voyageurs la
direction qu'ont suivie au travers des steppes leurs devanciers.
Chaque voiture se fraye son propre chemin à droite ou à gauche
de ces poteaux, quelquefois à un demi-mille de distance : on
passe où l'on veut, c'est-à-dire où l'on peut passer. Aussi, lors-
qu'on entreprend une pareille course, doit-on s'attendre à être
singulièrement cahoté; mais chevaux, brishkas et postillons
sont habitués à ces ondulations de terrain, qui donnent parfois
le mal de mer aux voyageurs. Les accidents sont rares, et le
trajet d'Odessa à Moscow se fait encore assez vite, à un prix
fort raisonnable. On compte neuf cent vingt-deux milles an-
glais. Le capitaine Jesse ne dépensa pour ses quatre chevaux,
son padaroshna, ses postillons et ses pourboire extraordi-
naires, que 25 £ (625 fr.). Quant au pays que l'on traverse, il
oe mérite pas même un regard. On peut, dit le capitaine Jesse,
cberaui aux voyageurs porteurs d'un padaroshna. Hn padaroshna coule
deux copecis par versl pour chaque cheval pendant toute la durée du
^ojage. Il faat payer la somme totale en partant. J'avais quatre chevaux : la
diitance d'Odessa h Moscow est de mille trois cent soixante-troîs verstes.
i'eus done à payer à Odessa pour obtenir un padaroshna 110 roubles 64
copecks. On doit aussi désigner d'avance la route que l'on veut suivre,
«( il est expressément défendu de s'en écarter.
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LA AUSStE IT Lf:ê ftCSSES
le décrire eA tr<H8 mots : éea steppes, des marais et desfortts
de pins. On rencontre cependant çà et là, au milieu de ces
déserts à peine penplés, quelques villes importanties : d'abord,
Kicoiaïeff, fondée par Potemkin en 1791, le principal arsend
de marine de la fner Noire; Krementchonk, sur le Dnieper;
Mtava, que les infortunes de Charles Xli ont rendue si cé-
lèbre; Kbarkoff^ où se tient la principale foire des laines de
toute la Russie ; Kourste ; OreU la capitale du gouv^memeot
de ce nom ; Mtaensk, Tula et Serpuchoff :
« Nous eAmcs bîenlôt oublié toutes nos feUgues et tous nos en-
nuis, dit le capitaine Jesse, lorsqu'à un détour du chemin nais
aperçûmes tout à ooupi nos pieds rancieime capilak des eian. le
songeai alors aux sensations que durent éprouver les soldats fian-
çais à la première vue de ses minarets dorés et de ses dômes étoiles»
et surtout au moment où le Kremlin apparut à leurs yeux. Ce bot
qu'ils désiraient depuis si longtemps et si ardemment atteindre
aGn de s*y reposer de leurs exploits surhumains, ils le touchaieot
enfin, et ils voyaient l'armée ennemie battre en retraite devant
eux dansTcloigncmcnt. Des cris étourdissants de: Vive l'empereur!
s'échappèrent de toutes les bouches ;... mais l'aspect misérable do
faubourg od nous venions d'entrer m'arracha à mes réflexions.
Ayant ensuite franchi )a barrière, nous traversâmes une vaste place
avant d'arriver à la ville. »
Le capitaine Jesse ne séjourna que peu de jours à Moscou,
car il avait hâte de se rendre à Saint-Pétersbourg. Nous ne
Tisiterons pas avec lui tous les monuments publics de Fex-
^capitale de la Russie; le vieux Kremlin^ badigeonné etlaté
comme une maison neuve; la grosse cloche de sept mètres de
diamètre et de onze mètres de hauteur; la tour divan Ve-
liki, d'où Ton découvre une vue magnifique sur la ville et sur
ses environs; le palais impérial; la porte Sainte, sous laquelle
l'empereur lui-même ne passe pas la tête couverte ; la cathé-
drale de Saint-Basile; l'hôpital des enfants-trouvés, leplos
{^and de toute l'Europe, etc.. Nous raccompagnerons seu-
lement au Trésor y où, entre autres curiosîtée) nous resur-
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m ittl fit 18U. «ft
qaeroi», aindesAMs du portrait d'Akxandre, les deft^dt Kt-
mosk ^ de Vaiwvîe.
« Une boîte de velours el d'or placée à ses pieds conlienl, ajoute te
capitaine Jesse, U constitution de la /*6/o^ne;à sadroile et à sa gatt-
chc sont suspendus les drapeaux et les aigles de ce pays. ïl e^l im-
possible de les voir sans èmoiion et sans Tegret ; ee ne sont pas
seulement les trophées d'une victoire que les chances de la guérite
peuvefft vn jour cdianger en défaite; ce sont les monaments du
succès d'une série d'intrigues politiques à Taide desquelles la Pa-
logne,— -cefle cbevaleresque Pologne qui, an saizièoie siècle, servait
de boulevard à l'Europe occidoitalc contre ks Turcs, — a été «i
craellemeoi asservie.»
Laissons^maintenant le capitaine Jesse parcourir en âoixanti-
fcrois heures, moyennant 17 £ 9 deniers, les six cent soisafHa-
qoatorze verstes, ou les quatre cent quarante-huit milles ati-
giab qui séparent Moscow de Saint-Pétersbourg. Il oublie
8ttT cette belle chaussée, la seule que possède la Russie, les
steppes et les diinavniks du midi; il s'estime heureux de
pouvoir aller plus vite que la diligence; a car, dit^l, le pays
est d'une tristesse et d'une monotonte désespérantes. Devant
9oi, la route à perte de vue; à droite et à gauche, des marais,
et plus loin j^ rhorizou, des forêts de pins rabougris; çà^t
U seulement, les petites maisons blanches des inspeoteuvs
char^ de surveiller les soldats invalides qui réparent k
route, n Mais cette contrée si monotone et si triste n'est pas
vn désert; pourquoi donc le capitaine Jesse ne nousap-
ptend^l rien de ses habitants? ou plutôt, pourquoi nous en
pwle-t-il avec tant de légèreté? Il ne les a pas même apet^ils
da ftmd de sa voiture; pouvait-il nous en tracer un portratt
ressemblant?
A en croire le capitaine Jesse, le paysan russe est une mî*-
«éttWe créature, marquée au front du sceau de rësclavagift)
Anitië par la superstition, adonnée au vol, et ne mettant du
Ki^te Uaae qu'une fois par an. Le capitaine Jesse exagère, tH
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S86 LA EUWIB ET hBS RUSSES
ne nous fiiit voir qu'on cAté de la médaille; nous aUoBs en
montrer le revers. Nous avons remarqué, dans cette classe si
maltraitée par notre compatriote, une foule de qualités qu'oé
chercherait vainement peut-être parmi toutes les autres po-
pulations agricoles du monde civilisé. Nous louerons an
contraire sa loyauté, sa civilité, sa piété filiale, son intelli-
gence, sa finesse et son esprit, la distinction héroïque de ses
manières et la pureté grammaticale de son langage, sa Téoé-
ration pour son czar, son aflFection pour son seigneur, sa
confiance religieuse en la parole de ses prêtres.
« Les Russes, dit encore le capitaine Jesse, n'ont aucm
gaieté de cctur, à moins d'être surexcités parle vin ou partout
autre stimulant, ils demeurent impassibles, pour ne pas dire
stupides. »Eh quoil les Français du Nord n'ont pas éegaitti
de cœur? Quoi 1 ils sont toujours tristes ces hommes dont on
entend retentir de tous cAtés les chants et les rires contagietn,
dont les jeux nationaux sont si animés, les plaisanteries si
vives, toujours nouvelles et toujours bonnes; le costame
composé de couleurs aussi gaies que la teinte générale de
leur esprit, la physionomie si enjouée et si heureuse ? Non,
vous ne connaissez pas le véritable paysan russe, paisqoe
vous le calomniez ainsi ; vous n'avez vu que la population
abâtardie et croisée d'Odessa, et quelques misérables men-
diants le long de la route que vous avez parcourue en poste
entre la mer Noire et la mer Baltique. Vous ne savez paspar-
' 1er sa langue , vous n'avez pu étudier ses moeurs, pénétrer
les secrets de sa vie intérieure. Piurce qu'il salue comme nn
vieux gentilhomme anglais, vous le déclarez abruti par l'e^
davage; parce qu'il vit de kvas et de dikba, vous le traitez
presque comme un animal inunonde; mais si votre estomK
trop délicat n'a paspu digérer ces mets nationaux, devez-voos
donc gémir sur le triste sort du paysan russe condamné à nn
pareil régime? N'y est-il pas accoutumé? Se trouve-t-il aussi
malheureux que vous nous le représentez? Un étranger qoi dé-
testerait le roast-beef et lesponmies de terre aurait-iile droit,
de retour dans sa patrie, deproclamerle peuple anglais leplos
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BH IMl BT 18^3. 39r
infortnné et le plus barbare de tons les peuples du mondet
Mais revenons à nos serfo. Le capitaine Jesse reproche i
la noblesse de ne tenter aucun efFort pour émanciper ses serb
ou pour améliorer leur condition. Le sentiment qui lui foit
tenir un pareil langage» nous l'avons éprouvé aussi à notre
arrivée en Russie ; mais ce premier mouvement calmé, la ré-
flexion est venue, et nous nous sommes demandé si, dans l'état
où se trouve actuellement la Russie , cet affranchissement
serait réellement un bien pour les serfs. Le capitaine Jesse
reconnaît lui-même que a ceux qui parlent le plus souvent
des devoirs des maîtres envers leurs esclaves, ne savent pas
les remplir, d Qu'il passe quelques années en Russie , et il
se rangera , nous en sommes sûrs d'avance, à noire avis.
Tant que la noblesse russe n'aura pas d'autres sentiments et
d'antres idées sur la liberté; tant que les classes affranchies»
élevées aujourd'hui au-dessus des serCs, demeureront en réa-*
lité soumises à un régime beaucoup plus dégradant que cehd
de la féodalité ; tant que les lois avec lesquelles une exten-*
sien de ses droits civils le mettrait en lutte ouverte, seront
si difii&rentes dans la pratique de ce qu'elles sont en théorie»
mienx vaudra cent fois pour le paysan russe, rester serf que
de devenir libre; il sera toujours moins malheureux; il se ci-
vilisera davantage. Sa prison n'est pas aussi étroite qu'on
pourrait le croire : l'esclavage d'ailleurs n'a pas éteint en lui
le feu de son patriotisme, ni tari les sources fécondes de son
activité. Des foits nombreux le prouvent : lorsqu'il s'est en-
richi, il n'a pas laissé sa fortune se briser contre Técueil fatal
de i'imprévoyaneew N'avons-nous pas le droit d'en conclure
que le servage, tel qu'il existe encore aujourd'hui en Russie»
n'avilit pas nécessairement l'homme moral? Citons à l'appui
de notre opinion un passage emprunté au capitaine Jesse :
«Quelques-uns des serfs du comte CheremclicfT exercent la pro«
fessionde marchands et ont acquis une grande fortune. En général
les serfs qui s'enrichissent sont ceux qui ont obtenu de leur maî-
tre la permission de quitter leurs propriétés et d'aller cntrppren-
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aOS LA VSSSiZ W IM W9SES
dre UA CQinii^Ece quelcoDCfue dans ana vilk où ilspiûssenl ulilim
8ftn4 iatcriruptioD un petit capital et leurs talents naturels. Quaid
i]fr réussissent, ils payent chèreaient celle faveur. Dans les campa-
gf^^9 Iprsque la cupidité de leur maître ne les prive pas des avan-
tages que leur assurent les lois, ilsamassent quelquefois des sommes
considérables, car ils font peu de dépenses personnelles, et la ri-
chesse n'opère pas dans leurs habitudes les révolutions qu'on pour-
rait redouter. Dans la plupart des provinces^ un serf cultive pour
lui pendant trois jours de chaque semaine la portion de terre qoi
Ini a été assignée; les trois autres jours il les donne à son maître, et
8^ a de Tordre, il peut encore acquérir une modeste aisance. Mais
cette coutume n'est pa» générale, et certains maîtres l'ont abrogée
à- leur profit ; d'autres n'accordent à leurs serfs qoe deux joais oa
même un seul jour par semaine, ou bi«i i!s leur abandonnent en-
tlèrementla terre, à la condition qu'ils leur payoronl «ne renie 6x6
La majeure partie des serfs du comte de Cboremetiefif seraient
assez riches pour acheter leur liberté ; mais ce seigneur ne veot
ins^hur permettra de proGter ainsi des fruits de lenr travail; ao
Contraire, certains nobles sont très-flattéa de posséder des serfs ri-
cbes, et on assure que ChercmetiefT est si fier de ses serfs, qu'il ne
les, affranchirait à aucun prix. Digne descendant en vériic de son
ancêtre, qui vivait sous le règne de Catherine! Aussi comme sa va-
nité est satisfaite lorsqu'il invite des étrangers à venir vîsiteravec
lui son château!. A son arrivée, il est reçu par un de ses s^rtsles
plus riches, dans une misérable hutte construite sur le modèle des
anciennes cabanes de bois delà Russie, et garnie de meubles gros-
siers ; sur la table, recouverte d'une nappe de toile grise, on ne sert
que du pain noir, du sel, et tme vaste écnelle de bois remplie de
borsch (la soupe nationale}; les hôtes du conto goûtent à peine à
oes mets rustiques ; mais tout ftconp s'ouvre une potilo porte coo-
diiiiant à' un apparttmeni richement meublé» aauûHoa dvqoel on
aperçoit une table chargée d^argenterie, de cristaux* de frattset
de viandes de tontes espèces, de vins el de liqueurs. Leur repas te^
miné, les convives se retirent éto^^nés qu'un serf puisse donner
un. pareil festin, et persuadés sans doute que cet homme aime
autant être esclave que libre. Souvent ils ne se tromperaient pas;
aelon toute probabilité, ce serf qui a traité avec un si grand loxe
lion maître et ses amis sait à peine lire, ne connaît aucun chiffre,
compte avec des grains de colliers, et porte Une barbe d'une Ion-
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Vf 18bl w HUA. Mm
goettr ppûdigieuM. Cep«iidant il a amassé use foctana CMisidin^
ble, car il est 60, aidroil et écODome ; il ne fait de folles dëpeitfaa
que lorsqu'il reçoit son maUre, ou lorsqu'il marie un de sesenfants*
Quand le comte U. de Kbarkofî donne un grand diner, il force
ses serfs les plus riches à endosser sa livrée et à servir à table.
L'un d'eux, excellent horloger, lui offrit un jour une somme énorme
pour sa liberté ; il essuya un refus. « Fa's-moî une rente annuelle
de cinq cents roubles, lui répondît son maître, et je te promets
que je n'exercerai jamais mon autorité ; mais je neveux pas m'en
départir. »
Avooons-le frasdiemeat, nous ne partageons pas cette
ibis las sentimeots du Gapitaiee Jease. Noms aussi no«s dé-
testons Vescbvage et nous rouloas Tabolir partout où it'
existe escore; mais nous repoussons avec ptiis d'énergie cesr
faux systèmes qui» £aiisant marcher la civilisation beaucoup
trop vite, n'ont d'autre résultat que de forcer les hommes
libres à s'asservir eux-mêmes. Nous déplorons avec le capi*
taine Jesse rindifléresce et la tyrannie des nobles russes;
niais que dira-t-il des derniers troubles de la Livonie, où les
q)pnmés étaient des hommes libres, et leurs oppresseurs lea«
plas civilisés de tous les barons allemands? Le pouvoir féodal
a-t-il donc danaaucun temps, en aucun pays, engendré des abus
aussi épouvantables et aussi criantsque ceux quiont détermina
riflsorrection des paysans affranchis de la Livonie? Ne no«»
y tronpons point, si les classes supérieures restent teHe»
qa'eHes sont ai^ourd'hni, leur aflFraachissement ne proeu«
rera pas aux serfs russes tout le bien-ètre cpie pourraient en»
e^er pour eux d'imprudents philanthropes : loin de s'a*
iDéKorer, leur condition deviendrait pire : au lieu d'un matti^
ils ea auraient {dusieurs. H es* fecile de critiquer et de ma»-
dire le système féodal; mais ee système, tel qu'il se trouva
établi aujourd'hui en Russie, proUge les serfe autant et phia
peut-ftre qu'il ne les opprime.
Le capitaine Jesse » beaucoup mieux jugé cette autre classe
*e la société que le gouvernement a crêéfe avec le titre de
classe moyenne,- dana la vain» espévance 4e> combler Tim^
Digitized by CjOOQ IC
HkO LA RUSSIE ET LES RUSSES
mense abtme moral qui sépare le seigneur du serf. Diverses
causes trop longues à énumérer, mais surtout l'absence d*one
loi de primogéniture parmi la noblesse, et le mépris qu'af-
fectent les classes supérieures pour toutes les professions
autres que celle des armes, ont fait abandonner les emplois
publics à des hommes indignes de les exercer. On les nomme
les chinovniks ou les titrés^ parce qu'ils ont presque tous la
poitrine couverte de rubans et de décorations. Ils manquent
complètement pour la plupart du sens moral. D'ailleurs les
lois elles*mèmes fovorisent leurs odieuses malversations.
Excellentes en théorie, dès qu'elles sont nùses en pntiqne
elles semblent faites tout exprès pour protéger le vice et le
crime contre l'innocence et la vertu. Le gouvernement a
voulu soumettre les administrations civiles à une sorte de
discipline militaire, il a tellement multiplié les formalités
qu'il rend presque impossible le triomphe de la vérité. En
outre il entretient autour de chaque employé supérieur une
foule d'espions de bas étage, uniquement chargés de se
surveiller et de se dénoncer les uns les autres; il distritme
entre dix ou douze individus une somme qui suffirait à peine
aux besoins raisonnables d'un seul fonctionnaire. Aossi
qq'arrive4-il ? pour chaque rouble qu'un chinovnik reçoit
du gouvernement, il en extorque dix au public. Dans le
curieux fragment que nous lui avons emprunté au commen-*
cernent de cet article , le capitaine Jesse avait esquissé le
portrait d'un employé de la police d'Odessa qui lui déclara
avec un impudent sang-froid, « qu'il irait pieds nus s'il se
contentait de ses appointements, x» Lorsqu'un étranger se
voit obligé de perdre cinq ou six jours et de dépenser one
forte somme d'argent pour obtenir le visa de son passe-port,
i quelles exactions doivent Hre exposés les habitants des
provinces russes livrés sans défense aucune i la merci de
pareils misérables ?
Mais cW surtout dans l'administration des biens de la
couronne que se commettent les plus grands abus. « Un bon
père de famille doine-tr-il quelques conseils à son iik avant
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son entrée dans le moude» il lai recommande principalement
de n'avoir jamais aucune relation d*aiFaire avec la couronne.
Malheur à Timprudent qui ne suivrait pas ce sage conseil! il
serait bientôt victime de sa foUo téanérité. Pendant quelque
temps il se félicitera peut-être de s*étre associé avec la cou^
ronne pour l'exploitation d'un monopole on pour toute antre
caose ; mais tôt ou tard, une parole blessante, une juste ré-
primande adressée à un agent subalterne deviendra la cause
première de sa ruine. Son ennemi se vengera en portant
contre lui une accusation injuste, il est vrai, mais aussi ter*
rible que si elle était fondée. Mieux vaut cent fois être con-
damné par un jury anglais, que d'être seulement cité comme
prévenu devant un tribunal russe. En Russie, la loi tsupposé
tous les accusés coupables tant quils n'ont pas démontré
leur innocence. A peine la plainte est-eUe dépo^, on saisit
toutes les propriétés immobilières du prévenu, car dans de
semblables procès la couronne ne s'expose jamais à perdre
an copeck; pais ses agents commencent une enquête, en
d'autres termes, une série d'expériences qui ont pour but de
leur faire connaître le degré d'humiliations et de souffrances
que leur victime est capable d'endurer avant de se décider i
acheter la tranquillité au prix que leur conscience a fixé. En
effet, afin de pouvoir faire une enquête et un rapport, ils
viennent s'établir i demeure dans la maison du prévenu, au
sein de sa fiamUlô. D'abord ils se montrent honnêtes et polis,
parfois même compatissants ; mais ils jettent bientêt le
inasque, ils affectent un ton insolent, des manières gros-
sières. Ils se mêlent de tout, font des dépenses exagérées,
contremandent tous les ordres, insultent les dbmesttques,
chassent les mend>res de la famille d'appartement en appar-
ient, jusqu'à ce que leur malheureux hête se tourmente
anUot pourî'avenir qu'il souffre du présent; mats il n'a d'autre
parti à prendre que de supporter avec résignation le supplice
aoqael ils le oondamaent, ou de leur fiiire des oflires d'argent
V>i, si elles ne leur paraissent pas sufBsantes, deviendront
plus tard des preuves irrëcasables de son crime.
S* SÉRIB.~TOXB XII. 16
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yft LA BtMife m MM M5SES
Cep6aiidtBl.ct9 wînAffuhlfn eofithuMiit ou sont cemés eon-
tMMT Uwi oupièie. Hs ont iatérè!, on te eoBçevt, i la foire
dBf«r le plu» km^lei^is possîbieY car ils s^iit logés et mnirris
an firaôs de keor Tktki». Aiisi il ieor ftml six mois entiers
pour ia^eatariti ha divén «fcjets qm ganûssent ctiie nMoni-
ftcÉareoo «aa^fcwMr «i pcor déorire les Mrers Mfimeiits <|ni
M difwiéMit ; ila aMsof ent la loncfaear, la laf geop et la hn-
ltw.de. toat*kaa wèêts et de taas les teils; ils comparent leur
va^ert a» tmvail ao» motas eoasôencieox des espions qat
ont pecsteutè, peià d'anaàss aoparavaaft, le pnteédBot loo
tave^ Une taile aauique-tr^ne, wk oioreeaii de cnoent est-fl
toanbif.et le oimeai r«ssc a'^a pa^ la aième sotidUé qae led-
■eni vomaiii» aviaai de siqela de ptoiiAe, anUinft de cHeft
d'aecusatioft. Ib. conqiteiit, exaniineat, Ton après Tautre,
flrtiae les B»e«eeaBx as bais qn'iki Iroaveiil daas la cew; 9s
m^ enreeiatrea^ aoîeneaseuent le wf^te. Un bacboir a tant
de mètres decinooaléreace, est AbrMiésar les bords et parait
tcès-solide; le bano de i'étahk alaat de- mètces^ de ceoti^
mètre» et de anUimèlras de bvgear, dépaisBeiMr el de lon-
ffifim; las vases- dcatinés i«conteaîr le laU «&I oasanseet
qpairo pied», ekc.^ etc.
.9e 0£mblidalefi ea«pi6le» daseni qpelqiieAm. mpi «MiiAt. .•
INreure évideate i|U0 la pté^eau^ adt de* so& inaoeences ne
¥««!(; paa àmtîSbr «ne partie de ea: fartmie pour se détxffrasser
de ses bowtasini. Daaaat cette longue période de teaips, il
se voit oblinè de veair ^sieaaa fois à Saiiit4^étersbottrg»
d'j[ &ire diasiiîoaianaBaeax» baUetlé de oeaven eowetdp
mîiKistr# enmmîatift* Saioulle mancpie des ehswes les fto
ntefiS6)9irea i la rie» ai A n'a pa» d^aq^ent à loi envo^. Va
deses^e^^aM^JlMpirt, et il a'ose pas ^tter aan peste pscr
a4^ ç<psçler s^ m^; qaaiad il lai^w la sair» harassé de
filMS^Q» ffiQCfibtè'dQ doMleurv A ehasefae ep vain dans la triste
aolitude ,ua amWMâLqai le fait.... Eafin, afrèssept asoées
de déaifircbas^ da telumaits, dfiausa— ■>, il a te bonkev
d'eotaadre pronaa^et awi>aeqaitlaBiea*>par le Mbaiial diargé
de le juger; maîale chagrina ai^rt «m taaactère, leasonds
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rcMi fieiHi <le tneate aii#égii, sa 4ov1M» est déiraifé; oui»
dMsre miKMeiit, mai» on n^ hti aeeonde auciine iAdettMiité»
on n'inflige aucun cbMînwtiè m nieénriMe q«r Ta dénoncé.
SmàaoKkt la justice russe n^hésite paà à se condamner eHe-
«ÉaMi, et la phn^baote eonr du ra}Mne<déeiare sotennelte^
fflent dans son artèt qu'il n'y a eu «wirn motif iMeuas é'^uxu-
BtÊiùm «mlfs 2e ;^seiN» depati le rsnHMBMMiaU ilr la jwwMiftu
fufqu'mfjomr dm pÊgtmmê.
Ce aont ces alMis trop sompuni vmmvfMsqm leadaïf â»
pliB e» plas odieina à lananve de )a mlmà rosse la chsse
Si jasproppeananl neaMoée olaaae aoo^peoM^. Ibvqttoi dem le
ezar actnel ntfàae^Nflr d'ouvrir eafta les yeua ài-la hwMre?
potttqnoî ai-Uil coofévé, par an Mit rieewl/ Yêilm âham ncK
Uaase pèrsonaeHe ans pfa» hants dîgfiiilairea de-'sse adasi^
aialmfciaQs câsilea? pwiiqwiri disttiiuaNMl am cMpIofiés 'tih-
thÔBUWB «ac «elle cpiaiAilé de décotalions? quel est 9o# 1m«?
H meul, ditril, ezéer «ne clasae moyenne. Mak dbASfe*t4l ï
ces nHaéraWesi qu'il accable d'hooiieura les'qneMtétf qvi leur
secaîent jiécesssDW? aalleaMnt. ll> dévetoppo-en eux les pas^
amMkaptnapefnieieiises, rorgiseit el V$aAMcm\ti méeo»-
tente tout à la fois la n(4>le8se et te penp te/ l.e» Térilablee
nobles svait • jalomL de ces pa^vsnua, et lesi eeris les' bsfesent
pinscaewe cfaeleuf» anciene sMttves, car tls-swreirt parex*-
pèvieMe^'ife'n'oiit pas de tyran pfaai^dufs^ d^eaneviis pins
achamés. V^Haireapudire^ en parkmt àm ovdrss rnsses^
a c^ess « sigjae qu'ils .portevl sm- lenr poitrine, ^I ce«ii-
aanade In Téaéfation de la popnlace^ aaernâ|p(|aer d'honneor
qai ne coûte rien au 'souverain et qtA flatte'Ia vanité dea su-
jets, sans rien ajouter à leur puissance. » Ce sont là des niots
vides de sens. Il est difficile de flattée la vanité 4'we.n^ti9n
sans détruire un sentiment de beapcott|]^ pr^^^la,jet nn
signe qui commande la vénératioa 4e la pofHlldA^idoîl aug-
menter l'autorité de soa possass6iir«,D*aABefas4ii iMi^MV^mûn
paye souvent fMt cher le plaisir de. distribncB A aca^daînlades
récompenses qui ne lui coûtent rien.Baia ne ptf«t*efn pas
accuser la couronne d'une spéculation honteuse? car à ch&-
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L
2b4 LA roSSIB BT L» BASSES
que nouvelle disnité qu'eMe accorde, eïte exige de celui qui
consent à la recevoir une somme d*argent »i conaidinible,
que souvent elle essuie d'fcumiliants refus.
La vieille noblesse elle-même, si supérieure à la classe
moyenne, ne vaut pas sous beaucoup de rapporte la classe
des serfe ou des paysans. Le grand seigneur russe a perdu
tout seatimeiit de ualîonalîté. 11 se plaît â dire du mal de sa
patrie, il méprise les vertus de ses eoncitoyeus, il renonce à
sa langue naterneUet »î énergique et si riche; en un mot, il
n'est fier d'être Russe que lorsqu'il songe i l'étendue et à h
puissance de la Russie. S'il se révolte contre son souverain, a
n'agit pas dans un but d'intérêt général. Accourt-il au contraire
se ranger sous l'élendard impérial, contre des rebelles, ce
n'est jamais par dévouement. ExpIoiUnt à son profit la pas-
sion de l'empereur pour les apparences extérieures de la ci-
vilisation, il ne grekè sur sa propre bartmrie que de^ bran-
ches déji desséchées, il ne demande au progrès que les jouis-
sances du luxe : il est trop ignorant pour former un seul
projet utile à son pays. Quelles sont les causes principales des
insurrectiona de ta noblesseî— les complots les plus crimioeb
ou les visions les plus chimériques, l'égoîsme ou la folie.
D'ailleurs, l'empereur a le tort immense de charger d'un
trop grand nombre de fonction^ diverses les {Nrincipaai di-
«niUires de l'éUt. Tandis que les «nployés subaHemesont
plus de temps qu'il ne leur en fout pour préparer et faire
réussir leurs odieuses machinations, leur €kef ne peut pas
même consacrer quelquies minutes à la plus grossière sur*
veiltance. Un noble de nos amis est tout à la fois
-^ Commandant en chef de rarmèe.
<— Aide de camp général.
— Commandant en chef de la gendarmerie.
— Chef supérieur de la police de l'empire.
«* Chef supérieur de la police secrète do la couronne.
— Membre du consciL
— Sénateur.
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Kir i«i ET i»a. sus
— Censear dramalkiiie, obligé de lire tonles tei piècei de théâtre
arant leur reprèsenlaiion.
— Atiacbé au service de la penonoe de l'empereur, ebargé d'as-
sister à toalcs les fêtes, à toutes les revues, à toutes les iiaradef, à
tous Ici bals masqués que Sa Majesté honore de sa présence» d'ac-
compagner partout Sa Majesté en promenade ou en voyage.
Bans tout antre pays, ces diverses fonctions occuperaient
au moins six personnes différentes. Comment un seul homme
pourrait-il les remplir? quelle constitution, même celle de
Teropereur, résisterait à tant de fatigues physiques et morales ?
Le caractère du czar actuel pique la curiosité et mérite un
sèrietix examen ; toutefois il laisse une impression peu favo-
rable dans Vesprit d'un observateur intelli(j[ent. Nicolas est
doué d'éminentes qualités morales, mais il ne possède aucun
talent extraordinaire. On vante avec raison sa fermeté, son
habileté, sa justice, sa constance, sa persévérance, son acti-
vité; malheureusement, à tous ces dons naturels, nous ne
pouvons ajouter ni l'instruction, qui rend les idées plus
nettes et le jugement plus sain, niFintelKgence, qui peut sup-
pléer au savoir. c( Pour faire le bien, disait un noble Russe, il
font trois qualités essentielles : la puissance, la bonne volonté
et la connaissance. Il possède les deux premières; mais il lui
manque la dernière. En un mot, il est ignorant, d *
La qualité la plus remarquable de l'empereur Nicolas, sa
puissance de volonté, n'est point cette fermeté douce et
calme que donne une conviction réfléchie ; c'est un entête-
ment qui ne cède jamais, ni à la raison, ni à la force, et qui,
s'ai^liquant également aux grandes et aux petites choses,
se montre tantôt majestueux, tantôt puéril. Nous ne saurions
trop louer ses tentatives consciencieuses^ quoique mal con-
çues et mal dirigées, pour améliorer le sort de son peuple; le
courage avec lequel il affronte et supporte toutes les fatigues
physiques et morales, son invincible opiniâtreté qui ne s'ar-
rête devant aueun obstacle, et principalement l'autorité qu'il
exerce sur une nature qui paraissait réunir tous les détauts
grossiers de ses ancêtres. Hais ne devons^nous pas blâmer.
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fkB LA mmE vr us mvssss
4'ao avlr» <!iMé, laèofllMae <et «ktrawieBile ftimiité de sa
cour, rédttcation futile cpi'il donne à ta tenlle, sa pasaioa
anfiailiiie ponr toat h» qui to«elM è l'anaée, rûspoptance
-qa'il «Itaeiie à la fongaew d^n éperon ou à la laiigiear d'an
beatonf Êtraageyariétè de ^nptAmes dont la cause est Ion-
jours la même.
Les Busses eia-mAioea, bieB qu'ils n'aient pas Thi^itude de
.s'occuper «de pareils siyetfi, s'^étonneni que leur souverain ait
pu tenir cacbées ses qualités acinelles jusqu'à l'époque de
. son avénefoent au txàae. Le gamd*duc ne laissa jaaaaîs devi*
ner l'empereur. On rendait honuaagey il est vrai» à la mora-
.lité de sa vie privée; mais son fauneur irascible et ses ma-
nières dures et brusques éloignaient de lui tous les individas
dignes oa indignes de l'approcher» et il A'était en réaliié po-
pulaire dans aucune coterie. A. peine &it-il proclamé empe^
reur, son caractère subit la révokiiion la plus imprévue qoi
ait jamais eu lieu en Russie. Pénétré du sentiment reUgieax
de .sa responsabilité et de sea devoirs» il parvint à devenir
d'abord maître de lui. Pour apprécier sa modération, il faot
avoir été i^lcpiefeîs, témoin des accès de coltee et des eoH
portements des principaux chefo de la noblesse. S'il est en-
core trop violent, on doit du moins lui savoir gré d'avoir sa
se vaincre <et se corriger tai-mème avant d'entreprendre les
autres ràformea qu'il se proposait d'aeeomplir.
D'ailleurs, on peut se demander ce que gagnerait la nation
jQsae à .avoir, dans l'état où .elle se trouve, un souverain
moins rude. Jasqu'â ce jour, les caars -— un seul excepté^ —
oui été aupsi barbares et aiussî cenH)mpiis que leur époque;
mais la i>wté intelligente d'Alexandre ie bienrmmé n'a-ipcUe
pas.commÂs.aV(taAitd'erreutsque l'entétament souvent aveugis
ée Nicolas? Les deuxfrères se dévouent paiement pour leur
peinas ; seulsmeiit Tua vmit les affranchir, l'antre essaye de
les discipliner. Le -caractère d'Alesandre a quelque chose de
chevaleresque ei de chrétien; son suocessrar ressemble plotM
à un bésos païen d'une sévériié inflexsîfale. Alexandne marcfae
évidemment enamnt desonaiède, aussi il m'est pas nalÂNMl;
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£v 1841 ET i8fcs. ma
Xicoha, «9 cootrakc^'cieiBQare le ijpe idéal <!# bo» pei;4ple,
le rq)rteeBlaAt le plus fidèle de ses \wiw et-de jBes «iieea.
Cette passion pour la pompe ibé&trak^ i^ earactériselaïuh
tion nisse^ Kk^las la pousse jusqu'à rextn»ra(^noe ; étomésèl
fbaraiés par la Candeur ébloutssaote de sa eour, les- étran-
gers n'aperçoivent et ne devinent pas les misérables kadtaM
que 3PeG0«vrent ces ornemeats trompeurs. Viotine Imi-mème
de ce système de par«de» Terapereur qoate une foi avmigle
^ux decumeato ofSiciets qui proclament la prospérité <ton}o«EB
croissante de Ten^pire. U «e voit pas qa'^on le Irompe^^pie
loûdemaroher à Ja ièla de la dviUâation ^wopéeiiae» la
Russie est eacore beaucoup plus arriérée que louies les At^
tiens rivales qu'elle se vante de précéder.
Nicolas a d'excellentes intentions et un zèle digne des plus
grands éloges ; mais les résultats ne peuvent malbeureuse-
neat pas répondre à ses espéraflN»». A son avènement an
trène il fonfta le projet--*- pins aiséà oonoevoir qu'à exécuta*.»
— d'exanuoer par l«»-mè«ie les dossiers de toutes tea afisirai
cnmiBelles^ en travaillant vingt-quatre heures par jour àcette
nide besace, sans prendre aucun repos, il eàt pu oonsacnt
deox minutes et demie à l'examen de chaque dossier. U vMÉ
tout voir par ses propres yeux, et il passe «ne partie de sa
vie à courir d'une extrémité de l'empire à l'autre extrémité.
Hais qnel profit réel retirent ses -sv^ts de ces marches for-
cées? ne dott-on pas regretter de voir dépenser inufileuïenl
tant de temps, tant d'argent et tant de zélé? Sans doute !es
apparitions soudaines de l'empereur sur les points les plua
reculés de l'empire, le mépris qu'il affecte, conune le 4ernj/9r
de ses sujets, pour la chaleur et le froid, Ja fatigue ai laâiis^
eidlent un entbonsiasme frénétique parmi les tosseaelnsaei»
et ont un certain retentissement à l'étranger; mais ses t^yyie
ges n'ont pas d'autres résultats. H n'approfondit rien, cm
plutôt il ne voit que ce que ses courtisans ont intérêt à lui
faire voir; craint-on de le voir arriver à Timproviste, maia
poar quelques heures, ou tieat plus â jiaralire dévoué qu'àttiv
véritablement honnête.
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Sb8 LA BrSSIE ET LES BOSSES
—Enfin les abus qu'il aperçoit par hasard et qn'il réforme
par ses ukases verbaux, sont déjà rétablis avant même le rc-
tour des chevaux qui l'ont conduit à la poste voisine. Malgré
la terreur qu'inspire son autorité absolue, on méprise ses
ordres, on n'exécute pas, ou bien on excède ses instmc-
tions (1).
Cependant il nous est impossible de refuser notre estime à
ce monarque, qui, selon l'expression consacrée, se met tn
quatre pour ê<m devoir, et dont l'activité, la patience et la ri-
gueur étonnent souvent ses soldats les plus robustes. Sem-
blable à Saûl, il domine de la tète tous ses sujets, ou phtôt
il mérite d'être comparé à son prototype Agamemnon :
Mnjeélically tall,
Towers o'er his armics and ouUliines ihem al].
Sa force est proportionnée à sa taille. Il dort dans tous les
lits; il mange de tous les mets ; il se passe même de nourriture
et de sommeil. Mesurant les forces des autres à ses pro-
pres forces, il fait périr de fotigue les jeunes nobles attachés
au service de sa personne, qui ne sont pas aussi robustes que
lui, et prolonge la vie de ceux que leur embonpoint menacr
d'une attaque d'2qK>plexie.
(t) Mots Dy wtoACTiDa. Le capUaine Sierliog en cite un exeBplefnp-
jiant. L'Uuivenité de Dorpai était injustement persécutée par M. Oot*-
roff, ininisire, que les Russes appellenl le Grand Bavard. Eofîo le léaf
rable baron Bnining, maréchal de la noblesse llvonienne, se reodit à
Saint-Pétersbourg; admis en la prifsencc de Tempercur^ il déreodil les
droits de l'Université, et il attaqua M. Ouvaroff avec autant de chaleur
et d'éneiigte que s'il eût harangué ses collègues dans l'hétel de vilk
de Berpat. L'eoiperear indigné lut promit de faire restituer ses dfoiis à
rUalversité, et réprîmanda vertemeat son ministre de rinsinietioQ pu-
blique. Les habitants de Dorpat qui Avaient traité de folie et d'impro-
dence la conduite héroïque de Bmning, accueillirent ce vénérable patriote
avec les marques du plus profond respect et de la plus vive reconnais-
nnce, mais le ministre de Tinstruction publique refusa d'obéir aux ordres
formels de son souverain, et personne n'osa dénoncer sa coadoite i
l'empereur.
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Eic IMl ET 1848. %a
Sa vigveor corporelle et 8on insensibilité morale pro«-
tégent sa santé contre les dangers qni ont détruit la con*
stitation trop délicate de son frère. Nous ne croyons pas
qu'Alexandre soit nK>rt assassiné; le poison lent du désap-
pointement avait altéré son caractère et tari en lui les sour-
ces de la vie. Il était bon et doux, il devint dur et injuste;
les derniers actes publics de son règne se font remarquer par
une étrange sévérité. S'occupant presque exclusivement de
l'armée» parce que tous les sentiments tendres devaient se
taire devant la discipline, il lui imposa les règlements les
plus rigides, comme pour se venger de l'entêtement stupide
de la nation russe, qui lui rendait le mal pour le bien et qui
refusait tous ses dons. Ne peut-on pas attribuer aux mêmes
causes la manie militaire du czar actuel ? Cette passion fatale,
qui s'àcerott sans cesse et qui devient chaque jour plus ab-
surde, ne semUe-t-elle pas nous annoncer l'imminence d'une
grande catastrophe?... car elle a signalé l'es dernières années
des deux prédécesseurs de Nicolas.
Dîflirent en cela de son frère, Nicolas concentre ou du
moins oonœntreit toutes ses affections dans le cercle de sa
famille. L'impératrioe actuelle, la première fille de roi qui
monta sur le trône de la Russie (1), ne s'est jamais mêlée des
affaires de l'état ; mais ses moeurs privées n'ont pas plus épuré
les mœurs de ses sujets, que ta répugnance de l'impératrice
Elisabeth à verser le sang ne les avaitadoucies. Sa Majesté n'a
pas songé que tout ce qui est un péché en apparence est un
péché en réalité, et qu'après tout il vaut beaucoup mieux,
dans rintérêt de la morale publique, laisser le vice prendre
le masque de la vertu, que de permettre à la vertu de folâ-
trer sous le costume du vice. Aussi a-t-elle donné à la société
russe un ton de frivolité, qui, en en imposant à un obser-
vateur superficiel, dérobe aisément à sa vue les vices et les
folies de la majeure partie des femmes. L'impératrice Cathe-
(1) NoTt DU BiSDACTiini. Lt 611e du dernier roi de Pratse. L'opinisa
publique étoii oppoiée à re mariage.
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m LA lowtE iT.un mSSSES
wimllBt rnBpàoAriee MiiieUa» ^tUMiMto» l'iMtdbraiIre,
«mailDinUiNil pmrtaa* sMft'Mrtajte mpp mi»g i'«ae a'awA
qae ëes TÎcea» Tantre n'«<|ae fa» vBrtm. Il^eepowlaiit, «elle
wl aiisf8inDie»d»la&«aBi0 qee oatte4|«t«v9i(i^Mi«tev«rti
flMuaîmabk ?CeHMi a èté|«stenie»t Miuttle, cell^là,pMr
fwrkar omame .ShilwfM«i«v » fini ytoww Jbw mugm dMs fe
«fid. »Oa fimi dîne, csans csbébAm /d^tceawMié de patadase,
ffpie si i'impàfiiirôe acteoUe était aBOias reiiliiewift, ^oa eaem-
^ secak amias peraiiâeas.
B aérait ietofs «nia d'atter latiMMmr ie capiteine leaae i
iSaîBCrBéioralioiarg; anâs araat td'Mbetar oiftta élada 4ea d»-
«BiBes otamsfis ide la société rnaaep t|u'o« aoua panaetia d'ac-
fidader au noina na soureair à i'aamaaaa ég\im ndmaak*
C'est uae abaardité, --^ naus dkoaa |daa/-^c'asl aaa iiapiéké
de (Miétoarire qm lafeligioa aatianala doitaafiMN» ei«advm
à râgaonoioe lea à riadtfRraaea àm ^vp\m. Lom d!aToir éAê
un obstacle au progrès, rjSigliaeff0cqBea8ft.drivaKaar «al(vé
aes'naagefl aupersiitieax etaea eénéiAoïnfa paériies, Mettaient
fiiiKipcl, rélénitaii vnBoienA laaiiafad delà dfttiaalâaii obw.
ftarnoasHiOiis tomtefbâa à consMor cadatddaiiuiy et caàpaat
«xnii>t.à ncÉvadigraafiîoii, eoaiâaaUlQa aotie aaaljvedaaiai-
fmasîeaa délayage d« eapUanM>an deHâ-ecdde.
- A peine arrivé à fiaîaft^Pétenkoarg, le capifaine Jesse a
«roula s'assurer par lui-nièaveqaele Aaid-Boeède IL Ifamj
était véeHeaieat le Toi desiiiaéraîres auglafa. Ce précieax ch
oérone à la andn, il s'est eaipresBé 4e visiter iea laosn*
flieata pablics, les Cttrioaidéfi^ les inslîtutioas de hi cap^ak
de laRuiaie. Au momcatoa aoas le retreu^noas, fl {nnetoui-
tqfaittemenl «n escell^it dgare aar le imloaa dHan de «s
•aiais, regardant >de èempa en teups la Neva etsee iieaax qoais
aileneiens et déserts. Toutii edop aae ealàehei quatre cfae-
vanrx traverse le pont du canal et s'anréte devant Ja porte de
la maison, (c Quel est ce personnage illustre qui vient vous
tendre visile àiuie.pareille:beare ^.deaiaAde je/ea^taiae Jesse
à son ami. — Cest sir A. W., le paenâer wtidpmn de la Kos^
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H IMl n Mfca. m
sie, liiîffépaad.lL fi. ; URiOBedleai bonne, tq«i ntpmiwÊtmh
quer de tous plaise. i» A fekmt M^ €* «otft^il *9tdkmrè om fM^
rôle», que les <— iMtiqiflg annoacèpent m A. W. Mkis
Umommke eapitaine leMeTaoenterhiimitme ta eonrenafieii
qoHl e«t avec le rieux diîrnrgîen écossais :
M*ètatit rappelé, dîl-îl, que sir A. W. avait soigné Morcau dans
ses derniers moments^ je me hasardai à lui faire une qucslion.
« Est-fl vrai, lui demandaî-je, que lorsqu'il apprît qu'il fallait lui
couper sa seconde jambe, il se tourna vers son aide de camp en lui
disant : Eh bien alors, mon cher, un autre cigare? — Non, mon-
sieur, me répondit sir A. W.; je vais vous apprendre la vérité.
Lorsqu'il fut blessé, Moreau élait debout près de l'empereur de
Bussie, qui accourat immédiatement à son secours. On le transporta
dans nne maison voisine, qui se composait de detn étages ; les on-
dolattoRs du terrain protégeaient !e rez-de-chaussée contre le feu
de r«rtjHlêrie française; mais plusieurs béi^ts vinrent frapper
letage snpéi^ieiir peniani la dauble opération qae je fus Obligé ée
pmitqver.
Dès4)<]e j*etts «xamittè la Uessiitei jo .recDpmuqae TaiopiilaiiflB
des deux jambesréiait aécetfaipcr; mais je n'aaiiotiçai fias oetteirisia
nouvelle au général. Après l'avoir pcéventi -que naus élioas /avoéi
de lui coaper «oe Jambe, n«us commençAmes au|ûtèt Topéraiiont
et il la suppoi^ta avec un grand courage. Alors seulement je lui
déclarai qi» «oas l'avions condamaé à perdra aussi Tautre jaoibe.
11 B'èUil BttlkffaeQt prâparé à œ cai|p UrcîUe, et ii. s'écria .«m
une certaine émotion : a Ah! mon cher éoelear, ponrqaei lae
m'arez-voiis f ^s 4it cela plus tôt? Mon Dieu 1 )o aérai ua niofis4fe !
oai, u&iDoofUe.! » Puas il ajaula d'une voix toeote phis aBÎmée :
» Ah 1 ce Uenaparie, il est toaj^)ui« tusarrua, il a toujours du ban-
heur. v|'ei6a|'ai«de le^calmer. « SojreeraifiAanable^BHai'ipénérai»»
lui disais-je. 11 me pria alors de ne pas perdre un inslanâ, et sam
ajosbler une seule par4>le, saas f^oaaser un seul sourpir^ il supporta
oeite saeoade opéraliou awc une patience, un coarage, une rési-
gnation vraiment admirables ; mais il ne fuma pas. Quand ramafe
baUk fio rebsaite, l'emfereur donna à Moreau une escortede oeat
ooaaquaa; eea«olda(s iejponèreataur «ae Utiiiw.JU avait oiie4eifa
firayeiarideitaalMr e&tia les aiaias deNai^an, qiieiâan.qM;llt
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S53 LA R08SIB Et LES RUSSES
QD temps affreux, il ne Toulat |nis qu'on ribaudoniiit atec an ne-
dacio dans ua des Yillages que rarmée trarefsa.
Ja le Tîs le lendemain malin ; malgré toutes les émotions et h
fatigue qu'il avait éprouvées, il élait dans un état fort salisfoituit.
Mais pendant la soirée, ou le lendemain,— je ne puis rien affirmer,
^il reçut la visite du prince M. et du duc de **\ qui passaient
parle camp pour se rendre à Vienne. Ils s'entretinrent ensemble
de rélal de TËurope et de la position des armées belligérantes. A
la suite de celte conversation, beaucoup tnip excitante^ la ficTre
se déclara... Vous savez le reste. « Ah! mon cher monsieur, ajoaU
en terminant M. A. W., Moreau éuil un grand homme, et Vcm-
pereura été trcs-aiïligé de sa mort. »
Le capitaine Jesse a consacré plusieurs chapitres à rhisloire
de rarmée russe, depuis sa création jusqu'à nos jours. 11 nous
donne des renseignements curieux sur les sirelitzs» les for-
tifications de glace, les cosaques, la solde des officiers et des
soldats, les moeurs militaires, le système de recrutement, etc.
Nous recommanderons surtout à ceux de pos lecteurs qui culti-
Yent Fart de la guerre, le fiameux catéchisme de Souvrarow, que
le capitaine Jesse a pris la peine de traduire; mais nous ne pou-
vons résister au désir d'en citer quelques fragments. Le héros
d'ismaïlest censé s'adresser à ses soldats, à la tète de rarmée:
— Les talons rapprochés, les genoux droits : un soldai doit se tenir
comme une lanee. Je vois le quatrième, je ne vois pas le cinquième.
Gardez bien vos distances.
— SoldaU... faites feu rarement, mais à coup sûr. En avant avec
la baïonnette; la balle s'égare, la baïonnette ne s'égare jamais; ^
balle est un fou^ la baïonnette un héros. Poignardez le premier,
poignardez le second, poignardez le troisième. Un héros doit poi-
gnarder sa demi-douzaine.
— Si trois ennemis vous attaquent, poignardez le premier, (ailes
feu sur le second, et débarrassez-vous du troisième d'un coup de
bàionnelte.
— Nous tirons à coup sûr, nous ne perdrons pas une balle sur
trente; rartillerie ne perd pas une balle sur dix. Sivousvoy^i
l'artilleur s'apprêter à mettre le feu, préetpltes-vous à l'iostant sor
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EN 1841 ET 18ia. 25S
s« pièce, le boolet passera au-dessus de voire tète. Les canons tous
appartiennent, les ennemis aussi ; renversei^Ies sur le Iteu meniez
poursuirei-les, polgoardez-les, faites quartier aux autres ; c'est un
crime de tuer sans raison, ce sont des hommes semblables à tous.
Mourez pour Tbonueur de la vierge Marie, pour Totre mère (i),
pour toute la famille royale. L'Eglise prie pour ceux qui meurent,
et ceux qui surTÎTcnt ont des honneurs et des récompenses. No
toormcnlcz pas les habitaiits pacifiques, ils nous donnent i manger
et à boire. Le soldat n*cst pas un voleur, le butin est une chose
sainte; si tous prenez un camp, il est à vous ; si tous tous empares
d'une forteresse, clic tous apparlienl. A Ismall les soldats se par* '
tageaieot Tor et Targent par poignées. Mais ne pillez jamais sans
ordre. ^
La garnison de SaintrPétersbourg forme à elle seule un
cinquième de la population ; mais en Russie, la force année
ne rend en temps de paix jaucun service à l'état. Aban->
donnée à ses propres ressources, la police est trop foible,
trop molle ou trop compatissante pour arrêter les voleurs.
Aussi les crimes contre les propriétés se multiplient- ils
en Russie dans la même proportion que s'accroissent les
chances d'impunité. Jamais, lorsqu'on a le malheur d'être
volé, on ne fait sa déclaration à la police ; car ses recherches,
si elle se décide à en entreprendre, sont toujours infructuen-*
ses. Des personnes bien informées ont affirmé au capitaine
Jesse que les filons qui avaient les moyens d'acheter leur li-
berté, échappaient toujours aux agents chargés de les ponr^
suivre ou s'éTadaient de prison dés qu'ils étaient arrêtés. Les
chefs de la police russe, qui touchent de trés-faibles appointe-^
ments, amassent, comme tous les autres employés, des for-
tunes considérables.
Autant la police publique ft:; montre faible et bienToillanle,
autant la j^ce secrète est forte, sévère et redoutée; le con-
seil des di)t de Venise ou Tinquisition d'Espagne n'araienl pas
des espions plus habile». Gomme le Atmeux solitaire de M. le
(1) L'impératrice Catherine.
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m LA ROMSt B US BUSES
Ticomte d'ArUnc;Qiiiiv «Ue voit tout, elU «uUiihI Iou^ elle est
paxlottt, àm^l^ p^Lv»* iopérûàus,, daii^Us«akiiis d«i iieUes»
dMB les cftbftAe» deaserfe» flooa U teBta deaflèiiteiwL et sur
It gtMané dfsniètBméa vaineHi amiiaft^. dans* les chambres
des casenre» oseona feapoats des aa*im, datiû&ns lascoap-
ieers des- tnardiaiidïs dans fe» hôtels, dam Flnlértear des
Toitures puMiques , aux fRéJMres, amr promeimdesv dans les
égitses. "Personne ne peut se sonsftram; S sa survtpiliance, nul
n'est â Tabri de ses persécutions. Elle est aussi absolue qne
bien înforifiée ; son caprice fait sa Toi. Malheur â celui qui a
seulement excité ses soupçons ; il se voit arrêté, enaprîsonné,
banni, sans savoir pourquoi, sans pouvoir obtenir justice, sans
même oser se plaindre. Parmi les exemples que cite le capi-
taine Jesse de ThabileDë et da pouvoir da la police russe, nous
ehpi6iron6 le suivant, qui nous paraU caractéristique :
lly s quelques années, l'amlïa^BadQur d^ Suède ajant reocontté
dans la rue le Benkendqrf de cette çpaque, lui deçianda, au miliea
de la conversation, s*ii n« connaissait pas un Suéiois arrivé tout
récemment dans la capilalc, dont il ignorait le nom, mais dont it
luf dpnnait fc signalement. « Je prendrai des informations, » ré-
pondît le directeur de la police prfs au dépourvu. Trois seoroines
après, une nouvelTe rencontre a Tieu. « Ah r bonjour, dit le mon-
cftard k l*ambassadetrr; Je sut? charmé dte vous voir; if y a quinze
jbtrnrqtie totrcf homme est en prison. -^ Hèn homme! ii'écrie le
diplimiate sta^fait; maiff'qael homme? -^ Gtfvi dent tous nV
w parlé il y» trois semaines, ea me-dovomt êoa signafeneot, ré-
fti^uaaao.Bilcriûeuiear naa meia&éaMMié. IMc éèairka*vo«s pas
qil'eiilefîiafliétcff^
L'ouvrage du capitaine Jesse pourrait .eaooie noos fournir
u)^a foule de fait». cpi^ew codooqraant les OMpur^ privées des
l^Hi^^;.9^iajM)«i^,ner lu empruaterow plus qu'une senle
M. J. 6. KoWv jurait 1» dsoU d^nooft. w^oper de partialité si
nous le traitions moins favorablement que notre aimable et
spirituel compatriote.
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m 1»1 n 181».
JeflMpiMMMâs'W* joar, dit le «ipilate tam, Mtctm {
russe ; pendant que nous caunoos, «v homme pâte; «iM%rt et
couvert de haillons, vint nous demander laumône. Mon compa-
gnon, touché de pitié, prît aussitôt dans sa bourse cinq kopecks,
qu'il offrit à ce malheureux. Mais celuL-cî, oubliant qu'il s'adres-
sait à un Bosse, le remercia d'avance dans sa langue maternelle^
c'est-à-dire en polonais. « Ah I tu es Polon,ais ! s'écria le gnnérat, ef
remettant immédiatement son. aumône dans sa poche, il ajouta r
Alors va crever plus loin, chien ! (1} »
L'eiMeiitiide mîAstiaiiae de leurs des«sip4ions a fait coib|a« ^
rer cpMiquet éctÎTaiiMi à certaiM peintres flamaoia cm hok^.
bndmo, tels «pie Mîerw, Van Steen, etc. Mats Tosyrags de.
M. KoMsttr Saîift-Pétersboofj; n*esf rien moifia cpie ie da^wm'
réoiype. En efiet, M. Kohi a tenu, chose rwe, toates* les prio»*
flsesses de son titre : Petershurf %n bildern und êkizten^ TV
bleaut et esquisses de Saint-Ktersbourg (2)'. IT nous repr**-*
sente avec une vérité et un talent qu'on tenterait vainement*
d'égaler, la capitale actuelle de la Russie telle qu'elle est, telle
qu'il Ta vue en toute saison^ à toute heure du jour ou de ta
noU, sous tous ses aspects. Il nous montre sa population
dans toutes les circonstances de la vie, depuis le baptême de
l'eafant aûinceau-né. jusqu'aux funérailles du vieillard qui^
vient de mûucir. Lea Russes eux-mêmes liront les sept ceats^
pagfeade ce gnro6 volume iB*8P avec plua d' intérêt, plua d'aviditiii
qoe Is aatraa uttions de l'Europe. Gtand serait soif e aoH
bnrras si nous éliona obligé de faire «n oboci dana « préN^
cietti trésor car toutes les pièces qui le composent ont. «m
. .1
(1) TfoTB DO aéDACTEUR. Certains nobfdâ polonais rèdcu^etit Xtl^ttAetii
pour leurs enfants les dangers auxquels les exposerait la bomiafteiameer A&
leur langue maternene, qoTfls les envoient dés leur* bas âge à Odessa W
daitf d*atttrtf tflfeséfoilsnéev dans lesqaeRes tfs ne puisveiif jaèMM«»>
tendre prononcer un seul mol de polonais.
(2) Cet ouvrage vient d'être traduit en anglais sous le litre de la Ruiii9
et ta Rum» en 1812.
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3S6 LA RUSSIE ET LES RUSSES
valeur égale. Cependant, pour jusiiier nos éloges, nous en
citerons au hasard quelques fragments :
i^ucuRe capitale moderne ne peut se vanter, comme Saînl-Pé-
térsbourg, d'être presque entièrement compo ée d'édifices el de
palais gigantesques. Les habitations de la clause pauvre y ont elles-
mêmes un air de grandeur. On y remarque plusieurs bâtiments
qui renrerment des populations entières. Ainsi le palais d'hiver
compte G,OÛO habitants, Thôpilal militaire 4,000, Thôpital des en-
fants trouvés 7,000 ; certaines maisons particulières rapportent à
leurs propriétaires des revenus supérieurs à ceux d'une province.
Qadques-unes se louent 50,000 et 100,000 roubles par an. J'en
citerai une dont le rer*de»cbausséc contenait, outre un immense
baiar, un nombre considérable de boutiques occupées par des Al-
lemands, des Anglais et des Français ; deux sénateurs et piasienrs
familles très-riches habitaient le bel étage ; au second, il y avait une
institution très-renommée dans la maison, des académiciens, da
professeurs, des maitrci de musique et de danse ; enfin, dans an
arrière-corps de logis se trouvaient réunis, avec une foule de gens
sans nom, quelques généraux retires, des majors et des colonels
un prèire arménien et un ministre allemand. Si la ville de Saint-
Pétersbourg périssait tout entière^ et si cet'e maison restait seule de-
bout au milieu des ruines^ses habitants formeraîentencore une société
politique complète dans laquelle tous les rangs, depuis le preoter
consul jusqu'au plus humble licteur, seraient représentés. Lors-
qu'un semblable bâtiment esldétruit par le feu, deux cents familles
font banqueroute en même temps. Il faut «voir une patience sur-
humaine pour chercher un locataire dans une maison de SaintPé-
lersbourg. Demandez-vous une adresse à un agent de police sta-
tionné à une des extrémités de cette maison, il vous répond avec un
imperturbable sang-froid qu'il n'en connaît qu'un seul côté. Deux
individus qui demeurent sous le même tuit sont quelquefois logés
à une telle dislance l'un de l'autre, qu'ils n'oseraient pas se donner
le litre de voisina; enfin un voyageur a eu raison d'afûrmer que
cbaqne maison de Sainl-Pctersbourg èlait une véritable petite ville
de province.
Tous ces palais et tous ces édifices gigantesques reposent,
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m i8U ET 18^2. 257
—personne ne l'ignore, — sur des fondations mal assurées, et
peuvent être d'un instant à l'autre détruits par les éléments;
mais M. Kohi nous donne des détails curieux sur les dangers
qai menacent sans cesse la cité impériale :
< Le golfe de Finlande, dit-il, s'étend en ligne droite à l'ouest de
Saiul-Pélersbourg sur sa plus grande longueur; les vents les plus
violents viennent toujours de Toaestet refoulent directement con-
tre la YÏlIe les eaux du golfe. Si le golfe était large en cet endroit,
il n'y aurait aucun danger à redouter ; mais malheureusement ses
rives se resserrent à peu de distance de Saint-Pétersbourg, qui se
trouve bâtie à l'eitrémité la plus reculée, où les eaux sont enfer-
mées dans la baie étroite de Gronstadt. D'un autre côté» la Neva,
qai coule de l'est à l'ouest^ verse en ce lieu même ses eaux dans le
golfe, et lutte sans cesse contre les vagues furieuses refoulées par
les vents d'ouest dans une direction diamétralement opposée à son
cours. Les îles du Delta de la Neva, sur lesquelles reposent les fon-
dalioDsdes palais de Saiol-Pétershourg, sont singulièrement plates
et basses; du côté de la mer, elles disparaissent complètement sous
les eaux, et leurs points les plus élevés et par cons('quent les plus
peuplés ne dépassent que de 13 ou 14 mctresla surface du golfe.
Si la mer montait de 5 mètres seulement au-dessus de son niveau
ordinaire^ elle inonderait toutes les rues et toutes les places de
Saint-Pétersbourg; si elle montait de 10 mètres, elle engloutirait
en une journée les 500,000 habitants de la capitale de la Russie.
Une semblable catastrophe est toujours imminente. 11 suffirait, pour
qu'elle arrivât, qu'un violent vent d'ouest soufflât au printemps,
pendant les hautes marées et au moment même de. la débâcle. Les
ilei de glace de la mer seraient lancées à terre et viendraient heur-
ter celles du fleuve. Dans ce grand conflit de ces terribles puissan-
ces de la nature, tous les palais et toutes les fortifications de cette
capitale extraordinaire disparaîtraient en poussière, et la ville en-
tière, avec tous ses mendiants et tous ses princes, périrait sous les
flots comme Pharaon dans la mer Rouge. Les habitants de Saint-
Pélcrshourg songent souvent avec effroi à ce danger qui les me-
nace; mais ils espèrent que ces trois ennemis, le vent d*oucst, la
baate marée et la débâcle, ne parviendront jamais à unir leurs
5« SÉRIE. — TOME XII. 17
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25&. LA RII68II; EST UBB^IIWSES
efforts pour les p/erdrec^Heareiuein^Dl on comrtteisoiiaihUrqwaice,
espèces de yen t.
» Si les anciens habilant&dos Iles de la Neva.araievli JèguéJewi.
obscr valions à leurs desccndanls,i nous, saurions à p^u p/ès com-r
bien de fois une telle combinaison peut avoir lieu durant l'espace
de mille ans. En somme, nous ne serions nullement étonné d'ap-
prendre qu« Séint-Pèiersfaburg, qui a snrgiH(mt à coup comme ud
binllbotraéféère dutnifiéu des marais dé la FfnMnde, a disparu
enoore'plA» premptemeot' Q'6e^éu Ist protège! »
Tous 4e&itravM&\.dd8tboiMiM&ne4KiaBrraieaft^ pas^pvèrenr*
iuei6einM«Ui>oalaBMtt^Qâi:{)ale<to«jo««^ il esterai'» àé^i*
co«Btoux^i9iidfrfio«v«He8dtBiie9<e4d6fimireaiir canavr; mais'
les dhrer8efr*tenlâtiy«»^ttitèe'piMirmettfe'ces grande projetsi^
exéeirtioB' n^oaA' serri ^qu'à^ démontrer leur inutilité. Saint-
PMefvbbwg' n'essaye phn nnéme dé se défendre contre lès-
iorvasioBB det^eTedôotaUe ennemi qui la menace sans cesse;
elle se contente dé prendre dès mesures dé^prudence, et de
s'apprêter à fuir devant lut, s'ilpaiaissait vouloir la contrain*.
dre jamais à lui céder définitivement la place qu'elle occupe
àl'embouchure de la Neva. Les eaux idu. fleuve sfélèventidles-
au-dessus du. niveau ordinaire^, de maoièie.à caasar das loi
qpiétudes sérieuse6,.,on^ tirale caoon ide. rAmiraDië , et, (mt
ad30se.attsaitôt.de8.tsignaux.rsiBb toiiteftdes^ovfBtJDi&qfteit?
crue'.aiigpeBie^ o»itireiu* conpide oiummi d'faÉiirefe»>ha8ns
Q«aQdles:eamfiiBonléaÉrJes^ii«ffllen-lés<pltt»te»^ lés-coups
da oaniMi'Se sBOoéflMit d»«qiiHne'nMiiiités en quinze -mîmites;^
eflfih^ lopsq«er4eKiftiigw siaecitrtfyMÀrsqaela^H^dfè-mèine-
setrouve'Qtteîfité, de cniq^nriBiités en* cinq-mimites; eti là
demiéro extrémité, dé minute' en minuté.
M. Kofal ratonteensuite dans tous ses détaOà là grande
inondation dû 17 novembre iSSh) là p)us terrible de toutes
celles dont Saint-FéCersbour|[ ait g^rdé.lè cruel souvenir.
Les eaux montèrent si doucement, et si innocemment (im^'
ehuUig]^ qna les habitants des quartiers éUugpés^ n^'enteodani
p^.Ie canon d'alaiane, naMConçureat aMona orwt^^eiioattf
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m IWi Ef ISttV 299^
timèrMit *d6' se Imer à lèufB * itarraTrx; Plftstèfurs-^miniérs de-
ces maMiteiircttX' payèi^nt' de lèar vie cette fatale sécurité.
Iffiiisdèè qaelèfnnine etttpn'is'eii quelque serte possession
de la ville, il' devint aussi terriBlé qu'il s'était montré ju9-
qn*alors inoffënsiritbndà furieux par un .violent vent d'ouest,
il se répand comme un torrent débordé dans toutes les rues.
II remplit les caves et les rez-de-chaussée de toutes les mair?
sons; il sort en colonnes jaillissantes par les .ouvertures des
égpats; et augfnentant de minute en minute de .force .et de.
volume^il entraîne, dans aon.cour& taiiies.le& voitures, qu'il
reac(Hitrei Malb6ur«attx.co6Ws.qi^;e86a](eat'da.saiaver leurftf
cheTaiizi *ilft..pénssMiiia¥60kettK^ii. milîeinde» eBu. .PartetiK
les.mais»nas'éccoiri6aft;x3eUe0*qiiii8#Btf ooifltniiM6r«itopietTe:
dfetaîUe ngrf^iiiyf t*pi»> rériiÉoBam seconge» qi['eiles''reç(m-
veaM^ GrikeiC|iiîwia*ibâiie»9eB bbîsy ameÉcbèeR'àdtiird 'fendis
ti«nyitellMtdatis4«»T«eftet sorfesçla^deBftolfliqaee^ivectôus^
leors bobilànto.Des b^nmifts^etdèsfênmies, swrpris^par'nhon^
dâlioB, se rèMgpent^uf 'lés branctibs dès'arbres dès squares. Oh
est obKg6'dè*fàire*nroiitër'au second étage les chevaux et le
bétail qu'on est parvenu à sauver. Personne ne peut quitter le
lieaoù'irse ttouve. Pliis d'un père ignore le sort dé ses en-
&nts ; plus d'ùa mari est séparé de sa femme.Cependantles eaux
s'élèvent toujours, ei la nuit vient. La ville inondée demeure-
plonge dans l'obscurité la glus profonde ;Jac.lunei a'éclaira»
même pas cet effrayant tableaui Après ^voir monté pendant i
vingt-quatre heures, les eaux s'abaissèrent ; alors seulement
OB oottnit tenlei rétondoMkt ésBs dtautÉeéx dée roM* eaèièrèe
s'étaÛBt éùtasiàm^ plmùmaxw'.miliiusû^èlxtsbamÊim araient.
pin; lap0rtéHoUk(fD*eo«nB«olûOi,O6Q,(M»1derMblë6veavf^'
r(ttiâfr,O0(M)M^ti«6ÎHies.Ik>iir(Doaib^ lee emr^
enseTBlkaaV^di|>oBèiMifiBrftDatKmt«Hicbe deftaowdi»iit4èft>
exbaliMOBs fSUteengttMirènfisttxim'softeïde'miiiiiâi^tpeftti^
lenUeUetfiÉieKefçaadÉ^giuidteavvv^
La 'Ifw«>eBiipaiinMi.HoU (oa eiij^uépvisalyle^d'étudi»» .
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260 LA BUBSIE ET LES RUSSES
enreloppée dans un manteau de glace ; ce n'est qu'au milieu d'avril
que les eaux deviennent assez chaudes et assez fortes pour briser
les murs de leur prison d'hiver. On attend ce momoit avec la plus
Tive impatience^ et dès que les glaçons, séparés les uns des autres,
descendent à la mer et permettent à une petite barque de naviguer
sur la surface unie du fleuve^ des coups de canon tirés de la forte-
resse annoncent cet heureux événement à tous les habitants de la
ville.
3» Aussitôt; quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, le com-
mandant de la forteresse, en grand uniforme et accompagné par
tout son état-major, se rend au palais dans une gondole richement
décorée, porteur d'un magnifique verre de cristal rempli de Van
de la Neva, qu'il ya offrir au czar au nom du printemps et du dieo
du fleoye. Admis en la présence de son souyeraiq, il lui annonce
que l'hiver vient de finir et que le fleuve est rendu à la navigation.
Désignant ensuite de la main la gondole amarrée au quai, — le
premier cygne flottant sur les eaux» — il présente à l'empereur le
verre de cristal rempli d'eau de la Neva, et Sa Majesté le vide im-
médialemeul à la santé et à la prospérité de sa capitale. C'est le
verre d'eau le plus cher qui se boive sur toute lasurface du globe,
car, selon un ancien usage, l'empereur le rend plein d'or à celui qui
le lui a offert plein d*eau. Autrefois on le remplissait jusqu'aux
bords de pièces de ce précieux métal ; mais chaque année IcsTerrcs
augmentaient de volume; l'empereur voyantqu'il avait toujours une
plus grande quantité d'eau à avaler et une plus forte somme h payer,
déclara qu'il ne donnerait désormais que 200 ducats, prix impé*
rîal, après tout, pour un verre d'eau.»
Cette débâcle si désirée se feit longtemps attendre. D'abord
de larges trous se forment de distance en distance sur la sur-
face glacée de la Neva, qui se couvre partout d'une lé^re
couche de neige fondue et malpropre. Aucun tratneàu, aucun
piéton n'ose plus se hasarder à travetser le fleuve : chacan
est impatient de' voir disparaître cette horrible croûte de
glace désormais inutile. Cependant des semaines entières s è-
coulent; le temps est doux, le soleS cfaand, et la débàdena
pas lieu. Une forte averse produit plus d'eifet que trois jour-
nées de chaleur. Quand Teau qui recouvrait la ^ace dispa-
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EN 181^1 ET 1»2. 261
ratt, on commence seulement à concevoir des espérances et
des inquiétudes : c'est an signe que la glace se détache des
rivages, et qu'elle est percée d'une infinité de trous, à travers
lesquels Teau se fraye un passage. En général, la déb&cle a lieu
entre le 18 et le 26 avril ; le plus souvent le 18, c'est-à-dire
dix fois en un siècle. Jamais la Neva n'a été débarrassée de
ses glaces avant le 18 mars; jamais elle ne les a conservées
après le 12 mai. Elle se prend vers la fin de novembre, pres-
que toujours le 20, c'est-à-dire neuf fois en un siècle. Enl8269
elle ne s'est prise que le 26 décembre, et en 1801, elle était
déjà arrêtée le 28 octobre.
La débâcle de la Neva dure à peine douze heures ; mais leur
fleuve rendu à la navigation, les habitants de Saint-Péters-
bourg ne sont pas délivrés de leurs inquiétudes. II faut en-
core que les énormes masses de glace du lac Ladoga traver-
sent la capitale de la Russie pour se rendre à la mer. Le lac
Ladoga, qui est situé dans l'intérieur des terres, et qui se dé-
verse dans la Neva, n'a pas moins de quatre cents milles car-
rés. Souvent, durant les plus belles et les plus chaudes jour-
nées du printemps, le voyageur surpris aperçoit tout à coup
ao milieu des flottilles de barques qui sillonnent les eaux de
la Neva, descendre majestueusement une île de glace du lac
Ladoga, entraînant avec elle les débris d'un traîneau de pay-
san, ou le cadavre d'un cheval tué^par le froid.
Les Russes font une énorme consommation de glace. Non
contents d'avaler à chaque instant du jour de l'eau glacée,
du vin glacé et de la bière glacée, ils boivent souvent du thé
glacé. Ils épuisent pendant l'été toutes les provisions qu'ils
ont amassées pendant l'hiver. Chaque habitant de Saint-Pé-
tersbourg, le plus pauvre comme le plus riche, a sa glacière.
Sa passion pour la glace coûte annuellement à la capitale de
la Russie 2 ou 3,000,000 de roubles, c'est-à-dire de 40,000
à 60,000 £.
M. Kohi consacre un chapitre entier aux itsvostchih. On
prétend que si Londres compte, comme l'affirment certains
statisticiens, un driver [conducteur de voiture] pour soixante
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|902 LA amSIE^'ET.EBS, DUSSES
ihabUanto^àSaÎAt-Pélerabeiirjg oi> en compte râcents.M.KoU
(.estime leur nombre total à luût.ioille.jEa effet» danaanciuic
»«itremIleduimondeJeursrfieirvice5iae«antfp)us.Héc6ssaires.
rLesRjftssesn'aimenttpa&Àtnarcber ; d'ailleurs» quand même ils
/.siipportexaieiit,TolQafieTs laiat^Çy.ik ne ponnaieot pa&«e
< passer, de voitures. 'Les.com^e&âoatstropilongues dan» cette
^initteAsejcapitalçy. où il faut plusvdetviqgt-cioq mioutes petr
.d^sser/se^ulement. troisMtimeaiscS^aTés 1 «un de l'autre ])ar
iwii étroit, oaoal . . Un . iodividu^ii d^îeunurait, liilaerait et irait
laïuhalidausUrois quartiec&.djffèrento, 4aB&.flsèBi&^ortir delà
région fashionable, employerait sfpt .Mi^bmtiJieoTes du jour
,à. courir .les rues. .StWilkuBs, oorfaiver, lawi^; en été, la
.poussière; en toute^aKon, le nanvaîs .itat'dn jiav^» rswkat
. les promenadesâ- pied trà87pénï)lfls, l cuBsi enlead-^n detoas
.cAtésretentirfà ses,oreilles ces deax.inots.:.2^:taùfj|ee<idtt(,
Mhistvoitchik. Hais cédoos.la.,parii>lerÂ?M. KohL:
» II) n^esr'^maisaéoessaire' de» répéter le 'mot <Aiv«t /quelquefois
'«é«ie 11 suffit de penserqa'Mi a hetoiod'uniîitvestèhîketdejHer
-:4eieôié tm regani scDulattnr/anssitétuaedeantae de iMieetox
:,aco(HircBt ai| près de «eus. i£n use sec^ade Iqs museliéreasaitt mises
^en i^ce, les chevaux sont bridés, «t^hague.istwstcbiky lesgai*!S
en main, assis sur'son sîçge, 6eitieiit,prét.à.partirau.frciBier
signal.
« Où alleztvous, sudar? — A rAmicaulé. — Je vous y condairai
pour deux roubles, dit une voix.— Pour un rouble et demi, » crie
une autre voix. Toas n'avez pas encore pu répondre, que d^t
un troisième istvostèblk vous a otTert de vous mener pour un demi-
rouille ; vous prenez celui qui eU le meilleur mar^^hé et souvent le
moins bon, et vous voiis^Tosîgnez-àf recevoir cn'pattan tune dt*ebargc
de sarcasmes et d*épigrammcs.
*t CoaiMcHt, èdiU9éhka;r(ms #t6S»si avardinPouT'épargmr quel-
ques kopeks; veas>Tous faites «ondarrefparnopauvreyîàMeirpeiee
couvert de haillons, qui vous versera en chemin, avec 8Mi dievil
beileux. Prenez gardeià lui, o*e$t un ivrogne ;iil'»(cllsmciil lu ce
^mattn qu'il ne pant pas se tenh* en.équiUI>re'$ur<9on;aîége.>lbTees
, mènera à la Boucherie, et il .jurera que a*est.rA»irauAéw» Capi
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'BN'lMl'ET «MB. '2113
t'dat'félieMHiervHl^idmis-sa'i^ahbe ti nrarmiire entre ses deAts :
c« ffit0k€90U,rmo:t9tÎ!§mM A0a,i9éêar,* «iou9 marreherons' dPtin' bon
La plupart des istvostchiks sont des ftassesiies différentes
provinces de Tempire; le reste se compose île Finiaiidâis,
d'Esthemeas, de Liroaiens, de PolonaisFjet d\Altonaiids ; ils
-arrivent à SaintfPétersbovrg, à peme i^ési^erdeuze «^ de
iqiatorze/ansy's'eqga^nt an senrice de oqMlcfite ntàttreilt-
ivestckik; puis- qoaadils ont amassé un fietitipdaite, iisachè-
«lant un éye|aipage< et volent- de.'lears proprestaites/Leurni-
'dngtriey.'ooianie. toutes les «atres indiiitms>eiisRossie,^efet
ipalfùlcment likre. Le. foin devient-il trspit^hcnr à^SaîaUPé-
«tenboarg, 1 Us. plient baga(^ et vontexeceer^'lemnpnifesskm
•WT'iQpavédeliotoow. I>aas le» villes îda^nsoitnree oùile^foin
"fleooAteipaesqHe rien, ils ont ocdinairement <deax fhevam.
A*8aini»eétctibaarg, leurs pratiqaes donnent ;ae contenter
'd'an aeal. A Vappnx^ de l'hiver, ils sortentoTec joie de la
-tMttiae leur 'équipage» fayori, le tratneau, dont ils se sont servi
fiuilpé laboue.dwpriÉtenips, tant qu'ils ont: trouvé quelques
*débris.de .glace foAdue dans les rues. L'étévenu, lébruyaAt
*droihkyTempiace< le. tratneau. Aucun istvostehik ne possède
tane voiture vcouvenée: car les manteaux des voyagears^sont
*tniBés les protéger suffisammeilt. contre les^ intempéries de
(bteeaplière.
le prix de la oourse a'étant pas fixéipar un tarif, jou est
obUfb ohaqse.foi» qu'on sesert d'un iatvostehik^ de conelvf e
-Ole sorte (de marcié avec ini. Bn i^énénil,' Us se. Montrent
taBaexraîeonnables/ et ils roos- mènent pour une Catble*somnie
^à der^grandes i&tances. iLenvs prétentions .varient arec le
ttsMpa; îls^fiontiptest ou. moins difficiles é'«sàtiaiûre, selon la
couleur de la journée dans le oalendrier.grecjLes joavs<de
-file, o^eMHfiHdtre* les. jours .rouges, ils nctUtmimtentipas un
-àopik.'Vevsnmidi, àtrkeoreoù^la population enttère^semble
iriispemèe dans tes iftfes,< et > où $e .tnaitent toUtestles aAiires
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S64 LA RUSSIE ET LES RUSSES
importantes» ils vous demandent deux roubles poar une
course qui dans un autre moment vous coûterait à peine un
demi-rouble. Mais le matin et le soir, ils deviennent les pins
polis et les plus obligeants de tous les cochers ; souvent même
si la chaussée est couverte de boue, ils vous passent gratis
d*un trottoir à l'autre.
Pour reconnaître à quelle nation appartient'un istvostchik,
il suffit de regarder comment il conduit son cheval. Les Al-
lemands sont les plus raisonnables, ils parlent rarement et
ne se servent que des guides et du fouet. Aussi immobile sar
son siège que s'il était de bois, le Finlandais répète inces-
samment avec un accent traînard, nah, nah. U se contente
seulement de varier selon les circonstances les intonations
de ce monosyllabe. Ntui^ ntia, telle est l'exclamation que le
Livonien se décide à pousser dans les moments difficiles,
c'est-à-Klire lorsque son cheval ne veut pas suivre le bon che-
min ou refuse absolument de marcher. Le plus remuant de
tous est le Polonais; jamais il ne reste cinq minutes de suite
tranquille à la même place, il ne fait que descendre et mon-
ter, il s'agite sur son siège, il siffle, il crie, il fait claquer son
fouet, il secoue ses rênes; mais sous le rapport de l'élo-
quence, le Russe mérite d'être élevé au premier rang. Rare-
ment il se sert de son fouet, et en général il se contente de
frapper avec le manche le brancard de sa voiture pour aver-
tir son cheval, qu'il appelle des noms les plus tendres^-mon
frère, mon petit père, mon bien-aimé, ma petite colombe
blanche, etc., etc., et avec lequel il cause perpétuellement.
— Allons, ma colombe, un peu plus vitel qu'y a-t-il? étes-
vous aveugle ? Du courage, du courage I prenez garde à cette
pierre! faites attention. Ne la voyez-vous pas? Cela va bien!
bravo 1 Allons, tournez à droite I ne regardez pas ainsi de
côté ; les yeux en avant ! Hurra I luch I
Malgré son indépendance apparente, l'istvostchik est sou-
mis à des lois sévères ; que sa voiture ou que son cheval tou-
che seulement le pied d'un piéton, et il encourt une amendeet
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EN IMl ET 1842. 965
la peine du fouet ; s*tl rearerseun piéton sans même le blesser,
on le condamne à être fouetté» on confisqne son équipage et
on l'exile en Sibérie. Aussi les piétons peuvent trayerser à
pas lents les rues de Saint-Pétersbourg les plus fréquentées
parles voitures. <c Prenez garde à vous, crie un cocher, dont
les chevaux sont lancés au galop. — Prends garde à toi, istr
vostchik, songe à la Sibérie, » répond le piéton, sans mar-
cher plus vite.
Imitons la prudence des istvostchiks de Saint-Pétersbourg,
arrêtons-nous à temps , et n'empruntons plus qu'un rensei-
gnement statistique à l'intéressant ouvrage de M. Kohi.
a Dans tout l'empire russe, assure l'auteur des tableaux et
des esquisses de Saint-Pétersbourg, il meurt chaque année:
20,000 individus âgés de plus de 80 ans. Le chiffre total
des morts ne s'élève qu'à 60,000.
— 900 âgés de plus de 100 ans ;
— 50 à 55 âgés de plus de 120 ans ;
— 20 âgés de plus de 130 ans ;
— 8 âgés de plus de 135 ans;
— Enfin 2 ou 3 âgés de plus de ih5 et même de 155 ans.
Cette longévité extraordinaire est due à la constitution
robuste de la race russe esclavone, à la salubrité du climat et
à la simplicité du régime alimentaire.
« Aucun étranger, dit le capitaine Jesse dans son dernier
chapitre, ne peut quitter la Russie ou obtenir la remise de
son passe-port si son départ prochain n'a pas été annoncé
au moins pendant dix jours par les journaux allemands et par
les journaux russes à tous les marchands qui pourraient avoir
le payement de quelque facture à lui réclamer. Enfin ces for-
malités remplies, les triangles adorés, les chinovniks satis-
faits, nous primes congé de la Venise du nord. Nous la quit-
tions sans regret, trop heureux de fuir loin de nous
A land of tyranU anJ a den of slaves,
c Une terre de tyrans et un repaire d'esclaves, »
vers la capitale d'un état voisin, moins puissant sans doute,
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tat6 LA RUSSIE £T US ]Ur6US;ENul841 ET 18^2
*mmiapV»/mMsi. Les.'élnuiiiptffStqHi visiteroat la ftBMÎedais
<le-liTve'/derM.fl£ohl\ii6 paii«|^oilt poB» en.aehoiyait leor
▼oy«9e/fes5aeBtnttRt8t qu'éprouva à son dépari de-8aiat*fè-
^«eiriDoarg leeapitaitteleftae. Us n'auront qu'un regr«t, cckii
(jleileToirjMiièbiBi; et(pcoi-4tre.flerottt^ilsxH)flUiie neus-teatés
jée>lecraconitnaw.
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ijratotn* ~ |Jljtlo50jîljw (t).
LES .PREMIERS JÉSUITES.
U.
'BJTHKZ. ^— TRAlfÇOlS BOKGIA. — 'IKLtARIim. — ACOrATHA.
Troi^môts noossuflSrorttpotir tracer'le caractère deFran-
Çois-XaTwr: c'était on fanatique, un papiste, un jésuite (2).
' Cette ^gradation, dont il nefetkt pas renverser les termes, com-
'preiid bien Hes- censures, et cependant elle n'épuise pas en-
core tout ce que, dans nos idées protestantes, nous pouvons
•reprocher à cet apôtre du catholicisme rontain. Son intelli-
•jeBte,'«ntaiit qu'elle s'exerçait sur des vérités purement nié-
•tephysiqucSjina'nquaft de vigueur, deélarté, d'indépendance;
*«a crédulité puérile eAt accepté, à l'égal des dogmes qui lui
'(l)'Yolrle numéro de novenfibre pour le premier extrait.
WîferrR OTJ RÉDACTETR. 11 hnporte^de ne pas oaMier que c^st un pro-
*taimtj(|vi parle, et-c'tstpow cela q«e*iiM8«f)^lagUMS'pas'eetleatta-
^ihienqu'ellei Ooiituiieav«c.le'.«on §éiiécaltiletVariiete.«Noii8 ^avoas
«ijooter que r^aprit daaa Iq^aal ^cril. M. Maoaiiiayfk'cstfpaDaaisr^iMiveau
fu'oo pourrait le croire panai les pvoteilaaU anglais. Caox ffai veudraiMt
KmoDter aux origines de ces tendances catholiques davront rechercher
nnlivre très-rare et très^urieux, écrit par lord Fitz-Wiiliam et dédié k
loms'XYm, alors en Angleterre. Cet ouvrage estinlilùïé : Utîrn
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268 LES PREMIERS JÉSUITES.
fiirent imposés par Loyola, toutes les religions possibles, et
celle-là même que Faxiondono prêchait aux étudiants deFian-
zima : cette intelligence n^avait pas à triompher du doute, car
le doute ne la harcelait jamais, et la superstition pouTait re-
vendiquer en lui non-seulement une de ses plus illustres, mais
une de ses plus absolues conquêtes. Elle transformait le
monde à ses yeux, le peuplait de formes fantastiques et de roix
idéales; lui faisait voir la terre comme un cachot où le soufBe
du ciel n'arrivait jamais ; les beautés naturelles, les charmes
de la vie sociale, comme autant de pièges ou d'abtmes semés
sous ses pas. Docile à sa voix, il lacérait son corps émacié,
dont le plus infime mendiant pouvait prendre en pitié la dé-
plorable condition. Bien plys, il se laissa entraîner par elle i
une tâche dont le néant devait user en vain ses prodigieax
efforts; celle de propager un culte voisin de l'idolâtrie chex
des peuples à demi barbares qui devaient nécessairement
subordonner la partie éthérée, la morale sublime de ce culte,
aux formes extérieures du rite et aux minutieux détails des
cérémonies. Néanmoins et malgré le choix inintelligent de
cette mission, jamais le polythéisme de la Rome ancienne on
moderne ne donna place parmi ses demi-dieux à un héros
plus noble et plus magnanime que François-Xavier.
Il vécut, dirait-on, pour montrer aux hommes combien les
grandes facultés de Tàme sont indépendantes de la puissance
intellectuelle, et à quel point les ardeurs de l'amour divin et de
la charité humaine se frayent une voie irrésistible au sein des
nations. Rien n'amortit jamais en lui cette double flamme. Des
savants critiquèrent en forme les convictions de Xavier, des
beaux esprits le raillèrent, des conseillers prudents etmëlica-
leux le harcelèrent d'avis et d'objections, des rois mêmes lai op-
posèrent leur volonté toute-puissante ; mais François-Xavier,
comme emporté par un élan surnaturel, passait en les hronvi
sur tous ces obstacles, et jetait leurs débris aux vents. Dans le
cours si rapide de dix années, ce voyageur solitaire, privé de
toute aide humaine, traversa les océans, les continents, M
fles, laissant derrière lui une route égale à celle que deman-
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LES PREMIBBS JÉSUITES. 269
derait deax fois le tour da inonde connu ; prêchant partout,
partout discutant et baptisant, partent créant des églises
chrétiennes. Il n'y a pour nous qu'un miracle dans toute la
carrière de François-Xavier, mais celui-là est authentique;
c'est que cette carrière ait été parcourue par un seul homme,
et que cet homme ait accepté des luttes aussi continuelles,
aussi énergiques, non pas seulement arec résignation, mais
avec un enthousiasme incessant, et comme s'il n'eût feit qu'o-
béir aux exigences de sa nature : a Le père maître François
(écrit quelque part Melchior Nufies, autre jésuite ) lorsqu'il
travaillait au salut des idolâtres, paraissait agir non pas en
vertu d'une impulsion fectice et acquise, mais par quelque
instinct naturel. Il n'était pour lui de plaisir et pour ainsi dire
d*existence qu'au sein de ses pieux labeurs. Ces labeurs étaient
son repos: et quand il guidait les hommes vers la connais-
sance et l'amour de Dieu, quelles que fussent d'ailleurs ses
fatigues, il ne senddait jamais prendre aucune peine. r> Les
admirateurs de Xavier ne se sont pas montrés avares dans
les calculs dont ses saintes moissons ont été l'objet. Ils éva-
luent à sept cent mille le nombre des conversions opérées
par lui. Au premier abord une telle assertion semble extra-
vagante, mais elle se justifie en quelque sorte par le sens
qu'ils donnent au mot conversion. Les rois, les rajahs, les
princes étaient toujours autant que possible le but de ses
efforts. Il est certain qu'il obtint quelques catéchumènes de
cet ordre; en pareil cas, le troupeau suivant sans effort les
traces du pasteur, attiré par les fecilités d'admission qui
lui rendaient très -accessible le nouveau bercail où il se
laissait conduire, une seule conversion se multipliait aisé-
ment par mille et dizaine de mille. Du reste, Xavier ne s'a-
dressait aux puissants de la terre que pour arriver plus sûre-
ment aux ftdbles et aux opprimés, son premier souci. Ses
rapports avec eux n'avaient rien de cette fausse et stérile
majesté qui pour le vulgaire est inséparable du nom de
saint. Un jour que dés soldats, à son approche, s'étaient em-
preseés de Caire disparaître toutes traces d'un jeu profane, il
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2f 0^ LBSf FBBHIEU5 AteOiTBB;
les eee»gea lal-mènie à: reprMite leorKxxRtèa : ic Vow n'ap-
parienez {loiat'au satals tontces^lèiir: dilrîU eè^YWft n^pev-
vet, mm bon& auis^.enployer.vostijoHnaé66 entièreê en éhih-
tioii&. U fMidoAft vonajdÎYertir. Le jcftn^ vow^est^aainlèrAt,
. maUfiiinpleniefii les^troaipMiiiSi iMcfureHés^ lasidapMniiB,
qpa voii8iytiiièl<e9L.tro|i. somrenti.xMBiûs preauiAjoyeiiseflMt*
plà£eiparmi0H£yilidéfiafleptai.halaâlecàoi»parti^^
roccupait enoore; Iof84iie.parut.dM>IU€9o.Nèn9aa|u»ri
dfttYok^ uii'Sii8Httft»UoiDBe efcid^tenéieuleftpayrcAMânpiréc»'
qpi lapaient ssM^cease ftoatÉMrid&Ms: livrea;. Gè geBUIbnB»
seraUrmovtiCnoytat i^lïqrpoiirmei<j^ pn>w.
mière eairearttefcairoi<léî<niétftM eapétanoesi^si^piEbd» tenpi^
anrëBy j)éaéftrMl 4 riBifiprDivisto
Fairail IrouvèsospeiuliuMlmituoielfit dà teBneçJètfDOBlnfMi-
liant d'une célMto sauM^.
Qn^cbercherail; iiiylîlMMDÉ.ik» lw>léttie6'Hie$SflurMr'a»-
caii« meotias deioes inrtrirrti mimrnhuiii, 1 1 1 im ffirfiul
aaPjiRA :aU»wLr.i^^ f^ iTpMttmwnitTOir^r. TrKnnlidM imwi Ift
résiliai: d'uiiereB(|aAtèi*8oîgD0nBïq«iJada^ sm^iior
y^iix«u]ui scaaAft piurii^di 8a;oaReafi<mdmte^ 11^ éèaii top
buuiUe pour, sâic^okale dépoNtadtaidiiiim; fMoMéusi me»
ti8ll«meaUd>yioe(Mei.tn»p,.siMèeeippn>roapitor'pB d«p»^'
roUles. alIégaiitn&Jei mpeot.dM0Mfe«fannBiii^Q]E Ife y^W.
iQâmecdi^lOBè.às'iâflHtterrcfe laiarédiriîlé;a»ee:Ja^bvsM<.
aubracceptaieal.U'limt.niH^^ Deor
d*^tie.eiuJiÛTaooBtoBtÀJiiiffliteMiq»yi atatlirasBuoiléQuii
eo£wi*jmK)rt^^le.pyea6Éttt:det8'eaqnli4imrÂ.oeÉié9ad;: » Go»
mfiiiti leoE ditril^^ HPuvezrvoss a'oirâ{k«mttMiî0fteii'iHi|isafra
étse coniB^niaid ResauMÂtanltt ]aMfla^.^aad.I]Mftl »&»■-
riant alors^ il. ajouta:: «Xa vétiiévxtBsiuitiIaii^afaiinEjMteli
sQiis uie»^ yen. Les^paceaiii l»7cliaanÉtnKirt,œ:qMf«mnfi
fort biea m pat .être, j^auiidiii dfc«et laver.JIcottit.fislw
qfecela s%p«)rilauamiracle2iovMâi«)eii cettenatière» JÉÊtriec
n'ééaitpas libre^.Il JKftibasma«ufis&J(ari(^é»lak^•6«lsaBld
tiOM^léHMm SMiMCûpléM paJFt8Wfldllitetaim|M i
V» pranre.'dau^aïuiihHùHtérpMfoMbK Kwft i
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dmamlé: Oftqi»^ avait dit s'îUaiieAt ététtonnétdôlife.'pavt
avaoiela t»aUe qui le caiM^nts»; et iMuscafSnnarm» «vokittliMi v.
q«e, souncétant Ifr.téaHHgoagedè see^seiB- aoxi déeisiena^e^
rBgBse. inGttDiUei il.a«raii aoceptérde ttèerUanse^foi lé^rAie.t
svBiainre) qa'eUe lutasaîipie; Ea.eéklv uftipeurplasidei'cîiirii-
qnaite aasjaprèsjBaiiaort^ le.pape UrhftiniYIIIy.aveerraasettt*
tÛMBliHniftîneileftcardwaBXvpfttiiarebes^an^
rétaiiteiiTûQaciaare^, s»: porta gavant dts^nûtacba qienon»!
aTaaa.dlééAel).dat*iiaaiicoHpjdfaMtcea)eiicorBe.Qr» il. faadiaitc
èIndsieBffieepthinepcunrrréirotpntl'eBL deatedesisitisaiteeléft')
denaixatta angoatèi >assaad>)ée^ put laadépl>sitioMrlde?nM■l<^
bMDD téoMiôB^ cniipour. na pas. sonsccire.àjiiiiecapotfaiteaaj
coatiae:lai|nttë oBtdaB^idiiajsaananlaidDGtoBfByiryanÉile; titrer
MmihÊéliBiméfànoeaitdmdùMiy argQmentadeusDB'amvD
Ua:.niiUaavaiial iniastloMié pammi iosiaiiar; itifLurètiUixjpÈe.
cëtatocatitnkit là canaarde «aai oUent: sMIi IcaraîUa^lojfBlih-
naatà'fnie tflnbeRlffbaadBaaqai caarraîtlaaiyenKditiSfMt':
trifanadf eitqa&Ie pàTe<:d».iaaaaongeidéTait^lQiavoHr sti|u*'
gM dar se.- laiiaerr battre^ . touL espnès* pour introduire ' luae .
i(Ma.da. plss/dana le . sanotiiaiae^. Haifti aana.: eocaflaÎBerruna i
qiiiliann si:dMiaaiev ,on-.pMl sérioaaeoMnitrBpetlêrqiie daei
haJHioBai JiaiwMQïtoat aniyHif ptg nawser Je leauidè cpàk*
q«e.TMIb.<ainiiiey .gàtentillfstoîrB.dauqvalqaMh persomagea^
éoieenla^. étemel' hoanaord'iUairaoBdèr. iadîgna dboiv eéf.
eatn aairearodlè de:EraiifoiarXavier..H}esfontiIaiigteiiip»x
obacnnt8a|>httre.TéaHe ealefnKrafaaatanxipmpoirtiaiK^l^ùap
hiéoa dt^ronaiiieeoUBiastiHiiiac.baiaaaav'li ces: omuBeflAt>
puééils^ ^.tàchenfr de juger œt .hoama; .ett.dépit ide^icntccei»
qui fait la différence de nos cultes ; en dépit de notre phi-
losopUé^mosdatne, de notre espéfiènee* vtetlRe, de nos
mollôs * UaMtndés. La sagesse dont' nous sonmies fiers, il'
i'isnorait , et Teùt méprisée s'il eût pu la connaître. L'a-
monr.de. son. semblable, fiit son unique, passion», l'jaiudàce..
avwlwwo- aen< onîqiie' jeiei, am> oroyaMe^* inébranlable^
la lumière, qui édàira sa route. II' jugea .on sentit peut^tre..
(et qBî&dM0j'iBccaaafa.d'eaBarJ.) jqnai^ rjEgUaat: deaaaAdaifc.:
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2T2 LES PREMIERS JÉSUITES.
un sacrifice illnstre, et qu'il était la victime désignée; qu'une
voix mnette depuis quinze siècles devait de nouveau se faire
entendre, et que cette voix, il l'avait dans sapoitrine; qu'un
nouvel ap6tre devait rompre le triple airain dont le coeur
endurci des hommes s'était entouré peu à peu, et que ce
rAIe imposant, il était appelé à le remplir. Convaincu , soit
par sa raison, soit par l'impérieux appel de ses sentiments,
il obéit au mandat d'un homme qu'il regardait comme le ?i-
caire du Christ sur la terre. Noble enthousiasme, abnégation
rare et sublime, devant laquelle on peut se prosterner sans
craindre par là de leur susciter des imitateurs nombreox.
L'enthousiasme, hélas! n'est de notre temps qu'un fantôme
vain, contre lequel s'épuise, également vaine, l'aride et fade
éloquence de nos froids prédicateurs; mais en réalité où le
chercher? sera-ce sur ces marchés de dîme, hantés par nos
dévots les plus sincères? ou bien sous le toit fastueux de nos
bénéficiaires opulents? Le trouverons-nous dans le cœur de
nos missionnaires régulièrement appointés? et les mitres étio-
celantes de nos évéques pompeusement anoblis n'en préser-
vent-elles pas leur front, tout comme ces conducteurs métalli-
ques qui détournent la foudre appelée par l'élévation méflie
de nos édifices? Oui, nous avons le fade enthousiasme de nos
faiseurs d'expériences dévotes, l'enthousiasme sentimental
de nos bazars de religion, l'enthousiasme rhéteur des tréteaux
où notre charité pérore, l'enthousiasme écrivassier de nos
ascètes bien rentes ; mais en quoi tous ces enthousiasmes res-
semblent-ils à la ferveur intime, au frémissement divin, i 1^
foi pleine de transports, apanages de François-XaviCT(i)?
(1) Ce passage de l'auteur anglais nous rappelle les lignes suiraates
écrites naguère par le plus beau génie que le catholicisme ail inspiré de
DOS jours :
Comparer les minions protestantes & nos mission» ! quelle inexprimable diflërence «UosTa-
prit qui les forme, et dans les succès, d dans les moyens ! Oîi sont les mintsires proi^staulsr"
sacheot monrir pour apnoacer i l'imërîuio sanvago ou an Chlafiitleltfé la &o«MMis«II«4a
salut ? L'Angleterre peut Uni qu'elle le voudra nous vanter ses ai:6(r«i à la Uncûsur et ses «>-
dëids bibliques; elle peut, dans de fastueux rapports, nous peiûdrc les progrès de rsgriciliare
chcalii Dègrat, et dendcneei élëneBUirçs ctics les lodous. TovtM eet piloyaUI«s mi^»m\ à»
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LES PBBMIEES JÉSDITES. 2T3
Il mourut en 1552, dans sa qaarante-septième année, dix
ans et déni après son départ d'Europe. Pendant sa résidence
dans rinde , il avait entretenu avec le général de son ordre
une correspondance suivie. Leurs lettres respirent cette éner-
gique sympathie qui est en cpielque sorte l'indispensable élé-
ment des caractères héroïques ; affection grave et forte qui
jamais ne dégénère en une tendresse puérile ; sentiment con-
tenu, du c6té de Xavier, par une sorte de respect filial, et
chez Loyola, par la dignité du pouvoir paternel. En effet,
durant les vingt dernières années de sa vie, Ignace fut au.
sein de son ordre comme un père ou plutàt comme un pa-
triarche exerçant sur sa famille une suprématie absolue, et
façonnant i loisir le code qui devait maintenir cette institu-
tion chaque jour mieux assise et plus influente. Ce n'était
plus le prédicateur errant occupé à dompter les âmes par la
poissance du merveilleux sur l'imagination des hommes : il
se tenait à Tombre de la métropole ecclésiastique, immobile
et majestueux, réalisant une à une les visions révélatrices qui,
sur la montagne de l'Ascension et durant tous ses pèlerinages
successifs, avaient soutenu son courage et flatté son orgueil.
C'est, du reste, une des circonstances étranges à signaler
dans l'établissement de la Compagnie de Jésus, que la ré-
sistance du pape à reconnaître et consacrer une institution
si dévouée aux intérêts du Vatican. Â l'époque où Loyola
sollicitait l'autorisation pontificale, le clergé régulier était en
butte à une impopularité universelle. Ses anciens ennemis»
les évoques et les prêtres séculiers, s'étaient recrutés de tous
les esprits forts , des réformateurs plus ou moins avoués, et
wnptoîTf dont b p«liii<|M cit fanîqM oMlenr eoiMM r«r «n etl l'aaiqM igenl, ne proa^eroai
iakiît iQtre choM qa» Viuconhle apalbic religieuse An sociéiés prolesUntei que l'inlérèt scni
rtniie: ei quicosqae uil dUUngucr one grande aciion inspirce par uti sublime molif, d'une dé-
marche dictée par va vil calcolf rcooDHallre, s'il est de bonne foi, qu'il y a Vinlîai entre etH
<*^e deTabract q«i vîMl dé pdrlr mmm le glaWe de la penëeulion dana le Sotchen, a«
ailieo du troupeaa que son courage et set saenra aTaient conquis an christianisme, ei le mil*
sieaaaire méihodisle que son lèle prudent ne conduit que dans les licax où sa vie ne court to-
na danger, et qai, d'aprèi on mnrcM conclu d'avane», aefait payer tant par téie sea oonftrtlt.
[Ui.LàXWZê dêM, F.fU lanMiitMM, tom. I*% p. 366.)
5* SEBIE. — TOME XII. 18
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Stk LES PEEMinS JÉSITITBS.
même dn sacré collège. La phipart des cafdiaau édaiiésat-
tribuaient, en effet, aux désordres des moines nae bonne
partie des malhenrs qui désolaient alors TÉglise romaiae. Le
pape , empressé d'élerer de nouvelles dignes coolre des ea-
vagissements nouveaux, avait accordé sa confiance et ses
encouragements aux Théattns et à d'autres prèdieurs isolés,
dont la tAche consistait i propager autant que possible kors
croyances et leur dévotion individuelles, il sesUilail donc
impolitique de créer en ce moment un nouvel ordre religieux,
qui devait susciter les méfiances et s'attirer la déCsveiir autant
des récentes recrues que des andens défenseurs de la papauté.
B'aiileurs, la prescience instinctive du Vatican ne manqiitt
pas d'entrevoir un rival dangereuxpour les successeurs ftitars
de saint Pierre dans le général d'une sddété fondée sur
des bases aussi larges.
Aussi Loyola consuma4-il trois longues années en mortels
délais, en sollicitations inutiles. Nous le voyons alors dier*
cher à se rendre propices non-seulement les hommes, mais la
divinité même, par les plus brillantes promesses ; et l'on sait
qn*un jour il s'engagea, moyennant que sa prière (ùX accom-
plie, à payer un tribut de trois mille messes. Cependant la t^re
et le ciel restaient également sourds A ses offres, lorsque les
progrès de la réforme au cceur même de l'Italie Tintent
éveiller dans l'âme de Paul III des terreurs plus efficaces.
Ferrare sembla vaciller sous le vent de révolte qai avait d^
détaché du catholicisme l'Allemagne, l'Angleterre et la Suisse.
On crut voir la main divine dans cet ébranlement, jusqu'alors
méprisé comme une œuvre humaine oà l'affiraschisseaient reli-
gieux servait de prétexte aux ambitions politiques, hiquiet et
ne cédant qn'i la force dea cboaes, mais, comme l'a prouvé
Tévénement, inspiré par une prévoyance admirable, Paul III,
le 27 septembre 1&40, se résdut enfin à sceller la bulle Rtgt-
mini, la grande charte de l'Ordre des Jésuites. Cet acte im-
portant atteste par sa rédaction même la répugnance soup-
çonneuse du consistoire papal, et la crainte d'une révolte
future apparaît clairement dans l'énergie des promesses de
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LBS VREMIBBfi JS80ITBS. 975
itt voici les termes exprès : « QtÊomms Ev^m^eUo
éêuamuTy et fidê orthodoxe cop^tmamm ac firmitw profUêonmt^
0Mtei Cbg'i^ti fideies^ R<miano pmUifiei ianquam tapiii ac Je$ui-
Ckriiti vieario, êubeat^ ad majorem tamen no$tra Socieiatiâ k^*
miHiakm ae perfectam umuicujuàque morUficeUimûm, tî w^unr-
Mumnostrammabnegationem, summapere eoniueere judicavi-^
miy$in§Hio$ nosj uUrm iUud com»mnefnncuii$m, gpecialivoto
aiiiringi , tia ut pddquid Romani pomHfkei , pra tempon exU^
tmkiyjuMermty quawhun inaokiê faorit exeqwi itneamur, »
Ainsi pirlait le soureraiii de Rome parla bouche de oesBou-
v«aQx prétoriens. AvssitAt Igfnacediit s'occaper de donner un
dief à oelte cohorte enfin légitimée. Le choix unanime de ses
(Mmpagnonstombadeoxfoissurlui; deux fois il reAisarhonneur
qu'ils lui conféraient. Enfin, cédanl aux ordres absolus de son
confesseur, il monta sur le trdiie qu'il avait si longtemps tra«-
raillée éierer. Le moment oà il en franchit les degrés Ait le
dernier de ses timides irrésolutions, et il porta le sceptre,
commeun monarque absolu doit le porter, d'une main inflexi-
ble et ferme. Ses décisions une fois prises Tétaient pour ja-
mais. Il acceptait TaCfection sans tolérer aucune familiarité
irrévérente.D*un autre côté, s'il exi^it le respect, il n'essaya
jamais d'inspirer une crainte servite, ne se refusant d'ailleurs à
ancane entreprise qu'une audace élevée pouvait tenter, et ne
se laissant emportera aucmieparuneaariNtion folle et irréfié^
chie; habile à se multiplier dans les agents de sa volonté
poissante, à les connaître d'aberd profondément, à mettre en
eux ensuite une entière et généreuse confiance, à ne jamais
lenr assigner que les emplois auxquetn leur capacité les ren-
dait propres.
Le grand secret de ee gouivemeaiént iparl, Loyola ne l'avait
point appris dans les livres, massbien dans la pratique de la
▼ie et le commerce des honmiesw Oseevet, le voici : c'«Bit que
les aflections sociales, si l'on sait foire converger vers un
«sealre bien défini leurs rayonnements épars, ont une inten-
ai4é, UM duAe qu'anecme des ptsnoas dont l'égoisnie est lai
source immédiate ne saurait jamais posséder; La sagacité du
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376 LES PREMIERS JÉSUITES.
fondateur lui avait fait choisir, coroine principaux mobilesde
l'activité qu'il comptait demander à ses frères, ces nobles sen-
timents d'abnégation ambitieuse, qui attachèrent jadis les
Spartiates et les Juife au sol de leur pays, aux lois de leurs
ancêtres : sentiments plus forts que la cupidité des sens, For-
gueil , l'avarice ; plus forts que la mort elle-même. Il puisa
aux mêmes sources d'observation simple et de logique primi-
tive qui avaient déjà fait les codes de Lycurgue et de Hoise*
Il sut comme ces législateurs deviner et diriger le mécanisme de
la volonté humaine : il fut sublime et naïf à leur manière.
C'est avec une audace grandiose que Loyola impose au
membres de son Ordre une obéissance sans limite; il ne s'ar-
rête pas dans sa tyrannie aux manifestations extérieures :
l'àme et l'esprit, l'intelligence et la volonté, il veut tout sou-
mettre, il s'en empare sans vains détours :
Non intueamni in personà iuperioris homnem obnaxium er-
roritm atque miteriis, sed Christum ipsum.
Superioris vocem ac jui$a non secùs ac Christi rocem ^rci-
pite.
Ut itatiiatis vobiscum quidqmd iuperior prœcipit ipsirs Du
prœceptutn ae voluntatem (1).
L'homme capable de formuler si nettement des préceptes
si hardis n'avait pas vu sans profiter de ce curieux spectacle
l'esprit de l'homme s'agiter et se débattre sous le poids sou-
vent écrasant de sa liberté, s'enivrer au contraire et s'enor-
gueillir au sein des plus gênantes entraves, lorsqu'il peut se
dire qu'il les a spontanément acceptées. Loyola n'avait pas
scruté avec moins de soin les secrets motifs qui pousseotàla
révolte les êtres les plus humbles et les plus serviles; on s'en
aperçoit en le voyant accorder i ses disciples toute l'iodé-
pendance extérieure qu'il jugea compatible avec leur servi-
tude intellectuelle. Pour eux, point de prescriptions puériles,
(1) Comme application de ce principe on prut citer le mot d« mpHîtw
des jésuites romains à lord Bolinsbroke : Ed ahMatno ameAe flMrltW pr
il martirio, te bi$ogna.
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LBS niBMIBBS JÉSUITES. 277
point d'oniformes gênants, aucune routine dans le choix de
leurs prières ou de leurs hymnes; on ne leur dicte pas d'aus-
térités; on ne ferme pas sur eux les portes du cloître. A Tâflie
esclaye on ne bit pas inutilement sentir le poids de ses fers.
Les esprits frivoles, les cœurs fiaibles sont exclus de la sainte
confrérie. Pour les y admettre, Ignace savait trop bien cpielle
est la désastreuse influence de la sottise et des vaines craintes
dans toutes les affaires humaines. Une autre cause d'exclusion
également absolue était d'avoir porté , ne fftt-ce qu'un seul
jour, l'habit d'un autre Ordre; jalousie toute castillane, qui
voulait des âmes vierges pour leur inculquer des préjugés d'o^
rigine certaine. La discipline initiatoire est sévère, et le cou-
rage desprofès'mis à derudesépreuves. Quel scandale, en effet,
quel danger, si l'un des chef» venait à feiillirl On accepte i
des conditions plus douces de simples alliés, religieux ou
laïques ; ils compléteront l'armée dont ils sont, pour ainsi dire»
les partisans non enrégimentés. Quant au général, l'Ame de
ce vaste corps, le pivot de cette puissante machine, il conserve
jusqu'à la mort sa redoutable autorité; c'est déjà trop que les
courtes limites de l'existence humaine multiplient les crises
de transition pendant lesquelles l'amour du pouvoir met en
jeu tant d'intrigues; et d'ailleurs il ne faut pas que l'aspect
des souverains détrAnés porte atteinte au prestige de la cou-
ronne.Cechef doit être absolu : l'autorité humainenepeut se lé-
gitimer qu'en se modelant sur la puissance divine, dentelle est-
ou doit se dire une émanation directe. Éloigné des siens, il
régnera seul ; l'imagination a son rAle comme elle a sa puis-
sance dans tout gouvernement destiné aux hommes. Il sera
le dépositaire suprême de tous les secrets qui fatigueront la
conscience de chacun des siens; on peut craindre, mais on ne
respecte pas un mattre d'ailleurs touUpuissant, si ses ordres ne
sont pas considérés comme l'expression de l'omniscience. Il
sera toujours le plus honoré comme le plus obéi ; car aucun de
sessqets ne peut accepter une dignitécivile ou ecclésiastique.
Bref, le but final que poursuivront, disciplinées par luu tant de
facultés désormais homogènes, doit être à la fois assez vaste
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278 LES nuMiraiS jbwitbs.
poHr relever chaque prosélyte à ses propres yeux ; assez prati-
cable pour absorber sans trêve ni fin tout son temps et toatec
ses pensées; assez difficile pour maiaieiftir par ua esercioe
eontinuelcdlesdeses facultés cpi'oii a^ reconnues les plus éiai-
neivles; assez dan^reux ponr lui feire comprendre et Wirap*
peler àtousles instante la, néceasitéd'uaconeoufsTècipToqiie.
Vhemme brave doit y trouver des laites; l'esprit subtil dtt
menéessecrètes; lestutUewx, desAravaux solîtairea; le<:haritabk
enfin, des œuvres de consolaiti^n et de piété. DervanlksyMii
de to«s brilleromtdes vécompenses terrestres el divines: — daai
cette vie , les joies sympathiques de la eonfraterfitté readaei
plus vives parleur eoncentraikiott, pk» précieuses pftr le mys-
tère qui les entoure; — après la mort, cette éternelle félicité
dont a pu douter une Ime isolée, mais qui est garantie sa
jésuitepar le commerce}Ournalier de tant d'hommeséminentsit
vénérés, ardents à la poursuivre par les mêmes voies^que loL
S'il y a dans nos universités un professeur de phik)sopte
morale sincèrement voué à Tétude de la nature humaiaa,
qu'il médite longtemps les constitutions de Loyola. Elles oat
absorbé bien des années de réflexion et de solitude. Que d»
froides nuits passées par Ignace, sous les infectes clartés ds
sa lampe, dans cette cellule nue, où ses yeux ne pouvaient
rencontrer, en quittant son pénible manuscrit, que Timage da
Christ , le livre de Y Imitation et le nouveau Testameatl La
' présence de tout autre objet eût profané ce saint réduit, car
Tœuvre mystérieuse dont il était le théâtre donnait ua corps
à des pensées surhumaines recueillies par l'esprit de récrîr
vain, alors que, dégagé des lois du corps,-— c'était un souvenir
de jeunesse,— 41 avait parcouru les sept régions du cîel. Tan*
dis qu'il les transcrivait, une flamme légère» afiFèctant les fer-
mes de la langue humaine, voltigeait en pétillant au*de$saf
de sa tète, et Ton peut lire, écrit de sa propre Main snriB
papier que le temps n'a pas détruit, le récit dea saintes «rô-
deurs, des évanouissèmenito, des larmes dévotes, des appâ-
tions célestes, qui accompagnèrent jusqu'au iMut ce traral
inspiré.
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LES PEBMISM aiWITBS. Sf29
Qu'on reproche, nous y doiuions les oiains, à Ignace de
Loyola un certain amour du pouvoir qu'il ne s'avouait peu^
être pas i Ini-méne ; qu'on lui re|Nroehe les siqperstitions gros-
sières qui trop souvent égarèrent son âme ; de graves erreurs
théoriques, et, pour tout dire» un désordre mental qui appro<-
ebait de la folie. Mais nous ne croyons pas qu'un lecteur ini<-
partîal de ses écrits, un exact historien de sa vie, mette ja-
mais en question l'intégrité, la bonne foi de cet homme ; nous
ne croyons pas qu'on puisse hû contester le mérite d'une dé-
votion i la fois sincère, habituelle et profonde. Il nous reste
d'ailleurs 4 savoir quelle {^ire les réformateurs pourraient
trouver i déprécier le nom de leur plus illustre antagoniste ;
à rabaisser le mérite de l'homme qui opposa, plus que tout
autre, une résistance efficace à la propagation des dogmes
noureaux, et qui sauva d'une ruine imminente le grand édi-*
£ee romaip.
En appliquant à des faits déjà loin de nous la langi^e
pariée de nos jours, on pourrait représenter Ignace comme
le chef des conservateurs de son épocpie, et le champion du
$$aiu quo papal contre les attaques de l'esprit novateur. Le
tmnps où il vécut, ère des plus grandes révolutions qui se
soient accomplies au profit des peuples, fut en quelque sorte
marqué par l'action victorieuse des forces centrifuges qui
tendent à isoler l'homme sur le principe d'attraction qui le
tient en communauté. L'équim)re social se trouvait ainsi dé-
truit; et du sein des controverses qui agitaient alors le monde,
deux grandes vérités étaient sorties, que nous n'avons pu
eoBcilier encore après trois siècles de débats acharnés. On
avait,recoanu pour vrai que la république chrétienne devait
former un seul corps, n'ayant quedes intérêts identiques et régi
par un chef suprême en vertu de lois communes, de doctri- ,
oes unanimes et fixes, pour un culte toujours et partout le
ttème ; on avait aussi reconnu peur vrai que chaque membre
de ce grand corps était individuellement tenu d'étudier ces
lois à ses risques et périls, d'examiner ces doctrines, de pro-
ce culte et de chercher pour lui-même, ^oi s*aidant de
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280 LES PREMIEKS JÉSUITES-
ses lainières naturelles, la direoiton du Régulateur Suprême.
Entre ces devoirs généraux et ces obligations particulières, il
y avait contradiction, du moins apparente; apparente, di-
sons-nous, car l'essence des vérités est de ne point s'exclure
l'une l'autre. C'était donc un problème à proposer à la science
du passé aussi bien qu'à la sagesse pratique et vivante, aux
universités, à la chaire, auxpresses nouvellement mises en jeu.
Par malheur, les sages et l'esprit philosophique sont rarement
appelés à résoudre de telles difficultés : il se peut, et nous de-
vons le croire, que la raison les règle en dernier ressort; mais
elle n'est jamais un agent immédiat dans les affaires de ce
bas monde. Le soin de maintenir l'équilibre de cette planète
guerroyante est réservé à l'antagonisme des passions, des
préjugés, des folies humaines; il en est ainsi de nos jours, et
cet état de choses remonte plus haut que le seizième siècle.
Il arriva donc que, la Rome des papes ayant son Brennus, il dut
lui naître un Camille; et les assiégeants ayant pour cri de guerre
raffiranchissement de la pensée, le mot d'ordre des assiégés
fut la soumission spirituelle, aveugle et sans bornes. Sur les
pas de l'apôtre allemand, on arrivait à cette solitude sacrée
où nulle intervention ne trouble les rapports de l'hoimne
avec Dieu; l'Espagnol, au contraire, conduisait quiconque
voulait le suivre au sein de l'innombrable foule dont la voix
s*élève sur un mode prescrit, et pour qui les doctrines des
générations éteintes sont la règle immuable des générations
à venir. Tous deux menaient la plus importante guerre qui
ait troublé le monde depuis le renversement du paganisme :
chacun avait dans l'autre un rival digne de lui, soit en capa-
cité, soit en courage, soit en .désintéressement ou en amour
du vrai. Cependant, quel merveilleux contraste!
Luther alla chercher sa femme dans un couvent : durant
plus de trente années, Loyola ne leva point les yeux sur une
de ces créatures séduisantes et fragiles. Le réformateur mit
sa gloire à détruire les maisons de l'ordre auquel il apparte-
nait : celle du saint fut l'établissement d'un ordre Rouvcao
sur des fondements indestructibles. La carrière du premier
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LES PREMIERS JÉSUITES. S81
commença dans une cellule et s'acheva dans les palais des
princes de la terre; la vie du second fut une jeunesse
guerrière et occupée de soins terrestres, qui le conduisit à
de longues années, toutes de religion et d'extase. L'un et
l'autre eurent affisire au démon ; mais les visions de Thomme
du Nord étaient effrayantes et sombres, véritables luttes et ago-
nie de l'esprit; mieux doué, le rêveur méridional n'évo-
qua jamais que des anges de lumière dont les ailes s'ouvraient
par avance pour l'emporter vers les régions heureuses. Ainsi
qu'il convenait à sa loyauté germanique et à sa simplicité de
cœur, Luther n'aspira qu'à la perfection compatible avec les
soins de chaque jour, les devoirs universels et les innocents
plaisirs de l'existence sociale; héros dans son ceuyre, homme
et triê-homme dans sa vie ; tantôt oppressé par une vague mé<-
laneolie, et mettant au défi les esprits de ténèbres ; tantôt
s'abandonnant à la joie de son cœur et plein de reconnaissance
pour les bienfiaits abondants qu'il devait au ciel; affectueux
et chéri ; en échange continuel de tendresse et de soins avec
réponse choisie par lui, de douces paroles et de naïfe propos
avec les enfants qu'elle lui avait donnés; allégé de ses soucis
par mille plaisirs humains; parle charme de la musique, par
l'aspect de la nature, par mille émotions sensuelles qu'il accep-
tait en poète. Certes, il était bien loin de la perfection à la-
quelle aspirait Ignace, et que ce dernier atteignit sans doute,
puisque deux bulles l'ont successivement béatifié, puis cano-
nisé. Cherchons-y le portrait de ce prêtre guerrier tracé par
d'infaillibles peintres, nous le trouverons investi de toute la
grâce froide et de toute la dignité sculpturale que comporte le
travail de l'acier aux prises avec legranit: en revanche, aucun
de ces tons adoucis, aucune de ces lumières tempérées dont
le pinceau dispose; nul éclat de coloris, nuls groupes habiles.
Il est seul, à part du reste des hommes, perdu dans des visions
qu'il ne peut communiquer, ivre de joies auxquellespersonne
' ne s'associe : sévère et contenu jusque dans son entbousiasBie,
muet quand il souffre, et ne faisant appel à aucune sympa-
thie; toujours imposant, toujours austère, toujours isolé, ao-
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282 LBS PREHIBB6 1É8U1TXS.
cessible à la tendresse, mais réloignant de lui» nème la phu
permise, comme an mourement coupable : humble et despote ;
ambitieux et sans égoïsme.
De ces deux hommes, c'est le protestant que nous pféft*
rons. La sagesse humaine, quand elle tend à dépasser eelle
du Créateur, n'est qu'une foHe déguisée. Quiconque, annulant
une partie de son être, croit par là fortifier celle qui survit,
n'est jamais, quoi qu'il fasse, qu'un monstre disproportionaé.
De qudqnes nuages que la vérité soit enveloppée, et biea
qu'elle s'offire trop souvent à nous tracée eu hiéroglyphes
mystérieux, celui qpii en a la clef sait bien vite à quoi s'ea
tenir sur l'origine du stoïcisme chrétien ou païen. L'un et
l'autre prennent leur source dans un immense orgueil sans
cesse agenouillé devant lui-même. Au contraire, les notioBf
universelles de ce qu'on peut appeler la perfection bumaîM
sont i la portée des plus simples et des plus ignorants. Ea
dépit des préceptes didactiques, desapophthegmesimpérieai,
des cantiques inspirés et solennels, des institutions civiles oa '
ecclésiastiques, des légendes et des biographies sacrées, des
apologues et des prédications, des menaces prophétiques, des
conseils épistolaires, des lois positives que la religion calho-
liqoe amullipliéesavecune glorieuse profusion, iinevoiiéler*
nelle et unanime dit encore à l'homme que le nionde aa mir
lieu duquel il vit et le moode qu'il porte en Ininoiéme ont éié
eréés Tun pour Tautre ; que sa vie intérieure a besoin, pour
conserver sa force et son équilibre, d'être renouvelée et Doa^
rie, en quelque sorte, par des rapports continuels avec lai
objets extérieurs; et qu'il touche aux suprêmes limites de
f élévation qui lui est permise lorsque, tout acquis aux joi0
et aux chagrins de l'existence, il ne s'en trouve pas aooias
préparé à renoncer aux uns, à supporter les autres, joycase-
ment soumis à la volonté du cid.
Toutefois, et bien qu'elle se présente sous des debm
peu séduisants, la grande figure dont nous venons d'esquisso*
lea principaux traits n'en a pas moins droit aux hoaumgesds
fwniverB* Avant ou apvès Loyola, nous ne connÎBsotts pas
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d'homme qui, sans iuspiratîon divine, sans secours militairt
on civil, sans faire appel aax passions de la nraltitiide, ailett
le génie de concevoir une œuvre politique aussi féconde en
Fésoltats habilement prévus, le courage de l'essayer, la gtoir»
d'y réussir. Nonobstant ses folies ascétiques, ses visions mala*
dives et le vernis grossier que les ouvriers en miracles de son
église ont répandu i flots sur ces détails bizarres, TensemMê
de son caractère n'est dénué ni de sublimité ni de grâce. Il
yécHt au milieu d'hommes éminents qui lui accordèrent un
respect sans bornes. Le jour anniversaire de sa mort, Baro*
nias et Bellamiin, sans s'être prévenus, se rencontrèrent sur
sa toinrbe et célébrèrent ses vertus par un double panégyrique
d'aatant plus éloquent qu'il était moins prémédité. Son sue»
cesseur Laynez était si convaincu de la préférence accordée
à Loyola par l'Être suprême, qu'il regardait comme impos*
»ible qu'une des prières du saint restât inexaucée. François
Xavier ne lui écrivait jamais qu'à genoux et n'implorait le cM
qu'au nom des mérites de « son saint père Ignace; » les lettres
autographes qu'il en recevait, considérées comme autantde re*
liqttes,ne le quittaient jamais. Une opinion populaire étendait
le charme de sa merveilleuse renommée jusqu'à la demeure
qu'il avaitsanctifiée par plusieurs années de séjour : on la di^
sait en danger de s'écrouler si quelqu'un de ceux qui vinrent
ensuite àl'habiter la souillait par des actes ou mêmes des penh
sées profanes. Voilà pour sa personne ; quant à sa façon de
comprendre l'amour divin, il nous est plus difficile de l'ap-
précier, tant elle choque nos idées protestantes pleines de
réserve et de froideur. Si nous les prenons pour base de notre
jugement, il sera sévère, et nous condamnerons comme irrévè*
pente, et presque sensuelle, cette bizarre ^A^opaMM; sacrifice
Ifop exalté, trop surabondant pour être tout i fait pur ; IiImh
tien mêlée de lie sur un autel trop ardent. Loyola comprenait
nûeni, à notre avi», ses rapports avec les hommes, et yisrih
vis d'eux nous le trouvons toujours non-seulement bienveil-
Imt, mais rempli de compassion, de tolérance et de can-
deur Quelque inflexible qu'il se montrât, lorsqu'il exigeait de
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88b LES PREMIERS JiWITSS.
ses disciples d'élite une résignation i toute épreuve, il était
doux à tous' les autres, surtout aux jeunes et aux faibles; et
pour ceux-là on le voyait faire des efforts touchants, quoique
maladroits, lorsqu'ils lui semblaient avoir besoin de quelque
douce récréation. Jamais on ne l'entendit censurer une
foute ou même un crime sans qu'il ne cherchât aussitôt les
raisons d'excuse ou d'apologie qu'on pouvait faire valoir en
fiiveur du coupable. Il avait pour maxime, durant ses der-
nières années ; « Que l'bunùlité voulait être humblement ea-
chée, et qu'il fallait éviter les éloges dont on la paye. »
C'est pour rester conséquent à ce principe que, sans nulle
ostentation, il s'était entouré dans la Casa professa (1) de tous
les dehors qui convenaient à sa dignité. Cette maison était le
centre d'une correspondance plus importante et plus étendue
que celles des cabinets de Paris ou de Madrid. En seize ans
degénéralat, il avait établi douze provinces de son ordre eo
Europe, dans l'Inde, l'Afrique et le Brésil. Plus de cent col-
lèges ou maisons y donnaient asile à plusieurs milliers de
profès et de novices. Ses missionnaires s'étaient déjà r^andus
dans tous les pays, même les plus éloignés et les plus barbares,
que le commerce de l'Occident, à cette époque si actif et si
téméraire, était jusque-là parvenu à s'ouvrir De tous les coins
de la terre, les âmes dévotes s'adressaient à lui pour être
guidées, les malheureux pour être secourus, les sages pour
être instruits, les maîtres du monde pour être aidés. Ses con-
temporains devinaient, par une sorte d'instinct, qu'au milieu
d'eux avait tout à coup paru un de ces hommes qui régnent
en vertu d'un droit natif de suprématie, et auxquels toutes
les volontés vulgaires doivent obéir de gré ou de force. Cett«
conviction, ses disciples l'exprimèrent formellement sur sa
tombe, où est gravée la mémorable épitaphe : « Qui que tu
sois, si tu as cherché dans ton imagination le portrait de Pom*
pée, de César ou d'Alexandre, ouvre les yeux devant ce mar-
(1) La maison professe ; c'élait un oouveni de Rome quB le pape anii
assigné aux jésuites pour leur résidence.
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LES PREMIERS JÉSUITES. 285
bre, et apprends de Ini qu'Ignace laisse bien loin tous ces
conquérants femeux. »
Sans insister sur la grandeur relative des conquêtes de César
et de Loyola, elles eurent cela de commun qu'à la mort du
conquérant l'héritage desa couronne resta longtemps incertain
et disputé. Ici notre récit change de nature ; nous descendons
de la région héroïque et sublime à celle qu'habitent les
hommes de second ordre.
La constitution de l'Ordre voulait que le choix du nouveau
général se fit par un chapitre où devaient être convoqués tous
les profès et nul autre qu'eux. lago Laynez était le plus émi-
nent et le plus âgé. Ce fut lui qui de son lit de mort [ du
moins le croyait-on ainsi) appela ses frères à venir consom-
mer l'élection dans la maison professe. Cette citation resta sans
effet, le plus grand nombre des électeurs ayant été retenus en
Espagne par Philippe II, qui était alors en guerre avec la
cour papale, et dans cette extrémité Laynez fut provisoire-
ment nommé aux fonctions de Vicaire Général. L'influence des
nouveaux honneurs sur la santé, pour n'être pas reconnue par
la médecine savante, n'en est pas moins un fait acquis à l'ob-
servation philosophique. Sa promotion rendit à Laynez une
vie renouvelée ; Il assuma tous les pouvoirs de sou illustre
prédécesseur et prouva bientôt qu'il en saurait faire usage.
Mais les clefs de saint Pierre tout comme le sceptre de
Loyola se trouvaient alors dans des mains vigoureuses.
Paul IV, pontife à la tète ardente et jaloux de son autorité »
s'était laissé dompter par l'ascendant supérieur d'Ignace;
mats il s'était promis de saisir le moment favorable pour
arrêter les progrès d'une puissance qui commençait à lui
sembler menaçante ; et ce moment, il le crut arrivé. Son pre-
mier acte fut de mettre en commission (comme on le dirait
de nos jours) le généralat vacant, et de ne laisser à Laynez
qu'une portion de ce gouvernement disséminé. Le Vicaire Géné-
ral avait contre cette première attaque une ressource à peu près
assurée. C'était de passer en Espagne, où il ne pouvait guère
manquer de réunir comme à Rome la majorité des suffrages;
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386 hBS «ymiEBS «évites.
toutefois, au moment ou il allait partir, parat un bref dn
pape qui défendait à tout jésuite de quitter les oours de Rome.
Ainsi cofitrarié, Laynez prit la résolution d'élever immédia-
tement au rang de proies autant de ses compagnons qa*il ea
fallait pour composer un collège suffisant à élire le chef de
rOrdre ; le vieux pontife, vigilant et rasé, découvrit ce projet
et y mit obstacle. Il ne restaijt donc plus à Laynez, qui voyait
ainsi toutes ses manœuvres déjouées, qu'à attendre le retour
delà paix. Elle se fit enfin, et les électeurs d'Espagne si long-
temps attendus arrivèrent ea Italie.
La salle où se rtenii cette première assemblée n'avait
rien de majestueux, et dans l'enceinte des sept collines on
n'eût pas trouvé de collège en apparence moins imposant.
Pourtant les comices assemblés, dont la clameur en éreil-
lait jadis les échos, avaient rarement confié aux prétenrs et
aux proconsuls romains un pouvoir plus étendu que celui
dont ces hommes allaient disposer. Mais LayBez n'était pas
au bout de ses désappointements. Les portes de la chapelle
s'ouvrirent tout à coup, et le cardinal Pacheco, introduit dans
l'assemblée, lui interdit au nom du pape de passer entre
à l'élection, si elle ne voulait consentir à ne nommer le
général que pour un laps de trois années ; il fallait en outre
promettre, à l'instar des autres communautés rdigi^ises,
qu'on chanterait tous les jours les offices indiqués par TE*
glise. Alors se présenta ceile question ^ineuse que nos ca*
smstea anglicans ont si bien débattue il y a quekpie cent cin-
quante ans à rencontre d'un roi papiste : « Qudiles sont les
Unîtes d'une autorité absolue?.)» question que nos casutstes
résolurent alors dans le même sens que lago Laynez et ses
firères» Sans tenir compte de leurs voeux, des ordres du pape
0t de la présence du cardinal, ceux-ci l'élurent immédiate-
anent général à vie, et ils. n'ajoatteent pas undilanie i
leurs offices accoutumés.
Du reste^ et à cela près, ks dehors furent merveiUeQse-
oient cbservés : les électeurs se montràrent jofeux et recoa-
oaissoila; le nouveau génénl téoMUgnait^ vie répugnance
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LSS tftKHIBRS JÉ8U1TBS. ^gj
éloquente, mie sorte de douleur et leeentimeotde Tiinmense
responsabilité qui allaitpeser sur lui. Etait-ce là de rbypocriaie?
Devons-nous absolument novs refuser à croire qu'en cette
occasion Laynez ait véritablement obéi à des mouvemento
plus nobles et plus purs que ceux de raaibition terrestre?
Et pourquoi, s'il vous plaît? Et quel est celui d'eatre iia«s
qui n'a pas observé en lui, après une lutte de sentiments con-
tradictoires , cette espèce de compromis triomphal auquel
prennent part, dans une proportion impossible à définir, nos
grandeurs et nos petitesses, nos bons et nos mauvais instincts?
Si nous voulons demander aux événements qui suivirent le
mot de Ténigme que nous venons de nous poeer, ils n'auront
rien de bien, décisif à nous apprendre. Sur les vingt-quatre
fivres d'Orlandinus il y en a huit consacrés à Thistoire de
rOrdre durant ràdministration de Laynez. £a les parcourant,
oo se sent obligé de reconnattre qu'il possédait des talents
peu ordinan-es, et, nonobstant quelques doutes, on est t^té
d'admettre qu'il y joignait une piété sincère et peu commune.
Laynez semblait né pour suppléer à toutes les lacunes
inlellectuelles que nous avons remarquées chez Ignace. U
était familier avee cette littérature théologique du moyen
Age qui défierait de nos |our» les investigations des aavanta
les plus acharnés, et qui se coBipltquait alors des études mo-
rales maintenant dévolues plus spécialement à la philosophie
mondaine. Ce riebe sav<Hr l'avait rendu indispensable au
premier général ; mais tout en le consultant avec la plusentiére
confiance et en se servant de lui, Loyola ne paraissait pas ai-
mer ce Ascipie utile. Oriandnius raconte qu'aueun nwmbre
de l'Ordre n'était traité avise smtant de rigueur, malgré ses
importants services : « Ne pensez-vous pas, lui disait Ignace,
que dans le travail nécessaire pour constituer les ordres reli-
gieux, les saints fondateurs ont été divinement inspirés? — -
Sans doute, répliquait Laynez, en tant que le plan général
et les principes essentiels le demandaient.» En conséquence,
ik se partaféreni la besogne, le saint inspiré se chargeant
de fournir un texte dont le savant «ans inspicaiions préparait
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386 LES PBEUIERS JÉSUITES.
les commentaires, et qu'il rattachait aux doctrines établies.
Aussi le législateur revendiquait-il la gloire d'avoir élevé un
édifice dont le plan et l'arrangement émanaient deDieu,laisp
sant à son compagnon de travail le mérite d'en avoir étayé les
fondements à Taide d'un savoir dont il ne contestait pas Fex-
cellence, mais qui n'était qu'une chose humaine. Un court
exemple expliquera mieux que toutes nos définitions ce par-
tage du travail commun.
Voici un texte, œuvre de Loyala :
c( In tkeolofià legetur Y tint et Novum Ttêiamemtumf ^
doctrina sckolasiica dim Thomm,
Laynez y ajouta ce commentaire.
m Pralegetur eiiam magister sententiarum; std si videatar
iemporii decunu , alius auctor studentibtu utilior futurvs, ut d
aliqua Swhtna, vel liber thtologiœ êdwktaticœ^ confieerttur^ qui
nostris temporibus acewiinwdatior videretur [i] , — prœUgipoterit,
Ainsi Loyola y naturellement ennemi de tout changeaient,
voulait donner pour jamais à saint Thomas le privilège d'in-
terpréter rÉcriture sacrée ; Laynez, au contraire, plus péné-
trant et plus prévoyant devinait que lé temps allait venir où il
fiaudrait des enseignements plus larges^ mieux^appropriés aux
besoins de l'époque. C'était là une prédiction que se chargea
de réaliser, peu de temps après sa mort, son célèbre élève
Molina.
Ce nom nous rappelle que Laynez a eu le mérite ou le tort de
faire revivre dans les temps modernes les doctrines molinistes
ou pour mieux dire arminiennes. Les questions que cette
croyance a soulevées seront sans doute à l'ordre du jour dans
bien des siècles, comme elles l'ont été bien des siècles avant
(1) « On lira dans la classe de théologie l'Ancien et le Nouveau Tes-
tament, ainsi que la doctrine scholastiqae de saint Thomas. »
Et tout en donnant son assentiment, Lajnez ajoute :
« Mais si un temps venait où quelque autre auteur semble plus utile
aui étudiants ; si quelque Somme ou quelque autre livre de théologie scbo-
lastiqne, écrit par la suite, semble pbis approprié aui besoins de notre
époque, ^ il pourra être mis en leeiure.»
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LES PREMIERS JÉSUITES. 289
noas.. Hais sûrement on trouverait peu de gens disposés à
contredire ce fait : Qu'elle était particulièrement accommo-
dée aux besoins du temps où vécut Laynez. L'avènement du
protestantisme devait contraindre ses grands antagonistes à
prêcher une doctrine plus intelligible et plus souple que celle
de saint Augustin ou de saint Thomas ; et s'il est vrai de dire
que ces opinions nouvelles aient été l'origine première des
périls auxquels la société de Jésus fut ensuite exposée, des
reproches qu'elle encourut, du discrédit dans lequel elle
tomba, il faut bien avouer aussi qu'elle leur dut en commen-
çant une bonne partie de sa force et de sa vitalité.
Les doctrines de Molina furent risquées par Laynez, même
au sein du concile de Trente, où il s'attira (peu soucieux néan-
moins de si dangereuses censures] une accusation formelle
d'hérésie et de pélagianisme ; mais sur ce théâtre, le mieux
approprié que l'on eût vu depuis la chute de la république
romaine aux combats de l'éloquence, il déploya cette hardiesse
que donne la conscience d'un talent supérieur aux orateurs
les moins courageux. Sans se laisser arrêter par les cris d'in-
dignation qu'il soulevait de toutes parts, il maintint la liberté
de l'arbitre humain et les doctrines ultramontaines, plus mal
venues encore de son auditoire. La communion sous les deux
espèces, réclamée à grands cris par les laïques d'une moitié
de l'Europe, n'eut pas d'adversaire plus véhément. Il comptait
pour apaiser les ressentiments qu'il allait faire naître en dé-
fendant ces thèses impopulaires, sur la sympathie que les
hommes accordent toujours au talent. Sa position était d'ail-
leurs la plus favorable qu'il pût souhaiter pour déployer une
humilité fastueuse : elle l'isolait et le grandissait en l'éloignant
des trûnes occupés par les légats du pape et par les ambas-
sadeurs de la chrétienté. Aussi l'impression produite par ses
discours n'en fut que mieux constatée lorsqu'on vit les car-
dinaux, les évêques, les comtes, les abbés, les généraux d'or-
dre et les docteurs déserter le voisinage de ces trônes brillants
pour se grouper en foule autour de la chaire où durant deux
heures Laynez les tint suspendus à ses lèvres. Par la suite il
6* SÉRIE.— TOME XII. * 19
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9M LE8 PRBM1BE8 9ÈSCJXES.
eut occasion de foire connaître de nouveau, à Paris eU Rome,
fies talents oratoires, qui reçurent partout un accueil aasn
flatteur; et pourtant, « Ton exaaûne lea deux discours délai
qu'Orlandinus a choisis entre tooa pour les conserver à la pes-
iérité, il est difficile dé découvrk le cfaaraie qui arrachait taat
d'orgueilleux prélats au sentiment de leur digaiié. La parole
de Laynezi jugée sur ces fragments, ne semble ni passioDaée
ni riche en couleurs; on n*y remarque pas non plus cet
entraînement de la pensée qui semble s'élever au-dessus des
règles, et dominer par TouUi même qu'elle ea fait. Une agor
mentation lumineuse, une expression facUe et plus kcide,
forent probablement les gfands mérites de cet orateur , et ces
mérites iFne les faut pas mépriser. De tous les résultats oiÀib-
nus par la parole, U n'en est guère de plus heureux et de
mieux venu que cette clarté didactique qui, sans fatiguer
l'attention, porte la lumière et f ordre dans les pensées con-
fuses, obscures, incohérentes d'un auditoire nombreux.
Les ennemis de l'Ordre n'ont pas jugé Lay nez aussi favo-
saMement que nous l'avons fiiit : on lui a reproché d'avoir
caché sous des baillons une ambition dévorante, et sous de
sincères dehors, une subtilité d'esprit touchant de près à la
fiMisseté. Toutefois un homme qui, au seizième siècle, reftisa
positivement un chapeau de cardinal, — on a prétendu, isais
le fait nous semble apocryphe, qpie b ps^uté lui fut vaise-
tteni offerte, —un tel homme, disonsHaous» semble justifié
de tout vul^ire appétit pour les honneur» de ce monde.
Quant à l'hypocrisie, c'est une accusaitioB inévitableffleat
portée contre toute haute vertu, par dea antagonistes iatè-
reasésàn'y pascroire. Resté pendant dix-huit ans i la tète d'aae
cotporation impopulaire et soupçoanée dès l'instant mèaiede
son origine, il n'avait po«r repousser l'envie qui s'attache
toujours aux succès rapides, ni le fKrestige du rang hérédi-
taire, ni cet autre prestige plus irrésistible encore, i l'aide
duquel un esprit audacieux subjugue les hommes éblouis. Ses
mains n'étaient pas faites pour manier les «mes d'Ignace et
de Xavier, maie celles-là lui manquant, U s'en fit d'autres
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LIS FKEMintS JÉ8VITI8. 9H
qm soB adresse consommée rendît souyent victoneuBeB. Soo
Ordre lui duC cette doctrine caractéristicpie dont le nom rap*
pdfe ésw^quemeBt rorigine; la réalité du sarmr et sa re-
BOOHiée; des prÎTilégesconaidérablenienl agrandis ; l'alliance
pins intime arec la papauté, puis enfin, — nous comptons ceci
parmi ses ocwqnétes, — la haine plus rire et pins ardente des
réformateurs. Laynes lui donna de pius ces relations inf-
luentes avec tous les cabinets de TEirope, cpii devaient, dans
on avenir peu éloigné, asseoir la puksanee temporeUe des
îésnîles. Ce fnt enfin sa .gloire, gloire triste et sanglante»
d'avoir compté parmi ses disciples l'infiàme Catherine de Mé-
dicis et le iaible monarque qui lui servit d'instrument. Au
moment même où ils préparaient à loisir le plus grand crime
qui ait soniUé les annales de la chrétienté, Laynez mêlait à
leurs dâibérations sa voix toujours obéie. Néanmoins il n'est»
nons devons le dire , que le eemptice moral de la Saint-Bar-
tbélemy : étranger à la détermination même dn massacre, il le
prépara senlement par les doctrines qu'il eut l'imprudence
d'émettre dans les débats qu'il soutint à Paris contre les prin-
GÎpanx docteurs de l'Église réformée. On peut croire que les
exaspérations haineuses de cette lutte théologique enconrar-
gèrent les sowerains qni récoutaîent à verser sans scrupule
le sang d'nn parti dénoncé sans ménagement i leur colère et
à leurs terreurs.
IWnié de talents extraordinaires^ d'une instruction pro-
foBde, bdnle dans sa oeoduile» séduisant par son éloquence,
fl manqua peu de chose à Laynex pour qu'il inscrivit son
nom snr la liste des hommes à qni «pe sorte de droit divin
soumet les peuples et les empires. Hais ces rois du hasard se
laconnaissent au génie qai trace d'un seul jet leurs plana
merveilleiix, à la passion qui ks réalise. C'est là leur sceptre
et leur diadème. Laynex, lut, n*6ni ni passion, ni génie.
Ken sopérieur par l'inteHigence à Loyola et à Françoi»-Xa-
vier, la paroelle enflammée que leur Ame recelait n'aurait pu
habiter dans la sienne. Aussi, qnoi qu'il ait pu faire, on ne
doit voir en lui qu'un disciple : il porte remprunte de Loyola
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S92 LES PBEMIEBS JÉSUITES.
comme le serf du moyen Age celle de son maître et seigneur;
il est le premier, sinon le plus éminent produit, de cette ac-
tion prodigieuse à Taide de laquelle le fondateur des Jésuites
pétrissait et feçonnait à nouveau la créature humaine; il
montre enfin à quel degré de force on arrive en concentrant
tous les intérêts de la vie, toutes les affections du cœur dans
les étroites limites d'une communauté solidaire. Chez lai
comme chez beaucoup d'autres, ce procédé avait développé
la vigueur du caractère, mais aux dépens de son expansion : il
avait substitué à Tégoisme personnel une sorte d'égoïsme so-
cial; à rhumaine vertu, la vertu de collège et de confrérie;
à la philanthropie, l'esprit de caste, esprit servile et qui
s'enorgueillit de sa servilité même; qui n'exclut pas, qui
enfante même quelquefois de grandes actions, mais qui dé-
truit entre les hommes toute sympathie libre et cordiale; es-
sentiellement contraire d'ailleurs à cette universelle ten-
dresse, à ces effusions de bienveillance et de dévouement
dont le Sauveur des hommes, patron invoqué par les Jésuites,
est l'exemple le plus divin.
La Maison professe, d'ordinaire livrée au calme le plus pro-
fond, sortit tout à coup de son repos, le 2 juillet 1565. Bans
ces cloîtres, des hommes à la démarche austère se rencon-
traient en se serrant la main, et des lèvres habituellement
muettes échangeaient de cordiales félicitations. Un seul habi-
tant de la sainte maison demeurait isolé de la joie commune;
on eût dit à voir sa physionomie inquiète et ses gestes sup-
pliants qu'un malheur le menaçait dont il eût voulu détourner
l'amertume ; de grands chagrins, des travaux immenses avaient
blanchi ses cheveux et sillonné son pâle visage ; mais il ne
comptait guère plus de cinquante ans, et sa lyaute taille et sa
physionomie animée ressortaient sous un costume pauvre,
porté avec une rare noblesse ; on l'appelait le père François, et
c'était lui qu'après la mort de Laynez les suffrages unanimes
de l'assemblée d'élection venaient de porter au généralat de
rOrdre. Il n'y avait rien de joué dans le désintéressement
avec lequel il repoussait un tel honneur, car sa vie fàssée
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LES PREMIERS JÉSUITES. S93
lai avait appris» et de reste, le néant des dignités et de la puis-
sance humaines.
Le père François était par les femmes le petit-fils de Fer-
dinand d'Aragon, par conséquent le proche parent de l'empe-
reur Charles-Quint. Parmi ses aïeux paternels, il pouvait se
glorifier ou s'attrister de compter le pape Alexandre VI et .
César Borgia.
Cette race si célèbre par ses immenses richesses, les hautes
positions qu'elle avait occupées, les crimes dont la mémoire
pesait sur elle, l'avait pour représentant direct; le père
François, avant de porter cet humble nom, s'était appelé don
Francisco Borgia, duc de Gandia, grand d'Espagne, etc.
A peine enfont, et comme s'il eût eu mission de racheter tous
les forfaits de ses ancêtres, il avait annoncé les plus saintes dis-
positions. Chaque mois il tirait au sort le nom de quelque bien-
heureux du calendrier, et réglait sa vie d'après les souvenirs
qu'avait laissés dans les annales de l'Église ce patron demandé
à la Providence. A l'âge de dix ans, son imitation des saints
allait déjà si loin qu'il s'infligeait la discipline la plus rude ;
soin déplacé, qu'il eût dû selon nous laisser à ses maîtres. Tel
fut sans doute l'avis de son oncle maternel don Juan d'Ara-
gon, archevêque de Saragosse ; car lorsqu'il prit la direction
des études de son neveu, les maîtres d'escrimé et d'équitation
forent requis plus souvent que le pi:ofesseur de théologie ; et
dès que don Francisco fot entré dans sa dix-neuvième année,
ce noble prélat l'envoya terminer son éducation à la cour de
l'empereur son cousin.
L'ardeur qu'il avait d'abord déployée dans ses aspirations
vers la vie monastique, notre jeune courtisan la reporta bien-
tôt en partie sur les frivoles exercices du monde briUant o&
il vivait. Nul ne déployait plus de grâce dans le maniement
d'un coursier, et ne portait son épée d'une main plus ferme
entre les épaules du taureau furieux; nul dans un tournoi
ne disputait mieux la palme à son souverain et ne se laissait
vaincre plus à propos. Indifférent aux conquêtes nombreuses
que tant d'avantages lui devaient valoir, il n'aspirait qu'au sou-
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2M LES VBBMIBBS JBSUITBS.
rire approbateur de dem beaux yei», et il ne mit laceuromio
de là beauté qu'aux pieds dTleonora de CasUt). Elle accepta
bientôt sou loyal amour et derint son épovse. Les sentiments
pieux néanmoins régnaient enoore dans oe cœnr qu'elle arait
soumîfiw Musi£9ien aocompli, <k>n Francisco ne feisaitentea-
« dre sur son luA, dans les salles de TEecurial , que des ain
empruntés à la musique sacrée; passionné pour la chasse, en
le Toyait soavent, au moment eu eHe oUrait Tintépèt le plos
vif, alors quB le faooon à-demt perdu dams Tasur <dacîel aHnt
s'abattre sur sa proîe> on le voyait^ disons-nous/ bwssantlei
yeux et iovrmmt bride, interrompre brosqnement ee pMsir
enivnmt, qu'il transformait ainsi en moyen de pénitence.
Il reçut avec Charles-Quint les leçons de Sainte-Croix, le
meilleur tacticien de l'époque et le plus habile fortificatear.
Puis il alla les appliquer sur le mage d'Afrique, oà sa na-
ipifficcnoe et sa braroure hasardeuse le mirent au premier
rang des champions chrétiens, A la tète d'un corps enréU
par faii, on le vit suivre l'empereur dans le Milanais et la Pro-
vence; et ce fut pour payer de nombreux services qne Char-
les lui donna mission d'aller rendre compte de cette can-
pagne à rimpératrice Isabelle, résidant alors à Ségovie. Cette
princesse était pour Borgia comme une seconde mère; peirtt
iemmeuneamieaineère et dévouée. Durant les fêtes qui hrent
données afin de célébrer les victoires de Charles, les ébtbde
Castille s'assemblèrent i Tolède; Eleonora et Francisco figa*
rèrent au premier rang des seigneurs qui entouraient le trftne.
Le bras de la Providence, habituée à se jouer des graa-
deurs humaines, apparut tout à coup à cette heure triom-
phale. Isabelle, à peine dépouillée de son manteau d'impéia-
irioe, fat appelée à revêtir ie suaire funèbre, liais dans ces
moments-là même mil t'orgueil des hommes reçoit les plus
édataats démentis, il re^ve encore la tète et proleste. A h
cour d'Espagne surtout la mort a son cérémonial rigoorem»
et les cadavres sont «ncore soumis à f étiquelte. Un usags
impérieux voulait ^'babelle, avant d'^itre descendue seuB
les caveaux de TEscurial, fdt examinée 4mis son eeronei
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LBS PREMIEltS JÉSUITES. 295
coyert, dont on écartait lesvoiles embaumés, parnn desgrands
de ia cour, toujours prêt à déposer sous serment qu'aucune
fraude n'avait substitué aux restes de la personne royale d'in*
dignes et vulgaires ossements. Cette mission fut confiée à don
Foincîseo Borgia ; nul n'étant plus digne de la remplir, soit
ptr son rang, soit par l'intime connaissance qu'il avait des
traits de la princesse. Ce dut être pour lui un moment solen-
nel qne celui où il 0K>nta les degrés du catafalque, au bruK
des prières nrarmurées et des orgues plaintives, pour jeter un
dernier regard mouillé de pleurs sur les traits vénérés de su
royale mme.; et sa main trembla sans, doute en écartant avee
respect les draperies qui lui cachaient tes secrets de la tombe.
Ifnts oe fpi'îl vit alors... et pourquoi décririons-nous cet ef-
frayant et kîdeux spectacle ? ce qu'il vit alors fit passer nn
frisson dans tons ses membres, ses genoux fléchirent d'eus-
niémos , et, détournant la tète, il pria INeu, seul grand, seul
digne d'être adoré, seul impérissable.
Cest là l'ère capitale de la vie de Borgia. Rien ne la si-
gnala aux yeux des hommes ; mais, dans le secret de sa con*
science, il n'envisagea plus le nH)nde qu'avec mépris. Et
cependant quelle existence plus que la sienne pouvait fournir
nn aliment à l'activité de l'esprit, une base assurée aux cal-
enk de l'ambition 1 Maître, à la fleur de l'^e, d'une ferUin»
priacière, héritier d'une maiseo illustre, parent et Bivori de
l'emperenr, déjà renommé cafMtaine, brillent au sein des
eonrs p»r les agréments de 9â personne et les talents qu'il
arait cultivés, heureux dans son intérieur par les soins d'une
«esdreéponse, entonré d'enfiints dont les jeux charmaient ses
benres oisives» «e fat alors, a l'Age de vingUnenf ans, qu'il m^
mtoçit résafament i tons oes dons de la Providence, et qu'il
s'engagea, par un vœu solennel, à finir ses jours dans qoéU
fne ordre religieux, si Jamais il survivait k sa femme. L'aspeet
d'«Mi cmàmv^y le triomplie hideux du trépas, avaient détruit
à nés yeux tontes les illusions de l'existence : il ne voyait plus
4am ia eréaÉure humaine qu'une ombre passagère, et dans ses
rèvies de bonheur nn mensonge de quelques heures, mensonge
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296 LES PREMIEBS JÉSUITES.
frivole, déraisonnable, insensé, dont la colère de Dieu dis-
sipait le vain prestige, et faisait évanouir les pompes éphé-
mères.
Charles-Quint, qui devinait le. secret de ces décourageantes
méditations, voulut rappeler son ami aux soins mondains qai
en pouvaient seuls combattre le désastreux effet. Il le força
d'accepter la vice-royauté de Catalogne et la croix de Tordre
d'Âlcantara, qui était à cette époque la plus enviée des dis-
tinctions chevaleresques. Don Francisco céda aux instances
de son maître, et dans le nouveau poste qui lui était confié,
il se montra aussi ferme que juste, aussi libéral que bon ad-
ministrateur. On put même dès lors remarquer en lui une
tendance qui le distingua dans la suite cooune général des
Jésuites, nous voulons parler des soins tout particuliers qa'il
apportait à surveiller Téducation de la jeunesse.
Ingénieux entre tous à mortifier en lui les instincts dange-
reux de la nature, don Francisco recherchait dans sa dignité
nouvelle des moyens d'humiliation. C'est ainsi que pendant les
somptueux repas donnés en l'honneur de son souverain, il affec-
tait de jeûner, et allait ainsi au-devant des railleries qu'on'pro-
diguait à cette macération inopportune; il se plaisait égale-
ment à l'espèce de curiosité méprisante qu'il excitait chez le
peuple gouverné par lui, lorsqu'il se montrait revêtu des plus
humbles attributs de la pénitence. On cite en outre une anec-
dote assez bizarre, qui donne une idée très-exacte du carac-
tère de l'homme et des mœurs de son temps. Le 3 mai, jour
anniversaire de l'Invention de la Sainte-Croix, les dames de
Barcelone célébraient des mystères qui jusqu'à certain point
rappelaient ceux de la Bonne Ùéesse : d'ordinaire, en pareil cas,
un champion veillait pour elles, et les garantissait detoot
curieux indiscret. Le vice-roi s'attribua ce rêle difficile, et
se plaça lui-même en sentinelle devant le palais où se cachait
la fête mystérieuse. Or il arriva qu'un jeune gentilhomme se
présenta l'épée nue à la main pour forcer l'entrée de ce séjour
interdit, et que, sans égard pour la personne et la dignité do
vicerroi, il l'accabla de ces insultes que les lois de la che-
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LES PREMIERS JÉSUITES. 297
ralerie ne permettaient pas de laisser impunies. Don Fran-
cisco, l'un des plus braves soldats dTspagne et celui de tous,
peut-être, auquel le reproche de lAcheté devait sembler le plus
pénible, ne songea point à venger cet affront. Il laissa pai-
siblonmit son épée au fourreau, et Tinsolent spadassin ne
rencontrant d'antre obstacle que des remontrances calmes et
courtoises sur Tirrégularité de sa démarche, pénétra libre-
ment dans le palais si mal défendu. L'histoire ne dit pas
quelles armes ou quelles incantations magiques les beautés
barcelonaises employèrent pour se débarrasser du téméraire
visiteur; elle ne dit pas non plus comment elles accueillirent
par la siiite le pieux chevalier d'Alcantara dont l'épée était si
lente i les protéger ; elle ne s'occupe même pas du tort que
le vice-roi faisait à son autorité, bravée à sa barbe par un
étourdi. Il lui suffit d'exciter notre admiration pour l'éton-
nante victoire que don Francisco remporta sur lui-même en
soumettant les passions humaines du soldat à l'inaltérable
douceur du saint.
Après quatre ans de vice-royauté, don Francisco fut délivré
de cette grande charge par la mort de son père, et prit alors
le titre héréditaire de duc de Gandia. La munificence de leur
nouveau seigneur répandit la joie parmi les vassaux de ses
vastes domaipes. Les anciens serviteurs de sa famille virent
leur existence assurée par sa libéralité. Des couvents, des
hôpitaux, s'élevant de tons côtés sur ses terres, y amenèrent
une population nombreuse. Il bâtit des forteresses pour re^
pousser les incursions des corsaires mauresques. Bref, il rendit
à la maison de ses ancêtres toute son antique splendeur,
Eleonora de Castro rivalisait avec son époux dans toutes ses
œuvres de merci et de piété : noble lutte et la seule dont fut
témoin à cette époque le tranquille château de Gandia. La vie
qu'(Mi y menait, doucement austère, ne donnait place à aucun
trouble, à aucune lassitude, et le brillant soleil d'Espagne
n'éclaira jamais de remparts féodaux honorés par autant de
vertus, hiÂités par autant de bonheur.
Cependant à quoi rêvait le duc puissant et respecté pendit
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9BB l'Es PaBHIEBS iÈSClTE»,
les longues heures qu'il passait proetemé an pied des aoMtT
Quels étaient ces orages iAtfoieors dont les fréaûsseoiMli
tioublaieiii la sérénité de ses traits? Il s'étudiait, nons diton^-*
toujott» curieux de se créer des supplices, — à savoir eooh-
Ment il supporterait un désastre qui semblait ÎBniiiieat, la
mort de sa prudente et douce compagne. On dit encore qit
durant oeUe suiette agonie qui, Are à fibne, déchirait soa
eœur, il entendit une voix intérieure qm articulait les pro*
Bsessesd'un Dieu jEavorable i ses prières :<iSi tu le veux, (fisai^
elle, la monraote peut revenir encore des portes dn toodteaa;
maie cette iaveur ne sera ni à tan avantage ni an sien. » Et
pénétré de reconnaissanee, domptant toute indigne émotion,
leaaint répondit: « Que ta volonté soit faite, à Seignenr! Dt
sais, et ta sais seul, le secret des voies oà nons sommes en-
gagés; nous n'avons que toi dam le ciel, et ne devons enr la
terre désirer qtie toL » Peu de jours après, alors égé et
trente-six ans, le due de Gandia confiait à la tombe les reitn
d'un être chéri dont la mort elle-même ne put le sépmr
entièrement. Sans la retraite sacrée à la<pielle cet immense
malheur condamnait les jours qui lui restaient à vivre, il sen-
tait les prières d'Eleonora s'unir encore aux mannes, et dafse
heure écoulée te rapprocher de Tàme heureuse qui l'aUendaît.
Le château de Gandta était encore teadn des draperies
fanéraires, lorsqu*uahùte inattendu vint frapper à ses portes.
C'était Pierre Faber, ce même prêtre qui 'OKciait jadis s^m
les voûtes de Montmartre, et auquel Ignace venait de donner
une mission pour propager i'éducationchrétienneen Espagsa.
Aidé de ses conseils, et obéissant de point en point aux ia*
struciioiis du général des jésuites, ie dnc éleva sur ses terrai
ane église, un collège et une bibliothèque qui Curent piaoés
eotne les mains de professeurs eboîsie par Loyetn. A memra
qne ses Ttohesses s'épnisaient «n fofidatjooa de ce genra, ta
chagrins du duc semblaient s'adoucir; aussi crëa-t-il sar le
même pian deux collèges qui furent adjoints a«x nnéverstlés
d'Alcala et de Séville. Mais, pour nonsaervir des eapteeswni
ie.Faber kn-méme, û restait à ériger dans l'àme de ce pienx
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un FKElfflEBS JÈRVJTEA. 3M
fondatenr ua édifiœ miaible plus noble encore et plus pré-
cieux que tous les autres. On en posa la première pierre en
lui faisant accomplir de point en point les Exercices spirtiueh*
Ce n'est pas à dire pour cela que le duc fui imaiédiaieBient
admis dans la compagnie de Jésus. On lui fit attendre long--
temps cette £aveor, qu'il demandait en tonte humilité. Baw
riotervaUe, cependant» Ignace avait soin d'entretenir avec mm
bk^ disciple une correspondance ou respire la courtoisie eè*
rèmonieasedes gentilshommes espagnols, et que tempèrent,—»
aoa sans quelque grik^e, — d'une part le ton sévère de l'autorilé
patriaicafe, de l'autre l'expression du respect le plusareugle,
de la souaiâBsîeA la plus empressée. Il est cnrieux de vov
comment on conduisait don Francisco^ pas à pas, vers le bot
âoUicité par lui avec tant d'ardeur. D'abord on hii prescrit
d'éUdier ia vie de Jésus, sur laquelle il doit s'efforcer de m»*
deler la sienne; puis on l'autorise à prêcher devant les gens
de sa maison, et, plus tard, an guichet du couvent des dames
de Sainte-Claire; puis ce sont des humiliations perpétuelle-
ment renouvelées par le contraste quotidien qu'on lui prescrit
d'établir contre les témoignages de la bonté divine et ceux de
sa propre faiblesse : épreuves multipliées qui devaient re*
hausser i ses yeux la mission pour laquelle on le préparait
avec tant de soin. Philippe II, qui, sous le titre de régent,
{ouvernait alors l'Espagne, aurait volontiers détourné le d«e
de la sainte carrière où il s'était engagé; tantôt il sollicitait
ses avis sur les aiïures d'état les plus difficiles; tantM il l'ap-
pelait à remplir an poste élevé dans les cortès de Castille ; o«
bien il s'eSorçait de lui faire accepter dans la maison royale
l'emploi de Grand Mattre. Sur ce dernier point don Francisoo
fut inflexible, et ce fut par suite de ses refias obstinés que kê
ducd'Albe hit nommé à ces hautes fonctions. Singulier enchat-
Mment des choses humaines 1 Si le duc de Gandin cet poéfévé
les devoks de sa naissance i ceux qne lai imposaient ses destin
de perfection religieuse, l'Espagne eAt perdn un saint ^ gagné
sept provîAoes. Les massacres des Pays-Bas, l'ind^eodance
de la Hollande, l'abaissement da trtoe espagncd, toutes cet
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300 LES PREMIERS JÉSUITES.
conséquences directes de Télévation du duc d*Albe pouvaient
être alors ajournées, et qui sait jusqu'à quel point un pareil
délai eût influé sur les destinées européennes!
Le duc , eifirayé par le danger que ses pieuses résolutions
avaient couru, sollicita derechef, avec plus d'ardeur que
jamais, son admission immédiate dans la société de Jésus.
Ignace avait sans doute partagé ses craintes, car il leva aussi-
tôt toutes les difficultés, et se hftta de s'assurer son puissant
prosélyte. Don Francisco prononça les irrévocables varax
dans la chapelle du collège dont il était fondateur ; mais cette
importante résolution ne fut connue que plus tard, un bfef
du pape rayant autorisé à rester dans le monde durant quatre
années encore. Elles furent employées à régler définitivement
ses afiaires temporelles. Plusieurs mariages unirent ses enfants
aux plus grandes maisons d'Espagne et de Portugal ; il trans-
féra la propriété de son immense patrimoine sur la tète de
son fils atné ; puis, à l'âge de quarante ans, il dit adieu à tons
les soucis humains pour se plonger dans l'étude de la théo-
logie scolastique, des traditions de l'Eglise et des lois portées
parles conciles. Aucune cègle, aucunes leçons, celles-là même
qu'on impose aux plus jeunes disciples, ne lui parurent à mé-
priser. Il affironta jusqu'au ridicule les exercices publics qui
semblaient les moins faits pour son âge, et aucun dégoût ne
put étouffer en lui la sainte flamme. Sur les marges de son
Thomas d'Aquin^ on peut voir encore comment cette âme
dévote trouvait dans chacune des distinctions subtiles, imagi-
nées parle savant théologien, un motif d'aspirations embrasées
vers l'être divin. Jamais pareil sacrifice et abnégation pins
complète n'avaient payé le titre de docteur auquel ce seigneur
haut et puissant bornait pour l'heure toute son ambition.
Lorsqu'il l'eut obtenu, le souvenir importun de sa grandeor
passée lui suscita de nouveaux embarras, si l'on peut appeler
ainsi les flatteuses préférences qu'un prêtre ambitieux eAt
achetées au prix de son sang.
Deux de ses frères avaient été membres du sacré collège;
sur la demande de l'empereur on avait ofiert la pourpre i
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LES PREMIERS JÉSUITES. 301
deux de ses fils. Après Taroir humblement refusée pour eux,
comment le nouveau docte&r empécherait-il Charles-Quint
de remplacer la couronne ducale qu'il venait de résigner par
la barrette rouge des cardinaux? Il prit pour cela toutes ses
précautions, s'éloigna sans retard de son patron impérial,
dressa son testament et en accomplit d'avance les dispositions,
remit le surplus des soins paternels à Tatné de ses fils, et
quitta pour jamais enfin sa famille en pleurs. Le jour où les
portes du chAteau de Gandia se fermèrent sur cet exilé volon-
taire, il chanta sa délivrance avec les paroles du roi psalmiste,
et bien qu'entre ce jour et celui de sa mort plus de vingt ans
se soient écoulés, bien que ses missions en Espagne l'aient
ramené souvent aux portes de son antique demeure, il paraît
que jamais il n'en franchit le seuil. Devenu étranger même à
ses enfants, jamais, à partir de cet instant, il ne les souffrit
un jour entier près de lui, et ne voulut permettre qu'ils pré-
sentassent leurs descendants à ses bénédictions.
Mais revenons sur nos pas et suivons le duc émancipé,
lorsque, libre dés soucis terrestres, il se h&tait de s'aller
asseoir aux pieds d'Ignace. Les honneurs qu'il^subit malgré
lui à Ferrare et à Florence , où ses parents étaient souve-
rains, ne faisaient qu'irriter sa dévote impatience, et mirent
en relief l'humilité qui les lui rendait insupportables. Il eût
voulu sur toutes choses entrer de nuit à Rome sans que per-
sonne fût prévenu de son arrivée ; — en revanche, dans cette
ville de triomphes et d'ovations, Loyola, justement orgueil-
leux de sa conquête, prétendait bien la montrer à tous. Une
procession solennelle où figuraient l'ambassadeur d'Espagne,
un prince de la maison Colonna, des cardinaux, des prêtres,
des nobles sans nombre, reçut aux portes l'ex^favori de Charles-
Quint et le conduisit A la liaison professe.*Là, versant des
larmes de joie, le nouveau religieux baisa les pieds de son
général et de ses collègues, et demanda, comme un honneur
déjà trop grand pour un frère si indigne d'eux, les plus vils
emplois de la communauté ; ensuite il se hâta par une confes-
sion gén^ide qui embrassait tout le cours de sa vie passée
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m LES PREMIBM JÉSOITBS.
d'en réréler tons les secrets an ttoord arbitre de sa destinée.
Tant de zèle^ et dans un tel hotaoe, étaitwi trésor trop pré-
cieux pour qu'on le laissât inutile, et comme ieduc s'était réserré
VadiBÎfiistratîon de quriqnes-ons de ses reremis consacrés
d'avance à de pieux vtssLffss^ on les lui fit employer à con-
struire dans Rome résglise et le collège depin» si eélèbressons
le n€»n de De propagande fiée. Pois on s'occupa de compléter
la rupture de tous les liens qui l'attachaient encore i la rie
séculière. II n'arait pu en efet sans le consentement exprès
de ranpereur renoncer à la grandesse et i la croix d'Alean-
tara. Il sollicita ce consentement arec toute la grâce d'an
accompli courtisan et toute la ferreur d'un saint. Mais tandis
qu'il attendait à Rome la réponse de Charles-Quint, h Maison
professe eut encore k trembler qu'on ne lui enlevit ce pré-
cieux adepte. La pourpre de cardinal lui fut offerte poor la
seconde fois et avec une admonition papale qui semblait rendre
un refus très-difficile. Gandia, pour se s(oustraire à ces instan-
ces imposantes y eut recours à la faite, son moyen ferori.
Betournant en Espagne presque à rimproviste, il accomplit
un pèlerinage au château de Loyola, baisa k sol consacré par
la naissance d'Ignace, et se réfugia immédiatement dans on
coUége cpie les jésuites possédaient i Ognato, Inen décidé à
ne se montrer- qu'après la décision de l'empereur.
Cette décision ne se fit pas attendre, et fut conforme de
Ions points aux vœux de don Francisco. A partir de ce mo-
ment, il cessa d'être duc, chevalier de Saint4acques et même
gentilhomme espagnol. Une renonciation solennelle, accom-
plie par des actes réguliers, le dépouilla de tous ses titres et
en même temps de toutes ses propriétés, de tous ses droits de
citoyen; 3 dépouilla jusqu'aux habits séculiers qu'il arait
portés jusque4à, et la tonsure prépara sa léle à Timpo^itioD
des mains de l'évèque. Les spectateurs, surpris de cette im-
posante cérémonie, se partagèrent comme autant de reliqoes
les débris qu'elle avait laissés autour de i'autel d*Ognato. U
^e François, car il s'appelait désormais ainsi, n'avait plos
désormais d'autre sacrifice à offrir que celui d'un cœur d*<m
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UB9 PBBMIEBS JÉSUITES. SOS
étai^i sortis tous les intérêts, toutes les affections terrestres;
il le fit dans une longue et silencieuse oraison dont aucune
pensée amére n'altérait cette fois l'exaltation pure et fier-
vente. Les pleurs qui s'y mêlèrent ressemblaient i ceux que
le premier homme put verser avant de connaître le malheur et
le péché. Lorsqu'elle fut terminée, le père François se releva
lentement, adressa quelques paroles d'adieu aux serviteurs
qui l'avaient suivi jusque-là, et demeura seul désormais en
présence du Dieu auquel il venait de se consacrer.
Cet isolement dura peu de temps. La pénins«le était pleine
do bruit de sa dévoticm. Quiconque sentait le besoin de con-
seils spiritads,-^et parmi ceux-là beaucoup se glissèrent pous-
sés par une vaine curiosité, — accouraient de toutes parts dans
sa cellule. Les rois recherchaient ses avis, les congrégations
émerveiUées sollicitaient à l'envi sa direction et ses pieux
discours* Parmi les grands d'Espagne, il s'en trouva au moins
deux pour suivre le glorieux exemple de renoncement qu'il
venait de leur domner. Chaque jour, en somme, ses triomphes
spirituels deveimient de plus en plus éclatants, et ils promet-
taient de remplir sa vie s'il pouvait échapper à la menaçante
promotion qui l'appelait encore au collège des cardinaux.
L'autorité d'Ignace, qui, dans cette occasion , usa sans scr«*
pule de quelques manceuvres au moins équivoques, placèrent
enfin le père François à Tabri de ce dernier danger. L'un et
l'antre devaient arriver à la tombe sans que leor Ordre eftt
èlè humilié par l'acceptaiion des dignités eeclésiastiqves.
Be tous les nœuds qui avaient naguère ratfadié François
Borgia aux pompes et aux vanités de ce monde, il en était un
qu'il ne pot riMnpre ent^rement; lien d'affection et de pa-
renté entre h» et le grand empereur, an psftronage duquel il
avait dû tant de succès mondains. Déjà «ne fois, dorant sa
vice-royauté» le père François avait eu, dans les salles du
cbAteaa de Barcelone, une imiportante et secrète conférence
avec son vofal cousin ; lors de cette entrevue, ils se firent part
l'un à l'autre du dessein qu'ils avaient tons deux de consacrer
à une pîense retraite on certain nombre d'années qu'ils se
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30fc LES PREMIERS lÉSDlTES.
réservaient entre Tabandon da pouvoir et Theiire de la mort.
A chaque revers , depuis lors, Charles-Quint sentait se rani-
mer sa vocation religieuse; après chaque succès, il ajournait
le moment d'y céder. Mais enfin, brisé par les maladies et les
chagrins, il s'enferma dans un monastère de TEstramadiire,
et appela près de Jui l'ancien vice-roi de la Catalogne. Fran-
çois Borgia se hâta d'accourir, et, comme au temps où lem-
pereur gouvernait encore la moitié du monde, il s'offrit, age-
nouillé devant lui, à baiser cette main d'où le sceptre impé-
rial était tombé. Charles cependant n'accepta pas ces témoi-
gnages de respect, mais au contraire, serrant son cousin sor
sa poitrine, il le força de s'asseoir la tète couverte à côté de
lui. Us eurent de longues et fréquentes conversations. Par
malheur, l'analyse qu'en ont donnée les historiens de la
société de Jésus n'offre aucune garantie d'authenticité. Selon
eux, la controverse aurait presque continuellement roalé sor
l'établissement du nouvel Ordre, dont Charles attaquait les
principes constitutifs, tandis que le père François les défendait
avec énergie. 11 n'est pas besoin de dire que le résultat de
cette discussion qui nous semble apocryphe est l'entière con-
version de l'ex-monarque, dompté par l'éloquence du Aitnr
général. On ajoute, et ceci nous semble moins improbable,
qu'il fut aussi question dans ce pieux d^at des Mémoirti que
le royal dominicain avait projeté de publier, et qui auraient
ofiert l'intéressant tableau des événements où il avait joué un
si grand rôle. François Borgia, nous dit-on, finit par le dis-
suader de cette résolution. Si cela est, il faut regretter, dans
l'intérêt de l'histoire, qu'il ait si mal employé sa dévote in-
fluence. On peut en douter, comme nous l'avons dit : ce qu'il
y a de certain, c'est qu'il fut chargé de quelques importantes
et secrètes missions auprès de la cour de Lisbonne ; qu'en-
suite, Charles, satisfait de ses services , le désigna parmi ses
exécuteurs testamentaires ; et qu'enfin ce fut le père François
qui prononça l'oraison funèbre de l'empereur défunt devant
la cour d'Espagne à ValladoUd.
Dès ce moment, la vie de Borgia se confond avec l'histoire
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LES PREUIERS JÉSCITES. 305
de l*Ordre auquel il s'était attaché. C'est une époque où cette
histoire enregistre par milliers et des miracles de dévoue-
ment et bien d'autres miracles encore. Comme général, le
père François consacra ses plus grands efforts aux progrés de
l'éducaliou publique, qu'il voulait assujettir partout à l'inspec-
tion de la compagnie, devinant bien toute la puissance qu'un
tel contrôle mettrait aux mains de ses membres. Ses succès
furent rapides, et il vécut assez longtemps pour voir établir
dans presque tous les états de l'Europe des collèges formés
Bur le plan de celui qu'il avait lui-même établi dans la ville
de Gandia.
Borgia est surtout admiré comme ayant dompté plus que
tout autre les désirs et les passions de l'humanité. A vrai dire,
noua ne saurions lui contester ce mérite. Il n'est pas un saint
dans le calendrier de Rome qui ait al)diqué ou détourné de
lui. plus de grandeurs humaines et plus de bonheur domes-
tique ; il n'en est pas un qui se soit voué à la pauvreté, aux
soufErances physiques, en les acceptant sous des dehors plus
sordides ou avec des supplices plus révoltants. C'est faire pé*
nitence avec lui ^e de prêter l'oreille aux récits de ses fla-
gellations, des maladies qui en avaient été la suite, et des
pratiques douloureuses par lesquelles, à chaque instant du
jour, il tâchait de dompter ses sens. Ses biographes, animés du
même esprit que lui, sollicitent encore notre admiration pour
des exploits d'humilité, des prodiges d'obéissance, des extases
de dévotion si remarquablement extravagantes, qu'ils sem-
blent, aveugles continuateurs d'une carrière vouée à l'humi-
liation, réclamer pour la mémoire du saint le dégoût et le
mépris que, vivant, il s'efForçait d'inspirer ; et, malgré tout,
Borgia n'était pas un homme ordinaire.
Par un phénomène assez bizarre, il avait à la fois, avec des
facultés bornées, des talents fort étendus et très-réels. Sous
la direction de génies plus actifs et plus perspicaces que le
sien, il entrait admirablement dans leurs vues et les secon-
dait avec autant d'adresse que de vigueur. Mais il ne fallait
lui demander ni la spontanéité des conceptions ni l'audace
5* SERIE. — TOME XII. 30
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des enfrepfi^ft, (^r iT joignait à une faire ptrfMmccrtfkcttôii
et de résîgnatiort un tempérament mAancaliqne, en Twrfti
duquel il était soumis â l'influence dl&s hommeff hurlb; êm
volontés fortes, des ambitions animées, qui lui serrircnl t(n>
jours de guides, lui firent désirei' d'atteindre an Irat qnTli
avaient choisi, et remplacèrent pair Tes lenrs ses espérances
éteintes. Dû reste, une fois la carrière ouverte devant hî, <^
n'était pas seulement d'un pas ferme, mais avec nne «DrteiTn^
pétuositê, que François Borgia s'y précipitait. LImpuTsion hri
venait du dehors ; mais une fois donnée, rioT obstacle if étarl
capable de l'arrêter. Il est facile de justifier tout ce qne noas
disons là de son caractère et de la docilité qui marqua tontes
les déviations de son existence. "Enfant, il fnt un saîat sar
le giron de sa dévote nourrice ; plus tard, son omcle l'ayant
voulu, il devient un accompli cavalier; potir complaire 1
l'impératrice, il cède anx séductions de Tamonr; le bon
plaisir de Charlcs-Quint fait de fui Un hsnrdi capitaine et on
administrateur capable ; îa vue d*tin cadwre Hvré 'aux vers
du sépulcre ranime sa piété qui sômmefflait; sur Favis*
Pierre Faber, il crée des collèges ef des hôpitaux; h toloaté
d'Ignace Tappelte au seîn de la compagnie de Jésus; fl en
devient le général bien malgré Inî, lorsqne ses collêgws éri-
gent qu'il accepté ces assujettissante» fonctfons-. Son esprit,
plante parasite, et faible quand fl était livré à M-même,
empruntait aux états étrangers une croissance, un envelop-
pement surprenants : des milliers d'hommesr pareils i M
n'auraient pu réaliser là grande oètivré de Loyola : mais il
suffisait d'un seul mis aux mains de cet ouvrier sublime pour
enfanter de vrais prodiges. Sa vie d*àittetif« est pins flo-
quente que toutes les homélies de saint Ghrysostome; elle
démontrait, mieux que cent prédicateurs ne Ttoraient po
faire à ses contemporains étonnés Tangtiste pouvoir As
principes cpil le ftiîsaîent agir. Peut-être venu au monde (juél-
qfies années plus tAt, et vivant au sein de son épourantaMe
famille, fiorgia aurait pris sa part de là sanglante renomifiée
qu'elle t'est acquise ; mais en nn àùtfe temps et dans (Taufres
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meot désigné au oitta d^a^SdèiM;» mk Iwèlo Imwa^^ «ir
liiMdMr.ja»iertl»Vvittiae«b» l'ag^ énôieni d'ona poKticpie
tmam MaamiMantgAtna aaaûilaitiaBBqu'eUa était «mbitiamy
dMii^aei^¥a6ft gigMtea^iwS!;, anfia la «réateuf d'un: systèma
dr'MncatM datttla» réanltais- onL ma inpnDtaaoaDrasvMP
iatt^Pv^^^^i^Wis à. foBC^B da graadaur.. Noua A'inaiataronB paS'
\ an» nânfileai»qitt nnlhaaMuaiBieiii inppall^kit un- paa trop^
<kr aéUbve bvroa MtwûhaiiBaB; maia à cdté de cetta
saa ifiévérealiey ninia placssioaa difficitemairt €eUa
cfe oaar qualitésanamiaa aveo d'autras cbiî faisant capables de
sftaftMwa aatia- é]^we». CL'ast gar ellaa qfia sareaoïoaiéQ sa
djfjfiBnj iWMJiairta, dcfs^ légfvadaa absusdas et des souvenirs fikr
clwa qn lu panvoent d-abend obscusoia. Ainsi nous ne de-
T«flB fas oublier q^te, malg^^ ses rapporta aasaz intiaies avea
Cbavle^IX cijGalharina de Médiciai et bie» qu'il fût en haoln
ftvoar aNfUifr A'eosi» aO' ni'a anan» matifi de si^oser qjOi'il
eêk nef uria tarfdeaoft de kur odieux pc^j^i. Nous ne devons
pilB>o«blw naaidaa^qua durant, son séjoui? sur les. domaines
i^ l'iaapiMlien», U r^isa eoostanunaat da prêtée Vautocité
da aoa nom àiae.toibnaal sanguinaÎDes. IL n'y avait rien de
sattlM» dana-SDn'fiuuitiana» rien de. vâL dans» sa docilité. Ja«-
maisd'an tel homme on n*eùt fait un persécuteur. Son église
lûa-ttanè das-astais», boauaoufi* 4'aalcas en revanche néj^i-
. mk asépfîAsnt sa mémoire. Jugé par cstie suprême sar-
I kidftlgai|ce*aBiverselle que nos étroits préjugée
ef BosysaMlinante 0rosaî«s né fiauissant ^unaia» il est proba-
ble que aa^ eorenrs^ théeoqfiaa ainsi que les e&hDavagances de
imaunduitaairaat étéplun qfin compensées par L'ardente char
làÈi (ps L'uBÎsaait èi Wm ai aux. hommes. La yistice humaine
ïÊom nanlmnfflit parce; cpie {'homme est enclin à la
baosai pavce que sa raison^raverlit de se méfier
( et loi fini eraindre una confnaion funeste entra
:^d»nud. La îiistice- divine est au coor
I efc fseibif, panœ quiella est sûre d'eUe-mèmet
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3M LW PHBnBM itgftlTBg.
à Vabri de toute erreur, et sûre de ne jamai» se laisser aveit-
gler par des sympathies contraires au bien.
Au nom d'Ignace, qui fonda la société de Jésus; à celai de
Xavier, qui Tentraina le premier dans la voie des missions; i
celui de Laynez, créateur des systèmes théologiques qui la
distinguent; enfin à celui de Borgia, par les soins duquel cette
compagnie serenditmattressede l'instruction publique, il iaot
en ajouter deux autres pour compléter la liste des hommesillus-
très qui ont fait de cette remarquable institution ce qu'elle est
aujourd'hui.L'unestceluideBellarmin, quiappritaux disciples
de Loyola Fart et les ressources de la controverse ; le second
est celui d'Acquaviva, qui fut en réalité le quatrième général
de l'ordre, quoique son nom ne fignre qu'en ciTiquième ligne
sur la liste que l'histoire en conserve. On peut le regarder
comme le Numa Pompilius de la société des jésuites. Il y a
dans la jeunesse de Bellarmin une sorte de beauté rustique,
et même dans ses derniers jours une grâce, une simplicité si
attrayantes, qu'il nous en coûte de laisser intact un pareQ
sujet. Mais les développements déjà donnés à cet article
nous en font un rigoureux devoir. Ce serait une tâche encore
plus longue et glus difficile que de raconter la vie d'Âcqna-
viva, l'un des plus mémorables politiques et législateurs de
son époque.
Samuel Johnson a dit quelque part que pour examiner sé-
rieusement l'histoire, les doctrines et la moralité des jésoites,
il fallait iin homme assez fort pour résister à la tentation da
conteur de merveilles. On peut s'assurer en nous lisant qu'il
avait raison. Mais nous ne regrettons pas d'avoir cédé à l'eo-
tratnement du récit et quelque peu dévié du bot que noos
nous proposions d'abord. Si les disciples d'Ignace, subissant
la triste loi du progrès humain ont laissé voir après bien des
années quel germe d'erreurs et de crimes les auteurs de ienr
politique religieuse leur avaient laissé à développer, il n'en bot
pas moins reconnaître que ces hommes égarés furent doués
de qualités peu vulgaires. Il est d'ailleurs utile de s'assurer
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LES FKEXIER8 JÉSUITES. 909
qufi cet élan vigoureux qui dure encore après trois siècles fut
communiqué à ia soci^é par des êtres dont la f^rce était plu-
tôt morale qu'intellectuelle. De nos jours on voit des nova-
teurs bien différents soulever de tous côtés l'indignation et
la terreur. Ces deux sentiments nous semblent en vérité hors
de saison à I*égard d'ascètes pour rire, qui ne perdent jamais
de vue leurs intérêts humains, et qui dans le plus fort de
leur humeur belliqueuse vont tout au plus jusqu'à houspiller
quelque malheureux professeur. De pareils athlètes, il est
presque ridicule d'attendre ou de redouter quelque mou-
vement décisif dans les affaires humaines. Il sera temps de
les craindre quand nous verrons ces beaux messieurs marcher
eo haillons au milieu de nous, ou s'élancer le crucifix en
main vers les cimes glacées de l'Himalaya.
L'homme esclave de ses appétits, courbé sous le joug des
lois convenues,, abâtardi par le luxe ou étouffé par les soucis
de la vie, osant à peine agir, parler ou penser de lui-même,
cet homme» animal servile et fait pour toutes les idolâtries,
adore le monde qu'il habite, adopte ses maxUnes et ne s'é-
carte jamais des sentiers battus par la foule. Pour le tirer de
sa léthargie, pour ouvrir de nouveaux horizons à ses pensées,
il surgit de temps à autre quelqu'un de ces hommes hé-
roïques dont le culte arrache pour quelque temps leurs sem-
blables aux croyances moins fécondes d'une idolâtrie gros-
sière. Il y a beaucoup à apprendre dans l'étude des causes
qui produisent de tels êtres et de la carrière qu'ils suivent,
mats nulle vérité n'en sort plus éclatante que celle-ci : « Pour
léguer son souvenir aux générations futures et se faire d'im-
périssables autels dans la mémoire des hommes, il faut sa-
voir immoler chaque jour, sur l'autel intériew, de nouvelles
victimes; il faut de plus que les magnifiques sacrifices de
l'abnégation soient offerts au seul objet légitime de l'humaine
adoration.
(Edinburgk JleDieto*]
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IiES SEPHARUiai
ou LES lUIFS D*ESPAGNE ET DE TOBTUGAL.
L'btot^îre de TSurope avtnoyen kgbé&amavtmiimxm'
plëte si Ton négligsBatt de «'ocoi]f)6r d'tnie race diipwèB
mw toute kilerre, «MiiB qui, afisooiant toi» Bes'meBotoaBfnr
les liens de la nationsAité la pfais iepaoe, MpMdantfiniMB
aiècles le priacipaliirteméâiaire dans iorates les eoMPunict
. lions da commeree'et'âe la diplontatie^ depuis Toeian Ada^
^que jttscfa'à rCapAmite. Les historiens xles jaift modtntt
ont oonfondu généralement tes iepftanKm, ou MÊk nh
fHigne et d« iPortngfH, «rec les Éêhkin^srim, ou foUs-d'Alit-
fiia^e, d'Ângfleteire et de Pologne, il est pésnnicrins «rtaîn
que le luif de Grenade dune Ile douxiène siècle, at csWde
Gaalille dans'le qaatoraème, dilSfimeBtesBeiitieMQnestjtattt
•pour les relacions sociales que pour le ceraetttfe iiitdleolMl*
île leurs oereUgionnavres des légions barbnras ou ^SsoUs
«plus à demi civilisées du centro et 4n nord île IVbvope. ta
îkràbesélevaientte prétention admise par lesiuife dfedoMS-
Are comme eux^ mais par iavati, d'ikbfduni, le pèPsAs
Mêles. V'va «tftre dMé, la crojwuset
i^pugfkoit^eauQMip aaoins aux juifs que orfle <
'ipl^ils uro«f«ient4es afloralsan d^ittages. Las i
taies, le langage sémitique des musulmans, ainsi <
des principes é«Coran, ^'accordaient arec les idées des Israé-
lites, tandis que, soit reconnaissance, soit politique, les oe
lifes d'Occident mettaient une grande doaceur dans la nuh
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iiîàre4aiitik|gfiiuv.erMioiU les Sepharctim. L'.étatiihjiMfpie (jiu
soI« du climat et de la popiUation de r^pagae était d*ail-
kim £avoraUQau dévelppfieoient du caractère juif. Im élé-
ments celtiques et phéniciens, qui, dans le midi- de la péain-
suie» modifiaient les .institutious des Goths« s'identifiaient
8ans.tri^de peiae-avec les coutumes d'un penple qu'nne des-
tinée 4;nieIIe éloignait seule de l'Orient. I,»es capitales mau-
resques de Grenade , de Séville et de Tolède offraient aux
eulés une >iriv«.iauige des cités.pqpuleuses, jadis répandues sur •
la cwi&ce de la Palestine, leur pairie, tandis que la Méditer-
ranée .entnetenait et renouvelait leurs souvenirs de l'Orient
par la facilité qu'elle leur precucait de communiquer avec
lears frères de Bagdad et du Caire.
Il est inutile de s'arrêter sur le tableau si différent du Juif
tremblant et servile de l'Europe septentrionale. Le Shylock
de Shaki^peare, le JBarabas de Marlowe, l'Isaacde Walter
Scott, sont les portraits fidèles des Ashkenazim; et le oon-
tasAte n'est ,pas moins remarquable dans l'histoire de la ^ie
sociale, si l'on compare l'usurier vindicatif de Francfort ou
deXondres avec Joseph-^Bea-Ephraïm, trésorier de Cordoue,
et Samuel^Ben-Wahir, médecin d'Àlonzo YUL
L'^oque du pi;emier établissement des Juifs dansja.pénija^
suie est enveloppée de nuages. L'idendtté de Tershish avec
lerhfius et l'alliance contrait par les princes deTyrayecles
aïonarques juifs, ][Xavidjet Balomon, permettent de croircavec
asMSK de vraisemblance >qne.ks IsraéliXe^ visitèrent les oôti^
de l'Atlantiqae dès le neuvième siècle avant notre i^e. Quant
à U-tcadition d'^cès lagune des^ oonyitoijrs .phéniciens .en
JEvagne auraient été tributaires.de Salomon, lat qui place A
S^fiprVj^ le tombeau dlAdomianx»! nbancelier de ce princ^
il faut riatittbiuer sans donle mi désir des Juife d'£^)Q|gQf
lie JMfs j^enmiter »leiir ajcrivée à nue ^Hïqne.antérianre à i^i
«MM 4HJtosie, afin de ponvoir i^i^iondne aw chrétien9
uni Jas jpepiieirtaient, 4pi'«]s ji'avaient |MiS4W d&j>ai;t Ajm
mm/fL JUi 4ittoiidai|t^, Ja jmmike pvenve antbeatiqne.d^
Jamr jonèscBce jlans/leiBim est Jlédiirfle î'fifiintTWflF r Aj>iAnin,
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312 LES SEPHAMIM
Les provinces espagnoles furent pendant longtemps la partie
lapins paisible de l'empire romain, et nous ignorons, dorant
près de trois siècles, le sort des Juife qui les habitaient. Ton-
tcfoîs, d'après ce que nous savons de leur manière de vivre,
partout où ils trouvaient de la tranquillité et de la protection,
nous pouvons conclure que leur situation devait être pro-
spère. Leur talent pour Tagriculturc, leur esprit entrepre-
nant dans les spéculations commerciales, trouvaient une am-
ple matière à s'exercer, l'un dans les plaines de TAndt-
lousie et sur les bords enchantés du Minbo, l'autre dans les
nombreux ports de mer que présentent les côtes depuis Bah-
celone jusqu'au Tage. Si les Juifs espagnols du deuxième et
du troisième siècle n'atteignirent pas, sous les proconsuls, la
splendeur dont ils jouirent plus tard sous les califes, onleor
permit au moins d'amasser des richesses, de les dépensera
leur gré, de suivre et de promulguer librement les préceptes
de leur loi et les doctrines de leurs rabbins.
Dans la même année, 3â&, où Constantin le Grand assembla
le concile de Nicée pour fixer les croyances chrétiennes, il eo
fut tenu un autre en Espagne, à Illiberis (Eloria), pour déli-
bérer sur les affaires religieuses de la péninsule. On s'y oc-
cupa beaucoup des Juifis, et l'on peut conclure des canons qai
les regardent, que leur communion était nombreuse et flo-
rissante, et qu'elle avait de fréquentes relations avec les
païens et les chrétiens dont elle vivait entourée. Ces canons
prohibaient tout mariage avec des schismatiques ou desJui&,
et défendaient de manger avec les circoncis. D'après le qua-
rante-neuvième canon, les propriétaires de fonds territoriaux
étaient avertis de ne pas permettre que les firuits qneDieo
leur envoyait fussent bénis par les Juifs , de peur que par-liks
bénédictions chrétiennes ne devinssent infructueuses. H pa-
rait qu'à cette époque, la culture du sol était principaleoent
dans les mains des Juifis, et qu'ils la préféraient au commerce,
partout où il leur était permis de snivreleur penchant naturel. Il
est probable aussi qu'ils conservaient un respect superstitieux
pour la bénédiction rabbinique. Quelques-unes de ces fo^
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ou LB8 JUIFS B'«ll^A6lffi ET DE POBTUGAL. 318
moles sont parrennes jusqu'à nous, et l'on y troure énuméré
un grand nombre d'espèces différentes de graines et de fruits
recommandés à la protection divine, ce qui prouve que Ta-
gricoltore et l'horticulture étaient arrivées déjà à une asses
grande perfection.
Vers le milieu du quatrième siècle, le long repos des pro*
rinces espagnoles fut troublé par Tinvasion des peuples du
Nord , qui , sous les noms de Suèves, d'Alains, de Vandales
et de Visigoths, désolèrent la péninsule depuis les Pyrénées
jusqu'aux colonnes d'Hercule. Quoique l'histoire n'en parle
pas précisément , il est probable que les Juifs eurent autant
à souffrir que les autres habitants du pays.
Cependant les Visigoths étaient restés maîtres de la pénin-
sule. Nous ne tardons pas, peu de temps après rétablissement
de leur royaume, à y retrouver les Juifs nombreux et floris*
sants. Sans doute la supériorité de leur civilisation leur acquit
le respect de leurs nouveaux maîtres, dont la rigueur dut
être adoucie par l'humilité avec laquefle les Juifs pliaient sous
l'oppression, tandis que la nécessité de réparer les ravages qu'ils
avaient eux-mêmes commis pouvait recommander aux bar*
bares un peuple si capable de rétablir la fertilité du sol et le
conunerce des c6tes et des fleuves. Tant que la cour de To^
lède et la majorité des Gotbs d'Espagne demeurèrent attachés
à Tarianisme, les préjugés nationaux des Juifs, moins coift-
traires aux opinions de ces hérétiques, qui ne reconnaissaient
pas la divinité de Jésus-Christ, qu'aux catholiques orthodoxes,
durent leur assurer la protection et la faveur du gouverne-
ment ; mats quand la lutte entre les ariens et les catholi-
ques se fut terminée par le triomphe définitif du catholi-
cisme et l'élévation de Récarède sur le trône, les disciples de
Moïse se trouvèrent en butte à l'hostilité de la nouvelle cour
et du peuple. Depuis le troisième jusqu'au seizième concile
de Tolède, une suite de décisions prises contre eux acheva de
les avilir, et ils s'insurgèrent, dans le huitième siècle, en aidant
de toutes leurs forces les Sarrasins à renverser l'empire et
l'église des Gdths.
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fliilâit aàféiiido«iix Jiûfe^epnipd^e^^^
de pousser des cris funéraires ou de se frapper la;paitiikie«
fHafftaiitiloim>«nMl6 e» tw^eMll ne )^r étiiit jos j^ecmis non
fto'd:iiohefioc»>poiir to«r ufliig^vdfi»^ £Abi
teodMsqoe qpar aa lai Jke Iwf élfiilleoiiLdelûreHâBcpfNâre IW
Hftâ^t de BOA eoclavB QfKmiDe iionipropce JEU^, le tfa&cile àéd»r
mt qoe k Mol acte de la .droDOkCttHeii do^nûi |H>v nmin»
m B«(lim à Ja libeiié la à IXgUie.
Ce ne fut pourtajoifoe vîavt ms plw iard «ae •!« Jaib
«ommeoicèreiii àre(|8eiiiir les effets dœ défila ceeeactie;
sur., d'après noe lettre du pape Gr^ffom le Grand, il pantt
4pie ies Jttife eoi avaidot obteauÂprix d'argent k^u^ensioA.
Mais, à ravéoemeat de Sigeb^rt, Ifis édils de Hécacide fa*
tmt renoureUs. Oii coiiserye daas l^ fuerojuzgo uae œdoa-
aancB de ce «laDaïquë, par laqnelte U Mt eiiioiaiÀ toos ks
jÉifc 4e reowâir wiMiAmes leMpttne^t d'enV'Cgfer kon
4tt&otts<et leuiiB «eaalaves .pûnir ètne baptisée, le loiit dans Tes-
^aoe d'ainaa, et .sous peine du fâiie&,.de i!e»l «et de la «on*-
fiscatîon des biens. On préleod que la saîte de oet&e mmi»
IM la Donvarsîoa, eoriameneitt aînmléeyde qaatoe-nQ|t-to
.aaie^uifs. Il a'exkte poiai de relation oonteav^nniAe <te
jaet èvénoaaent; omis le.pasaase'aiiivftni» tiié d'une Abreniqae
JMbvse îdatitidéeile 5o^ptre de Judo, qnoîque 4ccit plaaîeaw tA-
4Af» i^nèa, ett ai «ment par luv-aaiém» et^siiHeacoiMtta
Je fltyle des annates juives, ^m jkmu noua enif resaons de le
AsHve.sams les fom de aoelectenra.
«>QuaAd redit fot pUbUé, Insi/Qtfi de tontas-te TiUes^i^
nonUèimit da«s Ja capitek, où âla jeteèBaBW#a<a«ii^ifiiMt
(<t>pûnssàpeAt de grands^ona^rdes géKijmnealu JUs <flb^
lAens km m 4enandà«mi Aa mm^ <6t ipswi ila J^Mf«Mt
jippriae, lis sks ai^nèwaai A >i8p mwmMm Mm ^attm M
(Boi«. :Ite réfMttdnsnft. ;: »Kiie inréo^iÉa -do In
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ou LES JUIFS DteEum nr de pobtugal. 9tê
m Mt -le iphrtft Éclaire lus; lie roi mb )WWb iâflsiMde ip'me
j» «hose, flBa» mob nvvnf qii'il iwnt^eir Je itout, lot il naut
aianiaK^uronis (ourarir que d'onelàpe te nKHkiArp'deiia»
»|»éoeptBs, de peur qnfen mmb y douaieUbaiit^.novs^w fesr
:)> Jls s'appBOchèrantakMrs â« mi et lui fireat ^ntmpi^otfoa
q«ïl Tmail de«dkràtfirtoM08t(de l0uslQ&J«i£5«carîlis.étaîeK^
dioidés ànefVKder juieon préoapte âe leur Icô, et aiQBi& que
tout antre «el ai qu'ils vogardaient eomiee le pivot deXon^
MmUe. l»e T'Ai i^ondit ; a Peuple malbeureiix at inseASé^I
m4f'^9Êrl9L velenlé «de.IMett que vous gëmissee dans Tai^
i»ilîcÉi9a; le Teyaune sera bientèt àHivxé de TobsUjoaiioa
» Avec liqudle t#bs leacHnes A toIfc ruioe» en cberdlMUil A
» iMHB9«r et à ratenir par hi v.ialenee l'empire du fofs. le
» jwe i$iue:ai'veKB ne .recevez pas le baptême de lësufr^Christ»
» Je V49HS forenrai A «teaencer ,à la loi de Moïse toute entière, a»
b^ Mmb s'adressèrent auz nobles avec des 9i4|^icaiiions» et
an leur oft-avidel-oret derargent, paorqu'ils eagageaseeot
le.roî A leor laisser leur religian, dAt-il leur enlever >toutes
leors richesses pour les employer AJa guerre. Xieroi ajoute.;
«:&i j'accf^is une telle offipe, je ne maintiendraîB pas ma
Bjréputalîon éte piété parmi Jes roiâ^ mes eontempecsim.
m Os croiraient ^que je n'« rendu ee décret que pour servir
» da fttétexle i extorquer de Ta^rgenL .D'ailleurs je ne Icu^ce
^fme ose misérables juife à embrasser notre foi A cause de
m kmw BkiiQsaea, :m8is par la ooAviction qu'as en bneient
» autant à notre -éfardcsi jamms ils devenaient nos maitses.>
m Aiens Hébert ie &s^ lépoadit : a O jroil.notee oudÉse
m Mate et sou m«iisire.Joaaé «e fioifsaîentABOttn pe^de A«a^
M cvRKiiria loi des Juifs» mais .«suiemeni Iob ^m^ prècefitas
j^^le IMf piéeii^ptes qui «usaient été teananis par Adam, le
m pmwsisr .homme, .fit toutes les&is'^ueJosuéiamiégeaitww
jimille»MfiQmmem^t parpreidamer^ue quieQwgoeivoiilq^
m iH«e la paix Ae ponviât, imiis ^u'U éeiait eÉMiyiertes?a<pt
» préceptes deTïoé, sinon fulilmiiftlt^le laiviile, «mbsTil wiikiit
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316 LES SEPBABDIU
» combattre qu'il descendit et tentât le sort dn combat. »
» I^ roi répliqua : « Josué faisait ce qu'il lut plaisait, et moi
» je prétends le faire aussi ; je veux choisir, de ses trois condi»
» tions, celle qui me convient le mieux, c'est-à-dire qu'au
» lieu des sept préceptes de Noé que Josué imposait aux pro-
» fanes païens, vous recevrez le baptême chrétien» » Un des
sages juifs dit à cela : « Il est écrit dans notre loi que jadis
» Israël dédaigna le grand don de Dieu, savoir la terre où
» coulait le lait et le miel. Je demande, 6 roi! quel doit être
» le châtiment de ceux qui dédaignent le grand don deDieo?»
Le roi répondit : « Votre loi le désigne fort sagement : c'est
» la perte de l'objet dédaigné. » Sur quoi l'orateur continua:
« N'oubliez donc pas, ô roi! ce que vous venez de dire; tous
» nous avez offert dans le baptême la vie éternelle. Que noire
» châtiment, si nous ne le recevons pas, soit la perte de cette
1 vie. » Mais le roi répondit : « La violence est itijuste dans
» les choses qui concernent le corps, et la possession de ce
» beau pays ne devait être avantageuse qu'au corps ; mais dans
» les choses spirituelles elle est convenable, de même que
"» Ton force un enfant à apprendre. »
Cependant la cruauté dont Sîsebert usa envers les Juife
n'obtint pas l'assentiment général de ses sujets. Saint Isidore
de Séville, nom cher aux philologues par son ouvrage sur les
Origines y proteste, dans sa chronique des Goths, contre ce
mode royal de conversion. c< Sisebert, dit-il, avait un grand
zèle pour le service de Dieu; mais ce zèle n'était pas selon la
sagesse, car il usait de violence contre ceux qu'il aurait dû
persuader par la foi. » Ce même Isidore fait l'observation sui-
vante sur le verset du Lévîtique (c. x, v. 3): « De toutes les
bêtes à quatre pieds, vous pourrez manger celles dont la
corne du pied est fendue et qui rumine. » Or les Juift rumir
nenty à la vérité, les paroles de la loi; mais ils n'ont pas ta
cqrne du pied fendue, puisqu'ils n'admettent pas deux testa-
ments et ne prennent pas pour base de leur foi le Père et le
Fils; c'est pourquoi ils soAt impurs. »
On peut croire que c'est l'influence de saint Isidore qoi
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ou LES JUIFS ]»*«8FA9ffS 1^ PB PORTUGAL. 817
dicta le ciiMiiiaiil&-septième caoon du quatrième coecile de.
Tolède, oà il est dit : c< Le saint synode a résolu de ne plus
contraindre désormais personne à recevoir notre foi, puisque
les hommes ne sont point sauvés sans leur conseoiemeot,
mais volontairenient, afin que l'attribut de la justice puisse
être maintenu eu sûreté, d. Ce qui n'empêcha pas ce même
coBcile de décréter que « ceux qui avaient été forcés d'em-
brasser le christianisme du temps du très-pieux priace Sise-
bert^ devaient être contraints d'adhérer à rEglise, a6n que le
nom de Dieu ne fût pas blasphémé et que la foi qu'ils avaient
adoptée ne fftt pas regardée comme indigne et méprisable. x>
Le sixième concile de Tolède fut moins tolérant encore que
le quatrième. Un de ses canons disait : a Par l'inspiration du
Très-Haut, notre très-excellent et très-chrétien prince, en-
flammé d'ardeur pour la foi, et de l'avis du clergé de son
royaume, a résolu de déraciner complètement la prévarica-
tioD et la superstition des Juifs, ncèouffrant pas que personne
demeure dans le pays, qui ne soit pas cathoUqm, » A la suite de
ce canon vient une disposition en vertu de laquelle le roi, à
son avènement à la couronne, devait jurer d'exécuter ces lois,
et se reconnaissait anatbème s'il négligeait cette partie essen-
tielle de son devoir.
Le huitième concile se distingue surtout par la singulière
adresse que les Juifs présentèrent au roi Recessuinde, par
suite de ses décrets. On les avait menacés de faire une en-
quête sur leurs opinions, leurs coutumes, leur manière de
vivre et leurs occupations ; mais ils prévinrent les commis-
saires royaux ou ecclésiastiques, en renonçant volontaire-
ment à leurs coutumes nationales et à leur loi. La seule chose
qu'ils demandèrent, après avoir consenti à abjurer la Pàque,
le sabbat et la circoncision, fut d'être dispensés de manger
de la ciiair de porc , . aliment révoltant et impossible à dé-
guiser par l'art culinaire. Ayant obtenu de si grandes con-
cessions, les évêques se relâchèrent sur le reste, et décré-
tèrent à l'unanimité douze canons, par lesquels il était en-
joint aux Juifs d'observer véritablement et d'embrasser sin-
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Umr était ]^eftiii«^«if diAiM'ienifni^dti'sSakitMir db
j lot 9Mni9sîéa* Aes IWfe ptnil ayotrasMmpî iwaml
jte9qo'à r^vétaemenf dllhiigi»,, en A8t f i
temeiit fetir reKgien , oeci^reftldc» «BpioiBidbri
ment, aelbetèrettt^ Asp^eselafesv.nié&ie' dw «letgâ^ et: ]
êoSttf à ce qeuf Yen prétend» i faim d«» piwéi^ptâa. Maû h
éhmriême et. le sâkiêmo cismÂle rt^afèront la BégM^eani
qu'avawnt montrée' le» poavw» spivitwstaL laus e8&<NUi»«r
|HNi ambiigatf k la if<é^ité , parsâssinre dbigés pmnmpiliiiwm
<f9nere les Jaife qai- â'étaieni conAinnte à^ rEgUaa* Amhdé
poar base la renonciaCioi^ dea hnb ewMoteiea» dbna kor
adresse à Reetessaiml^ en 6S3» les oaaow dt Mk^ieiifliive»
Hrenlr tôtAes te» andeaiKs p^obifeMeim Le pnâamdnia m
plkignaR de ce qa» les Jaif», par lëur<
araient éludé tbtrte»' les pféeédettteiF Ion,
paître Te peu d*effétf qcf elfes afaienfr pndail à leur nrinh di
flétéiitéy qui ptmissail de niorf , daHa* IMs tes-Ma^ asasdii^
ffnctienr, ce qai, d'après fe éouaiènie eoMifc^de HMÊàûfèlmt
contraire à rÉcriture sainte. En coBséqaoïiea; a»
remplaçait cette peine par le fbuet^, fa finm» Keail et la (
fikoatron des^biiens. Farcesmémes^dSaiet^toafiBles'IltevfV^
ticuliëVes atrt Jtrift étaient abel!es> et le baptêiie éMt eajMt
sans exception k tous les che6 de fgBttffleetà tam-leim aao»^
mensaut, enfants etdomestrqaes. LaeireaaenioiHfiiife^eiiihgl
était punie surnahommeparlamolilàtfeiiv 9iiranft*ltHaBMrpir
Ta perte âa nez et la coirfiscatim des bietts'. Le norriage jos*
qu'au siiième degré (f affinité étaît d*éf%fldèFifeiBêiMeip«Bii
r é^al' dVt blasphème contre lenom^ é^ Sèmt^ ef^conti^e li^lmtli
et du refiis de la commtnriom Un fnf' ne pburaMf pas se n»-
dre d'une province ou^ dTVine vflle- dhni9- «né- aatte Bonpst
présenter devant Yêrëqm onte ^igr dl^lini. ffaerpinuBi
fiure un pas sansitre nmai 'd'uif car tiffcatf dfe bMwe. tfonÉnÊÊê ef
d'un passe-port. Èhfttr, tea!f#0dls&âfit(ae tpà' ÊKMp9Êsik ék
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ou LES JUIFS wvmé^am sr bb po&tugal. Wm
&!miimwMÊUfy et> dmr qwelqqw c«g> wini— aé aarliAdieR. lié
«MMAiit^ Malgré tmta? las pvécamioiis qae Van.-fl'eflEoirfiBi
dirprcfiirfVè, i^«i^00rtoifi qnelies déorets du ooMcile nsinaréiii}
qa^hupttrfaitenml exAmMa. La a&vérité des^ loia nlaaipéBlMa
pas que f «rgeiit iml procurât souv«ttt les vHSf eitt d roQB»^
akHi'de meaeter Jttfnml'lgksiry cnteeesMAr djHiv«ee^ fat^Miyfc
d^âd^NWÎF em loia^ et d^aeoorddr au'l«lftbaptiBtetaii&}»
priyiMges* 40 tHkifj^m^ son iki ViUiia- parant à u» ai gtûaA
n/i»akm d'^sBésdcr^voiir, ifi% peu d^amées aptèa^ ieaidoae»*
bn ^mf^inentdâiM Gvenade une «tfie!jtiavffy.oe cpâ aaflldlét&
impossible^ \mâe&mkv^(Muom de TcilUa.airakiiiélA8ifô&f
Ce peuple, que Ton opprimait ainsi, se composait des éum
cetidsffrts' de» ariiMe» des Machabée» «t deaconptflrioAa» de
losepft. Blms te sixième aièele, tes Juifs de Sapii» se diséiav-
goèrent par ropMftlKrrésislanee qu'ils offnvenl à Béliaafee^
et cela dan^ me eceasion où leur reli^on aalionale m*étaÈA
point attaquée^ Hais les Juife'dfBi^agno «vaient pevdu axet
Tnasge des armes josqu^à leur seurenir; et dans u»pays rem-
pli dedéfiKs'i sleélèbre^en tous^ temps pour te 6«nge A\m
per^én^ratiee de ees guetillas^ cent mille hoemea ceuibèraBê
sam crppoeftfe» la ftMe sou» le» lois de leiSR» qspMneuae.
Tootefo^ 9t les^^itê eitcîteiil noire satpcise et méiae «eim
mépris pour hmr déftrae de eousa^e , rmius ne poufroii9iK)ue
empécfier é'èpr^rSPV^ im seirfiiiieni de respect en réyant lei»
Ibrraelè daifs-fes soUffhHiees et leur fidéûtè à la Ibi qu^U»
ayaienC reçue de leurs pères;
Le dernier aete de persécution que les concile» de Tolède
eretcctent eoi^fre )e^ Juift M Tédii qui les redûnit à un
eeclàtaçe complet, et qui enlevait & leurs ptarents tem ks
ertftnt^ juifs âlgés de plus de- sept ans. €e IM précieinent 1
ceffto époque fTttff qae tes^iiilftoMiftafiiB entraient en ^fÊh
gùe et y pto<ÀaAlfeiit «le ieMfMee enrlièDe pe>«r toatee les
mngicniar. <9n igiamrar U ptif que^ tes MU» soit eeavertts , seit
'^juietfy ptuTeiit' tttf ^apitfle l'Wft^seiiieii t obb fa nwMMirCBie flsa
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JBD LES SBFHAftDIlf
Gotbs, mais il est iiaiurel dé croire qu'Us ne laiasèreBl pas
échapper une si bonne occasioa de se. veo^r. Dans qudque
Keu que le sort les plaçât, ils démettraient on peuple esseii*
tiellement oriental, et ils dûrenft en conséquence fraterniser
sans peine avec les guerriers originaires d'Orient qui arri--
vaient en foule des cAtes d'AMque. Les divisions qui ré-
gnaient à la cour des Goths furent raipporlées à Tenaerni, qai
reçut aussi les renseignements les plus précis sur l'état des
forteresses et des ports de mer où les Juife se livraient aa
commerce et au courtage. Aussi Rodrigue Ximenès, historien
et archevêque, qui écrivait au treizième sièéloi n'hésite pas
à attribuer la conqtiète de Tolède, de Grenade et déCordone
à Thostilité déclarée ou à la trahison cachée de la popnhtion
Israélite.
Nous allons profiter de la tranquillité dont les Juifs jouirent
sous la domination arabe pour jeter un coup d*œil sur la
littérature et sur l'état social de co singulier peuple, i une
époque où leurs qualités industrielleâ et intellectuelles pou-
vaient se développer en liberté.
De temps immémorial les Juifs ont possédé une foule de
savants et une vaste littérature. f( Quiconque, dit le Talmwâ^
est tenu d'apprendre, est aussi tenu, d'enseigner; x> et les éco-
les, tant de TOrient que de l'Occident, attestent, par leo^
rabbins et les innombrables volumes qu'ils ont produits, que
oe préceptd du Talimd était fidèlement suivi. 11. est assez
étrange, d'après cela, que la littérature juive n'ait point formé
une partie intégrante de celle de l'Europe au moyen Age, qui
n'était pourtant guère moins bizarre. Voyons quelle a pu eo
être la cause.
JLa première et la principale a été sans doute le génie orien*
tal des Sephardim. Rusés et disposés à plier en tout ce qn;
regardait les affaires pratiques d<^ la vie, les Joifs possédaient
dans les travaux de l'esprit le car^tère obstiné et impéné-
Irable des Asiatiques. Se regardant toujours comme les objets
de la prédilection spéciale de la divinité^ ils bornaieat toutes
leurs études à celle de l'Écjriture sainte, aux traditions des
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ou LES JUIFS D*ESPÀGNE ET DE PORTUGAL. 321
anciens et aux décision des éboles, rejetant comme un instru^
ment étranger et impur l'esprit mystique et argumentatif que
les Grecs avaient transmis aux races teutoniques de TEurope.
Leur système d'instruction était fondé sur un respect patriar-
cal pour la vieillesse, sur l'idée d'une théocratie et sur la
prépondérance que tous les Orientaux accordent aux études
spéculatives sur celles qui exigent le raisonnement. Cette
instruction passait du père au fils, du maître à l'élève» et par-
ticipant ainsi à la nature de l'enseignement oral, elle se trans-
mettait naturellement sous la forme de proverbes, d'adages et
d'apborismes. Conformément à ces idées, les Juifs soutenaient
que tout ce que les siècles passés leur avaient transmis sur la
morale, sur l'esprit et sur le culte, était nécessairement ce qu'il
y avait de mieux. Les sciences d^ns lesquelles ils excellaient,
savoir, la grammaire en y comprenant la critique et la philo-
logie, la physique, l'astronomie et la médecine, sont précisé-
ment celles dans lesquelles l'esprit de l'homme se soumet le •
plus patiemment aux règles et aux antécédents, et auxquelles,
par les mêmes raisons, toutes les nations orientales ont quelque
prétention. Mais de même qu'en approfondissant toutes les
finesses de leur propre langue, les Juifs s'occupèrent rarement
des autres dialectes sémitiques, de même aussi en astronomie
ils n'avancèrent point au delà du grossier système de Ptolé-
mée et des savants de la Chaldée, tandis cpi'en médecine,
habiles à appliquer les connaissances des autres, ils ne firent
aucune découverte soit ea anatomie, soit en nosologie. Philon
d'Alexandrie s'appropria les doctrines de Platon avec tant de*
succès que son platonisme devint proverbial. Mais l'auteur
païen auquel les Sephardim accordaient une préférence décidée
était Aristote, dont les formules scientifiques , détournées
conune elles le furent également par les Arabes et les Juife de
leur but primitif, cpii était de rédui]:e en méthode les concep-
lions de l'intelligence, sont toujours devenues des obstacles
formidables aux progrès de l'esprit humain. Or, Aristote lui-
méma n'était lu par les Juifs que dans les traductions de ses
commentateurs arabes , et ils mettaient une si grande impor-
5* SÉRIE. — TOME XII. 21
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882 K'K simi&viiiif
tance à ne reconnaître aucune obftgafion dBrecte à la|AiitoaD-
]dite des Gentils qne, selon euic, le fondateur dn péripatétisM
devait tonte sa science à on grand prêtre de Sémsaleoi ; 3 y
en arait qni prétendaient qnll était de la famille de Kobb
et de la tribn de Benjamin.
La situation des Juifs dans leur dernière captivité neleor
permettait guère de se livrera la poésie épique. lia cultivaient
en revanche la poésie lyrique, car cette poésie de courte fa-
leine convient à un peuple errant et malheureux, bien qu'de
n'atteignit jamais à la sublime puretëdeleur antique psafanisle.
Vans les sciences, ils se trouvèrent plus inmiédtaiemeat ei
contact avec le reste de l'Europe. Ils occupaient les pria-
cipales chaires dans les collèges mahométans de Cordone et
de SéviHe, et ils enseignaient la géométrie, Talgèbre, la hp-
que et la chimie de l'Espagne dans les universités de Paris et
d'Oxford, tandis que des étudiants chrétiens de tontes les
parties de l'Europe allaient suivre leurs cours en Andatonsie.
En astronomie, les Jutia forent les maHres des Maures.
Par cette rapide esquisse de leurs travaux inteHectuels oa
voit que, depuis le dixi^ne jusqu'au treizième siècle, les Mb
partagèrent avec les Arabes le mérite d'être le peuple le phs
savant et le plus civilisé de l'Europe ; mais même à l'époque
la plus florissante pour eux, les causes qui séparaient l'esprit
des Hébreux de celui des Européens sont évidentes, indépen-
damment de celles que nous avons déjà énumérées, il en existe
une autre qu*H ne fout pas passer sous silence. La littératore
des luifo s'est de tout temps distinguée par «ne gravité rigide,
comme si le talent de bien parler était un présent du ciel, ifftk
il n'est pas permis d'user pour des sujets frivoles. La phput
des nations de l'Asie sont sobres de paroles, mais aucune ne
l'est autant que les Juifo. Ils étaient déjà sérieux dans le
temps de leur indépendance, et, depuis, leurs écrivains sesoat
constamment abstenus de tout sujet qui dans leur opinion ne
devait point contribuer à leur bonheur dans ce monde et du»
l'autre. Cest en cela qu'ils diffèrent singulièrement des moî-
nee du dttistianisme. Les Juifo ont toujours beaucoup lo et
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ou LES JUIFS ^'BiTAGHK Kff DE PORTUGAL. SI
beaneoiip éerit, nacfknirs fivres n'ont jmmiê «m %tmimnà
b noHewe. Le» fées, les rerenante , iet géaies e* eer mépàm
de la Providence et de la Tertm souffinate <|iii font le pà^
eipal sujet des ovrrages d'inaginatioa nodet nés, soai ftone
inconnus aux écrivains hébraïques. Il est vrai que de gravn
emnis et de listes folies ont aussi trouvé pince dims lenn eu*
vrages, mais les auteurs jnifs les r^gardnienieosinientaAldi
vérités. Quand leur imagination s'exerçait MF fai Bible ^ ia
se trompaient le plus gravement dn monde, ei qaaad âe
s*èlevment jusqu'à lacontemptation des dMMes sivaaturdls%
lis ne voyaient que des sérapMus brélaato et leaaafsadia
^eigneni .
Nous allons citer quelques exemqples deriwention raUii^
nique ; ils sont tniés de YA^iadoth et du Sc^re de Jmda, Kabbi
Siphré dit: «c J'étais un jour dans vm vaiasean. Nom vkMB
xm poisson avec de superbes cornes, sor tes<piellcB en itsnit
rinscripfion suivante : Je suis un trèt^petit échantillon des
créatures qui habitent les ptofendeurs de la mer. Or ce paâs^
son avait trois cents lieues de long; mais il fiit avalé d'an
senl coup par le Léviathan. — Baijucbné est un oîseaa qfé,
lorsqu'il étend ses ailes, causé toujours une éclipse totale dn
soleil. Un jour un de ses ceul» tomba de son nid, et dans sa
chute il brisa trois cent quinze magnifiques cèdres et inonda
soixante-neuf gros villages. —
» — Il y avait un jour une grenouille grouse comme soixante
maisons, mais elle fut avalée par un serpent; ce serpent fmi
à son tour dévoré par «ne corneille, qui s'eav<^ avec Ini et
alla se percher dans un arbre.». Un morceau de fer tomba
dms la mer et fut sept ans avaal d'arriver an fond... L'aHé-
gorie de la grenouille dénote la science de l'histoire naturette
qui célèbre Feeuvre de Dieu d'une voix hante et sévère; les
soixante maisons sont les soixante parties de la nature; le
serpent qui dévore la grenoniUe représente l'astronomie, à
cause de ses cercles, elc. La comeUle est la théologie^ con*
formément au Cantique des cantiques, c. i, v. &. -* le snîs
noire, mats je SUIS belle.— L*allé|gprie du fer qni toariMi dans
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tak LES SEPHAEDIM
la mer désigne Tesprii humain qui ressemble au (er, parce
qu'il est susceptible d'acquérir du tranchant; les sept années
sont les sept sciences libérales que l'intelligence la plus
prompte ne pourrait acquérir dans le cours d'une vie e:-
tiëre. »
Hoîse-bar-Haimon naquit à Cordoue en 1131. Les Jnifs
l'appelaient Rambam, mot formé des initiales de ses noms,
et il est connu parmi les chrétiens sous le nom de Maimo-
nides. Il fut sans contredit le plus bel ornement de la litté-
rature juive. Eichhorn lui accorde le premier rang parmi les
rabbins, et Scaliger dit en parlant de lui : « Primus fuit in-
ter Hebrœos qui nugari desiit. » 11 était versé dans plusieurs
langues et écrivait avec une égale facilité en hébreu, en cfaal-
déen, en grec et en arabe ; ses écrits embrassent une foule de
sujets différents. Ses admirateurs, surtout parmi les Juife plus
éclairés de ces derniers temps, le proclamèrent un second
Moïse, et quelques-uns des meilleurs ouvrages des savants
juifs modernes sont des commentaires sérieux de Bar-Hai-
mon. Plusieurs de ses ouvrages furent traduits en diverses
langues par Pococke, Prideaux et Clavering. Selden lui ac-
corde des éloges sans restriction. L'année de sa mort fiit
longtemps désignée par les Juifs avec l'épithète de lamentum
hmentabiU. Néanmoins, tant qu'il vécut, il eut à souffrir de
fréquentes persécutions, et il fut enterré chez l'étranger, les
uns disent à Tibériade, et les autres à Uébron. On attribue
son départ d'Espagne à un édit d'Abdulmuman, monarque
Almohade, d'après lequel tous les Juifs et tous les chrétiens de
son royaume étaient obligés d'embrasser l'islamisme. Haimo-
nides, ainsi que les autres Juifs, se conforma extérieurement
à la loi, pour se donner le temps de disposer de ses biens,
après quoi il se réfugia à la cour d'Egypte. Arrivé au Caire,
il y jouit de la protection de son ami, le cadi AUPbadel. Alors
il abjura la religion de Mahomet et ouvrit une école de phi-
losophie et de jurisprudence juives. Les diverses occupations
de Maimonides offrent un exemple du caractère entreprenant
et intellectuel des exilés juifs. Il s'appliqua avec ardeur A Té-
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ou LES JUIFS D*ESPAGNB ET DE PORTUGAL. 895
tude de la médecine, et en même temps il gagnait sa vie par le
commerce de la bijouterie. Quand son protecteur devint
maître de l'Egypte, Maimonides fut fiiit médecin de la cour,
avec un traitement fixe. Une lettre qu'il écrivait à cette épo-
que à son ami, le rabbin Samuel-Abus-Tibbon, fait connaître
la vie qu'il menait :
a Je demeure en Egypte, disait-il, à la distance de deux
voyages d'une journée de sabbat, du Caire où le roi réside.
Les devoirs de ma place exigent que je me rende auprès de
lut tous les matins. Si ma présence n'est pas nécessaire à la
cour, je reviens chez moi vers midi, à demi mort de faim. Je
trouve ma maison entourée d'une foule de juifs et de gentils
de toutes les classes, qui attendent mon arrivée. Aussitôt que
j'ai pris un peu de nourriture, j'examine mes patients, jusqu'à
ce que, épuisé par la fatigue de parler et de faire des ordon-
nances, la voix me manque presque avant d'avec* achevé. »
L*élévation de Maimonides excita l'envie des savants maho-
mètans, et un avocat venu d'Espagne l'accusa d'être un ma*
hométan converti, maist'elaps. Le roi défendit son favori, en
disant qu'une religion forcée n'est point une religion. Et la
vénération qu'il inspirait, même à ceux qui le regardaient
comme un infidèle, fut si grande, que les mahométans eux-
mêmes jeûnèrent à l'occasion de sa mort et accompagnèrent
en fDule, jusqu'à une distance de deux journées, son corps
que Ton transportait à la Terre-Sainte.
La profession de foi rédigée par Moîse-bar-Haimon pour
ses coreligionnaires, purifiée de tout ce que le rabbinisroe y
avait ajouté de grossier, est l'œuvre d'un esprit élevé et pieux,
toujours calme et raisonnable. Mais les ouvrages par lesquels
il a réformé d'une manière permanente leur système d'instruc-
tion et de croyance, ouvrages qui par cette raison même lui
attiraient la sévère censure et l'indignation de ses contempo-
rains, sont le Moreh'Nebuehin^ ou le guide de ceux qui chan-
eèient, et leJad-^Hahhazakah^ ou la Main forte, qui est le code
complet de la loi écrite et non écrite des Juib. Le premier de
ces deux ouvrages a seul obtenu une réputation européenne.
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Léo doctrines qu'il ooniient jedèrewt tMles les wjmÊgÊfÊmêàm
lacofistefnfttiQtt et la diviemi . Le mîb qa'il arait yris^ fiwrgcr
le judaïsme de terates lesestntragauices du Tatesd, et reint
qu'A disait pour enga^r see corelîgîonnaîrei ft fiiire usaçe
de la raison bumaine en la combtnaot a^ee ia raUoD diTine, ne
pouvaient manquer de réveiller le Ssinatisiae de la vietlk
écele des raMMRÎstes. A Montpellier, ce Mrre fat brèlé sur la
flace publique ; on exeomomnia to«8 ceux qui le liraimii, et
«A anatlièBie fut lancé contre l'auteur. Mais A Narbomeet
4ans d'antres siynagofpes finmiçaisea, le Jibrrà trouva d'ar-
dents défenseurs. La aentence d'excMouBanicati^B fiit re»-
iroyée à ceux qui PaTaîent lancée, et après un aefcisne de
plnsîem^ années, rauAoriié de Bar-Maisioa fut ^érakneit
reconnue par les Sepfaardim. La réfimae fiiite par Maino-
-ndes a étendu son influence jusqu'à nos jours.
Nous voudrione bien parler des nombreux TOf aeeurs jinis
qui, dane le moyen i^, avaient phta de fiiciUté q«e d'an-
tres à quitter leurs foyers, tant à cause dn com»eroe actf
unquel les Juifs se Hvraieut que par la certitude oà ibétaiert
4e trouver des compatriotes dafts tous les paya qu'ils vifî-
faieiit. Mais nous sonmes forcés de nous borna- à dure basi-
ques mute de YUwéreire de Benjamin de TuMa, écrivaiadonl
le neui eat devenu européen. Quoique cet ouvrage témigae
^'une grande îgnoraoee ou au noins d'une {raade iasou-
ciance quand il est question des genitlSy il est «ngulièreiBeat
œaaplet et exact sur tout ce qui a rapport au nunbre, i la
f lÉuation et aux usages des Juifs eux-inteoes. Le plus grtad
défaut du rabbi Benjamin est peut*étre sa vanité natioMle.
Toîci quelques exteaks qpi pouiront donner use idée de h
UHonère d'écrire et du genre d'observations de raaieur -
« La gr«ada viUe de Bome^ dit41, est la capitale des id»-
UKte» {^ÀrHimM^ enriroa deux cents Juifr babiteuft cette vilic;
«skmA dealionijBi«siMDCiéles»4|u as patent de IrilntAa»^
«wej^Misaiiee quelociaque. Il y ea a phwieBrs a« senrieeda
fi^ iklenandre, qui est un tràfrgraftd prince et Wckef dak
dea édiMMÉfi. Ou y leewe cpielques beimw d'iae
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ou LES JUIFS S'ESKAftKS ET BE PORTUGAL. SU
aagfttse» dont les funiicipaax sont le gnuid rabbia
Dmid. qI le labbin Jehiel, lyûnistre du pape, brave jeune
himmej sage et pmdent, qui Créqpiente le palais en qualité
db pteaiier intendant ou directeur des aiSsiires du pape. Hor»
des portes de la ville, on voit le palais de Titus» qpi fut dé-
posé par trois cents sénateurs à cause de sa désobéissance,
^fant employé au siège de Jérusalem trois années de pins
91e le sénat a*avait décrété* »
On voit par cette dernière phrase que notre Benjamin n'é-
lût pas très-versé dans Thistoire.
n ne peut assez vanter les synagogues de Paris.
c U y a à Paris des disciples de la sagesse, tels qu'on n'en
trouve en aucun lieu du monde; iU se livrent jour et nuit à.
réfnde de la loi. Us sont hospitaliers pour les étrangers, et.
seconduisent en frères avec leur famille et leur peuple. x>
LTAllemagne n'a pas beaucoi^) d'attraits pour lui.
« Ce pays est rempli de montagnes ^ toutes les communau-*
tés Juives habitent près des bords de la grande rivière dn
Ibia. »
£n parlant de Jérusalem, il dit :
« C'est encore ici que se trouve le bant lieu a|ipelé le Se-
pdcfê de VBoamt : il est visité par toua ceux qfie leur religion
I «bUgiB. )»
Mais il est temps de revenir à l'histoire politique des Se-
fhaTfdsm*
Les eiieoBstances do treizième et du quatorzième siècle fa-
lent en général favorables aux Juifs. L'ascendant du maho^
mitininr baîasalt ;. le pouvoir des souverains chrétiens n'était
paa^enoora assez fermement établi dans la péninsule pour leur
ettw«» les braélites de grands actes de persécu-
i; d^aîDeurs les Sephardin» étaient utiles au gouvernement,.
éomk ila administraient souvent les linancea, par l'activité
^'ik împfimaieniaacommerGe tant étranger qu'intérieur. Ils.
pmmêidwi de grands- priviiéges, dont qpelqnes-uns leur étaient
, Ibréglai^ntla valeur du numéraire, et fixaient à
jgprdf le. eovurs du cbange. Leur témoigfaage était
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328 LES SEPHARDIM
reçu dans les tribunaux; ils étaient exempts de l'emprisonne-
ment pour dettes, et possédaient de grands biens territoriaux.
On prétend qu'il y eut un moment où ils étaient propriétaires
du tiers de la péninsule ; dans les principales villes enfin, ils
jugeaient leurs propres causes tant civiles que criminelles.
Bientôt cependant le peuple espagnol commença à fàte
éclater cet esprit d'intolérance religiease qui l'a depuis tou-
jours distingué. D'un autre côté , à mesure que les royaumes
chrétiens absorbaient par degrés les provinces mauresques,
les Maures eux-mêmes retrouvaient leur ancien fiinatisme, et
les Juifs sujets des uns et des autres étaient l'objet d'une égale
méfiance de la part des deux peuples ennemis. Les croisades,
dirigées dans l'origine contre l'islamisme, ne pouvaient man-
quer de réagir défavorablement contre le judaïsme. Des croi-
sades régulières furent organisées contre les Juifs, tantSeph-
ardim qu'Ashkonazim, qui furent pillés et massacrés au cri de
hep! que l'on croit avoir été l'abréviation initiale de la phrase
Hierosolyma est perditaî Ni les exhortations des souverains
pontifes, ni l'autorité des princes séculiers, ne purent mettre
' un terme à ces excès.
Les lois des Siete Partidas , du roi Alphonse X, ordonnent
que les Juii^ porteront sur la tête une marque quelconque qui
serve à les distinguer, et sans laquelle il ne leur sera pas per-
mis de paraître en public. Le concile de Salamanque, tenu en
1335, ajouta à cette obligation celle d'habiter dans chaque
ville un quartier distinct, qui devait être fermé la nuit et
s'appelait la Juiverie.
Dans une insurrection qui éclata à Tolède, en lfc29, le peu-
ple exigea que même les Juife convertis et tous leurs descen-
dants, à perpétuité, fussent exclus de toute charge ou dignité
publique. La cour, intimidée, l'accorda , quoique ce fût une
violation de la loi de SieU Fartidas, va, 8%, 6. Cependant te
haut clergé n'avait eu aucune part à cette déplorable mesatt;
aussi le doyen de la cathédrale et le pape Nicolas V parvin-
rent, par leur persévérance à s'y opposer, à fiiire cesser ni»
interdiction si cruelle , qui ne fut remise en vigueor fp»
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ou LES JUIFS D*BSPAG9B ET DE PORTUGAL. 3S8»
tTMftte ans plus tard. Il n'y a point de pays en Europe qui offre
autant d'exemples que l'Espagne de la tyrannie exercée sur
les rois et sur la noblesse par une multitude ignorante, ex-
citée par les prédications furibondes des moines. C'est là du
reste une suite nécessaire du singulier caractère de la nation ;
mais il n'en est pas moins extraordinaire que ces émeutes,
souvent suivies de massacres, n'aient jamais été empêchées
ni punies, nonobstant les bulles des papes et les décrets ca-
noniques au sujet des Juifs. Le concile de Tortose, de l'an
1429, conjura le roi d'Aragon, par le$ entrailles de la divine
mieéricordef de s'entendre avec les prélats, les barons, les
chevaliers et les universités, pour préserver les Juifs de tout
acte de violence; depuis ce temps il s'écoula trente années
sans qu'il éclatât contre eux aucune insurrection.
Le Juif Abraham Benvenista fut le principal ministre du
roi Henri lY. U avait été pendant deux ans le seul négocia^-
teur entre les couronnes d'Aragon et de Castille. Pendant
la guerre civile des nobles de la Castille, il fut fait prisonnier
àTudéla; on regarda sa capture comme un avantage très-
important.
Vers l'an 1<^63, la conduite déréglée du roi Henri et de la
reine son épouse engagea les nobles à demander soit des
secours, soit des conseils, aux rois d'Aragon et de Portugal.
Henri, effrayé, invita le roi de France, Louis XI, à une en-
trevue sur les bords de la Bidassoa, pour s'entendre sur
une intervention en sa faveur, qu'il désirait obtenir de ce
monarque. Il emmena avec lui son ministre des finances, qui
était un Juif du nom de Gaon. Pendant que les deux rois
négociaient ensemble, Gaon reçut l'ordre d'aller percevoir les
irapAts dans les provinces de Guipuscoaet de Biscaye. Celles-
ci refusèrent de payer, en alléguant leurs fueroê^ et irrités de
la prétention du ministre, ils le tuèrent sur la place. A cette
nouvelle, Henri envoya à Tolosa demander que le cou^
pable lui fttt livré; mais les Biscayens, après avoir rassemblé
des forces considérables sur les montagnes qui entourent la
ville» répondirent que, loin de consentir i remettre entre les
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Mens do roi l*liMMne cpé «vait tué le ^ ^
d'a?ifl ^pie cel ÎAlripide Guè|Miacoan aiwbt bîeAnérilédek
patrie.
Cinq ans «^irès cet éréMoieat, ie roi leMt d*Aa(OB,ateit
Agé de soiunWKMiae am, eat aae cataracte sar iea yeux;»
Juif lUMBiiié Âbuibar, Qs^f^Imt^ de Lérida, eninprît de guérir
le naiiai^e. Comne tous les doctaira €le sou tiMptr^ Aim^
b» élak à la foi» médecia et astrologue, et es cooaéqMaœ
ayant trouvé le il septembre que la configutatioji despla-
•ètes éUit favorable à ropératÎM, il Teititieprit et rendit aa
m la vue d'uaœii; maïs ému saue douie de ce qu'il Teaaiida
ivre» il déclara que le» astre» ae permettaient point d'achever
l'opératiou ce jour-là. Ce ne fut que le 12 octobre que, cédMt
aux instances du mourque, il consentit à tenter la SMte de
la cure, qui réussit parfiatitement* Une opération si délicate,
confiée i un Juif et accomplie avec succès^ réagit favorable*
aMnt sur toute sa nation, qui demeura en paix pendant les
•nxe années qne le roi Jean régna encore après an gaè»
Les Juifs furent moins heureux en Sicile, où un grand aottbie
dfeaire eux fia^nt massacrés en IWk QnqcnU périrent «tens
nne journée et six cents dans une autre, sans comfiler tnna
œu qui halHtaÂent Noto et Modica. On attribua ce» aoènea
sauvantes à ce que quelques Juifs avaient eu la bacdieaae di
donner des caiseas contre la foi chrétienne; le vice-roî cnl
aprâer In fureur populaire en foisaat mettre à mort six d'en-
tre les accusés.; maïs ce nombre ne suffit pas à beaucoup
près; le peuple courut aux araaes, et eut dans cette oeenann^
nomme en beaucoup d'antrent, le double nrantage de Ttngnr
an veligiott et de.se repattre de pUlaga.
• Ferdinand, file de Jean d'Aiaf^HH ayant ^owèlanbdkii
fiUe de Henri de CastiUe,, ces deux refanmes furent dèa lom
aénnispour ne plus être aèpafés. Il est iantile de rapfpderÎB
le gFand événemeni qnî marcpia le v«cae de frrïfannri et
d'IsabeUe», c'est- j^rdire reapnlsion totale dba linuran; mafe
forons ohaerter les snitea <|He cet évànanNMi m
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ou LES JUIFS I^'BSPAfUn SX DE PORTUGAL. SM
lut eut pour les Juifs d'Espagne. Nous remarquerons d'a-
bord qpe celte complète^ B'étant pas moins celi^^ae «pie
|»lkiqae, derait nécessairement inspirer à Ferdinand le désir
de rendre la religion catholique exclusive dans aes états, et
qne par conséquent l'expulsion des Maures ne pouvait manquer
d'amener lAtou tard celledesJuib. EneSst, lors de la prise de
Malaga, en 1485. Ferdinand fit mettre i mort douze des Imh
qn^û y trouva, an moyen de roseaux pointus, cafiBnement de
Groanté que les Maures eux-mêmes n'employaient que dans les
aimes de hante trahison; les antres furent brûlés. Six ansaprès^
fgMir foire hce aux firais qu'entraînait le siège de Grenade,
me contribution extraordinaire fut levée sur tous les Juifr
d'Espagne. Mais cette extorsion fut la dernière qu'ils eunent
à subir; car dix-sept mois après, plusieurs centaines de mille
konmes, femmes et en£ants furent chassés du pays.
Em attendant, la puissance de l'inqukitiou devenait de jour
en jour plus terrible. Le but de cette institution était de veiller
sur la rdigion du pays, surtout en ce qiû regardait les nou-
manx chrétiens, dénominatûon sous kupielle ou désignait
qodqnes Maures et un grand nombre de Juifs qui profits*
fiaient le christiasûsme, du moins en appar^u:ie. Les Juib
n'éforgnèffent ni suppUcatioà» m argent, ni crédit, pour
s'opposer à l'introduction de ce tribunal tjrannîque. La
reine et les cortès de Castille protestèrent également; ks
aobles d'Aragpn s'opposèrent à cette atteinte portée aux
adutîques privilèges de leur pays» et fermèrenl les portes de
Temel an roi et aux inquisiteurs, dédarant que le premier
i|at entrerait dans la ville serait mis à mort. Les troupes royalee
euent le dessus , ce qui n'empêcha pas que le premier
des inquisiteurs qui pénétra dans la plaKe ne fi&i ea efet tué.
Hais cet acte d'une résistance vidente, dans laifuelle ks Aza-
gpfiais n'étaient paa assez, fiorts poar persévérer^ fdt.£atal A
luarv libertés; car le cles^è fit passer k mort pour un martjr
qai piétail les mérites de sas irertasi sa casse- Le tribunal
de l'inquisition ouvrit donc ses séances éSéviUe ea IMS, et
ImmU^ 9e^ pnaons. eaneia pbm d'MivtaBla tgm. k vilk. Bans
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338 LES SEPHABDIM
le cours d*une seule année, deux mille personnes furent exé-
cutées comme Juifs relaps ; plusieurs furent condamnées à la
prison perpétuelle, et plus de dix-sept mille au fouet. Enfia
le tertre situé prés de la ville, et connu sous le nom de la
Tablada, fut pavé et entouré d'un mur. Ce fut là qu'on établit
le guemadoro ou brûloir, et plus de quatre mille Juifs mon-
tèrent sur le bûcher dans Tespace de trente-sept ans.
Les diverses marques par lesquelles on était censé pouvoir
reconnaître la prédilection pour le judaïsme étaient soigneu-
sement Méfinies , et toute personne qui offirait ces taches de
pestiféré tombait sous la juridiction du saint Office. La ré-
compense de la dénonciation était certaine, car l'accusé, k
qui l'on taisait même son nom, n'était jamais confronté avec
le délateur. D'ailleurs, les rabbins étaient souvent interrogés
sous serment et avec les plus terribles menaces, pour qu'ils
eussent à déclarer s'ils avaient connaissance de quelques
convertis qui adhérassent en secret à la superstition juive.
Les nouveaux chrétiens se trouvaient dans la plus triste po-
sition ;ils étaient non seulement l'objet des soupçons du clerg6,
mais même celui du mépris de leurs anciens coreligionnaires.
Lors du premier établissement de l'inquisition , le rabbîfl
Judah-ben-Visjaposasursa fenêtre trois pigeons ; le premier,
plumé et mort, avec l'inscription : les découverts ; le second,
plumé, mats vivant, avec les mots : les Umporiseurs ; le troi-
sième, en vie, avec toutes ses plumes, et l'inscription : U
meilleur de tous; donnant à entendre par là que ce que les iuib
avaient de mieux à faire était de rester fermement attachés à
leurs croyances. Ce rabbin, fidèle à son poste pendant le dan-
ger, ne le quitta que quand toute espérance fut perdue.
S'étant réfugié à Lisbonne, il fut mis à la question ; on von-
lait lui arracher les noms des iaux convertis, mais il mourut
sans les dénoncer. Ce fut sur les notes trouvées dans ses pa-
piers que son petit-fils composa l'ouvrage intitulé U Suftn
de Juda, où sont consignés les détails des maux que son peu-
ple souffrit à cette époque.
Dans le quinzième siècle, il y avait une opinion général<h
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ou LES JUIFS D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL. 338
ment adoptée parmi les Juifs, d'après laquelle leur grand
libérateur ne devait pas tarder d'arriver; elle était fondée sur
une prédiction Cute deux cents ans auparavant par le célèbre
astronome Abraham, le Prince. Cet événement, attendu avec
tant d'impatience, devait avoir lieu à la conjonction des pla*
nètes de Saturne et de Jupiter, phénomène qui avait signalé
dans le ciel la naissance de Moïse. Or, cette conjonction eut
lieu dans le signe de Técrevisse en 144<h, et dans celui des
poissons en ikùk; mais le grand libérateur uq parut pas.
Ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, le dernier sou-
pir des Maures, sur les hauteurs d'Alpuxaras, fut le signal du
dernier soupir des Israélites. L'inquisition obtint des deux
souverains del'Espagnel'expulsion de tous les Juifs qui se trou-
vaient dans leurs états. Un décret publié au mois de mars 1^92
ordonna que sous quatre mois tout Juif, espagnol ou étran-
ger, serait tenu de quitter les royaumes d'Aragon, de Castille
et de Grenade pour n'y jamais rentrer, sous peine de mort et
de confiscation des biens ; tous ceux qui, après ce temps, ac-
corderaient un asile à un Juif devaient être livrés à l'inquisi-
tion. Les Juifs eurent la permission d'emporter avec eux leurs
biens, mais non sous la forme d'or, d'argent et d'autres ma-
tières dont l'exportation était prohibée ; ils durent convertir
leur propriété en lettres de change ; mais cette concession
elle-même devint illusoire, car, plus le moment du départ ap-
prochait, plus ils trouvaient de difficultés à vendre, attendu
qu'il y avait beaucoup plus d'offres que d'acheteurs ; ceux-ci
ne se présentaient d'ailleurs qu'à la dernière extrémité, de
sorte qu'il y eut bien des gens qui se crurent trop heureux
d'échanger une maison contre un âne, ou une vigne contre
quelques aunes de toile. Sur ces entrefaites, le grand inquisi-
teur Torquemada ayant appris que plusieurs Juifs opulents
avaient offert au roi six cent mille écus pour qu'il retirât son
édit, accourut auprès du monarque et lui fit les plus vifs repro-
ches sur le projet qu'il lui supposait de vendre le Sauveur aux
Juifs, comme Judas, pour quelques pièces d'argent. Deson au-
torité privée, il publia un édit prohibant dès lors toute espèce
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de commerce arec les Israélites, ee qoi augasentA beanonip
la perte qu'entraînait poar em leor exil. Dam leroyanne
d'Aragon, qui comprenait alors celui de Valence et la Cata-
logne, où tous les Juifs étaient vassaux de la couronne oq
de suzerains ecclésiastiques, leurs biens furent mis sons le
séquestre, et des commissaires lurent chargés de les réaliser,
de liquider les dettes et de remettre le solde aux proprié-
taires. Les synagogues, n'étant pas des propriétés particB-
lières, furent pour la plupart cottvertîes en ^tses ou eneoi-
Tents. Le baptême offrait néanmoins une ressoure A ceux qai
désiraient rester en Espagne et conserrer leurs biens. D yen
eut beaucoup qui ne purent résister à la tentation ; mais h
fin du mois de juillet vit une foule de généreux braéiîtes
abandonner leur patrie, les tombeaux de leurs pères et toos
leurs souvenirs d*enfance, pour aller dans un pays inemiiro
où ils n'étaient pas même assurés de trouver un asile. ZoriU
en évalue le nombre à cent soixante-dix mille personnes, Csr-
doso à cent vingt mille, Higuel de Barrioz et Mariana i huit
cent mille; et l'on dit que, nonobstant toutes leurs pertes, ils
emportèrent avec eux pour uQe valeur de trente milKons de
ducats.
Voici comment Atrabanel rend compte de cet événement,
dans sa préface du Livre des Rois : ce Q^and la prodamatîen
fut publiée, j'étais à la cour, et je ne cessai d'implorer la
compassion du roi. Trois fois je me jetai & genoux devant
le monarque. O roi! m*écriai*je, aceordez-nons un regard
de merci; ne traitez pas vos sujets avec tant de crnaoté;
demandez-nous pIutAt nos vases d'or et d'argent on des
dîmes considérables; les Juifs sacrifieront volontiers tout
ce qu'ils possèdent, pourvu qu'ils puissent rester dans ce
pays. Je conjurai aussi les amis que je compte parmi les
fonctionnaires du gouvernement d*apaiser le courroux do
monarque ; je suppliai les conseillers de Rengager k révo-
quer son décret. [Mais, de même que le serpent se boudie
les oreilles avec de la poussière pour ne pas entendre la voix
deFenchanteur, de même le roi ferma sou coeur à mes prières.
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ou LES JUIFS V^mÊkGIlE Wt DE PORTUGAL. MB
«t déelara qn^ ne rëvoqneniit p«B son Mit po«r toos les
trésors qne les Jo% pourraient hri ofrir. A sa droite se le*-
BaH la reine, rennemie des Jnife, qaî l'eseitail, d'ane '
eenrrofieëe, â poursuivre ce qu'il avait si beareasement (
nenoé. Ce Art donc en vain qne noas mimes tout en usage
poarfeire changer de dessein an roi. Partoat oh la nouvelle da
décret parvûity notre nation le déplora avec de grandes lamea-
tatioiis. Balancés sur les flots épouvantables de t'aUme, on
sTexhortait et s*encoarageait run l'antre. Quoi qu'il nous arrive^
supportons encore toutes nos ealamités pour la gloire de notre
natio» et de notre religion ; défendons^les contre leurs odiev
persécuteurs. S'ils nous laissent la vie, nous vivrons; s'ils
vous la prennent, nous mourrons; mais ne violons jama»
notre sainte loi, la fidélité de nos affections et les conseils
ée la sagesse; abandonnons pl«t6t (et Dieu veoille que ce
soit pour notre bien I ), abandonnons nos étabKsseaAents et
cherchons une autre patrie. Ils partirent donc un jour, au
nombre de trois cent mille, à pied et sans armes, rassemblés
de toutes les provinces, jeunes et rieux, femmes et enfints,
prêts à suivre telle direction que le ciel indiquerait ; je fus île
ce nombre, et nous partîmes, avec Dieu pour notre guide. »
Les luife de Castille se réfugièrent en Portugal au nombre
de vingt mille familles, au dire de Conestaggio; ils y furent
admis moyennant le payement de 8 ducats d'or par personne,
les enfants à la mamelle seuls exceptés, et sous la condition
qu'ils deviendraient esclaves s'ils n'étaient pas repartis à an
certain jour fixé. Les ouvriers en cuivre et en fer ne payè-
rent que h ducats et furent invités à se fixer en Portagal. Les
exilés des provinces septentrionales passèrent en Navarre ou
^^embarquèrent pour des pays lointains. Les ports de Cadix,
de Sainte-Marie, de Carthagène , de Valence et de Barcelone
furent encombrés de gens cherchant k s'embarquer à toat
prix pour Maroc , Fltalie ou la Grèce , puisque le moindre
retard pouvait leur coèter les biens et la vie. Ce qu'ils souf-
frirent dans ces traversées ne saurait se concevoir. TantM ,
après s*ètre fitrt payer des sommes énormes pour le passage,
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336 LES SBPHARD1M
les patrons, parvenus en pleine mer, mettaient enx-mèmesle
feu à leur navire et se sauvaient dans les chaloupes avec les
eilets des Juifs ; d'autres laissaient leurs passagers mourir de
faim, ou les déposaient sur un rivage inhabité après les avoir
dépouillés tout nus. Là ils eurent le bonheur de trouver une
source; mais pendant la nuit plusieurs d'entre eux furent dé-
vorés par les lions. Les autres y demeurèrent pendant cinq
jours, au bout desquels ils furent recueillis par un bàtimeat
qui passait, dont le capitaine les traita avec beaucoup d'hu-
manité. Les Juifs qui arrivèrent à Fez étaient en si grand nom-
bre, que les habitants, effrayés et défiants, fermèrent les portes
de la ville et les Laissèrent exposés à Tardeur du soleil, sans
antres aliments que le peu d'herbe flétrie qu'offraient encore
les champs. Mais tel était, même dans un malheur si extrême,
leur attachement aux préceptes de leur religion , que le jour
du sabbat les ayant surpris dans cette situation, ils ne voulu-
rent pas le violer en cueillant cette herbe, leur seule et cbé-
tive nourriture.
Neuf caravelles remplies de Juife se présentèrent devant le
port de Naples : les souffrances et les privations qu'ils avaient
endurées pendant le voyage avaient fait déclarer parmi eux
une maladie pestilentielle; ils la communiquèrent aux habi-
tants de la ville, vingt mille desquels en furent les victimes.
D'autres arrivèrent à Gènes pendant que cette république
était désolée par la famine : on les laissa débarquer; mais
les habitants vinrent au devant d'eux, du pain dans une main
et un crucifix dans l'autre, pour leur faire entendre que ce
n'était qu'en se faisant baptiser qu'ils pourraient obtenir de
quoi apaiser leur feim. Plusieurs d'entre eux , n'en voulant
point à ce prix , se rembarquèrent pour Rome , d'où leurs
propres coreligionnaires voulurent les écarter. Les Juifs du
Ghetto, effrayés à l'arrivée d'un si grand nombre d'étrangers,
offrirent au pape 1,000 ducats s'il voulait leur défendre l'en-
trée de la ville; mais Alexandre, justement indigné de cette
proposition, répondit qu'il aimerait mieux les chasser eux-
mêmes pour feire place à leurs frères infortunés ; sur quoi.
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ou LES JUIFS D'ESPAGNB ET DE TORTUGAL. 397
pins alarmés 'encore de cette menace , les Juife de Rome ac-
cueillirent les exilés et offrirent au pape un présent de
2,000 ducats.
Ce fut ainsi que s*exécuta le bannissement général des Juifis
de r£spagne, qu'ils habitaient depuis plus de quatorze cents
ans, et où ils avaient joui d'une prospérité que leur nation
n'obtint dans nul autre pays après la destruction du temple.
Nous n'entrerons pas dans les détails de la manière dont
les Juifs furent traités en Portugal , où ils ne devaient rester
que huit mois,* le roi s'engageant à leur fournir les bâtiments
nécessaires pour les transporter dans d'autres pays; engage-
ment qui , n'ayant pas été exactement tenu par le gouverne-
ment, devint la source de nouvelles avanies pour les malheu-
reux exilés. A leur sortie du Portugal , les Juifs furent bien
accueillis dans les états de la république de Venise , et si
puissamment protégés à Florence , que ce devint uu dicton
général qu'il valait autant frapper le grand-duc qu'un Juif.
Le pape Clément'YII alla plus loin encore : il invita les Juifs
qui avaient été forcément baptisés à venir s'établir dans l'état
de l'Eglise, en leur laissant la liberté de vivre à leur gré,
sans s'informer de ce qu'ils avaient fait en Portugal. Ses suc-
cesseurs Paul III et Jules III ayant suivi la même ligne poli-
tique , plus de dix-huit mille Juifs se fixèrent dans les états
romains, où ils contribuèrent grandement à la prospérité du
port d'Ancdne.
Quand les Provinces-Unies se déclarèrent indépendantes
de l'Espagne, le nombre des Juifs qui déjà y résidaient aug-
menta considérablement. Ils s^établirent à Amsterdam et à
Rotterdaùi, où ils furent rejoints par beaucoup d'Ashkenazim,
on Juifs de Pologne et d'Allemagne; mais ceux d'Espagne et
de Portugal, plus généralement connus sous le nom de Jui6
portugais, étaient les plus riches et y jouissaient de plus de
considération.
Les établissements des JuiEs en Barbarie ont toujours con-
servé un grand attachement pour l'ingrate Espagne, à laquelle
ils ont eu plus d'une fois l'occasion de rendre d'éminents
5* SÉRIE. — TOME XII. 22
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LIS SBVHABDIH.
BerTkes. Ils sont bien vns dans TéUt de MaroCy oi ib ont à
plusienrs reprises rempli les fonctions les plus tierées. Beau-
coup de Juifs d'Amsterdam se sont établis dans les coiosîft
hollandaises des Indes-Occidentales.
Aujourd'hui c'est k Jénualem que les Juifs sephardim sont
le plus noïnbreux. Oa les sopporte à Lnboane , en reoon-
•naissance des services qu'ils rendirent à la TÎUe pendant ane
famine, sous le règne du roi Jean VI » et bien qa'ils y Tirent
dans une sorte de proscription , ils sont estimés pour leer
probité. Mous terminerons en remarquant qu'il n'est pas pio*
bable que les derniers changements qui ont eu lieu dans le
^uvem^nent de l'Espagne aient aucun efifot favorable an
Juifis. Un constitutionnel disait naguère à un voyageur aih
jglais : a Je déteste l'oppression sous quelque forme qu'elle se
présente, je suis l'ami du genre humain ; mais s'il y a un Joif
parmi nous, brftlez-le; je dis brùlez-Ie vif et sans miséri-
corde, yt
[Les Stphardim, par JAms Fiirir.)
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ESQVItSSES AMÉRICAINES.
SêCùtïd «xU«H (1).
BOSTON.
VA «USE. — L'vnrnHTi. — us finoNioz. — lu èrusê».
UN nÉacàJKW. MARirao.
Dans tonales établiasementspublics d* Amértqve règ[ae la plue
(jracteose conrtoisie. La pl«ipart de nos administrations offi-
eîelles sont sous ce rapport très-sssceptibles d'améliorations;
mais c'est sartovt ta douane qui ferait bien de prendre po«tr
ezanple^elle des États-Unis, afin de se rendre un peu moins
odieuse aux voyageurs étrangers. La rapacité servile des
douaniers français est passablement méprisable; mais il y a
ehez ceux d'Ajagleterre une incivilité grossière et iHutale, fort
dégoûtante pour qui tombe dans leurs mains, et qui ne fait
guère honneur à la nation qui entretient de pareils chiens
hargneux à ses portes. Lorsque je d^arquai en Amérique,
je ne pus m'empècher de remarquer le contraste qu'oflre la
douane de l'Union, dont tous tes employés remplissent leur
devoir avec politesse, égards et bonne huBieur.
Gomme nous ne débarquâmes à Boston qu*à la brune, je
rei;us mes premières impressions de la ville en jdlant à la
douane le lendemain matin, qui était un dimanche. Je ne sau-
rais dire quel grand nombre de bancs nous furent offerts pour
(1) YnrlaiiTndsoBdeiistanbre.
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SU) ESQUISSES AMÉBICAINES.
réglise par des invitations fonnelles, avant que nons eussions
terminé notre premier souper : il y aurait eu de quoi Cadre
asseoir confortablement et chrétiennement plusieurs familles;
et il faut ajouter qu'il y avait de quoi choisir entre toutes les
sectes qui réclamèrent le plaisir de notre compagnie.
Par malheur, nous n*avions pas de quoi changer d'habits
et faire toilette ce dimanche*là : nous fûmes donc forcés de
refuser tout le monde, ce qui me priva d'entendre le docteur
Channing, qui prêchait le matin après une longue intemip*
tion de ses discours. Je nomme cet homme distingué que j*eas
bientôt après le plaisir de connaître , pour lui rendre ici
rhumble tribut de ma respectueuse admiration. Honneur à
son beau talent, à son noble caractère et à la philanthropie
avec laquelle il a toujours courageusement combattu la plaie
hideuse des États-Unis. . . l'esclavage !
Pour revenir à Boston, lorsque je descendis dans les mes
le dimanche matin, Fair était si limpide, les maisons étaient
si brillantes et si gaies , les enseignes étaient peintes de cou-
leurs si richtô, et les lettres des écriteaux si bien dorées , les
briques étaient d'un si beau rouge, les pierres de taille d'un
si beau blanc, les jalousies et les grilles d'un si beau vert ,
les marteaux et le^ plaques des portes d'un cuivre si luisant ,
tout, en un mot, semblait si coquettement propre et neuf,
que je crus voir la décoration d'une pantomime. II est rare
dans les quartiers du commerce qu'un marchand (je croîs
que tous les citoyens de Boston sont marchands] habite au-
dessus de son magasin : aussi la même maison loge diverses
industries, et toute la façade est couverte d'écriteaux et d'in-
scriptions. En me promenant je regardais sans cesse les en-
seignes, en m'attendant k quelque coup de théfttre. A chaque
coin de me, je cherchais des yeux le Clown et le Pantalon
qui devaient se cacher derrière quelque porte ou quelque pi-
lier. Près de notre hétel , je remarquai surtout un très-large
cadran qui indiquait la très-petite boutique d'un faorioger; et
certes , Arlequin et Colombine auraient dû se poursuivre i
travers cette enseigne parlante, comme à travers les cerceaux eo
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ESQUISSES AMÉRICAINES. Ski
papier de la scène. Les faubourgs ont, s'il est possible, encore
plus que la ville cet air de décors mobiles : on dirait que les
blaacbes maisons tiennent à peine au sol; les petites églises,
les petites chapelles sont si coquettes, si joliment vernies, que
je pouvais iisicilement m'imaginer que le tout allait être dé-
monté pièce à pièce et renfermé dans sa petite botte.
Boston est une belle ville, et ne peut manquer, f imagine >
de faire une impression favorable sur tous les étrangers. Les
maisons particulières sont la plupart larges et élégantes ; les
boutiques sont bien, et les édifices publics d'une belle appa-
rence. L'hôtel de ville [State^BwMe) est bâti sur une col-
line, qui commence par s'élever graduellement, et puis jette
tout à coup son sommet élancé au-dessus de l'eau. Sur le de-
vant est une grande pelouse verte appelée la Commune ((7om-
fiion). Le site est superbe, et du faite de cette élévation on a
le panorama de toute la ville et des environs. Outre diverses
pièces très-commodes pour les bureaux, cet hôtel contient deux
grandes salles : dans l'une se rassemblent les représentants
de l'état de Boston ; dans l'autre, le sénat. Toutes les affaires
que j'y vis traitées étaient conduites avec beaucoup de gra-
vité et de décorum , de manière à inspirer l'attention et le
respect.
On ne peut douter que la supériorité intellectuelle de Bos-
ton ne provienne de la douce influence qu'exerce l'université
américaine de Cambridge, située à deux ou trois milles de la
ville. Les professeurs résidants de cette université sont des
hommes d'un savoir varié; mais surtout ce sont de ces sa-
vants qui tiendraient aussi très-bien leur place dans le monde
par la grâce de leurs manières. C'est à l'université de Cam-
bridge, et sous ces maîtres aimables, que sont élevés les fils
de famille de Boston et des environs. Toutes les professions
libérales, j'ose dire, en sortent. Quel que soit le défaut des
universités américaines, elles ne propagent point de préju-
gés, elles n'élèvent point de cagots intolérants , elles n'ex-
hument pas les cendres des vieilles superstitions, elles ne
s'interposent pas entre le peuple et son progrès intellectuel,
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3(â Esginussis AMÉnbiuXM.
elles n'exclueat penonne i cause de Me opioioiis feUgieues;
mais surtout dans tout le eoors d'études qu'elles mposeot,
elles n'oublient pas qu'il y a un nuMide, et un monde asies
grand, au delà de TeAceinte des coUéges.
Ce fol pour moi un înexfMrimabfe pUsûr d'obaerrar l'ift*
fluence presque imperceplîble et pesttiiFe néanmoîas de cette
institution sur la ville de Boston. Je fus charmé des goàls
sociables, des aflècineuees amitiés qu'eUe a fttt nattie, des
vanités et des préjugés qu'elle a dissipés. Le Vmm d'or qu'en
adore à Boston est bien p^t, comparativement au Veau d'or
gigantesque dont le culte est universel dans celle raste bou-
tique de l'autre c6té de l'Atlantique, et ce tovl-fwtssant dieu»
appelé autrement dolkur (pièce de S fir.), ne passe qu'après
d'autres dieux moins prosaïques dans le Paalhéon beskH
nien (1).
Pour un Anglais accoutumé aux jpamyAemalîa de Westndas-
ter-Hally une cour de justice américaine est un spectade aussi
étrange que doit l'être, je suppose, une cour de justice an-
glaise pour un Américain. Excepté dans la cour suprême de
Washington (où les juges portent une simple robe noiie),
l'administration de la justice a lieu ici sans perruque et mas
robe. Les membres du barreauétant à la fois avocats etavesés
(barristers and €Utorneyê) , ne sont pas plus séparés de kms
clients que les attorneys anglais ne le sont dee leurs dsai
notre trilunal den débiteurs insohabUê, Les jurés sont tout i
fait à leur aise, et se mettent a chez eux >> (at home) aussi osa-
fortablement que possible. Le témoin esl sur un plancher à
peu élevé au-dessus et en dehors de l'auditoire, qu'un étna*
ger, entré an moment oà la procédure est inlenrompne, k
(f) Note do tbaductbob. Cette boutade de Ch. Dickens a été fort mal
accueillie par les critiques anglais, comme outrageante pour les aniver-
slCés anglaises. On a dit dédeigoeosement k l'auteur qu'A o'arait ptf
iaui do MenfoU oriêtomMqMê de rédueatisa unlversltirire. Ch. Dfcletf
cm en eifet un peu de l'écele des $9i^9ématêd autkorêm
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SIQUISSU AMÉBICAllfBfl* VA
dbtingaerait asses difficilement. S'il s'agit d'un procèd oii*«
imel, on cherche eacore longtemps le pri$annm (raccusé);
car il se peut que cdni-ci soit k Mner et à causer parmi lea
plus iUustres membres du barreau» parlant à TareiUe de soa
défenseur poup loi suggérer quelcpie argument» ou se tail-
lani un cvre^dent avec son canif sur les débris d*une vieille
plume.
le ne pus m^ampécfcer de ? «marquer ces diffirences lors-
que je visitai les tribunaux de Boston. Je fus aussi d'abord
tr軫«rpri8 de voir- que l'avocat qui questionnait le témoin
lofeîsait en pestant assis; mais en m'apercevant qu'il était ea
même lenips oooopé à écrire luMnème les réponses» parce
qu'il est seai et sans jeune confrère pour l'assister» je me
oonsolai bien vite par cette réflexion» que la justice n'était ps»
un article aussi dispendieux ici qu'en Angleterre. Il est im^
possible» en effet» que la dispense de tant de formalités» re*
gardées chez nous comme indispensables ^ ne modifie très-beu*
reuaement le mémcnre des frais et dépens.
Dans toutes les cours de justice» on s'est occupé de placer
très^oemmodément les citoyensde l'auditoire. C'est qu'en Amé*
rique, dans tmt établissement public» le droit qu'a le peu|rie
d'être présent» son droit et son intérêt sontlargement recon-
nns.Iln'y a pas de farouches concierges pour vous offrir leurs
bons (rffices en échange dudemirshellingoblieé. Iln'y apasnon
plus» je le crois très-sûicèrement, aucnne espèce d'insolence
officielle : rien de national n'est iâ montré pour de l'argent;
aocnn fonctionnaire pid>lic n'est transformé en eœhibitmr
m^reenaîie^ On commence cependant à imiter ce bon exem-
ple en Angleterre ; j'espère que nous continuerons à Timifter
de plus en plus» et qu'avec le temps» nous y convertirons
même nos doyens ei nos chanoines de Westminster et autres
tei^pies.
Je fes témo4n au tribunal civil d'une action intentée en ré*
paration de quelque accident survenu dans un chemin de fer.
Lee témoins avaient été entendus» et le défenseur adressait
son frfaîdi^yer au jury. Ge savant avocat (ainsi que quelques^
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Ski ESQUISSES ABIÉEICAINES.
uns de ses confrères anglais) était d'une rerbosité désespé-
rante; il avait bonne poitrine et un reiB»quable talent pour
répéter toujours la même chose au moyen de la même phrase,
qui revenait à la queue de toutes ses périodes. Je l'écoatai
pendant un quart d'heure ; miâs enfin je me trouvai à court
de patience et Ais forcé de sortir... sans connaître davantage
la cause.
Dans la diambre des prévenus, qui attendaient que le ma-
gistrat les eût interrogés, était un jeune garçon accusé de vol;
mais celui-ci, à cause de son Age, ne devait pas être envoré
en prison comme les autres; son sort était d*étre logé dans
l'Asile de South-Boston, étabiissemenA péniimiliatfe oi il ap-
prendrait un métier, pour être ensuite mis en apprentissage
chez quelque maitre respectable. Ainsi, au lieu de le voaw i
une vie d'infomie et A une mort misérable , son premier vol
lui laissait la chance de se corriger et de devenir un membre
honnête de la société.
Je ne suis pas un des communs admirateurs de nos soleo-
nités légales , dont plusieurs ne me semblent même qu'ex-
cessivement burlesques. Quelque étrange que cela puisse pa*
rattre, il existe certainement une sorte de protection sons la
perruque et la robe , — une dispense de la responsabilité in-
dividuelle dans le costume du rêle, — qui encourage ces airs
insolents, ce langage d'impertinence, ce grossier travestisse-
ment de la vérité , qu'on peut si souvent reprocher à nos
cours de justice. Cependant je ne nierai pas que l'Amérique,
dans son désir de secouer toutes les absurdités, tous les abus
du vieux système , n'ait pu aller trop loin dans l'extrême op-
posé. Peut-être enfin, et surtout dans l'enceinte bornée d'une
ville de province comme Boston, où chacun connafH son voi-
sin, serait-il plus prudent d'entourer l'administration de la
justice de certaines barrières artificielles, pour la placer hors
des familiarités de la vie de chaque jour. Sans contredit, le
talent, le caractère des juges, à Boston comme ailleurs, vien-
nent parfaitement à son secours; mais peut-être lui fiiudrait*il
quelque chose de plus pour frapper non pas l'imagination de
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ESQUISSES AMÉRICAIXES. 348
rhomme qui pense et a quelque instruction , mais celle de
l'ignorant et des tètes légères, classe qui comprend quelques
accusés et beimcoup de témoins. Quand ces institutions furent
élaUies, on se dit sans doute que ceux qui avaient eu une si
large part dans la rédactioa des lois devraient certainement
les respecter; mais rexpérieoce a malheureusement donné le
défloenti à ce principe ; car personne ne sait mieux que les juges
des États-Unis que dans les grandes commotions populaires la
loi reste impuissante et ne peut faire reconnaître son autorité.
Le ton de la société de Boston est d'une exquise politesse.
Les dames sont très-belles... de figure ; mais je suis forcé de
borner là cet éloge. Leur éducation est de pair avec l'éduca-
tion des daflMs anglaises, rien de plus, rien de moins. J'avais
entendu raconter là-dessus de très-merveilleuses histoires,
mais n'en ayaat rien cru, je ne fus pas désappointé. Il y a des
bas-bleus à Boston; mais, comme les bas-bleus de tout autre
pays, les fenmnes savantes de Bostondésiren t plutôt passer pour
supérieures que l'être. II y a aussi des dames évangéliques
dont le rigorisme formaliste et l'horreur pour les distractions
du théâtre sont très-exemplaires. On trouve, en un mot, dans
tontes les classes et toutes les conditions, des dames qui ont
la passion d'assister aux sermons. L'espèce de vie provinciale
qui règne dans des villes comme celle-ci donne une grande
influeftce à la chaire. Il parait que la chaire, aux États-Unis
(à l'eiceptiondes ministres unitaires), déclame surtout contre
tous les amusements rationnels et innocents, n'exceptant que
l'église, la chapelle et le prêche... Les dames se rendent donc
en foule à l'église, à la chapelle, au prêche.
Tontes les fois que l'on a recours à la religion comme à
une liqueur forte et pour échapper à la monotonie du foyer
domestique, ceux de ses ministres qui épicent le plus la dose
sont les plus sArs de plaire ; ceux qui sèment le sentier du
ciel de plus de soufre et de bitume, ceux qui foulent du pied
le plus dédaigneux les fleurs et la verdure de ses bords, se-
ront proelaoïés les plus vertueux; enfin ceux qui appuient
le plus fortonent sur la difficulté d'entrer dans le paradis se-
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3^6 ESOtISSBd AMÉRICAimSS.
ront considérés par les vrais croyants comme les plus i
tains d*y être reçns. Pent-ètre serait->il assez embarrassant de
dire par qnelle logiqne on arrive à cette coochision ; mais il en
est ainsi en Angleterre et ainsi en Amèriqne. Quant à l'antre
stimulant, le sermon, il a au moins le mérite d*ètre tonjonrs
nouveau. Un seimoa succède aï vite à un antre qu'on ne se
souvient d'aucun des deuK , et l'on peut servir chaque mm
les mêmes avec tout le charme de leur nouveauté , avec tout
leur intérêt.
Les fruits de la terre se forment et se mirissent dans la
corruption : c'est de la corruption de ces habiludes dévotes
qpi'est née à Boston une sede de philosophes connue sons le
nom de transcendantaltstes. Je demandai ee qm aigniiait
cette appellation prétentieuse : on me fit entendre qne tovt
ee qui était inintelligible devmt être certainement transcen-
dant. Cette explication ne m'avisiça pas beancoop, et je ques-
tionnai derechef : j'appris alors que les transcendantalistes
étaient les disciples de mon ami M. Garlyle , on je derrais
plutAt dire d'un de ses disciples, M. Ralph Waldo Emerson.
Cet Américain a écrit un vcJurae de Trmêéi on EêtaUàMm
lesquels , parmi beaucoup de «hosee qui sentent le songe*
creux et le liantasque (qu'il me pardonne de le dire) , il y a
plus encore de choses vraies , nobles , honnêtes et hardies.
Le transcendantalisme a ses extravagances (quelle école n'a
pas les siennes?) , mais c^a ne l'empêche pas d'nvoirses
qnalités saines, et dans le nombre une franche haine de l'hy-
pocrisie, avec une grande aptitude à la découvrir bo» ks
mille costumes de son étemelle garderobe. Aussi bien , 9
j'étais un Bostonien , je crots que je me ferai» transeendan-
faliste.
L^ seul prédicateur que j'aie entendu à Boston est M. Ttf'
lor, qai s'adresse particulièrement aux marins et qui a èé
marin Ini-même : sa chapelle est située dans une vieille rae
étroite du quartier de la marine, et je la découvris an joli
pavilloQ bleu qui se déroulait au faite du toH. Dana la galerie
en face de la chaire était un petit cbceur de chanteurs dee
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ESOUI&SS» AMÉ&ICAINBS. Stt
deux sexes «yec un violoooelle et un violon. Le pré(Ucâteiur
était d^à assis; sa chaire, supportée par des colosmes, était
décorée d'une draperie peinte, dont Taspect avait cj^que
chose de théâtral. Quant à Torateiir, c'était un honme Agé
de cinquante-si]( ou cinquante-huit aiia eiiviron, au teiait
hàlé, à la physionomie prononcée et dure, i la chevelure
noire et à TcBil sévère et pénétrant. Néanmoins le earactjro
général àe sa physionoaiiie était agréable.
Le service comment par un hymne suivi d'une pt'iàre in^
provisée, qut avait le défaut de toutes les prières, le défont
des r^titions; mais d'ailleurs simple et intelligible dans ses
doctrines, et respirant un sentiment de charité générale qui
ne distingue pas si communément cette forme d'apostr(^diei
la Divinité. Cela fait, le sennonaire ouvrit son discoura en
prenant pour texte un passage du Cantique des cantiques
placé sur le pupitre avant que le sermon ne fàt comoieaié
par quelque membre inconnu de la congrégation :
€ QUSLLB BST CEIXE QUI VIENT DU DÉSERT. iJ>PU¥é& SCa LE BRAS DE SOK
BIEN- AIMÉ ? »
U retourna ce texte de toutes les manières, il lui donna
tous les sens possibles, mais toujours ingénieusement et aveo
une grosaière éloquence, bien adaptée à la compréhension de
ses auditeurs. Si je ne me trompe, il consultait leurs sympa-
thies et leur intellig^iee beaucoup plus que le désir de lairo
briller son talent. Toutes ses figures étaient empruntées à la
mer et aux ineîdents de la vie maritime : plusieurs étaient
singulièrement heureuses. Il parla de ce glorieux héros,
lord Nelson, et de lord CoUmgwood; mais rien de ee qu'il
débita ne me parut tiré par les dieveux, oonune on dit; tout
venait à propos, Aaturdlement, et n'en produisait que plaa
d'^et. Quelquefois emporté par soa soîei et son déM, il
avait une pantomime qui tenait à la fois de Jola fionyan et
de Balfour de Burleigh, prenmit sous son bras sa grande
Bible in-^quarto, et sortant de sa chaire et y remontant, pute
plongent tout à coup sur ses ouailles xm regard scrutateur.
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dkS ESQUISSES AMÉRICAINES.
C'est ainsi que, rappelant ses premiers auditeurs et le berceau
de sa petite église, il peignit rétonnement qu'avait excité sa
présomption de former une congrégation à part. A cet en-
droit de son discours il mit, comme je viens de le dire, sa
Bible sous son bras et poursuivit en ces termes :
« Qui sont ces gens-là? demandait-on; que fontnls? quelle
espèce d'hommes? d'où viennent-ils? où vont-ils? — ^Vous de-
mandez d'où ils viennent? voici la réponse: (se penchant en
dehors de la chaire et baissant le bras droit : ) Ils viennent
de là-bas. ( Gela dit, il reculait et regardait les matelots le
plus près de lui. ) De là-bas, mes frères : du fond de la cale
du péché, d'un navire poursuivi par le souffle orageux do
diable; oui, voilà d'où vous venez. (Ici quelques pas dans la
chaire.) Et où allez-vous? (il s'arrêtait brusquement et re-
prenait après une pause): Oui, où allez- vous? — là-haot!
(Reprenant là-haut d'une voix douce et montrant le ciel:)
Là-haut; (élevant la voix gradueHement) voilà où vous allez...
avec un bon vent... toutes voiles dehors, droit au ciel, an
ciel dans sa gloire, où il n'y a plus de gros temps ni de bou-
rasques, où les méchants cessent de nous troubler, où ceux
qui sont fatigués se reposent. ( Nouvelle promenade dans la
chaire. ) Voilà oif, vous allez, mes amis; oui, c'est là même :
c'est là qu'est l'ancrage, c'est là qu'est le port, le port bien-
heureux où l'eau est toujours la même, quels que soient les
changements de temps et de marées; où il n'y a plus à crain-
dre d'aller se briser sur les rochers et les bancs de sable,
ni d'être entraîné à la mer par la rupture d'un câble :
c'est là qu'est la paix, la paix, toujours la paix. { NoaveUe
promenade et petits coups donnés sur la Bible.)) Quoi 1«
ces gens-là viennent du désert!... Est-il bien vrai? Oui,
de l'affreux et maudit désert de l'iniquité, dont toute b
moisson... est la mort. Mais sur quoi s'appuientrils? sar
quelque chose ou sur rien? Pauvres matelots I (Trois petits
coups sur la Bible.) Ohl ouil ils s'appuieai sur le btss de
leur Bien-aimé; (après avoir répété trois fois la phrase et
trois nouveaux coups) ils ont trouvé leur pilote^ leur bous-
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ESQUISSES AMÉRICAINES. 31^9
sole et leur étoile polaire : oui, la voilà : allons, braves ma-
telots, à la manœuvre; tous, tous, tousl Ils y sont : voyez
comme ils exécutent bravement tous les ordres de leur capi-
taine ; comme ils sont calmes et de sang-froid dans le péril :
c*est qu'en effet ces pauvres diables viennent du désert; mais
ils s'appnyent sur le bras de leur Bien-aimé et ils montent,
là'baut, là-haut l » £n terminant, ici le prédicateur levait de
plus en plus le bras, et le doigt indicateur de sa main gauche
pressait triomphalement le livre saint sur son cœur en re-
gardant les assistants avec une expression de béatitude
étrange.
J'ai cité ce passage plutôt comme un spécimen de l'origi-
nalité du prédicateur que de son vrai mérite, et cependant je
dois foire remarquer que cette pantomime et ce débit, d'ac-
cord avec le caractère des auditeurs, produisaient réellement
une vive impression. Il est possible toutefois que je me sois
moi*méme laissé prévenir favorablement par l'esprit général de
ce sermon, qui tendait à convaincre les matelots qu'il n'y avait
micune incompatibilité entre l'exercice de leur métier et celui
de la religion, entre la dévotion bien entendue et une honnête
gaieté. L'orateur leur recommandait enfin, non-seulement
de se conduire de manière à gagner le ciel, mais encore de ne
pas imiter ceux qui prétendent faire un monopole de la Pro-
vidence et de ses grâces. Ces deux points du discours furent
très-bien expliqués : je n'ai jamais entendu mieux, et même
c'était peutrètre la première fois que je rencontrais un prédi-
cateur qui voulût bien envisager ainsi la grande affaire du
salut (1).
{Box-^Ameriean notes.)
(I) NoTB DU mfttCTBOR. Nous publierons la suite de cet extrait.
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Mxsttiianits.
JOURNAL D'UN MÉDECIN.
NOUTBLLB S^RIE.
S II.
LE COFFRE-FORT DU BANDIT.
L'histoire d'Eirls (1) m'en rappelle une autre dont le héros
était aussi un distillateur en fraude, métier si commun dans
l'Irlande et surtout sur les côtes du comté maritime deSligo,
©à, sur une étendue de quatre cent trente-quatre mille hec-
lures, on en 'compte plus de cent soixante-huit mîilc à l'état
de marais et de montagnes incultes , repaires presque inac-
cessibles de c^e population insocîablequi, depuis un temps
immémorial, se met si volontiers hors la loi.
Assee loin dans les montagnes demeurait une Camille qni,
«ans aucune profession connue, vivait mieux que les laborieux
habitants des vallées ou basses terres, condamnés à ga{;ner leur
nourriture de chaque jour par les travaux pénibles delà culture
agricole. En vérité, quand on considère le tempérament in-
flammable du paysan irlandais, quand on songe qu'il se roit
si souvmt dans la vie exposé ji toutes les privations, et qu'il
ne lui faut qu'une courte interruption de travail ou une disette
locale pour être littéralement réduit à la famine, on s'étonne
que la vie sauvage et insouciante du bandit et du contreban-
(1) Voir la 1 vraîson d} ncyembr*.'.
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Lfi COFFHS-F9ET DU BANDIT* SU
dîer ne débauche pas an plus grand nombre de fiuiiiUes. Le
chef de celle que je vais feire connaître comme un type des
plus irlandais s'appelait Hill Murpby. ^^e manquant jamais
de provisions, toujours vêtu d'habits assez grossiers, mais
jamais en haillons comme le paysan de la plaine, il était d'ail-
leurs d'un aspect rude et farouche, très-grand de taille, ayant
dans l'œil, le geste et la démarche cet air provocateur du
bandit qui se sait en guerre avec tout le monde, et qui ne
ciaint ou affecte de ne craindre personne. Quand les enfants
du petit hameau, situé au pied de la montagne où il avait fixé
sa demeure, entendaient la détonation brusque et soudaine
d'uA fiisil, ou le bruit d'un énorme fragment de roche rou-*
lant dans les précipices, ils se rapprochaient l'un de l'autre
tout craintifs et disaient à demi-voix : le loup est sorti de sa
tannière. Ce loujp, c'était Hill Murphy. D'ailleurs, personne
ae s'avtsak de définir la vie habituelle de Hill Murphy ; peu
coaunumcatif, même avec les siens, ii s'était fait plus d'enne-
mis par sa sombre réserve, caractère antipathique à l'cxpan^
aion naturelle de ses compatriotes, que par ses déprédations.
Ils étaient en petit nombre ces habitants de la vallée qui
montaient quelquefois à la hauteur de la maison solitaire de
Hill Murphy, et ceux-là en faisaient volontiers une descrip-
tion qui ne tentait guère la curiosité des autres. Aucun ne se
vantait d'avoir reçu un. bon accueil dans cette maison. Les
enfants de Hill Murphy n'étaient guère plus aimables que leur
père : il avait deux fils et une fille. Les fils étaient robustes,
la fille se taisait remarquer par une rare beauté, mais sa faible
intelligenee ne s'élevait pas au-dessus de celle d'une idiote;
elle passait à peu près toute sa journée a peigner ses longs
cheveux comme une sirène, et à sourire à son image reflétée
dans une cuve remplie d'eau, seul miroir qui fût en usage
sons le toit rustique de lUll Murphy.
Quelque violent, quelque rude et brutal que iiii le pore de
cette pauvre créature, il était tout autre avec sa fille. Sa ten-
dresse pour elle s'augmentait de toute la pitié que lui inspi-
rait sa santé chancelante. £u la voyant de plus en plus lan«
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LE COFFRE-FORT DU BANDIT.
guir, il comprit enfin qu'elle était atteinte de quelque fatale
maladie , et , dans son anxiété , il résolut de chercher an
remède ; il annonça à ses fils qu'il allait, pour un temps, leur
laisser la garde de sa demeure, afin de conduire la pauvre ma-
lade dans la vallée. En effet, il la plaça sur son cheval, y monta
après elle, descendit lentement de sa montagne et se dirigea
vers une de ces sources bénites qui ont en Irlande la r^n-
tation de guérir les plus incurables infirmités. Hiil Muq)hy
et sa fille firent lentement ce pieux voyaige, et le vievx bandit
était si bien connu de quelques-uns des pèlerins qui fréquen-
taient les eaux saintes pour la même cause, qu'il» chuchotaient
YHystérieusement à son approche, en s'étonnant de le voir
accomplir lui-même avec tant de zèle les divers actes de dé-
votion dont l'infortunée malade n'aurait pu s'acquitter dans
sa débilité de plus en plus alarmante.
Cependant que faisaient les fils deMurphy ? Redoutable é st
propre race, véritable tyran domestique, il ne fut pas pins tAt
éloigné, que les jeunes bandits s'exaltèrent en se sentant déli-
vrés de la brutale autorité. sous laquelle ils fléchissaient sans
rien dire ou en implorant une indulgence qu'ils n'obtenaient
pas toujours. Dans l'enthousiasme de sa liberté nouvelle, rainé
fit en quelque sorte un acte complet d'émancipation en épou*
sant une robuste montagnarde, une virago, qui n'avait guère
de la femme que son amour pour le jeune Phade. Elle était
d'ailleurs la sœur de cinq à six frères d'une race bien digne
de s'allier à celle de Murphy, aussi farouches que les eniantt
de celui-ci, et dont le métier variait suivant les saisons : tan-
tôt ils volaient des moutons, tantôt ils braconnaient snr la
seule chasse de rfeerve qu'il y eût à vingt milles à la ronde;
quelquefois ils aidaient les Murphys à débiter les produits de
leur distillerie Ulicite ; mais en tout temps ils les aidaient à fa-
briquer et à boire ce même whisky ; enfin, ils n'hésitaient jamais
à s'associer aux contrebandiers de la côte, et affiliés à la société
des ruhaniers ( ribandmtn)y ils obéissaient aveuglément k tons
les ordres d'émeute ou de pillage transmis par leur lofe. Le vieux
Hill Murphy avait coutume de traiter cette fkmille aussi du-
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LB COFFRE-FORT M7 BANDIT. 353
remeat et anssi capricieusement que la sienne, tout en s'ima-
ginant qu'il leur montrait toute la bienveillance possible.
Comme les tyrans en général , il ne se doutait pas que son
pouvoir absolu était bien prés de lui échapper. Par le fait»
s'il était demeuré dans sa maison , il aurait pu prévenir le
complot. Il était si vigilant, et la seule créature qui réelle-
ment l'aimait, sa fille, quoique maladite et fiiible d'esprit
sur beaucoup de chotos, était si éveillée et si clairvoyante sur
d'autres, qu'il est douteux que les conspirateurs eussent
téami à renverser ce despotisme intérieur.
La tendresse de Murphy pour sa fille était devenue surtout
exdttshre depuis qu'il avait perdu sa femme ; selon les uns,
il adorait en elle le souvenir d'une compagne dévouée pen-
dant vingt ans à sa vie sauvage; selon d'autres, c'était une
expiation et un remords qui le rendaient si bon père envers
une créature dont la faiblesse ne provenait que des mauvais
traitements' qu'avait subis cette même compagne pendant
qu'elle portait dans son sein ce dernier enftint. La femme de
Murphy 9 ajoutait-on, n'était même pas morte sous le toit
conjagal ; elle avait été forcée de fuir et d'aller expirer dans
l'hospice dé la ville. Mais comment croire que cette ihère eût
jamais pu se résoudre à abandonner ses jeunesenfontsauxquels
elte était dévouée comme la louve à ses louveteaux? Et d'un
autre c6té, comment leremords chez Murphy se serait-il arrêté
à celte réparation ? Il y avait là quelque mystère peut-être, mais
qui n'a pu être dévoilé que par des conjectures ; tout ce qu'il y
avait de certain, c'est que depuis la disparition de sa femme,
Hill Murphy était devenu à la fois plus attaché à sa fille et
phis féroce envers le reste des hommes ; cette affection était
le seul sentiment humain qui survivait dans ce sombre carac*
tère.
ec Avez-vous jamais vu rien de plus extraordinaire que la
dévotion qui a pris tout à coup ce Hill Murphy? dit tout bas
un^ pèlerine à une autre, en interrompant son chapelet. -
— Gloire aux saints I répondit l'autre. C'est merveilleux,
en effet, de le voir couvrir de signes de croix et asperger
5« SÉRIE. — TOME XII. 23
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3Si|. LE GOFFII^FOVLT BD BANDIT.
d'eau bénite cette pauvre fiUeAoïoitié morte. Cest oonMriant,
en yérité, que de si grand» pécheurs puissent oa jov se
convertir.
— Bénie soit sainte Brigitte» dit k premiàre pèlerine; oi
n*est pas converti parce qu'on se frappe ainsi Ut poitrine i
tour de bras; il faudra bien des prières à un pareil bandit
pour qu'dles lui comptent; il fiiudra qu'il crie bien hantai-
aéricorde pour étouifcr tons les cris qni deaiandent joBliee
contre lui dans le ciel. » Peut-âtre cette charitidile pèkriae
en eût-elle dit davantage si de génnfksioos en génuSeiions,
le grand pécheur dont le snlnl lui pumissaîl donlenx ne s'é-
tait trouvé tout à coup assez près d'elle pour pouvoir l'en-
taidre, et die se tut ; maiSf malgré la défianoe de la dévote,
je crois que Murphy était de bonne foi, et qu'il n'^t mis à sa
conversion qu'une condition... la gnérisou de sa fille. lU-
heureusement ses prises et aa covpooction ne purent 1«
rendre la santé.
Alorsy pour l'amour d'eUe, lobandit se hasarda à fiùreceqa'il
n'avait pas âât depub plusde vingt ans; il entra eoiriônjov
dans la ville poor y consulter les médecins. C'est ainsi que j'ai
pu le connaître. Après avoir eiaminé In malade et inidnotkk
père, je lui déclamiy ce que probablement mes confaéras loi
avaient d^jk déclaré eux-mémeSy que je ne ponvaia rien. A ces
mots, après m'avoûr regardé anrec une singulière eaqpresaiott,
il tomba à mes pieds et embcassa mes genoux, k Docteur, ne
dit41, sauves mafiUe;>eiil aooaiiàplewer. Lapauvrefilk
aussi surprise que moi de le voir ainsi prosterna sans com-
prendre la canse de cette supplication, passa sas bras trem-
blants autour dm cou de son yèfe en hii demandant es qu'il
avait, en le suppliant à son tour de sécher sea lanaea.
Je les relevai tous les deux, me sentant près de pleaier
moi-même, mais forcé d^ répétnr : « Hélasl je ne puis lîea; »
vteité humiUante pour la science et que le médecin n'avem
guère que lorsqu'il en est bien convaincn. « Quoi 1 s'éGria]ia^
phy, butril donc quet je la perde, elle la fieur de ma vie, leseol
être que jaimel Docteur, save^vous bien que je donneritf
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LB COFFES-FORT W BANDIT. 3S5
tout ce qne je possède pour la sauver I Je ne viens pas comme
un mendiant vous prier de la guérir pour rien ! le puis payer...
payer comme les riches I Mais vous ne me croyez pas! » Et
prenant «a fille, il sortit bnuqnement avec elle sans ajouter
un mot de plus. A la fin de la journée, il revint, et cette fois
il était seul. « Ooctenr, ne dii41, je sais tout ce qu'on peut
nourrir de haine contre moi, et je conviens qne vous n'êtes
pas teott de vous fier à mes promesêes; aussi je viens cette
fois avec des arrhes ; si vous voulei entreprendre la guérison
de ma fille, voici de Tor... (Il retirait de sa poche une main
pleine de guinées. ) C'est tout ce qui me reste, et je vous le
laisserai ; puis, quand vous aurai rendu la santé à ma pauvre
Nancy, je ne suis pas embarrassé de vous en alerter encore.
Vous le voyex, je pnis payer lea remèdes et le dooteur ; je puis
payer d'avance; {wenez, prenez tout, et dites-moi que vous
consentez à guérir Nancy.
—Mon brave homme, lui rèpondis^je, je suis ici le médecin
dea pMvres, et en guérissant votre fille je n'accomplirais
qu'un devoir; mais toui votre or ne saurait me donner une
amnoe qui n'appartient qu'à Dieu ; Dieu seul s'est réservé la
vertu de faire des miracles, et il m*est pénible de vous ré^
peter quHam miracle seul pourrait vous conserver la pauvre
eafiant que vous m'avez lait voir ce matin.
— Vous refiutezl s'éeria ce malheureux avec un accent
d'ironie amère, qui me rappela le rire de la démence. Ah!
voua aussi, vous savez qui je ^uisl Ni par les prières, ni par
l'or, je n'ai donc rien à obtenir dans cette viUe 1 Si j'avais un
prooès à plaider, je n'annûs aneune jpstice à attendre de vos
avocats et de vos juges ; la loi me regarde çomm^ son en*-
nemi... Msis la médecine... je pensais qu'elle ne se vengeait
contée personne^ non pas même contre moi 1. . . y»
l'eus baauohvcber à lui Atire comprendre qu'il se mépre-
nait aingttttèvemeni sur le sena de mon refus, et qu'en elFet le
médeein ne connaissait de son malade que sa maladie : << Ahl
repril-il avee le même rire fftrQuche, ne pa3 pouvoir guérir
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356 LE COPFRB-FORT DU BAITDIT.
ma filial Docteur, si je vous tenais sur ma montagne, jimiif
forcerais bien de me la guérir, d
IF sortit brusquement, proférant encore dans l'escalier des
paroles violentes qui ne pouvaient m'oSenser, expressions do
désespoir encore plus que de la colère.
Hill Murphy et sa fille quittèrent la ville, sans que persoane
songeât à inquiéter la retraite du bandit; il n'y eut que pitié
pour son affection personnelle, quoiqu'il fAt depuis longtemps
dénoncé et que les agents de la justice eussent pu arrêter fa-
cilement cet homme qu'aucun d'eux n'avait jamais osé aller
saisir dans sa maison.
Lorsque Hill Murphy était descendu de sa montagne,
quelques semaines auparavant, Nancy était déjà bien bible;
à peine si la pauvre phthisiique pouvait se soutenir snr k
cheval de son père ; mais, au retour, Murphy fut obligé de
la porter en quelque sorte dans ses bras.
Ils arrivèrent ainsi au sentier qui conduisait à leur de-
meure, sentier étroit, le seul praticable pour un cavalier:
« Mon père, dit tout è coup Nancy, qui avait un moment re*
levé sa tète inclinée sur l'épaule du bandit, on a bloqué
là-haut le passage avec des rochers. » Hill Murphy leva à son
tour les yeux, et sa propre vue étant obscurcie par Tâge, il
crut que sa fille avait la vue troublée; mais elle avait raison,
et il finit par le reconnaître. On avait laborieusement, en
effet, accumulé des pierres de manière à fbtrmer une aftursille
qu'il était impossible de gravir sans l'escalader. H fut on
temps où Hill Murphy aurait de son bras vigonréax fait rou-
ler tous les matériaux de cette barrière dans les précipices;
mais il avait bien vieilli depuis ces dernières semaines :1e
chagrin avait miné aes fbrces : il transporta de nouveau Nanq
au bas de la montagne , la déposa sur un tas- de feaittes,
la couvrit de son manteau,' attacha son cbeVal à un tronc
d'arbre, et se'décidant à un détour pour gagner sa demeore,
alla chercher un autre sentier accessible seulement aux pié-
tons, avec la pensée de revenir au plus vite avec ses filspoor
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LB COFFRE-FOBT BU BANDIT. 357
chercher sa fille mourante. 11 rencontra justement à trois
cents pas plus loin deux des frères de sa nouvelle bru et avec
eux Phade son fils aîné, qui lui crièrent d'arrêter.
Le vieux Murphy, sans faire attention d*abord à la farou-
che réserve de Phade et de ses voisins, leur répondait avec
plus de douceur qu'il n'en avait habituellement dans ses
manières, lorsqu'il s'aperçut qu'au lieu de lui tendre une
main amie, ces trois jeunes gens se plaçaient devant lui comme
pour lui barrer la route.
« Eh bien, leur ditril, qu'es(-il donc arrivé là-haut? que
signifie cette muraille : laissez-moi vite aller débarrasser no-
tre sentier avec une pioche, ou plutôt venez m'aider à ram^
ner ma pauvre Nancy, que Je viens de laisser au pied de ce
rocher.
— Nous ne ferons ni l'un ni l'autre, répondit rudement
Phade Murphy à son père. Chacun son tour : c'est moi qui
suis le maître du cMUau maintenant, et vous n'y rentrerez pas
comme vous voudrez. »
Le vieillard tressaillit et regarda fixement son fils atné,
comme s'il se refusait à comprendre le sens de cet étrange
accueil. Au même moment, le second fils de Murphy surve-
nait, et ce fut lui qui continua en ces termes cette déclaration
de guerre :
a Ce n'est que trop vrai : voici plus de vingt ans que nous
sommes vos esclaves, trop heureux de recevoir de vous un
morceaudepain pargrAce, et pas unliardde salaire pour toutes
nos peines. A vous tous les profits. Eh bien, nous ne deman-
dons pas compte pour le passé; mais nous devons vous rem*
placer ici : allez donc travailler dans la plaine ou cherchez
une autre montagne ; et cela aujourd'hui même, car vous ne
rentrerez plus dans notrt maison.
— ^A moins, reprit l'atné avec une nouvelle bravade, excité
qu'il était par le renfort que lui amenait son frère, à moins que
vousjie vouliez aller trouver Son Honneur, le juge de paix, et
pour la première fois de votre vie, mettre la loi de votre côté.
Vous avez vécu contre la loi, mais personne ne vous empê-
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SS8 LE GOFFKB-FOBT DV BAK DIT.
ehera de monrir poar la loi, si vous le TOalei. Nous sommes
préparés à tout : courez chercher les habits rouges ou les
huissiers, conune il tous sera agréable, i»
C'en était trop pour le vieux Hurphy : étourdi de ce coup,
il Alt forcé de s'appuyer sur un angle de rocher, respirant à
peine et gardant an sombre silence. £o ce moment le ciel se
eowrit, le roulement encore lointain de la firadre annonçait
on orage : il songea que sa pauvre fiUe allait se trouver sans
abri... Tout à coup il tomba à genoux, et le vieillard, comme
répondant A cette voix tonnante de la nature, qui semblait
sympathiser avec la colère provoquée dans son cœur de père,
prononça une horrible malédiction sur ses propres eniants...
sur ses fils rebelles, auxquels il avait lui-même appris à bra-
ver les lois divines et humaines. Cette malédiction le soulagea
et il rebroussa chemin. Sa retraite fut célébrée par ses filset
les frères de sa bru comme une victoire : ils brandirent lean
poignards en signe de triomphe ; mais l'un de ces derniers ayant
lancé une grosse pierre après le vieillard, le plus jeune des
fils Murphy le frappa sur la tète : « Voilà pour ta lâcheté, lui
dit-il ; s'il n'était devenu vieux, il n'est aucun de nous, vois4u,
et escorté de dix autres, qui eût osé foire ce que nousavoas
fait aujourd'hui. »
La pierre alla rouler sur les traces de Hill Murphy sans
l'atteindre et sans qu'il daignât tourner la tète ou y faire plus
d'attention que si c'eût été un petit caillou qui venait s'arrè^
1er i ses pieds.
Le vieux bandit retrouva sa fille et sa monture où il les
avait laissés; en ce moment la pluie commençait à tomber
par torrents ; il se remit en selle, emportant de nouveau dsns
ses bras la pauvre malade, qui avait souri en le revoyant. Les
voilà au milieu de la plaine ; ce fut là que, ralentissant le ga-
lop du cheval, Hill Murphy se demanda enfin où il pounait
trouver l'hospitalité : question bientôt résolue en Irlande par
la vue du premier toit; mais pour toutes les chaumières dont
il apercevait la fumée, Hill Murphy n'ignorait pas qu'il arait
été un fléau redouté I... Cependant il poursuivit sa route, et
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LE GOmfi-F»ftT MT BAITDIT. SM
re]ifieiiaiit cmirage, fl fiait par firapper à Ih porte d'une
La porte s'ouvrit : a Un asile pour l'amour de Dieu! s'é-
eria le malheureux père, s'avançant à cheval an milieu de la
cour, et toujours sa fille dans ses bras : un astfe pour rameur
de Dieul d Le fermier le connaissait bien;ii avait trop de
moutons paissant sur les montagnes pendant Tété, il vivait
depuis trop longtemps sur l'extrême limite des basses terres,
pour ne pas connaître Hill Murphy .
a Oui, répondit-il : sd)ritez*vous et soyez le bienvenu.,
quoique j'ose le dire, c'est ici une maison qui ne fut pas bâ-
tie pour vous; mais. .. Ah 1 0ieu me bénisse.. . qu'est-ce donc ?. .
la pauvre fille est-elle morte? b
En un moment trois ou qpiatre robustes paysans avaient
enlevé Nancy des Inras de son père : ce fut à qui sécherait
ses longs cheveux humides et ses vêtements que le manteau
n'avait pu entièrement préserver de l'orage. On la coucha
dans le seul lit qui méritât ce nom sons le toit de la ferme.
A oes soins ompressés, Nancy souriait de son sourire dis-
trait. Si un roi et une reine étaient entrés dans cette maison,
poursuivis de même par l'orage, ils n'auraient pas été reçus
pios généreusement. Quand le fermier vit la tendre soUiei-
tnde du père pour sa fille, il fut le premier à lui dire :
« Que le bon Dieu ait pitié de tous dans votre douleur,
pâture homme 1 vous êtes bien à plaindre ; qu'il ait pitié de
vous!»
Biafi ne pouvait arracher Hill Hnrpby du chevet de Maaey .
Refusant de prendre aucun repos, il demeurait lâ^ pres-
sant sa main dans la sienne ou rapprochant de ses lèvres,
et t^nmi avec précautiim ses cheveux quand ils lui sem-
biment trop ramassés snr son firont bréiant. U voyait bien
qn'S n'afvait plus longtemps â passer auprès d'elle, et il était
auaiede ces dernières heures accordées âson seul atiaehement
sar nette tem. Bientéâ, oomnse cela arrive quelquefois dans
l'agonie, TexeitaAion dn la fièvre aUwma le flambeau de la
dams eette Ame douée d'une inteHigence si faible, et
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360 LE COFFRB-FOBT DU BANDIT.
l'idiote expirante fit entendre des paroles qui exprimaient à
lafois la révélation d'une vie meilleure et le désir de consoler
l'homme menacé de tout perdre en la perdant a Mon père,
disait-elle, je ne tarderai pas à être dans le ciel; j'y revemi
ma mère, ma mère qui m'aimait tant, et que je réjouirai en
lui apprenant tout ce que vous avez fait pour moi!... Pour-
quoi détourner la tète, père chéri ? écoutez encore... ne re*
tournez plus à la montagne, car lorsque nous y étions et que
mes frères ne croyaient pas que je pusse les comprendre...
oh 1 ils parlaient quelquefois de vous en des termes que je
ne pourrais répéter jamais. Ecoutez encore, père chéri; je
voudrais que vous devinssiez un vrai chrétien... je crois que
vous en seriez plus heureux, mon père, d Ce jour-là, Nancy
parla ainsi plusieurs fois à son père, jusqu'à ce que, épuisée,
elle tomba dans un sommeil profond sur l'épaule même de H3I
Hurphy, et le vieillard, fatigué lui-même de ses émotions, s'en»
dormit aussi.
Le lendemain, la fermière, préoccupée en pieuse Irlandaise
des choses de l'autre monde, et voyant que la jeune malade
se mourait, envoya chercher le curé de la paroisse, et le bon
prêtre accourut.
ce II m'en coûte, lui dit la fermière, de pénétrer dans la pe*
tite chambre pour les préparer à cette visite , monsieitt le
révérend ; mais il est grand temps que vous les voyiez : j'espère
aussi que lepère lui-même, brisé conmie il est par le chagrio,
se mettra à vos genoux.
— Ce serait donc le premier de sa famille qui l'aurait hitl d
répondit le prêtre.
Ces mots firent frémir la fermière. « Attendez encore ao
peu, mon révérend, dit-elle après avoir écouté à la porte:
je crois qu'ils dorment tous les deux, d Le curé attendit;
mais un quart d'heure après il se hasarda à entrer. Hill Mor-
phy sommeillait encore, d'un sommeil troublé, la tête pea*
chée sur l'oreiller, avec un visage dont l'expression ardente
contrastait singulièrement avec celui de la pauvre Nancy. Les
traits amincis, mais fins, de celle^i avaient la blancheur et les
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LE GOPFR»*FOBT DU BAKDIT. 361
lignes pures d*ane statue de marbre. Une de ses mains s'é-
tendait sur son sein, l'autre était serrée dans les mains de
son père ; elle arai t les yeux ouverts. . . La fermière lui parla. . .
pas de réponse... Elle ne pouvait plus en foire... elle était
mortel
Le père se réveilla donc seul : impossible de peindre son
horrible réveil, que me raconta le prêtre. Les gens de la
ferme vinrent à lui, inspirés par la plus sincère compassion :
le prêtre lui offrit aussi ses exhortations sérieuses, mais dictées
autant par la sympathie que par la religion... Le vieillard
repoussa toutes ses bonnes paroles : il répondit en homme
dont le désespoir n'était qu'une révolte contre la Provi»
dence : il proféra même des malédictions qui firent fuir le
curé.
Cependant le saint homme revint le lendemain pour les
funérailles, et Hill Murphy assista à cette cérémonie avec
un certain calme. 11 fit mieux, il recommença seul pour l'Ame
de sa fille les dévotions et les pèlerinages qu'il avait en vain
faits naguère avec elle pour la santé de son corps : il n'y a
pas dans le voisinage de Sligo une chAsse, une grotte, ou une
ruine sanctifiée par la tradition pieuse, qu'il ne visitât, priant
et dbtribuant même des aumônes, en ayant bien soin de dire
à tous ceux qui les recevaient de sa main, qu'il les faisatt au
nom de sa fille. Il disparut enfin du pays, au grand étonne-
ment de ceux qui s'attendaienià le voir fûreau moins quelque
tentative pour recouvrer sa maison de la montagne.
Trois ans se passèrent. Les enfants de Hill Murphy ne pro-
spérèrent pas comme avait fait leur père. Il faut dire qu'ils
n'héritèrent pas seulement de la haine attachée A leur nom,
mais qu'il s'y joignit encore une sorte de mépris pour ces
mauvais fils, qui avaient expulsé un vieillard. Ce mépris
était éprouvé même par les plus hardis fraudeurs avec les-
quels ils étaient en relation d*affaireê. A la moindre querelle,
on leur jetait A la face le reproche de leur ingratitude, de
leur inhumanité. Ils finirent par être sinon honteux de leur
conduite, du moins touchés de ce repentir égoïste que ressen-
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S6S LE GOFFltB*F0Vr BU BAimiT.
lent tous ceax qvi ont la conscience de s'être fek tort i i
mêmes. Cependant la population croissait rapidement autov
d'eux, et par le progrès de la civilisation^ les profits de leur
industrie illicite diminuaient yisiblement. Ils se disaient par-
fois avec amertume que la fabrique légale des distillatean pa-
tentés leur faisait une concurrence redoutable.
Ce fat sur ces entrefaites que le vieux Hill Hnrphy reptrat
dans le canton : il était si courbé et si cassé, que beaueoqi
de personnes avaient peine i le reconnattre. Son retour eut
aussi quelque chose d'étran^ qui appela l'attention sur loi:
il conduisait un chariot attelé d'un cheval, contenant un eof-
fire, et il arriva dans cet équipage à la porte du fénnier ches
qui était morte sa fille, en déclarant son intention de pMer
là le reste de ses jours et d'y dépenser son argent^ si on voulait
bien le lui permettre. Quelques cadeaux qu'il fit aux gens de
la ferme, quelques médailles d'or qu'il montra dans l'occasion
et d'autres circonstances, peut-être combinées par lui à des-
sein, firent bientôt admettre partout comme un fiait, que l'an-
cien bandit avait trouvé dans ses pèlerinages un trésor qai
le rendait plus riche qu'il n'avait jamais été auparavant. Cep*
tainement qu'il n'était pas fîicbé que ce bruit courût etqa'on
y eût foi, sachant fort bien qu'il avait beaucoup à £ure poor
conquérir le respect et la considération, après le métier qu'il
avait exercé. Il souriait quand on faisait allusion à ce ooire,
qn'il avait fallu la force de deux hommes pour décharge de
son chariot; il dormait dessus sans vouloir d'autre lit, etdi*
sait que dans son malheur il avait encore à remercier Kea
de n'avoir pas abandonné tout à fait sa vieillesse i la misèie.
Enfin il passait au moins une heure matin et soir «a prières.
C'était donc «n homme bien changé que Hill Murpby, de-
puis son retour dans la plaine. Ce singulier retour, cette con-
duite plus singulière encore, les récits exagérés de son sn-
meiise richesse , firent aussi du bruit dans la montagne, et
ses fils indociles en ouïrent bientôt parler. L'impreasîoa en ht
teHe qu'ils crurent de leur intérêt d'aiecter, eux aussi, qiei*
qnes dehors de conversion ou de regret Le plus jeune tètt
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LE COFFRE*FOmT DU BANDIT. 363
s'était embarqué ; la possession de sa maison restait donc i
Pbade Murphy , rainé, qui s'était associéaux frères de sa femme.
La Cunille entière s'assembla^et ayant délibéré, détermina que
Phade irait voir son père pour demander son pardon. « JEt,
ajouta sa femme avec l'instinct de son sexe, emmenez notre
enfant avec vous / Phade ; il contribuera à adoucir le vieux
]o«p. » En conséquence , Phade , avec son petit garçon aux
cheveux frisés, prit le chemin de la plaine , tout en disant i
sa femme qu'il n'augurait rien de bon de cette visite, parce
qu'il se souvenait que le vieiltard ne revenait jamais sur une
idée bonne ou mauvaise. Néanmoins cet acte de déférence ne
trouva pas Hill Murphy insensible : après avoir feint une sorte
de rancune plus boudeuse que profonde, il se laissa surpren-
, dre à un accès de sensibilité , paria de sa maison, demanda si
tout était à sa place, et parut si facile à persuada, que Phade
se hasarda à lui offrir d'y retommer pour y recevoir les soins
dont avait besoin sa vieillesse.
Hill Murphy accepta, et il se laissa ramener avec son coffre
dans sa montagne chérie.
« Je n'aime guère l'air de tout ceci, dit la fermière quand son
h6te fut parti. Voilà qui est bien prompt et bien soudain.
Est-il possible qne le soleil luise si tôt dans un ciel si sombre ?
Cornaient ce vieillard se rend-il d'un pied si léger auprès de
ceux qu'il abhorre comme le poison? N'avez-vous pas entend»
ce ricanement concentré qui a trahi le vieux loup lorsque son
fils s'est plaint de la pesanteur du coffre en aidant à le char-
ger? N'a-t-il pas répété avec trop d'affectation : « Je suis bien
cassé, Phade! Je n'ai plus longtemps à vivre, Phade l » Les
pécheurs endurcis ne s'attendrissent pas si aisément ; et quand
m même sang coule dans les veines de ceux c[ui sont emiemîs,
plus grande, au contraire, est la haine qui les divise. )»
Hill Murphy fut donc réintégré dans ses domaines ; et la
fermière, sous prétexte de faire en personne sa petite provi-
tion de isHiiskey, eut la curiosité d'aller voir comment on trai-
Ittt le vieillard dans sa famille ; mais elle ne fut guère tentée
de renouvder sa visite , car la famille l'attribua à un senti-
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36b LE COFFRE-FORT DU BANDIT.
ment intéressé. Tout en montrant pour son beau-père de ten-
dres attentions , la bru affecta aussi de Caire allusion à ces
personnes qui sans être du ian§ et de la chair d un homme
viennent lui rappeler d'anciens services et essayer de Ven-
lever à ceux qui doivent , naturellement être dévoués à sa
vieillesse.
La fermière fit la sourde oreille; mais Hill Murph; lui par
rut s'amuser beaucoup de l'observation jalouse de sa bru, et
il fit entendre son ricanement malicieux.
La fabrication des spiritueux n'était plus d*un aussi bon
rapport , mais elle continuait, et suffisait du moins à l'entre-
tien des deux familles associées par le mariage de Phade Mur-
phy, lorsqu'une dénonciation parvint à la police de Sligo ,
avec des indications si claires, si précises, qu'un régiment se .
trouvant de passage dans la ville , la police en prpfita pour
fiiire faire ce qu'on n'avait jamais tenté jusque-Ii. La mon-
tagne fut cernée, la troupe suivit un sentier qui la conduisit
directement jusqu'à l'alambic, et le détruisit, de sorte que les
Murphy se trouvèrent privés de ce moyen d'existence. On sot
plus tard quel était l'auteur de cette dénonciation.
Par une soirée triste de février , une bourasque mêlée de
pluie ébranlait la maison jusque dans ses fondations, et par
momens les bouffées du vent repoussaient dans la seule pièce
où il y eût un foyer la flanune fumeuse du feu de tourbe au-
tour duquel soupait la famille. Phade et un de ses beam-
frères étaient absents. Ce souper consistait en une jatte de
lait de chèvre chaud, une galette réservée spécialement pour
le vieux Murphy, et pour les autres en quelques pommes de
terre avec du lait caillé. Le jeune enfant de Pbade se glissa
entre les genoux du grand-père, qui trempait sa galette dans
la jatte; et à l'appel silencieux de son regard, il était facile
de deviner qu'il s'attendait A être invité. Mais le vieillard
continuait à dévorer sans paraître avoir remarqué l'enfant.
Après l'avoir ainsi imploré en vain, le petit affamé se retira
vers sa mère; et, ayant refusé la pomoie de terre que celle-ci loi
offrait , il se mit à pleurnicher jusqu'à ce qu'elle rendormit
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LE COFFRE-FORT DU BANDIT. 365
dans ses bras en lançant à l'égoïste vieillard des regards ir-
rités. L'extrême misère luttait avec les plus odieuses passions
dans cette chaumière des montagnes, où seul le Vieux Murphy
mangeait et ricanait, sans foire en apparence aucune attention
à ce qui se passait autour de lui.
Enfin Phade, absent depuis le matin, rentra; et l'atmo-
sphère de sa demeure sembla prendre une teinte plus sombre
encore, tant il y avait ce soir-là de férocité dans cette phy-
sionomie déjà si sinistre. Sa femme elle-même tressaillit en le
remarquant.
« J'irai maintenant me coucher, dit le vieux Murphy; j'irai
me coucher, c'est-à-dire quand j'aurai mon bonnet de nuit...
Ah I )) et se levant, il alla dans une encoignure, ouvrit une ar-
moire, y prit une bouteille noire, avala, une copieuse dose de
whisky, se lécha les lèvres et promena ses yeux fauves sur toute
la famille. L'armoire contenait la liqueur jusqu'ici réservée
exclusivement à la gourmandise du vieillard; maisPhade, sai-
sissant tout à coup la bouteille que son père avait replacée
sur l'étagère, la porta à sa bouche et en vida tout le con-
tenu , puis la brisant par terre : « Voilà, dit-il, la première
goutte de quoi que ce soit qui ait désaltéré ma soif ou trompé
ma faim depuis ce matin^ et probablement ce sera la dernière
pendant quelques jours encore... Tout est perdu pour nous :
nouveaux renforts de douaniers, nouveaux renforts de rats
de cave; un nouveau bataillon pour leur prêter main forte...
et nos débiteurs, qui profitent de tout cela pour (aire la sourde
oreille quand je vais leur demander au moins un à-compte.
J'ai même trouvé plusieurs portes fermées, qu'on n'a jamais
voulu m'ouvrir : je reviens tout seul comme je suis parti ; que
dis-je? avec la nouvelle qu'il faut que nous délogions tous
d'ici un de ces matins, ou je ne sais cequijpeut arriver... Après
avoir détruit notre distillerie, n'a-t-on pas rédigé contre moi
un mandat d'emprisonnement, sous prétexte qu'on a trouvé
près d'ici quelques peaux d'agneau?
—Ne pouvez-TOus donc garder les défilés et bloquer la
route de la montagne, comme vous fîtes pour m'empêcher de
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366 XI COFFRB-FOBT BU BANBIT.
revenir? grommela le vieillard; et puis avec son ritanemeot,
il ajouta : Ne le ponvez-voiis donc plus?
—Eh bien ! reprit sa bra, si nous le Ames, nous en avons
depuis témoigné notre regret: n*avez-vous pas maintenant It
place la plus chaude au coin du feu ? L'unique galette qu'il y
eût dans la maison, n'en ai-je pas privé pour vous mon en-
fiint qui pleurait la tàim ? Ce n'est pas le moment de nous re-
procher le passé, il me semble.
— Je ne resterai pas avec vous, dît Hill Murphf en pre-
nant un air renfirogné; j'irai retrouver ceux qui seront heu-
reux de me recevoir et de me garder; je n*aî pas besoin de
demeurer là où je ne suis pas le bienvenu : demain, je m'en
irai avec mon coffre.
— Vous ne voudriez pas, j'en suis sAr, nous abandonner
dans notre embarras, dit Phadeavec humeur ; vous ne le vou-
driez pas quand vous pouvez, mon père, nous aider.
— Et qui m'aida, moi, quand j^avais besoin d'aide? reprit
le vieillard; est-ce vous? Travaillez et prenez patience
C'est ce que je fis. Attendez et prenez patience.
— ^Âttendrez-vous donc que la loi nous ait chassés d'ici poar
nous recevoir à votre tour? attendrez-vous que nous soyons
morts de foim pour nous donner à manger? poursuivit le fiU
en fronçant le sourcil.
— Non, certes, je n'attendrai pas; je veux justement m^eo
aller auparavant... Ah ! ah 1 j'espère être bien loin déjà qaaod
on viendra pour nous faire déguerpir 1 » Il y avait dans cette
réponse une ironie si cruelle, que Phade l'interrompit par uo
affireux jurement; mais Uill Hurphy continua, comme s'il
avait amassé pour ce moment-là toute sa rancune : « Non,je
je n'attendrai pas, moi! je veux partir demain, demain avant
le jour! On sera enchanté de me revoir chez le fermier de la
plaine; on m'y donnera du pain firais et du lait sucré : j'ai
été bien sot de quitter ces braves gens; mais j'y retourne.
—Vous avez mangé et bu tout ce que nous avions da meil-
leur ici depuis votre retour, s'écrit la bru; voua n'avez ja-
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LB CePFKl-roAT DU BANDIT. SOV
Biais oianqué de rien, quand cet enfant n'a?ait pas nn moiv
ceau sous la dent, et...
— Chott chnt! interrompit Phade.
-^Vons m'aYez Sait ckut! trop souvent, répéta fièrement ia
femme; je ne rons écouterai plus. S'il a de Targent, qu'il nons
eo doBBe» ou...
— Ou vous me coopérez le cou, je suppose! Ah 1 ah I
-*On a dit bien des vérités en riant , s'éa^ia à son tour le
fils, en voyant qu'il n'y avait plus à dissimnler : vous êtes à la
Ibis un égoïste et un avare; il est temps de payer votre écot.
Je sois résolu é connaître le contenu dn ooffire... je veux.....
Le vieilhurd se précipita sar son trésor, préparé à le dé*
—Maintenant ou jamais, Phade! cria la virago.
— Je n'ai pas longtemps à vivre, et vous serez pnius si vots
l'ouvres maintenant, dit Hill Mnrphy.
-^Eetril une punition au-dessus du malheur d'avoir un tel
père? reprit amèrement Phade ; et excité par le regard de sa
ièniaie, il voulut écarter le vieillard de ce coffire sur lequel
celuiHÛ se cramponnait. Mais il lui fiillut i'aide de son beau*
frère pour y parvenir, et le vieillard alors, en tombant par
terre, saisit le cadenas.
Le beau-frère de Phade prit une pioche, et pour Ceûre lâcher
Hill Mnrphy, il lui en asséna un coup qui le fit rouler en-
sanglanté.
« Il n'est qu'étourdi, s'écria la femme; ouvrez! ouvrez! »
Phade et son beau-frère se mirent en mesure de forcer le coffire.
Ce qui venait de se passer était-il combiné d'avance? Peut-
être que non. Il avait souvent été question d'en venir à cette
violence; mais on espérait toujours obtenir de la bonne vo-
lonté du vieillard une part de son trésor : il avait lui-même,
ce soir-là, précipité l'inévitable catastrophe par son ironie et
sa menace de partir. Bientôt le couvercle du coffre cède : la
femme de Phade approche sa maigre, chandelle jaunâtre pour
éclairer son mari Le voilà, enfin! On découvre d'abord
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368 LE COFFEB-POET DU BANDIT.
qaelques guenilles, et par-desseus, 6 désolationl.. ce n'est
qu'on morceau de pierre.
D'horribles imprécations éclatèrent. <c Le vieux traître nous
avait donc trompés 1 Tout à coup, au milieu des cris de ces
chacals, retentit comme le rire d'une hyène : c'était le vieil-
lard qui se relevait à demi sur son bras , et qui montrait de
l'autre le coffre avec sa moquerie habituelle. Il y avait dans
•on attitude et son expression quelque chose qui glaça les
meurtriers : ils se sentirent fascinés par ce regard. InMeUet!
imbécikêl voulut dire Hill Murphy; mais ce mot s'arrêta h
seconde fois à demi articulé dans sa gorge; et quand il enl
cherché à reprendre haleine, sentant que c'était le r&ledela
mort qui lui coupait la parole, il réunit toute sa force pour
prononcer le mot maléiietionl puis s'aSiatssa sur lui-anéme,
el cessa de vivre.
Le lendemain, Phade et son beau-frère l'enterrèrent dans un
trou qu'ils recouvrirent de pierres. Quelques jours après, on
vint arrêter toute la famille de Hill Murphy; et de perquisi-
tiens eu perquisitions, on découvrit le cadavre. L'aatopsie
n'aurait pas prouvé que la blessure qu'il avait reçue put don-
ner la mort; maislebeau-frk« de Phade, afin d'échapper i h
condamnation, se fit témoin . à charge (1) , et Phade arooa
toutes les circonstances de son parricide.
(Diary of a Pkysidm,]
{X) Ming*t évidence.
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£i\\trai\xxt JPrantattquc.
M. GLARRE9
00
LE FILS DE CROMWELL.
Par M*. T. J. Serle.
Note du dirccteor. —Quelque sottie mérite de la piîcc de
théâtre dODi nous publions la traduction (et nous y avons remarqué
an moins deux belles scènes), nous nous serions contenté de la men*
tion sommaire qui en fut faite il y a deux ans dans la Bévue Bri"
lanntgue, si la représentation toute récente delà nouvelle comédie
de M. Eugène Scribe ne nous avait fait penser qu'il pourrait y avoir
quelque intérêt littéraire à comparer deux ouvrages composés,
Tun en France, l'autre en Angleterre, sur la même idée philoso-
phique et sur le même personnage, sans queTauleur français con-
nût le travail de Fauteur anglais. Ce n'est pas ici que nous voulons
juger la pièce française ; maisqu*il nous soit permis de dire que nos
confrères de la presse ont été bien sévères^ non pas envers l'esprit
de M. £. Scribe (personne n'ose contester l'esprit du plus habile
de nos auteurs dramatiques) , mais envers ce qu'on a gravement
appelé, si nous citons bien des termes pareils, sa moralité poli-
tique et sa probité intellectuelle. Il nous semblait que de tout
temps ce fut le privilège du poète de pouvoir se placer au-dessus de
toutes les opinions et de rester indépendant de tous les partis, d'être.
en un mot, sans passion personnelle, comme Tétaient Shakspeare
en Angleterre, Molière en France. Mais M. £• Scribe, comme
M. Série, n'a-t-il pas adopté un héros, ne IVt-il pas adopté avec
5* SÉBIE.— TOME XII. 24
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370 S. CLktiKËy Otr LE FTtS Bfi t1IOVW£tt.
une sorte de partialité même? N'est-ce pas un acte de haute mora-
lUéf un acte de probiH que de réhabiliter un des rares honnêtes
gens qui, restés honnêtes dans rexcrcice du pouvoir , ont pu le
répudier avec le mépris d'une conscience pure ? Le garder et Tex-
ploiter au profit d'une faction ou d'une aggrégation d'égoîsmes, eût
donc été plus héroïque ? Mais non, criliqueset artistes de ce temps^â,
nous préférons penser pilui tièblément ; noiil sommes pour le prince
de Gonti, traitant lestement Richard Cromwell d'imbécile et de
poltron. Les princes ont donc bieD raison de jouer avec la tîc des
peuples, de nous enrôler dans leurs ligues ou leurs frondes, poar
s'arranger ensuite à no6 dépens :
Vous leur fîtes, seigneur,
En les croquant betfucohp d'hoonèur.
Malheureusement^ sous le point de vue liilérairey les honnêtes
gens sont des héros peu dramatiques, et c'est ce dont est convena
l'auteur anglais de M, Clarke, dans une préface que nous n'afons
pas fait traduire, et pat laquelle \I retterciait modestenent Mtcretdj
devoir parfaitement compris le rèle de Richard. Mais iUfait vooIb
surtout, dit-ii*, mettre en relief ie beau ctractère d'a« phiiosoplie,
4i passif qndiBi à la fortune et à ses revers, mais actif toutes les Ms
ft'il a un devoir à remplir. » M. Série est da reste demeuré aw
Mète que possible auK tradittoas «it aux èvèsenen^s de l'histoire.
Il est }uste de prévenir le leotenr français qtte la pièce attglaiie
«M écrke efi fers, mais iens œ i^rs saoïs rime qui se prête eooM
l'iambedes Latins à toutes les famliarités de la conrersatioe.
M. Série e$t encore Tauteiir de quelqves «ulres ptéœs de tbèHit
«l auMi d'un roman bistoriquede Imfum^JirCy dans lequel il ne'
loule jnetieeà l'hércrifoe d'Oriéafls.
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M. CLARRE,
hm flL» DE CROMWBLI. (!)•
JAftHE Ui ailQ àJOMÈi
REPRiSBlVTi AU TBAaTBB ROYAL d'BAYMARKBT, LB 8AIIBDI
26 SEPTEMBRE 1810.
FSftSCMIlfAaXS :
lAMI CHABUS II (P. Wtkitfir). SI&iACOB CSDBB.
RICHARD ( ROMWELL (MacraMlj}. 8M00THLT.
L*AllBÂSSADEUm DE Danemahk. PERCEYAl.
L'AVBAMADEUB 1»B FlAtrCB. GA HTAISnE VARSVBL.
le fiéatfsAi* um WÊOMffWM. BOBBRT DIAOLB.
LOBD FALCOITBBRG. Officieis.
Umo IBfiOLDSBI. DomsTiQUES.
LOM> THIJBLOB. Ladt DOROTHEE CROMWBLL.
I.0BO HTDB. lADT CBUBB.
«ERRT. PAWBNŒ.
«RJUCSAM WBUS,
ACTE PREMIER. «^SGÂifE fbbbiièib.
^liB 4u $rôm «m palaU à WhU^hali. *<- Trdfu Mtif »a doii ««^GraiMle»
pwrUi à dêux battante, — Mobilier neuf, déeoraiiom $omptuêui$i;
diverê #roii}»e».— PËRCEVÀL parle av«eTHURU)Ë.---SIR J. CHUBB
. .OMc IllfiOIiMBY.— SMOOTHLY avec DEAGLE. -^ il y a un peu ^
eonfki$ion4ane la toile, — Deux ^u iroie pereonnee $*éerient : —
Sileme 1 «SIflMe! -^ Squ ÀIimmùï — MommU dêsUeme.
Smoothlt. Non, non; taiM aitctc. •<- £h bien, ^ponmurt
Dbagle. GMBneje foof disaift, Jb ne niû ipi'uB simple valet de dum-
^KdeSanAUaise.
SHOOTHLT.Bahl bah! Yousètes trop modeste. Vous aiez toujours accès
taèi dit FntMtear loiwiae d'aalres attendant Yalnemant une audience.
(1) Sa gëoënl, dans le thédtn anglaiê, na» mIim dore Unt qne le Wtéklf ne chao^e pas de
dfcoratioD, VUnpori* ^ oMaTemeat de* penooDaget»
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372 M, CLAKCB,
LImz done mon roémoire des funérailles du Protecteor, de cdoi ipiî ot
mort, bien entendu. Ce mémoire n'est pis une bagatelle... leipluidif-
pendieuses funérailles qu'on ait jamais vues en Angletem... eonune elks
devaient l'être pour un homme tel que le grand Olivier CromvelL J*ii
fait au84 les choses noblement, vous le voyez, pour Son Altesse actncile.
£u6n j'accompagne mon mt^moire d'une adresse de la corporation dont
je suis membre, et qui lui oflfre nos vies et nos fortunes. Mais je tou^
rais Tolonliers le montant de ce mémoire, en cas d'événement, car oodit
que l'armée...
Dkaglb. Oh ! nous trouverons bien le moyen de contenir l'armée.
Shoothlt. Je l'espère. Cependant, si quelque chose arrivait T
Deaglb. Vf nez-vous tenir des propos séditieux dans le palais da Pro-
tecteur ?
SuooTiiLT. 0 ciel ! des propos séditieux! moi! arec une adresse eomie
celle que je joins à mon mémoire!... Mais je l'avais oublié... Personne M
nous regarde. .. (Lui offrant une bourse) Prenez, prenez vite. {Les groupes
vont et viennent sur ie titéàtre^ allant entourer eUtemativewunt fn-
golsby et Peretval.)
Deagle. Je prends , mais c'est de peur qu'on ne vous remarque. Par id,
venez; si je puis faire quel«iue chose, croyez... {Ils traverunt ensemble
le théâtre, et lord Thurloe s'avance avec Percevais auquel Deagle s'a-
dresse,) Son Altesse a reçu la communication de l'ambassadenr deDaD^
mark« relativement à Charles Stuart; mais attendez que leProteclear
puisse vous parler à vous seul. (// va à Jngoldthy\) — Lord Ingoldsbf,
vous avez à présenter quelqu'un avec une adresse. Son Akesse ne poarra
donner aujourd'hui qu'une courte audience.
Ingoldsby. a sir Jacob Chubb. ^ Vous l'entendez, vous seriez con-
fondu avec la foule. Remettez-moi votre adresse, je m'en charge; ies
moments de Son Altesse sont précieui.
Sm Jacob. Que diront les francs tenanciers du bourg de Quidlinboro
fli je retourne à eux sans avoir vu Son Altesse?... Lorsque je présenUi
leurs félicitations au Protecteur défunt, je fus fait chevalier.
Ingoldsbt. Eh bien, le Protecteur actuel n'a phis rien à faire.
Sm Jacob. Pardonnez-moi, il pourrait me faire baronet.
Ingoldsbt. C'est vrai... Vous avez des titres?
Sm Jacob. Mats j'ai la rédaction de cette nouvelle adresse.
Ingoldsby. Oh vous lui offrez, comme à son père, le sacrifice de vos viei
et de vos fortunes ?
Sm Jacob. Sans doute, c'est le style obligé ; nais j'ai ajonlé k cesoftcs
des comparaisons si éloquentes! j'avais comparé le père à Moïse, à Job, à
Noé ; j'ai fait mieux encore pour le Gis.
Ingoldsby. En effet ; — malheureusement c'est un peu trop long pour q«€
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ou LE FILS DE GEOMWELL. 378
le VifkÊClêur tl moi neoi puiisloiif lira tout cola un jour d'audîonee. Je
foos peoaets de ehokir le^moneet favorable poor faire Yoloir votre
ddeoueBMiit» voire riiétori<|tte et votre dùcrétioD...
Sm Jacob. Je comprends et je me retire... Dans le fait, je pourrais bien
■10 troubler en présence du fils comme en présence du père. Je remets
onire les mains de votre Seigneurie les IntérêlsdubourgdeQuidlinboro...
oi les miens. (/I sorf aprè$ avoir laini Vadreue à ingoidsty^ tt en es
lowsiH, FaUomb^ç, qui «i ( enf r^, t'approcha de eehti^ci.
FALco»Bafi. Il faut que je vous parle... J'ai des nouvelles de l'armée.
IifGOLDSBT. Je vous écoute.
Falgonbbrg. Retirons-nous à l'écart, je vous prie... La chose est sé-
rieuse, trèl-grave.
Ikooldsbt. Eh bien, sorloni ! {Ifs sortent. On entend une fanfare de
trormpettee, Lee groupes ee dispersent. Voici le Protecteur ! dit-on^ et
chacun ehcrehe une place. Lee huissiers du palais enirent. On se range
dê$ deux côtés de la ealle, puie viennent de* lorde et de» gentlemen qui
précèdent Ricoaro CnoHvrEU, et enfin celui ci entre accompagné du se-
créiaite d'état lord Tburloe, ef dee Ambassadeurs de France et de Da^
esÊtnark.)
B. Cromwell, à r Ambassadeur de France. Monseigneur, noui remer-
cions notre frère le roi de France, et recevons de bon cœur l'assurance
que vous nous apportei de sa part. Au nom de la nation plutôt qu'au
ndtre, nous vous répondons que notre frère Louii trouvera qu'il n'y a de
ebangé dans cet état que le nom de celui qui le gouverne. {A FAmbas^
codeur de Danemark, qui f avance.) Nous recevons comme un témoi*
gnage d'amitié les offres de service que noos fait le roi de Danemark.
Nous répondrons par un message particulier à celui pour lequel il nous
a écrit. {Biehard Cromwell ee rapproche de rAmbassadeur français.
Bientôt Thurloe et Ingoldsby viennent lui remettre des adresses de di-
verses corporations et de divers comtés ou bourgs. A Deagîe. Robert,
portez ces adresses avec les autres dans mon cabinet ; je les lirai avec
ratiention qu'elles méritent. Jamais souverain n'eut plus d'oflVcs de service
et de dévouement... sur le papier. {Quelques lords viennent saluer le
Protecteur, et se retirent, ainsi que les Ambeueadeurs. Deagle annonce
fuc Vaudienee publique est terminée. On ferme lee portes.) Si quelque
nembre du conseil désire me parler, qu'il soit admis.
(Sur ces mots entre Indy Dorothée Cromwell.)
Labt CaoHvrBLL. Ne puis- je d'abord vous entretenir un moment? Je
ne fous vols plus le jour qu'en la compagnie de ceux que la politique
plutôt que l'affeetlon appelle autour de vous.
R. Cbomvtbll, lui baisant la main. Vous avez raleen. Noos avons be-
eoin do wpoi qa'ou trouve aupiès de ceux qu'on aime, non-seule»
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3SA ». GuaHor,
ment po«r laicer «oHlrêee i|vi flom rtiirtg^
q$à noof eèd«. Aîh I 11 encoAur filos éèHAÊiànf lat
primer la colère... Àfovei «fiie tom nf^iemea nom H» paWUa^ i
via det okaupi»
Labt Crohitbll. Oïl î nom r — du moins je mil eomlwuia er i
B. CaoHWBLt. SK eependtat nom étfonf heorenr.
LAmr CaoMWBLt. Heorein, sauf douta...
R. Cromwill. Eh bten, n'est-ce donc rieut iiaua éiiauf i
Mot avec mon faucon, mes chiens et mon bon dieral, aHanl i
pur du matin... et vous..
LàXft CaovwfitL. Et moi, laissée un peu seule pour STOir i
nage pendant que mon mari allait chasser gaiement.
R. Grouwell. Ah ! pas toujours.
Lady CroiTwbli. Allons, bien sonteat.
R. CaouwSLL. N*aviez-vous pas aussi votre coursier et votre
fUvorli comme une chftlelaiae? Et puis, autour de nous, que de gens OB-
pressés à nous servir î grands et petits! Que pouviez-vous désirer de plovt
Lady Cromwbll. Rien... rien alors.
R. Cromwbll. Et que d'amis nous avions ! que de bons roisins qin
partageaient de tout coeur nos peines comme nos plaisirs , sans parler
de voire eicellent père et de nos enfants qui charmaient notre coin àm
feul...
Lady Crouwbll. Doux louvanirs certainement, mais qui ne m'empê-
chent pas d'être fière aujourd'hui du litre de voUre épouse, glorieuse deTOB
dignités, glorieuse déporter un nom que l'histoire inscrira avec
dans ses nobles récits*
R. Cromwbll. Aveo lu>naeurt oui, je l'espère; car ie veux faire le 1
de mon pays^
Lady Cromwbu. Et laisser ainsi à votre fils an héritage le pins 1
trône do la terre.
R. CaoHwxLb. Lui laisser la bonne renommée de soa père, !'«
dosa via 1
Lady C^aiMrBUU fil w^ oela l'Àngletarra.
iU Crmwslu Oui, si a'ast passible. L'AngleUrve powaMB fila» at sm
fils pour l'Angleterra, ai tel est la vma du pajs» aa sSl est c^bla Màt
servir* (iTwCra é«r4 Mshard Imgêldêl^) Àk l }b suischanné devmv
voir, SMU char hauMM^yma.
IwBOttPsiY. Je mu aemwcie» asfkrd; maiaaa neJMitfwkaïaM-
vdles que j'apporte qui me HMidMDl <
R* ^A#iNSMa>» vBÉiiaa nawMMs ^
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ou LE Fixa BI OEQHWELL. Wt
R. CaoH^ELL. Elles na veut UmehflBft que iMp, pd«4»èU6. Vouf poa-
vta rcsier. P«b1«i, Ingolëiëj^
Ingoldsbt. L'armée raumittio» k» d^fe cabeient.
Lady Cromwul. EUclMUfd!...
R. CnoMWBàL. Si voue voalei éeeuter, ee dûii êlre avee patieneo et
courage* ie n'atien^lais à ce que festcndt. Quanl à voue» ma chère eom»
pagne, il vaui nfeux que yous l'appreniez ainsi. Ingoldsbj, ne nous tai-
sa^rieo.
IfM&aLoaBY. Le relus que TOUS avea opposé à une pétiiiaii leur afail
pipféref dea paroles sédiUeusat.
R. Cbouwilc. La péiiHoa el]«-a[iême ét«k déjÀim éoLa de aédlUgn^
D0B comre noi seul, maia cootae lout le gouvernemeott car iift préla»*>
daieot substituer leur volomé à la loi. {Entrt lor^ JAuWof») Thiirlûi^ .
TOUS venes à propos. Savei^voua les nouvelles de l'année ?
TuoBLps. Je préfère que Votre Aliesfe les ail apprises d'uu autre» Las
pfojeta do Fleetwood seront biafttét cooiui.
Labt Cromwell. De Fleetwood !... de noire frère Fleewood I...
R. Cromwell. De la patience ; vous me l'ave» promis. Oui, Fleetwood
est si prés du tréne, qu'il eroU n'avoir plus qu'ua pu à faipa pouf a*j aa-
seoir... Que veuleot^is enflai
Thvalob. Vos aelea ayant reçu Tappui 4e la ehambre des wmiinunr,
ilmneaaeaui la ebaaibve.
R. CaoïfWBfcL. Que l'Anglataife ji|«e entaa eu» et laa raptésamaatia.
qn'^la a élus» S'il* aaul ftdèlea aua tannauia qu'iU m*0Dt lûta, •* fidèles
ainsi à leur intérèl philél qu'au mien, *^ caMa Caoliofi sera étmiiteaoï-
sit6t qu'elle lèvera la tète.
Laav Cromwbu.. Ou» de aei lètea d'bfiiaaaaauuu ue laaie panr nMi-
tar une autre ualus»o.
R. CaauvBLi, Voua parles, BMwa amia, avea la ciuau4é de la f$m^
Celui qui pesaèda i la âftis la puissance a^ le bM daaît doit éita au-deiaufr
die la colèrew Je suis ebef de l'élafc et le niuiatva du peupla, nsaîa non laa
anbilieaa qui veut féguer à t^ni pria. La )«siâse allaHpéme, iuspirée
par la aoif du saog, u'asi plue qu'un meurtra laiAau nam de la loi.
Ladt Cromwell. J'avais tort.
À. CwiMiwrBiw Ow» un an^neoi, rien «u'un mpfoaDi. Lea fammaa m-
ralaui lea fvamiièraa à refcanur lama paaolas «uprudamaa, si eUea étataiil
eatucAsa. ^Mf^• Di«A^a4
PftàaMi. Lard Diebaewa^ MiP^pêgné d'oKaim» dampda una caffMiK
raai^à VotauJUtesea^
K. CaoNipau» i#iuM pfMàlaifaHVoir. (llaiii'ai#r|,)Utv«taiiiawi|.
Uw CaMiMt!» Diiibro«#l u*tiu ouala Diahrqval vui»« lui AMrMnm.
à tort de mauvaises intentions ; il vi^iklM! M Ibfim fil^t^MUMliMb
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376 M. CLABKE,
R. Cromvell. Lui 1 vous ne le connaisseï guère.
Ladt Cromwfxl. Nous sommes donc entourés de trallfes? Et tous
resiei calme, tous avez encore le sourire sur les lèvres!
R. Cromwell. Je les connais, mais sans pouvoir les craindre.
Ladt Crohwell. Je vous laisse... je sens maintenant que vous disiex
vrai : il est quelquefois plus pénible de sourire que de froncer le soardl.
[ElU aorl.)
R. Crouwell. Mon oncle! le rusire le plus grossier qui se soit jamais
fait appeler lord ; maclitne aveugle que Lambert et Fleetwood poussent
contre moi; tète de bois qui frappe et ne sent pas les coups qu'elle
donne. (Entrent IHêbrowe, Betty, Bamet et d^ autre» c/]Mer»,) Je vois
lahie. Puisque vous venez avec cette suite, nous parlons sans doute à
lord Disbrowe plutét qn*à notre bon oncle. Je vous salue, messieurs; je
Yous (f cou te. {il e'aeeied et ee couvre.)
Disbrowe. Vous nous entendrez. Votre Altesse sait que je ne fais ni
n'aime les longs discours : il faut dissoudre le parlement, c'est le vœn de
Tarméc.
R. Crohvteli.. En vérité!
DiSDROWE, aprèt urne pauee. Est-ce là Yotre réponse?
R. Cromwell. Comme vous, je ne fais ni n'aime les longs discours.
DismovfR. Nous Tenons ici plaider la cause des soldats .. Noos avons
versé notre sang pour fonder la république, et ne souffrirons pas que de
llebes avocats nous encbatnent avec le pouvoir que nous avons (bit.
R. Cromwell. C'est-à-dire que vous voudriez gouTemer la république.
DtSMCWB. Nous voulons nous gouYcrner nous-mémea.
R. Crohwkll. Le ponvez-vousT
DiSBROwn. Oui, malgré Totre sourire de défl. Noua voulons élire noire
général, et tous tous y refusez ; nous demandons que tout soldat oe
puisse être jugé que par une cour martiale, et vous tous f teftiseï; —
qu'un conseil de guerre seul puisse casser les officiers , reltosé encore, et
arec réprimande. Les communes tous soutiennent dans tos projets eoatie
l'armée ; elles Toudrvient dissoudre nos eonseits , en les déckrant Hlé-
gaux... Il faut cbotsir entre elles et nous, — entre eeuz qui parient et
ceux qui tiennent le fer.
R. Cromwell. Vous parlez clairemeni, — je répondrai do oiéaw. La loi
m'a créé votre général , — je ferai usage du pouvoir qu'elle me donae
pour TOUS empêcher d'aecompTir tos mauvais desseins. Cbaque officier
obéira, comme il le dnit, au chef de la nation, —ou il aeia eassé;le
soldat sera soumis aux lois comme les autres citoyens, parée qu'il est
protégé comme eux parles lois. J'ai dit... et Mre autrement que ce que
Je dis, ee serait renverser moi-même le pouvoir que les Truis-RoyauBCS
ont libfwnent placé dans met mains.
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ou LE FILS DB CEOMWELL. 37T
DismomL Je dit, moi...
R. Croswiix. Vous parlerei lorsque je tous en prierai. Je suis encore-
ce que l'ÀDglelerre m'a fait, mais le soldai est-il davantage? Le lord
Proieetenr est le premier serviteur de son pays, s'honorant surtout par
l'eiécallon de ses lois ; te nom de soldat est-il plus noUe que le nAm de
citoyen 7 Les voleurs seuls se battent pour un butin et se querellent en-»
suite pour le partage : voyei comment vous voulet qu'on vous appelle.
DisBRovE. Nous avons le pouvoir, et je vous arracherais de vôtre trdne
si vous refusiez d'accéder à nos demandes.
R. Cbovvell, fa rêdreuant wte un mouvement d$ colère. Toi, m'ar^
racber d'ici, traître! fais un pas... et mon épée vengera celte insulte.
Peut-être même y a t-il |armi ton propre cortège quelques Anglais qui
n'ont pas oublié tous leurs serments ni ce qu'un homme se doit à lui-
même; mai* je serais seul, que je te déBcrais encore, traître, de faire un
pas vers moi I
(Ingoldsby et Thurloe te iont'avancéi au tecoure âe R. CromweU;
let autret offieiere i'interpotent.)
Berut. Allesse!
Ui^f OFFICIER. Lord Disbrowe !
Darnkl. Nous supplions Votre Altesse...
R, Caomwell, voyant ingoldsby et Thurloe, Ah I en voici deux : j'a-
vais oublié que voici Dick Ingoldsby, qui ne sait ni flatter ni faire Thy-
pocrite, mais à qui je confierais ma vie contreies plus braves de ceux que
je vois ici.
Thurloi. Votre Altesse...
R. Cromwell. Merci, Thurloe; vous me rappelex ce que je suis... Avez-
vous encore quelque chose à dire?
DisBROWB. Vous avez tout entendu ; — je ne cherche pas à vous irriter.
Nous demandons d'abord, nous saurons bien obtenir par force t^t
ou tard.
R. Caouwsix. Nousl Sais-tu quelle est ta part dans ce grand nous,,
Disbrowe? la part du limier qu'on tient en laisse ou qu'on I&cbe, —
qu'on pousse en avant ou qu'on rappelle , — qu'on caresse ou qu'on
fouette pour le ramener après la chasae dans son chenil.
INaBftOVTR. Si je suis un chien, j'ai des denu...
R. Crmiwbll. Non, ou Ton te pendra quand tu les montreras. Crois-
tu que Fleetwood ou Lambert disent noue en parlant de toi? chacun
d'eus, dit 9wi tout seul. Fleetwood dit : Je voudrais être le lord général,
pour étra «aeiiito la lord Protecteur. Lambert dit s Fleetwood sera gé-
Béral pour faire tout ce qu'il y a d'odieux i faire et me frayer la route.
En servant Fleetwood, onelo IHsbrowc, tu n'es que rinttrmneiit d'un in-
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an M. cutEK»»
fllrament : — Fleelwood n*est que le piqueur de LaililMt(,ti toi \MJpm
ItehiMi.
ItoiBOwB. 31 vaine pèie. ..
&. CaûmweUh Si (n «vAii diL i mon fMbe ce que Ui vie^s de me din»
tii! $m bien que ta B'eureU ,d^]à plus ^ Uo^ue pour y rien fouler.
Meie tu veudims ce jour,. DiiibiQwe, je le le dis et j'eî pliU de tel
DuMowK* Je remercie Sou Alleeie de se» cooseih, maûi qu'elle en pm-
file eUe-méine, Dûsûlvez le parlemeot, rappelez celui que votre père om
dissoudre contre toute justice, l'erniée vous soutiendra; refuses, et je
TOUS répète que...
TuuRLOR. Son Altesse n'a pas besoin d'entendre deux fois des psrolei
irrespectueuses.
R. Crouwell. Laissez-le parler.
DiSBROWE. Je parle au nom.de l'armée et non au mien ; je vous en ap-
porterai la preuve.
R. Cromv^ell. pi bien, va la chercher ; jusque-là» je ne veux pas croira
l'armée complice de tant d'insolence. A demain. {Dithrowe et les offcim
$ortent,^A Thurloe et à Ingold$by,) Merci de votre xèle. Vous, la-
goldsbj, allez veir les soldats, et sachez sur quelle force nous pouvons
compter. Vous , Thurloe, allez à la chambre des communes : si elle est
disposée à m'étre fidèle, comme je me sens le courage de défendre JQi-
qu'à la fin les droits dont elle m'a investi, j'irai, sll le ftvt, planter mes
pacifique étendard au milieu de la chambre même , et défier l'armée as
venir verser notre sang. Allez, mes fidèles amis.
FIN DU PREMJBa ACTB.
ACT£ B. -p- seiiVK i'*.
Àppartemenl de Udy Cromwell à Wbitehall.
LADT CROMWELL $t PATIENCE; puU BEAGLE et CROMWCiL, He.
Labt CftomrKL, oose tnmb9$. Im doneiftiqvea m dlseoi duae riani
Patience. Non, madame ; mais Ib oui t'air Iritle.
Ladt Cromwell. Ah! qui me dira oe q«*«n me (
Fayunci. Déiiff«»^M«f vairiM entais, MinMf
lAor CaomviLL. Km, — Ht ae savrtiaal m que i
toAs ac me feratoniies faeeCtaïk.. Pe^nmi we iewiili w sâjidf
tin lat voirf
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ou LE FII.3 DB' CBMIWELL 919
IjOT Cm«HwiLL. Oui ; é'élilt ma eontime «qmî daîeur parkr Mimne
il MVfleiil à d«f priMOL La pensée de le«r amnir prëeidaii à leir Hh
stniction : Je me disais que de ans leçons dépendait la destinée i^w^
people; je les Toyais d'avance respectés, adorés d« lears sujets... ( Jniwa
As^^) Eh- bien, qa'eel^e? oiibliet«votta les égatds qui me sent dns ?
fturqaoi entrer aosei brusquement? Dois ja xéit li un indice de ce qnii
nana attend?
DsâfiLB. le prie Votre Allasse de m'enenser; j'appartais an lard Ploteoi»
innr nne lettre pressée de lord Falconber^,
Labt Grouwell, vivement. Remeltez-Ia-moi... Mais non... vous ▼eysv
qu'il n'est pas ici... Quelqu'un vient... attendez-le. Patience, laissez-
nana. {Entre Jt. Cromieeiret Paiitnce sorf.) Ah! tous voyez dans mes
fenz en qui sa^ passe en moi... pourquoi ne pois-je lire de ménw dans leai
fétres?
R. Cbomwell. Un moment de silence ! {Prenmnt la lêtitê des niaina éê
DmffU.) Une lettr» de Faleoaberg !... (li M. ) Toujours dévouét
Ladt Cromvbll. Dieu soit loué !
R. GnoHWELL. Lord Ingaldsby n^est pas du retour... ni lo secfétaàre
Tburloe?
Dbmlb» Pas encote» iUtessa.
R. Crouwbll. Laissez-nous , et qu'ils entrent dès qu'ils afrifaranl^
(Aofls serf.) U ase tarda de les entewiret
Ladt Crouwbll. Avez-vous reçu queiqne» ffleheuaBS nanveRas?-— Na»
aonrins...
R. €ROHirKLU Tous voyez que notre fi^ère Faleonberg est fidèle*
LAflfT CnoMwmx. lo le saurais; mais ètes-vons allé voir d^autres aminf*
S. GnoMwafcL. Ce serait à eux d'être id : en de pareils moments, m
dispenser des deliors du devoir, c'est se dispenser du devoir méaM. CreM
leur cause que je défends; s'ils y tiennent, qu'ils agissent comme omI.
Ladt CnonwsLL. Afir... ob ! oui, tout va bien si vous pariai ainsi»
¥bm ferez tout ce que vous avez promis de faire, je la sais ; voua na se«f-
frirez pas que Disbrowa vous arraebe du tréne.
R. Cromwbli. Ah 1 assez , je tous prie ; il est des paroles qui resisnt
dans le eeeur comme un dard empoisonné. Disbrowel ja vawdraia (asv
sûr d'avoir U force de M pardnnner...
Ladt Cromwkll. Cest sur votre IbiMesse qu'ils comptent Maar phis
q«a sar tenr Inree. Alil ils miériteot taute votre baine; mais songea auin,
■ebard, à cent qui comptant surtotce générosRé, sur votre aauragar è
aaarqalvan» aiment eamme vans les aimez. RMiard, je n'ai pas anaaan
ofé ce matin regarder mes enfants ; mais après avoir lu enfin dans vosw*»
gards, je puis presser fenrs mafnt ; lia ne me verront ni treni>ler ni IM*-
sonacrirbpprocbvdala iMle. Diiii mal...
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380 M. CLAEKB,
R. Cbomwbll. Au non de tolre «fféctioa pour moi • ne m'ietcrroga
plus, ne m'eseilex plus, mon emie; croyei qve je n ai besoie qoe d'une
eipice de courage, celui qui leale ealme. {Entré in^oIMy.) àk\ It-
goldfby : eh bien, Tannéer
IffooLMBY. Voire ÀUesse sait déjà ce que font les eliefii, la ple^
liguéf dans un intérêt eemmun ; les ofBcters en-dessous sont divisés, tel
uns pour eux, les autres pour vous. Le temps m*a manqué pour sonéer
de trop près les soldats : ce n'était pas d'ailleurs prudent, mais je eroii
qne le nom de Cromwell et leur attachement pour tons parleront coaire
Toa ennemis.
Ladt GnoMWSLi. Bénis soient-ils pour leur lojattté 1
R. CnoHvsLL. Holà I quelqu'un. (Deoylesnlra). Le secrétaire Thorloe
n'est pas venu T non. — Bien, portes mon sceau à krd Falconherg, qu'il
vienne au plus tôlme joindre en armes. Promplitndeetdlscrétloo. (DeogU
tort. A Ingoldihy). Votre régiment T.
liCGOLBSBT. Attend les ordres que je serai heureux de porter de Is part
de Votre Altesse.
Labt GaonvELL. J'entends le roulement du tambour... L'eoteodef-
vonsT
R. Crohwkll. C'est le premier bruit de la guerre; mais rien ne doit
phu nous effrayer à présent.
Ladt Cromwell. £ntendei-vons encore? Les clairons, la aurd» dei
chevaux; ils viennent nous attaquer.
R. CaonwELL. Amis ou ennemis, je Us attends de pied fcrmr. 11 ne
tarde de savoir ce qu'ont résolu les communes : je ferai alors mardier In
régNnents fidèles pour les protéger, et je déclarerai déchus de leurs grain
leus ceux qui oseront désobéir à la loi ou menacer le pouvoir, qui seul
peut faire la loi. (Entré DêogU.)
Dbaglb. Lord Disbrowe et set officiers attendent Votre Altesse; ils loat
nombreux autour de la porte. Les régiments bordent les rues.
R. CnOMWBLL. Tant mieux ; nous aurons les soldats plus près de noui.
Je veux me rendre à travers leurs rangs à la chambre des eommuoei.
Dbaçlb. AUesse, un moment. Un de ces officiers, le capitaine Darael,
fons prie de lui accorder secrètement un moment d'entretien avant <pie
TOUS voyiez les chefs. C'est, dit-il, dans votre intérêt.
InooLnany. Je ne rejetterais aucune offt'e de service.
R. Cbohwsll. Vite donc, qu'il vienne. {D$a§U t^rt) Et puis, nom ver
fons ces traîtres face k téiu. Martyr ou vainqueur, le chef élu d'un écst
doit dire avec joie ion devoir. (Knfre Darnél.) Que désirei-voas! Ssjtf
bief.
' Barnbl. Je voudrais n'être entendu que de Votre Altesse.
R. GnoMvrBLi. Pardonner, messieurs. (Tonl le monde se rt Itrv)
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ou LE PILS DE CROMWELL, SU
Daaneu D*abord je demande mon pardon et la promesse qut met pa-
roles oe me nuiront jamais auprès de ros ennemis.
R. CnoMWKLL. Je vous accorde l'un et l'autre.
Darxkl. VouIcz-tous être délivré de eeui qui veulent tous renverser?
R. Crovwvll. Délivré!
Darnkl. Oui, délivré. Donnei-mol seulement yotre parole que ceux qui
vous auront rendu Ce service remplaceront ceui dont ils vous délivre-
ront; avant la nuit vous n'aures pas dans le camp un seul ennemi que
vous puissiez craindre.
R. CaowELL. Comment cela ?
Dabkil. Toutes nos mesures sont prises sûrement et secrètement; noua
connaissons tous vos ennemis actifs ; un de nous est au côté de chacun
d'eux. Parlez, et la chose est faite.
R. Cromwbll. Laissez-moi.
Darivel. Altesse...
R. Cbomwkll. Laissez-moi. Vous avez mon piVdon. Peut-être avez-?oas
Toulu me servir. Je suis calme. Je vous ai promis le silence : je tien-
drai ma parole; tous avez mon pardon. .. Allez.
Darkcl. Adieu donc 1 mon épée désormais sera pour ceux qui ne crai-
gnent pas de s'en servir. (Il sort.)
R. Crosiwell. Mes amis, partons-nous ? Je suis plus fier que je n'étais
et peut-être ai-je pour cela quelque noble raison. Venez.
Deagh. Altesse, lord Disbrowe demande à vous voir sans retard.
R. Cromwell. Il demande ! Allez lui dire que je vais le trouver. L'in*
soient I moi qui n'avais qu'un mot à dire, un signe de tète à faire 1 Ah l
je le méprisais déjà bien assez. Adieu, ma femme; je ne sais ce que voua
apprendrez tout à l'heure, mais soyez assurée de me revoir le front aussi
serein que je le porte en vous quittant. Allons, amis.
{ils sorlenlf excepté lady Cromwell)
Lady Cromwbll, seule. Ah ! je le connais ; ses actions vont toujours au
delà de êts paroles. Richard, je ne doute pas de ton courage, et c'est pour
un royaume que tu vas vivre ou mourir. {Elle sort,)
SCÈNE II.
Grande nlie do Whiieball.
DISBROWE, BERRY, DARNEL, et un group9 éCofIkien d'un eàté^
FALC0NBER6 et DEA6LE, à part.
BiSBROWB. Lambert et Fleetwood étaient-ils avec Lenlhal?
fiBRRT. Oui, Lcnthal avait consenti à reprendre sa présidence etconYoqaé
tous les membres de ce parlement qu'Olivier chassa avec son épée*
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Jg2 x. OIiàBKB,
Dwniowc. U ae aoiu raM plus qu'à leur tain Gûie jJue. Si ûUiieri
pu dissoudre uo pariemeat p«r la force, oous pauvons à uotre loor, fv
la force aussi, le réiDstaller. (Sa tournant ticra Fale0nb§r$:^ Sonilloie
mis fait Jiiea aitandre ; prend-elle sou année pour des courtisaos de pi-
rade, ou pour des laquais qui espèrent une pièce de moiuuie?
F^LfiONBSBfi. Son Altesse.**
DsâGLÀ. ^Q lui répondez pas* njlord ; écoutez-moi un moment.
BisaaowE, àBerry* Déposez ici Tordonnance de dissolution, qu'il n'iit
plus qu'à signer.
D&A.GLE, à Falconberg, Il faut se hftier. {FaUonbtrg sorl.)
DisaaowB» à B^rry.. Ahl courez vous mettre à la tébe de voire régisKOt,
4Êt Falceoberg vient de sortir en toute hâXe> et il coaunandera ses soldats li
nous en venons aux mains. i^^rry iùti.)
{Un Huistier du paîaii annonce le lord Protecteur: entre RiekafdCnm-
voell avec Ingoldsby et euite. Il ealue à peine. Disbrowe va à hU,)
DttwowB. Kous avons attendu Votre Altesse plutèi pour elle que pour
{Richard Cromwellpoiee devant. lui sane Imr^ondre, examine ettmr
éitmnent lee auiret officier» eiuaee mettre à une fenêtre. On entend
des aeelamaiions du dehors.)
DisunfiL, f w' s'est mie à une autre fenêtre, dit à Disbrowe. C'est leiégi*
ment de Falconberg. Berrjr est là, les autres soldats gardent le silence.
{Richard Cromwell va s'asseoir à la table du conseil et y prend Tor-
donnanee fu'y a poeée Disbrowe.)
i)19Miow£. Il n'a pas changé de couleur : je le crois c^Mendant MU.
Darnbl. Je QTCifsie qu'il l'aurait déchirée.
A. GniOMWua.. Qui a placé là ce papier ?
Disbrowe. C'est par mon ordre.
B. Ckomwbu.» sons le regarder. Quel est le membre de mon conseil qui
4 fédigé cek ?
J>]Sfiaow£. C'^est le vœu de l'armée.
R. Croiiwsll« du même ton. Quelqu'un s'est-il élu chancelier en mène
temps qu'un autre s'est élu général ?
DiSBROvirE. Signez ce papier. Vous n'avez pas voulu croire que je vous
parlais au nom de l'armée... Je vous ai apporté les preuves, vous êtes en-
touré des chefs, vous avez vu les soldats dans la rue.
&. CBOwrBLL.ie vottsâzrète comme coupable de haute trahison; que
quiconque de vous, mcisieur^, oe veut partager nison crime ni son chà(i*
ment, s'écarte de lui ! Dans votre corps, j'ai des amis, je le sais... Qu'an-
, qu'un d'eux ne frappe; mais qu'th vienmmt au nom de rboBoeur leftB-
^«r autour de moi.
DAuno» Ils ont penrl
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oc LE HLS DE CROMWELL. 98S
I;iGOLnsBT. Ils se déGeot les uns les autres.
Dabnel. Allons, parlez aux soldats. [Il tort.)
DisBaowB. Quoi donc! tous êtes dix contre un, et vous reculez au seul
mot de trahison T J'ai parlé en Yotre nom, et vous n'osez pas me seconder
ijuand il ne faut que vouloir?...
Cnis DU niHORS. Lord Disbrowe!... qu'on nous rende notre chef
Diabrowe!...
Bkrry, de la porte. Le Protecteur répondra sur sa téie de la sûreté de
Disbrowe. {Autres aeelamatiom.)
Ingoldsbt, e'avanfant sur Diebrowe. Nous avons nos arais... Votre
épée... rendez votre épée,...
DiSBROWB. Venez la prendre...
R. Cromwell. Arrêtez. .. amis et ennemis, je l'ordonne !.. . Rendons>noiis
à la chambre des communes I c'est là que je planterai l'étendard du peu-
ple I Osez venir m*j braver ! osez porter des mains parricides sur la liberté
de la patrie I [Entrent Thurloe et Falconherg.)
Tbdrlob. Mjlord, un moment d'entretien....
H. GftouwBix. Venez-vous de la part des communes?
TauBLOB. Oui, Altesse.
R. Cbovwbll. Parlez, et parlez tout haut. Je ne veux agir que d'après
leur inspiration, que tout le monde peut entendre.
Thurloe. Mais, Altesse...
R. Cromwbll. Parlez doncl...
Thurlob. Apprenant les menaces de l'armée, les communes se sont
ajournées elles-mêmes pour attendre À l'écart la dissolution qu'elles re-
doutaient, ne voulant pas s'exposer aux insultes qui pourraient accom-
pagner cette dissolution.
R. Cromwbll. Qu'elles redoutaient?., et de moi?.. . Ne leur avez-vous
pas dit que nous étions ici en armes pour elles?... Les Iftcbesl... Ils ont
tr^i la plus noble cause l une de ces causes si rares pour lesquelles il
est permis de tirer l'épée! Ils m'abandonnent!... ce n'est rien; mais les
misérables I... c'est la cause du pays qu'ils trahissent I
Ingoldsbt. Mais, vous, ne cédez pas.
Falcombebg. Nous tommes encore prêts...
Thobloe. Je le suis aussi.
R. <;romwbll. C'en est fait ! Ne vois-je pas que mon titre n'est plus
^a'une dérision I Et vous voulez que j'expose mes amis pour ce titre seul
on jpmir ma personne ? Ohl non 1 non L Mon pouvoir serait-il aussi noble
et fort qu'il l'eat peu, je ne lui sacriGerais pas le sang d'un seul citojen
]|«nB6te.
DttBBROvrs. Votre Allasse signera peut-être à présent ce papier?
R. Cbohwbll. OuL.. Et je vous remercie de cette dernière bravade qui
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38b M. CLAME,
m'indique le rnayen de pourvoir au ftêlui de meiamii^eD reoonçaDt mèaM
au ressentimeni que m'inspire l'idée de céder à l'horame que je méprisa
le plus au monde... Donnei-moi la plume. {Thurheia lui présente ;U
iigne l'ordonnance , et la remet d Disfrrotre.) Voilà voire ordonnance, et
la signature est en règle; je veux que rieu ne manque à rautorité d*uo
acte qui doit préserver la vie de tous ceux, vieillards, femmes et eofiou,
que vous eussicx immolés au succès de votre lâche complot.
Darnil, entrant. Flcetwood et Lambert escortent à la chambre des
communes Lenthal et tous les membres de l'ancien parlement qu'on a pa
réunir.
R. CaoMWELL. Falconberg, allei-y?... puisque Tépée de justice n'est
plus qu'une arme dont le premier bandit peut s'emparer, je ne la porte-
rai plus. Dites-leur que je confirmerai tous les actes qu'il leur plaira de
délibérer. J'abdique mon titre, j'abdique un pouvoir que je méprise
moi-même plus que ceux qui l'ont trahi.
TuunLOE. Altesse, et cette anarchie...
R. Crovwbll. Cessera bientôt. Oui, bientôt l'Angleterre aura un mal-
Ire ; car ces aveugles champions des droits de l'armée, et ceux qni ja-
lousent tout pouvoir au-dessus d'eux , parce qu'ils n'ont pas le talent de
s'élever à leur tour, se sont Trappes eux-mêmes, et ils ont fait un roi...
Oui, ils ont rappelé Charles Stuart I
DiSBBCwi. Trahison t
R. Crohwbll. Peux-tu répéter ce mot sans pAlir?... Je te dis ce que tn
aa fait toi-même, et tu crics à la trahison!... C'est l'événement qui se
chargera de ma vengeance... J'aurai le plaisir de vous avoir aidés à déli-
vrer l'Angleterre... de vous-mêmes, messieurs...
DiSBROWB. Nous disons adieu à Votre Altesse.
{Disbrowe et les Officiers sorlent.)
R. Crouwbll. Adieu, en cfTel, à ce titre.... Je ne suis plus queRiciiard
Cromwell, et aussi pauvre que mes ennemis peuvent le désirer.
Ingoldsby. Ne foitcs pas rougir vos amis... Nous le sommes toujourf,
et tout ce qui nou** appartient est à vous.
Falco.nbbrg a< Thurlob. Oui, tout.
R. Crohwbll. C'est moi qui rougis que vous ajex pu penser que jeroo-
lab me plaindre ou demander l'aurodne. Je saurai encore me contenter
de mon sort... Allez, je vous prie; aidez-moi À me décharger de ces der*
nières fonctions. Adieu. [Ils fléchissent le genou devant lui ] Plus d'hom-
mages... serrez-moi la main... et c'est quelque chose qu'un prince dé-
trôné puisse parler ainsi à trois hommes de bien qui l'ont servi de si prés.
Allez au parlement, et à votre retour, quand vous reviendrez mes égaux,
je vous remercierai comme doit le faire un homme qui retrouve si têt des
amis en redevenant un simple citoyen. Adieu, (ils sortent tous, extepti
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ou LE FILS DB CEOMWELL. dSS
Cromirell.) Seul ! oui, seul, Dieu merci ! Je mis désormtisuD élraoger
là où j'ai r^gn^. Murailles muettes, ne rëveftlex aucun des éclios qui
pourraient me faire tressaillir là où j'ai été monarque!... Suis-je encore
le même liommc du moins T... Le coup est frappé ! la douleur viendra
939^2 tdt... Vienne avec elle la paiience. [Entre lad'j Cromtcell.)
Ladt Ctt03iWRi.L. Ih sont partis! vous avez triomphé, ttiehard, vous
fts avez vaincus, ou vous n'auriez pas Pair si calme.
n. Cromwkix. il est des victoires qui nous rendent plus calme que celles
que nous rem perlons sur nos ennemis.
Ladt (4H0MWBt.L. Non, Richard, je vous en supplie, ne me laissez pas
croire que vous êtes vaincu. Ah I si vous Tétiez, vous ne seriez pas asKz
cruel pour ne pas partager la douleur que je ressens.
B. CnoMWBLL. Mon amie, un trdoe a croulé sous mes pieds ; ne pensez
pas que je sois insensible r mais je dois aussi m'occoper de trouver un
asile aprcsie naufrage, et vous demander de venir l'oublier avec mol.
Ladt Cromwbli.. Mais, Richard, saves«vous bien ce qui nous reste ?
rindigence,— et pire encore, les persécutions de vos créanciers... Mes en-
fants 1 mes pauvres enfauu!... 0ht nous étions si heureux avant de
régner!
R. Crohwbll. Oui, rattachons nous à ce passé-là, et non au rêve de
notre règne.
Labt Chomwsll. Puls^je oublier que le dernier prince qui fût détrôné
ici passa par cette fenêtre pour aller à la mort?... Ah 1 les terreurs qui
remplissent ce palais ne s'apaisent pas avec des mots. Il y a là un fan-
tôme, un fantôme de roi qui nous montre du doigt le sort qui nous
attend.
B. Cromwell. N'oubliez pas non plus que si ce sort devait être le mien,
je pourrais l'attendre avec une conscience pore. Les terreurs de ce pa-
lais n'existent pas pour mol ; je ne songe qu'à vous, qu'à mes enfants, au
besoin de retrouver un toit paisible où je paisse encore être heureux. Oui,
}e peux l'être, et grâce à vous; refàsez*le-mol si vous le pouvez, et de-
Tcnex ainsi le plus cruel demes ennemis. Nous nous restons l'un à Tantre,
ma compagne bien aimée ; prêtons-nous un mutuel appui. Venez, et,
comme moi, croyez encore au lionheur.
Ladt CRomrBLL. Je n'ai pas le courage de répoodre : Dieu le veuille ;
mais j'essayerai, j'essayerai. .
F1.1 DO DEUXlèUB ACTE.
S'' SERIE. —TOME XII. 25
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M6 M. ecARns,
ACTE 111. — SCÈNE !'•.
LAOY CRQMVrELL» r$$af4mi à «m» fmêit$; FATIENCB» é gmoke.
Ladv Caohwblu 11 toiini« le coin de le rae,e«fiB. .. il eourt à U perte,
vite!... {Patience sort,) II ne faut pas qii'H fireppe ni qu'il etteade... Ibi-
cere aujouni'hai... aeuleiiieDiaujo«r4*bui. PoufffuoicepeiideDt TCbeque
■fttioaiDèaedeiMraTelletcfaautét, de nouTcllee terreun... Qnt }e lui
épargne au rooios ce deraier eoap, le seul qoe le Ottur le pluf itoiqie
puisse déplerer saM honte. {Pmtiemee ranlra ame Robert JDêofêê.)?u\a,
Robert ; dépéehei-TOoe; il me kaU resler près de foire nattro, de pcnr
qu'il M quitte la ueiaou.
DiA«iA Oii t oui, pour rameitr du eiel, madaïue ; «a ddtonr de U nie
il les eût repeootrds.
La&y CaoHwsLL. Sunreillei done ici, lolieri, et neevei nses ntm-
ciments, puisque c'est tout ce qoe je peux yous donner désormais.
{Elio passe dans la ekambro à aM.)
pATiB?rcB. Qu'est-ce qui vous épouvante ainsi?
DcAGiB. lia ooL.. l'élenflb poar le dii«... Ut est délarpé les osmmou
de son père» qui étaient k l'abbaye de Weetniaatec, d Ils veM ea pio-
eessian à Tyfaarn ka auspeadae an gibel.
Pauemcb. Oa a pria ol eiéeuld plusieum de ses riem aiais. Quaadj'j
pense, j'en pleure pour lui. Maintenant que voilà le roi de relear, et
^e tout seadble eteangé» 4iiie na qulile^l^îl le rOfaiMia f
B«A«Ln« fiâée l'aigeal? eàsafeaiBioel seaeafaaist On viaileieesles
navîMa. Si on 1*^190011» il aeraîi i la fais le priaoaNaier da ses citaàin
et celai da ret. \0ê^ fmpfo à /• pprfe. DooqU repmréê par àa /haUff .)
C'eat Uisbranrev Beerj ei SMlaea«.. dupes ei firipona. Bepvis la miaaratiio,
lam te qwtl lew aiait'piédil eai enité; Ha ou daaaédai vetfss pssr
qu*aa les leNatie^ el Us ont lieaaia da àui paar adaaeàr laeaisNBde
leur mal. ( On frappe encore. ) Oui , em» mm aaallree» atlaadw; less
ne vaaliDa pne aHiiidii quand îl écûi loid Prateeteua, aHeadea laiiB-
tenant... 11 ne les yerra pas... Ah ! si ses ctdiMieM dëcemeaiet sa de-
meure, nous serions assiégés ici par une armée d'huissiers, les sherifi
en tète.
Patibnci. Je croyais que le parlement avait satisfait ses créanciers.
Dbagle. Pauvre innocente ! est-ce qu'on satisfait des créanden ssnslM
payer, ces vautours?
Patuhicb. N'ont-ils pu été payés?
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oc LE FILS 9S CROMWELL. Mff
fiuftift. 0h bien, «ail le farltment trouYa meilleur mn-ekë de déeUrer
par une loi que persouoe ne pouvrail le poersuivre pour dettes. CeUe loi
«dfté bofnw UAit q«'« duré le periemeot; mais quand on L'a mis à la
perte, la loi s>b esi aU^ avec lui. {On frappe,)
Patikncb. Ils frappcoi eneore*
teAau. QuHs frappent! e-eat un bonheur pour moi,, afieien messager
^état. . un doux souTenif du temps passé. {On frappe enevre.) Allons,
fls ptrfévèrent.
Lâdt Crohwbll, entrant. Allei ouvrir à ces tapageurs» Robert; nous
les avons reconnus ; ils ne sont pas gens à se retirer ainsi, et ce serait
dangereux d'appeler l'attention sur nous dans le quartier. Allez. (DeagU
tort.) Nous n'avons pas même la protection de I*oubU. {A Richard, qui
mire.) Laissez-moi les recevoir et leur parler sans aigreur, s'ils viennent
en amis... Avec les dangers qui nous entourent, nous pouvons avoir be-
soin de toute espèce de secours.
R. CaoaiWBti. Des dangers !
Lady Cromwell. Oui, ces danger.^ dont nous avons souvent parlé... Oh!
répondez-moi, Richard, ne voos le disais -je pas qu'il y allait de la vie de
tomber de si haut ? (Entrent Ditbrowe, Berry et DarneL)
1t. Crohwbll. Vous me cherchez, messieurs ; moi qui désire si peu être
trouvé par vous. Je n*ai plus rien à donner, gr&ce h vous. Je remercie du
moins ma pauvreté de nous avoir séparés peur jamais.
DisBRO\vi. Nous avons encore besoin les uns des autres.
BiRRT. Un danger commun nous recommande r^nion.
R. CROMvrBLL. Il n'y a aucune union possible entre nous.
Ladt Crohwbll. Et cependant voua leur pardonnez... Leur repen-
tir, leurs offres de service...
R. CrohwbUm Soi^t un leurre pireque leurs anciennes trahisons. Toute-
fois» voHs dites vaî; je suis sans fiel, et je donne volontiers mon pardon
à ceux qui oat asse< peu de eœur pour venir le chercher {A Disbrowe,)
mis c'est Vhenre de la promenade, et noua n'avons plus rien à nous
dire.
LiDT CaoHwstL. Richard» un moment encore;, j'ai à vous parler.
R. CnoMWBLL. la vous écoutesai quand ils nous laisseront seuls -, et
paisqa'iU a&s'en voBt pas encore, jft reviendrai. quand ils seront partis.
{Il tort.)
Ladt Crohwbu.. Dieu losi-paissana.! s'il all#t sootir el i^encQntrer...
(JBKa ^aàkL. ftaHité pomrwnr eà Bi^hard, 4avl 4ê la mo^Mon )
IkumemUf à Btmteè. il m'ê, pas vnmbIu hoim éooMtftr*
Darnbl. Nous l'avions piéyii... Mais elle est là.
BlkT ^.
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M. CLARKE,
DAnxEL. Ooyrz-vous qu'elle aurait parlé de pardon fi elle n'eipériU
pas de nous quelque service pour réparer le paasé?
DisBitowe. Je vous comprends... Ma nièce, il ni*est pénible de voir que
votre Uiari garde ainsi rancune d'anciennes querelles. J'ai eu des torts
j*en ronvicns, cl voudrais de tout mon cœur les réparer.
Lady Crouwell. Avez-vous parcouru la ville aujourd'hui? savez-vous
quel spcciaclc il e>l expose à reucontrcr? Vous avei trahi le Gis; c*està
vous qu'il doit l'affroni fait aux restes de son père, rouvei-vous réparer
cela?
DAnNEL. Le réparer? non... mais le venger peul-èlre, ci empêcher d'aa-
tres affronts, (^est justement ce spcciaclc qui nous amène ici, madame.
DisBROWE. Kocore si on {l'avait frappé que les morts! mais q*je de com-
pagnons et d'amis livrés'aux tortures et à toutes les mutUatiuns barbares
de la loi !
Lady Ckomwell. Je ne le sais que trop. Pourquoi me le rappeler?
DiSBftOWR. Parce que ce qu'ils ont fait indique ce qu'ils feront.
Darxrl. Quelle victime pour eux qu'un Cromwell l
Lady Chouwell C'est la pensée qui me poursuit sans teue* Rlcfaardl
mes enfants ! {Bruit et cris au dehors,) Ah 1 ces cris! ces cris de loops
qui entourent leur proie l il les entendra ! et c'est vous, ses anciens amis,
qui êtes la cause de tout cela.
DisRROwB. Tout n'est pas perdu encore... Ils ont banni tout soldat
licencié à vingt milles de Londres, et plus loin encore toute persoane
désaffectionnée» nom qui se donne bien facilement par ceux qui ont ioté-
rèt à le donner.
Darnel. Et c'est notre espoir. Qu'ils voient seulement le danger qui
les menace, et il y a moyen de le prévenir, si Son Altesse... j'ai l'habi-
tude de ce nom. . voulait se mettre a notre tète, et nous sauver en le
sauvant. [On frappe à ta por4e.)
Lady Crom>>T5Ll. Que voulez-vous dire?... BTais on frappe!... c'est loi!
{Elle va à la fenêtre.) Ah! messieurs, il s'est appuyé douloureusement
contre la porte, il respire à peine... Ah î évitez sa vue ; mal* si ee qae
vous Tenez me dire est important, et s'il est utile de tous écouter, eo*
trez ici, je tous appellerai. (Hfs^rotraet les deux autres entrent dans ¥M
autre pièce,) Miséricorde du ciel? il chancelle sous le coup affreux... Us
ont dit vrai!... le sombre présage l'atteint déjà... Mon cher époux! ...
{Richard Crowncell enire,)
R. CROUWBLt. Ah! ils sont partis! j'en remercie le ciel.
Lady Cromwell. Ici... sur cette chafse» reposes -tous, le derineceqne
vous aTCz vu ; quand je tous relM«is, e'étaU ponr t«iis épargner cette
dernière disgr5ce.
K. Croxwbll. Quel est celui de ces homcies, aujoardliui à it <
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ou LE FILS DE CROMWELL. 388
bre des communet, quel est celui afsis sur le banc des juges, qui eftt osé
aborder mon père sans un regard bumbleei obséquieux? Il est mort, et
les Iftcbes se ruent sur son cadavre avec la férocité de la hyène... Mais
je leur fais encore trop d'bonneur: la hyène, qui déterre comme eux les
douilles de l'homme, obéit à l'instinct, et eux c'est à la Iftchcté de
rbypoerite et du flatteur... Grand Dieu ! si Vun d'eux, en regardant ce visage
éteint, avait pu croire un moment qu'il allait se ranimer et leur adresser
oo de SCS regards... L'écho de leurs sauvages hurlements a retenti jus-
qu'à ma porte... Ahl si mon jeune fils me demandait pourquoi ces cris»
moi qui l'ai conduit au mausolée qui contenait son illustre aïeul, au mi-
lieu des ombres glorieuses de l'Angleterre,; il me faudrait donc mentir en
tremblant, ou éluder de répondre, on lui dire : Va, mon lils, va au gibet
chercher son monument, cl éccuto son épitaphe dans les moqueries de
eette infime populace.
Ladt Crohwsll. Quoi! auriez-vous vu cet aflVeui spectacle?...
R. CaouvrELL. Le voir! aurais je pu?... Mon père! je l'aimais, quoi-
que nos caractères fussent si différents... je l'honcfais, j'étais fier de luf»
sans approuver tout en lui ; je l'aimais enfin, et le respectais comme ud
fils... Comment aurais-je pu voir...
Ladt Cboxwell. Misérable vengeance !
R. CaoMWELL. Si c'eût été l'acte de Charles Sluarl... je le plaindrais
de s'être Yiy ré k une si honteuse vengeance ; mais c'e>t le décret froidement
rendu par des hommes qui vendent leurs passions à qui veut les acheter.
Ladt CmoMVSix. Et sur qui peuvent frapper maintenant de tels Ucbes?
Nous avons jusqu'ici fermé les yeux pour ne pas voir leê dangers qui nous
entouraient. Il j a autant de bassesse à vous immoler sans défenseur
comme vous êtes qu'à violer le repos des morts. Si leur zèle a besein
d'un nouveau trophée... après tant de victimes, n'en ètes-vous pas une
qu'ils doivent désirer d'ajouter à leur liste? Ne sisntez-vous pas qu'il
faut qu'on vous craigne ou qu'on vous force à craindre pour vous-même?
R. CaoMWBLL. Pour moi? obi je ne craias rteo... on du moins ce que
j'dprftttve me rend capable de braver tout danger qui ne regarderait que
moi; mais ie dois songer en effet à la sécurité de ceux qui n'ont plus que
moi pour appui de leur faiblesse, ie vous quitte, mon amie... i'aî vu fd-
der près d'jci avec un «ir d'espion un misérable qui m'a li\ré jadis à moi-
mime des hotmiBes..* auxquels, il es4 vrai, je n'ai jamais fait aucun mal;
Willis, sir RIcbard Wlllis... mais je déjouerai cette trahison nouvelle... le
sors .. attendes ici nos eiifants, et dans une demi-beure venex avec Ro-
bert et Patience me rejoindre sous l'arbre favori du Parc où nous nous
«rrélons souvent... je dois profiter du moneoi pour j ireuver celui que
jeobevcbe. Quand \ous me reverres, je s««rai quelque chose de plus sur
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aiD M. chàtJaf
BOtredcfiMiéft future* oufa«rai subi celle que )« se peuteM. é«Ur«.GB
que j« yait faire eet «i aele de sage téméiité, Jkdieii» edieu L
Lady Cimmwcll. Dana uae demi-fanare , --- soiv le grand cMoe di
fart... Médite-t-il qttel«|ue deafein aussi soudain qoe teiriUe? Daaa s«
eaaitatiott j'at reconnu eet air résolu qui indique en IqÎ'UM résolution in-
ébranlable. Ciel l s'il allait périr, que deviendrions-Doas sans lui, ses «-
Amts et mot?... {En ce mmnmi renirtnt Dùbrow$p JBerry ef Dotmà,
mpréi avoir êntr'ouvêrt la fOfie pour rogarétr H lady CrommêU ssf
smifo.) Àh! j'avaii presque oublié...
DiasKowi. Et cependant nous serions peut-être à présent nûenx nçm
de lui et nous pourrions être utiles à son nouveau projet.
Ladt Cromwbll. Quel projet? comment?
DisBROWB. Le temps seul nous l'apprendra, quoiqu'il soit fadie pMlr
étre de le deviner ; mais vous avez devant vous trois hommes qui ea eat
commandé d'autres : nous avons des amis dans les régiments qui n'ont pss
été licenciés, et qui sont justement les plus dévoués à sa personne. Si loi-
méme, ou un autre bien connu comme son ami, disait un mot...
Lady Cromwell. Puisque vous avez tout entendu, que ne vous moa-
triez-vous ?
Parnil. Nons vous avons obéi...
Lady Crom'well. C'est vrai, mais je le regrette. (A part.) Quel en-
barras est le mien! dois-je me fîer à ceoi qui ont si bien mérité m
haine et sa défiance?... Mais si sa vie est en péril... à quels autres défen-
seun m'adresser?... c'est aujourd'hui leur intérêfl de ht^ rendre même le
trOne qu'ils lui ont fait perdre;
' DiSBBOVB. Ma nièce, les moments sont précfeni.
LAtT Cnon^nKiL. IngoTdsbj est son ami, son amf 1è plus sftr. le fib
ëctfre on moi pour Te colonel Ingoldsby. AIFe* le trower, et au besoia
cooftrez avec lui pour sauver Rtcfaard.
Disnowc. Une lettre r
1>A«m, (Mt elle noot sufin^ dradme^
l'Aiyr CiHNnvfeu. Qnelqtt'un'! (PavUneo miro,) PaciéMt, aibneraa
ftltiabeat e« poptiB-4# dam ma ebambrc. Messleun» «iiemiez-net «a ma*
flietot. {ETI^êortf}
DannSL. Etto «si à n«iis ec hil «ver ellel A^\ elle vottdNiit bkm jea«'
eMUre i^ réUr dereiua... M all^le fmîi si ion Isrtfrèreal'IlS'ndtra.
Dnenome. Mfeis fngoMsby s'en ralliée Charlea 9laarf, et H dlswadeM
dMft neveu* de rfen* enfreprendn* tenti^ te-rall.»*
BjnnfKt. 90n nom eet êw la sentence qni condamna le père de Chark»
^Marl. {PdHfmet^paimravee vwikmèeaH.y II eet fani «frllMaiil,ef ff
i/lCsfteni paa à faf ebéir* D'affleurs que Lady Cremivvlf^ sali «ne Ms
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ou LE FILS DE CEOMWELL. 301
coRi^oaiUe dans ooire comfloi, et nous y conpromeUrou kîea RicbariL
li ikut qu'il a^iwe arec noua et par noui.
DiSBAOws. En effet, ua mot «orti imprudemmont de sa bouche sera
bientôt interprété en paroles de trahison : une fois forcé de se défendre^
il n'aura plus besoin que nous exeiiloos son courage.
Darnsl* Et vous vouliea partir sans lui parler à elle. Obi ne kisseï
jamais une femme qui vous écoute... Une fois la lettre entre nos mains,
m(ftairons-U à logoldsbj; mais gardons-la... ce sera notre pièce de créance*
{ Lady Cromwell renlrt et rsmH une UUre à Disbrotce» )
Laot CnouwELL. Je remets nion sort entre vos mains : Richard est
encore libre. Je vais le rejoindre, et si quelque malheur le menace, je ne
lui survivrai que pour le venger au nom de son fils. Allez» vous recevrei
de mes nouvelles par Ingoldsbj,
Dabxel, à part en regardant la lettre. C'est le sceau de son mari£
U lettre est écrite de sa main, les voilà sous notre dépendance.
DiSBROirs. Nous vous quittons pour aller nous concerter avec les
adtcefv
Dajuikl* Puissions-nous ne revoir Yothb Altbssb qu'à Whitehatll
( Ils sortent, )
Laot CaoHWELL. Mes terreurs m'oat-elles bien inspirée? Je ne sais,
mab je n'aurai compromis que moi. Ahl si je pouvais lui reconquérir
«SB trône en n'exposant que ma viel Pourquoi trembler donc? Allons le
rejoindre; allons connaître enfin son propre projet. Je suis prête à tous
les périls, s'il est réduit à chercher son salut dans une victoire, à régner
ou à mourir. ( Elle eort.)
SCÈNE II
Le pkrc de Saint-James-
L8 ROI CHARLES, CMfttWAHs, «r Su RICHARD WailSw
hE Roi. 11 eit certains senrices qui sont tiéa-bien payés, sir Richard»
lorsqu'on les oublie. Les solliciteurs sont nombreux, et sans vous comp-
Ufp d'hontes gens se souvieoncAt que quelques-uns de mes meilleurs
amis ont été, srAoa à vous, mi» à l'amende» emprisennés même.
WifcMf» J'espàre, Sire, que ma vie fuiure prouvera...
ig Rob A la bonaa heure, sir Richard» c'est de meilleur goût. Je
suis enchanté d'apprendre qu'on peut me rendre encore quelques services
dans l'aveniR» apràs tous cew qu'on m'a reodua» dlb-^n^ dans le passé.
Bonjour. ( Sort Willit, ) Je ne sais trop pourquoi je rudoie ce pauvre
éîtU» « R f a. au 4Us laurbaa dana les dau pastis i san tort^ast d'avoir
ÎMé Vm ^ ïmumi a'^at «'«tiaqvar k mMra lanUé. Mais pour m
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M. CLARKE,
plas Toir de fourbes, il faudrait renoncer à vivre avec les hommei. Bon<-
jour, messieurs. [Aux Courtisans, qui s'en vont. ) Je leur sais gré de me
laisser un peu seul... pour pouvoir dire la vérité sans oRenaer penonoe.
Mais non, en voici encore un.
( Entre Richard Cromwelh qui s'était tenu à f écart.)
R. GnoMWELL, fléchissant un genou. C'est au rot que je pariet
Le Roi. Oui ;— mais rcléve-toi, mon ami, et remets ton chapeau; tu ne
sais ce que c'est, & ce qu'il parait, dVtre poursuivi en tons Item cha-
peau bas, comme s'il n'y avait plus dans le monde que l'honorable
société des mendiants. Je parie que tu as quelque chose è me demander;
cb bien \ dans ton intérêt ne le laisse pas soupçonner. . Tu pourrai me
garder pour toi seul deux minutes de plus.
R. Crovwell. Je viens, il est vrai, en solliciteur auprès de Votre
Majesté.
Le Roi. Je m'en doutais bien : épargnez-moi seulement la formule
commune; je devine que vous et votre famille vous avez tout perdu, tout
et plus encore .. tout ce que vous auriez pu avoir, et cela pour défendre
ma cause, n'^st-repas?... Par malheur vos titres sont ceux de tons les
Anglais; tous m*ont dit la même cbofe depuis ma restauralkm.
R. Crouwell, Moi et ma famille nous avons tout perdu parce que
nous fûmes vos plus grands ennemis.
Le Roi. Malepeslel C'est du nouveau; personne ne m'a encore dit
cela. Je vous écoute: — voyons, que me demandez-voust
R. CiiOMWELL. Rien. i
Le Roi. Allons donc! ceci devient incroyable. |
R. Cromwell. Je viens savoir ce que Votre Majesté exige de moi et la .
payer.
Le Roi. Ohl oh! racontez-moi votre histoire. j
R. Cromwell. Mon nom, vous la dira. — Je suis Richard Cromwell. |
Le Roi. Richard Cromwell! Vous êtes bien hardi! *- Cromwell! Êtes-
vous l'usurpateur qui porta ma couronne ? le fils de celui qui immola
mon père? Vous êtes bien hardi, je le répète... Et que voulex-vons de
pioi?
R. Cromwell. Sire, j'implorai autrefois mon père pour le vôtre, qim*
que inutilement; je demandai sa vie, quoiqu'elle me fût refusée.
Le Roi. Ne parlons plus de cela? Croyez-vous que j'aime ce tonvenlrt
que j'aie la patience d'entendre ici retracer les outrages subis par bno
pèreT
R. Cromwell. Ce sont les mêmea outrages qui m'amènem.
Le Roi. Quels outrages?
R. Cromwell. Ahl sire! nous avons bonne mémoire pour ks outiagM
qu'on nous fait; nous oublions ceux que nous infligeons novs-Mêmcs. ii
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ou LE FILS DE C&OMWELL. 393
M TMt «ceme fas d'an aele li làehe ; j'accuse ces courtiMos proster»
■éf «nloor de fotie Irdne, ei qui, ponr glorifier TOUe père, oot violé le
aéfmlciire dn mieo.
Lb Roi. SI cela eat, ce n'est que jusiiee; ce qui s'est fait s'est fait «a
■om de. la loi, par ceux qui ont à la fob le droit et le pouvoir.
R. CnoinniLU Slw, eeui qui font la guerre aui ossements d'un mort
avaient peur de ses regarda vivants. Ce ne sont pas des sujeu, mais des
esclaves, qai oifrent ce lâche sacrifice à la piété filiale, pour prostituer
votre devoir le plus sacré, votre plus noble aiïection. Mais ils eipient
ainsi lenr indignité; ils sont juges, de peur d'être criminels.
Li Roi. Je dois pardonner beancoup au sentiment de voire cause; mais
assez : si vous avei quelque chose à me demander, il vaudrait mieux ne
pas provoquer mes ressentiments. Souvenez-vous que je suis voire roi ,
entragé par les vôtres, par vous-même... je voudrais cependant me mon-
trer juste... Que voulez-vous de moi?
R. CnoMvrBLL. Je viens pour connaître mon sort et m'y soumettre.
Lb Roi. Votre sort?
R. CnoMWELL. Oui, sire; je prérèrc être jugé par le roi sur le trône
duquel je ote suis assis, plutôt qiie d'attendre l'abjecte et capricieuse
tyrannie de tos flatteurs, lorsqu'ils chercheront quelque autre spectacle
de aaort pour satisfaire eetie idole sanguinaire qu'ils appellent leur d6*
vonement nu roi. Je viens pour entendre ma sentence de votre bouche*
Le Roi. Que vos propres actions voils protègent, si vous êtes absous
du passé.
R. CnoMWBLL. Mais, sire , il est des gens qui interprètent à leur gré ce
passé. Je ne viens pas à vous conduit par une l&cho peur; je ne parle pas
pour moi ; la mort, l'exil, la prison, je suis prêt à tout ; mais II est une
justice que voua ne refuserez' pas à la femme Innocente et aux enHints qui
attendent chaque jour que j'aie subi mon sort pour le connaître et avoir
ensuite la paix, serait-ce la paix du malheur ; c'est pour eux que je venx
savoir le sort qui me menaoe et eux dans moi.
Le Roi. Eht vous êtes fier, mais vous avez été... n'importe, vous avez
plaidé pour mon père : vous auriez pu me parler plus humblement, mais
Tons m'avez dit quelques vérités. — Avec la même Aranchise répondev à
ma question. Je ne vous demande ni odieux ni Honteux services; il n'en
eit que trop qui en rendent de pareils ! mais votre persoune peut servir
de point de ralliement nnx complots de mes ennemis; puis-je compter
aur la libre soumission d'un sujet pour son roi? En ai-jo votre parole, la
parole d'un homme d'honaettr?
R. CaoïlwBLL. Oui, sire.
Lb Roi. Ancune des crainle» que vous avez ne se réalisera ; personne ne
vie le demandera, on ai ea me le demande, je n'aurai plus le pouvoir
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d'y coMenUr.— VoM* pMV ▼«Ure «dneté. Ib tow
ligné de mt mito p«ur le f mnI, tCrWi tM fui «iitffMA ^ ^M^kiiil
de vous quesiioooer... Nous sommet deui amis d<sofMrti>>^> Ui JÉnl
•le9*voai<oonteni?... No«s somiMs ami»T«^.
R. Croiiwkl. Je ne déiMniirii pav oi llire.
ta R«i. Je vaia écrire ee aaaf^ondttlu.» Vcbm afte mèi.
R. CaOMWiLi. Sire, j« Toudrale n'èire pii- aeiMifué.^ C'aii là ^«1
le danger pottr mai... Si dea» le patae^part ^a V^nm Majesté va bm il*
gner tous raolic? m'appeler par an autre aoaa qêt «elai de CrattiveM f
Le Roi. Voyons, partageans4e mm». . M* Groft»..^ pulMpM voann*élil
piM qu'une paKie de ce que tous ffitMl».. at>, ai e*eai îmf aadlM^ Téus
aères... M. Clarke.
R. CRfMMPVLL. Je remercie Vdfre Majeaié»
La Rût. Venei avec moi, et teoei ^toqs à non cdié, qu'on m fJNe pal
aUenllon k nous; car, lorsque jeYeai ft iraqiialqtta bonne aeUon, jataii
sûr d'être interrompu, si on ne reneonire».. Vraiment, an m'a rtooaié
de vous des choses qui vous font lionneur et dont voui ne vous Mes pas
prévain.
R. GaoïwBLL. Il vaut mieux que Votre Majeaté laa ait apprisai 4a tant
aatre.
La Roi. Monrfenr Ctirke, ne Mies paa le ceartlsan... Nmb iwuim
amis, venet. {th 96ftmty^ tt anlfa DûrmH snM da WUIU^)
WiLLis. Arrêtez I un mot...
Darnbl. Moit...
WtLUB. Vons-même. le vew af vu sortir de la maiio»oà vit Richad
Oomwell ; vous étiet avec des geni dont j'ai au k» piajaa.
DAamtL. En vérhét... {Il iir$ son ëpé9») DiflBndaf -voua dene, si vaas
veoler...
Wnxis. Je ne me défendrai paa*. < ei'ai voes me tuât, on vaira que vas
êtes un assassin. Il serait dangerent de me ftvpper lai datte l'aocelBla da
palais... On nons regarde.
BAanBL. (Test vrai.
Wiius. RélécMsset^.. Vous être un elMer UcauaMs je vaa» déaaati
av corps de garde M prés..* Vom ê«H à Lanêraa sialgréla loié*.Qatlls
dinnce avez^vont pour vous aaRvert
Darku. Vos calenls MmMeat tamm ; fua Me ymiJea^^yua émt f..«
WtLua. !9ecre imérêt eoaiuwia.*. Je 'pvia èart raHa anaaurtt mais jW
besoin de vous... Nous pouvons agir de coattaaii
Dar^ikl. Peut-être .. Quel est votre but?
Wittia. Déeouwlr un aetdploi Mk tfMparali oa iïMm/mU i
v<Mif pi«i avanlageax et plut iQr qut d*an laete <
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ou LE FIES »e CROHWELL. 395
Darnkl. On Tient de ee cdté... Sorteitts ensenUe..
WiLLis. Oui, ptr les raes ï
DimHCL. Ob! Ye«n me redeutei encore... Eh bien, parlesraêi.
{ils aorttnt,}
](. GRoinrELLi rentrant avee i9nx pûpten à îa main. YoUà Tarftre
du rendex-TOus... Elle n'y est pas encore... Nlmporte, je puis rentrer
maintenant .. Ah ! la Toîet, et elle ni*a tu. {Entr$ lady Crornirell ; Jl<-
dkird Cromtoettva â elle.) Mon amie, tont est sauvé!... Vous me fëli-
eherex, j'ai vu le roi. Toict Fonbli pour le passé ; voici un antre écrit
danrleqad il m'appelle son ami, défend qu'on m'interroge, et ordonne
tom de me prêter aide et protection.
Ladt Crobtwell. Richard!...
R. Crohwbll. Votre pàieur...
Ladt Cromwbll. Si Disbrowe... Ihimel...
R. CROirwELt. Et que m'importe!... Ils ne sont plus rien pour nous...
(Hiblions qu'ils ont jamais existé.-. Fuyons de ce séjour de luttes, d'a-
gitations et dto terreur! Aijons l'importun souvenir de nos grandeurs f
rampons k jamais avec le passé 1... '
EAmr Crotwell. Oui, oui, nous nous cacherons là où personne ne
pourra nous connaître ou nous trouver.
R^ CKOttwKtL. Excepté ceux qui furent nos rrais amis. Seuls et atec
nos chers enfants, notre innocent et paisible espoir de l'avenir... Pluf
fc Richard Cromwelf f... te roi m'a donné on nouveau nom... Lisez...
W. CTarke... Jamais îT ne donna titre pareil!... un titre ponr être heu-
reux... Venez, ma bien aimée compsgne, venez, mistress Glatlce...
Fllf DU TROlStÈHB ACTB.
ACTE IV. — SCÈNE !•».
On voit aoe partie de rinlérienr d'on collage qui se trouve nir le cAlé droil de la icène avec un
psTillon oontign ; un jardin Tenloure. — On voii une petite ville dani un demi-lointain.
SIR JACOB CAUBB, LADY CHTIBB, DEAGLE, etc., etc.
Sir Jaeob et lady Chubb arrivent d la suite de Bohert Deagle.
Chubb. Charmante maison que vous avez louée la, mon ami.
Okaglb. Eh ! eh 1
QiUBB. Cést-À-dire, si c'est tous qui l'avez louée?
Bbaglb. Oui.
Ladt Chubb. Bah I bah I... je suis sûre d'avoir vu des personnes plus
apparentes... Vous êtes le serviteur, n'est-ce pas f...
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896 M CLARKfi,
Deagli. Sapposoni quo je le lois.
Lady Chubb. Quel est le nom de votre maître?
Deagle. Clarke ! {Il entré datu la mai$op.)
Ladt Cbubb. Clarke '...
CuuBB, à lady Chubb. Cela Deoous apprend pas grand'cbose .Je vou-
drais bien voirces gcns-là.
Lady Chubb. On se sent la curiosilé d'aller frapper à la porte.
CuiBB. Patience, ma chère ; il n'est rien de tel que de faire connais-
sance par hasard; si on peut amener ce hasard-là... On voit à quelles
gens on a affaire. A-t-on quelque chose à gagner avec cui, il est uès-
alsé de devenir des intimes ; si ce sont eui qui ont besoin de vous, eh
bien, on attend.
Lady Chcbb. C'est vrai, mon cher Jacob.
Chubb. Sir Jacob, s'il vous plaît... De femme à mari, lady Chubb.,
on peut bien se traiter de sir et de lady, entre soi- Le roi lui-même est
dans le château voisin... Si le hasard nous procurait l'occasion de (aire
noire cour... les temps sont changeants... Et si en ouvrant bien les yeux
on pouvait rendre quelque service a Sa Majesté .. [On voit la tiliâ»
Darnel par-dessus la haie.) C'est la seconde fois que cet homme montre
sa vilaine figure.
Lady Chuimi. Curiosité malhonnête... S'il demande quelqu'un, qu'il
entre.
Chubb. Il vient. [Darnel se présente à la porte,) Nous pourrons appren-
dre par lui quelque cho>e. {Damel regarde d^un air eurieux; sirjaceb
et Darnel se saluent,)
Darkel. Je TOUS demande pardon... mais ce joli petit jardin... Ai-je
l'honneur de parler au propriétaire ?... Je veux dire, à celui qui l'habite...
qui l'habite présentement?
Chubb. Non, monsieur... aune connaissance... une connaissance acci-
dentelle, (il part, à lady Chubb.) Je ne pouvais dire moins, n'est-ce
pas, dans le jardin même, quel que soit celui que nous ne connaisseos
pas encore ?
Lady Cudbb. Dites-lui d'aller frapper.
Chubb. Naturellement, monsieur , vous avei affaire au maître de la
maison.
Lady Chubb, à sir Jacob, Ne nous laissons pas prévenir par lui.
Chubb. Nous ne pouvons pas entrer par force.
Darnel. Mon cher monsieur, vous alliez entrer. Je vous cède le pif,
et c'est très- volontiers, la galanterie l'exige... Comment donc !... une pc^
sonne de qualité !... (If salue lady Chubb )
Lady Cbubb. S'il n'est pas très-beau, il est au moins très-poli.
Darmel. D'ailleurs, ce site est si gracieux... j'y resterais des heures ..
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OD LE FILS DE CROMWELL. 397
Ob ! je ne me Irompe pai... tout va bien... (// aperçoit HohwtDcagU à
la porte du eottagB.)0\i\».. (Il sort à la haie par la grille du jardin,)
Lad Y CtiuBB. Oh ! certes î
Chubb. 11 a dit : Tout va bien... IJ y a donc quelque chose qui va mal?
Je sonderai celui-ci.
Deaglr. Encore ces gens à Tair soupconneui !... ce sont ceui dont Pa-
tience parlait... Il faut que je leur fasse un affront si je peux... T.e meti
leur moyen d'empêcher quelqu'un d*ètre désagréable, c>st d*étre dés-
agréable soi-même.
Chobb. Il n'y a pas longtemps que tous êtes ici, Tami? Eh !
Dbagle. Je ne dis pas non...
Chubb. Ah ! je savais cela.
Deaglb. Alors, pourquoi le demander ?
Ladt Chubb. Mon cher, ce gentilhomme qui daigne entrer en conver^
sation tivec vous a dans son temps été fait chevalier... {A part.) Il ne pa-
rait pas étonné du tout.
Chubb. Quelle indifférence!... Mon ami, j'ai tnssi l'honneur d'être un
alderman de Quidlingboro... un magistrat.
Dbaglb. Et puis après?
- Lady Chubb. L'audacieux!... Dites donc?... eh ! avcz-vous vu beau-
foap de personnes d% ce rang dans Totre vie?
Dbagle. Une fois ou deux, je pense.
Lady Citubb. J'auraii dû le penser aussi.
Chubb. Peut-être ne savez-vous pas que je puis regarder comme ne-
pectes toutes personnes inconnues qui arrivent en ces Henx si brusque-
ment et sans demander la permission à {tersonne !
Dbagle. C'est ee que je me disais.
Chubb. Ah! ahl... En d'autres termes, l'ami, je voudrais voir votre
maître.
DK.A6LE. Ce sera facile, monsieur; le voilà. {Enc$ moment entrent
R, Cromwetl et lady CromtceV.) Ce gentilhomme, monsieur, un alder-
man, un chevalier, désire vous voir... Il prétend «voir eu des soupçons,
Ci...
CnuBB. Non, mon ami, non ; vous vous tronpei... {A part») Le maître
n'a pas l'air de quelqu'un qui se laisserait braver.
R. Caouwell. Laissez-nous, Robert.
[Deagle iort par la porte du fond.)
Lady Chobb. Comme il s'éloigne respectueusement!... Je voudrais bien
faire donner une leçon de respect au bedeau de la municipalité.
R. CROMvrBLL. J'ai bien pensé que quelques personnes pourraient par
un sentiment de bienveillance...
Chobb. Oui, comme vous dites, par un sentiment de bientellUnee*
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886 H» CLiJIKB»
JL CtOKwifci. Mooiieiir.*.
Cbum. Je VMU denMidfi ^idoo— tt n'Aime f « à être iatervompa.
R. Cromwill. Par un sentiment de bienveiHanee, désirer eonsitiieiiB
•oiureau venu.^ le ne euis donc pourra d*une lépenie aulhentiqiii à
toutes les questions. Je la produirai quand je saurai à 911 je m'âdmie-.
Vetre nom, Yotre titre, vos fonctioni?
CiiUBB, à part. C'est lot qui ne kit sulûr rîBleaogetokk.. Cknklb \
tldermaa l sir Jacob I c'est-è-diie, Chuibb, esf utre,— iiiûraai qui me iait
la question.
R. Crokwbll. Ail t je me souviens, ua tvài>'aïde&t partiun du Pcatee-
torat, créé chevalier par Olivier Cromweil.
Chubb. Oui, j'eus cet honneur... ou ce malheur
R. Crouwbll. Ce nom a ûffué le pcemiiar perni Us slgMtaîrca 4'dm
adnsae de Quidiingboro à Richard.
CiliJtt. J'aiaift le roclheux,- eu le boDlieur.«. mament dket«. d'Ain
maire.
LâBT Choba. Comment en laii-ii t«it sur votre CMVte?...DemaBëei-
le-lui.
Chubb. Je m'en garderai bien. Peut-être es^il venu êxtc une inîisioD
ieerète. Je voudrei« n'avoir pas mis les pieds ici.
R. Cromwell. Vous m'aves fUtune réponse setiiCiisente, je tous ren-
drai le compliment... Connaissez- vous la signature du roi?
Chubb Je l'ai étudiée avec respect depuis que je l'ai vue inscrite auhis
4t aa réponse à uoUe eonteil municipaL
R. Crohvxll. Reconnaisses-la donc. Lisez tout
Chubb. « L'ami de Sa Maje&té, son bon emiM. CletJte» eideet proteclioa-
— II ordonne à tous les magistrats... » Je suis un mafiatrtt..* Jamaiije
•e fus ii finr d'être un .magistrat. Mais-l Sa Majesté !... votre ami, le roit
est en visite au château voisin, situé k deux milles d'ici. Peut-être iio-
«•«• Je vek... Je vooi ofSre l'aide et la protectkm dont je peux dispeser.
ilmiy Chubb §$ montrû tris-obsiçuiêuMê eatiarf lody CwQ$ttmUL) Xso
JMIB monsieur GWurkel eber aoasieur Ciarkel
R. Cromwell. Qu'avez-vous, monsieur ?
CirnB. Je me^disaii oambieo il est étrange que vous voas conlaetiei
de rester simplement M. Clarke, ami comme voue l'êtes de sa trèf^-
cieuse Majesté... Pas même chevalier?
R. CnoawMU Ak l c'est vrai... Vous l'avez été, vous, et vous srei
ferdn^ee titre».. To«iJe noado ne s^ pe» oa que c'est que d'avoir été
d'un ceag tétové, et puis d'«i descendre. Voue peaiaiei deiiner combise
élflftfioAtot
CumiB. Oui.
A^iCmimbu. ^BMÎA^eqBOc'eeL
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ou LE 9US M aOMWELL. 310
l.â»v Gmw» Mm litm «il «m âtmâê liakîlud*; mm fM Mo* dcTMW
•Mir à 4e» 4iir«i coOStA h^ «« hornow feel qu'Olivier... vu homme qui,
de Tavea de ioul le monde...
B. CjMMiiBix. Plaça qoelquefois cet titres fiort mal. Que cem qui ont
4 a*ao louer Je loueuL^.
Cttcaa. Et son fils...
Ijoit Cnoaib Ce pauvre Ekbard Crom vetl 1
K. CaoMwmx. Ohl celttî4à, je tous le Usre.
Chubb. Je ne suis pas payé pour eu dire du bien , je pais le dire à m
ami du roi Charles : lorsque j'allai lut porter redresse de notre bourg, le
bourg entier fut ofieuaé eo ma personne; car» sous peéteite que w^ mo-
ncnta étaient précietti, je ne le vis pas...
Làdt Chubb. Quand il aurait dû de chevalier nous créer baronet; cela
nous avait été promis.
B. Crohwell. Premist..*
Ladt Croiiivell. Je conçois toute TOtre raoeune.
B. Crohwell. M'allez-vous pas le défimdreT
Lapy Cbojiwkll. C'est que personne en effet ne saurait avoir les mêmes
raisons que moi de bien parler de Bichard : il n'a jamais aimé personne
comme moi.
Ladt Chubb, à part. Elle avoue cela en face de ion mari, et lui... cela
n'a pas l'air de le fâcher l
Chubb, à part. C'est un mari bien indifférent.
Ladt Crohwell. Si nous parlons de Bicbard, que ce soit avec respect,
car ses ennemis même doivent avouer qu'il ne leur a jamais fait de mal :
la calomnie risque, en voulant proclamer ses torts, de blAmer ses vertus.
Tout ce qu'on peut lut reprocher , c'est d'avoir aimé les autres plus que
lui-même, et d'avoir régné en conservant le plus noble des trésors, une
âme pure.
B. Crohwell. Tous naïves pas toujours pensé de lui tant de bien ; je
TOUS ai entendue blAmer son jugement.
CuuBB. Son jugement? oh! nous avons toujours dit dans notre conseil
municipal qu'il manquait de jugement.
Ladt Crohwell. Le conseil municipal de Quidlinboro! Je ne m'atten-
idais pas que cette sagesse-là fit le procès k la sienne.
Crubb. Oh^ nous savons Ici notre politique.
B. Crohwell. ffais cette conversation peut M eonlhmer dam notre
eotuge... Httstress Clarke, voulei-vous bien j recevoir cet bons TOisinBt
{Entré Diogh, qui fait signe à JIM^ard quUX %eut M parler. —
Lady Cromrten fft U$ antres passent âan$ le ûottage , et lady
Chubb dit à part ù son mari :)
Lady Chubb. SloguliêrM gens! tlsne méStseirt de ptreomt. Ctpendvit
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400 H. CtARKB, .
ayez-vous remarqué Avec quel accent elle a répété /a eonséil municipal f
Deagle, seul avec Richard* C'est lord Ingoldaby qnl veut tous foir
seul.
H. CiioMWKi.j.. Qu'il vienne... Ma femme défend mon jugement ; toiU
une des premières conditions du bonheur domestique. [Entre Ingolâihy.)
Ah! DlcU, déjà faiigué de la cour! Je suii» enchanté de vous voir; venez-
vous partager notre obscur bonheur et y ajouter encore? Il ne nous man-
quait plus qu'un ami tel que vous. Nous avoni oublié qu'il y a des am-
bitieui dans le monde ; nous sommes heureux.
I.NGOLDSBY. Hcurcut !
B. CnoMWELL. Oui ; entrez dans notre humble retraite, le tous prérieos
que le hasard y a même conduit deux hôtes dont la simplicité proviocitle
pourra vous amuser.
Ingoldsdy. Je vous ai fait prier de m'écouter seul... J'ai reçu uoe
lettre de votre femme, si j'ai bien reconnu son écriture.
B. Crouwell. En vérité !
Ikgoldsby. Cachetée de votre sceau.
B. Cro»wkll. Si c'est pour vous inviter i venir nous voir, je rcconDiii
là ses tendres attentions pour moi.
Ingoldsbv. Vous ne connaissez pas, je le vois bien, ce que contieot
celte lettre.
B. CnoMWELL. Je l'ignore, j'en conviens; voulez-vous me la montrer?
Ingoldsby. Je ne l'ai point... celui qui me l'apporta me la redcmsDds
pour un moment cl ne voulut plus nie la rendre; il eût fallu à mon loor
la lui reprendre de force, et je dus éviter le bruit d'une discussion; car
cette letirc contenait des paroles qui pouvaietit vous compromettre.
B. CnoMWELL. Moi !
Ingoldsbv. Oui, vous. Àvez-vous concrrté un complot avec Disbrowe...
autorisé votre femme à m'en^ager d'y prendre part daus l'intérêt de Tolie
sûreté?...
B. Cnou^ELL. Non... Continuez, que je sache tout.
Ingolushy. Cetsc letivc était écrite à la hâte; mais on m'y d'isaitde
m'en tendre avec Disbrowe et us amis pour être prêt à agir au moment
convenu . . Me voici pour vous répondre.
B. CiiouwELL. Ce doit être une fausse lettre, un dernier et lâche ton-
plot contre moi. Je me rappelle en effet que ces traîtres vinrent outra-
geusement m'offrir d'associer leur fortune à It niienoe , mais je ré|ioodii
par le mépris... et c'est là leur vengeance.
Ingoldsby. Maïs si cette lettre n'était pas supposée?
B. Cbomwëll, appelant. Bobert! Bobert I {Robert Deagle entre,) Allez
prier votr« maltrease de Ycnir un moment nous rejoindre ici. [Deaf^
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oc LE FILS DE CROMWELL. bOl
rentre dans le cottage.) La prdcaulion de rcieuir celle lettre en démoDlro
]a fausseté.
Lngoldsby. Celui qui me la présenta me di( que c'était son titre de
créance... un capitaine Darncl.
R. CttOMWEix. DarneU Aitl Ingoldibj, nouvelle preuve de irahisoD
que le nom de cet homme. {Entre lady Cromtra//.)
Lady Caomwell. lugoldibj !
li. Cromwku.. Oui, ma femme; il vient répondre à une lettre qu'il
croît af oir reçue de vous.
Ladt Cromwbu.. Voua n'avez rien fait, n'est-ce pas? tous avez cette
lettre?... vous l'avez détruite?
R. CaoMWiLL. Grands dieui !..« Robert! {Deagle entre.) Sellez mon che-
val noir... (Deagle vient et sort par la grille,) Quelle étrange présomp-
tion cat celle de l'homme qui se dit heureux I Quittez-nous, Ingoldsby ;
les reptiles nous ont entourés <le leurs tramef, prenez garde d'y être sur-
pris. On remarquera votre absence.
L%GOLosBT. Non ; le roi étant justement dans le château voisin , c'est
auprès de lui que je »erai venu,
R. CaoMWBLu Quittaz^iiouf, mon ami. Nous n'avons pour nous défen-
dre que notre innocence, il ne faut pas qu'on mette la vôtre en doute...
AUez plutôt nous dénoncer que de vous perdre avec nous... Mais ma
pauvre femme, ah! se serait-elle perdue elle-même!
Laby Chomvtbll. Apprenez-moi d'abord ee qui est arrivé.
Ingoldsby. Ces gens-la ont gardé la lettre qui m'était adressée ; si vous
l'avez réellement écrite, ils en feront usage.
Lady Crohwbll. Comment, et dans quel but?
Ikgoldsby. Pour faire participer votre mari à leur rébellion.
Ladt Cromwbll. Ne puls-je me s.icrifier pour le sauver? Je me sou-
iplens de n'avoir rien écrit qui puisse f«ire penser qu'il connût même ma
lettre.
R. Cromiivbll, â Ingoldsby, Je vous conjure, mon ami, de pourvoir à
votre sûreté; je ne vcui pas avoir à me reprocher rien qui vous eipofte.
AUez; quand je saurai tout, j'agirai.
Ingoldsby. Je me retire, mais pour veiller sur vous. (// sort.)
R. Cromwell, â part. Malheureuse femme ! que lui dire?
Lady Crohwell. Richard, ne vous détournez pas de moi. J'ai écrit
cette lettre. Il est vrai; mais rappelez-vous dans quelles circonstances,
rappelez-vous mes alarmes. Hélas! je vous croyais à la fois menacé et im-
prudent peut-être; j'écoulai ceux qui, menacés comme vous, avaient in-
térêt à vous sauver d'un péril commun; mais par un reste de défiance,
en me livrant à eux, en espérant même qu'il y avait encore une chance de
5^ SÉRIE. — TOME XII. 26
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Mtt M. CLARiLt,
vomi rttïére la sécurité en vous rendant le trône, J'eas hien soin den'écrirt
qu'en mon nom.
n. OnoM\>'ELL. Vous vous justifiez, mon amie ; je ne songe pas à vous
accust r, mais à vous arraclier au nouveau péril où a pu vous jeter votte
AiMessc, votre faiblesse qui, je le sais, n'eut d'autre cause que voCre af-
fection pour mof «
Lady Chomwell. Ah I vous m'accordez votre pardon.
R. CaflfMWELL. Mon pardon! de toute mon èoM; mait je ti*af rien à
vous pardonner; je vous aime! {Entrent Diibrùme, Ùamei et Bwrrg^
Ahl déjà 1 Qtti veut avéne ici, làcboar Venez-vous trionspliv du ainli-
géme par lequel vous avez trompé une feflitte trop créduleT Après mom
avoir trahis, avei-iroas voulu nous livrer noue-nièiiiest ÉlwfMi'Voas,
hommes aussi bu que cruels 1
DiSBHowi. Votre vie et la aîeww, tous le savev, eMireni U inêae péril
que les ndtres. H faut nous écouter. 4. oot, pour ello-Biémt.
Lady Cromwell. Richard, ne vous oer«pei pus de mol.
K. CiuMiWELL. Allez reioiiid#o nos Mtes, —je le vevt; It ftal que
vous me laissiez seul avec ces hommes; faites seulemenl qu'on ttemus
interrompe pas* Ailei, ei ae fedemes rien; je fierai Mire to«i resseoti-
fflcot. {Lady CnmMell rmUf émn» h eettog:) Oui, Biesaieiin«.-jo rem
en avertis... j'ai trop soulTefl pour m pas êirr préparé à tMSi. Je wtlê
calme, mais vous ne devei qm redouter davantage k bflloe ipie la raîsaB
n'a pu déraciner de nota ecsnr i c'esC un combat à mort q«o vois veaei
livrer.
DisBRowB. Un combat à mort» m eflfiit. Tous les porta ^'Aagletcne
sont fermés ; nous sommes ici pour 7 défeidre notre vie^^* Noos vou
nvons cherché parte que voua élei notre dernière espérance* Far mes,
par voire nom du moins, nous pouvons ooeere nous sauver; mais si mus
périssons, vous serei entratoé dans notre perte , et votre femma dans la
vôtre, ciitcndez-vous bien? Nous vous offrons donc le chois : régnez encsee
avec elle, ou mourez avec elle»
R. CiiouwELL. C'est déjà trop m'en dire ; voua parlez à oo eonsmi.
Je vous préviens que je ne me croirai point obligée kdre voa seeiea;
gardez-les donc, et partez.
DisBRowE. Peut^re nous écouterez-voua quand vous saurez quellei
chances et quelles ressources nous restent encore. Vous n'êtes pas seul es
notre pouvoir : dans quelques heures peut être, Charles Sluart lui-ffléaM
y sera.
Dar.\el, à DiihrowB. Partez-lui plus clairement... il commencée
écouter.
DisBRowE. A peu de distance de la résidence royale où Charles est et
ce moment est un autre château dont le maître a une seeur ou uns femoM
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on LE FlU BB CBOMWELL. 409
qoe]e roi vient diaqm }»«r visiter leol et laiM g^ardef... Le r^gtomt
qai en es ftmiiM dMf U ville est justement eeiul an eofnmndant
Falconberg. dont tous les soldats vous sont déveués.
9l CBMnraLL. Le régiment de Paleenl»erg!
Ce réfiawnt sait bien qu'au premier jour il sera liceneid
les autres. Nous avons parlé aux soldats en votre nom, et fit n'*t-
i pkM qu'une parole de vous pojr vous proetamer .
D18BROWB. Nom nous chargeons de nous emparer de la personne du
roi.
E. CnoilwcLL. De sa personne?
Daerbl. ( A pari à Disbrowe et à Berry, ) Il réflédiit et cédera.
DtsBROWB. Eh bien! votre réponse?
R. QncnfWELL. Et le régiment de Falconberga ses quartlen dans la Tille?
HMMBt. Oui, mykMd.
Bkmovtb. Eh hlenl neveu?
Daurbl, à DU/^rou>ê. Donnci^lui le temps de se déeider; il l'est déjà
à moitié. ( Haut. ) Si le lord Richard veut nous permettre de nous re-
poser dans ce pavillon , il nous fera bientôt eommltre sa déterminattoD.
DWMtowB. Bfnto le temps presse, neveu. Les soMals peuvent ae pronon-
eer sans noua... noua entrons. ( IH entrent dans la pa^lUm, )
R. Gromwbix, atiftl. J'si donné ma parole h Charles 1 mais ers
hommes peu vent perdre ma femme!... Si.. raafsm'aasederAeethooMneal...
Ali! le roi me fwiralt-il si j'allais loi déclarer la Térilét
Dbiglb, du dehors» Anétes! vous nopasserea pas. Il Isnt parler à
Bwn maître.
( Deagle entre par la griUs mvêe tir MUehard WiHie, qtiU tUt me
reepêet uuae un pUtolet. )
R. CaenavmL. Qu'est-ee? Àh! cet autre traître kîl Àlon tout est d^
couvert. ¥oa»él«a veau pour trahir*. •
WiLLU. Moi?
R. Cbomwbll. C'est votre métier. Ne vous eomiais-je pas? Y«Ba nMven-
dflea à Chartes eommeTOus m'aves vendu ses amis. Parlev, vil espion...
A^I je ne nminHnpe pas : vous trembles. Je ne eooi lierai pas moB-épëe
d%in aang tel que le vôtre; mais je vais voua livrera eaui que v«ua
vonliei livrer vous-même ; ils sont ici. Vous savei quel sert tous altaad.
au 'milieu da ceui que vous «ensea espionner •et trahir.
WauJB. Vmb êtes traU vona-oiêae par l'un d'au, Ikrael« qui est prât à
v«if dén«aoer.
R. Câ— watu Pour le aawmr il faut que vos soya d'aececd avee loi*
( A Deagle. ) Âyei rœtl sur cet homma. ( Il prewd du Mletiee^ U émU^
Tmb tamtttrai oes laèleues à votre mattcease. Mon ehef»! «t aaiWf
RbDr te F«rtie n'est pas eneom peida*. (if êerl^)
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kOk M. CLARKIS,
Dbaglk. s» vous vous éloigncx d'un pas, vous èles mort.
WiLUs. Que Je ne sois pas vu de DUbrowe et des autres, cela me suffit.
Je n'ai nulle envie de vous quiltor.
Dbagle. Ahl voici j'istemcnt ma maltresse. [Lndy Cromwell entre
avec sir Jacob et Ladtj Chubb) Aladame, lisci ces tablettes laissées par
mon msltre.
I.Anr CuoMWELL, lisant. Vm du temps à perdre si je ne veux pu être
prévenue! et il est parti... Quel est cet homme et queslgoitie...
Deaglb. Sir Richard Willis.
Ladt Cromwell. Et vous avez l'ordre de le garder prisonnier. Mais qui
est dans ce pavillon?
Dbagle. Lord Disbrowe et ses amis.
Lady Cruhwbll. Ah ! il est donc parti seul : je crois comprendre alors ..
non, c'était à moi d'aller me dénoncer. Ah! du moins je puis me venger
de ces traîtres en les offrant à la vengeance de Charles. {A sir Jeteob.)
Vous êtes un magistrat; au nom de votre fidélité au mi, je tous soaae
de vous assurer des personnes qui sont dans ce pavillon.
CuuBB. Moi ! je suis tout seul.
LAnr Cbouwbll. Craignez d'être complice de leur trahiion* et soove-
nez-vous que le roi peut vou^ rendre votre titre de chevalier.
Lady Cuobb. Votre titre, Jacob! Oh! restez ici; je vais appeler tout le
bourg au secours. {Mlle sort par la grille, )
CuuBB. Ma Temme serait un excellent général : la voilà aux avanfr-
postes ; mais que faire tout seul à Tarri ère-garde?
Ladt Crouwbll, à Willis. Et vous, n'aurez-\ous pas le coMir une
fois dans votre vie d'agir en honnête homme?
WiLLU. Rtadame, je ne connais que mon devoir... Cet homme est ub
magistrat? En ce cas, monsieur, vous avez vos fonaions à remplir com-
plètement : il faut que vous arrêtiez non-seulement ces hommea, mais en*
core cette femme.
GnuBB. Quoi', mittress Clarke!
Willis. Dites lady Dorothée Cromwell. femme du dernier PratecCenr.
CacBB. Ladj Cromwell! et alors M. Clarke... en vérité, cet ami da
roi serait... Il m'a donc montré de faui papiers! Jamais nugistrat futnl
dans un pareil ««ibarras?
Ladt Cromwell, à WilUs. Lèche et traître jusqu'à la fia. Kobert,
qu'il soit encore votre prisonnier. ( À sir Jacob. ) Et vous, moasieur, que
ce soit Mrs. Clarke ou lady Crom^eH qui vous parle, souveoei^vous
que c'est pour vous dire de faire arrêter les ennemis du roL Je tous laisse
vos prisonniers. ( Elle sort par la grille, )
Chubb. Mes prisonniers. Mais où suis-îe? Que fatie? Le plus sur c'est
de les attendre. C'est toujours du temps -gagné. ( Itse tient à ïéeart et
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ou LE FILS DE chomwell. 405
voit sortir du pavillon Darnel, puis les autres, ) Ciel ! la laide figure de
ce malin!
Darnrl, qui remarque d'abord Willis. Quoi! sir Richard Willis!
Di3BnowE, étonné de voir Deagle qui menace toujours Willis de son
pistolet. Qu'est-ce que ccl homme? Où est volrc maître ?
Dbiglr. Je l'ignore.
DisBROwit. Eflt-il dans la maison?
De\gi.b. Je ne crois pas.
DiR?sBL. Réponse équivoque... Il est parti! parle, drdie! 06 en allé
ton mattrc?
DiSBROWB, à Willis, Et vous! qu'étcs-TOUs?
W1LI.IS. Je suis connu du capitaine Darnel.
D.IRKBL. Oui, vous l'été!!* ( Plus bas. ) Vous auriei tort de parier da-
vantage. {A Disbrowe, \ Nous n'avons pas de temps à perdre. Richard
est peut*ètre allé agir sans uoua; allont de notre c6\é faire échec et mat
aa roi. Quoi qu'il arrive, quand nous le tiendrons, nous en tirerons parti;
parions. {A part. ) J'agirai selon les cireonitancos.
Cbubb, s'a^ionfant, Jo serais complice si je ne me montrais pas; il y
va du titre de chevalier... Messicuis, vous voyez un magistrat: au nom du
roi, je vous arrête.
Dar.^el. Où sont vos satellites?
Chobb. Ils ne peuvent être loin.
DtsBRowB. Ils le sont trop pour nous empêcher de vous dlcr à jamais
la parole si vous dites un mot de plus.
Dar?iel , montrant Willis. Vous avez bien as<:ez de garder ce prison*
nier; je vons le donne pour le plus grand des coquins. Adieu.
DiSBHowB. Au roi, messieurs. ( / s sortent. )
CuuBB. Je commence à me croire dans un mauvais pas.
( Lady Chubb entre. )
Ladt CnuBB. Je viens devoir vos prisonniers s'échapper. Est-ce ainsi
que vous avez reconquis votre titre de chevalier? Je vous amenais main-
forte, toute la milice est convoquée.
CuoBB. C'est un peu tard; mais H nous en reste un , et je désire que
l'autre m'ait dit vrai. Si t'est le plus grand coquin de tous, sa capture
nous vaudra hien quelque chose Conduisons-le au roi.
WiLLfs. Oh ! je V0U9 sujs volontiers. Pourvu que ce Darnel, au lieu de
se tourner une dernière fois du côté de Richard, ne nous ait pas dénoncés
tous, je peui encore faire valoir mon 7èlc.
Chubb Marchons, et si vous venez réellement de bonne grâce, je dirai
un mot pour vous à Sa Majesté.
FJN m QOATRIÀHB ACTS.
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406 U* GUklIMK»
ACTE V. — SCÈNB !'•.
Apparlcni«Bl dans an château de proTiocc.^ Portei ft deux baUsnlt.
LE ROI CHARLES II et LORD HTÛB ( Load Clarkimii'.
Lb Roi. Btli! WiWi est os ftwrbe i c|«i il fiai tovjoiiM un oMipfet à
dénoncer. Mon bon chancelier, vous croyez vouf servir de ceilHNMBtyCl
c'est lui qui profite de l'auldritéde Yotr» nom. Qui pféiiod41 tnklr «v-
jourd'hui ?
LottD Htm. Il dît que c'est quelqu'un d'une gmnde {mportaaoe.
Lb Roi. Quoil pu même un nom! Ah l ah l vout «ret donné à es esr-
•«Ire des leltres de marque, il trouTera bien quelque blUmenià couler hai.
LoBD Htto. Je compte sur ses âotes et non sur ses paroles : il assure
qu'il a son homme sons la main, le supplie seulement Vutsc MajesM de
me laisser la conduite de ces choses, et de croire qne je n'afiiui ^e dam
totoe intérêt»
Le Roi. Mon sage ministre semble se défier de moi. Quelle est rotn
pensée?
Lcao Htdb. Votre Majesté n'est^Ue défà pas intenreane inqprudein-
nsent par le sauf-oaoduit qu'elle a deoné à un bomane tel que Richard
Crorowell ?
Lb Roi. Encore la même UsCoirel Kh h4en, oaU j'ai cru à son homeur;
j'ai jugé rhocnroe d'un coup 9i*œiL S il m'a trasnpë« ^unltseï nonssuls
ment son nouveau crime, maïs sa fausselé. Je n'inierviendvai ni par on
mot ni par un regard.
Lord Htdb. Je remercie Sa Majesté pour elle-même et non pour noi.
Lb Roi. Vous voilà content; à mon tour je vous demande, mon ^is
chancelier, de ne plus me gronder pour éin venu ici. — ie vous laism la
gouvernement du royaume, laissez-moi. un peu de liberté.
Lord Hvdb. J'ai seulement ragrelté que Votre Majeité n'eût' ^ (ait
escorter sa royale personne.
( On entend au dékon la vote de lady Crammsfi. )
Làdt CaouvrBLL II y a danger pour le roi si je ne péaèlie jusqu'à 4oi.
Je Sfiis qu'il est icL
Un Doubstiqob entre en dieant, Penneitez, madame, ^ua je fs^
Tienne...
Lb Roi. Que signifie cela?
Lb DouBSTiQCB. Une dame, sire, implore la faveur de vous voir.
Lb Roi. Une dame! quVMe uBMa. {BmfLaiiy CromwelL)
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ou LE niS J>^ GBÛMWELL. Mf
ELadt Cr»iiw«.u Sice, c'etl le nulbeur qui ose francbîr tiMitei les
litrrières pour pâTTenir jusqu'à vous* Sire, j'implore voire loerei.
Li Roi. Pour qui?
Lady Cromweu. Ohl pour vovs-méaie, sire... pour votre jK>yattme.
Lb Roi. C'est vous que ceis regarde, moo lord chancelier. — Et vous,
(ati Domestique) gardez uo peu mieux les portes.
{Le Domeitique sort.)
Lady Cromwell. Écoutez-moi vous-même, sire; je ne viens pas seule-
ment demander une gr&ce, ou du moins la gr&cequeje réclame esi de celles
que les rois aiment à accorder, s'ils sont généreux et sages.-, s'ils sont
justes surtout. Mais il faut que Votre Majesté me l'accorde d'abord, pour
que j'aie le courage de tout lui dire. Je jure sur mon âme, et jamaia
mensonge n'est sorti de ma bouche, je jure que vous me remercieret
quand j'aurai parlé.
Lb Rot. Vous voulez obtenir votre propre pardon.
Lady Cromwbll. Le mien! M sire, vous verrez que ce n'est pas le
mien.
Lb Roi. Parlez plus clairement : que voulez-vous que je croie ou que
je pardonne ?
Laot Cromwell. Il eilste une conspiration eontre vous, sire, uia
conspiration dans laquelle on voudrait enlacer un innocent, un homme
fii'oB a insidieusement eniouré de toutes les cireonstanees qui pouvaient
ic faire croire coupable : que la parole du roi m'accorde U liberté de cet
homme, et je dirai tout.
Lord Hvdb. Quelle preuve aurons-nous de l4i vérité de vos parelesY
Lasy Guobvtbll. Une preuve qui m'accuse tellemeni que vous ne pour-
rei en douter. Je vous demanda la vie d'un seul bomose pour sauver piuf
que votre vie.
iofto Hr^B. Youles-voui parkr de votre mari?... quelle est cette
Lamr Ciumivell Les tortures ue m'arracberaieui pas mon secret. Sîea»
il y va de votre sûreté.
Lord Hyde. La aûreté d« rai eat garantie par l'amour de son peuple.
Lady Cromwell. Quoi! c'est là ce que vous ont appris les levons du
§à$séf Serie^-voua le piremier, sire, qui, bercé par des flatteries sembla-
bles, vous réveilleriez dans une ëisgriea rendue dix fois plus crsieUe
^ar les graotieurs de la veille?
Le Roi. Femme! venez-vous pour affronter le roi?
IUdx Gmoiiwbll, Je fais allusion à d'autres grandeurs que celles de
vatre famiUe.
LouD Hydb. Je commence à deviner. Vous venez de vous révéler vomr
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fc06 M. CLARKE,
Le Roi. A mon tour je divine anssi... C'est hdy Cromwell.
Ladt Cnov^'RiL. Vous venez de me rendre muette, quelque chose que
TOUS vouliez savoir...
Lb Roi. Je ne redoute ni vos paroles nf votre sUenee.
Lady CnOMWBL* . Oh I ne me méprisez pas ! le désespoir fait qurique-
fois des armes terribles... Ceux qui ont tramé ce complot vendront cher
leur mort, s'ils ne réussissent pas... Je pouvais vous sauver.
Le Roi. Vous avez demandé justice : si votre mari est innocent, il est
libre ; mais c'est k lui de répondre à la loi, si la loi l'interroge. Quant à
moi, j'ai déjà pour lui encouru le blâme de mes amis. Qu'il s'adresse aà
lord chancelier; je lui al remis tous mes pouvoirs... Je ne veux que la
justice.
Lady Crobiwell. S'il en est ainsi, que le ciel fasse connaître la vérité!
Je ne dis plus rien, et par un regard de bonté royale, un oui ou un non,
vous pouviez cmp(^chcr l'ciïusion de beaucoup de sang.
{Le DomtitiquB rentré.)
Le Domestique. Trois hommes, sire, demandent une AudieDC(yde Voire
Majesté, et disent que c'est pour un service pressant.
Le Roi. Je les verrai... Us peuvent nous apprendre ce que vous nous
taisez.
Lord Uydb, au Domeilique. Rassemblez autant de domettiquei que
vous pourrez ; qu'on les place dans l'anticha ubre, soyez tous prêts à ré*
pondre au premier signal.
Le Roi. Us ne sont que trois?
LoRu il Y DE, au Roi, Je voudrais que Votre Majesté fût un peu mieux
gardée, quand il n'y en aurait qu'un. {Le Domeetique sori après wjoir
introduit Dishrou:e, Henry et Damel.)
Lady CnoywELu Quoil ce sont eux? ..Viendraient-Us pour nous dé-
noncer?... Sire, ces hommes-là ^nt les conspirateurs que jevenais pré-
venir. Qu'on les arrête!... Si je les accuse à tort, que je sois punie de
toute la sévérité des lois; si je vous arrache à leurs mauvais desseins,
souvenez-vous de celui pour qui je voulais plaider tout à l'heure.
Le iioi. Nous allons enfin savoir la vérité.
Lady Crouwbll. C'est mot qui vous la dis, sire ; ereyei-en celle qui
venait payer son témoignage de sa vie.
DisBHOWE. Trêve, madame, à vos terreurs de femme... Nous sommei
toujours les amis de Richard.
Lady CnouwBt.L. Ses amis !. . Vous m'avez trompée une fois, mais je
déclare, aujourd'hui, que c'est le calomnier que de dire qu'il a de tels
amis.
DisbrowbJ Ma nièce, si nous venions ici comme vous pour racheter no-
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0(7 LE FILS PB CBOMWELL. 400
(re Tic, nous n'aurions qu'à montrer la lettre qui vous rend notre com-
plice. Nous venons pour traiter et non pour supplier.
Le Roi. Sujets rebelles, est-ce ainsi qu'on parle à un rot?
DisanovB. 11 est un roi auquel nous avons |)arlé plus fièrement encore,
et vous <^ics son (Ils ; tout h Theurr, peut-être, ne dépendrait-il plus de
nous de dicter des conditions. C*est avec Richard CromweH en personne
et à la (été du régiment de Falconberg que vous aurez à d<<cider le-
quel de TOUS doit régner. C'est nous qui lui avons appris tout à Theure
même que les soldats n'attendaient, que son ordre pour le proclamer.
Vous êtes notre prisonnier, tous nous servez à la fois de gage et de ga-
rantie contre lui et contre vous..« H faut nous suivre.
Ls Roi. Je saurai résister en roi...'llolà ! quelqu'un 1
{Entrent quelques Domestiqtàes , mais en même temps on eniehd un tu-
multe au dehors.)
DiSBROWE. Résistez, si vous l'osez. Je vous ai prévenu, sire, que tous
n'étiez plus le plus fort... Kutendez ce bruit de chevaui et de soldats...
Vous avez cessé de régner.
{Entrent Richard CromweH et dex Officiers.)
Le Roi, à lady Crùmwell. Vous voyez la loyauté de celui pour qui
TOUS demandiez grAce?
DiSBROWB. Et c'est à vous de la demander... Vive le Icrd Protecteur!
Lb Roi. Ah! Hjde! llyde! ma folie m'a tendu ce piège; mais il me
reste à mourir en roi... Qui de vous fait son roi prisonnier? Il en est
parmi vous qui ne doivent pas marchander le »ang royal. {A Richard
Cromwell.) Et vous monsieur, à qui j'avais pardonné; vous, pour Tlion.
neur de qui j'avais engagé ma parole auprès de ceux qui vous connais-
faient mieux que moi ; vous, qui avez ri de la confiance accordée par
UD Stuarl à un Crom^ell, que voulez-vous de votre roi aujourd'hui?
Richard Cboiiwell. Justice... Et Votre Majesté me l'accordera en dé-
pit d'elle-même... Connaissez-moi tel que je suis... Messieurs, désarmez
ces hommes., ils sont vos prisonniers. {Montrant Disbrowe^ etc )
Lv Roi. Kh bien !.. que signifie eeci?
R. CiiOMWELL. Que jes'sol'lats de Votre Majesté, conduits ici dans l'es-
poir de vous servir par un homme qui a eu autrefois quelque autorité
sur eux, et que depuis vous appelâtes votre ami, sont venus pour vous dé-
fendre contre ceux qui avaient tenté d'ébranler ieur fidélité.
DAnxKi.. Qu'est-ce ? Nous ont-ils trahi ?
R. Croxwell. lis n'auraient pas manqué d'eiemples pour le faire...
Sire, ils attendent vos ordres.
DisBROWE. Âme pusillanime, vous pouviez ressaisir ce pouvoir que toui
livrez à un antre st lâchement.
R. CnoirwEtL. Ressaisir le pouvoir pour le pei^re encore, grâce A des
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kiD M. CXABU,
Iwiiniw lelft fiie I>î<l>rewe. (Le ihm$$ii%^ »9Âif U p€éMe tir Jocoè
Chubb, lady Chuhb^ $ir Miekard, êU)
Lk DoMKsnoi»* Un «utre prUoniiier qu'on conduk à Votre Majesté...
(JSnlmml ZK«^ofc« tt lody CrofutceU.)
C^WB. Quoil ces coquuis sont ici?... J'en demanda pardon i Sa
U»ieUé; mais ces botniivs-lÀ sont mes prboDniers légitimes, capturés
par moi. J'en appelle à mistress Clarke; elle était venue prendre vos or-
dres peadani que je remplissais les fonctions dangereuses de les garder. .
Hais peur Votre Majesté que ne ferait^oo pas ?
Lb Roi. NalurellemeBt ehaeun fera pour moi toutee c|u'U pourra lui
être utile à lui... Biaia iie se sont échappés l
Chubb. J*ai reçu unegraTO eoAiiwion en tombaol à la renvarse pour les
arrêter.
Lb Roi. Sir Richard WilUs prisonnier aussi?
WiLUs. Témoin, ne vous déplaise, sire, ua témoin dont oe saga ma-
gistrat a jugé convenable de s 'assurer aussi.
Chubb. Tout le monde vous a traité de fourbe... respère nut tous wa-
lez la peine d'être conduit ici.
Le Roi. 0 Miroir des magistrats !
Chuub. Quel honneur pour moi de recevoir ce titre de Votre Majeaté!
source de tous honneurs et de toute justice, car^voki de quoi eierecr aassi
TOtre roj-alc vengeance.
R. CiiOMWELL. Sire, si j'osais ajouter une parole... après avoir tout fait
pour votre sécurité, daignez ne rien accorder à la colère, le voas de-
mande la vie des coupables, pour que jamais ma cause n'ait fait couler
une goutte de sang.
Le Roi Qu'on les emmène... Nous j penserons dans notre royale sa-
gesse. [Sortent Ditbrowê^ Darnel et Berry jfrisonnien. A sir Chubb,)
Monsieur, vous voilà délivré de voire pénible charge... Votre nom?...
Chubb. N'en dé{tlaise à Votre Majesté... on m'appelait autrefois... Si
je pouvais encore...
R. Cbomwell. Sir Jacob Chubb ; s'il plaisait à Votre Majesté de lui
rendre ce titre qu'il reçut de mon père, et dont ma déchéance l'a privé.
Le Roi, lui donnant V accolade. Levez- vous, sir Jacob Chubb!
Chubh. Ceui mille grftces à Vpire Majesti 1 oie voilà chevalier des dear
partis .. Je ne peux plus cesser de Têtret. quel que sait celui qui trîom^e.
Ah! si ladjr Chubb» qui nous asMiyis, i^uvaii baiser les maw de Votre
Majesté. ..
La Bol Volontiera.
Chubb. Et justement, la yoici. [Entre Iai4|r CJM^-i Veaay, raies, aai
Jwnnelanine^ ^ua lajaieiiairat>iétmiffaipa..> Vaue vaUàaedareawe ladj.
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0«7 LB FILS m CftMfWSU. kH
Ladt Cuobb i'agênoviUe, en pUurani, aux piedâ du roi. Votre Ma-
jesté...
Le Roi. Relevei-vou.. . Je vondraf s sécher toutes lei larmes.
Ladt Cuubb. Votre Majesté n*a qu'à le Youloir avec les dames.
{L« roi Vemhraae.)
Cbl'bb. J*ai vu un roi, un vrai roi... embrasser ma femme!
Labt Cuubb. Cette faveur garantît à Votre Majesté le dérooemciit de
tout Quidlinboro.
Chubb. Vive le roi! et vivent les Chubb!... aussi longtemps que nos
votes l'emporteront sur ceux des Chucl(leheads.
Lb Roi. Hjde, me voici un grand politique... Si je n'avais pas donné
le saiil«ondiiit...
Htdb. Oui, sire : l'événement est heureux.
Lk Roi. Que de folies changées en actis de sagesse!... par la fortune...
Un roi a cette chance aussi bien que ses ministres. {A Cromicell. ) Oinnt
à rtm», qn'est-il en notre pouvoir de tous accorder encore ?
n. CaoMWfit. Rien, Sire.
Lb Roi. Ne faites pas rougir ma reconnaissance... Ce serait vous veiH-
fer qne de dédaigner les henoears que je puis, que je dois vous damier.
R. Caomwru. Sire, je ne suis pas un suacborète, pour affecter te dé-
djûo de la fortune ou des hoaneurs ; mais l'expérieiicc ns'a appris à oe
pas les acheter trop cher et à y ronoucer quand je ne (loiirrais les consef-
ver qu'au détriment des autres. Pour moa repos, et peut-être pour celui
de Votre Majesté, Je dois rester un simple particulier.
Le Roi. Vous retournerez à votre bonheur champêtre ?
R. CromXvkll. Je voudrais en effet retrouver le bonheur ; mais ce ne
sera pas ici .. Je suis le point de mire d'ef péranccs coupables : pour liss
déjouer je dois quitter TAngleterre.
LbRoi Tous evîler?...
R. Cboshtell. Oui, sire. Quand les pères ne seront plus, quand je se-
v»i ÎBoeanv de leurs fifs, je reviendrai, j'espère, passer les derniers jours
et um vieillesse là où fat mon berceau. Je reverrai bm patrie avec la /aie
4e reniant qui ttiroBve sa aère, et m'estimerai haoreux de n'avoir j»-
saia déchifféson sain.
Ls Roi. Mais jusqa^...
R. Cboiiivsix. Jusftie-là, je veux sestar l'humbla et fidèle aai^e \0im
Majesté, et m'appelerdu nom qu'elle m'a donné... M. Clarkb.
FIN BU ODIOOHBB VF DOHVBB ACffB.
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Ri:VUE ASIATIQUE.
DEIUXIEUES NOUVELLES DE LIXDE ET DE LA CHLXE.
DëccmItTO lUl.
Les relations officielles et les eorrespondances parliculières par^
venues en Europe depuis le )5 novembre D*ont fait que confirroer
rimportanle nouvelle du triomphe des Anglais enCLine. Le traité
est ratifié parle Céleste Empereur, les premiers payeuienls de l'in-
demnité sont faits ; on altcnd môme en Ani^lelerre ud ambassadeor
chinois, et à 1 impatience qui accusait les délais de sir Henry Pol-
tinger succède Tenthousiasme pour F ha bile té de ce plénipoten-
tiaire, comme s'il avait tout prévu, tout calculé ; comme s'il avait
dirigé à son gré les événements et amené le dénoûment à jour fixe.
Quoiqu'il en soit de la part qu'il faut accorder au hasard, et de
celle qui est due au talent dans ce retour de la fortune, les consé-
quences en sont immenses, non pas seulement pour l'Angleterre,
qui en recueille les avnnUigcs immédiats, mais encore pour toute
l'Europe; c«nr, soit que T Angle terre ait réellement et de bonne foi
( comme c'est, selon nous, l'intérêt de sa politique) appelé tous les
autres peuples à la participation du commerce avec le Céleste Em-
pire, soit qu'ils n'y soient d'abord admis qu^indirectemenly la chose
aura lieu; la grande muraille sera franchie par les caravanes
européennes Quant à la France, la seule puissance navale qui
puisse rivaliser avec TAngletcrre et les Etais-Unis, nous espérons
bien que ses vaisseaux et ses h&timenls iront bientôt chercher rn
plus grand nombre ce nouveau monde ouvert à son activité (i).
(1) On Ht dans une lettre écrite de Nankin, 10 septembre, par le réré-
rend Charles Gutziaff, interprète anglais, que le eapitaine Cécile de U
frégate française VErigoM a assisté à la signature du traité du 29 août.
Cet officier, qui porte à son bord un agent diplomatique, BL de Fanci-
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DBRMI&EE8 N00VBLLB8 DE L'INDB. bl3
La presseanglaîse. qui justement depuis quelques mois échange
des aménitéê j^vec la nôtre, oe pouvait manquer de se relraocher
dans les dêûauces d'une naliooalité exclusive» et nous avons lu de
singuliers articles à ce sujet. Cependant quelques journaux ont eu
le bon scn^ d'exprimer une politique plus libérale. Voici ce que dit
le Froier's Magazine^ qui n'est pas plus bienveillant qu*il ne faut
pour lesintéiéts français, et dont la polémique est même souvent
ausssi étroite qu*amère.
a Quti les autres nations de TEurope participent ou ne participent
pas vann avantages que nous avons conquis, c'c>t une considéralion
secondaire. U est clair que, dans toutes circonstances, elles ne peu-
vent jouer que le rôle du chacal, et que le nôtre duit ôtre celui du
lion. La décision ûnale de cette question doit rester, selon nous, aux
Chinois, et il est impossible de Tanliciper. Ils peuvent fort bien
sans doute, comme on l'a déjà dit, arriver à celte conclusion,
qu'ayant été forâtes de communiquer avec nous, ils n'ont plus qu'à
s'abandonner à tous les peuples. D'un autre côté, ne sauraient-ils»
par la conscience même de la violence qu'ils subissent» avoir
honte de se prostituer ainsi à quiconque spéculerait sur leur fai-
blesse? Dans ce cas, l'honneur et la politique nous commanderaient
de les protéger. Si l'Amérique et la France leur disent : Vous avec
admis l'Angleterre, donc vous devez nous admettre, et si la Chine
répond non, il y aurait lâcheté à nous de ne pas l'appuyer. Assu-
rément, ce n'est pas à nous de faciliter aux étrangers l'entrée des
ports chinois, ce n'est pas à nous de les y appeler, excepté peut-
être dans celui de Canton; et si l'empereur persiste dans sa haine
contre tous, ne se résignant à subir que ceux qui ont su s'imposer
à lui, irons-nous en ceci combattre encore la volonté impériale?
Toutefois, nous le répétons, que les cinq ports de la Chine soient
ouverts ou restent fermes aux autres nations de l'Europe, ce n'est
la qu'une chose d'importance secondaire. Aucune de ces nations
n'est en position de proQter d'un millième des avantages que nous
gny, aurait m^nic offert la médiatioa de la France, qui a été écartée seu-
lemcut comme tardive.
La question est maintenant de savoir si le gouvernement français se
contentera d'avoir en Chine de simples agents quand l'Angleterre y entre-
tiendra un ambassadeur.
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tmoM de BOUS Msnrer* L» Fnr.ce n'est pas et ne sm janutis «ne
grande etentrepraitote nntleii eommerciale. L'Amériqae pest^étre
serait plalôt en mcsnre, et les états de Fest poorrnîent snrtoat
trouver en Chinele moyen d'amftier ta ruine qni les menace et qni tes
ficsppera tôt ou lard qaand les états do snd et de rnnest conpre»-
droal que leur intérêt est de s'en séparer; nmin, après tout, naos
aDinoMS contai ncas qoe ce traité de paix entre les deux empira
de l'Angleterre et de la Chine finira par être fltal à la gigantesqne
démocratie américaine. Désormais, nous 70118 libres derompre arec
otite répnUtqne : nous pouvons recevoir notre «oton de la Gliiae,
ei il n'est pas dans la nature humaine de supposer que les étals du
sud se réduiront à la misère, et cenx de Touest k Tim puissance,
poor le plaisir de faire les affaires des étals de l'est en se soumet-
tant à leurs funestes tarifs.
» far le fait, il est itnpoesible de prévoir et de préciser toutes les
conséquences d'un traité qui fait entrer la Cliine dans ta vie esm*
mune des peuples et rend les Chinois membres delà grande famille
humaine^ Une chose peut se prédire sans qu'on soit prophète: dans
la Chine méridionale, pour le moins, la dynastie tartare aura cessé
de régner avant un demi-siéck. Le plan de campagne était très-
simple ; Nankin, on le savait depuis longtemps, était la partie vul-
nérabledtt Céleste Empire. Aussi était-il absurtie de rêver l'attaque
de Pékin. Être maître de raiidenne capitale , c'était avoir vafnca;
les Chinois n'en doutaient pas. Le noble fleuve de Nankin est très-
afoessâUe; le grand canal et d'autres oeurs d'eau y convergent En
wê mot, c'est le cttar de la Chine, l'organe qui itstriboe la vie à
tous les membres de ce grand corps. Les cinq ports suffisent pour
nous metuw en eommonicatîon directe avec toutes les régions qai
produisent les thés, par les trois premiers ((}, et avecles provinces
où se fabriquent les soieries, par eelui lies etnq qui est le plus aa
nord, etc.»
Cttoas maînteiiant VAnatie Jotimo/, Revue spécirie et qui n'a
jamais cessé de donner tort à l'Augleterre, dans ce dernier conflit
avec la Chine :
« Si dans cette guerre la justice avait été pour nous« la manière
dont elle se termine nous eût procuré une satisfaction sans mélan§e.
(1) Canton, Emoi, Nimpo.
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Noos pouvons du moins noos réjouir de la nKHk^ratbn dss terans
teposés fttiit taîncits. il ii*es( pas qttesfion du trafic de l'opluttlj
fvallc ôdfeux abandonné i la répression do goovernenent chittoii.
Btns les stipolatidns, saof la cession de Hong-Kong et Tindemnité
pèciraftarre, les autres peuples trouveront essai leurs avantaget,
ear il ne serait ni dans f intention de rAogleterre, nî dans Tordre
des clioses possibles, que le commerce des cinq ports ne fût ouvert
qu'aux marchands anglais. Nous regrettons même la ecssiofi de
Houg-Kong, parce qu'elle nous établit en Chine sur un pied poli-
tique, et nous aurions voulu, au risque de perdre une garantie d'a»
tenir, n'y avoir que des élaWîssentcnls commerciaux. Le territoire
cédé nous donne drs attributs et des droits qui peuvent nous engager
i intervenir dans les affaires du Céleste Empire. Nous pouvons étw
entraînés h des actes capables de Wesser la vanité chinoise, et de
nous aliéner de nourcau ce peuple que nous voudrions cuUivet
comme un allié et non comme un vaincu, sans parler de la jalousie
excitée en Amérhjne, en France, en Hollande, etc., etc.»
On voit que YMiatic Journal redofrtesnrioul Tinlrigue des au-
tres puissances commerciales, et qu'il voudrait écarter jusqu'au
prétexte d'une guerre nouvelle.
L'effet produit par la conclusion de la paix avec la Chine se re-
connaît déjà sur les marchés anglais; l'activité y revît, la spécula-
tion tourne les yeux vers la rivière Jaune, et oubliant qu'il y a
déjà bien des marchandises anglaises eu consignation de ce c6té,
les manufacturiers des comtés do nord préviennent les commandos.
te prt mier arrivé dans «s occasions-là espère toujours s'assurer le
monopole des plus gros bénéfices.
Il faut remarquer encore que, dans toutes ces prévisions et oes
caku!s de fa presse britannique, clic élude de rappeler la co».
currencc russe. Ainsl.YAêintiô /ouriMif regrette i a eession 40
Hong-Kong, parce que la France, la Hollande, lea E4als-U«ît pM«
Tcnt s'en inquiéter; flials, de la Russie, pas un mot pour lo ma*
aient. Voici une note du Moming Chronitit qui preuve que Vm.
eonnatt eu Angleterre toute l'importance de Tintérôt mssc dan» lu
question ; mats cette note est exclusî'remCTit statistique :
« Toutlccommerce entre la Russie et la Chine se fait à la réunion
annuelle des mai^hands et débitants des deux pays à Klakta, à
rvxtrémilé centrale mirklionalo du ^ouvçmemeiitd'Irkook*. Uae
partie do ce goorertiemcnt s'appcHe le poyavmo de Sibérie; cAb
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(16 BBBiriËBBS NODVELLBS^ DE L'INDE.
cftofine arec les frontières de ia Cliine vi les désorts de la Mon*
golie. Un autre commeroc assez êlendu a élé ciabli iiidirecle-
meni sur d*aatrc8 parties de la ligue de Sibérie, et par mer, dans
les ports de la Uussic aiéridionale, bien que, d'après le pacte colre
les deux empires, Kiakla doit élre le rentre unique des oféraûons*
» Voici le relevé des opérations en 1839 et en 1840 : £xporlalioDS
parla voie de Kiaktacn Chine, ^»2C;%4iG roubles d*urgent en I839»
et 2,287,222 roubles d'argent en i840; importations d*ubjcis ve-
nant de la Chine, 2,4:4,422 roubles d^^rgent eu isas, et 2,493,669
roubles en 1840.
» Les objets d'exportation échangés par les Kusscs consistent
principalement en fourrures et pelleleries^soit provenant de la Rus-
sie» soit provenant du trafic avec les tribus nomades des frontières
des gouvernements d'Orenbourg et de Sibérie, Les objets de fabri-
que russe, faisant partie de ces exportations, sont, savoir: Objets
de cuton, en i840, 2C6,icu roubles d'argent; objets de bioe,
984,403 roubles Totalji, 247,^12 roubles, c^st-â-dire la moiliéde
la valeur intégrale des exportations.
» Les importations des Chinois à Kiakta sont surtout du thé.
En 1839, la valeur totale des importations de thé de diiïcreolcs
sortes et qualités en Russie a é:é de 6,89i,438 roubles d'argeol;
en 1840, elle a élé de 9,077,848. Ce commerce est fait presque en-
tièrement par (\es négociants entreprenants de Moscou, qui s'en-
richissont en peu de temps. »
La Russie cependant est d'autant plus à craindre pour l'Angle-
terre, que la glorieuse retraite de rArr^jhanistan reporte de l'autre
côté de ri nd us les frontières de l'Inde anglaise, qu'on espcrait re-
culer si audacieusement par Toccupalion de l'empire des DuMrauies.
Mais il semble que le gouverneur général n'a jamais eu en vueqiie
la civilisation des Affghans. « Content désormais dos limitcsqueto
nafure para^U avoir assignées à n;;8 possessions indiennes, dit la
proclamalioD de lord Ellenbojrougb, le gouvernement de l'Inde
ooDsaorera tous ses elTorts au maintien de la paix générale, à U
proltcHon des chefs et souverains alliés, à la prospérité de ses pro-
pres sujets. 9 On renonce done à l'interyention anglaise dans le
Penjab.
Aa reste, lillérairemeutj nous allons bientôt jouir des observa-
tions des prisonniers si beuceusemeot rendus à leurs compatriotes.
On ne parle pas encore du journal qu'écrivait, disait-on, l'héraîqae
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DBlKliHBS KOUYBLLBS DB L^IKDB. hVI
lady Sale» dans les loisirs de sa capliritè; mais l'éditear, M. Mor-
njf annoDoe la relation da lieulenant Eyre» sons le titre de Diary
ofapriioner in AffghanUtan* Nous espérons qne cet onrrage pa-
ratlra à temps ponr que nons paissions en donner quelques ex-
traits dans notre prochaine livraison, si» comme on doit l'espérer,
Tintérèt du livre répond à la curiosité excitée par son titre. Sans
prétendre à l'importance du livre» quelques autres personnes ont
aussi publié déjà dans les journaux de Tlnde» des lettres sur leur
séjour forcé à Caboul.
5* SÉRIE. » TOMB XII. Sf7
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NOUVELLES AE8 gaENGES.
CORRESPOXDÀPÏCE POLITIQUE ET UTTÉEiilRE
DE LA REVUE BRITANNIQUE.
U» JOURNALISTES DE LONDRES. — UNE HISTOIRE DU GRAND CONDÉ. — LORD
HAHON. ~ BATAILLE DE ROCROI. — LE CARDINAL DE RETZ. — LES PARLE-
MENTAIRES. — CLéMENCE DE MAILLA. — MADAME, DUCHESSE D'aNGOCLÂMI.
— DÉFENSE DE LA PRINCESSE DE CONDÉ. — CHANTILLY EN 1841. — L'HIS-
TOIRE MODERNE EN ANGLETERRE. — UNE LETTRE DE M"* DE STAËL. — UKI
LETTRE DE M. DE LALLJ-TOLLENDAL.— M. BORROW ET BON MAJOAGB HANOOi-
— BARON TATLOR, ETC., ETC.
Londres, 20 dëeembrt.
AU moment où la presse politique quotidienne de Londres
tire à boulets rouges sur la France, il est peut-être utile de
se rappeler que les journalistes anglais sont non pas, comme
ceux de France, une pépinière de ministres, de conseillers
d'état, d'ambassadeurs, de consuls, de préfets ou même de
sous-préfets, mais les vrais parias de la littérature, qu'on re-
çoit à peine dans un salon bourgeois, et que jamais un homme
d'état n'oserait avouer quand par hasard il en a quelques-uns
à sa solde. Jamais une injure partie d'un journal ne sera on
signal de guerre dans ce pays-ci. Naturellement, cette posi-
tion inférieure au milieu d'une société aristocratique, cette
puissance anonyme, et toujours anonyme, donne auxpubli-
cistes quotidiens une licence de paroles qui n'engagent per-
sonne, et surtout le gouvernement. Non que la presse politi-
que n'exprime pas ici l'opinion, ne soit pas surtout l'écho de
la nationalité populaire, mais c'est toujours sons une forme
exagérée. Les journalistes sont les chiens du logis; ils aboient
pour avertir de l'approche de l'étranger ; Ils aboient au moin-
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4lre bciiit.». £iat-il donc aboyer pour leor répondre? — Mais
j'en ai di^à^ assez à ceaujet dans qudlqiMMmes de œcB
leUres {précédantes.
QinB dirofti les littérateurs et les oritiqaas iBangais d'un«ra-
vmge quiTiantieide parattreenficaBçais^iur nn siijet finançaîa,
firancais s'il en fat? Un des membres les pkis distin^foés du
parti tory, un historien du plus haut mérite, lord Mahon, a fiiit
jmpriMipT arlstoeratiguement à cent texemplaiceB un essai sur
la vie dn grand Condé, valume de quatre cents pages, qui eat
aen-seulement un livre bien fût et bien pensé, mais un livre
écrit d'un style ^pii raènerait taut droit L'auteur à l'Académie
tnnçmBBj si eetie illustre ceinyagnie éfmise jamais la liste
de tous les honmies d'état français qui ont publié une lettre
on prononcé un discours. Remarquez tout ce qu'il y a de
kirdi déjà à traiter l'kistoire de Goadé, après deux histoires
comme celle de la Fronde par M. de Saint-Aulaire, que locd
Ifahon cite dans son avant-propos, et celle de Mazar in, par
M. Bazin, qu'il n'a pas lue sans doute encore, car il l'aurait
dtée aussi, quoique M. Bazin ne sait qu'homme de lettres.
L'auteur anglais a prouvé depuis longtemps qu'il aurait pu,
s'il eût vonlu, eralffasaer comme ses devanciers tous les événe-
ments d'un régne dans un cadre plus large. Je ne sais si notr«
ami M. Mignet connaît son Histoire de la £iuerr$ de la succe»^
ma, Ini qui s'occupe de cette ^>oque. Lord Mahon a traité
son sujet en petii-fils d'un Stanho^ (i). fieliaaz donc le pitto-
resque chapitre du siège de Barcelone; l'admisabie appré-
ciation du génie de lord Peterborough , ce Dan Quichotte de
tkiUoire^ les portraits de PortocarreiH)» de Berwick, de Yen-
d6me, etc. L'JBitotrs d'AmgktÊrrt dqpuM iapaiœ d'-VUreeki
(1) n cil tout natard qm le touvenir Au iMs ^'aa ndetre a joué
dans l'hif coin loâiqus phitdt os fii|et i|tt'an auire è as écritraiii. Aiant
H. Bam , nu avtm htaloriea que M. de Soiat-Aulaiie avaîl tait sur la
fnmde; et M. Baitnlui-antee.qnî s'alMae pw do ia eiuaou des neot
propres, f 'eit cootealé de aigoaler ee doroBCier, où rappdaat ^n parod
las victimes de la flmde en Piofeoee ftureai peuins Ireiie bourgeêéêmt
a«if dû fnaaw fm^le, dont run avaii aaai ûai^gu.
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fcao iroirvEttBS dbs scibncbs.
jusqu'à la paix d'Àiœ-lO'ChapeUe a Téclat de «rHistoire de la
guerre de la succession, i> avec toutes les qualités d*an talent
plus mùr, plus réfléchi. Mais ce qui distingue ces ouTrages,
c'est que la sagacité de l'homme d*état et le sens critique de
l'historien n'imposent pas silence à ces élans d'enthousiasme
et à ces généreuses prédilections qui vont remuer le cœur
du lecteur sans égarer son jugement, quand l'auteur, homme
de goût d'ailleurs, ne s'y livre qu'avec sobriété. Naturelle-
ment, avec ces dispositions d'esprit, on a quelquefois besoin
d'un héros en histoire, et voilà comment sans doute, dans un
jour d'enthousiasme pour la gloire, lord Hahon a voulu écrire
la vie du grand Condé. Est-ce donc une biographie partiale,
louangeuse? Non, le biographe reste historien, et ne vante
de son héros que sa grandeur, sans excuser ses faiblesses et
ses torts, sans être moins ému de la gloire plus calme du
maréchal de Turenne. Il y a plus, le nouvel historien du
grand Condé lui préfère une femme, et cette femme, ce n'est
pas la duchesse de Longueviire, c'est l'épouse négligée, mé-
prisée, outragée même du prince; c'est Clémence de Maillé,
qui, dans ce récit dramatique, rivalise par ses aventures avec
la fameuse intrigante de la Fronde. Gomme peut-être vous
consacrerez un article spécial à l'ouvrage de lord Mabon, je
ne veux en donner qu'un avant-goût à nos lecteurs par quel-
ques citations. Voici un paragraphe sur la journée de Rocroi,
qui a fburni à Bossuetunde ses tableaux de bataUle les plus
passionnés :
« La nuit qui deyait être la dernière de tant de millien dliommes, (ûi
froide et obicure, et les loldata des deui armée» eurent reoonn à la forêt
Yoisine. Ils aUumèrent une si grande quantité de feux que toute la plaine
en était édairée ; on voyait dans le lointain Rocroi, le prix promis à la
victoire du lendemain, et les deux années paraissaient n'en fbrmer qu'une,
tant les eorps de garde étaient rapprochés. On eût dit qu'une espèce de
trêve les unissait pendant quelques heures, et rien n'interrompait le calme
de la nuit, hors à de longs intervalles quelques coups de canon qui par-
taient de la ville assiégée , et que les édios de la forêt semblaient redou-
bler. Le duc d'Enghicn se jetant auprès d'un feu de garde, et s'envel^ipant
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NOUVELLES DES SOENGES. kSti
desoD manteau, s'eDdormit enpeo d'iostants. Son lommeil fut li profond,
qu'il fallut le réveiller le lendemain quand le jour eommença à poindre;
c'est le même trait qu'on raconte d'Alexandre le matin de la Tictoire
d'Arbelles.
9 Se levant mus plus tarder, Enghien se laissa armer par le corps, mais
aa lieu de casque ne voulut mettre qu'un chapeau garni de grandes plu-
mes blanches. Il se rappelait sans doute le mot célèbre de son cousin»
le grand Henri : a Ralliez -vous à mon panache blanc. » Et en effet lea
plumes qui brillaient sur la tète d'Bnghien servirent dans la mêlée à ral-
lier auprès de lui plusieurs escadrons qui, sans cet ornement, ne l'auraient
pas reconnu. Alors il monta à cheval et parcourut les rangs en donnant
ses derniers ordres. Le mot de ralliement était « Enghien. » Les olfiders
se rappelaient avec plaisir le combat de Cérisoles, gagné un siècle aupa»
lavant par un prince du même sang et du même nom. tandis que les sol*
data, touchés de la jeunesse et de la bonne mine de leur général, le re-
cevaient partout avec des cris de joie. Toutes les dispositions étant faites,
les trompettes sonnèrent la charge, et à l'instant même Enghien partit
comme la foudre à la tèle de la cavalerie de la droite.
» Dans cette bataille, disputée avec tant d'acharnement pendant six
heures, la perte des FraDcuis est évaluée par eux-mêmes à deux mille
hommes tués ou blessés, mais elle fut sans doute plus considérable. Celle
des Espagnols fut immense, et leur infanterie surtout, qu'on avait regardée
comme inviociblo depuis la grande journée de Pavie, fut détruite plutdt
que vaincue à Rocroi. Telle élail la 6erté de ces vieilles bandes si célè-
bres dans toute l'Europe, qu'un ofûcier français ayant demandé le jour
suivant à un Espagnol combien ils avaient été avant le combat : a II n'y
a, répondit celui-ci, qu'à compter les morts et les prisonniers. » Toute
l'artillerie espagnole, consistant en vingt-quatre pièces, et leurs étendards,
dont on comptait jusqu'à trois cents, tombèrent dans les mains des vain*
queurs. Le duc reçut trois cou[»s de feu dans la bataille, deux dans sa
cuirasse et un autre à la jambe, qui ne lui causa qu'une meurtrissure ;
mais son cheval fut blessé de deux mousquelades. On voit qu'il n'était
pas moins bon soldat que grand capitaine.
» II serait diiGcile de décrire les transports de surprise et de joie avec
lesquels on reçut h la cour, encore mal affermie, la nouvelle de cette vic-
toire.. On la regarda avec raison comme la plus grande bataille que les
Français eussent gagnée depuis celle de Bouvines. Ici commence cette
carrière de gloire qui illustra le siècle de Louis IIV, et qui s'arrêta enfin
devant les épées d'Eugène et de Marlborough. Et si ce fut avec raison que
Louis ÎIV prit le soleil pour sa devise, on peut dire que Rocroi en était
l'aurore, comme Hochstedt en fut le déclin. — Pag. 27-37.
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UB NOUVELLES DES SCIENCES.
Yoîd maintenant le portrait du cardinal de Retz, si sève*
rement jugé par M. Bazin :
» Il était Dé en 1613, le cadet d'une famille ancienne en Italie et iltottre
en France. Foreé,. malgré son inclination , à prendre Tétat ecdésiastlqne,
ii y avail apporté les vertu» et lèaviees de Tétat militaire — det monirf
rcMehéesy des manières libres; un courage k toute épreuve, et une soif
dévorante- de rétoltes et dé guerres. Un jour* parmi les troubles que
nous aurons à décrire, Ib peuple, voyant un poignard sortir A demi de
sa robe, ne put s*empécfaer- de s'écrier: « Totlà le bféviaire de noire
arebevéque! • En effet, on pomraiiiHre de lui, que c'est plutôt un spa<>
dmsitt qu'un soldat- qu'il avait pris pour modèle. Que penser d'un prêtre
qui juge nécessaire dé se défendre comme d'une faiblcHe de n'aroir pat
donné de suite à un projet d^assassinat qu'il avait formé autrefois contre
le cardinal de Richelieu f Gomment concilier cette dépravation de ju-
gement avee ce fou du génie et cette admirable puissance de parole qu'on
remarqua dans Bti vie, et qu'on peut encore, même à présent, admirer
dans ses Mémoires — ouvrage dont le style, à la fois vigoureux et oraé»
nppelle souvent les anciens, dont l'auteur s'était nourri.
9 Dans le temps dont nous parlonss, Gondy, prévoyant les troubles et
espérant d'y jouer le premier rdle, ne négligeait aucun moyen d'établir
son crédit parmi le peuple. Il affectait une haute piété et s'attachait les
dévols. Il distribuait des sommes immenses pour soulager les pauTres. Les
dames galantes dont il était l'amant devenaient pour lui des agents po«
ntlques. Une vieille tante dévote servait, sans s'en douter, i la même fin;
elle allait de quartier en quartier distribuant ses aumdnes parmi le bas
peuple, et la bonne dame ne manquait presque jamais d'ajouter : • PHet
Dieu pour mon neveu ; c'est lui de qui il lui a plu se servir pour cette
benne œuvre. » -^Pag. S8, 88.
Lorsque réponse de Condé se décide à suppléer son mari
dans la guerre civile, et cherche à intéressera sa cause le
parlement de Bordeaux , lord Hahon fait les réflexions sui-
Tantes sur les parlementaires de Tépocpe :
« C'était l'appui d'une des cours souveraines du royaume, qui seule
alors pouvait donner de la consistance i un parti. Sur un arrêt d'un par-
lement, les caisses publiques se vidaient sans scrupule, et les parlicuUeis
payaient sans se plaindre , tandis que les grands seigneurs, sans villeSi
sans magasins et sans argent comptant, ne pouvaient en descendant de
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. N0QTBlii.9g »B6 SaVMCXSv 43»
lewt-dM^ans tnt^ MibêMter leup armé« qu« ]Mr le pillage el \eê paut-
droiu. Bien loin des querelle» d'iniérèt personnel ou des jalousies d'a-
mour frivole qui divisaient sans cesse les gentilshommes, réunis un mo-
ment contre quelque ennemi commun, les magistrats, fermes, toujours
dévoués â leur compagnie, tongeant même quelquefois au bien de Vétat,
avaient pour eui la vénération des peuples, et savaient maintenir, même
au sein de la révolte, une apparence de Tordre légal. »
n me semble que cet liommag^e d'un lord anglais plaira en
f^rance aux descendants des Mole, des Pasquier, des Brisson.
L«rd Mahoa ajoute :
« U n'était pas difficile à la princesse de voir que les secours dont on
la flattait raposaicnt suf des espérances plutôt que sur de» promesses^ et
pouvaient bien lui manquer au moment du danger : cependant, pour le
service de son mari et de son fils, elle n'hésita pas à entreprendre le rdie
périlleui qu'on lui proposait, en donnant le signal de la guerre civile et
se mettmt à la tète de l'armée. »
Après afToir peint Clénenfê do Maillé eaptrrant toutes les
classes à Bordeaux^ à la foie folne de^la i^iHeet diaposawt d»
courage des soldats, lord Mahon trouve un de ces rappro-
chements et une de ces digressions dont je parlaiiS tout à
rbeure :
« En parcourant les événements de Bordeaux ea 1680 ,. on ne saurait
détourner sa mémoire ni éviter le rapprochement delà même ville en 1818.
Tandis que nous admirons le noble courage de la princesse de Condé ,i
pourrons-nous' oublier celui de la .duchesse d'Angpuléme^ lorsque seule »
intrépide et dévouée à son devoii , elle cherchait à balancer le aéle des
soldats pour leur ancien chef et le dernier sourire de U fortune de Napo-
léoa? Non^ l'histoire recueillera ensemble les noms de Claire-Clémcnoe de
Maillé» et de Marie-Thérèse de France l Toutes deux de la maison de Bour-
bon» par naissance ou ]^r alliance; toutes deux encore plus illustres par
de nobles qualités, eUes ont toutes deux fourni l'exemple que ni la gran-
deur ni la vertu ne sauraient garantir dans ce monde de longues et pé-
nibles souffrances. Honte à ceux qui ne^ peuvent jamais reconnaître le
mérite en dehors de leur propre partit Honneur à ces âmes généreuses
qui^ quelles que soient leurs cro];ances» savent se dévouer, ett s'il le faut,
slauBoler pour elles» »
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hik N01TVELLES DBS 8CIBKCE8.
La condaite de la princesse à Bordeaux arrache presque
un sentiment conjugal au grand Coudé :
€ Au fond de m prifon, le prince de Condé apprenait de tempi en tempi
la marche des affaires. Malgré la garde rigoureuse de Bar» il arait trouTé
moyen de lier une correspondance arec quelques amis au dehors; mais
ces lettres étaient rares et incertaines. Les principales lumières lui Te-
naient de Délencé, son chirurgien» qu'on lui permettait de voir quelque-
fois sous le prétexte de maladie. Par hasard Condé arrosait ses osilleCs ,
lorsque Délencé lui conta les éf énements de Bordeaux : Aurais-tu jamais
cru» dit le prince en souriant» que ma fenune ferait la guerre pendant
que j'arrose mon jardin t »
Dans sa sévère véracité, lord Mahon n'ose pas même ici
prêter le moindre remords à ce mari injuste; mais voici un
passage où il se permet d'interroger les émotions que dut su-
bir le prince rebelle lorsqu'il rentrait en France, après avoir
prêté le secours de son génie à l'Espagne contre son roi : je
ne dirai pas contre sa patrie» car ce mot n'existait peut-être pas
dans le vocabulaire des vaniteux Coriolans de la fronde :
« Avec quelles émotions dut-il reToir ces étroits défilés que lui-même
avait ouverts à la victoire, ces sombres forêts de sapins qui environnaient
comme d'un cadre noir cette plaine marécageuse et inculte où les tercios
redoutables et renommés de l'Espagne vinrent succomber devant un héros
de vingt ans! Cet arbre à l'ombre duquel il s'était reposé; ce clocher
sous lequel on avait entonné le Ta Devin de la victoire; cette maisonnette
où il était descendu pour écrire , d'une main frémissante de joie » son
premier bulletin ! Qui de nous n'a pas lui-même éprouvé l'influence des
lieux qu'il revoit pour la première fois depuis sa jeunesse t Combien de
souvenirs déji à moitié effacés viennent en foule se présenter an cœur at-
tendri! Les années disparaissent» l'Ame reverdit» chaque objet rappelle
une ancienne amitié» un espoir déjà déçu; nous croyons être encore A
l'époque où nous nous élancions vers la vie active sans en prévoir les
dangers» sans sentir les douceurs de cette vie tranquille que nous quit-
tions» de cette vie tranquille que nous regrettons aujourd'hui et que nous
ne retrouverons plus ! Mais combien ces sentiments devaient avoir plus
de force pour Condé que pour nous! combien ils devenaient plus graves
et plus amers lorsqu'il arrivait sur les mêmes lieux dans des circonstances
Si changées. Rebelle contre ce roi dont il avait autrefois affermi le trdne!
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NOtJTELLBS BBS SCIENCES. 425
Allié de cett» Espagne que lal-nême avait jadis Taiocae et flétrie ! Cha-
que objet qu'il reDContrait semblait loi adresser un reproche silencieoi,
mais sévère; car, ainsi qae l'a dit Tacite, l'aspect des lleui ne s'accom-
mode point aux princes comme les visages des courtisans. »
On je me trompe fort, on il y a qnelqne chose de si vrai
dans cette poésie, qne Tanstérité de Thistoire ne peut s'en ef-
fiu'oncher. Écoutons maintenant lord Mahon se faisant le
champion chevaleresque de la princesse de Condé, non pas
seulement contre l'indifférence du héros, mais contre son em-
pressement à accueillir la calomnie odieuse qui tout i coup,
en attribuant deux amants à sa femme, le justifiait de deman-
der contre elle une lettre de cachet :
€ Comment concevoir qu'une princesse mariée depuis plus de trente
ans« et jusqu'alors à l'abri du moindre propos, toujours respectée par la
calomnie , qui ne respecte rien , toujours irréprochable au milieu d'une
cour corrompue, ait attendu que l'âge des passions fût passé pour s'y li-
vrer T Comment concilier de pareils dérèglements avec cette haute piété
soutenue depuis sa jeunesse? Comment, sans preuves, admettre une telle
accusation contre la femme qui se dévoua si courageusement et si cons-
tamment à la défense du mari qui la méprisait, contre l'héroïne de Bor-
deaux, contre Clémence de Maillé T Et quelle accusation encore I Non pas
seulement une inclination illégitime, mais le partage honteux de êee fa-
Tcurs entre deux de ses valets !
«Ce fut ainsi, ce me semble, que le public en jugeait à Paris. On crut
trouver la source de ces soupçons dans la rancune de M. le prince et dans
l'avarice de M. le duc. Mademoiselle assure que « M. le duc fut accusé
d'avoir conseillé à M. le prince de cesser le traitement que recevait ma-
dame sa mère. 11 éUit bien aise, à ce que l'on disait, d'avoir trouvé un
prétexte de la mettre dans un lieu où elle ferait moins de dépense que
dans le monde, p Nous voyons assex ce que le duc do Saint-Simon pen-
sait sur cette affaire par deux mots qu'il applique au duc d'Enghien en
frisant plus tard son portrait : Fiu n^MATuaii! L'opinion qu'on en avait
dans ce cerde spirituel où brillait madame de Sévigné, se découvre dans
une apostille de Carbonelli sur les derniers moments de Condé : « La
mort de M. le prince a édifié tout le monde, et vous autres comme nous;
mais j'aurab voulu qu'il eût donné quelque signe de vie au public )K>ur
madame sa femme » Aucune ressource ne restait à la prin<»
eesse. Son père, sa mère, son frère étalent morU; son fils l'avait aban-
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4M NOO^LUBS Di» scisveHk
donnée : il ii^y av«i plus de famiUe peur déneoee. G*ett «iati qQ*dl»
dat repaner en prieonniére ee même fleuve de la Loire qu'elle avait tm-
veifé deui feis dent ia jeunesse pour le senriee de son époui; e'csi ainsi
qu'elle dut voir eneote une fois les ooUioes qui environnent Montiond. tt
lui fallut entrer dans cette tombe vivante. « Elle y avait été gardée bien
longtemps en prison, dit Mademoiselle» et à préaent on lui donne seule-
ment la> liberté de se promener dans laeour» toujours gardée par des geos
que M. le. prince tient auprès d'elle. »
Tous les mémoires contemporains ont été religieusement
consultés par lord Mahon» qui a voulu, nous ditril, se péné-
trer de l'esprit du temps ^ et citer textuellement les propres
paroles des acteurs qu'il met en scène ; mais il paraît que le
Staie Triais Office de Londres contient aussi des pièces ou
ii a puisé quelque» renseignements incomms aux auteurs firan-
Cais, entre antres les dépèehes de lord Arran , rambaissadev
anglais. Enfin il s'est aussi inspiré des lieux , comme il ayaît
fait pour son BUioire de la succession d'Espagne. En terminant
la vie de son héros , il raconte qu'il est venu demander au
cbAteau et aux jardins de Chantilly ce q^'ils conservent en-
core de cette grande mteioîre :
« Longtemps après lui on découvrait encore dane toeosnemenle ée Gba»'
tilly les traces du héros qui les dirigeait, a Son goÉi^ naturel povrie jnr*
dinage, dit son arriére-petit^GIs, se trouvait un penplns à Tain qne^quand
il niltivait des pots d'oeillets dana se pritoa>de.ViBoenne8t * Lai beaalé
et la symétrie du grand et du petit eli*te«i, fes bocnges, les berceau»
les allées, les jsnrdins, ees eauv si dilree, si limpidei» si abonânnlai^ ee.
canal que Condé se plaisait à ereusert le nombre prodigieux, do jet» d'eas-
qui se faisaient entendre jour et nuit et qui entretenaientla fmkbonréo
l'air», cette forât immense si bien percée, si bien alignée, ^eal oal le pot*
traitqu'on noasMt de Cbandlly aTantlai^folulioik Depuis» la plupart dio
eeo menreili'es. de Part ont disparu ; mais la nature ne cèdo^ pas anm^
ilRilemeot à la ftolènee de l^ommo et sait phis.pwwpiemem idpmi.> set-
ratages. De nos joun<eDeeptcnlwvi841) j'aiieneorepuadminr oalto forèi
faste et sau^gci emeaiK limpide» el jaUMsaolos» e» veitt peuplimi
de Hollande qui ont pris racine dans les dëbrfs du grand sfaHeimi etqut
maintenant les ontnnreDt de leur oasbrage ; ces sentiem de pelonaa ol
eeiikaien d^aubé^ne» ce fttîa Château eneora debout et <
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ifCHryHLLS» MES* sonaiCK» c»
aouvenin de Condë, ce» jardini rettaiiréft avBe toin et oè- les fkas betao
orangers, les fleura les plus bnllaiitea répandent de ooufeai^ lattr yarfUtt»»
- Pag. 432.
Ce double hommage rendu à la gloire fratiçaiise et à la laih-
gne française, ne peut que flatter la France , ce me semble.
Un volume de plus de quatre cents pages ne s'écrit pas comme
une lettre : le style de Phistoire offire bien d'autres difficultéar
que celui du roman. La Quarterly Amew adonc bien raison'
de plaeer lord Habon an-dessus da spiritnel correspondant'
de M"* dtt Befftint, et de l'auteur de Yathech'; car ce beau ro-
man de H. Beckford Art primitivement composé. et publié eif
français.
Maintenant je dbis dire quelle est l'origine âe lord Mabom
Ce titre appartient, avec cehii de vicomte, an fils aîné du'
comte de Stanbope. Son aïeule était une fille du premier lord'
Cbatam ; la fsimeuse lady Esther Stanbope était sa tante; La'
plus ancienne et la plus haute illustration de la flimillë fut le*
premier comte Stanbope , à la fois grand diplomate et grand^
capitaine sous Georges I". Le père du comte actuel avait sur*
tout le goût des sciences et des travanx mécaniques. Dans la
polémique soulevée en Angleterre par la révolution française»
il fut l'antagoniste de Burke. Pendant son séjour à Londres ,
le duc d'Orléans (père de S^. M. Lonis-Philippe) s'était lié avec*
lui, etc., etc.
Il s'est fait en Angleterre comme en France, depuis vingt ans,
ime révolution dansles études historiques : il y a jusquHci moins*
de nouvelles histoires que des systèmes nouveaux, et de»d0'^
caments pour servir un jour à la mise en pratique de oes^
systèmes. Cependant plusieurs travanx déjà publiés ont une'
valeur. Les universités anglaises ont aiissî leurs- professeurs'
d'histoire ; mais, en Angleterre comme en France, le professeur
n'est pas toujours le meilleur historien, parce que justement
dans la chaire on contracte volontiers ces habitudes oratoires
qui ne sont pas favorables au vrai style historique. Je vous
signale en attendant deux cours d'histoire [Ltctureè on Modern^
History ) , qui , après avoir fait sensatioa oralement à Gamr-*
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428 NOUYBLLES BBS SCIENCES.
bridge et à Oxford, sont devenus des livres. Le premier est
celai du docteur Thomas Arnold d'Oxford; le second celui
de M. William Smyth de Cambridge. Le docteur Arnold était
le plus jeune des deux, et il vient malheureusement de mou-
rir. Tous les deux ont de belles pages , de ces pages i effot,
qui accumulent les images, les personnifications, les descrip-
tions : on voit que tous les deux, en un mot, sont fort con«
tents d'eux-mêmes quand ils ont composé un petit tableau
modèle, comme trois pages sur le siège de Gènes, par le doc-
teur Arnold, ou un portrait modèle, comme trois pages sur
Charles I*', par M. Smyth; absolument comme mon profes-
seur de dessin au collège , qui nous traçait un nex ou une
oreilfe, et nous disait bravement : Voilà comment vous ferez
une tête. Mais enfin les préceptes sont bons, les conseils par-
faits, et la leçon ne peut certes égarer Tèlève. Ces professeurs
ont surtout Thonnèteté de ne pas nourrir les préventions na-
tionales de leurs auditeurs, et entre autres le docteur Arnold
dit franchement que les Anglais n'ont pas toujours battu les
Français (1).
Quoique je vienne de citer pas mal de [français, je veux
vous en citer encore, du français écrit aussi en Angleterre,
mais par madame de Staël et par M. de Lally-Tollendal. Ce
sont deux lettres que je trouve avec quelques autres dans le
cinquième volume des Mémoires de mus Burney dont vous
avez donné deux premiers extraits, pour en donner encore
un pour le moins. Aussi ne vous analyserai-je pas ce volume
où la pauvre Evelina obtieni enfin sa liberté et s'échappe de
la cour à demi puritaine de Georges III, joyeuse conune une
feuvette sauvée de sa cage et retrouvant le bocage natal.
C'était en 1792... et justement dans le petit asile où la pauvre
(1) « Philippe-Auguste et Louis IX furent constamment heureux contre
Jean Sans-terre et Henri III. Les conquêtes d'Edouard III et de Henri V
furent suivies d'une série de désastres, et si nous descendons à dt$ temps
plus rapprochés, Mariborough fut toujours vainqueur; mais Guillaume III
et le duc de Cumberland furent toujours yaincus, Tun par Luiemboarg,
Tautre par le maréchal de Saie.»
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NOUVELLES DBS SCIENCES. fcS9
victime de Fétiquette respire loin de Ctfhèrt, comme die
appelle Mrs. Schwellenberg, — le flot révolutionnaire jette nne
colonie d'émigrés qui se nomment Narbonne, Lachatre,
Lally-Tollendaly Talleyrand, Broglie» de Staël, etc., etc.;
ultras de Coblentz et constituants, tous réunis par le même
naufrage. A ces noms vous devinez Tintérét nouveau qui
ravive le Journal. Bientôt tous ces émigrés français admirent
miss Bumey ; Corinne elle-même monte sur son trépied pour
chanter Tesprit et la grâce de ce bas-bleu sentimental ; enfin
un adjudant du marquis de la Fayette, le général d'Arblay,
en devient sérieusement amoureux, si sérieusement qu'il 1'^
pouse (1). C'est au sujet de ce mariage que sont écrites les
deux lettres suivantes :
MADAMB DB 8TÀBL ▲ MADAMB D'ARBLAT.
Copet,9aoùt im*
Od me dit une nouvelle qui me fait un eitrême plaisir. 11 appartenail
à votre coeur de sentir tout le prix de Thérolque conduite de notre excel-
lent ami et de justifier le sort en vous donnant i lui, en assurant ainsi k
sa vertu la récompense que Dieu lui permet sur cette terre. A présent que
vous êtes un peu de ma famille, jN spère que, si je revenais en Angleterre»
je vous verrais tant que je voudrais, c'est-à-dire sans cesse : tous mei
regrets comme toutes mes espérances me ramènent en Surrey. C'est là le
fMradis terrestre pour moi ; — ce le sera pour vous, je l'etpére. Je ne
connais pas un caractère meilleur à vivre que M. d'Arblay, et je sais
depuis longtemps combien il vous aime Vous nous deves à présent de
beaucoup écrire. Je vous demande de m*in Former de vos projets, de me
conGer votre bonheur; et si je trouve jamais une manière de vous servirt
disposez de moi comme d'un bien à vous. Adieu > adieu 1
LB COMTB DB LALLT-TOLLBNDAL AU CHBVALIBR D'ABBLAT»
Twickenbam , 9 aoùl 1T9S.
Je m'étais plaint de vous, mon cher d'Arblay ; et puis, par réflexion»
J'avais trouvé que vous faisiez bien mieux de goûter votri- bonheur que
de le décrire* L'amour vous a permis de consacrer un instant à l'amitié^
et je viens vous en deroauder encore un pour ma reconnaissance et pour
(1) NoTB DU DiBBCTBUB. Nous pubUcrous en janvier cette partie du
journal de miss Burney.
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(M miDTHXES nés 6cnEirGM.
IfflKpPMrion def WDBox Its «flot ardenls qoi aieol janab été fomës panr
voto« bonbaur et pour celui de l'être ^ jntéffes«ânt ^i viesi de doublar
le vétct. Vous m'ôtez un bien bon argument dans mes dûputei politiques.
« Citez-moi , disais-je toujours a?ec une assurance imperturbable, un
bomme qui ait gngné à la révolution, p
Au moins, ne porterai-je plus ce défi dans les environs de Micktebam.
Les orages vous orrt eondiftt dans un port qui yaut mieoi que la rive
Mtale, et les démons «veus oat pi^eipllé am pieds d'un ange qui tous a
m\wi. Votre sonta Tmt œliû de si« Burnegr» et tous le faitee auaB
bmueui qu'elle les écrit subUnes. Votre destinée test écrite dans Gecilia,
mon eber ami, et vous aurez autant de jaloux que Cecilia a eu de hec-
teurs. Vous voilà possédant la pratique de ce coeur dont nous avons tant
admiré et chéri la théorie; ces gr&ces de rcsprîl qui nous ont tant séduits,
cette finesse de jugement qui nous a si fort étonnés, ces sentiments déli-
cieux qui venaient remuer le fond de nos ceeurs, cette pureté de morale
qui excitait nos respects : ^ tout cela vous était destiné ! Une si profonde
connaissance du cœur humain devait conduire à juger le vdtre, à appré'
cier votre noble caractère et ce charme de loyauté qui fait qu'on se sent
vntre ami quand on a causé un jour avec voua.
Je suis sûr que miss Burnej vous cura entendu parler du pauvre
Louis XVI avec cette émotion qui tirait las larmes des yeux de Malouet et
des miens la dernière fois que nous avons cheminé ensemble. Citec-noat
tânJt que vous voudrez, mon cher d'Axbiay, vous nous rendrez justice ea
Yous adressant à nous pour obtenir celle qui vous est due.
Xt jour où j*ai reçu votre lettre j'avais dîné chez le chancelier» et pen-
dant une partie du dlaer« votre mariage Avait été le sujet de renlietiea
général. C'était à moî tout oatureJUemeot k conter votre hUtoire et à
réipendre à tout ce qui était là du sort de miss Burn^y. J'ai rempli le de-
Yoir, je ne dirai pas d'ami, mats d'homme juste; c'est tout ce quil voas
faut
Enfin toute notre colonie nU qu'un aentimeni et qu'une voix. Le
prince (1) vous écrit, Malouet vous écrira, la princesse (2) se joint à tout ce
que nous vous disons x voas «onBaisaezaoa âaie, tous eaToi qu'elle se ré-
fléchit dans tout ce qui esi beau et dans tout ce qui est bon ; vous aies va
son entraînement vers miss Burney. Nous jouissons aussi de la part qu'ont
eue à cet beareui événement M. et madame Lock, de celle que prennent
H. et madame Phillips. Tout ce queThumanité peut atteindre de verla eC
dbtenir de bonheur est au milieu de vous tous. Jouisse^^n limglenpf,
el que TOtre félicité soit aassi incorruptible qae votre «aracterel Pré*
(1) JjB priacedt Poix.
(3) La prinoeiio d'Heaia.
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irOWELLES SES 9CXEKCM». IM
«Hit€K, je Tovs ptie, moB honuuge ve^eeteein à nadai» d'AïUaj, H
9ûm^iti toujouri «ur moi camme lur un ami fui tous estacquii â jamaU»
LilXT T0I.LB?a)At.
p. s. Lorsque mon père commandait dam Tlnde, il fut fort mécontent
d'un officier qui, chargé d'une mission chez les HoHandais, en avait eom-
ipronis le succès pur la faute la plus grave. Mon pauvse père, le m«ineiir
des hommes en actions, mais le plus vif an propos, lui écrivit dans aa
tolère : « Si vous retombez dans la mène faute, je vous préviens, qu'eua-
iiez'vous la tète de mon fils sur les épaules de mon père» je la fesai
sauter. »
Comme il fermait sa lettre entre son maître d'hdtel : « Que veux-tu?
» — Monsieur, je viens d'entendre dire que vous envoyez un exprès chez
» les Hollandais, et comme nous n'aurons bienfèt plus de caié, je suis
•9 venu vous demander si vous ue Toudriet pas en faire venir. •— Tu as
.9 raison. » Fit voilà que mon père, qui ne sa souveaaii déjà plus de aa
colère, rouvre sa lettre et mande à son officier, en post-soriptum au-des-
ions de la belle phrase ci-dessus : « Je vous prie, Caites-moi le plaisir de
m'envoyer pnr le porteur un ballot de café. »
Où tend toute cette histoire î Â justifier par Veiemple la disparate
tout aus^i forte que je vais me permettre. Mon laquais vient d'entrer
diez moi et m'a dit : « Monsieur, on dit que vous écrivez à Mlekleham :
la dernière fois que vous y avez été, voua avez oublié un bonnet de nnît
ftune paire de petites bottes; si vous vouliez bien les demander ?—>SMt^
Et voilà que je termine un épiibalame en priant l'époux de vouloir him
donner des ordre^^, je ne sais pas à qui, afin que ces petites bottes me
soient renvoyées à Londres. Norton-street, n* 17. Où se cache-t-on quand
on écrit de ces choses-là T
-^ N'est-ce pas que ee foêt-êer^ptÊim «st ohnrniant? mais je
i»ou6 laisse nifonx eneora poor rextrait qne vcws fwuirez feîffe
de ce cinqui/^ine volume, lequd «eia suin d'un eisième ai
dernier.
Au reste, vous nepouTaz vous plaindre de oelte fin d'année:
grâces aux ouvrages nouveaux que je yoas envoie, vmis avez
des naatériauK pour enrichir la Rewiê en ISi'S. Et d'abord c'est
l'auteur des ZinealÎMj ce M. Georges Borrovr dont vous avez
déjà tiré si bon parti, qui s'ofre à tous avec trois curieux
volumes dans If^squels il raoonte toutes ses aventures en
Espagne, oi il sefait oaiportaurdeBildea. TheBibkin SpeànsL
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43S NOUVELLES BES SCIENCES.
plusieurs chapitres dignes des plus amusants romanciers pica-
resques de la Péninsule. Les Juifs, les Maures, les Bohémiens,
les mendiants, les chercheurs de trésors, viennent successive-
ment poser sous son daguerréotype. Sa manie biblique lui bit
courir toutes sortes de dangers : les sorciers s'en mêlent
comme ils font dans le Manoêière de Walier Scott, où la
B^U est un talisman de prodiges plus ou moins sérieui, y
compris le plongeon que fait le pauvre moine dans la Tweed.
Par exemple, cette amusante odyssée biblomaniqne ne nous
&it pas connaître encore ce qu'est précisément H. Borrow;
mais son ambition eût été de devenir le Luther de la Pénin-
sule. Malheureusement quand il offre des Bibles à ce peuple
à Taumâne, on lui répond généralement ; Vous seriez mieux
reçu à nous offrir des balles, de la poudre et des maravédîs.
Enfin, à force de se faire passer pour bohémien, H. Bor-
row court un péril d'une autre espèce : une gitana veut abso-
lument Fépouser, le suivre en Angleterre, et lorsqu'il dit à la
mère : Mais je ne suis pas assez riche pour nourrir votre fille,
la mère ouvre de grands yeux et dit au grave agent de la
société biblique : a Vous voulez rire, mon caloro de Londres;
pas assez riche, dans le pays des guinées et des livres ster-
lingl avec une adroite voleuse comme ma fille I... mais vous
serez millionnaire en peu de jours. »II parait que, de peur de
se laisser prendre dans une autre excursion, M. Borrow vient
de se marier à une Anglaise qui n'a pas l'adresse de la gitana
refusée, mais qui ne l'exposera pas à être envoyé à Botany-
Bay. Parmi les voyageurs que M. Borrow rencontra en
Espagne est le baron Taylor, qui n'a guère l'humeur moins
errante que le vénérable ealoro de Londra, mais voyageur
qui sait, de son aveu, faire un peu mieux respecter son
rang et son caractère. Dans le fait, le baron Taylor, avec
l'élévation de ses idées, ses libéralités de grand seigneur, ses
enthousiasmes d'artiste et de poète, sent si peu le Bohème,
que M. Borrow s'imagine que le baron est au moins un
prince : Taylor sourira au reste lui-même le premier de cette
auréole royale dont son ami voudrait enluminer son portrait :
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NOUVELLES BES SCIENGEâ. 433
€ Dus le eoandemés YoyagesJ'at formé beaueoop de liaisons d'amitié»
meb aueane ((ui m'ait plas intéresié que celle du baron Taylor. Aui ta-
ieots les plus aeeomplis et de Tordre le plus élevé* il joint une bonté de
cœur qu'on rencontre rarement. Ses manières sont naturellement de la
plus aimable courtoisie, mais il possède encore une bienTcilIance si facile
qu'il ne trouve aucune difficulté à s'accommoder de toutes sortes de com-
pagnies. Il 7 a autour de lui un mystère qui partout où il va ne contribue
pas peu à augmenter la sensation qu'excitent tout d'abord son aspect et
•es manières. Qui est-il? Personne ne peut le dire positivement; on assure
tout bas néanmoins qu'il est d'origine royale (a tei<m ofrayalty) (1.) Et qui
peut regarder un moment ce port plein de grâce, cette figure si intelli-
gente et si originale, ces grands yeux expressifs, sans être convaincu qu'il
n'est pas plus sorti d'une race commune qu'il n'est un bomme commun.
Il a été employé par l'illustre maison à laquelle on prétend qu'il appartient,
dans pluf d'une mission délicateet Importante en Orient et en Occident. Il
était alors occupé à faire une collection des cbefs-d' œuvre de l'école de
peinture espagnole destinée à orner le palais du Louvre. Partout où le
baron Taylor m'aperçoit, dans la rue et dans le désert, sous les palais do-
tés et sous la tente des Bédouins, à Novogord et à Stamboul, il ouvre
et étend les bras en s'écriant : 0 ciel I j'ai encore le bonbeur de voir mon
cber et très-respectable Borrow. »
Je in*aperçois que mes citations de cette lettre me forcent
de la suspendre ici : ce ne sera donc que dans une prochaine
que je tiendrai ma promesse de vous parler des théâtres de
Londres; il me reste tout juste la place de vous signaler
quelques ouvrages excellents qui paraissent ce mois-ci. C'est
d'abord : l*" Une nouvelle édition des Lettres de Catlin, sur
les Indiens de l'Amérique du nord^ 2 vol. in-S"". — 2° Un
ouvrage de Mr. St.-John9 sur les tnœurê et hê coutumeê de
l'ancienne Grèce ^ égal peut-être à YÀnacharsis de Barthé-
lémy. — 3"* Souvenirs de la Sibérie^ par Ch. Herbert Cottrell,
2 vol. curieux qu'on peut lire après l'ouvrage allemand de
(J) Note du dirbctxur. Nous qui n'avons pas vu seulement M. le baron
Taylor en voyage, mais qui sommes de ses plus vieux amis, nous croyons
que M. Borrow n'avait pas besoin d'expliquer par une naissance rojale
tout ce qu'il y a de vraiment royal dans notre ami : son désintéressement
et sa générosité, qui ont souvent été jusqu'à faire à des rois des présents
comme les rois n'en font plus eux-mêmes.
5* SÉRIE. — TOME XII. 28
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43fc NQUVSLU3S DES 6€IBHGES
Kolh, dont dcM tsadncttaiw ai^aises psffaifiaeat à la lus.—
1^0 MilaHim de ïexfidiUM de Chinù^ par le docteur MacplMnoii,
s¥ec beaucoup de détaihy d'observatkms et d'anecdotes.
M-Mnrrey annonce, onlre WJûumalérunpriionnierâesA^hant,
parlelieirtenaatEyTe-.UnFoya^feirfl^ratdir^ira, par James
Abbott. Un Voyage en yacht dam la Miditerranéêf par une
I^dy . Une seconde excursion dans TAméiique centrale, ptf
Stephen, etc. Parmi 4oas ces bons ^ nârieu Mm»^ les
romans ont un pra IobI, snèma celai de Goopsr, le As
fbUêt (1), lAndry Bmiy ^b £ee#r, €te. Nmis parierons de
tovt cela... Vannée prerdmne...
Sooi leii«re de Rickgirckm tgta- kê tmiOérM «uoMbv wemirm 4$
Xor§amMHm^ MM. Bqmu et Cabearsfoat présenté dans l'ane
des dernièret séanoes de l'Acadèniie des sciences, un travatl fortre-
marqeable dont nous allons donner un résumé succinct
Depuis longtemps les chimistes ont signalé dans les animaux
trois matières azotées neutres, remarquables , soit par un gnnd
nombre de propriétés communes, soit par leur abondance dans les
liquides et les solides de l'économie, soit enfin par leur présence
dans nos aliments les plus essentiels. Ce sont Ta/^umine, dont le
blanc d*œttf est le type; la y?&rtne,*qui forme la portion coagulable
4u sang, cit la coêéine, qm cons^Cue h partie animale du latt.
Des recherobca {Ans réoentes dues k Prerost et Leroyer, «înn
^u'à Muldety nous eut apprît (fae les plantes oonliennent de Vér
bumiae «uî «e cenféMl, par ses propriélAsy avsc l^albnaHae de
Pœuf ou du sérum 4 TéUt de eestnlation.
Braconna^ erou8tetBoullajenfoitwQàr,JepieBikr, qu'il .exisU
dans les graines des légumineuses, les deux ^MTIite qn'en «encontie
dans les amandes un principe analogue à la caséine du lait.
Enfin, dans sas eoars publics de la Facallé de raédecrne, H. Ba-
mas a considéré le résidu qu'on obtient en épuisant le gluten brut
par l'alcool, après l'avoir privé de fécule, comme identique & la fi-
brine.
(1) Réimprimé à Paris, clies BaudQU
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nomrBUES ses scinrcBS. tn
Bii-hnit mois'aTwit la pvblkuethm dn ntedkreidoiitiMMiBrflaidôns
complc, MAf . Damas «t BoranagMilt, dant /on essai <de sQiikpM
diimiqne, poaèrenl 'a9 priBoife «que In mâiferas aHnimMtolHoi
ecistent dans tes plaiites, ^^aHes passBnt tontos formées dans Je
corps des herbivores, <d/où oHes «outtetnulto laaMppriAea^dapfrefcliw
des earniforea. D'après oelto thèerày ta plmita ^oéIbs aiiffaieiil le
prinlége 4e«réer osa «a^Ms;; les ènriMaorasme tatéent qwà les
séparer et ee les «ssioiUcv.
Si ron examine les aliments de lluBHmaot desttiîmawfftaaqpwt
de me de le«r oonstilaiion ohimiqve» e« obiorvo qa'ils rooisr-
ment, ontre les trois matières neaérea doni œiisaf one parlé» Inais
matières partioalîèreségilennvt sMstnftci aasÉèsa» savoir» lajltt*
tee, qui ferme la pavtie diiflidmi4>nii8cflidbla dm» IVdcool eoft^
eontrè ; k Titeillney qui eonslîtfl» la majesve f aitie idm jaiiiie d'mtl^
et la légfumÎBe, f«i forme -la matîèrB tmAée M plus ^boodanle dds
légumineuses ; outre ces principes , on rencont» CBCOfie des ÊÊÊtf
tières fécolenies grasses on aaerèos.
MM. Dumas et Gabon» dtaMîasent les ^eox principes «sîtanli
de l'alimentation ; savoir : i* (pie les matîb'es aaotées neutres sont
m élément nécessaire k ralimentalfen des animami; T qae osa
derniers penvvnt se pasaer de maliens grasses 4hi miorâes , anais
quils tie muraient être privés 4e84eax 4 la ft)îi«
L'obligation oà se trouvent les animaux de faire entrer dsma
leur régime les matières azotées neutres qni exigeât dans lenr
organisation, semble démontrer étidemment qu'ils ne peuvent
créer par «ux-mémes ces produits. Or, si Ton sait ces matières,
<lepufs leur introduction dans Teslomac jusqu'à leur sortie dn
corps, il est facile de démontrar qu'elles se troevmt repeésenléos
par l'orée, qui , dbez liionme et les faerlnvoros, constitue le pri»-
cîpal prodaf t de l'urine, et par Paoïde tiriqae, qm, abez les oisean
et les reptiles, joneie même réie que f«iréa.
Ainsi , abstraction iaiie des ptiéDomèiies qui se passent dans les
organes, «t en ne oonsidémnt qae la balance d-entrée et de sortie^
on trouve que l'bomme vend en wée k peu près tout l'azote qu'il
avait reçu sous larme de matière aUnuiineasey ou fibrinonse, ott
casense.
Toute tSndustrie de l'orgatiisme smisnad se iMMmerait donc.ès'aa-
similer eette matière axolée on è la coawntir çn vrée snianatses
besoins.
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186 KomrBLLES des scibhges.
MM. Dumas et Cahoun donnent ensuite le détail de plus de
cent cinquante analyses exécutées avec tous les soins înagiaabkSi
qui leur ont servi à fixer d'une manière précise la composition
exacte de ces matières. Nous laisserons de c^ tous ces détails pour
arriver aux conclusions de cet important mémoire.
Les expériences auxquelles se sont livrés MM. Dumas et Gahours
établissent d'une manière certaine que l'albumine possède la même
composition dans tous les animaux , et à plus forte raison dans
tous les liquides d'un même animal.
' L'albumine végétale ne diffère en rien de l'albumine animale,
sous le rapport de la composition ; seulement, tandis que l'albu-
mine animale est toujours accompagnée de sonde libre, l'albumine
▼égètale se rencontre dans les liquides acides. La caséine, prise
dans les herbivores, possède la même composition que la caséine
de la femme, qui, par ses habitudes de vie, se rapproche des mam-
mifères carnivores.
Dans le sang de bœuf, il existe une matière qui semble se con-
fondre avec la caséine par la composition et les propriétés.
Enfin, la farine des céréales renferme également une substance
qui paraît identique avec cette matière. Du reste, toutes ces ca-
séines ont exactement la même composition que l'albumine. 11 n'en
est plus de même de la substance qui fait partie de rémulsion d V
mandes. Elle renferme plus d'azote et moins de carbone que la
caséine animale et que la caséine des cérc^ales. Elle se retrouve
avec une semblable composition et les mêmes propriétés dans les
amandes amères, dans celles de la prune, de l'abricol, la graine de
moutarde blanche, les haricots, les pois, les fèves et les lentilles.
Cette substance se rapproche de la gélatine par sa composition,
mais en diffère essentiellement par ses propriétés. Tout porte è
croire que c'est une combinaison d'albumine ou de caséine avec
un autre produit. La légumine forme donc une substance analo-
gue, soit à l'albumine, soit à la caséine ; mais mélangée ou mieux
combinée avec un autre corps plus azoté qui la modifie. La fibrine
^u sang des herbivores a toujours la même composition. Celle de
l'homme et du chien présentent quelquefois un peu plus d'a-
zote. Le résidu du gluten épuisé par l'alcool et l'infusion de dia-
stase, se rapproche de la fibrine des herbivores. Toutes ces fibrines
renferment un peu moins de carbone et beaucoup plus d'azote
que la caséine.
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NOUVBLLES DES SCIIVOBS. kVI
En traitant la fibrine par l'eau bouillante, il se dégage de Tarn-
meaiaqtte et il se dissout une petite quantité d'une matière azotée»
tandis qu'il reste pour résidu plus des neuf dixièmes d'un produit
insoluble dans l'eau» qui possède une composition identique à celle
de l'albumine ou de la caséine.
Ainsi, comme aliment la fibrine représente presque son poids
d'albumine ou de caséine; comme produit de la vie animale, elle
ae place entre l'albumine d'où elle provient, et la gélatine qui se
forme dans les animaux, aux dépens de leurs aliments azotés.
Les matières albuminoldes essentielles^ c'est-à-dire l'albumine,
la caséine, la fibrine et la légumine, constituent l'élément azoti
prédominant de la nourriture de l'homme et des animaux; peut-
être sont-ce les seuls qui jouissent à la fois de la propriété de se
brûler dans le sang pour se convertir en urée, et de se fixer dans
nos tissus par les procédés de l'assimilation, après^ avoir subi les
modifications convenables dans leurs propriétés.
Il résulte de là que si dans un aliment on parvient à définir
exactement la dose d'albumine, de caséine, de fibrine ou de légu-
mine qui s'y trouve contenue^ on aura précisé le pouvoir de cet
aliment comme capable de satisfaire aux besoins de l'assimilation*
C'est en mangeant de semblables matières et en les digérant que
nous formons nos muscles, nos tissus, et que nous les préservons
des altérations qu'ils auraient à subir d'un sang trop appauvri. Il
résulte de là que la quantité d'azote que renferment nos aliments
donne leur équivalent sous le rapport de l'assimilation; la matière
azotée étant la matière essentiellement assimilable, celle qui con-
stitue la trame de l'organisation toute entière.
On peut donc avec l'exacte connaissance de l'acide carbonique et
de l'eau qui s'exhalent des poumons, et de l'urée qui s'échappe par
les urines, calculer le régime alimentaire indispensable aux di-
verses conditions de la vie, MM. Dumas et Boussingault doivent
publier prochainement un travail sur cette matière, en mettant à
profit les analyses des différents produits qui servent à l'alimenta-
tion ; analyses qui devenaient indispensables pour ce genre de re-
cherches.
MM. Dumas et Cahours se sont surtout efforcés dans ce premier
mémoire, de fixer d'une manière certaine la composition de ces
différents produits qui présentent tant d'importance en raison du
rôle qu'ils jouent dans l'économie, afin de s'occuper ensuite plus
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partfciriièramnt âerétnd«desmod!ficatiitii»-qa'R9S«èîsMiit soas
FinflueDce de la rie. Ces* saraoCtse propomnC d'étaéler dan» «ne
série dis mémoires, dès questions de pliysiologre cbinîque du pin»
fiant hiiérêt. "Sous aoqs empresserew tawfwiw d*ineéror dansoo
recueil un résumé de travaux qui intéressent si ▼ivement ta science,
et d'autant pltrs qn'éllH' sont un objet de eeniroverse de ta part
ftnfehimiste afieraand Tbrtdfstfngué', M; Bîebî^i qui de son côté
s^èocupe de ces qoestions'i quiil envisage sovs un avire point de
▼ne (t).
H ressortira 'de cette llilte> nom n^n deutenepae^ des fbits d'une
Iprande importance, tant souple point dk vue tÉiéorique que soue
eehif de nippttcalion. Que nv doîl-on pas attendre en eilM d*utt
ftontmer tel que H. Dueras, qui dbm^ h, seienee de sa hante et
puissante intelligence , qui* traite tous lèfsujeliy si a«Au9 qu'il»
iofent, avec une Ibcidilé si* rare> avec une ftnesso'dUpeiçva si ad-
mirable, et du jeune clritaiîste qu'il s^M a^jeînty qui a déjà inserît
«on nom dans la science par d'excellente ttavaifiz et qui est si ptain
d'avenir.
(1) Note du dubctbur. Toir la HeviM Britonni^vs, numéro d'octobre
dernier.
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CffiU»«IQl>£ LITTÉRAIRE
sauâ
fiEVUE imiTAHNI^i»,
BT BtrLLETIlf BIBL lOOR AFHYQ'U'S.
j^iouiiti 1842.
XfoNsrerm le BiRECTÉtTR>
Je suis Anglais... un Anglais vra)^.« car^ dernâiremttit eocoM»
an honorable électeur de Paris nous a rappaié qu'il y ai ataii
d'autres, et je ne sais pas de cenxrci : j'ai à cœur de le dire», si par
hasard quelcpies-uns dfi vos collaborateurs avaient quelques affaîneft
à régler avec notre cour for ihe relief of insaheni dêbioniie sm»
UB Anglais de Londres^ et de plus uades lauréats d'Oifiscd. Your
m'excuserea donc, monsieur, si j'avais cru de bouns foi savoir mai
langue maternelle» et si étant venu sur les bords de la Seiee pour
l'enseigner grammaticalement aussi bien que littérairement, je
ne fus nullement effr»yé quand on me dit que ht très-illustre
universilé de France avait nommé un jury pour juger de la capa-
cité de tout maître de langue vivante qui prétendait professer dans
ses collèges, le me présentai avec tant d'autres^ cet automne, de-
vant on aréopage d'érudits llnguisles, et j'avoue, mais je ne fus
pas le seul, j*avoue avoir un peu ri de la prononciation de quel-
ques-uns ; mais, soit qu'ils m'eussent vu rire peut-être, soit juste-
ment parce qu'ils auront pensé que mon accent n'était pas Te bon,
attendu qu'il ne ressemblait pas au leur... je suis, monsieur, de ceux
qui ont été solennellt^ment proclamés inhabiles à expliquer aux
ècoKers de votre capitale la grammaire de Siret. Il est vrai que,
pour me dorer la pilule, on m'a gracieusement attribné dans le rap-
port de vastes connaissances liltéraires, et une grande facilitée
parler français. Bien obligé... 11 ne me reste plus qu'à retourner
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440 cBRomQOB unràtjdmm db la eitub BBiTAinn«im«
à Londres, avec ce certiflcat des illustres littérateurs du jury uni-
Tersitaire, pour y enseigner celte langue, qu'à ma grande surprise
je me trouve savoir mieux que la mienne; mais, en attendant»
monsieur, de peur que cet indulgent jury ne m'ait un pea flatté,
je voudrais me franciser encore davantage, et pour cela m'exercer
à juger les autres, métier qui, dans ce pays-ci, est, à ce qu'il parait,
le plus facile de tous en fait de langue et d*accent... Pardonna
encore cette dernière saillie de ma rancune contre l'université. Je
pourrais bien me proposer à quelque journal quotidien pour faire
des romans en feuilleton ; c'est encore assez aisé, soit qu'on veuille
imiter Charles Dickens , comme fait M. Eugène Sue , après avoir
épuisé toutes ses imitations de Cooper; soit encore que, comme
M. Alexandre Dumas lui-même, on prenne dans votre Revue dea
traductions toutes faites — par exemple le conte irlandais de 3V-
rence le tailleur, — et qu'on se contente de changer le lieu de la scène,
en mettant la Sicile pour l'Irlande; soit encore qu'on ne change
rien du tout, comme un autre feuilletoniste, qui dernièrement a tout
bonnement signé de son nom (si c'est un nom) l'imitation d'une
légende galloise ; mais, monsieur le Directeur, laisserait-on faire
i un étudiant anglais ce que se permettent ainsi sans vergogne les
auteurs, vos compatriotes, ces malheureuses victimes de la contre-
façon belge? Ne risquerais-je pas d'entendre crier haro, comme le
baudet du bonhomme, si, sous prétexte que les loups et les renards
littéraires égorgent impunément moutons et volailles.
Je tondais d« vos prés la largeur de ma langue ?
Non, non, je serai plus honnête, et d'ailleurs mon examen mal-
heureux m'a aigri la bile; j'ai besoin delà répandre quelque part,
serait ce contre l'université elle même... Voulez-vous m'a utoriser
à faire un peu decrilique?
II m'a semblé que, lorsque vous citiez à voire tribunal I^^ auteurs
contemporains (avec toute votre courtoisie, monsieur, vous avez fait
de tem ps en temps quelques petites exécutionssommaires), il m'a sem-
blé, dis-je, que vous aimiez naturellement à vous placer à un point
de vue britannique, £h bien, qui peut mieux qu'un Anglais ju-
ger ainsi vos poètes, vos historiens, vos philosophes, vos roman-
ciers? 11 s'agit de rapprocher les deux littératures (le génie da
nord et le génie du midi, comme dirait un de mes juges), d'en faire
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■T BOLUTflf BnuoMuraiftin* Ml
ressortir les analogies et les contrastes» etc.» etc. £h hien, moi^
sieur» je crois savoir ma Itltérature anglaise, et riuiiveffsilé mena
a déclaré que je savais fort bien ma littévatore française; accepte»*
moi. Je suis libre de toute coterie; ma franehise, mon /oAfidif*
lUme a perdu un pen de sa rudesse dans le monde de PariSj Je s»*
rai vrai sans être cruel, et si, disciple et oompatrioie de Pope, je
ne répugne pas k faire uue Duneiade, comme elle sera traduite es
françau, vos Duns parisiens se consoleront en disant qqe TOtre
critique est, après tout, un fils de la perfide Albion, et un oandîdal
refusé par le jury universitaire.
Lord; sir, a mère mechanic l Strangely low,
And coarse of phrase... jour eDglish ail are so.
Enfin, monsieur, si je loue aussi, et ce sera volontiers de temps
en temps, ma louange n'en aura que plus de valeur. Je n'ai aucun
intérêt à louer; après ce qui nous est arrivé, à moi et à quelques
autres, j'espère bien qu'aucun de vos littérateurs ne prierait un
critique anglais de lui faire la courte échelle. Inconnu et invisible,
je n'aurai nul besoin de m'écrier comme notre petit bossu du temps
de la reine Anne :
Shut, shut the door, good John; fatigu'd I said,
Tye up ihe knocker, say I am sick^ I am dead (!)•
Ainsi, monsieur, si je commençait aujourd'hui, de peur de paraî-
tre trop terrible , et surtout pour prouver toute mon impartialité,
je choisirais trois ou quatre ouvrages que je louerais comme vous
pourriez les louer vous-même; car je connais vos sympathies, et il
y a une communauté d*idées entre tous les gens de goût ; pardon-
nez, monsieur, si je me compte, mais on peut se prévaloir sans
trop de vanité de son goût, aujourd'hui qu'on n'estime plus guère
qne le génie. Si, par exemple, vous m'autorisiez à dire mon
avis sur les Petites misères de la vie humaine, ce n'est pas
moi qui vous nierai que votre* ami Old-Nick est un esprit du pre-
mier ordre. Ne fait-il pas, et presque seul, dans la presse quoti-
dienne, de la critique comme je voudrais en faire? Sans appeler
toujours les choses par leur nom, sans jamais chercher l'homme
(1) Éptlre au docteur Àrbuthnot.
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4tÊ GHKOKIQUB ClIlAVAni W lA &IVUB MliAXHIOinif
divrièw Pécrifuif»» ne- 4tMf pw la térité nêmri ses amis , <m
qoBflé it él«derm peo de* 1» dKre toute entière, n'a-t-tl pas ds ces
nota tus ^«î défendent au Itoetenr d'être abmè par un semUanr
éMliogeFDref, cmmne lou9 les- esprits généreux et jeunes^, malgré
80» dtaM4qiiesiimêiiii, n'esl-îl pas plus heureuT de troarer lé bien
q«a*lt nialî et tout eela d^in 9tyle françai»^ ^est-Â*4rre, d'un styfe
oMr, flan» nMogîsme , sans manière; font eeh, sans se eroinr
(Mlgé d'inrenter de'nevfeaux termes pour définir une lîKéraiure
qui «iclÉe'Sr Mforent le tideées idées soua Fétrangeté de Ta phrase.
Voilà Totre Old-Nick, qui n'a du yiem iflH^ou du dfeMe que son
esprit passablement Toltairien. Ce critique a donc fait un livre : je
Tai lu ayidement, et si vous voulez mon opinion sur ce livre, c*est
d'abord, chose rare, qu'il a fait réellement un livre avec un plan
et une pansée, livre qui n'est ni le pénible commentaîne des ion-
§ea qui l'accompagnent, ni un fotiletaiie à caricatures. Cependant^
apsès avoir adopté une pensée philosophique l'autena n« yesVîl
gas un peu trop préoccupé de. la nécessité d'être léger ei gai , j«B^
tement parce que l'artiste (j'en demande panion à M* GnaAnOe)
ttbt un peu triste? JCaarais voulu que sa gaîeié na fikt pas to«jom
commandée ; pourquoi ne pas avoir cherché des mattffrê n» pes
plus naïfs, un peu plus bonnes gens, un peu plus de bonne foi dans
leur désappointemenits et lents nésanrantnrea; cela nous eût vain
quelques caractères de oamédie*, et trCs-comiqnes même peut-être.
Trop souvent les martyrs des Petiteê misérei^ quand ils nous font
les confidences des coups d*épingle dont le malheur les poignarde,
se îaîssent aller & la parenthèse épîgrammatîqoe, comme ce nuri
dé provînce qui', en racontant h Faustus Fhistoîre de ses nom-
breuses cuisinières, nous apprend plus malicieusement que dé-
bonai rement le secret des téte-à-tête de sa femme avec l'ingénieur
du département. Or, c'est Ti le grand tort des auteurs français^
monsfeur, de prêter de l'esprit même à leurs plus naïfs person-
nages, et c'est surtout leur tort au théâtre , où les jobards de
ir. Scribe rui-toême disent si volontiers au parterre : <c N'est-ce
pas que mes bêtises sont bien spirituelles?» Les Gérontes de Molièae
étaient drôles sans le savoir.
Sur ce type moitf^ naïr, moîliè subtil, a été conçu, il me semble,
Jérôme Paturot à la recherche éTune position sociale, amusante
satire de tous les aventuriers qui exploitent aujourd'hui l'industrie
et les arts, la politique et la littérature. Ce roman serait an chef-
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d'oiavresi faoUiir s'avâii pts qnel^tfbî» plaié M pDopo» lionis»
daaA la boucbe éà «t konsetier ambitîevx et bel espiit*. Qnct «ti
oet aHlear? je rîgoora. Tout d'abord cbacuA a fait la même qmm^
tÎM : quel e>tril ? car Paturot est adorable; mak ehanm se dk:
«Cest Tauteor que bous iroalaM eonnaltre'; en mit^paelè pèra:
litiéraire de Baturoti Si'eal eoicnre omteBii. Jkkâ a'ifa «?ai£ osé «foir
tovie la malica dant' û eii capable!. »< Blaga et enlifiie laut à la»
foîS|. momieiVy.qEe eetAe ionpoitaoea ao^niee Ion* àcoAp par. l'a»-*
taor deçà satirique badÂnage^é^rit af«Q taaida vaawi et que y«k
l^èdans ma bibUeibèqua entia GuaMd^ek Bmaphteffi Chmlmr^i
mais taut en. faisant mes réservesi paur dins kVmximr lvâ-môm«».aii
jeûnais je le connaîsj taut ce q^ lui manqua paur iflalar ruacnt
UauUe de ces deox cbe&rd'couvfe*.
MainlenaiU, monsieiir, vous roifez quftia suis plus modèrAque*
iM>ua ne pensiez peu uétra dans mes èk^es et mes eritiqnes», VoHleE'*^
TQttS que yt vous dise aussi quelques moia sur un petit, valume qnÂ.
eal encore venu tomber comme une petita bombe' au milieu de TOr-
tre littérature mililanta : c'est le volume dest fablesde M. Yiennet
Snr les rives de fà Gambie,
▼ër» les pays oh les Anglais
Expleiteot i la fois, mn brave* des niais,
La traite et lapbilaBlhrapie;
(XaXiof» m /a FSmSoiir.)
Je me hâte de citer ces vers pour vous prouver que si vous m'ad-
mettiez parmi vos rédacteurs. Je ne serais jamais injuste par es-
prit nationaL En effets malgré ees vers anlibrilanniques, je pro-
clame M. Yiennet, non pas l'égal de votre la Fontaine, maissup4*
rieur à notre fabuliste Gay, qui fut notre bonbomma à notfs, et
qui faisait quelquefois de ces fables satiriques comme les aimo)
M. Yiennet (i). Ce joli volume s'ouvre par unapcéfaaeq/aiestdéjîà
uneamusanie distribution de pelits.cou ps de patt^,mais<{ui>. écrite
par un bomme aujourd'hui pair de France el.n*asaat pas-été Bvinia*>
tre, a surtout quelque chose de très curieux. Dans un siàcle oà tant
de Figaoos politiques oublient les goûts démocraUques et litté-
raires de leur début, U. Yiennet déclare n'avoir jamais eu> qu'una
gassion, la passion des lettres; qu'une ambition, celle d'être hammar
(1> La Chenmèet te Pàpilion de IT Trennet est dnolament la mêmr
ftbia que U$ Pa§UUm 0t 9$ HfNOfmde Gay.
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444 GHEONIQUB UTTiftAIlUi Dl hJL UTOB BMTARiriQUS,
de lettres. «Ce n'était pas^ditiï, uoeambUionvagae iDdèterminée,
indifférente sur le but et les moyens. Je n'étais pas un de ceses*
prits irrésolus, prêts à se jeter à TaTenture dans la première lice
dont la barrière se trouve levée, et qui devienneot des César ou des
Mandrin, des Richelieu ou des Dubois, suivant qu'il plaît à la
fortune. Non ; mon ambition était attachée k une idée fixe. Je ne
tenais nullement à être un César ou un Richelieu. Si Dieu mt
l'eût proposé, je ne réponds pas que je l'eusse accepté. C'est à la
gloire des grands poètes que je visais. Une statue de Corneille, de
Molière, de Voltaire, me tenait en extase ; mes yeux se mouillaient
malgré moi. Les statues d'Alexandre, de Louis XIV, de Sully, me
laissaient froid comme le marbre dont elles étaient faîtes. Je n'en-
viais au dernier que sa franchise : sa puissance, sa gloire ne me
tentaient pas ; il m'importait fort peu que l'histoire parlât de moi
i la postérité ; elle est d'ailleurs assez sujette à se tromper. Cétait
moi qui voulais parler par mes ouvrages aux générations futn-
res, etc.» Voilà l'homme qui rappelle quelques pages plusloin qu'il
s'est vu, grâce à la politique, « chassé, banni du monde littéraire,
traité d'âne, mais d'âne vrai, à quatre pattes, à longues oreilles...
insulté par un relieur qui lança un prospectus où sa peau figurait
avec le prix à côté, entre le maroquin et la basane 1... » Ah! au*
jourd'hui, quelle revanche il va prendre, que d'oreilles il met k son
tour, dans ses fables, à maintes têtes politiques et littéraires, qui peu-
vent bien s'écrier comme notre satirique Gifford :
Ne'er talk of ears again . . .
Mais toutes les vengeances de M. Viennet sont des vengeances
de bon goût; la cour et la ville souriront; les hommes d'état et
les hommes de lettres trouveront que leur confrère a eu bien de la
bonté de les peindre comme Granville, sous forme de bétes, et ce
petit volume de fables restera classique.
J'espère donc, monsieur, que vous ne me soupçonnerez pas d'ê-
tre de ces Anglais qui cumulent les bénéfices de la traite et de la
philanthropie.
Si vous vouliez de temps on temps encore me livrer les théâtres,
je pourrais bien vous signaler quelques-unes des causes de leur
décadence. Je relèverais aussi les singulières fautes de costume
commises là contre l'Angleterre, comme vous en avez vous-même
relevées quelques-unes. Par ^-xemple, je ne perdrais pas mon temps
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BT BULLRIN BIBUOOMÀFHIQVB. 448
à critiquer sërîensement une pièce aussi peu sérieusement fkiteqae
V Halifax de M. Alex. Bumas ; mais comment ne pas exiger que
ce dramaturge, si (ler d'avoir retrouvé le bilboquet historique de
Henri III et je ne sais quelle médaille de Galignla, nous mette
eu scène un John Dunbar, qui est à la fois un simple sir et un duc
et pair, traité même de cousin par le roi Charles II! Les amis|de
M. Alexandre Dumas ont été cependant bien scandalisés de voir
M. £. Scribe donner une petite entorse à l'histoire, à l'endroit du
même roi Charles II. Mais, monsieur, je ne veux pas faire une trop
longue lettre, tant je désire avant tout qu'elle soit insérée. Je m'in-
terromps donc pour avoir le droit de me dire votre très^évoué ool~
laborateur,
DiGK POPBSOH.
•—Nous sommes tout prêts à admettre H. Popeson parmi nosooUa-
borateurs, et à lui envoyer, quand nous saurons son adresse, les
livres nouveaux qui nous parviendront. Nous recevons déjà les
premières livraisons d'un beau et capricieux voyage ( le Voyage oUt
il vous plaira), publié par M. Uetzel, rue de Seine. MM. Alfred
de Musset et J. Stahl en écrivent le texte, M. Tony Johannot en
compose les dessins. Dans les premières livraisons, nous avons re-
connu l'artiste à deux ou trois 6gures gracieuses; mais il nous a
révélé aussi un talent que nous ne lui connaissions pas, un talent
de caricaturiste; qu'il se déûe seulement d'exagérer un peu trop
le grotesque. Ouvrir de trop grandes bouches, faire proéminer de
trop gros nez comme des promontoires, cela ne sufût pas pour ri-
valiser avec Phiz, Leecb et Kruikshanks. Mais nous augurons
beaucoup de ce commencement. Vienne quelques jolis vers de
M. de Musset, rien n'y manquera.
^ En fait de poésie, M. Seb. Rheal vient de terminerses Divines
féeries de Vorient et du nord, illustrées par M. Fragonard et son
élève M""* Rheal. C'est un beau volume, quoique la lithographie ait
un peu mollement rendu quelques figures de femmes. Quant au
texte, M. Seb. Rheal, poète chréUen dans les Chants du psalmisie,
a voulu nous prouver qu'il connaissait aussi toutes les pompes et
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4M CHEOHiQUE vmÈÊLâmm m ia mirv* vMTAinnQinr,
tooteB les niuplfa dek poéfie |Mffeiiii«. 6«è fers «or les pèKsnp-
pcHent ceux 4e ThMD» Moope. ^s «hauts 41e la mythol^^gie sep-
teQtrtOMk den«ieiit avoir, «elon noim, nm peu plus de radesse ; r4-
pltiiète est quclfoefois \k eoimne nnre atvoharge de i^êtemeBts ifii
mût au meuvementetà lafone. If.'Seb. Rheal a adopté la taisae
tradition qui Fait èoîre les enfaiafts dHDdm dans les crioes des «raîn-
UM. LesgtterrieiB da nord bavaient dam Vmmtmemi de fêto des
lMBOfs> ef eA4^tBe dans des ooiipes de oovDt. il en test de ce not
«nnme dn :mot hélireo qa'mu : a Induit par thrnnmu et q«i signîie
-edMe, dans le passage oh «Lest dît qu'il «et plas fiKtIe de faite
passer QnoAble par le iMadtenaaigiiilie, qo'sn riche par ia forte
dn ciel.
L'ouvrage de M. Rheal s'adresse non-seulement aux poètes,
mais encore aux mythologues. L'auteur a Finspiration des senti-
4Dsads relifÎBnK ; nas .ne lai repnschoas^Mie cq^nsîM n peu
«rop Dacile. 11 élût dangeveas qiaar loi de se -liivér à l'élvde de k
qioésie oneatale : ilanraîAiMSOMS pântAtdeaoïideoser aes f«sèis
oqne de les laisaar «'épaDouir, seaasU» mime «vec la grâee et la
«H)esté dn palmier.
— La musique est aussi de la poésie : cda est Trai surtout de celle
qui compose V.if75ttm musical de M^ Pauline Viardot. Ah ! si elle
pouvait prêter quelques sons de sa toîx à tous les amateurs qui
wuntplacer vet allnim sur leurspianos! Nimporte, ils essayerom, et
quelqueFois le souvenir fnspire. QaeUe heureuse organisation que
celle de cette jeane femme? Le don de la musiqae hii est-vemi
comme 11 vient an rossignol. CtA jilbum sera Irès^recherdiè cet
bîvcr.
Le 27 novembre dernier a eu lieu l'ouverture da cours annuel
que professe M. le baron Charles Dupin, au Conservatoire des arts
et métiers; cours qui a déjà produit de si heureux résultats, avec
«a professeur dont le bol est de tniicalissr le pcofie «• rtnalrnî-
aant. Le discours inaugural de M* le baron Charles Dopin a été
imiirimé, et csommeloiialesiiuTOers n'ont piLrenAeiidra^iMiisiaQ-
drions qu'au jooins tous imssent ie lire.; car ce discours est âne
admirable catpoaîtioii saiseoBéa des psagaès 4V^a faits esi Fnmce
riastltuAian des caisses d'i^pargae. Ce n'est pas aeideaBMil toalalis-
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tique iSMQsn cbiffres^ qui parie par la baoclie/dii pMfiMMvr, cftal
anssi la plitlosopfaie , june i^ilosophie praticfne^ i^pujée à la foi)
sur It» laiU et aor le raisonnemeiU. J^L Chades Dupia «inat 4ei
vœux qui ne pen?eftt être négligés du gouvernement et de la tilte
de Paris. L'état et la fille sont également intéressés à ces habitu-
des d'économie et d'ordre dont le savant professeur fait si bien
apprécier la bienfaisante influence à la classe ouvrière. Lisez son
rapprochement ingénieux des enteuragements aceordés jadis k la
loterie, et de ceux que reçoivent aujourd'hui les cais(fes d'ijpajrgue;
lisez ensuite son ardente péroraison, et si vous avez quelque cré-
dit dana k^iMuts^naails de la nation* aa^ans eeox de la ciié^ vous
y puiserez une grande force de logique et d'éloquence pour faire
triompher là celte cause au aecours de laquelle M. Châties Dnpin
■^s appelle tans.
filBUOTHBQUE D'ÉIiTB. L'édileor Charles iSaweliB neae emlenle p«
de défendre la iibnirte française contre la piraterie belge dans lesréoaiaae
ée aei confrères; il a des premiera, le premier mèiM, opposé des éditioos
i bon marché aux contrefaçoas étrangères, Soin ce rapport, la nhOaiM
f «e d'4liu a droit à toui lei encouragementt. Chaque jour de neoveaax
«olumes vieaaeBi l'earichir. CeUe coUeeiion, quiae eonyeae déjà depAas
de cent volumes, renferme u« choi& d'ouvrages dm meilleun écrivains
dans taas les genres, de la belle liiéraUire française, ainsi que lei tcadnc»
■tiaas lei plus eatimées des éorivahis étrangers. 11 aaffira de j«ter na oaup
d'œil sur le caulogue pour s'auurer que l'habile éditeur n'a ségligé
d'y comprendre aucune des illustrations anciennes ou noavelles. Ainsi,
rir la diéalogie ei la marale, an y vodt les oams d'ibailard, de <CalviB,
LuUier et de Franklin à o6té de ceux de sainte Théoése , de Jaeipuca
de Voragines, de M»* de la Valiière, de M. de KéraUry, «le. La philos»*
fihie, la poUliqae, les adeoees et &es arts sont tapréseasés par Mmitaigne,
Erasme, Machiavel, Pierre Leraua, D. Nisard, Miclwl CbevaNar, G. Pao*
Aueur, fiméric David, etc La poésie par Homère, Dante, Tasse, Camoeas*
Ossian, Milton, Young, Th. Moore. Charles d'Orléaai, i^rançilés l*', Im^
■Mnaoye, la Ponuine, de Lamartine et le corieui fecneil des -Chants
frmnçmiê des 1Â% 13«, 14% iB\ a6«eti7« aièdes, du JeuaeaAvaBtlI. U-
vous de Liacy. Us ilomafietars, par MM. EagèneJSae, Frédéric Beulié,
A. DiMsas, X. Saintine, J. Fiévé, etc^ et les auteurs élrangem rinrrsms
dassèquesv teU que Cervantes, eic. Les €aiifaisrs oficému ê( moéttfkes,
par Deapàriers, Marguerite de Valois, Boccaœ, Hoffmann, fialland, Adrien
de Sarrasin, Michel Masson, Scrihe, etc. Le théàlre, par CaldiatMi, Lapa
de Vega, Bbakapeare, âfaéridan. Aleiandre Duama, etc. EaBn, Àm hialo*
nens ei les vovagears sont représentés par Mil. Philippe de ftégur, da
Ijamartine, Gmzot, de Salvandy, Th. Burette et par M. Gustave de Beaa
asaot, doBi l'ouvrage sur 1 irloiMis contsmsc, aaus cette nouvefle Javme»
k obtenir un succès confirmé par cinq éditions siieoessîycs. La atf6itef*éfMa
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44S CBmoHiQini UTTÉKAims »b la mtTOB BUTAinnouBt
Sélitê se trouve Bon-feolement à Parfif , ches toui les libraires, mais
dans tous les départements, chez les dépositaires du Comptoir central de
la librairie, établissement fondé par les principaux éditeurs de la capi-
tale, et dont le but, en donnant une nouvelle face à la librairie, est de pla-
cer constamment sous les yeui du public tous les ouuages annoncés cha-
que jour.
MAGNIFIQUES ETREmES.
NAPOLÉON A SAINTE-HÉLÈNE
DICTANT SES MÉMOIRES AU GÉNÉRAL GOURGAUD;
Tres-belle planche exécutée par M. Belliahd, imprimée sur papier grand
monde, par M. DéNscx. d'après le tableau de M. STSUBBif père; c*est
le pendant de la planche à I'aquatinta, intitulée : Napolbon et mni
FILS, d'après le même peintre. — A Paris, chez TEditeur, rue Thérèse*
il. -^Gihaut frire$, boulevard des Italiens. — ffoiuar, même boule-
vard. — Goupil et Vibert, 15, boulevard Montmartre. — Et chez tous
les marchands d'estampes.
On connaît le charmant tableau de M. Steuben, représentant YBtnpe-
raur Napoléon tenant sur «sa genoux le roi de Roms endormi ; le pen-
dant n'a pas moins d'intérêt, avec une expression toute différente. L'Km-
pereur est représenté dans la dernière période de sa vie, dictant ses im-
mortels Mémoiree, Tout ce qui pouvait rappeler vivement les lieux et
l'homme a été réuni pour cette nouvelle composition. — Une chambre a
été chosié*au couchant, c'était la position de celledu grand prisonnier. On a
voulu tout reproduire, même la teinte du papier qui couvrait les murs. Les
rideaux placés aux fenêtres de la chambre éuient ceux de Sainte-Hélène.
Un peu au-dessons de l'appui de la croisée est la petite table de uavall,
eelle que mutilait sans cesse le canif de l'empereur. C'est li que le géné-
ral Gourgaud copie les paroles de l'itluslre captif. De petits objets, qui
ont encore appartenu à l'intérieur de Sainte- Hélène, sont la épars.
Une carte est ouverte, l'encrier, la tabatière de Napoléon la Bxent sur
le devant de la Ubie. Le tapis, les patères, la console, tout est venu
de Sainte-Hélène. Il j a li le fauteuil d'osier sur lequel l'Empereur s'as-
seyait pour faire une pose ou méditer. Ce fauteuil orne aujourd'hui le
foyer ou général Bertrand. Napoléon est debout, calme , mais occupé,
cherchant a fixer une pensée importante. Son attitude est vraie. — Le
voilà tel qu'il a été pendant six ans.
Le second tableau de M. Steuben, comme le premier. Napoléon et son
/t/s, n'est pas un tableau de genre, c'est un tableau d'htstoire. Cette vé-
rité simple et noble, cette fidélité religieuse ont pour nous un grand
charme; et c'est la première fois que l'Empereur est représenté ainsi.
C'est ce tableau si distingué, qu'un de nos premiers dessinateurs,
M. Belliard, vient de reproduire habilement sur la pierre. M. Belliard n*a
rien affaibli du charme de cette peinture.
La bel le .lithographie de M. Belliard va devenir aussi populaire que la
gravure de Napoléon et ion file, dont elle est le pendant. On l'admirera
encore comme un beau portrait de Napoléon, le dernier que nous ayons
de luL Toutes les familles qui conservent le culte pour nos grands i
venirs se procureront cette belle œuvre d'art.
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ST BULLBTllf BIBLIOGRAPHIQUE. 449
EAUX FORTES DE CALAME.
NOUVEAU RECUEIL DE PLANCHES IN-4*.
PATfiA0BB.
CH£Z L'ÉDITEUB, rue THÉRÈSE, 11
Les eaux fortes de Calame sont célèbres, quoique bien récentes '; ce sont
des tableaux. Etudier les eaux fortes de Calame» c'est faire tour à tour un
Yojage dans les Alpes, en Suisse , en Hollande , et même en Normandie.
C'est pour les peintres, pour les personnes d'un goût très-cultivé, que ces
belles planches ont un attrait si vif; il faut aimer l'art en lui-même, dans
ses beautés les plus neuves, pour se complaire dans leur étude ; mais si
Ton s'y complaît , cette étude devient aussi vivante que la nature elle-
même. Comme cette forêt ravagée parlera haut à un paysagiste întelll-
Eent! comme ces campagnes vigoureuses et sombres retracent avec force
I France orientale! Voilà la Hollande plus vaporeuse; voilà la Suisse
5 lus âpre; voilà l'Italie du Nord que le soleil touche déjà de quelques
oux rayons. Tantôt ces études sont jetées dans un point de vue pers-
pectif qui les resserre pour l'œil, qui les ravive; tantôt les terrains sont
rapproâiés, et vous contemplei sur le premier plan cette belle nature des
montagnes boisées, calme et grandiose. Bien que Calame n'ait rien tracé
qu'avee la pointe sèche, il a presque toujours autant de coloris que le
burin même, et cet effets il le produit avec tous les moyens qui se pré-
sentent à son esprit. C'est aux amateurs les plus impatients de nouveau-
tés, aux personnes de goût, aux artistes, à l'élite du public des arts, que
celte collection doit être vivement recommandée. Le succès éclatant que
ces belles planches ont eu l'année dernière dans le reeueil publié à la li-
brairie Hauser présage une vive faveur au nouveau câbler. Toutes les
planches se vendront séparément au prix de 3 francs.
LES CHAPEAUX DE NAPOLÉON
ou
LES HUIT GRANDES ÉPOQUES DE SA VIE,
PAR M. STEUBEN.
Belle grainre au burin , format in-folio. — Prix : 1 fir. 50 c.
Il ftTtit petit eha|iean
Avec rediogote iria».
BÉRiUlOEm.
Cette histoire, faite pour le premier poète du siècle et par un peintre su*
périeur, M. Steuben, vient d'être admirablement gravée par M. Ch. Bou-
5* SÉRIE. — TOME XII. 29
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4ft CURORIQUB UTrtftAMS Ml LA ftBWS BRttANHlQUB ,
▼ier. Le petit chapeau, sous divers aspects, est ici le symbole touchant des
huit époques ks pins ttéaiôrahias de celU vie liénDiqae.
Tout souscripteur au Mémorial de Sainte^Hélène , tout homme qui
possède une yie de l'Empereur, Tovdraitti donner ce complément.
Cette jolie gravure au burin ne co&te que 1 fr. 50 e. — Les personnes
qui réuniuM* iMa(ll|MS«ii» feotTtoii gratis W M|HiÉwi «BtBipUire ;
àiei réditeur» rue Thérèse, 11..
ALBUM DES GENS DU MONDE-
CA^f-cToNiore ê9 jMtetera 4ai mm9Ut d'ItaJU^ 4ê Flmudre^ de Eol-
UÊinde^ de Fraihioe et /CÂngïeterre, reeutHo fie gravures au burin , avec
notices, par M. F..., Tun des collaiborateursde V Artiste. Un vol. in-8s
)o ft, nÂtoufitS , ait ckHouitf doré sur crmtne, ppor vadssn , ^^it'emiat,
iLJ^ ftrb^ ili te trouve veulemeift chet Dusnlon, libraire, rue UT*
Hue, to.
Atrolr«o«i 4a mlis et pMnrair à aoni biobwbh «onteMpler la lupiaéno»
#M dmàMm <Mvt«s4e la ^eifltwe, «'««l aniBiéwiinil imAt uae grande
MMMefd* jlaMr^ VoM le mo«éa ne ^peot pm4fBnm les «weéee de i'
i«f« «I se mm^mmAt les gatertis pakiAriièwi; «nais «mi leaMnde i
sa pnoonrsr mi wétmm d'an IWomI cwMBttde, 4*nm pria «lAdique, ou les
e««vaget oMmcrés mm 4e teaofa , «i tes pages 4es plus «aHiiiées é% l'ait
' s'offimii k laeurîeétoé mi «erappàlMut a« aoaividr. £n fllTrasii
iMMiffs> «'MB oMHiHNais M ncMes^ une <eélMSiesi #e # S ^jn^nme «att
. l'diMeur % ««mN un waf service,
^'ekemt geao »âm men4% qtt'i1«*idnssse'; «aie iWMle«mirafai>die«ertgewtt
dlSiiniayrêpoHiawi^ heurte buaqueee faropeaa4taet wKéseiMWiaftms des
ligawiea «l«ten%«iMaa«lea.^attC m «heâ ^m anjus, < >a étéiak «rec
«Mblde dUmauieail qM éeÉon goAu Ils «oBivmppQmés asa aialavs
damsm iea deoles^fieaxiidaa iwwi|iariiiQiiwdeRaphiaai,'du Viiie«,d«
Qaarége,4i« Oimlii|q«th, 4» FAlbawa, 4u ^Gl^^d^ 4u {"««mNk ide «drard
Iwr, ém PÊVLmmu, du Vaimlln, dte yeaiera, «ne. ; des 'paysages dHIstade,
é%^(mÂ^9mm^ de Wemvtwaaas,^ <fliuiiBipiiij» de Penesin, deftenbraadi,
da<J. ^^Miely dn giiirtMitaav de GMMbDnwsgfa^ Jlev9r<y ^eic* { dite lableanK
de David, Gtrodet, 6«M«>'de«UMk IfeneM, «eiidei,âebMla« de «oabia,
Delaroche, Ary Scheffer, Destouches, Grenier, Roqueplan, Picot, Laurent,
Dttcis, M»« Lescot, etc.
SPLENDIDES tTElMNES POUR i8k3.
CORINNE
ov
LITAUS.
fttR W^ l/H ftARONHB DE 8TABL ,
BdlUoD iUastrtfe magnifique.
Beuk'tfèa^imi YtAtnnes lii^«, gratd Mpfer téHn «nperfin 'flM>, avec
plus «de -860 gravures-sor hofa, ^*aprês les tahleaux «t destins <d*«rtlsies
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Kt llJU.KTiar BUU.1ÛGVAMUQU» iêi
illuBtreSy feu Gérard, Gudio, Horace Vernet, Graoet, Schnetz, Boulan-
ger, etc. Prii des deux volumaibcocMll, avec une tréi-belle couverture
arabesque , imprimée en couleur et or , 20 fr. ; cartonnés très-élégaol-
ment, 35 fr. ; reliés avec \u\^ docéi auf Iftnck» , 90 fr. Cbei Tr^Httel
et WOrti, libraires, rue de LiUe, n« 17 ; J. LaigDier, éditeur, rueThé-
rèse, 11» à Paris.
« Corinne, comme Ta si bien dit M'"* Neckcr de Saussure, est le chef-
d'œuvre littéraire de M*°« de Staël ; c*est une composition de génie dans
laquelle deux œuvres différentes» un romui et ua Ubte^a ék l ItaÛQ. ont
été fondues ensemble. »
Aaeune production llttéralr» eonlMBparalM n# Méritâll oiImik etite
magnifique illustration pittoresque : tableaux de mœurs, scènes dranu-
tiques, moBimenu des arts, soofepirt UH«î(|iMt delcnalatlgei» slles
les plus variés et les plus poétiques du monde, voilà les sujets qu*ont eu
k inierpréler lae îUustrea peintres ai kt arMs(eft ImltePlt qui «a VÊAmfâ
ce travail. Citer ces ueintres éminents, Gérard, Gudiii, Granet^ SGBNBn;
Horace Virnbt. les Wbllea ariisles Mo9iv«sw , Qoqi^nger; nos premiers
dessinateurs Lavilli, Saint-Germain, Dbmoraine, Cabasson; les paysa-
gistes, Us «rahit«et0i Brbton, Burt, Yaudqiti»: les gitv^iiii anglais
Thompson , Jackson , Ohiin Smith , Willums , Quartlbt ; les graveurs
français Lacoste jeune, Porret, Dcjardin, Ybrdbil, La vieille, Sotbr,
Godard 9 fUer ets atiMwrt des YigMttei da la Con'ime UimtHf «'fit an-
noncer aux amis des arts et des publications illustrées on ouvrage d'une
exécution exquise, de la prMSlèra distfoelloB.
Ce beau livre, un des monuments de l'art typograpbiqae et de l'art du
dessin, sera plaeé au premier rang dans »•• BibltOHiéqiies*
Corinne est un magnifique cadeau tVétrennei pour une dame. — - Les
reliures, toutes fort brillantes, soiU trèa^Tariéas et exécutées avee un goût
parfait.
m AnTOnm CABÉIE h pahs.
L'un des cbefs de la cuisine du prince de Talleyrand; — chef des cuisines
du prinee-régent d'Angleterre (George IV) ; — de l'empenur Atandrd
à diverses époques ; -- du prince royal de Wurtembeig 1 «-• du bmt-
quis de Londonderry ; -^ de la prlnoeese de Bagraliiiii -« dt M. le ba-
ron Rotsebild, eie.
En vente ;
L'ART DE U mmi FRiHCAISK At) W iMt
V partie, 2 vol, in-S» ornés de 12 plancbes : 10 fr. — 2* psrtle, i vol.
In-S» orné de 12 planche! f 10 flr. 80 6.
Ces 3 premiers volumes renfermefit -« le tVaitd des BouMMif GolWDmmés
en gras et en maigre , des Essences , des Fumets , Potages français et
étrangers; — des grosses pièces de Poissen de mer et d'eau douce; —
des grandes et petites Sauces, des Ragoûts et des Garnitures en gras et
maigre ; — des grosses pièces de Bouehérie, de JafldMti en griS «1 vsi^
gre, de Volaille, de Gibier.
(Sous presse : Les tomes IV, V et dernier (oti 3* partie) , Con-
tenant près de 1,000 articles, les entrMs chouacst les mtrd^
mets potagers et autres, — les rôts en gras et en«iat|nre. 16 fr.)
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452 CHBONIQUB LITTArAIRB DB la BBTCB BBITÀHIIIQUB ,
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LIS PATES^miOYAL PAîMSIÎIEÎÎp
Troisième éditioD, 1841. 2 vol. in-8« ornés de 40 pi. : 16 fr.
Z>S PATI3SZSH PZTTOH333QTTB,
Quatrième édit. 1842. 1 vol. grand in-S» orn< de 126 pi. : 10 fr. W c.
LE MAITRE-D'HOTEL FRAJ^CAIS*
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LE CUISINIER PARISIEN,
Troisième édition, 1842. 1 vol. in-8« orné de 26 planches : 9 fr.
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1 fort vol. in-8o» avec cinq planches, contenant le
LIVRE DE TOUS LES MÉNAGES
Par feu Appert,
Cinquième édition, revue et augmentée par M. AppBBT*PRiEnR, son sue*
cesseur, et par M. Gannal;
LES ANCIENS PROCÉDÉS DE CONSERVATION DES FRUITS,
DES LÉGUMES ET DES VIANDES:
Conservation des fruits dans les fruitiers, des légumes dans les serres ; —
conservation par la dessiccation; — conservation par le sucre : con6-
tures, fruits confits, pâtes, conserves, candis, gelées, marmelades, com-
potes, fruits à l'eau-de-vie, liqueurs, sirops, parfums; par F.» ancien
secrétaire de Carême.
Conservation des viandes par le vinaigre, par le sel et le vinaigre, par le
sel, par le sel et la fumée ; par un nouveau procédé dû à M. Gannal.
DES CHAMPIGNONS COMESTIBLES,
Reeettei tirées du Traité dei champignoni, de M. J. ROQUES,
DB LA lANIfiRI DB SOIGNER BT DB SIRYIR LBS TIHS.
PAR M. JOUBERT.
Représentant, à Paris, des maisons Barton et Guétier, de Bordeaai; —
Ruinard père et fils, de Reims; — Ch. Marej, de Nuits; — Deinbard
et Jordan, de Coblentx; ^ suivi d'une Nomenclature générale de» vin$,
par M. Louis Leclerc ; — d'une classification des grands vins de Bour-
gogne, rédigée sur des notes communiquées par MM. Bouchard père et
fils, de Beaune.
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BT BULLiTin BOLtoeftAraiomt. 4S3
POUR PARAITRS PROCHAINBHBIIT :
TRAITÉ DE L'OFFICE.
1 vol. in-8«.
Tous les oarrages de Carême se vendent séparément et sans aug-
menta lion de prix. (11 en a composé et dessiné toutes les
planches.)
Les deux parties publiées de YÀrt de la euiHne franpaUe au xxix« tièeU
contiennent plus 2ttO potages gras ; — plus de 250 potages maigres et
poissons; ^ plus de 150 sauces maigres; — plus de 150 ragoûu gras
et maigres ; — plus de 50 garnitures ; — plus de 500 purées ; — plus
de 25 essences; — plus de 500 ffrosses pièces de poisson, et un nombre
considérable de grosses pièces dfe boucherie, de volaille , de gibier, et
autres de porc frais.
Tout a été dit sur Carême. — Les grands seigneurs , les gastronomes ,
les praticiens, tous lui ont assigné la première place. Il est resté le met-
tre de cet art • de la vie digne » qu'on ue possèue qu'à Paris. — « C'était
un homme dont les soins et l'activité d'esprit, dit un de ses émules, n'é-
taient jamais épuisés ; plus son service était long et difficile , et plus il
éUit brillant.
M. de Cussy ajoutait : « Il a révélé les mystères de la science. » — Le
prince d'Esterhaiy, dont les avis peuvent être cités, dtnant cbes son ami
George IV, répondit un jour à quelaues vives questions du roi sur Carême :
« Il appartient à madame de Rotscbild, on ne dîne plus à Paris que ches
elle. » — Cet autre grand seigneur éminent, le marcjuis de Londonderry,
a comblé de marques d'affection son illustre praticien ( il avait été deux
fois à son service, en Ecosse et à Vienne). — Le prince royal de Wur«-
temberg faisait le même cas de Carême. — George IV, qui a tant aimé sa
charmante table et la conversation, a longtemps regrettié la belle cuisine
de son grand serviteur. — Les succès de Carême aux congrès d'Aix-la-
Chapelle, de Laybach, de Vienne, de Vérone, intéressèrent vivement le
monde gourmand. — Plus tSrd, il obtenait les spirituels suffrages delady
Morgan, convive de la maison Kotschild ; — de Rossini, dont il flattait à
la même table quelques faiblesses charmantes; — de madame la prin-
cesse de Bagration, dont il a célébré l'esprit délicat, et qui disait de lui
à M. de Talleyrand , peut-être même à M. Broussais : « Carême a rétabli
ma santé. »
Fables, par M. Viennet, un des quarante de l'Académie française. Un
vol. in-18. Ches Paulin, rue de Seine. Prix : 3 fr. 50 c. Voir la ChToniq;ue.
HiSToma du uvrb db LluriATioif de Jésus-Christ et de son véritable
AOTEUR , par M. le président chevalier de Gregory. 2 vol. in-8s 1843.
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4M CHKOMiQUB wrrtmàukm 9m la tm^nm BmiTANNiQOB.
Prix : 16 fr. A la librairie de la Société typograptiique, Périsse frères el
Gaume, rue du Pot-de-Fw.
Nous nous réservons de rendre compte de cet ouvrage, qui paraît ter-
miner enfin toute poléariqiit tvtie Ymti béaééicUa Gersen et le chance-
lier Gersen.
OBuraw oouftttm n iMm Inum » tradirtMi p«» M. Amédéc Piekai.
OBsième édition (U smie conplète]» Mm vol. in-^. Prit : IS fr. 80 c.
Chez Charles Gosselin et Furnci éditeurs.
UflO «{tfatrièflie édition de YBMoinéê ChéHHnàommré, par H. kwÈaU
PfCBot, etl sotff jprasM cher les mêmes édKeari. Il do restait plos on soûl
fli«np!air« de la troisfétne.
Les HTSiiiBs &■ PAmis, par Eagèno Sue, tome ni*. Paris, diei Charles
GoasdiB. Prii 1 7 fr« 80 o« Voir pour ccl ouvragé la CbroBiquo daa pcécé-
donte» livraifOM.
5oiM frtste :
La Yn wt vn AvnmiiiBt di Mamih Cmvavtim , anc l'WttoCre âm n
fkmllle , par Bof .
( Vn eœtrait mu molfis d$ eH owvrofW paraîtra i^abwdéam» ta Btviie
Brilannlquo.)
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TABLE
noTBKBix R dAceiibri 1843. — tt« simu.
Pages*
Sciences morales. — Statistique. — Les mendiants en An-
gleterre &
Histoire. — Philosophie. — Xes premiers Jésuiles. — I.
Ignace de Loyola. — François-Xavier 27
II. Laynez. — François Borgia. — Bellarmin. — Acqaa-
viva 267
Mémoires. — Moeurs aristocratiques. — Le journal de miss
Burney. — § II. La démence da roi Georges III 72
Voyages. — Moeurs. — Esquisses américaines. — Premier
extrait. Philadelphie et sa prison -« 108
Second extrait. — Boston. — La ville. — L'université. —
Les tribunaux.— Les églises. — Un prédicateur maritime. 339
IL La Russie et les Russes en I84f et 1842 225
Londres ancien et moderne. —81- La douane 128
Ethnographie. — Histoire. — Les Sephardim, ou les Juifs
d'Espagne et de Portugal. 310
Miscellanâes. — Journal d'un médecin. —$1. Le Distilla-
teur 141
S IL Le Coffre-fort du bandit 350
Littératurb dramatique. — M. Glarkci ou le fils de Grom-
well W»
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&56 TABLE DBS HATIÈBÈS.
Revue AsuTiaoB. — Dertiiires noQviU«s de Tlade» de k
Cbitae^^te I78el4l2
Nouvelles des Sgishgbs, de la Liitératore^ da Coamem^ de
rindttiitrie, etc. .•./.«• 1S5 et 418
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